‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 178 sur 316 · CRE · texte numérisé non relu

CRE

tique le recouvre en avant, quelquefois il l’enveloppe presqu’en entier. J. B.

crème de tartre (chim.), s. f. C’est le tartralc acidulé de potasse. (V. Potasse.)

crépitation ( chir .), s. f. (de crépi, tare, craquer, pétiller). En chirurgie on désigne par ce nom le bruit que font les fragments d’un os fracturé, lorsqu’en leur imprimant un mouvement on les frotte les uns contre les autres; la crépitation est un des signes les plus évidents des fractures. (V. Fracture. )

cresson [bot.), s. m. Nom donné à plusieurs plantes de genres différents, quoique appartenant toutes à la famille des crucifères. Le plus communément pourtant on désigne ainsi le cresson de fontaine ( sisymbrium nasturtium L. ou nasturtium officinale Décand.); c’est une petite plante vivace assez commune dans certaines eaux courantes , et sur le bord des ruisseaux; elle a ses tiges rampantes; ses fleurs petites et blanches sont en épis à l’extrémité des rameaux ; les folioles sont ovales et inégales ; elle possède une saveur agréable , piquante et un peu amère; ses feuilles sont fréquemment employées comme assaisonnement. En médecine on les administre comme antiscorbutique et antiscrofuleux. On fait usage dans le même but du suc exprimé de la plante à la dose de deux à quatre onces par jour. Il entre avec le cochléaria, le trèfle d’eau, le raifort sauvage, les oranges amères et la cannelle, dans la composition du sirop antiscorbutique du codex. Parmi les autres espèces désignées sous le nom de cresson, nous distinguerons : le cresson alenois (lepidium sativum L.), plante cultivée dans les jardins et qui croît avec beaucoup de rapidité; on la mange en salade; le cresson des prés ( cardamine pratensis), espèce trèscommune dans les prés humides ; elle fleurit de bonne heure au commencement du printemps : le cresson de Para ( spilanthus oleracea L.), n’appartient pas à la famille des crucifères; elle fait partie des synanthérées; nous la mentionnons ici à cause de la saveur excessivement âcre de ses feuilles et parce qu’elle est la base, avec l’alcool, du paraguay-roux , remède employé contre les maux de dents. Ces diverses plantes au reste se rapprochent du cresson de fontaine pour les propriétés médicales et peuvent le remplacer au besoin. J. B.

crête [anat.) , s. f. On donne le nom de crête à de3 éminences étroites et plus ou moins saillantes qui existent sur les os; il y a la crête de l’ethmoïde, nommée apophyse crista galli ; la crête iliaque , la crête du tibia, etc. En chirurgie on donnait autrefois le nom de crête de coq , à certaines excroissances qui s’observent aux parties génitales et à l’anus. (Y. Végétations.) J. B.

crétin, crétinisme ( physiol. ), s. m. On prétend que ces dénominations viennent de chrétien, parce que les individus affectés de crétinisme sont dans un état mental si abject, qu’ils ne sau raient commettre aucun péché. On aurait pu ajouter : et incapables de la pratique d’aucune

GRE

CRF

vertu. Mais alors que serait devenue cette soidisant étymologie? On donne le nom de crétinisme au vice de conformation ou plutôt à la véritable monstruosité des imbécilles de naissance appelés Crétins.

Les Cagots ouGahets de nos frontières d’Espagne, les Agotes et les Gafos de la Navarre, les Maragatos du royaume de Léon, les Vacqueros et les Batuecos, habitants des vallées entre Salamanque et Ciudad-Rodrigo; les Scalags de l’Écosse, les Wendes de la Silésie, et dans d’autres contrées du globe, les Bedahs ou Vaddahs de l’île de Geylan, les Parias du Malabar, et tant d’autres peuplades méprisées et repoussées partout du commerce des autres hommes , sont infiniment moins misérables et moins disgraciées de la nature que les infortunés dont nous essaierons de tracer ici une faible esquisse. Ceux-là, du moins, comprennent et parlent plus ou moins mal la langue de leur pays, exercent certaines professions grossières , et pourvoient, comme ils peuvent, à leur subsistance et à celle de leurs enfants. Ceux-ci, au contraire , sourds, muets , souvent aveugles sans nul entendement, aux trois quarts paralysés, vivant dans la fange, sont plongés dans un tel état d’abrutissement , qu’on ne le saurait faire quelque peu concevoir, qu’en affirmant qu’il est bien au-dessous de celui l’animal le plus stupide et le plus immonde.

