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• vêtu de ceLte blouse dans une atmosphère respirable.
La blouse de M. Paulin est fermée aux poignets et à la ceinture par des bracelets et par une courroie, mais les bracelets et la courroie ne sont pas assez serrés pour que l’air en excès ne puisse s’échapper et repousser l’air infect qui tendrait à pénétrer dans la blouse par ces voies.
M. Roard, fabricant de céruse à Clichy , a eu l’idée d’employer dans ces ateliers cet appareil ; nous ferons connaître plus tard les résultats de cet emploi.
M. Paulin ayant appris par la fréquentation des ateliers de doreurs que non seulement les vapeurs donnaient lien à des accidents, mais encore le contact de la peau avec les substances employées, s’est occupé de la fabrication d’un gant destiné à mettre les ouvriers à l’abri de ce dernier inconvénient , mais nous ne savons pas encore si ce nouvel appareil aura assez de simplicité et sera assez peu coûteux pour qu’il puisse être employé par ces ouvriers.
L’appareil de M. le colonel Paulin a été d’une heureuse application dans l’atelier de M. Lebergue; un ouvrier affecté de tremblement à la suite des évaporations mercurielles, fut obligé de quitter le travail; M. Paulin lui conseilla de faire usage de son appareil et de ne faire que les travaux de la forge ; la guérison ne se fit pas attendre et l’homme travaille depuis vingt jours sans éprouver aucun phénomène morbide : « De cette manière , dit M. Paulin , on pourrait à l’avenir employer aux travaux de forge les ouvriers qui commencent à trembler, et ainsi ils n’iraient pas à l’hôpital et continueraient à gagner leur vie. »
Les recherches que nous avons faites surlesdoreurs nous ont prouvé que quelques-uns de ces ouvriers deviennent fous ; ordinairement ils sont affectés de ci’ampes et de convulsions épileptiques ; ils sont irritables, et dans les ateliers on a soin de ne pas les contrarier. La plupart de leurs dents tremblent pendant la jeunesse , et tombent quand ils sont plus âgés. La cause de tous ces accidents est l’évaporation du mercure ; évaporation qui a lieu dans deux temps différents : lo quand on a fait l’amalgame de l’or et du mercure ; 2° quand on applique cet amalgame sur le cuivre ou le bronze. Pour l’évaporation du mercure les ouvriers travaillent chacun à tour de rôle ; un seul ouvrier ne pourrait pas supporter long-temps cette espèce de travail Les exhalations mercurielles produisent chez les doreurs une es- . pèce de spasme des paupières , surtout à la paupière supérieure.
Les doreurs commencent à travailler à treize ou quatorze ans ; ils peuvent travailler jusqu’à l’âge de cinquante ans; ils travaillent toujours dix heures, en été comme en hiver. Il y a à Paris 300 ouvriers doreurs ; ils gagnent quatre à cinq francs par jour ; ils sont plus sobres que dans les autres états; du reste la sobriété est pour eux d’une condition indispensable pour continuer leurs travaux.
Dans ces derniers temps un doreur en touchant «ne plaie avec de l’eau régale qui tenait de l’or
en dissolution, se guérit en peu de temps de celte plaie que l’on croyait de naturecancéreuse. Après cette observation plusieurs médecins ont voulu employer cette liqueur contre les ulcères cancéreux ; nous avons répété cette expérience , et nous nous sommes convaincus que ce n’était pas l'or qui agissait sur l’ulcère, mais l’acide hydrochloro-nitriquequi cautérisait la peau en la jaunissant.
