COS
faire paraître plus fendu. Job appelle une de ses fillesixtse d’antimoine, parce qu’elle était coquette. Samuel , en parlant de Jézabel , qui se pare pour aller au devant de Jéhu, dit : Depinxit oculos suos stibio. C’est ce verset que rappellent ces vers de Racine :
a Même elle avait encor cet éclat emprunté » Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage » Pour réparer des ans l’irréparable outrage. »
Jérémie, en prédisant la ruine de Jérusalem, dit aux filles de Sion (chap. iv, verset 30) : «Que ferez- j vous dans ce pillage? Quand vous vous pareriez d’or et que vous vous peindriez le visage avec de V antimoine, les vainqueurs ne chercheront que votre mort. »
Ézéchiel , en décrivant les mœurs dépravées des Juives qui envoient chercher au loin des diamants, dit: Itaque eccevenerunt quibus te lavasti et circumliniiti stibio oculos tuos (chap. xxm, ver- j set 40).
» Les Syriennes, les Babyloniennes et les Arabes suivirent cet usage, qui se propagea dans l’église ! naissante; car saint Cyprien, gourmandant la co- j quetterie des jeunes chrétiennes, leur dit: Ce n'est pas avec l’antimoine du diable qu’il faut farder vos yeux; c’est avec le collyre du Christ. Saint Cyprien ne dit point ce qu’il entend par ce divin collyre.
b Ce sont les femmes grecques qui inventèrent le fard blanc et le rouge. La belle Europe, dit un poëte, n’avait la peau si blanche que parce qu’une des filles de Junon avait dérobé à cette déesse un petit pot de fard, dont elle fit présent à la fille d’Agénor.
» C’est sans doute le fard des Grecs qui fut ! adopté par les dames romaines ; mais il faut con- J convenir qu’il était bien grossier. Horace nous dit 1 que c’était de la terre de Chio ou de Samos , dé- S trempée dans du vinaigre; il l’appelle craie hu- j mide. Pline conseille l’usage de la terre de Séli- j nuse, qui est d’un blanc de lait et qui se délaie ! très-bion avec de l’eau. Ovide nous a transmis la recolle d’un fard plus compliqué, mais qui ne j peut être considéré que comme une pâte propre
à nettoyer la peau
b Les Romains se teignaient les joues en rouge avec le suc d’une racine de Syrie que Théophraste appelle rhizion (le mot grec rhiza signifie racine ). Est-ce l’orcanette ou la garance ? On sait que depuis plusieurs siècles on cultive , près de Srayrne et dans l’ile de Chypre , une plante de cette dernière espèce , qui sert à fabriquer le beau rouge j d’Andrinople, et que les Grecs modernes nomment lizari, chioeborza, azala. Les Romains se coloraient aussi les joues avec le purpurissum , liqueur animale que l'on retirait d’un coquillage qui portait le nom de pourpre, et qui , d’après Rondelet et Cuvier, est le rocher brandaire. Cette liqueur se trouve dans un petit réservoir placé au-dessus du col , à côte de l’estomac. Quelquesnaturalistesont pensé, mais sans fondement, que les Phéniciens faisaient la pourpre , et que les Romains faisaient le rouge des femmes avec l’orseille, lichen roccella. Cette ) plante ne peut donner une aussi belle couleur que celle du rocher qui fournit le purpurissum. »
(Cadet de Gassicoürt père.)
Les anciens connaissaient encore des fards de diverses autres couleurs ; mais on n’a guère conservé aujourd'hui que le blanc et le rouge, dont on distingue plusieurs espèces, suivant la nature des substances qu’on emploie à leur composilion.
Le fard blanc ou blanc de fard des modernes résulte le plus communément d’un mélange de sousazotate de bismuth (magistère de bismuth , blanc de perle , etc.) avec de la craie de Briançon. Il est aussi blanc que neige; mais il est loin de répondre à l’attente de celles qui en font usage. Et d'abord, si l'on réfléchit à la propriété qu’a le premier des ingrédients dont il se compose de noircir par l’action des émanations sulfureuses qui se dégagent du sein de la terre et de sa surface, des lieux d’aisances, des becs d’éclairage au gaz , des allumettes en combustion, de plusieurs de nos aliments, des œufs par exemple , de toutes les réunions un peu considérables , soirées, bals, spectacles, etc., qui même existent dans l’air extérieur, surtout dans les temps d’orage, et enfin dans nombre d’autres circonstances encore; si l’on réfléchit, disons-nous, à la difficulté dose mettre complètement à l’abri de toutes ces causes, on concevra à quelle douloureuse mortification se voient exposées les personnes qui font usage de cette fallacieuse préparation. Éclatant de blancheur au sortir de leur boudoir , leur teint se change assez promptement en un masque hideux et repoussant après leur entrée dans l’assemblée dont elles comptaient capter tous les hommages. Outre ce petit inconvénient, qui trompe tout leur espoir et (chose incroyable 1 ) sans les corriger, il arrive toujours qu’elles finissent par devenir affreuses et quelquefois même par tomber malades, pour peu que l’absorption fasse pénétrer dans l’économie une certaine quantité de ce sous-sel , qui retient fréquemment quelque peu d’acide arsénieux. Quant à la craie qui fait partie de ce cosmétique, sou principal défaut, et c’en est un qu’on ne saurait négliger de prendre en grande considération , c’est d’obstruer plus ou moins complètement les pores de la peau et de nuire par ce fait considérablement à la perspiration de cette membrane et à ses autres fonctions. Il y a encore d’autres blancs de fard dont la composition varie chez les divers parfumeurs , mais dont l’emploi n’est guère plus sûr ; car ils pèchent tous ou d’une manière ou d’une autre, quoi qu’en puissent dire à cet égard ceux qui en font le commerce.
Les fards rouges sont également de plusieurs sortes : ceux qui ont pour bases des substances métalliques se préparent, soitavec le minium, que l’on sait être composé de deux atomes de protoxide de plomb et d'un atome de bioxide du même métal, et quelquefois aussi d’un peu d’oxide do cuivre que contient presque toujours le minium du commerce ; soit avec du vermillon , qui n’est autre chose que du cinabre en poudre, c’est-àdire du bisulfure de mercure. Chacune de ces couleurs est étendue avec du talc de Venise , de la craie de Briançon, etc...., qui lui communiquent la propriété d’adhérer à la peau. Tout le monde connaît le danger de ces préparations, dont la première (le plomb )peut occasionner des trem-