Les crétins sont si difformes qu’on serait presque tenté de nier qu’ils puissent appartenir à l’espèce humaine. Ce sont des hommes pourtant : leur taille dépasse rarement quatre pieds deux pouces ; leurs membres sont contrefaits et habituellement fléchis, repliés sous eux; leurs mains sont disproportionnées, leurs doigts maigres et allongés; leurs pieds, très-larges, sont contournés, soit en-dedans , soit en-dehors. Ils ont la tête petite, aplatie sur les côtés et au sommet, le front fuyant, et la mâchoire inférieure en avant. Ces pauvres idiots ont les yeux rouges et chassieux , les paupières infiltrées, le nez épaté, la bouche béante et inondée de salive , la langue épaisse et pendante , le visage blême , livide , violacé , etc.; leur peau est flétrie, ridée, pâle, jaunâtre ou cadavéreuse, couverte de boutons hideux , de gale , de dartres d’un aspect dégoûtant. Presque tous sont porteurs d’un goitre plus ou moins volumineux; et il est remarquable que dans cet ensemble de dégradation générale des systèmes organiques des crétins , l’appareil digestif et celui de ia génération prennent , on pourrait dire aux dépens du reste du corps, un énorme développement, ce qui donne à ces malheureux une insatiable voracité et une salacité peu commune.

On rencontre ordinairement les crétins dans les vallées basses, profondes et étroites, dans les gorges et les défilés dominés par de hautes montagnes, dont les flancs sont coupés à pic. Ils sont nombreux dans le Bas-Valais , et dans d’autres vallons des Alpes et des Pyrénées, dans le Tyrol.etc. En 1812, on en comptait jusqu’à trois mille dans le seul département des Alpes.

Ils diffèrent des autres idiots, de* idiots des pays plats , découverts, aérés , etc. , en ce que les

infirmités qui les affligent leur sont en quelque sorte particulières, et paraissent tenir à des causes endémiques , c’est-à-dire dépendantes de la situation , de la configuration et de la nature même du sol qu’ils habitent, de l’air qu’ils respirent, des eaux dont ils font usage , etc. Les vapeurs putrides qui s’élèvent des marécages et des bourbiers, et dont l’atmosphère est incessamment rempli sans pouvoir se renouveler; la chaleur étouffante qu’il fait en été dans ces étroites et tortueuses localités , surtout quand le versant d’une montagne élévée y renvoie les rayons d’un soleil ardent; les eaux crues de neige ou de glace fondues, ou chargées de matières calcaires, qui servent de boisson à ces populations pauvres, dégénérées et accablées de misère; leur mauvaise nourriture habituelle , leur extrême incurie, leur ténébreuse ignorance, et leurs sales débauches au milieu de tant de privations, sont généralement regardés comme les principales causes, ou du moins les plus probables, de cette variété de l’idiotisme , sans contredit la plus déplorable de toutes. Il y a pourtant des degrés; car tous ne sont pas idiots au même point : le tableau que nous en faisons est l’état du crétin accompli, qu’on nous passe cette qualification.

Le jeune crétin ne sait point saisir de lui-même le sein de sa mère, qu’il ne reconnaît pas ou reconnaît à peine , quels que soient les soins et les caresses qu’elle lui prodigue. A dix ou douze ans il est encore inhabile à porter les aliments à sa bouche et à les mâcher ; on est obligé de les lui enfoncer dans le gosier.. Il ne marche pas encore, ce qui n’arrive guère qu’après la puberté , qui , chez lui , est fort tardive. Jusque-là , c’est tout au plus s’il peut se soutenir sur ses pieds ; auâsi se traîne-t-il , comme un cul-de-jatte , de sa couche à son écueile ou sur le seuil de la porte pour exposer sa triste personne à la chaleur vivifiante du soleil; encore est-on longtemps dans la nécessité de l’y porter ; car il n’aime point à se déplacer et est d’ordinaire insensible au froid et à la plupart des diverses impressions atmosphériques.

