‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 193 sur 316 · DÉP · texte numérisé non relu

DÉP

dépilation (hyfj.), s. f. (dèpilalio, de la particule privative de, et de pilus, poil). C’est l’action de détruire les poils qui existent à la surface du corps. Cet usage est très-pratiqué en Orient par les femmes qui font tomber tous les poils, à l’exception des cheveux. Les juifs emploient encore des dépilatoires pour faire tomber la barbe: c’est une coutume dont l’origine tient à leurs lois et à leurs anciennes mœurs orientales; pour quelques uns elle est encore pratiquée d’une manière religieuse. La dépilation, qui peut être encore employée dans d’autres buts se pratique au moyen de certains cosmétiques qui ont pour action de détruire les poils ou les cheveux en agissant chimiquement: ces moyens sont le plus ordinairement la chaux et le sulfure d’ arsénié, orpiment. Ambroise Paré prescrivait de renfermer parties égales de ces deux substances dans un nouet de linge, et d’en frotter les parties que l’on voulait dépiler après les avoir trempées dans l’eau. Les Orientaux préparent sous le nom de rusma un cosmétique qui paraît avoir une action plus énergique , et par conséquent plus certaine; voici comment se fait cette préparation : on prend deux onces de chaux et une demi-once d’orpirnent, qu’on fait bouillir dans une livre de lessive alcaline ( carbonate de potasse); l’ébullition de ce mélange doit être continuée jusqu’à ce qu’en y plongeant une plume les barbes s’en détachent seules par l’action du liquide; on prend ensuite de cette liqueur, qui contient de la potasse, rendue caustique par l’action de la chaux, et on l’étend légèrement sur la partie que l’on veut dépiler; un instant après on fait des lotions avec de l’eau chaude, pour enlever cette préparation qui altérerait la peau , et les poils détruits sont enlevés par celte lotion. On fait aussi avec les mêmes substances des poudres que l’on applique après les avoir délayées, et qui ont une action analogue ; souvent on les mélange avec de la farine de seigle , de l’amidon, de la pâte d’amande, pour diminuer l’action corrosive de ces cosmétiques.

Ces diverses méthodes de dépilation agissent sans détruire les bulbes des poils et des cheveux, et il faut répéter ces opérations aussi souvent que ces organes sont reproduits ; cet inconvénient avait fait recourir dans certains cas à l’arrachement que l’on pratiquait au moyen d’un emplâtre de poix que l’on enlevait avec force; ou bien encore , ainsi qu’on le fait même aujourd’hui, à la dépilation avec de petites pinces qui arrachent chaque poil isolément : c’est aussi avec cet instrument que l’on arrache les poils ou les cheveux qui nuisent à la cicatrisation d’une plaie , ou les cils qui irritent la conjonctive.

J. P. Beaude.

dépilatoire (hyg.), adj. On a donné ce nom à des cosmétiques qui ont pour effet de déterminer la chute des poils. (Voyez Dépilation.) J. B.

déplétif ( thérap .), adj. ( depletivus , de deplere, vider). On désigne sous ce nom les moyens qui sont destinés à diminuer la masse des liquides du corps; les saignées sont des moyens depïétifs.

DÉS

dépôt ( chir .), s. m. (V. Abcès.)

dépuratifs {mat. méd.), adj. pris subst. (de depurare, purifier). On donnait autrefois ce nom à des médicaments qui avaient pour fonctions do dépurer les humeurs ou d’en extraire certains principes que l’on croyait les altérer: les diurétiques , les amers, les antiscorbutiques et même les purgatifs ont été regardés comme dépuratifs.

dérivation (thérap.), s. f. ( derivatio, du verbe derivare, détourner). On entend par dérivation un phénomène par lequel on détourne une irritation et un mouvement fluxionnaire d’une partie dangereusement menacée, en excitant violemment un organe ou une portion du corps où cette irritation peut être sans danger. La dérivation se produit au moyen de sinapismes , de vésicatoires, de moxas, de cautères, etc. La saignée peut aussi être quelquefois dérivative, et c’est dans ce but que l’on pratique une saignée du pied ou que l’on fait appliquer des sangsues à l’anus dans les congestions cérébrales. J. B.

dérivatifs (mat. méd.), adj. pl. pris subst. On désigne ainsi les médicaments et les moyens par lesquels, en déterminant une vive stimulation, on produit la dérivation. (V. Dérivation, Sinapismes , etc.) J. B.

derme ( anat .), s. m. (du grec derma, de dréo, j’écorche). On donne ce nom à la partie la plus épaisse de la peau, et qui en constitue le tissu propre. (V. Peau.)

jdehihatosss (méd.), s. m. pl. Nom générique donné par le professeur Atibert à la grande classe des maladies de la peau. (V. Dartres.)

dermoïde (anat.), adj., qui ressembleau derme. Nom donné improprement par Bichat au derme lui-même, qu’il a décrit sous le nom de système dermoïde. J. B.

descente (chir.), S. f. (V. Hernie.) descente de matrice (méd.). (Voy. Matrice .) désinfection (hyg.), s. f. C’est l’action d’enlever aux habitations, aux vêtements, et enfin à tous les corps, des miasmes que l’on peut supposer d’une nature dangereuse. Les odeurs, le vinaigre, le camphre, le sucre brûlé et tous les moyens analogues que l’on emploie souvent comme désinfectants sont loin de jouir de cette propriété; le plus souvent ils ne font que masquer les odeurs sans avoir une action directe sur les miasmes eux- mêmes. Les véritables désinfectants sont des substances chimiques qui agissent en décomposant les miasmes ; les acides sulfureux et nitreux jouissent de cette propriété qui tient à la fois et à leur nature d’acide et à leur état gazeux; cependant on n’en fait pas un fréquent usage â cause de l’inconvénient que ces corps présentent pour la respiration. Le chlore est aujourd’hui le désinfectant le plus employé; il fut mis en usage, il y a plus de quarante ans , sous le nom d’acide muriatique oxigénè par Guyton-Morveau , et les fumigations qu’U prescrivait reçurent le nom de fumigation guytonieme. Bans ces derniers temps, on a era-

DES

DÉS

ployé les chlorures alcalins qui agissent par la facilité avec laquelle ils laissent dégager le chlore qui entre dans leur composition. (Y. Chlore .)

Le charbon doit aussi être rangé au nombre des substances désinfectantes, c’est surtout à la désinfection des liquides et des viandes qu’il peut être employé; il agit en absorbant les gaz qui se trouvent mêlés aux liquides, et il leur enlève ainsi toute leur odeur sans les altérer, avantage dont ne jouit pas le chlore, qui ne désinfecte les substances qu’en les décomposant en partie. On peut même éprouver cette propriété du charbon en faisant passer à travers de ce corps concassé et pulvérisé une eau bourbeuse, et l’on observera qu’elle sera entièrement dépouillée de ses propriétés malfaisantes après cette opération; c’est même un procédé que l’on doit employer lorsque l’eau que l’on destine aux usages alimentaires se trouve altérée par l’action des substances végétales ou animales en décomposition, et ce fait s’observe souvent pour l’eau des mares et des citernes lorsqu’en été elles ne sont pas renouvelées par l’eau des pluies.

Cette propriété désinfectante du charbon était déjà connue depuis longtemps, car l’usage dans lequel on était de jeter des brandons charbonnés du feu de la Saint-Jean dans les puits et les sources, pour prévenir les maladies des bestiaux, à part les idées superstitieuses que l’on y joignait, avait une action vraiment salutaire en purifiant les eaux par l’action du charbon. (V. ce mot.)

L’on a employé aussi dans ces derniers temps divers moyens pour désinfecter les matières animales en putréfaction , et surtout les matières provenant des fosses d’aisances ; plusieurs industriels ont même fait un secret des procédés qu’ils employaient, et qui étaient pour eux une source de profit, puisqu’ils pouvaient immédiatement convertir en un engrais sans odeur et très-propre à la culture une matière repoussante par son odeur et son état de liquidité; ces engrais sont encore livrés au commerce sous le nom de noir animalisé. Nous avons vu faire l’essai de ces moyens ; des matières sortant de la fosse, et mêlées immédiatement avec la substance désinfectante, se sont trouvées aussitôt privées de l’odeur repoussante qu’elles avaient un instant auparavant; en répandant la poudre désinfectante sur des endroits où s’étaient déversés des matières, elle les privait également de l’odeur qu’elles exhalaient. Les substances que l’on emploie pour ces désinfections sont des pierres calcaires calcinées ; la chaux vive en poudre agit avec efficacité ; les marnes calcaires des environs de Paris, lorsqu’elles ont été calcinées au degré où l’on cuit la pierre à chaux, sont aussi très-propres à cet usage, et il paraît qu’elles n’agissent que par la chaux qu’elles contiennent. Depuis on a employé pour désinfecter les matières des fosses d’aisances divers sels minéraux, tels que le sulfate de fer et le chlorure de manganèse, résidu de blanchisseries, certaines matières charboneuses et pyrogénées. Ces désinfections, qui sont complètes lorsqu’elles sont bien pratiquées, sont aujourd’hui prescrites à Paris par l’autorité.

DÉSOBSTRUANTS, DÉSOPILANTS. Voy.

Apérüijs.

désorganisation ( path , s. f. Altération et destruction de la forme ou de la structure d’un organe. La désorganisation peut être produite par l’inflammation , la gangrène, le cancer, etc. , ou par des causes extérieures qui ont agi en détruisant ou changeant les tissus. On dit qu’il y a désorganisation toutes les fois que par l’altération de l’organe ses fonctions sont détruites sans pouvoir se rétablir. J. B.

desquamation (path.), s. f. de squamatio, de squamma, -écaille. On donne ce nom à un état de la peau dans lequel l’épiderme s’enlève par écailles plus ou moins larges: ce phénomène se fait remarquer après la rougeole , la scarlatine et quelques maladies éruptives. Après les érisypèles la desquamation n’a lieu que dans les parties qui ont été affectées par la maladie. Certaines dartres présentent aussi ce phénomène, ce qui leur a fait donner le nom de dartres squammeuses. J. B.

dessiccatifs (mat. méd.), adj. et subst. On a donné ce nom à des médicaments, et surtout à des poudres et des emplâtres qui ont pour but de sécher les plaies et qui y augmentent l’excitation : ces substances sont styptiques et excitantes; on a quelquefois donné improprement le nom de dessiccatifs à des poudres absorbantes que l’on employait pour étancher le pus ou les liquides qui s’écoulaient de certaines plaies ou de certains ulcères; ces poudres sont le lycopode, le tan, etc. J. B.

dessiccation (pharm.), s. f. C’est une opération qui consiste à soumettre des substances végétales ou animales à un courant d’air sec, et à les priver ainsi de l’humidité qu’elle peuvent contenir ; cette opération est indispensable pour leur bonne conservation.

La dessiccation sepratique de diverses manières, suivant les produits que l’on juge convenable d’y soumettre. Les fleurs, les feuilles, doivent, après avoir été récoltées par un temps sec, être placées sur des claies à claires-voies et exposées à l’air et à l’ombre dans un temps où l’atmosphère est exempte d’humidité; on aura soin de les étendre en couches fort minces et de les retourner assez fréquemment pour qu’elles puissent convenablement sécher. Les tiges des plantes qui contiennent peu d’humidité peuvent être réunies par petits paquets attachés en forme de guirlandes, et être ainsi exposées dans un lieu sec et dans lequel un courant d’air pourra être ménagé. Les racines d’un volume peu considérable, ou bien celles qui sont rameuses et divisées, peuvent être soumises à la dessiccation, soit sur des claies, soit en les suspendant comme les tiges dont nous venons de parler. Les racines d’un plus gros volume et celles qui contiennent beaucoup d’eau de végétation ne doivent point être desséchées entières , leur volume empêcherait qu’elles pussent l’être avant qu’un mouvement de décomposition n’ait commencé à s’opérer dans quelques-unes de leurs parties. Pour procéder à leur dessiccation, on les lave, afin d’en séparer la terre qui adhère à leur surface, et on les laisse sécher à l’extérieur; en-

DÉS

suite on les coupe en tranches plus ou moins minces, suivant la proportion d’humidité qu’elles peuvent contenir, en ayant soin de couper plus mince celles qui contiennent plus d’eau de végé tation; on les passe ensuite dans une ficelle pour les suspendre; ou bien on les place en une seule couche sur les claies dont nous avons parlé , pour les exposer ensuite dans le lieu où on doit les laisser sécher.

