‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 158 sur 316 · CHI · texte numérisé non relu

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tains médicaments, et Muller fut affecté d’une toux irritante persévérante, pour avoir préparé un produit antimonial; Takenius fut empoisonné en voulant fixer l’arsenic ; Dulong fut deux fois en danger de perdre la vie en préparant et analysant le chlorure d’azote ; Thénard fut empoisonné par le sublimé corrosif en faisant sa leçon ; Barruel fut mutilé en préparant des fulminates ; Laugier fut empoisonné en traitant des minerais d’arsenic ; Vauquelin courut le danger d’être tué en calcinant dans la cheminée de son salon un produit qui , en détonnant, lança avec une telle force dans le salon un creuset de platine, que le marbre de la cheminée fut en partie brisé ; le même chimiste avait déjà éprouvé tous les symptômes d’un empoisonnement pour avoir respiré le gaz exhilarant , ou protoxide d’azote ; Gehlen fut empoisonné en 1815 en examinant l’action réciproque de l’arsenic et de la potasse.

On pourrait citer un grand nombre d’exemples 1° de pharmaciens qui, par suite de leurs travaux, ont été dangereusement blessés; 2° de pharmaciens qui ont succombé à la suite d’accidents ou de maladies , qui durent leur origine à l’exercice de cette profession : on peut citer à l’appui de ce fait, la mort d’un jeune savant, Polydore Boullay, fils de l’un de nos pharmaciens les plus distingués, qui s’étant brûlé en travaillant sur l’éther, succomba après avoir traîné pendant quelque temps une existence sans cesse tourmentée par les plus vives douleurs.

Il serait impossible de dire ici ce qu’on doit conseiller ou prescrire au chimiste. Il faudrait, pour le faire, consacrer à cet article un volume , le chimiste travaillant successivement sur tous les corps de la nature. On ne peut que signaler à son attention l’insouciance qu’il apporte la plupart du temps à la conservation de sa santé, en se plaçant au milieu d’une atmosphère viciée par des émanations infectes, ou bien par des émanations qui contiennent des acides de matières minérales vénéneuses, des gaz impropres à la respiration.

Le chimiste, dans le but de se prémunir contre les nombreux accidents qui le menacent , doit travailler dans un laboratoire bien aéré, et ayant une cheminée tirant bien et qui doit être munie d’une hotte. Ce laboratoire peut avoir un fourneau faisant appel. On peut , pour la description d’un laboratoire salubre , consulter les travaux de M. d’Arcet et la description du laboratoire de chimie de l'école d'artillerie de Vincennes, construit sur les plans de M. d'Arcet, par M. Briauchon, capitaine d’artillerie. ( Annales de l'industrie nationale et étrangère, t. vu, 1823, p. 257.)

Outre les maladies spéciales aux chimistes, ceux qui s’adonnent aux travaux du cabinet sont exposés aux mêmes maladies que celles qui affectent les hommes de lettres ; ils doivent se soumettre aux mêmes soins hygiéniques et aux mêmes modes de traitement.

S. Furnari et A. Chevallier.

chique (sooi.), s. m. ( pulex pénétrons L.) Puce pénétraute. On a donné ce nom à un insecte trèspetit qui est connu aux Antilles et dans l’Amérique

méridionale ; les Brésiliens lui donnent le nom de bicho ; ce petit animal, qui pénètre dans la peau appartient plutôt au genre acarus qu’au genre puce , quoique les naturalistes l’aient rangé dans le premier genre à cause de son bec ou suçoir qui paraît analogue à celui de la puce. C’est ordinairement à la plante des pieds, sous les talons, autour des ongles, dans les endroits où la peau est le plus dure, que s’introduit cet insecte; les nègres, qui vont habituellement nu-pieds , en sont trèssouvent affectés. Lorsqu’il a pénétré sous l’épiderme , il détermine en peu de jours une petite tumeur à la peau, qui souvent est rouge et dont le centre présente unpointnoir; si la chique s’est introduite profondément, la tumeur est de la même couleur que celle de la peau, attendu que l’inflammation déterminée par la présence de l’insecte n’est pas assez développée pour s’étendre jusqu’à l’extérieur. En peu de temps , la petite tumeur fait des progrès, et si l’on ne se hâte d’extraire la chique, la tumeur finit par s’ouvrir, les œufs de l’insecte se répandent dans la plaie et déterminent le développement de tumeur nouvelles et nombreuses ; on a vu la carie et la chute des orteils être la suite du séjour de ces insectes.

Lorsque la chique commence à déterminer de la démangeaison, c’est alors que l’on commence à être averti de sa présence , car son introduction n’est point douloureuse : cette démangeaison qui devient plus vive finit par être insupportable ; l’on doit , avant que la tumeur ait acquis un développement plus considérable , procéder à son extraction. Pour pratiquer cette petite opération , on se sert d’une épingle avec laquelle on ouvre la peau et l’on détache un petit kyste ou sac globuleux qui contient l’insecte et une assez grande quantité d’œufs. Il faut avoir soin en pratiquant cette opération pour laquelle les nègres sont fort habiles , de ne point crever le petit sac, afin que les œufs ne puissent se répandre dans la plaie , ou bien qu’il ne reste quelque portion du kyste, ce qui occasionnerait une inflammation érésipélateuse. Après l’opération, on panse la petite plaie avec de l’onguent basilicum ou de l’onguent mercuriel; on applique aussi quelquefois sur la plaie du mercure doux ( Calomel ) ou du plâtre. Souvent, lorsqu’on ne veut pas se soumettre à cette petite opération, on peut, en appliquant dès le début de l’onguent basilicum, ou, en perçant la petite tumeur au moyen d’une aiguille trempée dans une solution de nitrate de mercure , faire périr l’insecte.

On a indiqué comme moyen préservatif des frictions avec le tabac et le rocou; on a aussi remarqué que les personnes qui suaient des pieds étaient préservées des piqûres de la chique. Une partie des détails que nous donnons ici ont été communiqués à M. Audouin par M. Gaymard, qui avait observé plusieurs personnes affectées de la chique, dans un voyage qu’il fit, en 1818, à Rio- Janeiro.

J. P. Beaude.

chirurgie, s. f.,(du grec chéirurgia, de chéir main , et de ergone travail, travail do la main). Ce

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nom est spécialement réservé à cette partie de la médecine dans laquelle on fait usage de la main, soit seule soit aidée d’instruments, pour conserver la santé ou guérir les maladies. Cette définition est loin d’être rigoureuse, car il existe beaucoup de cas danslesquelsune opération manuelle extérieure est nécessaire à la curation de la maladie, sans que l’on croie devoir classer cette affection au nombre des maladies chirurgicales; aussi dans beaucoup de cas la ligne de démarcation qui sépare la chirurgie de la médecine proprement dite , est-elle tout à fait arbitraire et ne saurait rentrer dans le cadre d’une définition générale.

Autrefois la chirurgie était tout à fait différente de la médecine , et il existait pour ces sciences des enseignements différents. Le collège de chirurgie à Paris et plus tard l’Académie royale de chirurgie furent les corps savants qui jetèrent de l’illustration sur cette partie de l’art de guérir. Cette séparation d’une même science n’exista pas dans l’antiquité ; chez les Grecs et chez les Romains la chirurgie était exercée par les médecins, qui, ne pouvaient admettre la séparation d’une science , qui est unie dans ses principes et dans son application : ce n’est que dans le moyen âge, dans le treizième siècle , que l’on trouve les premières traces de la séparation de la chirurgie, et que l’on commence à distinguer les chirurgiens des médecins, que l’on nommait alors physiciens. Une des causes de cette division tint à ce que la plupart des médecins étaient engagés dans les ordres sacrés , et qu’ils regardaient comme audessous de la dignité sacerdotale, de toucher certaines parties de l’homme et de la femme; ils confiaient ce soiu à des laïques que plus tard on nomma médecins-chirurgiens. Le refus d’admettre ces chirurgiens dans l’université fut aussi une des causes qui contribua à les isoler, car ils fondèrent une corporation à part , qui devint le collège de chirurgie, et qui était formée par la réuuion de tous les chirurgiens qui avaient acquis dans le collège le titre de maître en chirurgie. Les chirurgiens barbiers furent quelque fois réunis à la corporation des maîtres en chirurgie , mais ils en furent définitivement séparés par une déclaration du roi de 1743 , et depuis cette époque la chirurgie française ue cessa de s’illus trer par ses importants services , qui l’ont placée au premier rang en Europe.

Lors de la loi de ventôse an xi , qui réorganisa l’exercice et l’étude de la médecine , on sentit qu’il était nécessaire de confondre l’enseignement de ces deux branches d’une même science, et l’on créa la Faculté de Médecine, où l’enseignement de la chirurgie et celui de la médecine furent nonseulement confondus, mais encore obligatoires pour les aspirants au titre de docteur. L’on avait compris depuis longtemps que l’étude des phénomènes physiologiques, soiten étatda santé, soit en état de maladie, ne sont susceptibles d’aucune de ces divisions arbitraires qu’avait créées le caprice ou la vanité, et que, pour exercer avec fruit l’une de ces deux branches de l’art de guérir, il était indispensable de connaître l’autre d'une manière approfondie. Seulement , dans nos usages et

surtout dans la pratique , quelques hommes spéciaux qu’une grande habileté et surtout une habitude constante des opérations chirurgicales , distinguent de leurs confrères, se sont voués particulièrement à l’exercice de la chirurgie, et l’on ne saurait nier les avantages que présente cette spécialité, surtout dans la pratique des grandes opérations , où l’habitude et l’expérience sont d’une si haute importance. Nous n’entrerons pas dans des détails plus étendus sur l’histoire de la chirurgie, car souvent nous ne pourrions que répéter ceux donnés par notre honorable collaborateur M. Larrey, dans l’article Chirurgie Militaire.

J. P. Beaude.

chirurgie militaire , s. f. Restreinte au sens rigoureux de ce terme , la chirurgie militaire est la pratique chirurgicale des armées; mais, étendue à une acception générale, elle embrasse l’ensemble des branches de l’art , et comprend avec elle la médecine, l’hygiène et la pharmacie militaires. C’est le contraire dans l’état civil qui applique à la médecine la généralité de l’art ; et celte différence se conçoit, car en campagne, aux époques de guerre, la responsabilité conservatrice pèse bien plus sur la chirurgie que sur la médecine; une seule peut suppléer à l’autre, c’est la chirurgie; il n’y a même pas besoin de preuves pour le démontrer, et il suffit de dire que dans les régiments d'une armée de terre, aussi bien que dans la marine, à bord des vaisseaux, les chirurgiens font tout le service.

Cependant la nature spéciale de cet article et les limites qui lui sont imposées ne nous permettront pas d’examiner à la fois toutes les questions qui se rattachent à la chirurgie militaire , et nous obligent de renvoyer à des titres distincts les articles: ambulances, hôpitaux, hygiène, infirmeries, invalides, maladies des camps et armées , officiers de santé, recrutement , réforme.

De nombreuses applications à la chirurgie militaire se retrouvent en outre aux divers articles de pathologie externe et de médecine opératoire, tels que : amputations, brûlures, contusions, épanchements , érysipèle , fièvre traumatique , fractures, gangrène , luxations , pansements , plaies , pourriture d’hôpital, projectiles , pyrotechnie , résections , sutures, tétanos, trépan.

La chirurgie militaire paraît être l’origine de l’art; elle a dû précéder la médecine et la chirurgie proprement dites, car si la guerre a commencé avec le monde, ses premières victimes ont sans doute fait naître ses premiers sauveurs. Esculape déifié, Chiron, Machaon, Podalyre , Thésée, Palamède, Achille, Patrocle etd’autreshéros des temps antiques pansaient leurs compagnons blessés dans les combats. Les cinq fils de Machaon savaient comme lui lancer et extraire les javelots; et le fils de Podalyre se montra si habile dans cette chirurgie militante, qu'JIippocrate, le père de la médecine, se faisait gloire de descendre de lui.

Diodore de Sicile nous apprend que plusieurs anciens rois d’Egypte s’étaient souvent dévoués au pansoment des plaies jusqu’à ce qu’il y eût plus

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tard des médecins d’armée rétribués par l’état. Xénophon dit que Cyrus , dans l’organisation de son armée , commença par lui assurer des guérisseurs des plaies.

Alexandre , au rapport de Plutarque, avait auprès de sa personne des médecins auxquels il confiait la santé de ses soldats; et il prenait intérêt à panser lui-même leurs blessures.

Des chirurgiens appelés medici vulnerarii furent attachés aux légions romaines, et reçurent d’éclatantes faveurs en récompense de leur dévouement et de leur habileté. Exemptés du logement des gens de guerre, des taxes et des charges publiques, ils obtinrent encore le droit de cité dans Dôme avec l’anneau de chevalier. César enfin parle dans ses Commentaires des visites qu’il allait faire aux blessés après une bataille, pour s’assurer des soins qui leur étaient donnés ; comme devait le faire, plusieurs siècles après, le César des temps modernes.

Il est triste de ne plus rien retrouver de l’utile institution romaine sous les premières races des rois de France ; et pourtant , la nécessité des secours au moment d’une campagne était si bien comprise , que les médecins ou physiciens marchaient avec l’armée , mais non pas au service de l’armée. Les chefs et les barons avaient à leur solde des clercs ou chapelains qui ne remplissaient auprès du soldat qu’un ministère religieux, tandis que des médicastres sans aveu, traînés à la remorque de l’armée , s’emparaient des malades et des blessés auxquels ils faisaient subir les chances de leur impéritie.

C’est dans ce temps-là de notre histoire que des femmes , entraînées par des dévouements d’amour et des instincts d’humanité, allaient, après un combat , chercher les blessés sur le terrein pour les secourir, et sucer leurs plaies, d’après un usage transmis des Grecs à nos aïeux, et propagé jusqu’à nous dans les croyances du vulgaire.

Plus tard, les chapelains d’armées firent mieux leur office en chirurgie, moyenhant salaire. Quelques-uns de ces myres ou maîtres-myres , ainsi qu’on les appelait, furent enrôlés à la croisade de Louis IX par Jean Pitard, premier chirurgien du saint roi, qui assistait et pansait lui-même ses preux chevaliers.

Miron, à l’exemple de Pitard, suivit Charles VIII à la bataille de Fornoue ; Fernel fit avec Henri II la campagne de Flandre, comme Châtelain et Castellan accompagnèrent Charles IX en Saintonge. au siège de Saint-Jean d’Angély, où ils succombèrent tous les deux à une maladie contagieuse.

