CH
CHA
les ulcérations des muqueuses génitales ou autres, oudelapeau, produites par contagion, guérissent, dans l’immense majorité des cas , par les seuls moyens que nous avons indiqués, sans qu’il soit nécessaire de recourir au mercure ;
Que lorsque, dès le début d’un chancre, on emploie le mercure à l’intérieur, loin d’accélérer la guérison , il peut au contraire la retarder beaucoup en excitant trop l’économie ;
Que certaines ulcérations qui marchent vers la cicatrisation à l’aide des moyens prescrits , s’arrêtent tout à coup et restent stationnaires quoi qu’on fasse, et que la guérison n’a lieu que quand le malade fait usage de préparations mercurielles à l’intérieur;
Qu’enfin , on rencontre parfois des ulcérations qui, bien que peu enflammées, rongent et détruisent les tissus avec une rapidité effrayante, malgré les soins les mieux entendus, et que ce n’est alors très-souvent qu’en ayant recours au mercure à haute dose qu’on parvient à enrayer cette marche destructive. Cullerier,
Chirurgien en Cikef de l’hôpital des Vénériens.
csanc&oïbe (Cancroïde) ( path .), adj. Se dit des ulcérations qui ont la forme du chancre. On a aussi donné ce nom au chancre non vénérien. Y. Chancre.
CHAKBEI.ÏERS (Maladies des) (path. et hyg. pub.). Les auteurs qui ont écrit sur les maladies des ouvriers chandeliers ont confondu , sous le même nom, deux professions distinctes : la profession de chandelier qui consiste à faire fondre le suif purifié et à le couler dans des moules pour le convertir en chandelle , profession rangée dans la troisième classe, qui est signalée comme donnant peu d’odeur, et la profession de fondeur de suif rangée dans la première classe des établissements dangereux ou insalubres et qui ne peut être exercée sans une ordonnance d’autorisation. Avant le décret de 1810, en 1780, le lieutenant général de police de Saint-Germain-en-Laye avait proscrit l’exercice de fondeur de suif dans la ville de Saint- Germain, et cette industrie, par suite de cette proscription, s’exercait dans les campagnes et dans des lieux éloignés des habitations.
Par suite de cette confusion , on a dit que les ouvriers chandeliers étaient sujets à une foule de maladies, l’emphysème , la céphalalgie, les fièvres bilieuses et adynamiques, l’asthme, etc.
A l’appui de ce dire , on cite quelques faits qui sont les suivants : Olatis Borrichius a publié l’observation d’une femme qui en faisant des chandelles fut prise d’une violente douleur de tête, accompagnée de vertiges, de rougeur des yeux et de difficulté de respirer. (Actes de Copenhague, t. 5, observation 86.) Ramazini dit avoir vu des femmes qui demeuraient près de fabriques de chandelles atteintes d’affections hystériques causées par l’odeur de la fonte du suif et la conversion en chandelles. Fodéré dit avoir traité plusieurs fabricants de chandelle que leur métier aurait rendus asthmatiques ; ces fabricants , selon le même auteur , avaient perdu l’appétit , etc.
Fodéré dit en outre qu’il n’est jamais entré dans leurs ateliers sans être suffoqué par l’atmosphère âcre et puante qui les remplit
Ayant souvent visité des fabriques de chandelles, nous avons été à même de remarquer : 1» que l’odeur qui s’y fait ressentir lorsqu’on coule les chandelles est peu intense ; 2<> que quelques fondeurs de suif épuré, ceux qui n’ont pas d’habitude et qui commencent le métier, éprouvent de légers maux de tête, mais ces affections ne persistent pas; 3° qu’en dehors et à une distance peu éloignée , l’odeur de la fonte du suif épuré ne se fait pas sentir. A l’appui de ce fait, on peut citer les fonderies qui se trouvent dans Paris. Il est donc probable que Fodéré n’a ressenti celte atmosphère grasse , âcre et puante , que dans les ateliers des fondeurs de suif en branches ; c’est ainsi que l’on désigne les matières grasses retirées des animaux de boucherie avant que le suif n’ait été soumis à une première fusion. Nous aurons soin, quand nous traiterons de cette profession, de signaler les améliorations apportées à l’aide de la fonte à vase clos par l’action de la vapeur et de l’acide sulfurique très-étendu d’eau.
S. Furnari et A. Chevallier.
chant , chanteurs (hyg. , path.) Le chant est une modulation de la voix par laquelle on produit des sons variés et appréciables. A l’article Voix, nous parlerons du mécanisme physiologique de ce phénomène, des organes qui concourent à sa formation, et de l’influence des différents idiomes dans sa modulation ; ici nous nous bornons seulement à envisager le chant sous quelques points de vue hygiéniques et pathologiques.