Plus tard enfin il parvient à se tenir debout , mais courbé et à moitié fléchi, les bras pendants et le tronc mal assuré. S’il veut marcher, il chancèle à chaque instant ; il donne dans tous les obstacles qu’il trouve sur son passage ; il n’en sait éviter aucun. II ne connaît d’autre chemin que celui qu’il a appris de suivre ; et s’il vient à y rencontrer accidentellement une grosse pierre , un tronc d’arbre ou un empêchement quelconque, il se heurte contre , perd l’équilibre et tombe , sans que l’expérience de sa chute lui serve d’instruction pour l’avenir.

Rien n’égale son indolence , sa paresse , son apathie. Il est sale, mais d’une saleté repoussante, et dont on ne saurait se faire d’idée, quand on ne l’a pas vue de ses propres yeux. Son grabat , si l’on n’en prenait soin pour lui , ressemblerait bientôt à un toit à porcs. Il y passe des journées entières dans un état d’immobilité, d’engourdissement et de stupeur. Parvient-on à le décider à se mouvoir? Jamais un air riant, toujours une opiniâtreté insupportable , incapable de la plus

GRE

GRE

légère manifestation de bienveillance ou de gratitude, ne montrant jamais qu’un caractère de contrariété et de mutinerie que la tendresse maternelle peut seule faire supporter. Son regard, quand il n’est pas tout à fait aveugle , est fixe et hébété; il est sourd, et s’il fait entendre sa voix, ce ne sont jamais que quelques sons rauques et inarticulés , assez semblables au grognement du pourceau ; il est , comme lui , sans goût , sans odorat , d’un gloutonnerie et d’une lubricité qui dépassent toute imagination.

Ainsi que les idiots ordinaires , les crétins en général vieillissent rapidement, et terminent leur misérable carrière de vingt-cinq à trente ans; quelques-uns néanmoins la poussent bien au-delà; mais il faut faire attention que ce sont ceux qui sont moins profondément affectés dans leur organisation physique.

Qui, pourrait croire actuellement que dans les contrées où végètent ces êtres si dégradés et si éminemment propres à rabaisser l’orgueil de l’homme', si fier de la supériorité de son espèce sur les nombreuses races des animaux qui peuplent la terre ; qui pourrait croire , disons-nous , si le fait n’était constant , que ces misérables créatures y reçoivent un culte presque divin ? qu’on les y considère en quelque sorte comme un génie tutélaire , et qu’on regarde comme une faveur du ciel d’avoir un crétin dans sa maison? Les familles qui n’en ont pas parmi leurs membres en demandent un ailleurs, et la crédulité publique attribue à cette possession les plus étranges avantages, comme de préserver le logis des coups de la foudre, les cultures do la grêle, les champs des inondations, etc. Sans doute, c’est une œuvre bonne, sainte, et toute de charité, qu’on ne saurait trop louer ou encourager? mais n’est-il pas honteux pour la raison et la bienveillance humaines , que la pitié , que la commisération réclamée par tant de misères , n’aient le plus souvent d’autre mobile que d’aussi absurdes superstitions?

On pense bien que nous n’avons pas grandchose à dire sur ce qu’on pourrait tenter pour tâcher d’améliorer le physique et le moral des crétins. Ils sont incurables , et le vice de leur organisation ne laisse pas le plus petit espoir de possibilité de guérison. On conçoit néanmoins qu’un changement de pays et d’air, une nourriture plus saine , des exercices réglés , un travail manuel aisé , quelques médicaments toniques , des bains de mer, etc., pourraient peut-être avoir quelque utilité , quand les infirmités de ces infortunés ne sont pas portées au plus haut degré. Mais lorsque leur tête, et par conséquent l’organe de l’intelligence, des affections et du principe des mouvements volontaires est complètement déformée, il est évident que toutes les ressources de la médecine, de l’hygiène, de l’éducation; que tous les moyens , en un mot , de la thérapeutique orthophi énique ne sauraient conduire à aucun résultat. Rien, en effet, ne pourrait leur donner, même pour quelques instants, plus de raison, plus d’intelligence : tout fait défaut en eux. Des idées, ils n’en ont jamais eu; ils n’en sauraient avoir; leur organisation défectueuse s’y oppose.