Quoique les doreurs vivent dans une atmosphère mercurielle , ils sont cependant susceptibles d’être attaqués de maladies vénériennes comme ceux qui n’ont pas ce genre de travail. On possède toutefois quelques exemples , rares à la vérité, qui prouvent que les vapeurs du mercure ont contribué à guérir quelques uns de ces ouvriers affectés de syphilis. Un fils de doreur embrassa l’état de son père après sa mort ; il avait la vérole depuis plusieurs années , et en était même ti ès gravement malade , puisque au milieu de la nuit il était pris de douleurs ostéocopes très-aiguës. Les circonstances ne lui ayant pas permis de se faire guérir, et retardant toujours de recourir aux mercuriaux , il se mit à dorer sans s’inquiéter de son mal , mais il observa bientôt que ses douleurs n’étaient pas si vives, ni si fréquentes ; que son visage se nétoyait en partie des boutons hideux dont il était couvert; que sa pâleur et sa faiblesse diminuaient, enfin qu’il allait beaucoup mieux que quelques mois auparavant. Il raconta cette circonstance heureuse à. Fourcroy , qui ne balança pas à en attribuer la cause au mercure qu’il avalait en assez grande quantité , parce qu’il prenait très peu de précaution dans son ouvrage. Fourcroy pensa que c’était une occasion favorable de poursuivre une guérison que le mercure avait commencée de lui-même, et confia ce jeune homme aux soins d’un chirurgien qui l’a très-bien guéri.
A. Chevalier et S. Furnari.
Professeur à l’écolo de pharma- Docteur en Médecine , membre cie , membre du Conseil de sa- de l’Académie rojalc de Mélubrité. decine de Païenne.
dorsal {anat.), adj., quia rapport au dos. Il existe un muscle grand dorsal qui est large, aplati, situé à la partie postérieure du dos , et qui s’étend des vertèbres lombaires jusqu’à la partie supérieure du bras , où il se fixe à la gouttière bicipitale de l’humérus. Ce muscle élève les côtes, porte le bras en dedans et en arrière; lorsque les bras sont fixés, il peut élever le tronc. Le muscle long dorsal est situé à la partie moyenne du dos et est placé dans la gouttière qui existe de chaque côté de la colonne vertébrale; il maintient la rectitude du corps et peut porter le tronc en arrière; lorsqu’il agit d’un seul côté il peut incliner le tronc de ce côté. Il existe des nerfs, des artères, et des vertèbres dorsals qui se distribuent aux muscles , au tissu cellulaire et à la peau du dos. (Y. Dos.) J- B.
dos {anat.), s. m., eii latin dorsum ; partie postérieure du tronc correspondante à la poitrine. Cette région présente une courbure naturelle qtu
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correspond à celle de la colonne vertébrale, courbure qui est exagérée chez les vieillards et les personnes qui marchent le dos voûté. On sent au milieu du dos, et de haut en bas , une série de petites éminences formées par les apophyses épineuses de la colonne vertébrale (épine du dos). La peau de celte région est très épaisse et renferme beaucoup de follicules ; aussi, chez les jeunes gens, est-elle souvent couverte de nombreux boutons, qui ne. sont autre chose que des vams (acné), maladie due à une altération de ces follicules. On y observe également souvent des furoncles et même des anthrax. Au dessous de la peau se trouvent de nombreuses couches musculaires, séparées les unes des autres par autant de plans aponévrotiques distincts. Il résulte de cette disposition que les abcès qui se forment dans une de ces couches , ne pouvant traverser l’aponévrose, membrane qui résiste à l’action du pus, tendent à fuser en descendant le long du dos, au lieu d’aboutir directement à la peau. De là, le précepte important d’ouvrir de bonne heure, avec l’instrument tranchant , les abcès profonds de cette région. Les principaux muscles qu’on y rencontre sont, à partir delà peau : le trapèze , le grand dorsal , le rhomboïde , les petits dentelés , le long dorsal , le sacro-lombaire , le transversaire , les transversaires-èpineux , etc. (Y. aussi le mot Poitrine .)
dos (maladies du), elles n’offrent rien de spécial. (Y. Poitrine et colonne vertébrale ( maladies de la). Le dos présente souvent des éminences dues à la déviation de la colonne. (V. Gibbosité et Orthopédie.) Pour les douleurs dans le dos , voyez Rhumatisme , Lumbago. J. B.