Le chant forme un exercice partiel, utile dans quelques circonstances, et que l’on peut regarder comme éminemment capable de fortifier la poitrine. Son union à la musique lui fait produire d’autres effets sur l’ensemble du système nerveux. Quoique les anciens, et même Hippocrate , aient conseillé l’usage du chant, on ne paraît pas bien fixé sur les cas qui le réclament; toutefois cet exercice peut convenir aux personnes généralement assez peu actives, à voix naturellement voilée, et dont les poumons, amples d’ailleurs, manquant de ton et d’énergie, sont exposés par là à une sorte d’engouement ou d’embarras muqueux ou pituiteux.
Ceux qui exercent beaucoup leur voix éprouvent les phénomènes suivants : Le larynx, en vibrant continuellement, fatigue les muscles extenseurs des cordes vocales ; la bouche et la gorge se sèchent et s’irritent , la respiration modifiée dans son mode et son rhythme lasse les agents de l’in spiration , et les phénomènes chimiques de cette fonction commencent eux-mêmes à languir par le retard apporté dans le renouvellement de l’air; en outre, la circulation ne tarde pas à se déranger; le sang stagne dans les ramifications de l’artère pulmonaire, et par suite on le voit de proche en proche gonfler les veines jugulaires et rougir sensiblement la face , tandis qu’il engorge et distend d’ailleurs le système veineux cérébral. Quelquefois on remarque aussi le battement des artères temporales, les vertiges, la tuméfaction des yeux et les bruissements d’oreilles.
Les maladies les plus fréquentes chez les chanteurs sont les enrouements , l’aphonie et toutes
CHA
les affections des organes vocaux , telles que le gonflement des amygdales, le prolongement de la luette, la difficulté du mouvement des muscles dont se compose l’isthme du gosier, la rougeur et l'irritation chronique de la membrane muqueuse qui tapisse l’isthme du gosier et toute l’arrière bouche , les crachements d’une espèce de lymphe visqueuse et quelquefois des crachements san guinolents. A l’article Aphonie nous avons parlé avec beaucoup de détail de ces différentes affections et de leur traitement.
Les chanteurs sont aussi sujets aux hernies; la longue expiration qu’ils sont obligés de faire pour prolonger les sons relâche les muscles du basventre et les anneaux sus-pubiens, ce qui favorise la production des hernies : Fallope l’a observé chez les chanteurs et chez les moines ; nous avons connu des chanteurs d’église et des prêtres sujets aux hernies, mais ces hernies ne sont pas occasionnées seulement par les efforts qu’ils font pour chanter, mais par l’habitude qu’ils ont de rester à genoux.
Une belle voix ne suffit pas pour devenir bon chanteur : une forte et ample poitrine est nécessaire, après l’organe de la musique et celui de la voix. Tous ceux qui ont une mauvaise constitution de poitrine ne devraient pas se livrer à l’exercice du chant ; beaucoup de chanteurs meurent phthisiques; M. Pâtissier rapporte, d’après M. Bricheteau , l’histoire d’un homme qui avait exercé la profession de chanteur sur les théâtres des boulevards à Paris. Entré à l’Hôtel-Dieu en 1816, il se p'.aignait d’une douleur au larynx, et les boissons adoucissantes produisirent une amélioration assez marquée; mais bientôt la toux, l’aphonie, l’amaigrissement et la fièvre augmentèrent et firent succomber le malade. A l’ouverture du cadavre , on trouva la membrane muqueuse du larynx épaissie, ulcérée au niveau des cordes vocales et des cartilages aryténoïdes qui étaient frappés de carie; le thorax était très-allongé, les poumons qui offraient une longueur proportionnelle étaient garnis de tubercules dont l’un était cartilagineux. Ainsi, dès que la poitrine est menacée d’une maladie grave , et qu’une toux sèche et l’amaigrissement se manifestent, il faut conseiller aux chanteurs d’abandonner leur profession.