Apparut enfin dans les fastes de notre histoire une époque mémorable. La découverte, déjà ancienne de la poudre à canon , avait été cruellement exploitée pour la première fois contre la France par l’Angleterre, à la bataille de Crécy. Il fallut dès lors changer la manière de faire la guerre , et aux armes blanches substituer les armes à feu. La fronde, la masse, le marteau, la hache, la lance, le dard et les puissantes machines, comme les béliers, les catapultes furent remplacés par l’arquebuse , le mousquet, les fusées, les

grenades , les bombes , les obus et les canons, si bien que les armures de fer n’y résistaient plus ; les blessures meurtrières répandaient la consternation parmi les troupes dont les rangs tout entiers étaient décimés quelquefois par un seul projectile.

Il fallait enfin à cet art de destruction opposer l’art de conservation ; il fallait une grande réforme dans l’abus des secours empiriques ; il fallait une chirurgie rationnelle et efficace; mais aussi un homme pour la préparer. Cet homme vint; il s’appelait Ambroise Paré. Le premier, il comprit qu’il y avait de grandes choses à faire , et il les fit ; à lui on doit la théorie exacte de la commotion des blessures d’armes à feu , et leur traitement simplifié ; à lui la suppression de certaines coutumes barbares, telles que de verser de l’huile bouillante sur les plaies prétendues empoisonnées; à lui le précepte établi des débridements ; et la suture des grandes plaies ; à lui enfin la ligature des vaisseaux , découverte aussi belle en chirurgie que pouvait l’être en physiologie la découverte de la circulation du sang. A. Paré aurait fait plus encore pour sa noble mission humanitaire, si, au lieu de s’attacher à la personne des rois , il s’était dévoué plus entièrement à la chirurgie de leurs armées ; et on peut le croire par l’influence qu’il exerçait ; car sa présence seule, au milieu des soldats, un jour de bataille, était un encouragement pour tous. Quel ascendant nous révèle un trait de sa vie raconté tant de fois ! Metz était assiégé en 1552; les blessés périssaient faute de secours, l’alarme se répandait déjà , on allait capituler. Paré n’y était pas; on l’appelle, il arrive, et dès qu’il se montre: « Nous ne craignons plus rien, s’écrient les sol- » dats, notre Ambroise est avec nous». La chance du combat changea aussitôt, et le succès fut décidé; il était glorieux, car c’était un succès contre Charles-Quint. En vertu de ses importants services, A. Paré qui était protestant, fut seul épargné par Charles IX dans le massacre de la Saint-Barthélemy ; et sa vie sauve nous a valu le grand ouvrage qui le fera toujours vénérer comme le père de la chirurgie française.

Pigray, disciple de Paré, continua une partie de l’œuvre pratique de son maître , mais n’eût comme lui d’autre titre à l’armée que celui de chirurgien royal. Il ne comprit pas d’autre but que celui de s’enrichir.

C’est au digne ministre de Henri IV, c’est à Sully qu’appartient la première institution de la chirurgie militaire. Les hôpitaux créés , lors du siège d’Amiens , furent si utiles , que les grands seigneurs d’alors venaient s’y faire traiter, et que les soldats, dans leur reconnaissance, appelaient campagne de velours, celle qui leur avait valu cette institution.

Richelieu lui donna plus d’extension et d’indépendance en organisant un service de santé dans les régiments : un chirurgien-major et des aides étaient attachés à chaque corps, et le chef des ambulances s’appelait chirurgien-major des camps et armées; on peut apprécier dès lors l’importance des services de la chirurgie militaire.

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L’accroissement des guerres, sous Louis XIV, exigea l’accroissement des secours. Chaque place forte fut pourvue d’un hôpital militaire; et d’autres améliorations dues, surtout au ministre Colbert, furent introduites dans le service personnel dont la direction fut confiée à un conseil supérieur de santé. La hiérarchie des grades comptait dans ses premiers rangs l’élite des chirurgiens de l’époque, membres du collège de Saint-Côme,etplus tard de l’académie de chirurgie. L’expérience acquise à l’armée était le principal titre d’admission dans cette illustre compagnie , et dans les emplois de la chirurgie civile. J. L. Petit, le plus grand chirurgien de son siècle, avait fait huit campagnes; et son fils en avait fait quatre, tout jeune qu’il était, lorsqu’il mourut.

La transition de Louis XIV à Louis XV ne changea point cette heureuse influence. Les chefs du service de santé furent institués chirurgiensconsultants , avec des prérogatives indépendantes de tout autre pouvoir que de celui du ministre de la guerre et du roi.

A Louis XVI se rattache l’utile établissement des écoles d’instruction pour les hôpitaux et les régiments. Quelle longue et brillante époque pour la chirurgie militaire qui s’honorait d’avoir des hommes tels que : Ledran, J. L. Petit, Louis, Ravaton, Garengeot, Lafaye, Morand, Lapeyronie, Lamartinière, Lombard, Faure, Lecat, Dufouart, Thomassin, Sancerotle, Noël et Sabatier.il faudrait faire un livre tout entier pour l’indication seule de leurs travaux , qui se retrouvent en partie dans la riche collection des Mémoires et prix de V Académie de Chirurgie.

La grande révolution s’était accomplie, et quatorze armées françaises étaient opposées aux efforts de l’Europe. Une levée de chirurgiens fut faite par les inspecteurs et les principaux membres du service de santé , au nombre desquels étaient Percy, et déjà M.Larrey comme chirurgien en chef de la quatorzième armée. Trois écoles furent constituées, la première à Paris, la seconde à Montpellier, la troisième à Strasbourg; elles étaient formellement destinées à fournir des médecins et des chirurgiens pour le service militaire , et s’appelaient écoles de santé ; mais , devenues plus tard facultés de médecine , elles changèrent ainsi d’attribution.

C’est donc à dater des guerres de la république que la chirurgie militaire s’agrandit et se régénéra. On sait qu’elle a une part glorieuse dans les mémorables campagnes d’Italie et d’Egypte. Le dévouement de tous était alors si jeune, si vrai, si actif! et ce dévouement-là chez quelquesuns devait vieillir et mourir avec eux.

Général, consul ou empereur, Napoléon ne cessa jamais deprêter son appui à la chirurgie militaire et de luimanifestersonestime.il savait, lui, apprécier dignement la conduite de ceux qui n’attendaient pas à l’écart la fin d’un combat pour secourir les blessés, comme on le faisait autrefois; et qui s’élancaient avec leurs ambulances volantes sur le champ de bataille, à travers la mêlée jusque sous le feu de l’ennemi , au risque d’être faits prisonniers , blessés ou tués eux-mêmes. Napoléon les

appelait ses braves chirurgiens, avec quelques-uns deces mots qu’il savait si bien dire et qui vibraient si fortement au cœur; et puis les titres, les croix, les mentions honorables à l’ordre du jour, il leur accordait tout , lorsqu’il avait été témoin lui-même de leur conduite , ou sur la seule proposition des chirurgiens en chefs-inspecteurs dont il garantissait l’autorité indépendante des autorités militaires et administratives. Pourquoi n’est-ce pas à moi de raconter ce qu’il a fait et ce qu’il aurait fait encore dans des temps meilleurs pour celui qu’il aimait le plus entre tous ses chirurgiens, pour celui qu’il avait connu sur tous les champs de bataille, pour celui auquel il a légué un si beau souvenir à son lit de mort!

La chirurgie de bataille , comme l’appelait Percy, était alors au grand complet. Un inspecteurgénéral, chirurgien en chef de l’armée, avait sa place au quartier-général ainsi que la chirurgie de réserve. A chaque division était attaché un chirurgien principal avec une ambulance entière composée d’un chirurgien-major, de deux aides et de six ou huit sous-aides, tous pourvus d’une trousse à giberne, sans parler des caisses d’instruments , d’appareils et de médicaments confiées aux officiers d’administration et à leurs soldats infirmiers. Le jour d’une grande bataille, l’armée comptait cent chirurgiens d’ambulances, en outre des chirurgiens de régiment , et il fallait cela, quand on songe qu’à Eyleau et à la Moscowa par exemple, il y eût plus de dix mille blessés.

Nous avons ailleurs (au sujet des ambulances) , donné une idée du service actif de la chirurgie militaire pendant la guerre; et il faudrait faire connaître aussi ce qu elle est, ce qu’elle fait pendant la paix, dans les régiments et dans les hôpitaux; mais comme cette dernière question surtout intéresse tout le corps des officiers de santé militaires, nous croyons devoir la renvoyer à un article spécial.

Jetons maintenant un coup d’œil sur les travaux, sur les progrès que l’art doit à la chirurgie militaire. C’est essentiellement à elle qu’il faut accorder les plus sûrs résultats dans l’appréciation et le traitement des blessures d’armes à feu. Certaines erreurs accréditées pendant assez longtemps et réfutées définitivement , la théorie, si fausse par exemple du vent du boulet et de la nature prétendue vénéneuse des plaies, ne sont plus admissibles aujourd'hui. Les effets de la commotion, le tétanos, la fièvre traumatique, la gangrène, la pourriture d’hôpital, et d’autres complications de ces blessures sont autant de questions éclairées par la chirurgie militaire.

Pour les plaies de tête, le diagnostic différentiel des lésions du cerveau, l’encéphalite et les cas qui nécessitent ou contre- indiquent l’opération du trépan;

Pour les plaies de poitrine, les déviations singulières des projectiles , les lésions des organes thoraciques, l’emphysème, l’empyème traumatiques, et la valeur spéciale de la réunion immédiate ;

Pour les plaies du bas-ventre, le mode d’exploration, la réduction des hernies traumatiques, le

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mécanisme des épanchements , les inconvénients ; de la gastroraphie ;

Pour les plaies des membres, les principes généraux de traitement, à savoir: les débridements et les contre-ouvertures , surtout pour l’extraction des corps étrangers, les pansements contentifs et renouvelés rarement; puis ie traitement particulier des fractures par V appareil inamovible; et enfin la question dominante des amputations primitives si supérieures en heureux résultats aux amputations consécutives; sans omettre la valeur comparée des méthodes de réunion par première ou par seconde intention, voilà encore autant de questions importantes qui seraient restées obscures ou imcomplètes, si elle n’avaient été mises au grand jour par l’expérience chirurgicale de la guerre.

Il ne serait pas à propos d’insister davantage sur les travaux de nos maîtres, ni de passer en revue des méthodes ou procédés opératoires, des modifications d’instruments ou d’appareils qui se retrouvent dans tous les ouvrages de l’art; mais il sera peut-être d’un intérêt plus direct d’indiquer les devoirs et les conditions exigibles du chirurgien militaire complet. Et d’abord les connaissances médicales requiges dans les hôpitaux et dans les facultés ; des notions suffisantes de géographie, d’histoire, de physique et de stratégie, afin de choisir ou d’apprécier les localités dans leurs influences hygiéniques pour l’établissement des camps, des bivouacs, des ambulances et des hôpitaux; une constitution saine et assez forte pour résister aux fatigues de la guerre, et à toutes les intempéries des saisons. Cette force physique est encore nécessaire, lorsque les soldats infirmiers font défaut pour relever , soutenir et transporter les blessés. La sobriété toujours prête aux privations , et qui maintient l’intégrité du jugement si nécessaire à l’appréciation des blessures et des opérations chirurgicales ; l’activité généreuse qui assure aux blessés de prompts secours, sans distinguer les rangs et les grades militaires, sans en exclure même les ennemis ; le courage pour affronter le danger sans pouvoir le combattre ; le sang-froid pour agir et opérer dans les positions les plus difficiles, au milieu des mouvements de l’armée, du bruit des armes, des alertes, des charges de l’ennemi, des cris et de l’encombrement des blessés, dans une retraite, dans une déroute, dans des retranchements , sous les remparts d’une place assiégée ou jusque sur la brèche, et sous l’influence délétère des épidémies typhoïdes et contagieuses ; l’industrie inventive qui supplée aux ressources de toute espèce et improvise un pansement avec les premiers objets venus, ainsi de la mousse, du papier, des feuilles d’arbres, à défautde charpie, de compresses et de bandes; et quand il n’y a pas non plus de vivres pour alimenter les blessés , eh bien alors, du bouillon et de la viande de cheval assaisonnée de poudre à canon ; et encore l’intérêt de coeur qui compatit aux souffrances des soldats, et les dispose favorablement aux chances de leurs blessures et des opérations nécessaires ; mais en même temps , cette dignité morale, qui ajoute à leur confiance

et saurait se rendre caution de leur honneur , si, par exemple , on les accusait injustement de mutilations volontaires; ce désintéressement, enfin , cette probité sans lesquels le dévouement n’existe plus. Il y a sans doute peu d’hommes éprouvés par une si grande expérience et capables d’autant de sacrifices ; mais c’est seulement à ceux qui en auraient donné le plus de preuves que devraient appartenir les premiers grades de la chirurgie militaire.

Quant airx résultats pratiques, devons-nous dire qu’ils paraissent généralement plus favorables que ceux de la chirurgie civile dépourvue de chances aussi nombreuses de succès ; ainsi la constitution jeune et forte des sujets, l’énergie morale soutenue par la confiance , ou exaltée par l’espoir d’une récompense et d’un avenir assuré; la promptitude des secours avant les complications d’accidents, avant la chronicité des maladies, surtout dans les cas d’amputations ; et enfin , quant à la chirurgie elle-même , les grands renseignements de l’expérience , car c’est une clinique assez vaste que celle des champs de bataille! Dionis, qui n’était pas chirurgien militaire, a dit, il y a déjà bien longtemps : « C’est dans les armées, c’est » dans les sièges que la chirurgie triomphe; c’est » là que tout reconnail son empire. »

Je m’arrête; et cependant j’aurais voulu ajouter à ces considérations générales, déjà trop étendues peut-être, l’exposé de la chirurgie militaire chez les étrangers qui n’en avaient pas avant la nôtre; j’aurais voulu montrer combien plus que la France d’aujourd’hui, l’Angleterre et l’Allemagne savent rendre honneur pourhonneur aux grands chirurgiens do leurs armées; j’aurais voulu enfin de ce parallèle déduire des conséquences d’organisation meilleure; maïs pour cela, j’aurais à dire trop de choses qui ne conviendraient pas à tous.

J’essaierai plus tard de présenter ces considérations d’une manière plus complète , plus large , plus indépendante dans un ouvrage spécial qui nous manque , ce sera l 'Histoire de la Chirurgie militaire.