dose ( Pharm .), s. f. Se dit de la quantité d’une substance qui entredans une préparation pharmaceutique, ou de la proportion dans laquelle un médicament peut être administré à un malade. Dans le premier cas, les proportions des substances sont fixes et constituent ce que l’on nomme une formule ; les doses desmédicamens que l’on administre aux malades peuvent varier suivant une foule de circonstances : l’âge, le tempérament, la nature de la maladie, l’effet que l’on veut produire font souvent varier d’une manière notable la proportion des médicamens, aussi a-t-on soin de noter dans les ouvrages de matière médicale que telle substance s’emploie de telle dose à telle autre. Il est même des cas dans lesquels on est obligé d’administrer des médicamens à des doses inusitées, et ces faits s’observent lorsque l’habitude ou toute autre cause Ont émoussé la sensibilité des sujets. J. B.
dothinentérie ou p oth in entérite (path.), s. f. , du grec dothiné, bouton, et entéron, intestin ; éruption de boutons dans l’intestin. Ce nom, assez récemment créé par M. Bretonneau de Tours, sert à désigner une maladie connue de tout temps, mais décrite parles auteurs sous une foule de noms, suivant les formes qu’elle présentait, et les diverses théories médicales qui ont régné dans la science; ainsi elle est désignée par
Hippocrate sous le nom de phrénétis , et par les médecins qui ont succédé à Galien jusqu’à nos jours sous celui de fièvre maligne ,Jièvre putride , fièvre bilieuse , fièvre muqueuse, fièvre pituiteuse , synoque ; c’est la fièvre adynamique et ataxique de Pinel, la Jièvre entéro-mé s entérique de M. Petit, la gastro-entérite grave ou entérite J olliculeuse des médecins qui ontsuivi ladoctrine deM. Broussais , et enfin la Jièvre typhoïde ou affection typhoïde de MM. Louis et Chomel. Ces deux dernières dénominations , avec celle de àothinentérite, sont du reste les plus usitées.
La nature de la maladie qui nous occupe n’est pas encore bien connue, quoique aujourd’hui l’on soit en général d’accord pour ne pas y voir une simple inflammation des intestins comme le voulait M. Broussais; d’après M. Bretonneau , elle se rapprocherait desfièvres éruptives telles quela petite vérole. Une altération particulière primitive ou secondaire du sang semble y jouer un certain rôle ; ce qui prouverait cette assertion , c’est que l’on est parvenu à reproduire tous les symptômes de la maladie chez des animaux dans les veines desquelles on avait injecté diverses matières putrides.
La dothinentérite est une affection sporadique, c’est-à-dire qu’elle règne çà et là, et qu’elle peut survenir indifféremment en tout temps et en tout lieu , mais elle est souvent épidémique, et c’est même alors qu’elle est surtout meurtrière. Elle attaque presque exclusivementles adultes, principalement à l’âge de dix-huit à trente ans, très rarement les jeunes enfans et jamais les vieillards ; un même individu n’en est atteint qu’une fois. Un autre de ses caractères est de pouvoir revêtir plusieurs formes : ainsi la maladie que nous décrirons plus tard sous le nom de typhus , s’en rapproche beaucoup ; et on peut même considérer ces deux affections comme deux espèces appartenant à un même genre ; le typhus n’eh diffère en effet que par la gravité de ses symptômes, et que parce qu’il est dû à un principe particulier éminemment contagieux.
Causes. Elles sont souvent inconnues. La maladie ne paraît pas contagieuse , comme le croit M. Bretonneau; ainsi par exemple, elle ne s’est jamais communiquée dans les hôpitaux de Paris où on l’observe fréquemment. Elle règne quelquefois épidémiquement dans de petites localités mal situées de la campagne , surtout à la suite des dérangements de saison et des diverses privations qui sont occasionnées par une mauvaise récolte. L’acclimatement est également une cause fréquente de cette affection, du moins à Paris; aussi beaucoup de jeunes étudiants en sont atteints peu après leur arrivée dans la capitale ; et dans les hôpitaux, presque tous les dolhinentériques sont de jeunes ouvriers récemment venus de la province. On a constaté aussi que les excès de tout genre et l’oubli des règles de l’hygiène prédisposaient à cette affection.