Dans quelques villes d’Italie , les chanteurs , avant d’aller sur la scène ou dans les concerts, ont l’habitude de mangerdu thonsalè ou des anchois, parce qu’on croit vulgairement que ces substances fortifient l’organe de la voix et que son timbre devient plus clair et plus sonore. Nous avons été à même de vérifier ces faits, et nous avons observé que l’usage de ces substances produisait une amélioration sensible dans le timbre de la voix; mais nous croyons que ce résultat n’est pas dû ni au thon ni aux anchois , mais au sel que ces substances contiennent et qui agit en traversant les organes de l’arrière-bouche. Les figues sèches que l’on fait cuire sur des charbons et qu’on a soin de laisser couvrir de cendres produisent le même effet, ce qui prouve que la soude et la potasse ont une action très-marquée sur les organes vocaux,
CHA 349
et que la voix gagne sous le rapport du timbre en même temps qu’elle acquiert plus de sonorité. C’est d’après ces idées que dans les aphonies chroniques, suite d’atonie des organes vocaux, nous avons employé avec beaucoup de succès l’application des cendres chaudes sur le cou, et les gargarismes d’eau salée. S. Furnari,
Docteur en médecine . membre de l’Académie de médecine de Palerme.
chanvre (bot.), s. m. (du grec kannabis, cannabis sativa ), fam. des urticées. Cette plante est connue de tout le monde , et les cultivateurs savent qu’elle est dioïque, c’est-à-dire qu’il y a des individus qui portent uniquement des fleurs à étamines ou fleurs mâles , tandis que d’autres n’ont que des fleurs à pistils ou fleurs femelles; de là la distinction du chanvre mâle et du chanvre femelle ; mais comme les pieds du chanvre femelle sont beaucoup plus vigoureux que ceux du chanvre mâle, il en est résulté que dans la pratique on appelle chanvre femelle le chanvre mâle des botanistes, et vice versa. Pour convertir le chanvre en filasse, on le fait rouir, c’est-à-dire qu’on le dépose dans l’eau, afin que les fibres de la tige se séparent les unes des autres.
Le chanvre sur pied exhale une odeur forte, nauséabonde, surtout lorsqu’il est en fleur ; cette odeur semble indiquer des propriétés énergiques, et en effet dans les pays chauds, on prépare avec le chanvre un breuvage qui a toutes les vertus de l’opium. Les nègres mâchent ou fument les feuilles de la plante pour se jeter dans un délire gai. Outre l’influence du climat, qui est immense quand il s’agit des propriétés des végétaux , on doit ajouter qu’on cultive dans les tropiques une autre espèce de chanvre appelée cannabis indica, très-analogue au nôtre, mais que les Orientaux, suivant Lamarck, emploient de préférence à l’espèce européenne; elle paraît être plus narcotique , et l’on en prépare un extrait qui est employé en médecine. Les graines du chanvre se nomment grains de chènevis, on en retire une huile employée dans la peinture. Les Orientaux préparent avec le chanvre un extrait nommé haschisch. V. ce mot au Supplément. Ms.
chanvbe (Maladies des ouvriers qui travaillent le) fpath., hyg. pub.). Chacun sait que le chanvre connu aussi sous le nom de filasse, est fourni par la tige du cannabis sativa (le chenevis);maispour obtenir ce chanvre, cette filasse, il faut faire subir à cette tige diverses opérations qui consistent à l’arracher, à le faire rouir, à le serancer. Toutes ces opérations peuvent déterminer chez les personnes qui s’en occupent des maladies qui ont été observées par les auteurs. Les médecins qui ont signalé les effets qui peuvent résulter sur le corps humain de la préparation du chanvre sont nombreux: on doit citer particulièrement Kirker , Zimmermann , Lancizi, Ramazini , Forestus, Rivières, Morgagni , Biett, Rochoux, Montfalcon, Parent Duchâtelet; tous, à l’exception du dernier, ont émis l’idée que le rouissage du chanvre était une opération qui donnait lieu àdes émanations putrides, à des miasmes qui étaient nuisibles à la santé. Parent Duchâtel, qui a fait un travail surlemême sujet, n’a pas
CHA
CÏÏA
élé du même avis que ces auteurs ; il a même considéré leurs opinions comme des assertions hasardées.
Nous n’entrerons pas ici dans une discussion sur des opinions contraires ; nous nous bornerons à faire connaître ce que nous avons observé d’une part, et nous émettrons ensuite notre opinion sur des faits observés par d’autres.
Des effets produits par le chanvre au moment de l'arrachage. Ceux qui ont visité lespays où l’ons’occupe de ia culture du chanvre ont observé que l’odeur qu’exhale le chanvre est très pénétrante et très-forte, etqu’elle détermine chez quelques-uns des cultivateurs qui l’arrachent une pesanteur de tête ; l’un de nous , qui était resté dans une chanvrière avec les ouvriers, fut pris de maux de tête et d’une espèce d’enivrement qui cessa après quelques vomissements.
M. l’abbé Tessier dit que les animaux qui se sont couchés par hasard sur le chanvre nouvellement récolté ont éprouvé de l’enivrement.