Le lieu dans lequel on pratique la dessiccation doit varier suivant les saisons et la nature des produits que l’on veut dessécher; dans l’été et lorsque le temps est sec, l’opération peut se pratiquer à l’air libre , dans un lieu situé à l’ombre et parfaitement sec; le voisinage d’une pièce d’eau, d’un ruisseau, d’un endroit dont la terre est abreuvée d’eau ne saurait convenir , car l’air étant déjà chargé d’humidité par une des causes que nous venons d’indiquer, il en résulterait qu’il ne pourrait enlever l’eau contenue dans les plantes soumises à la dessiccation, et que celles-ci se trouveraient altérées avant qu’elles ne fussent complètement sèches. Le soleil a aussi une action désavantageuse en altérant la couleur des plantes , en favorisant le dégagement des principes volatils qu’elles peuvent contenir, et en les altérant par une dessiccation trop prompte et une chaleur trop élevée.

Lorsque la saison ne permet pas que l’on puisse opérer la dessiccation à l’air libre , on doit la faire dans l’intérieur des habitations: il faut alors chercher les endroits les plus secs ; les greniers élevés et placés sous les combles sont dans ces cas les lieux qui conviennent le mieux; il faut laisser ces lieux ouverts, en fermer seulement les fenêtres exposées à l’ouest; car dans nos climats ce sont les vents de ce côté qui amènent presque toujours la pluie, et il est à remarquer qu’ils sont chargés constamment d’une plus grande quantité d’humidité; les autres fenêtres pourraient être closes avec des châssis couverts de toiles , afin d’empêcher le passage de la poussière; celles placées à l’est et au midi sont les plus convenables pour laisser entrer l’air dans le séchoir; on disposera dans ce lieu les plantes de la manière que nous avons indiquée, en ayant soin d’éloigner les claies du sol d’au moins un pied, afin de permettre la circulation de l’air au-dessous.

Quand la saison est trop humide ou que les plantes contiennent trop d’eau de végétation pour que l’on puisse se servir du grenier pour leur dessiccation, il faut avoir recours alors à des pièces chauffées par des poêles ou des fourneaux ; ces lieux ont reçu le nom d'étuve (v. ce mot) : la température peut y être portée depuis 22 degrés jusqu’à 40 et 45» , mais il est important de commencer par une température moindre, et de ne l’augmenter que progressivement; par ce moyen on obtient une dessiccation plus complète et l’on est plus sûr que les substances ne sont point altérées.

Les fruits parenchymateux, tels que les prunes, les cerises , les cynorrhodons, se dessèchent au four. Il faut avoir soin que la chaleur ne soit pas assez forte pour en opérer la cuisson; on est obligé de les soumettre plusieurs fois à l’action de cette

DÉS 507

chaleur, qui d’abord en dessèche plus la surface que le centre ; entre chaque fois on les expose à l’air : les liquides qui sont au centre du fruit se répartissent alors d’une manière plus égale, et ainsi se trouvent favoriser leur expulsion par de nouvelles dessiccations dans l’intérieur du four; on continue jusqu’à ce que le fruit ait acquis un degré de consistance convenable à sa bonne conservation.

Comme règle générale , on devra ne soumettre les plantes, les fleurs, les feuilles et les graines aromatiques qu’à une température très -peu élevée ; l’air libre est ce qui convient mieux. Lorsque la température est trop élevée, elle favorise d’une manière active le dégagement de l’huile essentielle que contiennent les diverses parties de ces plantes, et elles perdent par ce moyen presque toutes leurs propriétés. Les plantes qui contiennent des principes plus fixes, tels que des alcalis végétaux, de la gomme, etc., peuvent être soumises à une chaleur plus forte; cependant il est important qu’elle ne dépasse pas les limites que nous avons citées , car il pourrait alors se passer dans l’intérieur du végétal des modifications qui altéreraient la nature de son principe actif. Certaines fleurs , dont la couleur s’altère par l’action de la lumière, devront être enveloppées de papier, et il sera important de n’en enfermer qu’un très-petit nombre dans chaque paquet ; quelquefois on se contente de couvrir les claies de larges feuilles de papier, autant pour soustraire les plantes à l’action de la lumière que pour les préserver de la poussière.

Les substances animales se déssèchent d’après les mêmes principes que nous avons posés pour les substances végétales, et c’est ainsi que l’on prépare les cantharides , les cloportes ; l’on a recours à l’étuve , lorsque la sécheresse de l’air et l’élévation de la température ne peuvent permettre une dessiccation prompte, et nous devons dire que c’est ce qui arrive fréquemment dans nos climats.

La conservation des diverses substances dont nous venons de parler exige des précautions que nous ne croyons pas devoir passer sous silence, car il ne suffit pas que des plantes aient été desséchées pour que l’on soit sûr qu’elles aient conservé toute leur efficacité; elles peuvent reprendre une partie de l’humidité dont on les a privées, et il suffit pour cela qu’elles soient placées dans un lieu humide ou même seulement à l’air libre; elles s’altèrent alors promptement et contractent quelquefois une odeur de moisi qui annonce qu’elles ont subi un commencement de fermentation. Il faudra donc, pour les bien conserver, les placer dans un lieu sec , et les renfermer dans des bocaux de verre convenablement bouchés; ceux qui sont de verre noir, dit M. Soubeiran, doivent être préférés par le difficile accès qu’ils donnent à la lumière. La grande quantité de ces substances oblige souvent d’avoir recours à des boîtes de bois à l’intérieur desquelles on colle du papier avec de la colle d’amidon mêlée d’alun ou d’aloès pour la préserver des insectes; il est convenable que ces boites soient

peintes à l’extérieur, afin d’empêcher en partie l’action hygrométrique du bois, lequel absorbe l’humidité avec uu^ grande facilité. Dans le commerce, on fait d’énormes ballots de ces divers végétaux , et , comme ils sont très -serrés, la couche extérieure préserve l’iutérieur des altérations qu’elles pourraient subir.

Dans tous les cas, il est important, dans les pharmacies, dans les herboristeries, et même dans les ménages qui, à la campagne , font des provisions de plantes médicamenteuses, de visiter souvent les vases qui les renferment , afin de s’assurer de leur état ; si l’on s’apercevait qu’elles ont contracté de l’humidité, il suffirait de les faire sécher, eu les exposant pendant quelques jours dans un lieu sec et à l’air libre, pour les mettre dans un bon état de conservation. J. P. Beaude.

détersif ( path .), adj. Nom donné à des médicaments stimulants que l’on applique sur les plaies dans le but de les nettoyer et de les déterger. Dans quelques circonstances, ils favorisent la cicatrisation. j. B.

détroit ( anat .), s. m. Nom donné à deux rétrécissements qui existent au bassin. Il existe un détroit supérieur et un détroit inférieur ; ils remplissent un rôle important dans l’accouchement. (Y. Bassin , Accouchement.) J. B.

détroncation ( accouch .), s. f. C’estla séparation par arrachement de la tête du fœtus du tronc dans quelques manœuvres violentes de l’accouchement. Ce fâcheux accident est heureusement fort rare : ce mot , dans ce cas, est synonyme de décollement. J. B.

développement (path. et physiol.), s.m. On entend par ce mot l’augmentation d’un symptôme ou d’une maladie; ainsi l’on dit le développement du pouls, pour indiquer qu’il a plus de force; le

développement d’une tumeur, pour indiquer qu’elle a acquis un volume considérable. En physiologie, le mot développement, appliqué à l’individu ou aux organes, répond à ceux de Croissance, û’ Accroissement. (V. ces mots.) j. B.

déviation (path.), s. f. Nom donné au dérangement des courbures de la colonne vertébrale. La déviation de cet organe précède ordinairement la Gibbosité. (V. ce moi.) J. B.

dévoiement (méd.), s. m. (V. Diarrhée.)

diabète (méd.) , s. m. Maladie caractérisée par l' abondance , le changement de composition des urines, et un trouble progressif des fonctions qui fiait par amener une fièvre hectique souvent fuîicsta. Mais hâtons-nous, après cette définition, <1 ’éloiguer les alarmes hypocondriaques qu’elle pourrait faire naître. Qu’on sache donc bien que le diabète est une maladie peu commune, et que , dans la crainte d’en être atteintes, les personnes disposées à se préoccuper de leur santé agiront sagement en détournant leur attention de la quantité et de la composition des urines. Comme la mesure journalière et la mixtion de ce liquide sont très-variables en santé, sans la précaution

l que nous avons signalée , il arriverait à plus d’un hypocondriaque d’avoir le diabète dans l’esprit, pendant qu’il manquerait dam le corps. Revenons à la maladie.

Le diabète, dont Arétée de Cappadoce nous a laissé une description admirable, il y a près de dix-huit cents ans , débute ordinairement d’une manière lente et insidieuse. Le diabétique s’apperçoit bien que l’émission de ses urines est plus fréquente, plus abondante; que ce liquide est plus décoloré, eu même temps plus visqueux el plus inodore; qu’il boit aussi plus souvent; que sa bouche est moins humide et sa salive plus épaisse; que ses forces se soutiennent mal ou déclinent; mais il est encore sans fièvre; l’appétit et le sommeil sont bons , il vaque à ses affaires , comment ne serait-il pas distrait d’une maladie grave qui se développe si perfidement, et qui peut d’ailleurs rester ainsi stationnaire des mois et des années? Cependant il est rare qu’elle soit progressive, et plus encore qu’elle rétrograde et qu’elle cesse spontanément. Poursuivons son cours: la quantité des urines devient effrayante, on l’a vue s’élever, en un jour, à plus de cent livres, et il est fort ordinaire qu’elle excède le poids des boissons et des aliments ingérés. Sa composition n’est pas moins changée que sa mesure journalière : au lieu des acides , des alcalis et des sels qui la distinguent communément, elle abonde en une espèce particulière de miel ou de sucre, non moins caractéristique de la maladie que l’abondance du liquide urinaire; d’où le nom de diabète sucré qu’on donne souvent â l’affection qui nous occupe. La soif augmente progressivement, elle devient démesurée, inextinguible. Après s’être soutenu et même accru , l’appétit s’affaiblit et se perd. Les digestions sont laborieuses, il y a constipation ou diarrhée. Les principes réparateurs de l’alimentation, le chyle, la gélatine et la fibrine du sang, étant rapidement entraînés par les urines, ïa nutrition est bientôt ruinée. La fièvre hectique ou consomptive survient avec son effrayant cortège de symptômes tous sinistres, et le diabétique succombe assiégé par ie double tourment d’une soif insatiable et du besoin continuel d’uriner. Ce drame pathologique , communément lent , est quelquefois très-rapide.

Le pronostic du diabète est aussi grave que cette affection est peu commune. Il est cependant problable que , s’il était reconnu de bonne heure , on compterait un bien plus grand nombre de guérisons , soit parce qu’on pourrait éloigner les causes occasionnelles, soit parce que le trouble produit dans i’organisation serait encore remédiable. Jusqu’au moment où les signes d’une consomption avancée se manifestent, il est permis d’espérer la guérison, surtout si la soif et les urines diminuent , si celles-ci redeviennent colorées, salines, ammoniacales, au lieu d’être incolorées et sucrées. Mais lorsque le marasme a fait des progrès , quand la soif et le besoin d'uriner [ sont inextinguibles , il n’y a plus un moment à perdre, si même il n’est déjà trop tard pour porter [ secours.

Quelle est donc îa cause prochaine ou organi-

DIA

que du diabète sucré, sorte de phthisie urinaire? L’ouverture des cadavres des diabétiques n’a pas encore dévoilé l’origine obscure de cette affection , et nous ne mentionnerons pas les lésions diverses ou disparates qui ont été signalées. L’opinion la plus problable pour nous, c’est que la sensibilité des solides et la composition des fluides sont viciées, et que, dans ce désordre de la chimie vitale, les reins ne savent plus discerner dans le sang, qui les pénètre toujours en abondance, les principes qui devraient être séparés pour la formation ordinaire des urines de ceux qui devraient rester dans le torrent circulatoire pour servir à la nutrition.

