DAT
Bien que la culture du dattier n’exige pas de très grands soins , cependant l’extrême lenteur avec laquelle il se développe a fait préférer pour sa propagation l’emploi des rejetons à celui des semences; il est à remarquer en effet que ceux que l’on cultive par boutures donnent des fruits en moins de cinq ou six ans, tandis que ceux qu’on obtient de graines ne fructifient qu’après quinze ou vingt ans. Une circonstance qui n’est pas sans importance, c’est que les fruits qui proviennent de boutures sont, dit-on, impropres à la reproduction.
Le dattier ne croît pas seulement en Orient, on le cultive dans plusieurs contrées de l’Europe, et notamment aux environs de Gênes , en Espagne et dans quelques-uns de nos départements méridionaux. Mais, soit que ces climats lui soient moins favorables ou le sol moins approprié , l’Arabie est toujours en possession de fournir les meilleures dattes. Ce fruit délicieux lorsqu’il est récemment cueilli forme une ressource alimentaire très-précieuse dans les pays chauds, et dans les contrées surtout qui par leur extrême aridité semblent réfractaires à toute autre végétation.
La tige droite et cylindrique du dattier, l’absence de feuilles dans la plus grande partie de sa hauteur, rendent la récolte du fruit assez difficile; elle s’effectue au moyen d’une corde qui embrasse l'arbre et l’homme chargé de ce soin , il la fait monter avec lui en la fixant aux nodosités annulaires formées par les restes des pétioles ; arrivé au sommet il détache tous les fruits, et les met dans un panier ou sac de jonc destiné à cet usage. On doit , lorsqu’on veut conserver les dattes , les récolter avant qu’elles aient atteint leur maximum de maturité; on les étend sur des nattes exposées au soleil, elles s’y ramollissent bientôt, perdent une partie de leur eau de végétation et laissent exsuder un suc sucré qui enduit leur surface et facilite leur conservation. Cette demidessiccation opérée , on procède à une sorte de triage ; les plus belles sont réservées pour en extraire un suc mielleux qui sert de condiment à certains mets et souvent aux dattes elles-mêmes, on le convertit aussi par la fermentation en une liqueur alcoolique d’un goût tellement suave , qu’elle a reçue le nom de nectar de dattes. Celles de deuxième choix sont mangées sans apprêt, et conservées pour la consommation journalière; les dernières enfin sont soumises à une dessiccation plus complète, et réduites en une sorte de poudre grossière qu’on nomme farine de dattes ; mêlée à l’eau elle forme une bouillie ou brouet qui soutient les Arabes dans leurs longues courses à travers les déserts, et fait la nourriture presque exclusive des peuplades nomades et des caravanes.
On trouve dans le commerce trois sortes de dattes ; savoir : celles de Tunis, de Salé et de Provence. Les premières, moins grosses que les autres, sont plus sucrées et se conservent mieux ; elles doivent être préférées pour l’usage médical et présenter les caractères suivants : consistance ferme, surface poisseuse, pulpe demi- transparente, de couleur rouge jaunâtre au dehors, blanche au dedans , odeur franche et suave , saveur
douce sucrée. La grande quantité de principe mucoso sucré que contiennent les dattes les a fait ranger et avec raison au nombre des fruits pectoraux; elles sont d’une heureuse indication contre les rhumes opiniâtres, les catarrhes, les affections de poitrine, les dyssenteries, et enfin dans tous les cas ou les émollients sont réputés utiles.
Les dattes vertes étaient regardées autrefois comme d’un usage très - dangereux ; l'année d’Alexandre, si l’on en croit Pline, fut grandement décimée , parce que les soldats en avaient fait une consommation trop grande; mais, comme le remarque son savant commentateur M. Fée, leur saveur est dans cet état tellement acerbe et désagréable qu’il est douteux, à moins d’absolue nécessité, qu’on puisse eu manger de manière à en être incommodé (I). Quoi qu’il en soit de l’innocuité des dattes, on doit rejeter celles qui ont plus d’une année , attendu d’abord leur inertie et ensuite le dégoût qu’elles peuvent produire par la présence des vers qui attaquent leur substance.
Il résulte d’un examen chimique que l’on doit à M. Bonastre , que les dattes sont composées de mucilage, de gomme, d’albumine, de sucre cristallisable analogue à celui de canne, de sucre incristallisable et de parenchyme.
Le principe sucré des dattes, comme celui de la plupart des autres fruits du même genre, paraît être le produit de la culture et conséquemment plutôt dû aux soins de l’homme qu’à la nature, il ne se développe que sous l’influence d’une haute température et pendant la maturation. Les dattiers sauvages ne fournissent que des fruits acerbes et généralement très-petits.
COOVKKCHEL,
satura a fruit épineux (bot., mat. méd.)y s. m., Datura stramonium L. stramoine épineux, stramonium spinosum Lmrk., genre de la famille des solanées Juss. Cette plante, vulgairement connue sous le nom de pomme épineuse, d’herbe aux sorciers, offre les caractères botaniques suivants : tiges droites, eylindriques, un peu pubescentes à la partie supérieure, rameuses, s’élevant généralement à la hauteur de deux à trois pieds; feuilles alternes, assez grandes , ovates-aiguës et pétiolées ; fleurs axillaires, blanches ou violacées ; fruit capsuleux, ovoïde, du volume d’une noix, de forme presque pyramidale, chargé de pointes aiguës, et polysperme; semences de couleur brunâtre, réniformes, et comme chagrinées à leur surface. La pomme épineuse croît dans les lieux arides et incultes ; bien qu’originaire des Indes, elle s’est tellement acclimatée en Europe qu’elle semble lui appartenir. Cette conquête n’est malheureusement pas très-précieuse, car les services que rend cette plante à la matière médicale sont loin de compenser les accidents qui résultent souvent de son emploi. Toutes ses parties, et surtout les semences, jouissent en effet de la propriété narcotique et stupéfiante au plus haut degré. Il est souvent arrivé que des malfaiteurs ont mis à profit cette dangereuse propriété pour exécuter leurs
(1) Nous avons goûté en Algérie à des dattes non encore parvenues à leur maturité, niais qui en étaient voisines, et elles ne nous ont pas présenté la saveur indiquée par il. Fée, et nous croyons très-tien ce que dit Pline. J. B.