Du rouissage du chanvre. Le rouissage du chanvre, quoiqu’on ait voulu le nier, est le sujet de nombreuses maladies; et si l’on se reporte aux observations faites sur l’influence fâcheuse qui résulte pour la santé des hommes dis la viciation de l’air par diverses causes, on est porté à établir que les maladies qui se déclarent chaque année, les fièvres réglées, les fièvres typhoïdes, sont en partie dues aux émanations infectes qui résultent du rouissage.
Nous ne pensons pas, comme certains auteurs Font dit, que l’eau dans laquelle le chanvre a roui soit un poison ; mais nous pensons qu’une eau qui a éprouvé un mouvement de fermentation plus ou moins avancée, qu’une eau qui tient en dissolution des matières étrangères, doit, autantque possible, ne point servir pour boisson , et qu’on ne doit la donner ni aux hommes ni aux animaux.
Un travail sur les routoirs sur les moyens de les rendre moins nuisibles à la santé des hotn mes, serait une chose de la plus grande utilité; nous nous bornerons ici à indiquer les précautions que nous croyons devoir être prises pour diminuer les inconvénients que présente le rouissage, inconvénients tellement sentis par l’autorité municipale, que déjà des mesures ont été prises pour soustraire, contre leur volonté, de malheureux cultivateurs à toutes les maladies qui peuvent résulter de l’influence d’un air vicié sur l’organisme animal.
Nous pensons qu’on fera en partie cesser les inconvénients qui résultent du rouissage :
1° En construisant, autant que possible, au bord îles rivières ou des ruisseaux, des fosses ou routoirs ayant des murs revêtus de pierres et de ciment de pouzzolane , ou bien formés de claies entre lesquelles ou mettrait de la terre glaise corroyée, mêlée de paille, tassant bien cette terre pour qu’elle puisse résister à l’action de l’eau: la partie supérieure de ces fosses devrait être un peu plus basse que le niveau de la rivière ou du ruisseau, de manière qu’àl’aide d’une planche faisant vanne, qu’on fermerait à volonté, on pourrait y introduire pu en faire sortir l’eau.
L’eau qui entrerait dans le routoir devrait être reçue dans un conduit formé de quatre planches assemblées, dont l’une plus courte; l’eau en passant par ce caniveau serait conduite dans le fond du routoir; elle déplacerait l’eau de macération qui, par une rigole, pourrait s’écouler et se mêler peu à peu dans l’eau du ruisseau et de la rivière, sans donner lieu à l’infection de l’eau et à la destruction du poisson. Des routoirs construits de la sorte dispensent du rouissage à l'eau courante, rouissage qui, lors des crues subites d'eau, cause des pertes considérables, les chanvres étant entraînés parles eaux.
2° II faudrait que le fond du routoir fût recouvert de pierres plates : ce routoir pourrait être plus ou moins grand, selon la quantité de chanvre, ou selon sa destination pour une ou plusieurs familles.
3» Lors du rouissage , le chanvre devrait être placé sur une espèce de radeau construit avec des perches, radeau qu’on ferait submerger à volonté en le chargeant de pierres.
4° Lorsque le chanvre serait roui, il serait convenable de ne le retirer de l’eau que lorsque l’eau putride qui résulte de la macération aurait élé renouvelée par l’eau courante, en suivant le mode que nous avons indiqué précédemment, c’est-àdire en introduisant Feau de manière à ce qu’elle se rende au fond du routoir, faisant écouler Feau déplacée par une rigole pratiquée à la partie supérieure.
5° Si des sources d’eau, pouvant alimenter des routoirs, étaient destinées à cet usage, il faudiait se servir de la pente, faire arriver Feau au fond du routoir par un tube , et pratiquer une rigole à la partie supérieure pour donner passage à Feau do macération déplacée.
6» Il faut, autant que possible, ne construire les routoirs que loin des habitations, et les placer dans des localités bien situées, en ayant égard à ce que le vent qui souffle ordinairement dans ces localités ne puisse porter Iss effluves sur les lieux les plus voisins, et surtout sur les habitations.
7° A défaut de sources, de rivières et d’eaux courantes, il faudrait jeter au fond des routoirs à eau dormante une certaine quantité de poussier de charbon, profitant, dans diverses localités, du voisinage des charbonnières.
8° Les routoirs qui peuvent être mis à sec doivent être nettoyés pendant la. saison froide; les matières terreuses extraites du fond du routoir et jetées sur les terres sont un bon engrais.
9° Ceux qui ne pourraient être curés de cette manière devraient être curés à la drague; on pourrait aussi y amener Feau, quand cela est possible, et déterminer un renouvellement en agitant, pour que les matières légères puissent être entraînées; on pourrait, à défaut d’eau courante, profiter des grandes pluies , des averses, et diriger alors vers ces fosses , à l’aide de rigoles , les eaux qui ne pénètrent pas dans le sol.