Nous allons actuellement passer en revue les symptômes de la dotliinentérie, et nous décrirons ensuite succinctement les principales formes
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qu’elle peut revêtir, surtout lorsqu’elle règne épidémiquement.
Symptômes . La maladie débute en général par un mal de tête ayant son siège au front, et souvent à la nuque, avec ou sans vertiges, ainsique par quelques frissons qui peuvent manquer néanmoins ; ces frissons sont suivis de chaleur; quelques coliques, des borborygmeset de la diarrhée se manifestent aussi bientôt ; mais ce qui dèslors peut caractériser le mal, c’est un sentiment de lassitude extraordinaire et de brisement tout particulier; on aperçoit dans les traits du malade un changement inquiétant; il devient indolent et comme indifférent à son mal ; le moindre mouvement lui répugne; il sent un goût aigre , fade et pâteux dans la bouche ; sa langue est chargée d’un enduit de couleur variable ; l’appétit est nul et le sommeil a fui ; la douleur de ventre, surtout vers sa partie inférieure droite, et la diarrhée , qui alterne quelquefois avec la constipation, persistent à un degré plus ou moins marqué; au bout de huit jours environ, les symptômes énumérés deviennent plus graves ; le ventre est enflé et distendu par des gaz ; il survient des saignements de nez [épistaxis) quelquefoisassez abondants pour inquiéter le médecin; cet écoulement de sang souvent même se manifeste dès le commencement de la maladie. La peau offre une chaleur âcre, le pouls est fréquent; le malade a souvent de la toux; ses urines sont peu abondantes, très-colorées et fétides. Vers cette époque apparaissent ordinairement sur la peau diverses éruptions : ce sont des taches roses lenticulaires , faisant une légère saillie au-dessus du derme, taches rondes, d’une ligne de diamètre euviion, disséminées çà et là, pi’incipalement sur le ventre et la poitrine ; elles se montrent à peu près sur les trois quarts des malades du huitième au quinzième jour de la maladie; des Sudamina, petits soulèvements del’épideime, très-nombreux et pleins d’une sérosité tiansparente ; pour bien les voir, il faut les regarder obliquement ; on les observe assez souvent sur la poitrine ; des pétéchies, petites taches plus ou moinsétendues, non saillantes au-dessus de la peau , et d’un l’ouge couleur de vin. Ces deux dernièi’es éruptions sont moins fi’équen tes dans la dothinentërite que la première, et ne s’obsei-venl guère, avant le quinzième jour de l’affection. En même temps que l’éruption des taches îoses a eu lieu, l’affection s’est aggravée ; le malade est constamment couché sur le dos ; sa face exprime la stupeur ; la bouche est sèche, la langue se durcit ; elle est couverte, ainsi que les dents et les gencives, d’un enduit noirâtre nommé fuligineux par les médecins. Il peut exister de la surdité. Les évacuations alvines tantôt augmentent tantôt diminuent; quelquefois même il y a de la constipation; souvent les selles sont involontaires et inaperçues. On doit surveiller l’excrétion des urines , car , souvent aussi, la vessie se pai’alyse, et l’urine s’y accumulant occasionnerait bientôt des accidents mortels, si on ne sondait le malade. A ces symptômes se joignent ceux qui appartiennent au système nerveux, et qu’on désigne plus particulière- |
ment sous le nom d 'ataxiques : alors , tantôt le malade est dans un état de somnolence et de demi sommeil, pendant lequel il n’a qu’une pei’ception confuse de ce qui se passe autour de lui, tantôt il est atteint de délire : il se croit dans son pays natal, s’il en est séparé, ou bien il pousse des cris et ne césse de s’agiter. D’autre fois le délire est tranquille ; il s’accompagne de petits tressaillements dans les bras, qu’on nomme soubresauts des tendons ; ou bien le malade fait mouvoir sans cesse ses mains comme s’il voulait saisir des flocons dans l’air, ou ôter le duvet de sa couverture.