On n’est pas non plus bien fixé sur les causes extérieures, déterminantes ou occasionnelles du diabète sucré. Cependant il a été plus particulièrement observé sur des sujets habituellement exposés à une atmosphère humide , froide et sombre , et qui menaient une vie sédentaire ; sur ceux qui avaient abusé de boissons aqueuses, diurétiques , fermentées , alcooliques , qui s’étaient adonnés aux excès onaniaques ou vénériens , ou dont la constitution avait été épuisée par des influences de tout genre.

Le traitement du diabète promet d’autant plus de succès qu’il est employé de meilleure heure. Il importe donc bien de démêler les premiers signes de cette affection. Mais nous voilà dans l’obligation de rassurer de nouveau les tendances hypocondriaques, qui sont fort communes dans la classe lettrée , en répétant que le diabète est assez rare pour qu’un grand nombre de médecins atteignent une longue carrière , sans en avoir observé un seul exemple dans leur pratique. Nous n’en avons vu nous-môme que dans les hôpitaux de Montpellier et de Paris. Conséquemment, il serait fort déplacé de concevoir d’inutiles inquiétudes, parce que les urines couleraient plus abondantes que de coutume, à cause que la transpiration se ferait mal, qu’on aurait pris des aliments trop humides, des boissons diurétiques ou trop copieuses, etc. Mais si les urines dont l’émission serait très-sensiblement démesurée, sans cause appréciable , étaient incolores, inodores ët sucrées ; si les autres symptômes assignés à la première période du diabète paraissaient en même temps, il ne faudrait pas balancer à demander un avis sur un état douteux qui légitimerait quelque sollicitude. Voici les précautions et les moyens qu’on pourrait employer en attendant : l'habitation d’un lieu sec et tempéré, des vêtements chauds, l’exercice musculaire journalier, non poussé jusqu’à la fatigue; des frictions sèches ou huileuses à la peau, des boissons fraîches ou froides par petites prises répétées, et dont l’eau, associée àqueique vin noir astringent (le bordeaux entre autres), ou à quelque autre substance de même propriété, formerait la base. La diminution ou l’absence de l’azote dans l’urine, qui en contient ordinairement beaucoup , a fait penser qu’une nourriture fortement animaiisée , restauraut sous le plus petit volume (consommés , viandes rôties, etc.) , serait un secours puissant contre le diabète, et l’expérience n’a pas démenti cet aperçu théorique. Mais mal-

DIA 509

heureusement les organes digestifs ne sont pas toujours bien disposés, et il est très-nécessaire de tenir compte de leur état pour régler le régime des diabétiques. Nous ne parlerons pas des médicaments préconisés en foule contre le diabète sucré, et parmi lesquels les toniques astringents et amers figureraient en première ligne. Dans l’intérêt même du public non médical, pour lequel nous écrivons , nous pensons ne devoir jamais perdre de vue que la matière médicale est comme un arsenal, dont les armes, à double tranchant , ne sauraient être maniées avec profit et sécurité par des mains inhabiles. V. Gluosurie , au Supplément. A. Lagasquie.

3>lABî.iOTiMrs ( hyg .), s. m. p. Nom donné autrefois à des pastilles aphrodisiaques qui avaient pour base les cantharides; ils sont dangereux.

diachylon ou diachylum ( pharm .), s. m. (du grec dia, avec, et chylos, suc). On donnait autrefois ce nom à un emplâtre que l’on appliquait sur les plaies, et qui se préparait avec le suc de diverses plantes, de l’huile et de la litharge ; la décoction de glaïeul était principalement employée. Aujourd’hui ou prépare le diachylon, suivant le Codex , avec parties égales en poids d’huile d’olive , d’axonge et de litharge : cet emplâtre est nommé diachylon simple. Le diachylon gommé est fait avec diachylon simple, huit livres , poix blanche, six onces; cire jaune et térébenthine, de chaque trois onces ; on fait dissoudre à un feu doux , et l’on ajoute ensuite ; gomme ammoniac, bdellium sagapénum, galbanum, de chaque une once. Ces deux emplâtres sont résolutifs , et le dernier surtout est très-agglutinatif. Ou les étend souvent en couche mince sur de la toile , et c’est alors ce que l’on nomme du sparadrap de diachylon. J. B.

diacode {sirop), {Pharm.), s. m. Nom dériv é d’un mot grec qui veut dire tête de pavot, parce que la partie active de ce sirop est obtenue des capsules sèches qui contiennent les semences du pavot. Voici la formule qui doit être employée :

Prenez : capsules de pavot sèches et sans

semeuces 1 livre.

Eau chaude à 75° 8

Sirop de sucre 6

On verse l’eau chaude sur les capsules incisées et on laisse infuser pendant douze heures; on passe alors avec expression. Le produit de l’infusion doit être évaporé à moitié de son volume, puis filtré; on l’ajoute alors au sirop de sucre, et ou fait cuire le tout en consistance requise.

Le sirop diacode est un calmant très-doux, qui s’emploie avec avantage chez les enfants et les personnes qui ne pourraient supporter l’action de l’opium même à faible dose ; aussi faut-il se garder de confondre ce sirop , comme le font quelques praticiens, avec le sirop d 'esprit d'opium préparé dans les officines à des doses variables : celte confusion peut donner lieu à des accidents. La dose de sirop diacode est de deux gros à une once dans un looch ou une potion appropriée que l’on administre ensuite par cuillerées à bouche jusqu’à ce qu’il survienne du calme.

Ce sirop contient par once la matière soluble de

DIA

quatre scrupules» ou un gros vingt-quatre grains de capsules de pavots. Si on manquait de ce sirop, ou qu on ne pût s’en procurer sur la préparation duquel on pût compter, on voit qu’il serait facile de le remplacer par une infusion de ces capsules faite dans des proportions calculées sur les doses que nous venons d’indiquer. Mais comme nous écrivons pour des personnes du monde , et que quelquesuns de nos lecteurs habitant les campagnes pourraient être tentés de prendre les espèces qu’ils ont sous la main , nous devons prévenir que c’est le pavot blanc, papaver somniferum S., orientale L., qui doit être employé. Le pavot des jardins, quoique jouissant de propriétés analogues , ne saurait convenablement le remplacer. Il faut se garder surtout des capsules vertes : elles sont beaucoup plus actives , et leurs propriétés se rapprochent davantage de celles de l’opium , dont elles contiennent une partie des éléments , et on sent qu’outre la difficulté de les doser proportionnellement en poids d’une manière convenable , leur actionne ressemblerait plus à celle du sirop diacode régulièrement préparé. Vée,

Pharmacien , membre de la Société de pharmacie.

BIAGNOSE, V. Diagnostic.

diagnostic ( path . gén.), s. m. Distinguer, connaître , juger une maladie. Le diagnostic n’est pas seulement une base importante en médecine, mais il ne peut pas même exister de médecine sans lui. Comment traiter une maladie sans la reconnaître? le plus ignorant empirique , quand il conseille un remède, croit l’appliquer à un état qui lui est connu. Le diagnosticestle fondement obligé sur lequel repose toute la pratique médicale: faites - le disparaître , et l’expérience des siècles croule avec lui ; chaque médecin se trouve dans la nécessité de réédifier la science avec son observation personnelle.

Mais reconnaître une maladie et la distinguer d’une autre ne veut pas dire pour cela qu’on en ait pénétré la nature intime, le siège et la cause. Si ces notions, toujours précieuses, étaient indispensables pour procéder au traitement, il faut avouer qu’on devrait souvent rester dans l’expectation la plus complète. Le diagnostic a donc des degrés , de* limites ; toutefois , on peut dire qu’il existe quand on a reconnu qu’un état maladif est semblable à tel autre état observé et décrit, par soi ou par d’autres, sous tel ou tel autre nom. Que savons-nous, par exemple, sur le siège et les causes du choléra ? assurément fort peu de chose; s’ensuit-il que nous ne sachions pas le distinguer? non , certainement, et plût à Dieu que nous fussions aussi aptes à le traiter qu’habiles à le reconnaître ! Mais n’est-ce pas quelque chose que de pouvoir, par le seul fait du signalement, consulter l’expérience des grands médecins qui l’ont observé depuis plus de vingt siècles ? Une condition était nécessaire pour que le diagnostic rapportât à la science et à i’hutncr. . i le fruit qu’on était en droit d’en attendre: c’est que la succession des temps ne changeât pas plus les apparences des maladies qu’elle ne transforme les espèces végétales. Or, cela est précisément, et nous reconnaissons aussi bien une maladie décrite par Hippo-

crate, que nous retrouvons une plante signalée par Théophraste ou Dioscoride.

Caractériser une maladie, c’est d’abord, comme s’il s’agissait de l’espèce d’un végétal, rappeler le nom qu’elle porte, et ce nom représente tantôt un groupe de symptômes, d’autres fois le siège ou la nature d’une affection : en disant fièvre, gastrite, syphilis, nous donnons un exemple des trois genres. Il est plus d’une source pour le diagnostic; indiquons rapidement les principales : d’abord les symptômes; ils sont à la maladie ce que l’ombre est au corps , mais il faut que l’intelligence ait appris à les transformer en signes ; tout le monde peut constater les symptômes , tandis qu’il n’y a que le médecin qui connaisse leur signification et leur val.eur. Les symptômes ne se produisent pas ordinairement d’une manière incohérente, mobile, capricieuse ; ils affectent plutôt un ensemble ou groupe déterminé, qui rend la maladie comparable, et lui donne un air de famille. Sans cela, il n’y aurait pas de diagnostic possible, et la pathologie serait l’image du chaos. Plus la maladie est simple, plus les symptômes sont bornés et caractéristiques , et l’affection facile à discerner. Il est nécessaire que le médecin ait très-présents à sa mémoire ces groupes de symptômes qui se développent communément ensemble et qui portent un nom convenu. Cette seule notion lui retrace de suite l’expérience des autres et sa propre observation. Toutefois la connaissance de l’état physiologique , ou de l’ordre régulier des fonctions , peut suppléer, jusqu’à un certain point, à ces tableaux symptomatiques; ajoutons même que cette ! manière deprocéder au diagnostic a quelque chose de plus scientifique et de plus rationnel. On juge en premier lieu de la présence des signes de la maladie par l’absence/et l’opposition des signes de la santé; ensuite, comme en santé chaque organe et ! chaque fonction ont leurs apparences propres, le J contraire de ces apparences dénote leur dérange- ! ment particulier. Cette méthode physiologique de parvenir au diagnostic, qui, sans être ignorée des anciens, a été surtout préconisée par les modernes, rencontre une foule d’écueils dans l’application : d’abord elle distrait trop l’attention des causes déterminantes et prochaines, pour la concentrer sur le siège de la lésion, et ce défaut est trèsgrave ; ensuite quel siège assigner aux désordres qui éclatent simultanément dans tous les organes, dans toutes les fonctions , comme dans la peste, la fièvre jaune, le choléra, le typhus et toutes le3 fièvres graves, etc.? Il faudra donc toujours conserver des tableaux ou groupes symptomatiques pour servir de base au diaguostic.

Les précédentes réflexions s’appliquent aux lumières que l’ouverture des cadavres a répandues sur l’histoire des maladies. 11 est incontestable que le diagnostic a été très-perfectionné par ce genre de recherches, et l!on peut dire que dans les maladies de la poitrine il a acquis une admirable précision. (V. Auscultation, etc. ) Mais en fouillant dans les entrailles des morts, que de fois la cause spéciale ou spécifique a disparu ! que de fois l’effet a été pris pour la cause! Lorsqu’un sujet succombe à une maladie développée par un miasme,

par un virus , il n’est certainement pas rare de trouver des altérations dans le tube digestif, les poumons, le cerveau, etc.; faudra-t-il dire pourcela qu’il est mort d’une gastro -entérite , d’une pneumonie, d’une céphalite? non sans doute , car ce serait perdre de vue l’objet principal, et il est bien essentiel de rappeler qu’il a péri d’une fièvre intermittente, de la variole, de la peste, etc. Eh bien , la physique et la chimie, encore si obscures, du corps humain , nous dérobent une multitude de causes pathologiques plus essentielles au diagnostic et au traitement que les lésions cadavériques qu’on constate. Toutefois , nous le répétons, les ouvertures des cadavres ont jeté un grand jour sur l’histoire des maladies, et c’est l’un des plus beaux titres de la médecine moderne.