10° Les ouvriers doivent, autant que possible, ne pas entrer dans les routoirs lorsque Feau y est stagnants ou infecte; on peut attirer le chanvre à l’aide de crochets ou se servir du radeau qui
CHA
s’élèvera à la surface lorsque les pierres qui le chargent seront déplacées.
Les précautions que nous venons d’indiquer ici seront peut-être considérées comme insuffisantes pour quelques personnes, exagérées pour l’emploi d’autres moyens. Quant à nous , nous sommes convaincus qu’elles sont utiles, et si nous étions placés près d’un pays où la culture du chanvre serait pratiquée, nous ferions tout ce qui serait en notre pouvoir pour déterminer leur emploi, convaincus que ces précautions tourneraient à l’avantage de l’hygiène publique.
Du peignage , du serançage du chanvre. Les ouvriers qui peignent et qui cardent le chanvre sont aussi exposés à des maladies particulières. Ainsi ils sont sujets àla toux, à l’asthme, àla phthisie. On a attribué ces maladies à ce que, lors delà respiration, ces ouvriers sont en contact avec un air chargé de petites particules de poussière, avec de petites fibrilles qui se détachent du chanvre , particules qu’ils respirent ou qu’ils avalent malgré eux. Morgagni,qui a fait l’autopsie de cadavres d’ouvriers qui travaillaient le chanvre, dit avoir trouvé chez ces ouvriers les poumons enflammés et plus ou moins altérés dans leurs tissus; il cite l’observation d’un cardeur de chanvre dont la v oii s’était dénaturée de façon qu’il semblait plutôt crier que parler: cet homme avait été atteint six à sept fois de péripneumonie; ayant succombé, on trouva, lors de l’autopsie, que le poumon droit adhérait à la plèvre de toutes parts , les lobes supérieur et inférieur du poumon gauche étaient rouges , compactes, et contenaient du pus infiltré.
Les ouvriers qui travaillent le chanvre pourraient en partie remédier à ces graves inconvénients en employant des machines, des broyés, des meules , comme on le fait dans quelques parties de l’Auvergne, ou bien en agissant en plein air et se plaçant sous le vent. On pourrait peut-être : 1° Opérer dans des locaux destinés à ce travail où l’on établirait une cheminée d’appel ; 2» Exiger que l’ouvrier se recouvrît le visage avec un masque de gaze fin8 qui lui permettrait de voir et de respirer derrière ce masque sans être exposé à avaler des fibrilles détachées du chanvre ; 5° Enfin en conseillant à l’ouvrier de ne travailler qu’après s’être recouvert une partie de la figure avec un linge mouillé.
A. Chevallier et S. Furnari.
charbon, s. m. On désigne par ce nom une substance qui est le résultat de l’action du feu sur les matières végétales et animales , dans des vases clos et par conséquent à l’abri du contact de l’air. Il existe aussi d’autres espèces de matières charbonneuses , qui sont le résultat des réactions naturelles, le charbon de terre , par exemple. Pour ne pas nous écarter du but que nous nous proposons, nous ne parlerons, dans cet article , que des charbons qui proviennent des substances végétales et animales.
Le charbon végétal peut être retiré de toutes les substances qui appartiennent au règne végétal ; mais nous ne nous occuperons que de celui qu’on retire du bois.
CHA 5hl
Le charbon de bois est solide, noir, inodore, sans saveur, moins léger que l'eau, et cependant il reste pendant quelque temps à la surface de ce liquide, propriété qui est due à l’air qu’il renferme dans ses pores; mais il finit par perdre une partie de cet air et il tombe au fond du liquide. II est fragile, poreux, se réduit facilement en poudre, et , dans cet état , il peut servir à polir les métaux. Le charbon ordinaire est mauvais conducteur du calorique ; cependant on peut le rendre bon conducteur en le chauffant fortement, et la conductibilité sera d’autant plus grande qu’il aura été plus fortement chauffé. Le charbon qui se vend pour brûler est également mauvais conducteur de l’électricité : sur deux cents morceaux de ce charbon, à peine en trouve-t-on deux ou trois qui soient propres à conduire ce fluide; mais, en le chauffant fortement ou en le réduisant en braise , il devient bon conducteur de l’électricité. Aussi, dans la construction des paratonnerres , doit-on se servir exclusivement de ce dernier charbon; car le charbon ordinaire serait plus nuisible qu’utile.
Le charbon de bois est composé de carbone (matière charbonneuse), d’hydrogène et de substances salines qui fournissent les cendres.