Ils sont même dépourvus de l’instinct des brutes. Ils vivent machinalement, et c’est à grand’peine s’ils ont la conscience de cette existence. Les crétins, plus encore que les autres idiots, ne réclament que des soins domestiques assidus et attentifs. Qu’on se garde donc d’accueillir de décevantes promesses et de nourrir de chimériques espérances que rien ne saurait réaliser.

F. E. Plisson,

Docteur en médecine.

crevasse (path.), s. f. {rima, gerçure). petite fente pouvant survenir sur la peau ou sur l’origine des membranes muqueuses. Le siège le plus ordinaire des crevasses est aux lèvres , au mamelon et aux mains, quelquefois aux ailes du nez et à la plante des pieds ; les gerçures qui s’observent aussi à l’anus , et qui sont si douloureuses, seront décrites à part au mot fissures. Nous renvoyons également au mot rhagades , pour les crevasses dues à une cause syphilitique,

Lorsqu’on s’expose à un vent froid , et surtout que l’on contracte la mauvaise habitude d’humecter continuellement les lèvres avec la salive, elles se sèchent, s’enflamment légèrement, et peuvent se fendiller très-facilement. Le mal augmente encore, si, au moyen des dents ou des ongles, on enlève sans cesse les petis lambeaux d’épiderme qui se détachent ; les moindres mouvements des lèvres sont alors douloureux. Cette légère affection se guérit en faisant cesser la cause qui l’a produite , en même temps qu’on fait usage de corps gras ou huileux non rances ; l’onguent rosat et la pommade de concombre sont surtout employés dans ce but. On traite de même les crevasses des ailes du nez, quand elles ne sont ni syphilitiques ni darlreuses.

Le mamelon des nourrices, et surtout celui des femmes qui sont mères pour la première fois, est fort sujet à devenir le siège de crevasses, souvent très-douloureuses; la mauvaise conformation du mamelon, l’humidité et la salive quile baignent constamment pendant les premières semaines de l’allaitement, le tiraillement exercé par l’enfant, et le défaut de propreté, sont les causes les plus ordinaires de cette affection : le bout du sein rougit, devient plus sensible, et présente une foule de petits points noirâtres. Au bout de quelque temps, apparaissent de petites crevasses plus ou moins nombreuses; elles occasionnent, lorsque l’enfant tette, des douleurs tellement vives, que, dans quelques circonstances , les femmes sont prises de convulsions nerveuses. On a vu aussi , lorsque , par amour maternel , elles surmontaient les douleurs , les petits ulcères faire des progrès, et finir quelquefois par détruire le bout du sein ; ces crevasses ont souvent une opiniâtreté qui doit engager à recourir au médecin.

Traitement. — M. Dugès pense qu’on ne doit pas cesser l’allaitement, même d’un côté seulement, interruption qui ne serait pas sans inconvénient; on doit recourir d’abord aux soins de propreté, et, s’ils sont insuffisants, protéger le mamelon, et lui conserver son allongement au moyen d’un cha- , peau en cuir ou en comme élastique ; ou bien on

CRI

CRI

recouvrira ce mamelon d’un linge fin, percé et enduit de cérat simple bien frais, de pommade de concombre, ou de toute autre substance adoucissante; des applications de mucilages de guimauve, de semences de coing ou de lin , calment aussi beaucoup. Assez souvent ces moyens’sont insuffisants lorsque le mal est ancien : il faut user alors de substances légèrement astringentes et stimulantes, comme le cérat saturné, l’eau de chaux, le vin sucré , etc. On a vu assez fréquemment de légères cautérisations avec le nitrate d’argent ( pierre infernale ) agir avec beaucoup d’efficacité. Ce moyen a même été conseillé de nouveau , et tout récemment par un médecin qui dit l’avoir employé avec succès dans tous les cas.