Ce symptôme, connu sous le nom de carpkologie, est de mauvais augure. Lorsque la mort doit survenir, la faiblesse , la prostration et les phénomènes de putridité augmentent encore; le pouls, extrêmement fréquent, est à peine sensible; la chaleur de la peau diminue, les yeux se cavent, deviennent vitreux, et le malade expire. D’autres fois il succombe rapidement à la suite d’une péritonite occasionnée par une perforation de l’intestin. (Y. plus bas les détails des lésions anatomiques.)
Lorsque la guérison doit avoir lieu , les symptômes énoncés diminuent peu à peu d’intensité ; un bon signe, dans ce cas , est la dispai’ition de l’air de stupeur et de l'indifférence des malades I sur tout ce qui les concerne. Nous avons vu un médecin des hôpitaux de Paris prédire une gué- ! ri son en voyant une jeune fille s’alai'iner tout à coup pour sa pudeur, lorsque, la veille encore,, elle s’était laissé examiner le venti-e avec la plus l parfaite indifférence.
La durée de la dothinentéi'ite est assez varia- | ble; elle est, terme moyen, de vingt à trente | joui’s. La mort , l'are au septième ou huitième jour, est plus fréquente du quinze au vingtième , j quoiqu’elle puisse survenir plus tard. C’est aussi j du quinze au vingtième jour que commence , le ;i plus souvent, la convalescence ; celle-ci est en gé- y néral assez longue : elle exige de grands ménage- |i ments si l’on veut éviter une rechute ; on doit \ satisfaire avec beaucoup de circonspection la faim, quiest surtout impéi’ieuse. On obsei’ve aussi fréquemment, pendantsaduiée, la chute des cheveux, et une enflure des pieds, qui se dissipe à mesure que les forces renaissent.
La dothinentérie enlève à peu près , dans les I hôpitaux de Pai'is, un malade sur cinq ou six ; la | mortalité est de la moitié, lorsque la maladie 'revêt la forme ataxique. Elle est encore plusmeui’ti’ière dans certaines épidémies , où ou l’a vue faire périr jusqu’aux trois quarts des malades.
Complication. Cette affection s’accompagne | parfois d’abcès, surtout dans la région de la pa- j rotide. Les anciens médecins les regardaient comme critiques et comme jugeant la maladie.
(V. Crise.) On observe aussi assez souvent diverses altérations du poumon , dont les plus fréquentes sont indiquées par un râle sec et sonore, j ou sifflant, quelquefois muqueux ( Y. Auscultation), par de la toux et par des crachats muqueux ï ou semblables à une dissolution de gomme. Les j}.: hémorrhagies intestinales ne sont pas î-ares non plus : le sang est alors rendu par les selles, tan-
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tôt pur, tantôt noir et altéré : cette complication est très-grave. Chez les malades qui restent longtemps couchés sur le dos, il se forme fréquemment au bas des reins des escharres suivis de plaies difficiles à guérir. Cet accident est dû à la pression continuelle ducorps sur un même point; une partie plus ou moins considérable delà peau qui recouvre le sacrum et le coccyx rougit, blanchit ensuite, et se trouve frappée de gangrène; des malades, qui étaient guéris de la doth inentérite, ont succombé plus tard aux accidents de la suppuration de ces plaies. Les autres complications sont l’érysipèle, l’inflammation du pharynx et la perforation de l’intestin dont nous parlerons plus bas.