Lorsque l’on chauffe le charbon avec le contact de l’air, il se forme des gaz ( corps aériformes ) qui , lorsqu’ils sont respirés , donnent lieu à l’asphyxie. Au commencement de la combustion du charbon, il se forme de l’hydrogène carboné , de l’oxyde de carbone, si le charbon ne reçoit pas assez d’oxygène; mais, si la combustion est bien complète, il se forme aussi du gaz acide carbonique.
Il y a une espèce de charbon très-employée dans les arts, c’est le noir de fumée. Il est le résultat delà combustion des matières résineuses.
Le charbon végétal est employé dans les arts : pour faire la poudre à canon , l’acier, l’encre d’imprimerie, etc. On l’emploie aussi pour désinfecter les eaux qui ont un mauvais goût et une mauvaise odeur; les eaux croupies même deviennent potables lorsqu’elles ont séjourné pendant quelque temps sur du chaibon. Les viandes trop faisandées perdent leur mauvais goût et leur odeur lorsqu’on les fait bouillir dans de l’eau avec du charbon ; pour empêcher l'eau de se pourrir, dans les voyages de long cours, on la la conserve dans des tonneaux dont l'intérieur a été charbonné.
Le charbon végétal jouit aussi, mais à un degré plus faible que le charbon animal, de la propriété de décolorer les liquides avec plus ou moins de force, selon qu'il est employé en plus ou moins grande quantité; il faut éviter cependant de l'employer pour faire perdre la couleur des vins qui sont trop colorés : car ces vins, ainsi traités, perdraient leur saveur.
La désinfection par le charbon n'est pas due , comme on l’a cru pendant longtemps, à l’absorption des gaz méphitiques , mais bien à une action chimique qui s’exerce sur les matières odorantes.
Le charbon pulvérisé a été emplové à Tinté
CHA
rieur, avec un certain succès, dans plusieurs maladies ; il est généralement considéré comme antiputride; peut-être peut-on le considérer comme tonique ; on l’a administré avec succès dans les fièvres typhoïdes , les fièvres putrides , à la dose d’un demi-gros, six fois par jour; pour faciliter son introduction dans l’estomac on peut le donner sous forme d’opiat uni au camphre ; il a été administré avec succès dans un typhus qui se déclara à l’hôpital de Torgau; le camphre seul échouait toujours.
Dans les diarrhées rebelles, les dyssenteries chroniques , il ne paraît guère agir qu’en enlevant l’odeur fétide des selles; cependant l’opiat de charbon paraît avoir été employé d’une manière avantageuse dans plusieurs cas analogues. Dans un cas de scorbut général, une femme n’a pris, pour tout médicament , que du charbon dont elle prenait une demi-once à une once par jour, à la dose d’un gros toutes les heures. II a été vanté comme moyen de combattre les fièvres intermittentes. Pour arrêter les accès on en donne ordinairement deux onces ; on l’administre aussi avec succès pour détruire la fétidité de l’haleine , dans les gastralgies et certaines affections de l’estomac. Ce charbon a été employé sous le nom de magnésie noire : uni au sucre et au quinquina , il constitue un excellent dentifrice. A l’extérieur on l’emploie plus fréquemment pour modifier les ulcères de mauvaise nature , les suppurations fétides , dans certains cas de gangrène ; on l’a employé aussi contre la teigne, après avoir enlevé les croûtes et lavé la tête avec du savon ; il en est de même pour la gale ; on l’a employé contre la carie des dents, certains ulcères de la bouche, l’ozène.
A l’intérieur on l’administre en poudre , en pilules, sous forme d’opiat, en pastilles et en lavements, à des doses qui varient depuis 1 gramme jusqu’à 5 et 6 grammes. Pour l’intérieur, quelques médecins préfèrent le charbon de bois de peuplier, qui est plus léger et plus divisé.
A l’extérieur, on l’unit à la farine de graines de lin pour en faire des cataplasmes; on l’applique aussi en pommade : cette pommade se fait avec une partie d’axonge et deux de charbon; on l’emploie en poudre , uni au camphre et au quinquina, pour couvrir les ulcères, etc,; quel que soit l’usage auquel on le destine , il faut qu’il soit bien lavé et tamisé très-finement.
le charbon animal est solide , noir, réduit en poudre ou sous la forme de masses qui conservent la forme des parties qui l’ont fourni , si elles sont solides; dans le cas contraire ces parties donnent uu charbon spongieux, léger et plus ou moins luisant; il renferme, comme le charbon végétal, une matière charbonneuse, des phosphates de chaux , du carbonate de chaux et de l’azote.
Le charbon animal jouit à un haut degré de la faculté de décolorer les liquides : ainsi on s’en sert pour décolorer le sucre , le sirop, etc.; on augmente beaucoup cette propriété en le mêlant avec de la poudre d’os calcinés ou blancs, ou avec de la pierre-ponce, et en calcinant le mélange.