IÏIPPOLYTE LARREY, Chirurgien de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce , Professeur agrégé à la faculté de médecine.

chlorates (chim.) , s. m. Sels résultats de l’union de l’acide chlorique avec les bases. Aucun d’eux n’est employé en médecine. Le chlorate de potasse sert dans les arts à prépare les amorces fulminantes et les allumettes des briquets dits oxygénés. J. B.

chlore ( chim .) s. m. Le chlore autrefois nommé acide muriatique oxygéné, est un corps simple, aériforme, d’une couleur jaune verdâtre, et d’une odeur sni generis, suffocante, si on le respire pendant quelques instauts II irrite fortement la membrane muqueuse des conduits aériens, donne lieu à une toux violente , suivie d’un sentiment douloureux de constriction dans la poitrine, et même à un crachement de sang qui peut être considérable. Il a la propriété de détruire les matières colorantes , et insectes , en s’emparant d'un des

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principes qui les constituent, et qui est l’hydrogène. Aussi s’en sert-on pour décolorer le papier, enlever les taches d’encre, blanchir la toile, et désinfecter les lieux , dans lesquels des matières animales pourries ont séjourné, pendant quelque temps. Pour blanchir la toile et décololorer le papier, on l’emploie à l’état aériforme, ou dissous dans l’eau. Il faut dans ce dernier cas, étendre la dissolution d’une certaine quantité d’eau , sans cela il détruirait les tissus. Si on l’emploie à l’état aériforme, on humecte légèrement les objets à décolorer, et on les soumet à un léger courant de chlore. Nous n’entrerons pas dans d’autres détails à ce sujet, car notre but est de considérer spécialement ce corps sous le rapport des services qu’il peut rendre comme désinfectant , ou comme médicament.

Chlore considéré comme désinfectant. On sait que toutes les matières animales, exposées à l’air, se putréfient et fournissent des produits volatils, tels que l’ammoniaque , l’acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré). Ces corps , en se répandant dans l’air, entraînent avec eux une certaine quantité de la matière en partie décomposée, et il en résulte une odeur fétide, des miasmes, ou germes de putridité, qui peuvent être détruits par le chlore que l’on fait dégager dans les lieux infectés. Les moyens de se servir du chlore , désinfectant varieront suivant l’usage des lieux dont on voudra purifier l’air.

Si l’on veut détruire les miasmes d’une étable infectée par les cadavres des animaux morts et abandonnés à eux-mêmes, on répandra dans ces lieux , après les avoir bien fermés , du chlore gazeux. Pour cela on mettra dans une terrine un mélange de 250 grammes de sel gris et de 70 grammes d’oxyde noir de manganèse ; on versera dessus 125 grammes d acide sulfurique, préalablement étendu de 125 grammes d’eau ; et on placera la terrine sur des charbons ardents. Le gaz se répandra dans toute l’étable, se mêlera à l’air et détruira les miasmes. En vingt-quatre heures on peut désinfecter ainsi des localités d’une assez grande étendue. Si cette étendue était trop considérable, on pourrait employer plusieurs terrines chargées du mélange ci-dessus indiqué , au lieu d’une seule. Il est bien entendu que, lorsque l’on fait ces fumigations qui, autrefois, était désignées du nom de Guyton-Morvaux , qui les a découvertes , il est indispensable de faire sortir les animaux qui, sans cela, seraient suffoqués par l’action du chlore.

Si on voulait désinfecter un appartement, on emploierait le même moyen , mais il faudrait le déménager, afin que les différents objets d’ameublement ne soient pas altérés par le chlore. D’après ce que nous avons dit plus haut sur les inconvénients qu’il y a à respirer du chlore, il est évident, qu’il ne faut pas que les lieux soient habités pendant la fumigation.

Si on voulait désinfecter une salle de malades , il y aurait quelques modifications au procédé que nous venons d’indiquer. Au lieu de se servir de terrine , on se servirait d’une fiole dans laquelle on aurait introduit 30 ou 40 grammes seulement de

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sel marin , avec les quantités suffisantes d’oxyde noir de manganèse et d’acide sulfurique , on chaufferait alors légèrement la fiole , et on ferait le tour de la salle; il faut qu’au bout de quelques minutes, la salle conserve encore une très-légère odeur de chlore , sans cela on pourrait craindre que la désinfection fût incomplète.

Dans le cas où on serait forcé de respirer pen dant quelque temps l’air de marais fétides, ou qui se dégage des amas de matières putrides , il serait avantageux de se laver de temps en temps les mains avec une dissolution concentrée de chlore : ce corps s’attache à la peau , au point qu'il s’en dégage encore au bout de quelques heures, de sorte qu’on est exposé à une faible émanation de chlore, qui, tout en décomposant une partie des miasmes, peut donner lieu à une excitation salutaire.

Considéré comme médicament, le chlore a été employé avec succès. Ainsi on a vu la gale disparaître après des immersions des mains dans une dissolution de ce corps : on dit l’avoir employé avec avantage dans des fièvres putrides, des diarrhées et des dyssenteries chroniques entretenues par l’atonie de la membrane muqueuse des intestins. On peut aussi retirer de bons effets de son emploi dans les morsures des animaux venimeux ; mais il y a des moyens thérapeutiques plus efficaces en pareil cas. Son utilité est surtout incontestable dans l’empoisonnement par l’acide prussique (hydrocyanique); de nombreuses expériences, que j’ai faites sur des animaux vivants, le prouvent d’une manière évidente. Il faut dans les cas d’empoisonnements par cette acide, faire respirer au malade du chlore liquide , en répandre sur son linge ; il y aurait aussi de l’avantage à lui faire prendre quelques cuillerées de ce liquide étendu d’eau; mais l’inspiration du chlore est surtout à employer, car son introduction dans l’estomac ne peut rendre de grands services, lorsque le poison est déjà répandu dans l’économie animale. Si on n’avait à sa disposition que du chlore gazeux , il ne faudrait l’administrer que mélangé avec de l’air, car s’il était concentré, son introduction dans les voies aériennes pourrait donner lieu à une irritation dangereuse.

On a conseillé encore l’usage de ce médicament à des doses très-faibles, dans la phthisie pulmonaire ; mais on ne peut établir son utilité positive dans ces maladies, et son emploi peut être quelquefois nuisible.

Chlorures alcalins ( hypochlori tes ), chlorure de soude, de chaux, etc. La découverte de l’emploi du chlorure de chaux dans l’art du boyaudier a conduit à employer ces chlorures comme moyens désinfectants. Aussi, l’autorité a-t-elle cru, en 1823, devoir faire établir des appareils désinfectants de M. Labarraque pharmacien, à la Morgue et chez les commissaires de police.

Ces chlorures sont très-utiles pour désinfecter les cadavres en putréfaction dont on doit faire l’autopsie, pour désinfecter les latrines, les baquets à urines et les plombs.

Désinfection des cadavres. L’examen de cadavres pourris pouvant donner lieu à des accidents, on a

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pensé avec raison qu’on pourrait employer avec succès les aspersions faites avec une dissolution de chlorure de chaux; l’expérience l’a établi d’une manière incontestable. Ainsi le médecin appelé pour une pareille opération, doit commencer avant de se mettre à l’œuvre, par arroser le cadavre avec du chlorure de chaux, et en verser sur la table où il est placé. L’odeur infecte disparaît de suite, comme j'ai été à même de m'en assurer un grand nombre de fois et notamment lorsque je fus requis avec MM. Grilla, Gerdy et Hennelie , pour examiner le corps du nommé B***, inhumé dans les premiers jours d’avril 1823, et exhumé le premier août de la même année. J’ai remarqué même que dans ce cas, la désinfection était plus prompte, que lorsqu’on emploie le chlore pur; ce qui s’explique parla réaction du chlore à l’état de gaz naissant sur les effluves miasmatiques.

Dans un certain nombre de cas , lorsque l’on a commencé l’ouverture du cadavre, on peut verser de ce chlorure sur les organes contenus dans la poitrine et l’abdomen ; mais, comme il se dépose du carbonate de chaux blanc , il pourrait y avoir quelquefois des inconvénients à employer la chlorure de chaux. Dans les cas d’empoisonnements , par exemple , on doit bien se garder de plonger les intestins dans ce liquide, car il y a des substances vénéneuses qu’il peut altérer; d’ailleurs on compliquerait les opérations, et la présence d’un chlorure alcalin dans les intestins, ou réuni avec les matières qu’ils renfermaient , pourrait induire en erreur d’une manière grave les experts chargés de faire un rapport. On doit dans ces circonstances se contenter ds verser le chlorure autour du cadavre , et dans la pièce ou se font les opérations.

Considérés comme médicaments, les chlorures alcalins, celui de soude surtout, ont été employés contre un assez grand nombre de maladies.

A l’extérieur. Dans les brûlures, dans les ulcères atoniques, dans les gangrènes, etc. , on s’en est servi avec succès : on imbibe alors de la charpie avec une dissolution de chlorure de chaux ou plutôt de soude, et on l’applique sur les parties malades. Dans les ulcérations gangréneuses du scrotum, à lasuite d’infiltration d’urine, il a réussi complètement, en bornant l’étendue de la gangrène, en favorisant la chute des escarres el donnant promptement un bon aspect à la plaie. On s’en est servi avec succès en injections dans des écoulements fétides du vagin, et pour combattre la fétidité des urines , etc. Dans ces différents cas , il doit être employé plus ou moins étendu d’eau, suivant l’irritabilité des organes. Ainsi on étendra la dissolution concentrée de chlorure de 4, 10 , 20 , 30 , 50 parties d’eau.

A l’intérieur. Les chlorures alcalins ont été employés dans les fièvres typhoïdes avec plus ou moins de succès. Le docteur Lalesque de Bordeaux, a proposé d’administrer le chlorure de soude en potions dans les fièvres intermittentes, à la dose d’un gros ou d'un demi-gros, dans quatre onces d’eau distillée, à prendre pendant l’apyréxie. Les observations publiées par ce médecin , établissent d’une manière positive que ce chlo-

rure peut souvent remplacer le sulfate de quinine.

L’administration du chlorure d’oxyde de sodium doit toujours être dirigée par un homme de l’art, afin que la dose soit plus ou moins forte suivant l’exigence des cas.

Chlorure métallique. Ce sel est formé de chlore et de métal ; il diffère par conséquent de ceux dont nous venons de parler, puisque ces derniers sont formés par du chlore et un oxyde métallique. Nous en parlerons dans l’histoire de ces métaux en particulier.

Lesüeük ,

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris.

chlorose ( méd s. f. , en latin chlorosis, de chlôros, mot grec, dont la signification n’est pas bien précise et exprime tantôt la pâleur, tantôt la couleur verte ou jaune. Cette maladie, désignée vulgairement sous le nom de pâles couleurs, se trouve aussi décrite dans les auteurs sous les dénominations suivantes : pallidus morbus , fœdus virginum color, fœdi colores, icteritia alba, morbus virgineus, cachexia virginum, mulierum febris amatoria, virginum febris alba, etc.

La chlorose est caractérisée par une coloration pâle ou verdâtre de la peau, jointe à un état de langueur générale , ordinairement accompagnée de divers accidents nerveux , et liée le plus souvent à la rétention des règles ou à leur insuffisance. Nous n’avons point à examiner dans cet ouvrage si, comme on l’a prétendu, la chlorose est le résultat d’une sorte d’engourdissement ou d’inertie des organes génitaux , ou si elle ne tient pas plutôt à un affaiblissement des qualités stimulantes du sang , ou bien à une sanguification vicieuse, à une hématose incomplète, comme d’autres le soutiennent encore. De pareilles recherches seraient ici plus curieuses qu’utiles, et nous croyons devoir nous en abstenir.

Causes. C’est surtout chez les jeunes filles, à l’époque de la puberté, lorsque la menstruation tarde â s’établir , ou ne s’établit qu’avec difficulté , que se manifeste ordinairement la chlorose ; on voit aussi de jeunes garçons en être atteints vers la même époque et probablement parla même cause, l’inertie des organes génitaux. Les veuves et quelquefois même les femmes mariées, n’en sont pas non plus exemptes. M. le docteur Blaul de Beaucaire rapporte que chez une femme de vingttrois ans , la chlorose débuta le jour qui suivit la première nuit de ses noces, persista pendant la grossesse et ne céda que plusieurs mois après l’accouchement. Les autres causes prédisposantes de cette affection, sont : le tempérament lymphatique, une constitution faible , originaire ou acquise , un genre de vie sédentaire , l’habitation dans les grandes villes , le sommeil trop prolongé, ou les veilles immodérées, l’influence du froid et de l'humidité, des aliments peu nourrissants ou indigestes , l’abus des boissons aqueuses, froides ou chaudes, des bains lièdes, l’usage de vins de mauvaise qualité, ou l’abus des liqueurs spiritueuses. Slevogt cite l’observation d’une femme de trente-quatre ans, mère de trois enfants, et d’une forte constitution, qui devint

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chlorotique à la suite d’étranges écarts de régime.

Les causes occasionnelles les plus fréquentes de la chlorose, sont : les affections morales tristes, l’ennui, le captivité et surtout l’amour contrarié ou malheureux ; la privation des jouissances physiques de l’amour chez une jeune fille très-ardente ou chez une femme qui les a déjà goûtées, l’excitation répétée des organes génitaux par la masturbation ou le coït, la suppression accidentelle des règles, lorsqu’elle se prolonge, et, dans quelques cas, leur excrétion trop abondante; certaines maladies qui ont amené un état de faiblesse profonde, etc. M. le docteur Fouquier rappelle ordinairement dans ses leçons, l’exemple d’un général qui, après avoir éprouvé des chagrins et des tracasseries sans nombre, présenta tous les caractères de la chlorose.