Si le diagnostic est toujours important, il n’est malheureusement pas toujours facile : quelquefois les symptômes se combinent de telle façon, les complications sont si nombreuses , que le praticien le plus exercé, la méthode analytique la plus parfaite , viennent échouer devant la confusion et l’obscurité du tableau. Tantôt les symptômes sont rares, quoique le danger soit imminent, tantôt tous les organes semblent témoigner simultanément de la souffrance, et pourtant le point de départ reste caché; cet état maladif n’a pas même de nom. Il n’est pas rare qu’à leur début les maladies offrent des caractères équivoques, et qu’il faille parvenir au deuxième ou troisième jour pour les caractériser. Cette incertitude est presque constante dans les maladies éruptives, la rougeole , la scarlatine, la variole, etc. Le siège et la nature des affections chroniques ne se dessinent quelquefois qu’après plusieurs semaines ou, quelques mois ; tels sont les cancers, les phthisies, par exemple. Dans quelques occasions , c’est le traitement (ce qui aide et ce qui nuit : àjuvantibus et lœdentibus) qui dévoile leur nature.

Ceci nous amène à parler spécialement des causes des maladies , dont le diagnostic n’est pas moins utile que celui du siège de l’affection. Les anciens , qui connaissaient moins bien que nous l’anatomie, la physiologie et surtout les altérations cadavériques , apportaient beaucoup plus de soin en revanche à la recherche de l’origine des maladies. Ces deux points de vue doivent se combiner dans l’esprit du praticien , et, s’il importe de déterminer les lésions, il n’est pas moins essentiel de découvrir les causes qui les déterminent. Ces influences se trouvent tour à tour dans les éléments de l’hygiène et dans l’organisation, et leur considération doit entrer pour beaucoup dans le traitement. C’est cette différence des causes , qu’elles résident dans l’atmosphère , le genre de vie, le tempérament, etc. , qui fait que des maladies homonymes ou de même espèce réclament des moyens divers et quelquefois opposés; il n’y a que le systématique ou l’empirique qui pense qu’une pleurésie doit être toujours traitée comme une pleurésie, une gastrite comme une gastrite , etc.; tandis que 1’observaleur sait très-bien que les causes variées qui les déterminent et la constitution des individus indiquent dans le traitement de notables différences. Le diagnostic des causes mar-

che donc concurremment avec celui du siège ou de l’espèce nominative des maladies. Il est môme des cas où le premier l’emporte sur l’autre. C’en était fait peut être des jours d’Antiochus , si Érasistrate , au lieu d’observer seulement l’organisa* tion du jeune prince, n’eût découvert, par un rare bonheur, que son état alarmant provenait d’une passion violente et concentrée pour la belle Stratonice. Bouvart, dont nous aimons à citer ce trait, qui honore l’homme et la profession , ayant été appelé auprès d’un de ses clients, que des tourments d’affaires avaient rendu malade, laissa pour toute ordonnance : bon pour vingt mille francs à prendre chez mon notaire. La formule eut un plein succès; le diagnostic avait été aussi sûr que la conduite du médecin fut généreuse.

L’examen et l’interrogatoire des malades sont des objets bien essentiels pour parvenir au diagnostic des maladies ; et il n’importe pas moins d’y procéder avec ordre. Il convient que le médecin y apporte toutes les forces de son attention , toute la présence de ses notions acquises , et quelquefois la pénétration du génie. La première impression qu’il consulte est celle de la physionomie et de l’attitude du malade, qu’il est souvent utile de découvrir en entier. Il n’est pas rare que ce premier coup d’œil suffise au praticien pour juger la date, l’issue probable , le siège et la nature de la maladie. Après l’examen du corps, auquel il peut être convenable de revenir ultérieurement, en y appliquant le toucher, la vue, l’ouïe, l’odorat et même le goût, on procède à l’interrogatoire du malade ; on s’adresserait aux assistants s’il était dans le délire, ou qu’on dût craindre de le fatiguer. On s’enquiert de la date , du mode d’invasion, de la marche de la maladie , en un mot, de son histoire. Très-souvent le seul rapport du malade qu’on a laissé parler est suffisant pour établir le diagnostic ; mais alors même qu’il serait fixé, on trouverait fort extraordinaire que le médecin formulât sans avoir, pour ainsi dire, adressé la parole : il est donc d’usage , sinon de rigueur, qu’après avoir exploré le pouls, examiné la langue et toutes les apparences extérieures , il s’informe de l’état des fonctions. Communément ses premières questions doivent être dirigées vers l’organe , le système ou l’appareil organique, que le siège de la douleur, ou d’autres symptômes prédominants, font présumer avoir été les premiers et les plus fortement atteints. Suivant donc ces présomptions , l’interrogatoire commencera , ou par les fonctions digestives ou respiratoires, ou circulatoires, ou sécrétoires et excrétoires, ou génitales, ou musculaires, ou nerveuses, sensoriales , intellectuelles , etc. Nous ne pouvons ici détailler ces questions que le médecin seul est capable de bien poser; car il faut avoir beaucoup appris pour savoir demander ce que l’on ne sait pas. Toutefois après l’inspection- et l’interrogatoire, le médecin groupe les symptômes, distinguant ceux qui sont primitifs, essentiels, caractéristiques, de ceux qui ne sont que secondaires, accessoires, équivoques, et il porte un diagnostic ou jugement. Mais la maladie déterminée , il est précieux d’en découvrir la cause, qu’il faut chercher tour à tour dans le

DIA

sexe, l’âge, le tempérament, la profession, le genre de vie, les climats, les saisons, et une foule d’incidents auxquels chacun est plus ou moins exposé. C’est surtout dans les maladies chroniques que les questions ont besoin d’embrasser , non-seulement l’état actuel du sujet souffrant , mais encore une infinité de notions commémoratives tirées de ses parents, du lieu qu’on habite, de la manière dont on a vécu et dont on vit, etc. Ces notions peuvent être de la plus haute importance pour baser le diagnostic et le traitement.

A.Lagasquie,

Docteur en médecine, membre de la commission d’Égypte.

diagrède (mat. méd.), s. m. (Y. Scammonée.)

diapalme ( pharm .) , s. m. C’est le nom d’un emplâtre dans lequel on faisait entrer autrefois une décoction de palmier; on remuait aussi le mélange avec une spatule de bois de palmier; aujourd’hui on prépare cet emplâtre avec:

Litharge de chaque

Axonge partie égale.

Huile d’olive

Eau commune quantité suffisante.

On fait ce mélange à feu doux. On prend une livre de l’emplâtre ci-dessus, et l’on ajoute ensuite, et toujours à feu doux :

Cire blanche 1 once.

Sulfate de zinc 1^2

On aura soin de faire dissoudre à l’avance le sulfate de zinc dans environ deux onces d’eau.

Lorsque l’on veut faire le cérat diapalme, on ajoute à cet emplâtre le quart de son poids d’huile d’olive. L’emplâtre diapalme est astringent et résolutif.

diaphorétique (mat. méd.), adj. On désigne sous le nom de diaphorétique des médicaments légèrement sudorifiques, et qui ont pour but de déterminer une légère sueur ou diaphorêse ; la bourrache , la fleur de sureau à faibles doses, enfin toutes les boissons chaudes et un peu aromatiques sont diaphoniques par le fait même de leur cha leur et de leur action stimulante. (Y. Sudorifiques .)

diaphorêse (path.), s.f. (du grec diaphoreû, je dissipe). On donne ce nom à un état de la peau qui permet une légère sueur; c’est ce que l’on entend dans le monde par l’état de moiteur de la peau. La diaphorêse admet une transpiration plus mar quée que la transpiration insensible , mais moins abondante que la sueur. J. B.

diaphragmatique (anat.), adj. Se dit des artères , des veines et des nerfs qui ont rapport au diaphragme; les artères diaphragmatiques sont au nombre de trois , désignées par leur situation en supérieure et en inférieure; les veines sont au nombre de quatre et elles ont des désignations analogues à celles des artères. Les nerfs viennent ! des branches phréniques du plexus cervical et des | plexus diaphragmatiques ; ces plexus viennent d’un plexus central nommé plexus solaire , formé luitnême par le nerf grand-sympathique. Chaussier a

donné le nom d’anneau diaphragmatique, à l'ouverture qui donne passage à la veine cave. J. B.

diaphragme ( anat.\ s. m. (du grec diaphresso, je sépare). C’estun muscle large et mince qui sépare, en forme de cloison mobile, la cavité du ventre de celle de la poitrine. La forme de ce muscle , qui joue un rôle important dans la respiration , est circulaire ; et comme il s’élève dans l’expiration et s’abaisse dans l’inspiration afin d’agrandir ou de diminuer la cavité de la poitrine , il en résulte qu’il fait saillie alternativement dans la poitrine et dans l’abdomen , suivant les différents temps de la respiration.

Le diaphragme présente à son centre une aponévrose mince et large que l’on a nommée centre phrénique ; de la circonférence de cette aponévrose naissent les fibres charnues qui forment le muscle ; en avant elles vont se fixer à l’apophyse xiophoïde; depuis cette apophyse jusqu’à la colonne vertébrale , les fibres charnues vont s’attacher à la face interne des six dernières côtes et de leur cartilage; en arrière, les fibres charnues se réunissent en deux faisceaux assez gros , que l’on a nommés les piliers du diaphragme , et qui vont s’attacher à la colonne vertébrale vers la première vertèbre lombaire , et à celles qui sont situées au-dessous. Entre ces piliers du diaphragme existe encore une aponévrose qui a reçu le nom de ligament cintré du diaphragme; cette aponévrose présente deux ouvertures : l’une, située en avant, donne passage à l’œsophage, qui estle canal qui conduit les aliments de la bouche dans l’estomac, et aux nerfs qui se rendent à ce dernier organe; l’autre ouverture donne passage à l’artère aorte, à la veine cave inférieure, â la veine azygos et au canal thoracique. (V. ces mots.) Les diverses faces du diaphragme sont recouvertes par les membranes des cavités auxquelles elles correspondent; ia face supérieure, qui est en rapport avec la cavité de la poitrine, est recouverte par la plèvre ; et la face inférieure , qui forme la paroi supérieure du ventre, est recouverte par le péritoine. Les fonctions du diaphragme, que nous avons déjà indiquées, seront décrites au mot .fies ■ piration.

Diaphragme (maladies du). Le diaphragme est sujet à diverses maladies; comme muscle, il peut être le siège d’une affection rhumatismale, et cette maladie a reçu le nom de diaphragmite ; son traitement rentre tout à fait dans ce qui sera dit au mot Rhumatisme. Les membranes qui recouvrent le diaphragme peuvent aussi être le siège d’une inflammation; dans cette circonstance, ainsi que dans la maladie précédente, les phénomènes que présente cette inflammation sont de nature à fixer l’attention, puisque la respiration doit se trouver plus douloureuse et plus gênée; cependant le traitement de ces accidents doit se trouver subordonné à celui de I la maladie principale qui devra être un q pleurésie,

\ lorsque ce sera la membrane de la face supérieure qui sera enflammée, et une péritonite, lorsque ce sera la membrane qui recouvre la face inférieure. (V. ces mots.)

DIA

Le diaphragme peut aussi laisser passer, lorsqu’il existe, une déchirure ou un éraillement entre ses fibres, les organesdu ventre dans la cavité de la poitrine; ces sortes d’accidens ont été nommés hernies du diaphragme, ils ont pour inconvénients de gêner la respiration, de ne permettre au malade de se livrer à un exercice actif sans être aussitôt menacédesuffocation. Quand ils ont lieu vers le côté gauche, ils peuvent même gêner les mouvements du cœur et faire croire à une maladie de cet organe; ces hernies peuvent exister de naissance ou s’être manifestées plus tard; dans tous les cas, elles- sont au-dessus des ressources de l’art, et lorsque l’on en soupçonne l’existence, on ne peut que recommander au malade de modérer ses exercices, soit comme mouvement du corps, soit comme une action des organes de la respiration.