Le charbon animal qui provient du sang desséché , des poils , de la corne , des sabots que l’on a
CHA
calcinés avec du carbonate de potasse , est celui qui décolore avec le plus d’énergie.
Le charbon animal peut être employé dans tous les cas où le charbon végétal a paru agir avec avanlage;pendant longtemps cependant on avait attribué à ce dernier seul une action médicamenteuse; on lui a même attribué des effets différents, suivant qu’il provenait de telle ou telle substance végétale ; mais ces idées sont abandonnées.
Lesueur ,
Professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris
charbon MALIN (mêd.) (V. Anthrax .)
charbonniers (Maladies des), {path. et hyg. pub.) Les charbonniers peuvent être divisés en trois classes bien distinctes : 1° Ceux qui travaillent à la fabrication du charbon ; 2° Ceux qui mesurent le charbon et le mettent en sac; 3° Ceux qui, assistant à ce mesurage, portent le charbon en ville et le versent dans les charbonniers.
Les ouvriers qui travaillent à la fabrication du charbon , soit dans les forêts en faisant des tas de bois symétriquement rangés et recouverts de terre pour fermer accès à l’air, soit dans les ateliers en employant des cylindres ou de grands vases en forme de cornues, sont sujets, surtout ceux qui travaillent dans les forêts, à des douleurs rhumatismales.il est facile de s’en expliquer la cause , puisque ces ouvriers sontexposés auxintempéries des saisons, travaillant et couchant souvent en plein air. L’affection rhumatismale se développe chez les autrespar suite de leur exposition aux courants d’air qui s’établissent dans les ateliers.
On a dit que les ouvriers charbonniers qui préparent le charbon sont exposés à l’asphyxie ; nous n’avons point vu d’exemples qui puissent appuyer ce dire; cependant si des charbons non •éventés venaient à prendre feu dans des magasins où seraient couchés des ouvriers , ces accidents s’expliqueraient.
L’odeur empyreumatique qui se développe pendant la préparation du charbon peut donner lieu à des maux de tête , mais on ne remarque pas cette indisposition chez les ouvriers qui travaillent en plein air, non plus que chez ceux qui ont l’habitude de ce travail.
Les ouvriersquis’occupent du mesurage du charbon sont sujets à des affections de poitrine, qui assez souvent se terminent par la mort. Les affections commencent après quelques années de travail ; les premiers symptômes sont d’abord une toux sèche, la maladie s'augmente, les crachats sont purulents , la phthisie et la mort sont les suites les plus fréquentes de cette affection.
Le docteur Skrage avait dit que les charbonniers étaient pâles, qu’ils toussaient et étaient sujets à l’asthme, à la phthisie; nous avons vérifié toutes ces assertions, et nous avons su que huit des charbonniers qui stationnaient près d’un bateau de charbon , quai Malaquais , avaient succombé dans l’espace de vingt et un mois à la suite d’affections de poitrine.
Les femmes de quelques charbonniers qui ven-
CHA
CHA
dent dans certains quartiers de Paris du bois et du charbon en détail, paraissent aussi subir les conséquences de la respiration de la poussière du charbon ; nous avons vu de ces femmes qui, arrivées de l’Auvergne avec un teint fleuri , avaient successivement changé d’état, et avaient fini par mourir phthisiques : il est convenable de rapprocher celte observation de celle dont les femmes des boulangers ont été l’objet. (Y. Boulanger.)
Les mesureurs de charbon sont aussi sujets à des maladies des yeux; on a pu constater ce fait dans l’institut ophihalmique de Paris; dans cet établissement, on a donné des soins à une foule de charbonniers, ainsi qu’à leurs femmes, affectés d’ophtalmies purulentes; de blépharites catarrhostrumeuses, et de taies sur la cornée: cette membrane dans la vieillesse des charbonniers devient noirâtre , et ils voient les objets comme à travers un brouillard.
Les porteurs de charbon sont sujets comme les mesureurs aux affections de poitrine et à l'ophlhalmie; ils sont en outre affectés de douleurs dans les épaules et de rhumatismes.
On a dit que les ouvriers qui sont en contact avec la poussière de charbon sont exempts de la gale, des maladies cutanées ; nous rfavons pu vérifier ce fait d’une manière à affirmer ou à infirmer ce dire; mais de nos recherches il résulterait l’observation que les charbonniers ne sont pas sujets aux fièvres intermittentes: cette non-disposition pour ces fièvres tiendrait-elle à l’ingestion de la poudre de charbon , qui, d’après les expériences de Calcagno de Novare (Sicile), de Burza, de Maccadino, et de médecins anglais, a la propriété fébrifuge du quinquina, et, selon Calcagno, est tellement efficace, qu’il pense qu’elle pourrait remplacer cette substance; ce dont nous doutons.