Les personnes affectées d’engelures , les cuisinières et les ouvrières qui ont souvent les mains plongées dans l’eau chaude, les personnes qui par état manient des substances liquides ou pulvérulentes , douées de propriétés irritantes , sont fréquemment affectées de crevasses aux mains. (V. Engelures.)

Les mêmes causes peuvent développer de pareilles gerçures aux pieds , surtout chez les gens de la campagne qui vont pieds nus , et qui négligent tous les soins de propreté. Pour guérir ces affections, il faut toujours remonter aux causes et les éloigner, en même temps qu’on aura recours aux onctions huileuses et aux corps gras, au cérat simple , à la pommade de concombre , au beurre de cacao, à l’usage habituel de gants enduits d’une couche huileuse non rance , etc. Lorsque l’inflammation est passée et que le mal tend à prendre une marche chronique, Alibert employait la cautérisation avec le nitrate d’argent, et toujours les gerçures disparaissaient rapidement. Par suite de la distension de la peau, des crevasses peuvent aussi survenir au ventre des femmes enceintes (voy. Grossesse ); etaux jambes des hydropiques, (voy. Hydropisie ).

J. P. Beàude.

cru ( physiol. ), s. m. (Voy. Voix.)

crucoiDE ( anat .) , adj. et s. m. (du grec hrihôs, anneau, et eidos, forme; en forme d’anneau).G’est le nom donné à un des cartilages du larynx ; il est annulaire ainsi que l’indique son nom ; il est plus large en arrière qu’en avant et contribue à former le larynx à la partie inférieure duquel il est situé. Le cartilage cricoïde est pour ainsi dire le premier anneau de la trachée-artère qui commence à sa partie inférieure ; intérieurement, il est recouvert par la membrane muqueuse qui est commune au larynx et à la trachées-rtère. (V. Larynx.) J. B.

crise ( path.), s. f. (de krisis , jugement). On appelle ainsi tout changement subit d’une maladie en mieux ou en pis , le plus ordinairement accompagné d’une excrétion abondante de liquide, qui juge la maladie.

Le père de la médecine d’observation, .Hippocrate, est le véritable fondateur de la doctrine des crises et des jours critiques. La nature, suivant lui et suivant la plupart des anciens, après

avoir livré un combat à la maladie, chasse par divers émonctoires, ou dépose à l’intérieur la matière morbifique qui ne saurait demeurer plus longtemps dans l’économie. Ces observateurs établirent que les maladies aiguës, et même les chroniques, se jugeaient à des époques déterminées , et qu’elles suivaient en cela les périodes septé naires. Qu’ainsi les crises arrivaient plus particulièrement le septième , le quatorzième , le vingt et unième jour, etc. L’immortel vieillard de Cos toutefois n’admettait pas ce vingt et unième jour. Il pensait que le jour qui termine le second septénaire était aussi celui qui commençait le troisième, en sorte que c’était le vingtième jour qui était , à ses yeux , le véritable jour critique du troisième septénaire, et non pas le vingt et unième comme le veulent presque tous les médecins qui ont adopté et développé sa théorie des mouvements décrétoires. Les jours critiques étaient ainsi comptés jusqu’au cent vingtième; après quoi , les maladies , prenant un autre cours et changeant de caractère , ces calculs, ces espèces de numérations médicales perdaient leur plus grande importance et à peu près toute leur valeur.

Les partisans de ce système distinguaient en outre des jours indicateurs ou semi-critiques : ce

sont les quatrième, onzième , dix-septième, etc. , ainsi dénommés parce qu’ils annoncent les phénomènes précurseurs des crises, et permettent d’en prédire la prochaine apparition.

On divise les crises en vraies ou fausses, en parfaites ou imparfaites , en générales ou particulières, en heureuses, mauvaises , fatales, etc. , selon que les prodrômes ou signes avant-coureurs sont suivis ou non de phénomènes vraiment critiques, selon que l’expulsion de la matière morbifique se fait en tout ou en partie , selon que cette élimination s’opère par plusieurs voies à la fois ou par une seule, selon, enfin, que le rétablissement du sujet, la continuation de sa maladie, ou sa mort, succèdent aux efforts de la puissance vitale qui cherchait à se débarrasser de la cause du mal.