Le diaphragme peut aussi être le siège de plaies ; elles sont graves non seulement parce qu’elles affectent un organe dont les fonctions sont importantes, mais encore parcé qu’elles existent rarement sans que quelques-uns des organes délicats qui l’avoisinent aient été également blessés, et ces organes sont les poilmons, le cœur, le foie, l’estomac, l’œsophage, la rate, l’aorte, etc.

Lediaphragmepeutêtrelesiégede mouvements convulsifs, et ces convulsions sont désignées sous le nom de hoquet ; souvent elles sont bruyantes, d’autres fois elles ne donnent que des secousses auxquelles le larynx ne participe pas; cette maladie sera traitée au mot qui lui est propre. Le diaphragme peut aussi être affecté de paralysie . Cet te maladie, qui est grave quand elle estincomplète, doit devenir nécessairement mortelle lorsque ce muscle est complètement privé de mouvement.

J. P. Beaude.

DIARRHÉE, S. f., DÉVOIEMENT, S.m .{path.').

Il y a diarrhée ou dévoiement toutes les fois que les selles ou déjections alvines offrent une liquidité insolite, accidentelle, maladive, et communément aussi plus de fréquence que de coutume. Quelles que soient sa précision et sa simplicité, cette définition est loin de s’appliquer à des.états toujours identiques. En effet , la diarrhée est tantôt un incident sans importance , tantôt le symptôme de quelque grave lésion de l’appareil digestif, tantôt le phénomène maladif qu’il est le plus urgent de combattre, d’autres fois enfin, un mouvement anormal et salutaire qu’il est bon de favoriser.

La diarrhée est une irrégularité de santé ou un accident maladif fort ordinaire. Conséquemment, cet article devant être souvent consulté par les gens du monde, nous tâcherons de substituer aux profondeurs et aux subtilités de la science, auxquelles des études spéciales peuvent seules initier, I les notions pratiques les plus simples et les plus J usuelles. Quoiqu’en dehors de l’ordre régulier des fonctions digestives , la diarrhée n’est fréquemment pas l’indice d’un état maladif. Il est donc très important de distinguer le dévoiement qui ne trouble pas la santé ou qui la favorise , de celui qui accompagne, aggrave ou cai’actériseles maladies. Tels sont les deux points de vue émi-

DIA 513

nemment pratiques qui vont nous guider dans l’exposition succincte de notre sujet.

Voyons d’abord les causes de la diarrhée accidentelle et non franchement maladive. Nous placerons en tête certaines especes d’aliments et de boissons , l’abus des fruits mucoso-sucrés et aqueux, des substances grasses, huileuses, indigestes; l’abondance des boissons particulièrement aqueuses, mucilagineuses, ou en état de fermentation , plutôt froides que tempérées. Une digestion imparfaite est, sans contredit, la cause la plus fréquente de ces diarrhées éphémères qui ne troublent pas sensiblement la santé, et auxquelles il suffit d’opposer momentanément une modification de régime dans la dose et l’espèce des aliments. Quelquefois cependant ces dévoiements passagers sont occasionnés par l’impression du froid et de l’humidité aux pieds surtout ; par des émotionsdébililantes dont maints poltrons ont ressenti les humiliants effets, etc. L’espèce de diarrhée dont nous parlons n’a ni gravité, ni durée à moins qu’on n’ait la négligence de fatiguer les organes digestifs en les soumettant trop longtemps aux mêmes influences. En satité, comme dans les maladies, le dévoiement est quelquefois un bénéfice de nature. On peut considérer comme tel celui qui survient de temps en temps, sans cause appréciable, et sans altérations manifestes danslesautres fonctions, chez les gens replets qui mènent une vie trop sédentaire, chez les sujets éminemment bilieux ou habituellement constipés; chez ceux qui ont quelque autre évacuation supprimée comme les femmes à l’âge critique. La diarrhée est beaucoup plus commune dans l’enfance qu’à toute autre époque de la vie; dans l’activité du travail de la dentition, elle est généralement salutaire et bien préférable à la constipation.

Parlons maintenant de la diarrhée maladive , qu’on a surnommée essentielle, parce que l’affection gastro-intestinale , dont elle est un symptôme, n’est que peu ou point appréciable; on dirait qu’il s’opère tout simplement, à la surface interne du tube digestif, une exhalation surabondante de mucus et de sérosité qui délaie les matières et les précipite en dévoiement. Cette diarrhée est communément l’indice d’une affection catarrhale des intestins. Si l’on réfléchit à l’abondance du liquide que sécrètent les fosses nasales dans le coryza , on concevra très-bien qu’une modification de même nature, étendue sur la longue surface du canal digestif, donne lieu à ces sécrétions diarrhéiques qu’on a vues s’élever jusqu’au poids de quarante livres en un jour. Les causes occasionnelles de ce dévoiement dit essentiel, ou catarrhal, ne diffèrent pas de celles de la diarrhée éphémère, seulement elles ont agi plus profondémentouplus long-temps. Cependant, l’impression vive ou prolongée de l’humidité froide, d’une atmosphère brumeuse, sombre, miasmatique, surtout chez les sujets faibles et d’une constitution lymphatique, détermine plus souvent le dévoiement catarrhal que les écarts de régime. Il est aussi plutôt le résultat de la mauvaise qualité que de l’abondance des substances alimentaires.

DIA

La diarrhée dont nous parlons demande à être surveillée; négligée, elle pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Communément' elle est sans fièvre, l’appétit se soutient et est parfois augmenté, les sujets atteints vaquent à leurs affaires comme de coutume. Pourtant la durée du dévoiement et la fréquence des selles ne tardent pas à diminuer les forces. Ce n’est pas ce qu’on mange qui nourrit, mais bien ce qu’on digère. Or, les digestions sont manifestement troublées ; les aliments, bien ou mal élaborés dans l’estomac, sont bientôt enveloppés, délayes par 1 exhalation mucoso-séreuse intestinale qui empêche l’absorption du chyle, et puis ils sont trop rapidement évacués par le mouvement accéléré de haut en bas du tube digestif. La nutrition se faisant mal , l’amaigrissement accompagne la chute des forces. Le visage pâlit, les traits sont tirés, il y a de la langueur, de l’abattement au moral même comme au physique; l’homme, beaucoup trop machine, est sans résolution, sans énergie, sans courage, et qui sait combien de fois le sort des batailles et des nations a dépendu de ce que les hommes qui commandaient se trouvaient affaiblis par le dévoiement dans les occasions décisives?

Le pronostic de la diarrhée simple, catarrhale,, ou par exhalation surabondante de la muqueuse des intestins, n’est pas grave. Nous en dirons autant de celle qu’on nomme bilieuse, et qui provient de ce que la bile afflue en trop grande quantité dans le duodénum. Ces diarrhées, quand on se donne le soin de les traiter, durent rarement au-delà d’une semaine. Mais si on les néglige, et surtout qu’on n’en éloigne pas la cause déterminante, elles peuvent se prolonger bien au-delà, amener l’épuisement des forces; et, d’ailleurs, l’affection catarrhale peut revêtir une nuance plus foncée del’inflammation. Parmi les diarrhées qu’il est souvent difficile de rattacher à des altérations organiques suffisantes, il en est deux espèces d’un fâcheux pronostic, ce sont le flux cœliaque et la lienterie; dans le premier, le chyle est rendu avec les excréments liquides; dans la seconde, les aliments sont en partie reconnaissables dans la matière fluide des déjections. Le flux cœliaque et la lienterie épuisent rapidement l’embonpoint et les forces; la consomption, le marasme et la mort sont la suite fort ordinaire du désordre profond des fonctions digestives, qui prive le corps de nutrition.

Aux mots Choléra, Dyssenterie, Entérite, Coliques, Hydropisie, Dolhinentérite , Carreau , Phthisie , etc., il doit être question de ces dévoiements symptomatiques ou épiphénoménaux. Le dévoiement ménace d’être promptement fatal chez les malades déjà très-affaibiis par des affections chroniques graves, comme la phthisie, le scorbut, le cancer, etc.

Dans le choléra, la diarrhée précède presque toujours l’invasion de la maladie ; aussi , en temps d’épidémie cholérique, on doit avec grand soin faire cesser ce symptôme. Vers la fin des maladies aiguës, au contraire, quand la diarrhée n’est le ItésÉfiat d’aucune imprudence, elle estsouventeritiqueet salutaire.

Passons enfin au traitement. La diarrhée d’un jour n’en a pas besoin, elle cesse avec sa cause (V. plus haut); il suffit de ne pas s’y exposer de nouveau. Sa continuation indique ou qu’il faut diminuer la dose des aliments et des boissons, ou qu’il convient d’en changer l’espèce. La diarrhée catarrhale réclame encore quelques autres moyens. Rien ne concourt plus vite à sa guérison que le repos, la douce chaleur du lit ou de l’appartement, la diète ou un régime léger, du. bouillon faible, seul, au riz, aux fécules, au pain grillé, quelques cueillerées de crèmes légères, de panade; un œuf frais, etc., tout -cela pour satisfaire aux exigences de l’appétit ; autrement la diète absolue serait préférable. S’il y a de la soif on prend de petites prises répétées d’eau de riz, dégommé, d’orge, de chiendent, de décoction blanche de Sydenham, etc. Aussitôt que la soif est dissipée et qu’il y a absence de fièvre, quelques doux astringents hâtent la cessation delà diarrhée; telles sont les décoctions ou sirop de coings, de grenades. Il est d’autres astringents plus énergiques, et par conséquent plus efficaces dans l’ à-propos, dont nous n’osons conseiller l’emploi à des personnes inexpérimentées , attendu qu’ils nuiraient positivement s’il existait un état ou disposition inflammatoire. Retenu par d’arfalogues considérations, nous nous abstiendrons de parler des opiacés et d’une foule de compositions toutes plus ou moins utiles quand l’indication en est bien saisie. Et d’ailleurs, c’est qu’il n’est pas toujours convenable ou prudent d’arrêter par des moyens actifs une diarrhée commençante; on risque de contrarier une tendance de. la nature qui provoquait ces évacuations alvines pour prévenir ou guérir une maladie. Les états en apparence les plus simples, en médecine, demandent souvent beaucoup d’expérience, de pénétration et de sagacité. N’est-ce pas une véritéadmisedans la science qu’il est des maladies dont la guérison est dangereuse? Ainsi , quoique la diarrhée ne doive pas être communément favorisée, nous conseillons aux gens du monde de ne jamais se prescrire à eux-mêmes que les précautions et les moyens les plus simples que nous avons indiqués, et auxquels on pourrait joindre quelques lavements de guimauve, de pavot et d’un peu d’amidon, s’il existait en même temps des coliques. Il va sans dire que nous ne devons pas parler ici du traitement des diarrhées ou dévoiements symptomatiques; nous renvoyonspour celaaux maladies dont ils sont un symptôme ordinaire, ou un iucident de quelque valeur. (N .Choléra, Dothinentérie, Dyssenterie, Entente, Carreau , Colique, Phthisie, Hydropisie, de.)

A. Lagasqtjie,

Docteur en Médecine, membre de la Commission d'Égypte.