Les symptômes de la chlorose portent sur toute l’habitude du corps. La coloration naturelle de la face se fane et s’altère peu à peu : d’abord pâle , elle devient ensuite quelquefois d’un jaune verdâtre. Cette teinte est particulièrement remarquable autour des lèvres et des ailes du nez. Les paupières sont cernées, les yeux ternes et languissants ; la figure est légèrement bouffie , surtout aux paupières et le matin après le sommeil. A mesure que la maladie fait des progrès, le reste de la peau se décolore à son tour, et elle devient sèche et terreuse. On observe de l’enflureaux pieds, de la mollesse et de la flaccidité dans les chairs. Les malades éprouvent un sentiment continuel de lassitude et une grande aversion pour le mouvement. La faiblesse et l’engourdissement augmentent de jour en jour. En même temps les règles se dérangent , si déjà elles existent , sinon leur première apparition est retardée : dans le premier cas, elles se suppriment tout à fait, ou bien elles reviennent en moindre abondance et avec plus d’irrégularité que de coutume; à chaque époque menstruelle , le sang devient plus pâle et plus séreux, et les jeunes filles se plaignent de douleurs dans le bas-ventre, dans les cuisses et dans les reins. Bientôt apparaissent les phénomènes suivants : douleur à la tête occupant le front ou l’occiput , tantôt fixe et insupportable , d’autrefois passagère et peu intense. L’engourdissement physique s’étend au moral, la malade est triste et apathique, elle recherche la solitude, son caractère change; quelquefois une sorte de bizarrerie et d’irascibilité succède à la douleur , elie pleure, rit, chante et s’afflige sans motifs; parfois son imagination est exaltée ; ou bien elle tombe dans un découragement profond. Elle éprouve des défaillances pour les causes les plus légères, son sommeil est troublé ; souvent à l’insomnie la plus complète pendant la nuit succède une somnolence invincible pendant le jour. L’appétit diminue, puis se perd tout à fait, ou bien il se déprave , et les malades désirent alors les aliments les plus sapides ou des substances entièrement dépourvues de qualités nutritives ; elles recherchent les épices, la salade, les fruits verts, du charbon, du plâtre, des cendres, etc. Il y a des nausées, des vomissements, une constipation opi-

niâtre ou de la diarrhée ; une soif vive ou de la répugnance pour les boissons. Le ventre devient douloureux, tendu et quelquefois singulièrement météorisé après les repas surtout. La respiration est pénible, accélérée, au moindre mouvement, il survient une oppression considérable. Le pouls est petit, faible et fréquent : des palpitations continuelles ou intermittentes se font sentir dans la région du cœur et au creux de l’estomac ; il existe en môme temps des battements incommodes dans les artères du cou, qui font entendre, tantôt un souffle très-prononcé, tantôt une sorte de roucoulement. ou de vibration musicale, tantôt enfin un bruit particulier qui ressemble assez exactement au bruissement que produit l’agitation de ce jouet d’enfant, connu vulgairement sous le nom de diable. Ce bruit, qu’on perçoit facilement en appliquant l’oreille au-dessus de la partie interne de la clavicule, est continu et non intermittent; il disparaît si, pendant qu’on l’écoute, le malade fait un effort, ou si l’on comprime avec le doigt l’artère, au-dessous du point où l’auscultation est pratiquée. Les battements du cœur sont ordinairement alors assez étendus et rendent un son plus clair que dans l’état de santé. La chaleur de la peau est le plus souvent diminuée, la transpiration cutanée presque nulle; l’urine pâle, transparente, en petite quantité, ou très abondante au contraire. Le sang tiré d’une veine ou celui qui s’écoule accidentellement d’une plaie, est décoloré et tache à peine le linge en rose pâle.

Tels sont les traits qui réunis, ou groupés en certain nombre, caractérisent la chlorose. Sa durée est indéterminée. Dans les cas les moins graves, on la voit céder en vingt ou trente jours. Elle peut se terminer par la santé, soit lorsque le progrès de l’âge amène un changement favorable dans la constitution, soit lorsque ses causes cessent d’agir , soit lorsqu'on lui oppose un traitement convenable ; ou par la mort , quand on ne peut soustraire les malades à l’int^uence des causes qui en ont provoqué le développement, quand on les soumet à un traitement mal entendu, que la maladie est trop avancée , que la constitution est trop affaiblie , et qu’il s’est déjà développée quelque affection organique incurable.

Après la mort des individus qui succombent à la chlorose, on trouve les chairs décolorées et les vaisseaux vides de sang. Quant aux autres lésions , s’il en existe, elles n’appartiennent pas à la chlorose , et ont rapport à des affections simplement coïncidentes ou qui se sont développées pendant son cours.

L’appréciation exacte des causes qui ont produit la maladie, et la comparaison de ses symptômes avec ceux de quelques autres affections analogues, telles que l’anémie , l’anasarque, l’ictère, etc. , suffisent en général pour en établir le diagnostic, et pour éviter toute confusion.

La chlorose , quand elle est simple et récente , est ordinairement sans danger, et sa guérison s’obtient assez facilement, si la constitution de la malade est forte et que les règles n’aient point encore paru. Elle es toujours très-grave, souvent même incurable, .orsqu’elle est ancienne et

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compliquée : le danger est relatif alors à la nature des complications.

Traitement. Imprimer plus d’énergie et d’activité à la nutrition et à la sanguification, et dans la plupart des cas stimuler et fortifier les organes génitaux, telles sont les principales indications à remplir ; sans jamais négliger d’ailleurs de remonter aux causes, afin de les éloigner s’il est possible. D’après ces généralités, il est aisé de voir qu’on doit principalement compter sur l’emploi bien entendu des moyens hygiéniques; mais on rencontre souvent de grands obstacles dans la disposition physique et morale des malades. Des aliments d’une facile digestion , contenant beaucoup de matière nutritive et légèrement excitants, sont bien certainement ceux qui conviennent le plus ; mais le défaut d’appétit et la dépravation du goût s’opposent fréquemment à leur usage. Cependant il importe que les malades soient alimentées, et mieux vaut peut-être qu’elles mangent des choses peu salubres , que de rester sans nourriture. D’ailleurs ces goûts , quelque bizarres qu’ils paraissent, doivent quelquefois, lorsqu’ils persévèrent pendant un certain temps, être regardés comme des avertissements de la nature, et il peut être utile d’y obtempérer , lorsqu’ils ne portent point sur des substances évidemment nuisibles. La même remarque s’applique aux boissons ; mais il n’en est pas ainsi de l’exercice. Quelle que soit l’aversion qu’il inspire aux malades, quelques raisonnements qu’elles allèguent, pour prouver qu’il leur est nuisible, il faut insister sur son emploi, en le proportionnant seulement à l’état des forces. Les promenades à pied, à cheval , en voiture ou sur un âne , et accompagnées d’une douce distraction , provenant soit de la diversité des sites, soit des agréments de la conversation, sont ici spécialement indiquées. Nous en dirons autant des voyages, de l’exercice de la natation , surtout à la mer, et même de la danse , pourvu qu’elle ne soit point poussée jusqu’à la fatigue. L’habitation dans un air pur, vif et Sec, dans un appartement vaste , exposé au midi ou à l’est; l’usage de vêtements chauds et légers, la flanelle fine appliquée immédiatement sur la peau, des frictions pratiquées avec une brosse douce sur las reins et les membres inférieurs, sont également recommandables. Quant au mariage , préconisé par quelques médecins, comme le meiileur remède de ia chlorose, nul doute qu’on ne puisse le conseiller avec avantage, quand cette maladie tient à un amour contrarié, qu elle est ia suite du veuvage, ou de la privation des plaisirs de l’amour, ou bien encore, et alors comme moyen d’excitation des organes génitaux, chez de jeunes filles douées d’une forte constitution, apathiques et indifférentes en même temps ; mais hors de ces conditions et lorsque les malades sont fort affaiblies par l’ancienneté de ia maladie , on doit s’y opposer. Car les grossesses, les accouchements ou les avortements qui peuvent êlre la suite du mariage, ne feraient qu’augmenter encore la faiblesse, outre l'inconvénient de donner quelquefois naissance à des enfants débiles, rachitiques ou scrophuleux.

Les médicaments qui réussissent le mieux dans le traitement de la chlorose, sont les préparations ferrugineuses , soit seules et administrées à haute dose, soit combinées aux amers, au safran, àl’aloès ou à l’iode, suivant les indications qu’on cherche à remplir. On y associe avec avantage l’usage des eaux minérales prises ou non sur les lieux. Celles qui méritent lâ préférence sont les eaux de Passy, de Bussang, de Pougues, de Forges, de Bagnères de Bigorre, de Spa, de Pyrmont, etc. Quand la chlorose est liée manifestement à l’état de la menstruation , on a recours aux emménagogues (V. ce mot), soit pour provoquer l’apparition des règles, si elles n’ont pas encore eu lieu , soit pour les rappeler en cas de suppression , soit enfin pour en accroître l’écoulement, s’il est insuffisant. La saignée, recommandée par certains médecins, est contre-indiquée par la nature de cette maladie. Sans doute quelques circonstances particulières ou des complications inflammatoires, peuvent en réclamer l’emploi, mais il faut alors même y apporter toujours une extrême réserve.

L’usage des vomitifs et des purgatifs , dont les Anglais surtout disent avoir obtenu d’excellents effets, nous parait devoir être restreint à un trèspetit nombre de cas spéciaux.

G. Blache,

Médecin des hôpitaux de Paris.

chocolat (hygiène), s. m. (chocolatum) . Pâle solide préparée avec les graines du fruit d’un arbre d’Amérique , auquel Liunée a imposé le nom de theobroma cacao (Y. Cacao ). On prétend que le mot chocolat vient de choco , qui en langue méxicaine signifie bruit ou son, et de lattè, dénomination de Veau dans le même idiome , parce que les Méxicaius faisaient fortement mousser celte substance dans l’eau avant de la prendre.

« Suivant les premiers historiens de l’Amérique, lorsque les Espagnols arrivèrent dans le Nouveau- Monde, les habitants faisaient avec le cacao une préparation qui a été depuis beaucoup perfectionnée. Iis le broyaient et le délayaient dans de l’eau chaude; ils le mêlaient avec une bouillie de maïs, le coloraient avec du rocou et l’assaisonnaient avec ie piment. Les soldats espagnols trouvèrent ce mets, nommé chocolat par les naturels du pays, très -désagréable; ils cherchèrent à masquer sa saveur avec des aromates et différentes substances : on a peu à peu douné la préférence au sucre et à la vanille pour cette préparation. En Europe, on a bientôt tiré un grand parti du cacao; et cette amande fait aujourd'hui une branche très-importante du commerce de l’Espagne et de nos îles. (Fourcroy. » Encyclopédie méthodique. (Médecine). Tome IV, p. 205).

Plus industrieux que les sauvages américains , leurs conquérants réduits .parle manque de vin, à ne boire que de l’eau pure , portèrent tous leurs soins à la composition du chocolat et ne tardèrent pas , par leurs efforts , à changer le breuvage nauséabond , qu’ils voyaient préparer , en un délicieux nectar dont ils dotèrent tout l’ancien continent, et premièrement leur patrie qui est encore aujourd’hui celle des bons chocolatiers.

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C’est certainement dans ce pays qu’il faudrait envoyer nos ouvriers apprendre à préparer cet excellent aliment; c’est là seulement qu’on le sait faire et qu’on le sait prendre comme il convient. Là, en effet, depuis le grand d’Espagne jusqu’au muletier, tout le monde en se levant boit le chocolat et en fait ses délices ; car pour eux c’est plutôt une boisson qu’un aliment : aussi ne romptil pas le jeûne , et les prêtres peuvent-ils en prendre avant de dire leur messe. Entre les auteurs ecclésiastiques qui ont traité de ce point de discipline , nous citerons F. M. Brancaccio qui , en sa qualité de cardinal , a gravement et sérieusement discuté cette éminente question dans son livre intitulé : De usu etpotu chocolatée Diatriba, etc. in-4°, Rumœ, 1664, id. 1666.

La première condition à remplir pour fabriquer de bon chocolat est sans contredit de faire un beau choix des cacaos qu’on y destine. On commence donc par se procurer des semences de cacao caraque bien conservées et exemptes d’odeur de moisi; on les mêle avec un quart ou un tiers au plus de leur poids de graines non vermoulues , dures, pesantes, de cacao des îles; puis on les torréfie, à la manière du café, dans une poêle de cuisine, et mieux dans un cylindre de tôle, communément appelé brûloir. Lorsqu’on s’aperçoit que l’enveloppe corticale s’en détache facilement on les retire du cylindre et on les étend sur une table : un quart d’heure après , on passe par-dessus un rouleau de bois pour favoriser la décortication des amandes. On les vanne ensuite, on les crible et on les monde. Les écorces ou épluchures se mettent à part pour être utilisées, ainsi qu’il a été dit dans notre article Cacao. Quand les amandes ont été bien nettoyées et triées, on les pile dans un mortier de fer préalablement échauffé, en y ajoutant environ le quart du sucre qu’on y veut faire entrer. La quantité totale de sucre pourrait n’être qu’égale à celle du cacao employé, mais elle l’excède ordinairement. Dès que les substances sont bien incorporées, on porte, par parties, la pâte grossière qui en résulte, sur une pierre parfaitement polie, appropriée à cet usage et sous laquelle on a eu soin de placer une bassine en fonte remplie de braise à demi- recouverte de cendre. Ces dispositions étant faites, on promène un fort cylindre de fer tourné sur le mélange jusqu’à ce que celui-ci forme un tout homogène. Sitôt que l&pàle est parvenue au degré voulu de finesse, on commence à y ajouter petit à petit le sucre qui reste et les aromates, quand on veut que le chocolat en contienne , et l’on continue de broyer encore durant dix à douze minutes. Il ne reste plus alors qu’à distribuer la masse dans des moules de fer-blanc convenablement disposés, où elle ne tarde pas à prendre la solidité requise en se refroidissant. Indépendamment des tablettes ainsi confectionnées, on façonne encore la pâte de chocolat en bâtons, en carrés, en pastilles, bonbons, rotules, etc., afin de satisfaire aux caprices et fantaisies des acheteurs.

Nous avons dit que pour fabriquer du chocolat de bonne qualité , il fallait le composer de trois quarts de cacao caraque et d’un quart de cacao des îles; en voici le motif: c’est que si, dans le T. I.