Les véhicules ordinaires de la matière morbifique, dont l’évacuation a lieu par les crises, sont: le sang, la bile, la salive , les crachats, les mucosités intestinales, la sueur, l'urine. Dans ces circonstances, qui sont les plus avantageuses, la maüère critique est poussée au dehors, et la convalescence suit de près cette expulsion. Mais dans d’autres cas, toujours à redouter, la matière so jette sur des organes essentiels à la vie, d’où résultent des accidents graves et même la mort. C’est ce qu’on nomme métastase.

Le mode et les caractères de l’évacuation critique sont soumis à diverses modifications : chez les enfants, les crises se font en général par des épistaxis; chez les jeunes gens par des hémoptysies , des sueurs ; chez les hommes faits par des déjections bilieuses, des hémorrhoïdes; chez les vieillards par des flux diarrhéiques et urinaires.

La nature des maladies les fait aussi considéra» blement varier; c’est ainsi que la fièvre dite inflammatoire et la plupart des phlegmasies se jugent fréquemment par des hémorrhagies , les

CRI

fièvres bilieuses et muqueuses par le dévoiement , etc.

L'influence des saisons, des tempéraments, des sexes , etc. , détermine également des changements notables dans le genre et la «nature des crises ; mais il serait trop long d’entrer dans tous ces détails.

Il faut observer dans les maladies, et particulièrement dans celles susceptibles de se terminer par des mouvements critiques, différentes phases ou périodes : 1° celle de l’irritation ou crudité; 2° celle de la coction, 3° et celle de la rétolution critique. Cette dernière est communément précédée d’agitation, de trouble, de chaleur, d’un redoublement de fièvre , d’insomnie , etc. ; toutes les forces médicatrices de la nature sont en action et dénotent que l’expulsion de la matière morbifique est imminente. Mais lorsque la maladie guérit sans trouble extraordinaire et par une diminution graduelle des symptômes, sans aucune excrétion insolite, ce mode de terminaison est ce que les pathologistes ont désigné par le mot de lysis. C’est celui qui fait courir le moins de danger, laisse le moins de faiblesse après lui, et par conséquent est le plus désirable de tous.

Cette doctrine des crises et des jours critiques peut-elle être admise de nos jours sans modifications aucunes ? Il serait téméraire de l’affirmer , ainsi que le font encore quelques médecins de la vieille école. Les anciens observateurs étaient loin d’être d’accord entre eux et avec le législateur de la médecine. Et pour ne citer que Galien, qui s’est donné beaucoup de peine pour rassembler en un corps de doctrine les observations éparses dans les œuvres d’Hippocrate , et qui a été suivi en cela par la grande majorité des médecins qui ont écrit depuis lui , pour ne citer que lui seul entre tous, nous pouvons sûrement avancer que ses idées sur ce sujet différaient en beaucoup de points de celles de son maître et du nôtre. Du reste il en avait adopté le fond et les principales bases. Nous ne rapporterons rien de lui, sinon qu’il regardait le sixième jour comme le plus redoutable de tous; aussi l’avait-il surnommé le tyran , le comparant à un despote qui condamne à mort sans jugement, par opposition à un prince débonnaire qui traite équitablement ses sujets.

Depuis deux mille ans que les faits relatifs aux crises ont fixé l’attention des médecins , il est à remarquer que les opinions, qui, si ces faits étaient aussi patents que le prétendent les défenseurs de ce système, devraient être unanimes, sont encore aujourd’hui livrées à la discussion. Quoi qu’il en soit , il faut reconnaître que cette doctrine, si fort en honneur durant des siècles, est tombée de nos jours dans un immense discrédit, que semblent au surplus justifier les nombreux mécomptes de ses rares, mais opiniâtres partisans. Ceux-ci font observer , il est vrai, que si nous ne voyons pas aussi souvent qu’autrefois les maladies avoir une solution incontestablement critique, c’est que nous les attaquons trop vivement dès leur début; tandis qu’Hippocrate et la plupart des médecins grecs se gardaient bien

Page 1