DiARTKROSEfawa^.), s. f. Nom générique donne à tou teslesar liculations mobiles.

dsascqrdïubi ( pliarm .), s. m. Gnadonnéce nom à un électuaire composé dans lequel entrent les feuilles de scordium\ un grand nombre d’autres substances entrent dans la composition de ce médicament : ce sont les roses rouges, la racine de

DIA

DIG

jnstorte, de gentiane, de tormen tille, les semences d’épine-vinette, de cassia lignea, la cannelle, le die tame de Crète, des gommes-résines, de la gomme arabique, du gingembre, du poivre, de l’extrait vineux d’opium, du miel rosatetdu vin d’Espagne. On voit que cetélectuaire est compose de substances fort différentes par leur nature et leur action. On les réduit en poudre et on les mélange au moyen du vin d’Espagne et du miel rosat. Le diascordium est tonique et astringent; on l’emploie dans la diarrhée et la dyssenterie. Autrefois on lui attribuait la vertu stomachique et on le regardait comme calmant, à cause de la petite quan lifté d’opium qu’il contient, 3|8 degrain par gros; la dose à laquelle on l’administre est -de 24 grains à un gros et demi. J. B.

diastase (path .), s. f. , du grec diastasis, séparation. On désigne sous ce nom une espèce de luxation qui est produite par la séparation de deux os qui étaient contigus: le pubis, le radius et le cubitus, le péroné et le tibia peuvent ainsi être séparés et constituer une diastase. Quelques auteurs se sont 'servis du mot diaslasis pour désigner cette affection. (V. Entorse , Luxation .)

diastole (physiol.), s. f., du grec diastello, je dila te, j’ouvre. On désigne ainsi le mouvement par lequel le cœur et les artères s’ouvrent pour recevoir le sang. Ce mouvement est opposé à celui de resserrement par lequel le cœur chasse le sang dans les artères. (Y. Cœur.)

diathèse [palh.gén.),s.i. Cemotest fréquemment employé en médecine pour désigner lesdispositionsaux maladies. Rien de mieux établi et déplus obscur à la fois que les diathèses. Aucune maladie ne saurait atteindre un corps qui n’y est pas disposé, a-t-on dit fort anciennement, et répété , avec raison, d’âge en âge. Mais quels sont les signes apparensde ces dispositions négatives ou positives aux infirmités humaines? Voilà précisément la difficulté. Les diathèses sont le plus souvent occultes, et, dans l’épidémie quiaravagé Paris en 1832, chacun peut en avoir acquis l’expérience, en voyant le choléra frapper et. épargner tour-à-tour les constitutions les plus diverses. Les mêmes causes générales, non spécifiques, font éclater des maladies différentes sur des sujets différemment disposés. C’est ainsi que l’impression excessive de l’humidité froide pourra donner un rhume à celui-ci, un rhumatisme à celui-là, des coliques à cet autre. Chacun avait certainement un organe relativement plus faible, un côté plus vulnérable, mais souvent il serait très difficile de dire à priori lequel.

Toutefois les diathèses ne sont pas toujours secrètes, et c’est fort heureux pour la science , qui, au lieu de constater simplement un fait inexplicable, érige alors un principe d’où découlent d’utiles applications à la préservation des maladies. Les diathèses sont donc quelquefois apparentes, et, dans ce cas, la médecine intervient avec bonheur pour les éloigner ou en empêcher

le développement. On n’ignore pas que les transmissions héréditaires, les âges, les sexes , disposent plus particulièrement à certaines maladies. Mais les notions les plus générales et les plus utiles sur les diathèses sont basées, sans contredit, sur les tempéramens généraux et sur des idiosyncrasies qui apportent des variations infinies aux espèces principales. Il est presque inutile de rappeler que le tempérament sanguin dispose aux inflammations; le nerveux, aux affections nerveuses, etc.; et qu’il convient de régler son hygiène conséquemment à ces données bien établies. Que n’aurions-nous pas à dire si nous voulions relater ce que les idiosyncrasies, ou variétés particulières de tempéramens, qu’elles soient natives ou acquises, offrent de remarquable dans l’ordre des diathèses! l’un est disposé à l’apoplexie, l’autre à la phthisie, l’autre à la gastrite, etc., et les signes en sont apparens ; mais, les rapporter ici, ce serait entrer dans la pathologie spéciale à laquelle notre sujet n’appartient pas. Nous dirons, en terminant, que si les diathèses latentes restent sans application et sans fruit, il n’en est pas de même de celles qui se révèlent par des apparences dont l’expérience a déterminé la valeur. L’hygiène et la thérapeutique préventive rendent journellement des services signalés contre des maladies non déclarées, dont l’imminence ou la disposition est probable ou certaine.

A. Lagasquie.

dicrote [path.), adj. C’est un des caractères donnés au pouls, qui semble produire deux>battemens entre chaque temps de repos. On l’a aussi nommé pouls rebondissant. (Y. Pouls.)

dictame [bot.) , s. m., organum dictamus L- Dictame de Crète. C’est une petite plante qui croît dans l’île de Crète et de Candie. Les anciens l’employaient comme vulnéraire. Elle entre dans la composition de la thériaque, du diascordium et du mitliridate. Les sommités fleuries de la plante sont les seules portions employées. J. B.

dictame blawc, dictamum albumL., c’est la fraxinelle. (V. ce mot.)

diète ( hyg .), s. f. (V. Régime .)

diététique ( hyg .), adj. Qui a rapport à la diète; on dit.un régime diététique. (V. Régime.)

diffusible [mat. méd.), adj. et s. m., d edi/fundere, répandre. On a donné ce nom à des médicaments qui ont pour propriété de se répandre avec rapidité dans l’économie; l’éther, l’alcool, les huiles essentielles, sont des médicaments diffusibles;ces médicaments excitent le système nerveux et réagissent promptement; les substances aromatiques jouissent pour la plupart des propriétés des stimulants diffusibles;quelquespréparations ammoniacales sontaussirangées dans cette classe de médicaments. J. B.

digastrique ( anat .), adj.. pris subst., du grec dis deux, et de gaster, ventre, qui a deux ventres. On donne ce nom à un muscle qui adeux portions charnues et qui est situé à la partie supé-

DIG

DIG

rieure et latérale clu cou; ce muscle s’insère en arrière dans la rainure mastoïdienne du temporal, et en avant à la partie moyenne et postérieure de la mâchoire inférieure; ces deux faisceaux charnus ou ventres sont réunis par un tendon intermédiaire qui est fixé à l’os hyoïde; le digastrique , par ce moyen, concourt à abaisser la mâchoire inférieure, ou bien, lorsqu’il agit en sens inverse, à élever le larynx. J. B.

digestif (physiol.), adj. Se dit des organes de la digestion; on a donné le nom d’appareil digestif à la réunion de tous les organes qui concourent à la digestion. Le canal que parcourent les aliments qui commence à la bouche et qui finit à l’anus a l’eçu le nom de canal digestif, {fi .Digestion.)

digestif ( pharrn .), s. m. On a donné ce nom à une espèce d’onguent formé de térébenthine et de jaunes d’œufs; il se prépare en mêlant deux onces de térébenthine avec deux jaunes d’œufs ; on agite dans un mortier de marbre et on ajoute une demi once d’huile de millepertuis. Ce digestif, qui est légèrement excitant, s’emploie dans le pansement des plaies dont la cicatrisation est retardée par un défaut de tonicité; on l’étend sur un plumasseau de charpie pour l’appliquer dans les pansements. J. B.

digestion [physiol .), s. f. Fonction par laquelleles substances alimentaires introduites dans le tube intestinal sont modifiées et changées en partie en un fluide propre à nourrir l’animal.

La forme du canal ou de la cavité où s’acccmplit la digestion, varie suivant l’échelle des êtres. C’est un simple sac chez le polype; mais chez les animaux supérieurs l’appareil digestif se compliquedeplus en pluset, outré ufig'rahd nombre d’organes différents, il présente toujours deuxouvertures : une supérieure, qui est la bouche par où sont introduits les aliments, et une autreinférieurequi est Y anus par où sort le résidu de la digestion. Considéré chez l’homme, l’appareil digestif se compose de deux séries d’organes: les uns creux, en forme de canal, sont destinés à être parcourus par les aliments et constituent le tube intestinal, les autres sont des glandes chargées de fournir certains fluides nécessaires à la digestion et peuvent être considérés comme des organes accessoires et qui servent à favoriser la fonction. Les premiers sont la bouche, le pharynx, l’œsophage, l’estomac, le duodénum, l’intestin grêle qui comprend le jéjunum, et 1 ’iléiim, le gros intestin, qui comprend aussi le cæcum, le colon et le rectum (voyez ces mots); les diverses glandes qui appartiennent à la seconde série d’organes sont les follicules, les glandes salivaires, ( parotide , sousmaxillaire et sublinguale), les amygdales ou tonsilles, le foie, larateetle pancréas. (Pour ladescription de ces organes, v. Amy gdales ,F oie , etc.)

Le canal digestif, assezcourl chez les animaux carnivores, atteint au contraire de grandes dimensions chez les herbivores; l’estomac des ruminants, par exemple, présente cinq grandes cavités; l’homme, qui est omnivore, tient le milieu entre ces deux classes pour le développement des

organes delà digestion; chez lui les intestins déployés ont cinq ou six fois la longueur de tout le corps.

Les aliments cheminent de l’estomac jusqu’à l’anusau moyen d’unmouvement dit péristaltique , dû à la contra tion successive des fibres circulaires qui entrent dans la composition des intestins; par cette contraction leur diamètre intérieur diminué, et les aliments sont chassés plus loin. Quelquefois, mais presque toujours par une cause morbide, le mouvement s’établit en sens inverse; il est alors antipêristaltique, et il constitue le vomissement.

Quelques phénomènes préparatoires précèdent la digestion : ce sont la faim, la soif, la gustation ou le goût; mais comme ils appartiennent aux sensations, ils seront étudiés à part. Nous comprendrons dans la digestion la préhension des aliments, la mastication et Y insalivation, la déglutition,Va digestion stomacale ou chymification , la digestion duodénale ou chylijicalione tla défécation.

1» Préhension des aliments , mastication et insalivation. Les aliments solides introduits dans la cavité buccale au moyen de la main, y sont ensuite mâchés, c’est-à-dire divisés par les dents incisives et les canines, et broyés par les molaires (Y. Dents) ; en même temps les glandes salivaires, excitées sympathiquement, secrétent une grande quantité de salive, destinée à humecter la substance alimentaire et à lui donner la consistance de pâte. L’expérience a appris que l’insalivation complète et la trituration exacte des aliments sont une des conditions pour une bonne digestion. L’habitude de peu mâcher les aliments est en général pernicieuse pour l’estomac; les vieillards privés de dents font surtout bien d’user en mangeant d’une sage lenteur; ils doivent d’ailleurs se nourrir d’aliments très-mous, les mâcher long-temps et sucer plutôt qu’avaler ceux qui sont trop résistants. La salive, qui, d’acide qu’elle était, devient alcaline pendant la mastication , contribue à dissoudre les substances alimentaires en même temps qu’elle facilite leur glissement. La trituration une fois accomplie, les parcelles d’aliments disséminées dans la bouche sont réunies instinctivement et ramassées par la langue; elles viennent se placer au-dessus de cet organe en formant une petite masse qu’on nomme le bol alimentaire ; alors commence la déglutition ou action d’aValer.

2» Déglutition. Cet acte si simple en apparence, et qu’on exécute à chaque instant sans s’en douter, est pourtant assez compliqué; il exige le concours d’un grand nombre de petits muscles qui doivent agir avec précision ; son mécanisme a mêmedonné lieu à quelques discussions parmi ies physiologistes. 11 s’accomplit de la manière suivante : le bol alimentaire , pressé entre la langue et la voûte du palais, est porté en arrière jusqu’à 1 ’ isthme du gosier ou arrière-bouche ; il s’opère alors un mouvement convulsif de contractions musculaires, mouvement soustrait à l’empire delà volonté, quoique nous en conservions la conscience; pendant ce mouvement, qui est presque instantané, le larynx et le pharynx sont portés en

DIG

DIG

haut et en avant par les muscles placés au-dessus de l’os hyoïde ; il est facile de s’apercevoir de ce déplacement en portant la main sur la saillie laryngienne du cou pendant qu’on avale; il résulte aussi de ce soulèvement que lebol alimentaire a un trajet moindre à parcourir pour parvenir de l’isthme du gosier à l’œsophage. Il parcourt du reste ce trajet poussçfrpar les contractions successives, quoique presque instantanées, des muscles de l’arrière-bouche et de ceux du pharynx, en même temps que par la pression de la base de la langue qui tend à se porter en haut et en arrière ; l’isthme du gosier et le pharynx se resserrent donc et tendent à s’effacer pour chasser le bol ; aussitôt que celui-ci est parvenu dans l’œsophage, toutes ces contractions cessent, et le larynx s’abaisse lentement.