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mélange des deux sortes de cacao, il y a trop de caraque, la pâte en est sèche et peu liante; que si, au contraire, c’est le cacao des îles qui y est plus abondant qu’il ne convient, le chocolat qii en provient est trop gras, trop huileux, et par conséquent indigeste. Et de plus , lorsque la torréfaction du cacao n’a point été conduite avec intelligence et arrêtée à point, il en résulte deux autres inconvénients : ou les amandes ont été trop brûlées, ce qui donne une pâte noire et amère ; ou elles ne l’ont pas été suffisamment, et alors le sucre s’y combine mal et fait avec le cacao une pâte grenue peu homogène. Les fabricants expérimentés pensent aussi qu’il est préférable et plus avantageux de griller le cacao et de le mettre en pâte grossière au printemps, pour ne le broyer et ne le convertir en chocolat qu’à l’automne. Ils donnent pour raison que l’huile concrète ou beurre de cacao se combine plus aisément avec le sucre, et que la fabrication du chocolat en devient plus facile; car, ajoutent-ils, dans l’hiver la pâte se refroidit trop vite, et dans l’été le corps gras du cacao prend trop de fluidité et tend à se séparer de la masse. Disons maintenant, avec Parmentier , que « quand on réfléchit à la nature des substances qui composent le chocolat et à la manière dont il faut en opérer la combinaison, on est forcé d’y reconnaître tout le caractère d’une préparation véritablement pharmaceutique, et d’avouer qu’elle exige un concours de soins et de vues dont ne sont pas susceptibles de simples ouvriers sans surveillants et sans guides ( IVouv. Dict. d’Hist. nat., t. IV, p. 26; — Paris. An XI — 1803). »

Les diverses espèces de chocolat qui sont livrées à la consommation peuvent être divisées en trois sortes principales, auxquelles nous en joindrons une quatrième qui est le chocolat médicinal. Nous les examinerons successivement sous les quatre titres suivants :

1° Chocolat simple , improprement nommé de santé. Ou appelle ainsi le chocolat dans lequel il n’entre ni aromates, ni fécules, ni aucune autre substance, que des cacaos avec du sucre, ou même sans cette addition, qui peut ne se faire qu’après, au goût du consommateur et au moment même de le prendre. C’est fort à tort que l’on a donné ce nom à cette pâte simple qui, pour beaucoup de personnes, pèse long-temps sur l’estomac et digère péniblement. Elle nourrit peu et ne convient nullement aux gens faibles et délicats. Les estomacs robustes seuls s’en accommodent assez bien; car rienne leur fait mal, même les aliments les plus lourds. C’est de tuus les chocolats le moins propre à exciter l’appétit des convalescents et à restaurer leurs forces; il ne faudrait pas cependant y ajouter, à l’instar des Mexicains, du piment, du gingembre, du girofle, ce qui le rendrait âcre et très-échauffant; mais seulement un peu de vanille , d’ambre ou de cannelle, qui le parfument, lui donnent une saveur plus agréable et en facilitent singulièrement la digestion. Préparé à l’eau, il est plus aisé à digérer, mais nourrit moins que lorsqu’on l’a fait cuire dans du lait. Quelques gourmets, pour le rendre plus confortable, y délaient un jaune d’œuf bien frais. Dans tous les cas,

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il est bon de le faire fortement mousser dans la chocolatière avant de le servir.

2° Chocolat aromatisé, dit à la vanille, à V ambre, à la cannelle, etc. Cette variété s’obtient en associant à la pâte du chocolat précédent un deuxcentième de son poids de vanille, c’est ce qui constitue le chocolat dit à une demi-vanille. Si l’on en met un centième , on a le chocolat à une vanille. Il sera réputé à deux vanilles , si l’on en ajoute un cinquantième. Il ne faut pas néanmoins dépasser cette dose, car alors le chocolat deviendrait trop excitant pour la plupart des tempéraments. On y met de la même manière de l’ambre, de la cannelle et divers autres aromates; mais ils ne doivent jamais s’y trouver mélangés, à l’exception toutefois de l’ambre dont les propriétés paraissent s’exalter dans ces sortes de combinaisons (Y. Ambre gris). Lorsque ces substances aromatiques ne sont point en trop grande proportion dans le chocolat , loin de nuire , comme on se l’imagine dans le public , elles ont pour effet de stimuler légèrement l’organe gastrique , de plaire à nos sens , et d’être aussi favorables à la digestion qu’agréables au goût et à l’odorat. Veut-on conserver à ce chocolat toutes ses propriétés excitantes? il le faut prendre à l’eau. Souhaite-t-on, au contraire , les atténuer un peu ? il faut le préparer avec du lait, de l’émulsion d’amandes douces, de la décoction d’orge, de gruau, de riz , etc...

3° Chocolat amylacé ou analeptique proprement dit. Les fécules que l’on devrait faire entrer dans cette espèce de chocolat et que l’on est censé y mettre , sont: le sagou, le tapioka, l’arrow-root, le salep rangé mal à propos parmi les fécules, etc.; mais com e ces substances sont d’un prix assez élevé, plusieurs fabricants leur substituent l’amidon, la fécule de pomme de terre , ou tout simplement la farine de froment. Bien que cette supercherie n’offre aucun danger pour la santé, elle n’en est pas moins blâmable, cupide, déloyale. Il enestune autre beaucoup plus intolérable , et à laquelle sont fort sujets les marchands de chocolat à bon marché. Elle consiste à introduire dans le chocolat des farines de pois, de lentilles, de vesces, de fèves, etc , et surtout à remplacer par des graisses, de ia moelle de bœuf ou du beurre ordinaire, le véritable beurre des cacaos, qu’ils en extraient pour le vendre à part aux droguistes qui n’en préparent point eux- mêmes. La plupart de ces fraudes sont faciles à reconnaître, et pour peu qu’on soit habitué à prendre de bon chocolat et qu’on ait le palais délicat, on les découvre à l’instant. Le chocolat bien confectionné présente une cassure nette et de couleur uniforme; on n’y voit rien de graveleux; mis dans la bouche , il s’y fond aisément en y laissant une espèce de fraîcheur. S’il a de la peine à se dissoudre, s’il donne la sensation d’un goût pâteux, si, en le faisant cuire dans de l’eau ou dans du lait , il exhale au premier bouillon une odeur de colle, s’il prend trop de consistance et qu’après son entier refroidissement il se convertisse en une sorte de gelée , on peut être assuré que ce chocolat contient une matière farineuse d’autant plus abondante que ces effets se-

ront plus prononcés. Dépose-t-îl au fond de la tasse de petits corps solides et insolubles , une sorte de sédiment terreux; on acquiert par là la preuve que le cacao n’a point été criblé , qu’il n’a point été mondé ou qu’il ne l’a été qu’avec négligence; car ces corpuscules ne sont autre chose que le germe des graines qui , dur et corné, n’est point susceptible de former pâte, et que par conséquent il fallait enlever et rejeter. Le sédiment terreux est aussi un témoignage évident que le fabricant a employé de la cassonnade plus ou moins commune au lieu de sucre raffiné. L’odeur de fromage que certains chocolats contractent en vieillissant, est certainement due à la présence de quelques graisses animales, comme du beurre, des graisses de mouton, etc., que l’on a substituées à l’huile concrète appelée beurre de cacao, que nous avons déjà fait connaître. Quant à la ranciditéde cette substance alimentaire, elle provient incontestablement des semences émulsives qu’on a fait entrer dans sa fabrication. Nous dirons enfin , de la saveur marinée que l’on trouve quelquefois aux chocolats de mauvaise qualité, qu’elle indique à son tour que les amandes de cacao, dont ils sont formés , ont été avariées dans leur traversée sur mer.

Concluons donc de tout ceci qu’aucun des aliments dont nous faisons usage , n’exige peut-être plus de soins, plus d’attention et plus de probité que celui dont il vient d’être question ; et que pour s’en procurer de réellement salutaire, d’un goût agréable , savoureux , etc. , et tel , en un mot, qu’il doit être , il faut premièrement que le consommateur s’adresse à un fabricant honnête (et nous ne voulons pas douter que le plus grand nombre ne soit dans ce cas ) , secondement qu’il consente àle payer un prix raisonnable, c’est-à-dire de deux à trois francs et non vingt à trente sous comme on en demande si souvent par une économie mal-entendue. Nous ne pouvons mieux terminer l’histoire abrégée de ces misérables et honteuses adultérations que par ces paroles d’un homme de bien, de science et d’honneur, par lesquelles il avertit « le falsificateur qu’il a beau s’envelopper du voile du mystère et se placer dans d’obscurs ateliers pour introduire dans le chocolat des matières à vil prix et les masquer, il ne peut échapper à l’analyse chimique , qui décèle sur-lechamp ses fraudes et dénonce son art funeste et son nom à l’animadversion publique (Parmentier. Ouv. et tom. cit., p. 34). »

Cette troisième espèce de chocolat , le chocolat analeptique ou amilacé, est sans contestation aucune, un des meilleurs aliments dont puissent se nourrir les sujets faibles, maigres, délicats, les enfants , les femmes, les vieillards, les convalescents et toutes les personnes nerveuses et d’un petit appétit. Il relève et soutient leurs forces, donne plus d’activité à toutes leurs fonctions et leur procure de l’embonpoint. Dans la société, il passe généralement pour être échauffant; mais c’est encore là une de ces mille et mille erreurs que nous voyons accréditées dans le public et dont nous nous efforçons souvent en vain de le désabuser. On se fonde sur ce que durant son

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usage on n’éprouve que de rares besoins d’aller à la garde-robe: Ehl qu’il y a-t-il donc en cela de surprenant et qui puisse le moins du monde justifier le senliment commun? Rien sans doute assurément; car, si le chocolat amene un semblant de constipation, c’est qu’étant très- nourrissant, il est complètement digéré, transformé en chyle réparateur et ensuite assimilé presque en entier à nos organes; il ne laisse que très-peu de résidu dans le tube intestinal et conséquemment qu’une petite quantité de fèces à exonérer. On conçoit, d’après ce que nous venons d’exposer, que ce genre d alimentation ne saurait être propice aux hommes gras, replets, pléthoriques, aux constitutions sanguines, bilieuses, etc. Habiles à aprécier les mérites d’un si précieux aliment , bon nombre de gastronomes, ne consultant que leur sensualité, en usent journellement sans s’inquiéter si cette substance est appropriée ou non à leur tempérament particulier: aussi conseillons-nous, du moins à ceux d’entre eux qui sont susceptibles de goûter un avis de cette nature, de se priver de ce délicieux déjeuner s’ils sont dans les conditions que nous venons d’énumérer. Il est une dernière remarque que nous ne pouvons passer sous silence, c’est que certaines personnes, qui digèrent sans difficulté le chocolat cru et sec, ne le digèrent qu’à grand’peine lors qu’il a bouilli dans l’eau; tandis que d’autres qui se trouvent très -bien de ce dernier, ne peuvent se faire à celui qui a été préparé au lait, et réciproquement.

4° Chocolat pharmaco- dynamique ou médicamenteux. La facilité avec laquelle la pâte de cacao reçoit toutes sortes de substances étrangères a permis d’en fabriquer un chocolat essentiellement médicinal. Les soins qu’il est indispensable d’apporter à sa confection, et les lumières que nécessite le savant mélange qu’il faut faire des médicaments que les médecins prescrivent d’y incorporer , font qu’on n’en saurait abandonner , sans d’immenses préjudices, la préparation au premier venu; aussi ce droit est-il justement et exclusivement réservé aux seuls pharmaciens établis.

Le chocolat nous fournit un assez bon moyen de déguiser la saveur amère, âcre, salée, piquante, etc... , de beaucoup de drogues pour lesquelles tant de malades ont une répugnance invincible, et qu’ils prennent volontiers , et quelquefois sans en ressentir le moindre goût , sous cette forme empruntée. C’est ainsi qu’on compose du chocolat tonique, stomachique , etc., en mêlant à la pâté simple du cacao un peu d’extrait de quinquina, de quassia, de Colombo, de gentiane, de petite centaurée, de ményanthe, de houblon, de chardon-bénit, de germandrée, d’ivette, de scordium, etc.; du chocolat dit pectoral, par l’addition du lichen d’Islande et de diverses fécules ; du chocolat purgatif, en y ajoutant de la scammonée , de l’aloès , du jalap , du séné , de la rhubarbe , etc. ; du chocolat anthelmintique , en y associant de la sementine ( semen contra vermes), de la mousse ou coralline de Corse, de la fougère, etc.; du chocolat réputé aphrodisiaque (V. ce mol), à l’aide de l’ambre, du musc, de la civette, etc.;

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mais toutes ces préparations, pour être utiles, doivent avoir été conseillées par un médecin de talent, seul en état déjuger des circonstances et d’aprécier les cas dans lesquels de pareilles additions peuvent être avantageuses aux malades. Malheureusement il n’en a pas toujours été ainsi , et il nous suffira de rappeler à cette occasion qu’un effronté charlatan , René-Guillaume Lefébure, baron de St-Ildefond, spéculaitimpunément, en 1775, sur la santé des trop confiants malades qui achetaient de son chocolat antisyphilitique. Qu’on nous permette, pour appuyer une critique qui pourrait paraître sévère à bien des gens, de transcrire ici , d’après l’honorable F. P. Chaumeton, un court passage de l’impertinente brochure ( Le médecin de soi-même , etc. , etc. , avec la recette d'un chocolat aussi utile qu’agréable , in-8°, Paris), que le noble médicastre osa publier et jeter à profusion dans les rues de la capitale. « Après avoir savouré et mâché long-temps le chocolat dans la bouche, l’avoir pris au lait et à l’eau, j’ai vu ( remarquez bien que c’est monsieur le baron qui parle) qu’on ne distinguait absolument point la présence du sublimé On peut se guérir pu-

bliquement, à la barbe des Athéniens. Un mari peut prendre son chocolat en présence de son épouse , sans que celle-ci y soupçonne du mystère; elle peut même en user sans se douter de boire un anti-vénérien , et , par cet innocent moyen, la paix et la concorde subsistent dans le ménage. » — Quelle indignité! Quel cynisme I Et il n’y avait pas de loi pour réprimer tant d’audace et fustiger l’infâme !

Devons-nous parler ici de cette autre duperie , en vogue depuis quelques années, et que l’on appelle le chocolat homœopathique? Vraiment nous ne nous en sentons guère le courage , tant il y a de niaiserie , d’absurdité ou de mauvaise foi dans les prétentions des prôneurs de ce prétendu médicament.

Nous aurions pu, nous aurions dû peut-être, développer davantage ces considérations sur les différentes sortes de chocolats, sur leurs bonnes ou funestes qualités, sur leurs propriétés, etc... , mais les limites dans lesquelles nous sommes obligés de nous renfermer ne nous en ont pas laissé la liberté : nous espérons toutefois en avoir dit assez pour mettre, sur cette matière, le lecteur attentif à l’abri des pièges de toute espèce tendus à sa nou-sciènce et à sa crédulité.

F. E. Plisson.

cholédoque {anal.), s. m., du grec colédochos, de cholé bile et dochos qui contient, qui contient la bile). Le canal cholédoque, qui est formé de la réunion des canaux cystique et hépatique, s’ouvre dans le duodénum, où il conduit la bile provenant du foie ou de la vésicule biliaire. V. Biliaire t [Voies), Digestion. J. B.

cholestérine. (V. Adipocire.)

choléra (path., hyg. pub.), s. m.,(du grec choléritos de cholé bile).

A. Du choléra en général. Dans l’état de santé, sous l’infiuence des causes normales , il s’opère de l’extrémité supérieure de l’appareil digestif, vers

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l’inférieure, et parl’effetdes contractions péristaltiques de la tunique musculaire de l’estomac et des intestins, un mouvement des matières introduites du dehors, et sécrétées au dedans, mouvement qui se termine par l’expulsion de ces matières, d’après des conditions et un mécanisme exposés en physiologie.