On avait aussi avancé, en 1832, que le charbon était un préservatif du choléra , et on disait pour appuyer ce fait que les charbonniers n’avaient point été attaqués par cette épouvantable maladie. Une assertion semblable a dû être vérifiée. Par suite de recherches que nous avons faites, nous avons su que les charbonniers, comme les autres classes, avaient été atteints par la maladie, en effet le tableau de la mortalité cholérique n usa fait voir que le nombre des charbonniers qui avaient succombé était considérable : le nombre des hommes qui ont succombé s’élève à quarante-cinq; celui des femmes à vingt-trois; enfin celui des enfants à six; total : soixante-quatorze.
La plupart des charbonniers sont Auvergnats, ils commencent à travailler à l’âge de vingt ans, et continuent jusqu’à cinquante ; on trouve de ces hommes ayant atteint l’âge de soixante ans, mais le nombre en est peu considérable; la plupart sont mariés.
Les charbonniers, comme un grand nombre d’autres ouvriers , se livrent à l’intempérance ; cette intempérance, suivie ordinairement d’un régime forcé, est aussi souvent chez eux une cause prédisposante de maladie : on ne saurait trop leur recommander de vivre d’une manière régulière et de ne pas faire d’excès.
S. Fürnari et A. Chevallier.
chardon (bot.) , s. m. On confond sous ce nom dans le langage ordinaire , une foule de plantes qui diffèrent par leurs formes et leurs propriétés. Le nom de chardon devrait être réservé à toutes les espèces de chardons, genre nombreux de la famille des Synantérées. Parmi ces chardons un seul a quelquefois été employé en médecine , c’est le Chardon marie ( Carduus marianus), qui est trèscommun dans la France méridionale. On exprime de ces feuilles fraîches un suc amer employé autrefois, et dans quelques pays on mange les bases des feuilles en guise de cardon. Le Chardon à foulon ( Dipsacus fullonum), n’intéresse que l’industrie. Le Chardon rolanef ( Kryngium campestre), si commun dans tous les endroits incultes et stériles, est sans usage en médecine. Quant au Chardon bénit ( Centaurea benedicta ), Chardon étoilé ( Centaurea calcitrapa), voyez Centaurée. Ms
charlatan ( pol . méd.), s. m. Il faudrait un livre si l’on voulait décrire toutes les formes de charlatanisme qui sont employées aujourd’hui. Les charlatans ont marché avec le siècle , et ce n’est point à eux qu’il faut reprocher d’être retardataires et de ne point s’élever à la hauteur des progrès de leur époque. Autrefois le charlatan, j vêtu d’un habit d’une couleur éclatante, se posait sur la place publique où il débitait ses remèdes , fruits des secrets merveilleux qu’il avait arrachés aux contrées les plus lointaines.
Aujourd’hui le charlatanisme est plus habile: il dédaigne ces vieilles formes classiques , et c’est muni d’un diplôme authentique et assis dans le cabinet du docteur , qu’il se livre à ses spéculations; les journaux sont les trompettes qui l’annoncent au public, trompettes dont l’effet s'étend bien au-delà de la distance où parvenait le son du bruyant instrument; tous les murs sont couverts d’affiches immenses dans lesquelles il n’y a qu’à choisir pour savoir par quel remède on peut se guérir infailliblement de l’affection dont on est atteint : car le propre du charlatan est de dire qu’il doit guérir toujours, même les maladies au- ! dessus des ressources de l’art. Rien n’arrête ces ! éhontés spéculateurs , ni les dangers que peu- ' vent causer les médicaments appliqués par des mains ignorantes , ni les résultats graves qui peuvent être la suite de maladies traitées par des moyens inefficaces, et souvent, pour ne pas dire presque toujours, dangereux. Il n’est pas de maladies qui ne soient exploitées par ces vendeurs de remèdes, depuis l’affection la plus simple jusqu’à ces maladies qui, par leur nature , obligent celui qui en est atteint à dissimuler son état et à cacher son traitement; toutes sont de leur domaine, et ce sont surtout celles qui font le plus de I victimes qui sont le plus exploitées. L’un guérit toutes les dartres par un procédé qu’il prétend avoir inventé, et qui est toujours supérieur à toutes les méthodes connues ; un autre guérit la maladie vénérienne avec des médicaments égale ment de sa composition, qu’il vend à un prix dix fois plus élevé qu’il ne lui coûte : car il est à remarquer que tous les médicaments vendus par ces charlatans sont des substances simples et connues