Le voile du palaisquiest relevé eu arrière par l’action des muscles palato-slaphyiins de manière à obstruer la communication postérieure des fosses nasales avec le gosier, ou avecplus de raison, selon M. le professeur Gerdy, la contraction des muscles stylo et staphylo-pharyngien empêchent les aliments de pénétrer dans les fosses nasales : cet accident survient pourtant lorsque la contraction ordinaire a été troubléepar des mouvements étrangers à la déglutition ; on est alors pris d’éternuement et l’on rejette par le nez les parcelles d’alimentsdéviéesde leur x’oute. Le larynx par où passe l’air pour parvenir aux poumons s’ouvre aussi dans le pharynx, et les aliments s’y introduiraient infailliblement, si, au moment de la déglutition, cet organe n’était pas porté, comme nous l’avons dit, en haut et avant, surtout par des muscles qui, s’attachant à l’os du menton, tirent dans cette direction l’os hyoïde et le larynx : l’ouverture supérieure de celui-ci est alors cachée sous la base de la langue : cette ouverture est de plus fermée par la contraction des muscles de la glotte et par l’abaissement d’une soupape admirablement construite qu’on npnnne V épiglotte.

Malgré toutes ces précautions de la nature, il arrive quelquefois, par exemple lorsqu’on veut parler ou respirer en avalant, que des portions d’aliments solides ou liquides pénètrent dans le larynx; cet organe qui est doué d’une sensibilité exquise, se contracte alors convulsivement, une toux subite avec suffocation survient, et le corps étranger est rejeté avec violence; on dit alors dans le monde qu'on a avalé de travers. On cite même des cas où des corps trop volumineux ainsi introduits n’ont pu être expulsés et ont occasionné la mort par suffocation. La préhension et la déglutition des liquides s’opèrent à peu près comme celles des solides ; quelquefois le poids du liquide suffit pour l’introduction , d’autrefois il y a succion ou bien aspiration , enfin tous les premiers temps manquent quand on boit continuement ou comme on dit à la régalade. D’après M. Magendie, les liquides sont plus faciles à avaler que les solides; il est cependant des cas de paralysie, où les aliments solides qui offrant comme des points d’appui peuvent seuls parvenir facilement dans l’estomac.

Après le pharynx, le bol alimentaire doit par-

courir l’œsophage, long canal musculo-membraneux qui descend dans l’épaisseur du cou et delà poitrine jusqu’à l’estontac; le bol y chemine rapidement entraîné par son propre poids et par les contractions successives, des fibres circulaires qui composent ce canal; cette contraction rapproche les parois de l’œsophage en effaçant momentanément sa cavité, et comme elle a lieu successivement de haut en bas, elle pousse les aliments dans le même sens jusque dans l’estomac. Ce mouvement se fait du reste à notre insu et sans que nous en ayons la conscience.

3° De la digestion stomacale ou chymification , Les alimens qui n’ont fait que traverser rapidement la première partiedu tube digestif sont enfin parvenus dans l 'estomac, cavité importante où ils doivent séjourner un temps plus ou moins long. Disons ici un mol de cette cavité ou poche, touten renvoyant le lecteur pour plus de détails au mot Estomac ; elle est située dans le ventre, immédiatement au-dessous du diaphragme , sorte de voile musculeux qui sépare la poitrine de l’abdomen. On a comparé sa forme à celle d’une cornemuse; elle présente en effet une grosse et une petite extrémité [grand cul-de-sac et petit cul-de-sac) et deux ouvertures : une supérieure située tout près de la grosse extrémité , c’est le cardia qui communique avec l’œsophage ; une autre inférieure et située à gauche à l’extréipité du petit cul-desac, c’est le pylore", ce dernier orifice, qui se continue avec l’ intestin duodénum, est muni d’un bourrelet circulaire de fibres contractiles, qui lui permet de s’opposer pendant un temps plus ou moins long à la sortie des matières contenues dans l’estomac; ce bourrelet porte le nom de valvule pylorique. Les parois de l’estomac sont composées de trois membranes principales: l’une externe, empruntée au péritoine (Y. ce mot); une autre musculeuse formée de fibres dirigées dans différents sens, aux moyens desquelles l’estomac peut se contracter et exécuter divers mouvements; une troisième membrane, qui est de la nature des muqueuses, tapisse l’intérieur de la cavité stomacale; elle est douce au toucher, villeuse, d’une teinte rosée, et offre beaucoup de plis; sa principale propriété est de sécréter, au moment où elle est en contact avec les aliments, un suc particulier, très aigre, nommé suc gastrique. L’acidité de ce suc, d’après lesrecherchesdes chimistes modernes, paraît due aux acides acétique et hydrochlorique. Sa sécrétion paraît être sous l’influence du nerf grand sympath iqut , tandis que le nerf pneumogastrique préside plus particulièrement aux contractions de l’e'.iomac et aux sensations de faim et de satiété ;les animaux, par exemple, auxquels on a coupé ce dernier nerf, mangent jusqu’à remplir l’œsophage et même le pharynx. '

Les phénomènes suivants, que des expériences j sur des animaux vivants et sur des individus qui ■ offraient des fistules de l’estomac ont permis d’observer, se passent danscet organe lorsque lesaliments y sont introduits : le suc gastrique est sécrété en grande quantité, et les parois stomacales rougissent, commencent à se contracter en differents sens, de manière à mêler et à déplacer les

alimentsen les portant du cardia au pylore, et vice versa-, parces divers mouvements, le sucgastrique a humecté et ramolli entièrement toute la masse alimentaire qui se trouveainsi peu à peu convertie en chyme, matière molle, grisâtre et acide; la valvule pylorique, qui s’était jusqu’à présent opposée à la sortie des matières, permet alors au chyme dépasser dans l’intestin duodénum, au fur et à mesure qu’il est formé. Telle est, en peu de mots, l’histoire de la digestion stomacale; lorsqu’elle s’accompagne d’un dégagement de gaz, cela suppose toujours un état morbide. Un physiologiste distingué, Spallanzani, s’est assuré, en opérant des digestions artificielles, que le suc gastrique jouissait réellement de la propriété de dissoudre les substances alimentaires, et si les parois ellesmêmes de l’estomac résistent à sa force dissolvante et ne sont pas détruites, on doit attribuer cette résistance uniquement à l’action de la force vitale: c’est par la même raison que les vers intestinaux ne sont pas digérés. L’expérience suivante est assez facile à faire : on tue rapidement un lapin une demi-heure après lui avoir donné beaucoup d’aliments; on ne l’ouvre ensuite qu’au bout de huit à dix heures, il n’est pas rare alors de trouver l’estomac perforé par l’action du suc gastrique; c’est qu’après la mort les parois stomacales rentrent dans la condition des autres substances alimentaires et sontdigéréescommeelles.Les substances stimulantes, telles que le café, le thé, et quelquefois les liqueurs alcooliques; etc., ne favorisent la digestion qu’en excitant la sécrétion d’une plus grande quantité de suc gastrique.

Le temps pendant lequel les aliments séjournent dans l’estomac varie; chez certains sujets, ils restent cinq à six heures; mais, terme moyen, la durée du séjour est de trois à quatre heures. La nature des substances ingérées, diverses susceptibilités individuelles, une indisposition , l’âge, des émotions morales, etc., ontdu reste beaucoup d’influence sur cet espace de temps. On a fait à ce sujet des observations curieuses sur des animaux qu’on sacrifiait à des époques variables après le repas, et sur des individus atteints de fistules à l’estomac. Certains aliments peu nutritifs et qui fournissent peu de chyme , tels que les fruits mucilagineux, les épinards, les légumes aqueux, etc., lorsqu’ils sont cuits , restent moins de deux heures dans l’estomac et sont facilement digérés : ces aliments sont appelés légers et conviennent aux convalescents; il est même des substances fades très-peu excl «mtes , telles que différens corps et certaines huilv s, etc., qui traversent rapidement l’estomac sans être digérés, et parviennent dans l’intestin grêle, où, agissant mécaniquement comme corps étrangers, elles peuvent déterminer par leur présence un léger effet purgatif: ces substances sont dites laxatives , et leur mode d’action ne doit pas être confondu avec celui des autres purgatifs. D’autres substances;, quoique nourrissantes, sont promptement digérées, à causedeleurfacile solubilité dans le suc gastrique; tels sont les œufs frais à la coque, la viande de poulet et de veau , le lait, le pain blanc de bonne qualité, etc ces aliments ne restent en

général que deux heures'dansl’estomac.D’autres aliments très-nutritifs séjournent plus longtemps dans cette cavité, tels sont la viande de porc, de bœuf, de mouton, les œufs durcis, lesang cuit, etc.; iis soutiennent mieux, comme on le dit, et sont préférables pour les personnes qui doivent supporter beaucoup de fatigues; enfin il est une-dernière classe d’aliments peu ou point nutritifs, et qui résistent long-temps à l’action digestive , ou qui même ne sont pas attaqués du tout; nous rangeons dans cette classe les tendons, les aponévroses , la graisse, les huiles, et en général tous les corps gras, les pellicules de presque tous les fruits et les enveloppes des légumes farineux, etc. : ces dernières sont même en général indigestibles. Toutes ces substances peuvent séjourner cinq à six heures dans l’estomac. Les émotions morales ont, comme on le sait, une grande influence sur les digestions qu’elles peuvent suspendre instantanément; un bain, une saignée, les préparations opiacées, et quelquefois même un simple pédiluve produisent le même effet ; la sécrétion du fluide gastrique est alors interrompue (V. le mut Indi gestion). Chez beaucoup de personnes on observe communément, pendant le travail de la digestion stomacale, quelques frissons et une légère accélération du pouls.

Les liquides qui arrivent dans l’estomac y séjournent peu de temps; ils sont absorbés très promptement, presque toujours sans passer dans ie duodénum; les liqueurs alcooliques sont surtout dans ce dernier cas. Cette prompte absorbtion explique pourquoi le besoin d’uriner se fait sentir très peu de temps après que les liquides ont été ingérés ; ceux-ci eh effet, portés dans le torrent de la circulation, sont promptement sécrétés par les reins.

Il est encore douteux, malgré les expériences de MM. Leuret et Lassaigne, que du chyme et des substances alimentaires solides, à l’exception peut-êtredu sucre, soient absorbés dansl’estomae.