Dans l’état de maladie, ce mouvement, et les excrétions qui en résultent, peuvent être troublés de mille manières :

Tantôt il existe un obstacle au libre accomplissement de ce mouvement : alors les excrétions Sont plus rares, moins abondantes; les contractions sont plus faibles, ou la sécrétion gastro-intestinale est beaucoup moindre ; de là des coliques, de la constipation, etc., etc.

Tantôt, au contraire, les déjections alvines sont plus copieuses et plus fréquentes ; il y a activité plus grande dans les phénomènes que nous supposions ralentis tout à l’heure ; de là la diarrhée, les flux muqueux, séreux, bilieux, dysentérique , etc. , etc.

Dans d’autres circonstances , le trouble est différent : le mouvement interverti se fait de bas en haut; les matières refluent vers l’estomac, il survient des régurgitations, des rapports , de l’éructation, des vomissements, etc. Enfin, d’autres fois, il peut arriver que les excrétions se fassent à la fois par les deux bouts et qu’il y ait simultanéité de déjections alvines et de vomissements. Ce caractère est précisément celui des affections cholériques, affections dans lesquelles il y a, dans le tube digestif, afflux d’humeurs plus considérable, accélération et interversion du mouvement péristaltique, évacuations répétées par haut et par bas.

Cet état peut être produit à volonté et concourir dans quelques occasions au traitement des maladies, comme il peutse manifesteraccidentellement et entraîner les suites les plus graves : faisonsle connaître sous ses principales formes, mais auparavant, donnons l’étymologie du mot qui sert à le désigner.

Choléra vient de l’adjectif grec choléritos, dérivé de cholé bile , et qui signifie hdieux. Le choix de cette dénomination n’étonne pas quand on se rappelle le rôle que les anciens faisaient jouer à la bile dans leurs théories physiologiques et pathologiques. Aujourd’hui en emploie ce mot, abstraction faite de sa signification étymologique, et comme terme adopté pour représenter l’état morbide caractérisé, comme nous l’avons dit, par des vomissements et des déjections simultanées; nous lui adjoindrons presque toujours une épithète qui servira à désigner telle ou telle de ses variétés, variétés que nous allons d’abord faire connaître succinctement.

La première est ce qu’on nomme le choléra sporadique. C’est la plus simple, et la plus anciennement connue , car il en est fait mention dans là Bible et dans plusieurs passages d’Hippocrate; cette espèce est celle qui , par suite de causes directes , ordinairement portées sur le canal digestif, n’attaque que des individus isolés, et à quelque époque de l’année que ce soit : voisine de l’indi-

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gestion et des effets produits par nos éméto-cathartiques, elie n’en est pour ainsi dire que l’exagération.

La seconde est celle à laquelle on donne le nom de choléra automnal; à peu près méconnue jusqu’au dix-septième siècle, elle a été bien décrite par Sydenham. Ce grand observateur traça avec sa sagacité accoutumée le tableau des épidémies de courte durée qui, revenant à la fin de l’été, constituent cette espèce , et lui ont mérité ce nom de choléra automnal ou annuel.

Le choléra asiatique, espèce beaucoup plul grave , n’a été connu en Europe qu’après 1( grand développement de nos relations commes ciales avec l’Inde, c’est-à-dire vers le dix-septièm« siècle. Bontius en parle assez au long dans soi petit traité de Medicina Indorum , fruit de ses observations à Batavia et dans les autres établissements hollandais, de 1625 à 1631. Depuis lui une multitude de médecins et de voyageurs ont tour à tour fait l’histoire de ce fléau désigné, de tout temps, par les naturels sous le nom de mordexi, et dans les livres sanscrits sous celui de sitanga.

Ce choléra, endémique dans l'Inde, y passait souvent à l’état d’épidémie , mais ces épidémies se renfermaient dans les limites de la contrée, et rien n’indiquait qu’elles dussent nous atteindrejamais, lorsque l’on apprit en 1830 que l’une d’elles, commencée à Jessore près de l’embouchure du Gange, en 1817, s’était étendue de proche en proche à toute l’Asie, et venait de pénétrer en Russie ; il fut évident dès lors que l’Europe entière était menacée; bientôt en effet elle fut envahie à son tour. L’épidémie de Jessore devint une épidémie universelle, et finit par faire le tour du globe. Ce sera notre quatrième et dernière espèce , celle que nous décrirons avec le plus de soins, comme la plus grave et la plus compliquée ; car, par une fatalité singulière, tandis que la plupart des fléaux qui désolent l’humanité vont sans cesse en s’atténuant, et disparaissent peu à peu sous l’influence de la civilisation , le choléra fait au contraire de continuels progrès, multiplie ses ravages, et revêt des formes de plus en plus dangereuses , comme si les forces de destruction, contre lesquelles nous luttons, vaincues sur un point, devaient nécessairement se reproduire sur un autre.

B. Choléra sporadique. Le choléra sporadique se déclare ordinairement après des causes dont l’action porte sur le canal intestinal, comme les grands excès de table (choléra à crapula, ab ingluvie), les écarts brusques de régime, l’usage d’aliments de mauvaise qualité , mal préparés ou avalés avec trop de précipitation , celui des substances indigestes , au premier rang desquelles il faut placer les viandes salées ou faisandées , la chair de porc, certains poissons gras ou huileux, les crustacés, etc.; tels sont encore , les fruits avant leur maturité, et principalement l’ananas, le melon, et le concombre, l’eau glacée prise en abondance, les poisons irritants, les émélo-cathartiques imprudemment administrés, etc., etc.

La plupart de ces causes déterminent le choléra sur-le-champ , dans toutes les saisons ; mais il faut reconnaître, avec tous les observateurs.

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qu’elles sont favorisées par les fortes chaleurs, lors surtout que ces chaleurs sont interrompues par des nuits froides.

On considère encore comme cause de choléra sporadique ou individuel, l’insolation, la colère, les fortes émotions morales, le tournoiement rapide comme celui qu’imprimaient certaines machines inventées pour servir d’instrument de supplice. Le roulis des vaisseaux agit à peu près de la même manière : mais les cas de choléra dus à ces causes sont fort rares.

Telles sont, d’après l’observation, les causes du choléra sporadique. Quant à ses symptômes, nous allons les faire connaître, en peu de mots, par une observation d’Hippocrate, qui suffit pour en donner une très-juste idée.

« Un Athénien fut atteint de choléra, il vomissait et allait par bas , avec de grandes douleurs ; les vomissements et les déjections alvines ne lui donnaient aucun relâche; ses yeux étaient ternes et enfoncés; il avait le hoquet et des mouvements convulsifs, qui parcouraient les intestins jusqu’à l’estomac; ce qu’il rendait par bas était plus considérable que ce qu’il vomissait; il prit de l’ellébore, après un bouillon de lentilles, puis un second bouillon, après quoi il vomit; le lendemain , les évacuations s’arrêtèrent, mais il devint froid par tout le corps, il prit un demi-bain jusqu’à ce qu’il fût entièrement réchauffé ; le lendemain il était bien. » (Hippocrate, des Épidémies, liv. v.)

Le pronostic d’une affection pareille doit être , on le pense bien, toujours grave; la mort peut à chaque moment en terminer le cours, et ce n’est qu’après plusieurs jours, lorsque les évacuations ont tout à fait cessé , qu’il est permis de se rassurer. Les récidives sont presque toujours mortelles. Aussi doit-on dans la convalescence être fort circonspect sur le choix et la quantité des aliments.

Les causes doivent être prises en grande considération, mais, aux indications près qu’elles fournissent, le traitement ne diffère pas de celui dont nous parlerons plus loin.

C. Choléra automnal. Le choléra automnal ressemble bien, quant aux symptômes, à celui qui vient d’être décrit, mais il en diffère par ses causes. Celles que nous avons énumérées plus haut ont une influence réelle sur sa production, sans être nécessaires, et quand elles agissent, elles n’agissent pas seules, car on le voit s’attaquer aux personnes d’une grande sobriété, et dont le régime est le plus régulier, aussi bien qu’aux autres; il existe donc pendant ces épidémies une cause inconnue liée probablement à la constitution atmosphérique , et qui a plus ou moins d’action sur tout le monde.

C’est à la reproduction de cette cause que Sydenham attribuait le retour annuel des affections cholériques, retour aussi constant, disait-il, que celui des hirondelles au printemps. Quant à leur nature intime, il ne cherche point à la pénétrer; c’est pour lui un agent spécifique qui s’engendre au mois d’août : Haud aliter ac si in aere p eculiari mensis hujus lateat-reconditum ac peculiare quiddam quod specificam hujus modi alterationem

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soli huic morio adaptam vel cruori, vel ventriculi fermenta valeat imprimer e.

En quoi consiste ce peculiare quiddam , on l’ignore entièrement; ses effets nous sont seuls connus: ce sont des épidémies de courte durée, mais qui ne laissent pas d’avoir quelquefois une grande importance. Sydenham a décrit entre autres ceUe de 1669 qui fut assez forte. Lazare Rivière, l’historien Mezeray , le Belge Vander Heyden , Sauvages et Lieutaud en ont signalé plusieurs autres dont quelques-unes ont été fort graves.

D. Choléra asiatique. Dans l’fnde, la plupart des causes que nous avons signalées comme prenant part en Europe à la production du choléra sporadique ou automnal , existent au plus haut degré. Ainsi une excessive chaleur, un sol toujours imprégné d’eau et de matières organiques, d’où résultent les exhalaisons les plus actives et les plus dangereuses; un régime insuffisant et malsain; des habitudes contraires à tous les préceptes de l’hygiène dans un pays où les variations de température sont extrêmes: telles sont les causes qui président au développement des misères qui affligent cette malheureuse partie du globe. Recherchons, maintenant, eu égard au choléra seul, la part d’influence de ces diverses causes ; tâchons de déterminer si c’est à leur ensemble qu’il faut attribuer l’existence de ce fléau, ou à l’une d’elles seulement, ou à quelque autre cause encore inconnue.

La chaleur, l’humidité, et les exhalaisons sont des causes de maladies d’une puissance incontestable. Leur part dans la production du choléra asiatique nous paraît ne pouvoir être révoquée en doute; mais cette part n’est après tout que secondaire, car elles produisent également les fièvres intermittentes, la dyssenterie, et dans d’autres pays, la fièvre jaune. Il y a donc en dehors d’elles une cause spéciale qui décide l’apparition de choléra.

Le régime presque exclusivement végétal des indigènes est pour beaucoup dans leur tempéra ment et dans leur aptitude plus grande à être affectés de choléra; mais ce n’est guère, à notre avis du moins, qu’une cause secondaire , accessoire, de la nature de celles qu’on nomme prédisposantes; la preuve en est que les Européens, dont le régime est tout différent, ne sont pas exempts de choléra, et succombent dans les grandes épidémies aussi bien que les Indiens eux-mêmes.

Nous accordons une importance bien plus grande aux variations de la température : déjà en Europe on avait signalé leur influence; souvent l’impression d’un froid vif sur la peau échauffée détermine des accidents cholériformes; or si l’on veut bien remarquer que nulle part au monde ces variations ne sont aussi fréquentes, aussi brusques, et aussi fortes que dans l’Inde, on accordera volontiers que cette cause doit être considérée comme une des plus puissantes parmi celles que nous avons signalées.

Mais suffit-elle à elle seule, ou réunie aux précédentes pour expliquer le problème de l’existence endémique du choléra dans l’Inde? Nous ne le pensons pas; certains faits semblent accuser

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ua principe d’une nature autre que toutes celles qui précèdent : indiquons rapidement ces faits.

Souvent à des distances très-petites, et sous des influences atmosphériques identiques, on voit régner ici le choléra , là des fièvres ou le typhus : ces maladies ne se confondent pas, ne se changent pas l’une dans l’autre; mais elles ont leur marche, leur durée, leurs victimes distinctes. Il y a donc des causes spéciales qui président à chacune d'elles , et ces causes ne peuvent être celles qui précèdent, car celles-ci sont communes et générales.

Souvent des corps armés, que le choléra décimait , n’ont eu qu’un mouvement de quelques toises à faire pour s’en débarrasser. La localité proprement dite, la portion de terre que l’on foule, a donc aussi une influence réelle. Rapprochons de ces faits tous ceux qui se rapportent à l’extension progressive des épidémies, et au mouvement de reptation qu’elles semblent suivre à la surface du pays. Ce sont des retours et des détours soudains , en vertu desquels tel point, dont l’épidémie était fort éloignée, ou qu’elle avait de beaucoup dépassé, est atteint tout d’un coup, tandis qu’un autre vers lequel elle semblait se porter est tout à fait épargné. Ces phénomènes ne trahissent-ils pas une influence toute terrestre ? Ne dirait-on pas que du sein de la terre ellemême se dégage une vapeur, un principe , qui, à l’aide des autres causes, dissémine à sa manière cette horrible fléau ?

De quelle nature peut être ce principe? nous l’ignorons entièrement. Aucun fait, aucune observation, aucune expérience, ne pourraient appuyer nos conjectures. Qu’on le rattache, si l’on veut, à l’état électrique du globe; ce n’est qu’une hypothèse, mais une hypothèse, très-probable et trèsdigne de fixer l’attention des physiciens, qui, dans ces derniers temps, ont fait faire tant de progrès à l’histoire des forces électro-magnétiques. La délicatesse des expériences à tenter, et la profonde habileté que réclame l’enaploi des instruments propres à ces expériences , sont un obstacle à ce que chacun puisse s’occuper de pareilles matières ; aussi attendons-nous encore la vérification de ces idées.

En résumé, il nous paraît que la cause du choléra asiatique n’est point connue tout entière. Nous connaissons plusieurs circonstances qu’il est permis de considérer comme autant d’éléments de cette cause fort complexe , mais nous ne les connaissons pas tous, et probablement même l’élément le plus important nou9 échappe.

Il nous resterait maintenant à décrire ce choléra et ses principales épidémies; nous n’aurions pour cela qu’à extraire quelques pages de Scott ou d ’Annesley; mais nous répéterions à peu près dans les mêmes termes, et avec beaucoup d’ennui pour le lecteur, ce que nous avons déjà dit, ou devons dire tout à l’heure. Ce sont toujours des vomissements, des selles, répétés coup sur coup, des spasmes avec affaiblissement rapide des forces, du pouls, de la chaleur, etc. Quant au traitement, l’opium à haute dose dans le début, plus tard des j boissons giacées, des frictions excitantes et des

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injectionsalcalines dans les veines, sont les moyens que nous conseillons; mais bientôt nous allons entrer dans les détails que ce sujet comporte.

E. Choléra universel, § 1. Celte épidémie commença en 1817, comme nous 1’avoiiï.dii, à J essore, ville de la province de Bengale , dans le Delta du Gange, à cent milles de Cal. ulta.