Formes de la dothinentérie . Elles sont variables. Considérées, d’après la nature de cet ouvrage, sous le point de vue purement pratique, ces formes peuvent être distinguées en 1 0 forme légère; au début, symptômes de courbature, céphalalgie, puis bouche pâteuse, diarrhée ou constipation, légère douleur de ventre, un peu de fièvre et prostration des forces ; du reste, pas de saignement de nez ni de symptômes nerveux. Convalescence ordinairement vers le quinzième ou vingtième jour ; quelquefois pourtant terminaison rapide par la mort , qui survient à la suite d’une perforation intestinale. 2° Forme muqueuse (fièvre muqueuse ou pituiteuse des anciens médecins) ; les symptômes généraux de la dothinentérite , et de plus : langue avec enduit blanchâtre; bouche présentant des aphtes; salive visqueuse; renvois nidoreux; sentiment de pesanteur et de tension à l’estomac ; nausées ou vomissements de matières visqueuses, blanches, fades ou acides; souvent éjection de vers par les selles ou par la bouche ; souvent aussi expectoration de crachats muqueux. 3° Forme bilieuse ( fièvre bilieuse ou gastrique des anciens médecins ) ; les symptômes généraux de la maladie, et de plus : amertume dans la bouche ; enduit jaunâtre sur la langue ; soif intense iç désir de boissons acides; peau brûlante ; quelquefois teinte jaunâtre de la peau, bornée dans certains cas aux contours des lèvres et aux ailes du nez; vomissement de matières jaunes verdâtres; selles bilieuses. 4 ° Forme ataxique) fièvre maligne, fièvre nerveuse des anciens médecins). Cette forme est caractérisée par la prédominance des accidents nerveux, tels que le délire, le coma , les soubresauts des tendons, la carphologie, la prostration des forces, etc. Elle est la plus dangereuse de toutes.
Lésions anatomiques .Les recherches faites dans les différentes périodes de la dothinentérite, sur les cadavres d’individus ayant succombé à cette maladie, y ont fait découvrir des altérations assez constantes, et qui ont puissamment servi, dans ces derniers temps, à débrouiller le chaos des fièvres admises par les anciens médecins, en démontrant que la plupart d’entre elles appartenaient à une seule et même affection.
Il existe dans la membrane muqueuse de l’intestin grêle, surtout près du cæcum, des amas de petits corps glanduleux, formant çà et là des plaques dites de Peyer ; d’autres follicules isolés
portent le nom de glandes de Brunner. Dans l’état normal , ces follicules sont extrêmement petits et à peine saillants ; mais dans le courant de la maladie qui nous occupe, ils éprouvent des changements très-remarquables; ils se gonflent d’abord et successivement deviennent plus saillants ; leur couleur est alors le blanc mat ou le rouge foncé ; les plaques paraissent souvent comme gaufrées. Du neuvième au douzième jour de la maladie, ces petits corps commencent à s’ulcérer successivement, en suivant l’ordre dans lequel ils se sont développés ; les premières plaques affectées sont surtout celles qui sont rapprochées de la valvule iléo-cœcale. ,Voy. Cæcum et Intestin.) Ces ulcérations, dans lesquelles la membrane muqueuse est détruite, ont un diamètre qui varie depuis une ligne jusqu’à un pouce. Toutes les plaques engorgées ne s’ulcèrent pourtant pas; celles qui sant gaufrées peuvent quelquefois se résoudre. Au bout de quelques semaines, lorsque les malades n’ont pas succombé, ces ulcères se cicatrisent peu à peu. Quelquefois il arrive pourtant que l’un d’eux fait des progrès, corrode et détruit les deux tuniques restantes de l’intestin, qui est ainsi perforé. Les diverses matières contenues dans le tube digestif peuvent alors s’épancher dans la cavité abdominale, tapissée, comme on le sait, par une membrane séreuse qu’on nomme le péritoine. Cette membrane ne tarde pas à s’enflammer par ce contact, et \a péritonite qui en résulte ( inflammation du péritoine) est suivie d’une mort prompLe. Cette perforation de l’intestin doit rendre réservé sur le pronostic de la dothinentérite; elle peut survenir en effet du douzième au trentième jour et même quelquefois au quarantième jour, lorsque tout annonce la convalescence. Les signes de cet accident sont : une douleur subite que le malade ressent dans le ventre, et qui s’étend bientôt dans toutes les parois abdominales, la moindre pression arrachant des cris ; les traits s’altèrent ; la face est grippée; des vomissements surviennent; le pouls est petit et serré ; en un mot il survient tous les symptômes d’une péritonite aiguë (Y. ce mot), et le malade succombe souvent au bout de vingt-quatre heures de souffrance.