A0 De la digestion duodènale ou chyliftcation. Nous venons de voir que le pylore livrait peu à peu passage aux aümens au fur et à mesure que ceux-ci étaient convertis en chyme, et que cette dernière substance s’offrait sous la forme d’une pâte homogène, acide et d’un blanc grisâtre. Elle ne s’accumule pas dans le duodénum comme dans l’estomac , quoiqu’elle y éprouve un léger retard, à cause des courbures de ce premier intestin, plus dilatable d’ailleurs que le reste de l’intestin grêle et que quelques auteurs avaient nommé second estomac. Le chyme en s’avançant se trouve bientôt mélangé à divers fluides sécrétés qui lui font subir une importante transformation; ces liquides sont labile, le fluide pancréatique et deux liquides particuliers exhalés par la membrane muqueuse intestinale. La bile (V. ce mot) est le produit de la sécrétion du foie: elle est jaune, verdâtre, très amère très-irritante, et possédant pour propriété essentielle une alcalinité remarquable due à la présence de la soude, et qui contraste avec l’acidité du suc gastrique. Le fluide pancréatique, fourni par le pancréas et qui a quelque analogie d’aspect avec la salive, est alcalin, il a pour but de par-

DIG

DIG

faire la digestion eu ; émulsionnant les huiles et la graisse qui ne sont point attaquées par le suc gastrique; il agit sur les fécuies comme le diastase en les convertissant en glycose, et sur les matières azotées déjà modifiées par le suc gastrique et la bile ; en un mot, il liquéfie le chyme ou la masse alimentaire, et, conjointement avec la bile, la convertit en chyle. C’est à M. Bomard que l’on doit ces savantes recherches sur le suc pancréatique. La bile et le fluide pancréatique sont versés tous les deux dans le duodénum par un orifice ordinairement commun, qui va s’ouvrir obliquement à deux pouces de distance environ du pylore. L’abord de ces liquides n’a en général lieu abondamment que pendant, la digestion; la bile secrétée dans l’intervalle des repas va s’accumuler en partie dans une poche qu’on nomme la vésicule du fiel ; et se rend plus tard dans le duodénum par un canal appelé cholédoque, dont l’orifice est commun , ainsi que nous l’avons dit, avec celui du conduit pancréatique. Il s’échappe encore de la membrane interne de l’intestin une matière muqueuse qui provient des follicules, et un liquide perspiratoire dont l’existence est prouvée par la pluie fine qu’on aperçoit dans un intestin quand on l’injecte par le mésentère. Depuis le pylore jusqu’à l’orifice du canal cholédoque et pancréatique, le chyme n’éprouve aucun changement; mais au delà de cet orifice, la pâte chynieuse, qui a provoqué par sa présence l’arrivée de la bile et du suc pancréatique, perd peu à peu son acidité, change de nature, et présente des flocons blancs, qui ne sont autre chose que du chyle (Proust); il se dégage en même temps un peu de gaz acide carbonique; à moins qu’il n’y ait mauvaise digestion, les matières cheminent lentement dans le duodénum, retardées d’ailleurs par certains replis intestinaux qu’on nomme valvules connivenles ; dans ce trajet, la matière muqueuse des follicules sert à lubrifier le canal intestinal et à préserver ses parois de l’action irritante de la bile, tandis que le fluide perspiratoire achève de dissoudre les matières; celles-ci parviennent peu à peu dans l’intestin grêle qui succède au duodénum^ et en parcourent toute l’éteudue jusqu’au cæcum,, mais dans leur marche elles éprouvent des changements importants. Une foule de petits canaqx capillaires, nommés vaisseaux chylifères ou lactés, viennent se rendre à la partie inférieure du duodénum et vers le jéjunum; ces canaux sont ensuite moins nombreux dans le reste de l’intestin grêle; ils ont pour fonction d’absorber, par un mécanisme inconnu, le chyle, qui est la matière nutritive par excellence, pour le porter ensuite dans un canal nommé thoracique , d’où il est bientôt versé dans le sang. Ces vaisseaux absorbants sont appelés lactés, parce que, mis à nu sur un animal vivant et pendant la digestion, ils offrent l’aspect de longs linéaments d’un blanc laiteux. Par suite de cette absorption, les matières alimentaires sont peu à peu privées de leurs parties nutritives; la couleur jaune de la bile devient de plus en plus prédominante, et la liquidité des matières diminue à mesure qu’on approche du gros intestin. Lorsque les matières sont parvenues au cæcum, elles sont demi-liquides, et commencent à exhaler une odeur fétide; elles ont alors -franchi une espèce de soupape (la valvule iléoccecate ou de Bohin) , et ne peuvent plus désormais rétrograder et être rendues

par le vomissement; le peu de principes nutritifs qu elles contiennent encore continuent à être absorbés. Ce phénomène, qu’on avait nié, est prouvé par la propriété que possèdent les lavements, dans lesquels il entre du bouillon, du lait ou des jaunes d’œufs , de nourrir quelque temps des personnes, qui, pour une cause quelconque, ne peuvent pas manger. Dans le colon, les matières achèvent de se colorer, de se solidifier et d’acquérir de la fétidité. Ce dernier effet n’est pas dû seulement à la putréfaction, comme le pensait Haller, et tient probablement à une autre cause. La consistance qu’acquièrent les excréments est due à l’absorption des liquides, absorption qui est assez active, comme on le voit par les lavements qui sont aisément résorbés, lorsqu’on les garde quelque temps. Dans le colon, le cours des matières est encore trèslent, étant obligées de remonter contre leur propre poids. (Voyez le mot Colon.)

5° De la défécation. Les excréments viennent enfin s’accumuler dans la dernière portion du gros intestin, qu’on nomme le rectum; leur présence fait éprouver une sensation particulière de pesanteur, qui est le besoin d’aller à la selle. On éprouve celte même sensation lorsque le rectum est enflammé (dans la dyssenterie), ou quand il est pressé par la vessie. L’expulsion des excréments, ou la défécation, n’a pas lieu seulement par les contractions du gros intestin, quoique cela se voie sur quelques individus qui ne peuvent retenir leurs selles, mais il faut en outre le concours du diaphragme et des muscles de l’abdomen pour vaincre la résistance du sphincter de l’anus, muscle annulaire placé à l’extrémité inférieure du rectum et destiné à empêcher la sortie involontaire des matières ( Voyez le mot Anus). Pendant les efforts de défécation, la glotte se ferme, le diaphragme efface sa courbure, pousse en bas et en avant les viscères abdominaux, qui sont pressés eux-mêmes et refoulés par les muscles du ventre; l’intestin est ainsi comprimé avec force ; l'anus tend même à être chassé en dehors , mais il est retenu par son muscle releveur qui le dilate en même temps un peu et le soutient.

Il faut environ vingt-quatre heures, chez les adultes, pour que les aliments parcourent tout le tube intestinal dont la longueur est d’environ trente pieds , à moins toutefois que les excréments ne soient rendus liquides; les matières passent alors avec plus de rapidité. Les vieillards et les hypocondriaques ne vont à la selle que tous les deux, trois et quatre jours; il y a même des observations de personnes qui n’éprouvaient ce besoin que toutes les trois à quatre semaines.

Lorsqu’on fait usage d’aliments composés de particules toutes nutritives, comme les œufs, le sucre par exemple, les selles, comme on le conçoit facilement, doivent devenir plus rares; c’est pour cette raison que ce dernier aliment passe pour échauffant. Cependant, lors même qu’on ne mange pas, on ne laisse pas pour cela d’aller à la selle de temps en temps, à cause des divers liquides sécrétés dans l’intestin; ainsi les individus qui ont un anus contre nature, quoique le cours des matières soit entièrement intercepté , rendent néanmoins tous les huit à dix jours, par l’anus naturel, une matière privée de bile.

Les excréments sont composés en général de la

DIG

DIG

manière suivante : 1° de quelques parties solubles et nutritives qui n’ont pas été dissoutes, soit à cause de leur cohésion, soit pour d’autres motifs; c’est ainsi que chez les enfants à la mamelle très-avides, une partie du caséum du lait se trouve dans les matières fécales; 2° de parties non solubles dans les différents sucs du tube intestinal ; tels sont les différents détritus, le tissu fibreux élastique, les enveloppes épidermiques des fruits et des légumes farineux, tels que lentilles, haricots, etc. Ces dernières substances sont à peine altérées; 3° enfin d’une portion de l’huile et des graisses ingérées. Différents corps étrangers se placent aussi dans cette catégori e ; ainsi chez les personnes qui font abus de la magnésie, on trouve quelquefois des calculs stercoraux formés de cette terre ; 4° des détritus des liquides sécrétés, tels que la bile, le suc pancréatique, le mucus, etc. Il se produit, en outre, des gaz, qui proviennent le plus souvent de la réaction des matières entre elles; ils sont alors plus ou moins fétides. D’autres fois, et principalement chez les personnes nerveuses, ils paraissent sécrétés par la muqueuse intestinale, et sont bien moins fétides. A la suite d’une affection morale, leur dégagement est parfois très-abondant ; l’estomac de certains individus en est même habituellement distendu; ces gaz peuvent être résorbés en partie, ou rejetés par en haut et par en bas.

Parmi les organes que nous avons énumérés comme appartenant à l’appareil digestif, nous avons cité la rate. Telle est, en effet, l’idée que se font la plupart des physiologistes sur les fonctions de cet organe d’après ses connexions et ses rapports ; il règne encore pourtant de l’incertitude sur ses usages. Nous y reviendrons , au reste , au mot Rate.

Considérée dans son ensemble, la digestion est très-active pendant l’enfance et chez le jeune adulte; les repas doivent être alors plus fréquents. A l’âge viril, les digestions sont plus longues, l’intervalle entre les selles est plus éloigné , deux repas suf- , lisent communément. Enfin les vieillards digèrent plus difficilement , ils se contentent quelquefois d’un seul repas, et les selles n’ont souvent lieu qu’à de longs intervalles. Terminons pourtant en faisant remarquer que l’importante fonction qui nous occupe est une de celles qui persistent le plus longtemps dans l’âge avancé : tous les plaisirs ont fui le vieillard, quand il lui reste encore ceux de la table; heureux si, en observant les sages lois de la tempérance, il peut jouir longtemps de cette faculté et conserver les privilèges d’une vieillesse saine et valide I

J. -P. Beaude,

Médecin-Inspecteur des établissements d’eaux minérales, membre du Conseil de Salubrité.

bigestkw (pharm.) , s. f. (V. au Supplément.

bigitaï. ( anat .), adj. Qui a rapport aux doigts; les artères et les nerfs digitals sont ceux qui se rendent aux doigts. On a nommé appendices dinilals, de petits prolongements que forment les Intestins, et qui, par leur forme, sont analogues à des doigts de gants. Les dépressions que forment

les circonvolutions du cerveau à la partie interne des os du crâne, ont reçu le nom A’ impressions digitales , parce qu’elles paraissent comme faites avec les doigts.

moiTArE pourprée ( bot . et mat. méd.), s. f., digitalis purpurea L., genre de la famille des Scrophulariées de Jussieu. Cette plante doit à la forme de sa corolle les dénominations vulgaires de gant de Notre-Dame, gantelêe, dôigtier; elle est aussi remarquable par son bel ot long épi formé de grosses fleurs pendantes et de couleur purpurine. Sa tige droite et herbacée s’élève à la i hauteur de deux à trois pieds; ses feuilles sont grandes, ovales, dentées et cotonneuses intérieurement. La digitale croît naturellement dans les terrains élevés et sablonneux , particulièrement dans le voisinage des vieilles habitations. Les feuilles sont les seules parties de la plante dont on f isse usage en médecine; leur odeur est nulle ou presque nulle; leur saveur, amère et légèrement âcre; réduites en poudre, elles font la base de certaines préparations magistrales et pharmaceutiques; ces dernières sont la teinture alcoolique éthérée, les extraits aqueux ou alcooliques. Ces médicaments jouissent de propriétés assez énergiques pour devoir être employés avec une sage réserve; leur action varie suivant les doses auxquelles on les emploie : c’est ainsi que si elles sont faibles , elles donnent pour résultat constant un ralentissement dans la circulation ; si celles-ci sont fortes, l’action peut aller jusqu’à la stupéfaction et la syncope; il arrive souvent même qu’elles produisent des accidents qui simulent l’empoisonnement par les substances narcotico-âcres. La teinture alcoolique est employée avec succès en frictions pour résoudre des infiltrations séreuses. C’est principalement dans les cas d’hydropisie générale et partielle , d’anévrismes du cœur et de toux nerveuses, qu’on emploie eu France la digitale pourprée. Plusieurs médecins anglais, et notamment les docteurs Baddoës et Mossman , lui attribuent , dans certains cas , et particulièrement dans la phthisie pulmonaire, des effets héroïques.

Cette plante, qui joue un rôle très-important dans la thérapeutique, a fixé l’attention des chimistes : M. Dulong d’Astafort est l’un de ceux qui se sont occupés de sou analyse avec le plus de succès; on lui doit la découverte du principe actif qu’elle renferme , et auquel il a donné le nom de digitaline. MM. Homolle et Quevenne, qui ont isolé ce principe à l’état de pureté, ont reconnu que c’est une poudre blanche non cristalline, peu soluble dans l’eau et soluble dans l’alcool et l’éther, d’une amertume extrême; c’est un poison violent à la dose de deux à trois centigrammes. En médecine, on l’emploie en granules d’un milligramme. On en donne un , deux ou trois au plus en 24 heures; on doit en surveiller l’action avec soin , car quelquefois cette substance devient toxique à ces faibles doses.

Préparations et doses. On administre la poudre de digitale à la dose fractionnée de 2 à 5 déci-

Page 1