D'après les témoignages d’un grand nombre d’observateurs et entre autres du do» leur Àunesley , d’uu chirurgien français nommé Deville , du docteur Jameson, etc., il parait qm depuis plusieurs années déjà on avait remarqué do notables anomalies dans le climat de l’Inde; la chaleur était devenue plus forte , l’ordre habituel des saisons était dérangé, et ce dérangement avait été assez marqué pour effrayer les populations. Que cette cause ne soit pour rien dans l’apparition du fléau, nous n’oserions l’affirmer; mais nous ferons remarquer que hors de l’Inde , on n’a plus pour expliquer l’épidémie de pareils accidents à invoquer; à Jessore d’où elle s’étendit partout, ces changements dans la constitution atmosphérique ne furent pas plus prononcés qu’ailleurs; nous n’attribuons donc à ces phénomènes , considérés comme causes, qu’une puissance secondaire.

Une fois déclaré, le mal fit bientôt, avons-nous dit, des progrès en tous sens, et cette fois comme dans mille autres occasions, on constata que l’humidité, le froid vif après les chaleurs, l’extrême misère et l’encombrement, avaient une influence non douteuse sur son extension ; ainsi dans maintes villes, les quartiers bas et humides, situés le long des rivières, ont été les premiers atteints. Les brouillards, les pluies, les grands rassemblements d’hommes , les privations , comme celles qu’entraîne l’état de guerre, ont favorisé son développement. Cela est très-vrai, mais ce qui est vrai aussi , c’est que les gens aisés , les beaux quartiers , les lieux les mieux aérés n’ont pas toujours été épargnés. Le choléra les a visités , de môme qu’il a sévi pendant la plus belle saison, et au sein des populations les plus heureuses.

L’insuffisance de toutes ces causes en a fait imaginer bien d’autres dont il est à peine nécessaire de parler aujourd’hui qu’elles sont justement oubliées. Suggérées, pour la plupart, par quelque phénomène purement local, elles se sont évanouies devant l’observation plus générale du fléau, qui, traversant les mers, franchissant les chaînes de montagnes, et remontant contre les vents , se jouait pour ainsi dire de chaque hypothèse, et réfutait, par le fait seul de l’universalité de son extension, ce que l’on attribuait ici à l’apparition d’un météore, ailleurs à l’altération des eaux d’une source, plus loin, à l’existence d’animalcules ou d’insectes particuliers signalés dans une localité circonscrite et pendant un temps déterminé.

La contagion , moyen d’explication bien plus commode, a été aussi proposée et adoptée par un grand nombre d’auteurs recommandables. De longues discussions ont eu lieu à ce sujet, discussions que nous ne reproduirons pas ici. Disons seulement en deux mots que s’il est vrai, d’une part, qu’on ne sache comment expliquer les progrès du

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choléra sans la contagion, il est impossible, de l’autre , de fournir une preuve évidente , une démonstration de ses propriétés contagieuses. Mais laissons là cette question difficile des causes, et occupons-nous des effets.

Ces effets ne se sont pas bornés à l’espèce humaine , car chez les aninaux il a été observé des symptômes non douteux de choléra, soit après soit avant le passage de l'épidémie. Ces épizooties portaient spécialement sur les bêtes à cornes, et sur les animaux de basse-cour. Dans l’Inde , en Russie , en Pologne , à Paris , des observateurs dignes de foi ont rapporté des faits de ce genre. Le plus souvent les symptômes consistaient en évacuations considérables accompagnées de froid subit. M. Breschet a même rencontré, dans des poulets, une matière blanche semblable à celle qui se forme chez l’homme. Aussi nous ne doutons pas que ces épizooties ne dépendissent de la cause inconnue qui sévissait en même temps sur l’espèce humaine.

Sur l’homme , les effets de cette cause ont été de deux sortes, constituant tantôt le choléra proprement dit, tantôt la cholérine seulement.

La cholérine est comme un premier degré du mal, une atteinte incomplète. Pour quelques-uns oe fut heureusement tout ce qu’ils eurent à supporter; mais chez beaucoup d’autres elle fut suivie du choléra lui -même.

C’est un état singulier, variable dans sa durée, offrant des redoublements et des exacerbations inattendues, inexplicables, quelquefois fort graves et dont les principaux symptômes sont les suivants : malaise général , avec sentiment de faiblesse et abattement moral, dérangement de l’estomac et des entrailles, borborygmes, dyspepsie , coliques vagues : de temps à autre selles liquides, tendance à la syncope, pâleur habituelle, hoquets , spasmes divers, amaigrissement, etc. Le changement subi par plusieurs personnes en proie à cet état est incroyable. Chez un bon nombre, il s’en est suivi des névrôses opiniâtres , chez d'autres il s’est développé des altérations organiques. D’autres enfin, après avoir long-temps souffert, ont fini par avoir le choléra. La plupart cependant en a été quitte pour les symptômes précédents, auxquels on peut ajouter des rêvasseries, un sommeil inquiet, une anxiété précordiale habituelle , et une grande disposition à d’abondantes transpirations.

Le choléra épidémique, tel que nous l’avons vu, présente dans son cours une série de phénomènes que nous rapportons, avec la plupart des observateurs , à deux périodes distinctes ; l’une , la plus grave , dite période algide ou de cyanose , pendant laquelle toutes les forces de la vie semblent se retirer et s’anéantir successivement; l’autre dite période æstueuse, ou de réaction, période fébrile, pendant laquelle les forces se rétablissent avec une énergie qui a aussi ses dangers. Décrivons l’une et l’autre sous les formes diverses qu’elles sont susceptibles de revêtir.

Première période. Le plus souvent, tout d’un coup, et au milieu de la plus belle santé, quelque-

fois après deux ou trois jours de lassitude, de ver tiges et de malaise, d’autres fois pendant le cours d’une maladie ordinairement chronique, ou après la cholérine, des vomissements accompagnés de crampes se déclarent, et se répètent avec violence, ainsi que les déjections alvines. En même temps il y a chute rapide du pouls , décomposition des traits , face hippocratique , douleur vive à l’épigastre. Les matières rejetées sont d’abord bilieuses ou muqueuses , mais bientôt elles prennent les apparences d’un liquide blanchâtre, séreux, mêlé de grumeaux, et assez semblable à une forte décoction de riz. Des crampes se font sentir dans les membres dont les tendons sont roides, contractés, et les doigts étendus. La soif est des plus vives , et redouble à chaque vomissement; l’anxiété devient peu à peu excessive; des sueurs froides recouvrent la peau ; la langue ellemême se refroidit ; la voix est presque nulle , et l’excrétion de l’urine cesse.

Si le mal continue, une teinte livide d’abord et ensuite bleuâtre se montre bientôt autour des yeux, aux mains, aux pieds , à la verge, et enfin, sur tout le corps. Quelques malades sont presque noirs; c’est ce qu’on appelle l’état de cyanose, état dû à la difficulté de la circulation , et à la réplétion des capillaires veineux. Les ongles sont livides, noirs comme le reste. La peau des doigts se plisse, partout elle se retire , s’applique sur les os , et l’amaigrissement devient en peu d’heures des plus apparents. Un peu plus tard , la face se gonfle, devient vultueuse, la paupière supérieure recouvre la presque totalité de l’œil; la conjonctive s’injecte, la cornée parait comme ecchymosée, ou terne et pulvérulente ; le froid extérieur augmente, tandis qu’à l’intérieur il existe une chaleur dévorante , dont le malade se plaint autant que de la soif et des crampes. Dans cet état, il garde sa raison , ou du moins , il ne délire pas. Dans l’intervalle des cris que lui arrache la douleur, il est calme ; cependant la respiration, qui se faisait à peine, commence à s’embarrasser, et une agonie courte , ordinairement paisible , lé mène rapidement à la mort.

Seconde période. Si le malade ne succombe pas de cette manière , on voit bientôt la chaleur se rétablir , et le pouls se relever ; une fièvre plu? ou moins forte se- déclare , l’œil devient brillant , la face s’anime ; les évacuations diminuent et changent de caractère; l’urine et la voix reparaissent, et, si la guérison doit avoir lieu, la fièvre elle-même, qui n’est pas absolument constante, se dissipe peu à peu , et la convalescence n’esd pas très-longue.

Mais il n’en est pas toujours ainsi; cette seconde période se complique très-fréquemment d’accidents qu’il faut faire connaître.

Très-souvent il arrive que pendant cette réaction fébrile il s’opère, sur quelque organe important, une congestion fâcheuse. Aucune des trois cavités splanchniques n’est exempte de ces accidents, mais la tête et l’abdomen y sont plus disposées que le thorax. Dans le cas de congestion encéphalique, le délire, le coma, les convulsions, dévoilent suffisamment ce qui se passe.

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Dans le cas de congestions ou d’inflammations abdominales, la rougeur de la langue, les vomissements bilieux, quelquefois sanguinolents, la douleur abdominale, la chaleur sèche et âcre de la peau, sont les principaux symptômes. Il s’y joint selon l’occasion de la douleur dans l’hypocondre droit, une tension insolite de cette région, et de l’ictère dans les cas d’hépatite. D’autres fois les selles deviennent sanguinolentes, le ténesme et les autres signes d’une dyssenterie aiguë ou chronique s’établissent. Tlus rarement, mais quelquefois, les sueurs froides, l’intermittence et la petitesse du pouls , et la mort précédée de syncopes, annoncent la gangrène d’une portion plus ou moins considérable de la membrane muqueuse intestinale; le péritonite aussi peut survenir ; enfin , il n’est pour ainsi dire pas de phlegmasie qui n’ait été observée.

Dans la poitrine, ces pblegmasies sont plus rares, mais elles ont une marche plus insidieuse, et il est bien plus facile d’y être trompé. Il faut, pour peu que la fièvre persiste, interroger soigneusement celte cavité. La pleurésie est la complication que nous avons le plus souvent rencontrée.

A la peau on observe aussi plusieurs formes d’éruptions et des congestions diverses : la plus commune est une rougeur érysipélateuse ou scarlatiniforme qui dure trente-six à quarante heures , accompagnée d’une intumescence marquée des tégumens, et se dissipe en entraînant une légère desquamation ; d’autres fois ce sont des vésicules miliaires ou des plaques d’urticaire qu’on observe. Ces éruptions n’ont en général rien de fâcheux , et elles cessent avec la fièvre , par un prompt retour à la santé. Les frictions pratiquées pendant la première période en sont quelquefois la cause.

Au lieu de congestions à l’intérieur ou d’éruptions cutanées, on voit dans d’autres occasions la fièvre prendre le type intermittent ou rémittent: ce dernier est un peu plus long à se dissiper que le premier; les fièvres tierces nous ont paru les plu3 fréquentes.

Les symptômes de la fièvre typhoïde se montrent aussi très-souvent, et cette complication est une des plus graves. On la reconnaît à l’adynamie , aux taches pétéchiales, au météorisme du ventre, et à la diathèse gangréneuse.

Elle existe tantôt seule , tantôt accompagnée 3e l’une des précédentes, de congestion cérébrale ; )u d'inflammation gastro-intestinale , quelquefois j ie toutes deux, cas toujours funeste et qui mal- , heureusement n’a pas été rare.

Telles sont les principales formes de choléra. Il en est une multitude d’autres moins importantes, sur lesquelles il nous semble inutile d’insister. Disons seulement que les symptômes que nous avons décrits sont loin de se présenter toujours j dans le même ordre. Ils sont susceptibles de toutes les combinaisons imaginables, et aucun d’eux, i à la rigueur, n’est absolument constant et nécessaire. Les évacuations elles-mêmes peuvent manquer, car on a vu le pouls disparaître, les crampes

avoir lieu, et la mort survenir sans qu’il y ait eu un seul vomissement.

Progression , marche épidémique. Considérée sous le rapport de sa marche, la première épidémie,

| celle de 1831 à 1832, doit être étudiée sous deux I points de vue : l° Dans son extension a la surface j d’une localité déterminée; 2° Dans sa progression d’un point à un autre.

1° Dans une localité donnée, voici ce qui s’est passé le plus ordinairement :

Quelque temps avant le choléra proprement dit, la cholérine se faisait sentir, et les affections diarrhéiques devenaient plus communes; puis le bruit se répandait que tel ou tel, de la classe du peuple , adonné à l’ivrognerie, était mort en peu d’heures avec tous les symptômes du choléra. Un calme de quelques jours succédait à celte rumeur; on commençait même à croire que l'on s’était trompé, lorsque tout d’un coup deux, trois, ou un plus grand nombre de personnes, étaient atteintes du choléra. Le plus souvent ces personnes étaient de la classe la plus pauvre et vivaient au sein des circonstances défavorables dont nous avons parlé. Ces premiers malades morts, on apprenait que,

sur différents points, une multitude d’autres étaient

pris des mêmes symptômes. Plus de doute alors sur la réalité de l’épidémie ; en peu de jours elle avait envahi les divers quartiers de la ville. Qu’on eût ou qu’on n’eût pas pris de précaution contre ce fléau , il ne s’étendait pas moins vite. Là où l’on a cru devoir multiplier les quarantaines, les cordons, les lazarets, il a fait les mêmes ravages que dans les villes comme Paris, où on l’avait abandonné à toute sa liberté.

Une fois bien déclarée, l’épidémie durait plus ou moins, selon le chiffre de la population; dans les campagnes, et dans les villes du troisième ordre , sa durée était à peu près de six semaines â deux mois. A Paris elle s’est prolongée bien davantage, presque pendant une année entière. Mais quel que soit le temps pendant lequel elle sévissait, on a remarqué presque partout qu’après avoir fait d’abord de rapides progrès et avoir atteint son summum d’intensité, elle offrait une rémission, puis une recrudescence marquée , qui était enfin suivie d’un déclin réel. Presque partout pendant les premiers temps, la mortalité a été excessive; vers la fin elle diminuait au contraire beaucoup, et les cas en apparence les plus graves ont eu souvent à cette époque une terminaison heureuse ; puis, on n’en voyait plus, et l’épidémie était terminée sur ce point, pendant qu’ailleurs, un peu plus loin, elle recommençait avec les mêmes caractères.

2» Dans sa progression à travers l’Europe , l’épidémie a suivi des lois qui ne sont pas encore bien connues. Disons seulement ce qui nous a paru ressortir des faits les plus positifs , et les plus fréquemment répétés.

En général, la progression du fléau a eu lieu du nord-est au sud-ouest de l’Europe. Le long des roules, des rivières, des canaux, dans le sens des grandes voies de communication.

Partout il a été évident qu’il devançait l’heure présumée de son arrivée , pour apparaître tout

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d’un coup dans les grandes villes dont il semblait que l’atmosphère l’attirât plus particulièrement; c’est ce qu’on a vu à Moscou, à Varsovie, à Berlin, et surtout à Paris.

De ces populeuses cités qui constituaient pour lui comme autant de stations où son énergie augmentait, il reprenait sa route en diverses directions, toujours en s’avançant peu à peu et pour ainsi dire par étapes. C’est ainsi que de Varsovie il suivit le cours de la haute et de la basse Vistule, et prit la grande route de Berlin par Posen. C’est ainsi que de Paris il s’est avancé dans les campagnes par toutes les grandes routes qui en partent.

§ 2. Traitement. Considérée dans son ensemble, la thérapeutique du choléra épidémique comporte trois points principaux qui consistent à combattre, autant qu’il est en nous, les causes de ce fléau, dans le but d’atténuer, sinon d’empêcher entièrement ses ravages ; à se procurer à l’avance les ressources qui dans le cas d’épidémie pourraient devenir nécessaires; à employer de la manière la plus efficace les agents thérapeutiques dont nous disposons.

La cause spécifique du choléra nous étant tout à fait inconnue, il nous est impossible de la combattre d’une manière rationnelle. De son côté, l’empirisme n’a rien à lui opposer; sous ce point de vue donc l’art est complètement impuissant.

Quant aux autres causes dont nous avons annoncé l’influence , il est certain qu’on peut en combattre plusieurs avec efficacité. Tout ce qui touche à l’amélioration du sort des basses classes a une action, que l’on ne conteste pas aujourd’hui, contre les épidémies en général, et contre celle du choléra en particulier.

Prévenue de l’importance de ce sujet, l’autorité ne saurait mettre trop de soins dans la surveillance d’une multitude de détails qui sont particulièrement de son ressort, tels que l’état des denrées qui alimentent la classe pauvre , celui des rues , des cours, et même des appartements.

Cette surveillance est praticable, et jusqu’à un certain point facile ; mais ce qu’il faudrait pouvoir obtenir au besoin , ce serait la dispersion de la population des quartiers encombrés, de ces quartiers comme il y en a dans toutes les vieilles capitales, à rues étroites, privées d’air et de soleil, où l’on jette sur le pavé des immondices de toutes sortes , et dont les habitants fort nombreux s’abandonnent , au retour d’un travail pénible, à l’ivrognerie et à la crapule. On peut prédire à coup sur que remédier à ces habitudes et à ces dispositions fâcheuses, soit en éclairant les classes ignorantes, soit autrement, c’est fermer la porte à une multitude de maux dont la violence , quand ils se sont développés, n’a plus de bornes.

Nous ne pouvons pas en dire autant des cordons, des lazarets, des quarantaines, et autres mesures du même genre adoptées dans la crainte de la contagion. Nulle part elles n’ont réussi à arrêter le fléau; contagieux ou non, il a franchi toutes ces barrières, et n’a aucunement ralenti sa marche. Dans quelques endroits même elles ont semblé lui donner une énergie nouvelle ; ainsi à

Dantzig où l’on avait épuisé les combinaisons de ce genre, on eut 1,010 morts sur 1,387 malades, mortalité qui n’a été nulle part aussi forte.

Au reste nous ne confondons point avec les quarantaines instituées dans le but d’empêchei une contagion plus que douteuse , les moyens adoptés pour prévenir l’encombrement, dont les pernicieuses conséquences sont incontestables. La dispersion des masses armées ou non est une sage précaution que nous n’hésitons pas à conseiller. Nous dirons un mot aussi sur le danger des excès de précautions, et sur les inconvénients de quelques mesures conseillées par la peur. Nous avons vu bon nombre de personnes , parmi les femmes sur tout, '•qui dans la crainte du choléra changèrent à peu près complètement de régime , se mirent à l’usage immodéré des infusions aromatiques , se couvrirent outre mesure, et s’infectèrent de camphre, de chlore, etc., etc.; il en résulta, chez plusieurs, des accidents fâcheux qui ne cessaient que par le retour aux anciennes habitudes et par l’abandon des moyens dont elles abusaient.

Quant au traitement médical proprement dit, voici celui que nous croyons devoir préférer , et recommander :

1» Avant les symptômes caractéristiques, pendant les prodrômes , il sera bon de combattre la diarrhée , et de couper court aux accidents quels qu’ils soient, par la diète, un régime plus sain, et au besoin par un emploi énergique des antiphlogistiques et de l’opium. S’il en est temps encore, on empêchera de cette manière le flux intestinal, et la maladie pourra avorter.

Nous conseillons donc les quarts de lavement émollient, avec addition dans chaque de quinze à vingt gouttes de laudanum de Sydenham; on les répétera de deux heures en deux heures, à moins qu8 les évacuations ne cessent tout à fait. En même temps, le malade boira une forte décoction d’eau de riz gommée et laudanisée , il sera mis à une diète absolue, et si le pouls n’a pas déjà perdu de sa force , on pratiquera une saignée , ou Ton appliquera vingt à trente sangsues au siège. On fera faire des frictions avec des liniments irritants, et le malade sera enveloppé de couvertures chaudes sur lesquelles on passera le fer, surtout le long de la colonne vertébrale.

La première période déclarée, nous avouons ne point connaître de médicaments assez puissants pour en arrêter le cours; les suivants sont ceux qui nous ont paru avoir le plus d’influence sur les principaux symptômes.

Les boissons froides, quelques tranches de citron ou d’orange, les fragments de glace, calment mieux la soif que toute autre espèce de boissons, et l’estomac les supporte mieux; nous les préférons aux diverses infusions toniques, excitantes , et aromatiques , telles que l’eau de camomille, de menthe poivrée , le sirop de punch , qui ont été données à tant de malades, sans succès évidents , mais que cependant nous ne proscrivons pas absolument ; plus efficace nous paraît être l’infusion théiforme de fleur de sureau , avec addition d’une once d’acétate d’ammoniaque par

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pinte. L’application de la glace sur la région de l’épigastre a été recommandée et beaucoup employée sous nos yeux, sans que nous soyons parvenu à lui reconnaître des effets bien marqués contre le vomissement. Les vésicatoires sur l’abdomen nous ont paru plus efficaces, et nous n’hésitons pas à en recommander la prompte application ; les sinapismes posés à la fois aux pieds et aux mains agissent de la même manière, et secondent bien l’emploi des autres moyens.

A l’intérieur nous avons vu administrer et nous avons administré nous-mêmes, quelquefois avec succès, des pilules composées d’un grain de nitrate de bismuth et d’un quart de grain d’extrait de belladone. Ces pilules données de demi-heure en demi-heure calment le vomissement, et une partie des douleurs occasionnées par les crampes.

M. Bielt et quelques autres praticiens ont aussi vu d’heureux résultats suivre l’administration du charbon , sous forme de bols ou de pilules, à la dose d’un demi-gros d’heure en heure.

Enfin il est un moyen que nous conseillons aussi d’expérimenter, sur la foi des médecins d’Edimbourg: ce sont les injections salines; si les résultats annoncés par ces médecins sont exempts d’exagération, aucune médication n’aurait eu plus de succès que celle-là.

Dans la seconde période, la principale indication est de remédier aux dangers des congestions qui peuvent s’opérer. Les antiphlogistiques sont à cet égard les moyens que nous mettons en première ligne ; ainsi les saignées , les sangsues , et les dérivatifs cutanés devront être employés toutes les fois qu’il y aura imminence et commencement de congestion céphalique, thoracique ou abdominale. Dans le cas d’une éruption cutanée confluente, accompagnée, d’une très-forte fièvre, une saignée du bras réussira pareillement trèsbien. Les bains tièdes ont aussi de bons effets. Le quinquina sera administré si la fièvre revient par accès périodiques. Au reste ce ne sont pas là les plus grandes difficultés qu’offre le traitement de cette seconde période. Les cas véritablement difficiles sont ceux où une maladie chronique, névralgique ou inflammatoire, succède aux symptômes aigus. La diète pendant un long laps de temps, les eaux minérales des Pyrénées ou de Vichy, l’usage de l’eau de Seltz, ont rendu la santé à quelques malades; mais chez le plus grand nombre ces affections consécutives ont été le germe de lésions organiques ou fonctionnelles auxquelles l’art n’a pu remédier.

Un cas des plus graves est celui où l’état typhoïde vient compliquer la période de réaction. Il n’est malheureusement pas rare, et il s’en faut que tous les praticiens soient d’accord sur la meilleure marche à suivre. Les lotions chlorurées, l’emploi des antiphlogistiques dans le début, plus tarà celui des toniques et en particulier du quinquina , enfin les purgatifs salins employés dans le but de régulariser les évacuations alvines, constituent le traitement que nous conseillons.

Dalmas ,

Professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris, Médecin des hôpitaux.

CI2cs.2K.ihe ( path .) s. f., diminutif du choléra. On donne ce nom à une affection qui emprunte quelques symptômes du choléra et principalement la diarrhée ; elle se manifeste principalement en temps d’épidémie de cette dernière maladie.

Chgeesterihe (physioL). V. Bile .

choree (path.), s. f., danse de Saint-With ou de Saint Guy, à cause des pèlerinages qu’on allait faire, en Allemagne, aune chapelle dédiée à ce saint., dans l’espoir d’obtenir la guérison de cette maladie. Parmi les affections nerveuses convulsives, la moins effrayante, mais aussi la plus singulière, la plus bizarre est la chorée. Les sujets en proie à cette maladie exécutent, malgré leur volonté même, mille gestes, mille contorsions, mille grimaces, dont la singularité, les apparences comiques frappent les yeux les moins exercés. Lorsque la chorée est générale, tous les mouvements des bras, des jambes, de la tête, du tronc, sont désordonnés, et le malade, qui conserve son intelligence et sa volonté, contemple tristement, sans pouvoir les réprimer , l’indépendance et l’anarchie de son système nerveux et musculaire. Le désordre des mouvements peut être poussé à un tel point que l’impossibilité d’en régulariser aucun contraigne le choréique à garder le lit , et même à s’y faire attacher, parce qu’il est mu et déplacé malgré lui-même. Le plus souvent la danse de Saint- Guy est partielle, n’occupant qu’une moitié du corps, ou bien un bras , une jambe, la tête. Les parties congénères offrent alors un frappant contraste, tandis que les unes reposent ou se meuvent avec régularité , les autres s’agitent continuellement, sans but et sans ordre. Cependant il est rare que les parties convulsées n’obéissent pas encore, quoique imparfaitement, à l’empire de la volonté. Cette lutte entre l’influence volontaire et automatique est très-appréciable quand les choréiques veulent boire avec le bras convulsé ; le verre, mu par saccades, se rapproche et s’éloigne tour à tour de la bouche, jusqu’à ce qu’enfin il soit pressé par les lèvres ouserré parles dents.De même quand ils veulent avancer avec la jambe malade, leur progression est capricieuse, accélérée, arrêtée, déviée par des mouvements en avant, en arrière et sur les côtés ; d’où le nom de chorée ou de danse donné à cette singulière affection. Du reste , il est peu de personnes qui , ne se rappellent avoir éprouvé des mouvements automatiques qui font très-bien concevoir l’état maladif que nous décrivons, notamment après des compressions, de fausses positions des bras ou des jambes. Les convulsions des muscles de la face qui, suivant l’expression qu’elles lui donnent en tiraillant la bouche, les yeux, le nez, portent divers noms (spasme scynique, rire sardonique, etc.) se rattachent à la même modification nerveuse maladive que la chorée.

L’absence de fièvre , de délire , d’assoupissement , de perte de connaissance , de contraclure permanente des muscles convulsés, distinguent la chorée des convulsions fébriles, des accès d’épilepsie et d’hystérie, des crampes et des afections tétaniques. L’agitation brusque, capricieuse, qu’elle détermine dans les parties affectées, m

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permet pas non plus de la confondre avec le simple tremblement nerveux qu’on observe quelquefois chez les vieillards, les artisans qui manient des préparations de plomb ou de mercure, après des émotions, des excès vénériens ou de liqueurs alcooliques.

Quelque distinctes que soient par l’analyse les fonctions importantes du système nerveux , il est rare qu’une partie de ses attributions soit dérangée, l’autre restant parfaitement intacte. Aussi les choréiques n’ont-ils pas seulement les mouvements anormaux; leurs facultés mentales et sensitives participent souvent aux lésions de la mobilité. Communément , le caractère change et l’intelligence subit de sensibles variations qui peuvent aller jusqu’à la folie.

Les autopsies cadavériques n’ont réellement rien appris de satisfaisant touchant la lésion ou modification cérébro-spinale, à laquelle doit correspondre la chorée. Ou l’on n’a rien trouvé, ou l’on a noté des altérations diverses auxquelles il n’était pas logique de rattacher les mêmes effets, et qui ne pouvaient être regardées que comme de simples coïncidences. On ne sera pas surpris de cette stérilité de l’anatomie pathologique , si l’on considère combien doit être insaisissable la modification nerveuse à laquelle correspondent le repos ou l’activité musculaire. Pense-t-on qu’il y ait une différence bien sensible dans l’état matériel du cerveau et de la moelle épinière avant, pendant et après l’incitation aux mouvements transmise par les nerfs et effectuée par les muscles? Cette partie de la physique du système nerveux , comme celle qui a trait aux fonctions sensitives et intellectuelles, appelle encore bien des découvertes!

La danse de Saint- Guy, qui n’est pas une maladie ordinaire , atteint de préférence les femmes , et elle est plus commune chez les deux sexes de six à quinze ans. Il est infiniment rare de l’observer chez de plus jeunes enfants et dans la vieillesse. Sa fréquence diminueà mesure qu’on avance de la puberté vers le dernier âge. On l’a vue régner épidémiquement , particulièrement en Allemagne. Ordinairement relative au mode d’action de sa cause, l’invasion de la chorée est lente ou brusque. Sa marche est tantôt continue, tantôt rémittente ou intermittente, à périodes anomales ou régulières.

Quoique, dans les circonstances les plus heureuses, la chorée se termine en quelques jours, elle ne doit pas néanmoins être classée parmi les maladies aiguës. Sa durée , abrégée par les secours de l’art, est ordinairement de plusieurs semaines. Elle peut se prolonger des mois, des années : guérie, elle est sujette aux récidives. La guérison est plus facile à obtenir quand la maladie est récente, de même sur les enfants et dans la jeunesse, chez les femmes que chez les hommes. La chorée, opiniâtre dans l’enfance, se dissipe assez souvent à la révolution de la puberté. Compliquée avec d’autres maladies convulsives, ou quelques désordres dans le moral, elle est d’une cure extrêmement difficile.

Plusieurs causes occasionnelles ont été assignées

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