Les lésions pathologiques que nous venons de décrire sont constantes et caractérisent la dothinentérite ; elles s’observent pourtant aussi dans la phthisie pulmonaire. Celles qui suivent sont moins constantes et n’ont pas la même importance. Les ganglions mésentériques sont trèssouvent rouges et tuméfiés, ils peuvent se ramollir ; la rate, chez la plupart des malades, est plus ou moins profondément altérée : elle est en général tuméfiée et ramollie au point, quelquefois, de présenter la consistance d’une espèce de bouillie rougeâtre; enfin, on observe dans certains cas des ulcérations dans le pharynx , et des rougeurs dans le tube intestinal. Le poumon est aussi trèssouvent malade, et paraît présenter des altérations particulières à cette maladie. Les lésions des autres organes n’ont rien de constant.
Diagnostic. Il n’est pas en général difficile, et le praticien exercé reconnaît souvent la maladie
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au seul aspect du malade. Il est bon toutefois d’énumérer ici les symptômes qui sont les plus caractéristiques de cette affection: ce sont, au début du mal , la céphalalgie, qui est fréquemment occipitale, quelquefois les saignements de nez , la diarrhée, les coliques sourdes, et, surtout, l’abattement, l’apathie et l’air de stupeur du malade. Plus tard, les diverses éruptions de la peau, les épistaxis, le délire, la somnolence, l’enduit noirâtre des dents, de la langue et des lèvres, les soubresauts des tendons, le gonflement du ventre, l’extrême faiblesse, etc., ne permettent plus de méconnaître la maladie.
Pronostic. La dothinentérile est une maladie grave, souvent mortelle; elle est de plus insidieuse, et le médecin doit être très réservé sur les jugements qu’il porte : la mort est venue plus d’une fois donner un démenti aux espérances qu’il avait fait naître. Les phénomènes nerveux , tels que le délire, les soubresauts des tendons, la carphologie, la petitesse extrême du pouls, les hémorrhagies intestinales , les saignements de nez qu’on ne peut arrêter qu’en tamponnant les fosses nasales, sont de très mauvais augure. L’absence de ces symptômes fâcheux doit au contraire donner des espérances, sans toutefois rassurer complètement.
Traitement. A l’époque où la doctrine de M. Broussais vint prendre place dans la médecine, ses partisans posèrent pour base du traitement de la dothinentérite l’emploi des émissions sanguines et du traitement antiphlogistique; mais les insuccès ont bientôt forcé de renoncer à cette médication, et aujourd’hui les médecins sont à peu près revenus à l’ancien mode de traitement.
Au début de la maladie, lorsque le pouls est plein et fort , qu’il y a de la fièvre, on fera bien de recourir à une saignée , quelquefois deux ; mais en général on ne doit pas dépasser cette limite. Lorsque la douleur du ventre est très-intense, on peut appliquer, avec précaution, quelques sangsues sur le ventre et à l’anus ; mais dès que l’affaiblissement et la prostration ont fait quelques progrès, il faut s’en abstenir; leur emploi serait alors très-nuisible. Le malade boira de l’eau de Seltz ou une limonade légère, il gardera la diète ; on placera sur le ventre des cataplasmes émollients, ou bien on aura recours aux fomentations d’eau de guimauve ; des lavements simples ou laxatifs entretiendront la liberté du ventre. Ce traitement doit être suivi dans les premiers temps de la maladie ; mais lorsque la prostration a fait des progrès, que la langue et les dents sont noires, que le pouls est petit, que le malade est plongé dans la stupeur et la somnolence, que les selles sont involontaires, il faut alors avoir recours aux révulsifs et aux toniques. M. Bally applique dans ce cas un emplâtre émétisé sur le ventre. Les toniques les plus usités sont le quinquina , le vin , l’éther et l’esprit de Mindérérus ou acétate d’ammoniaque. Sous leur influence, le pouls se relève et la figure reprend de l’expression. Leur usage, comme le remarque M. Chomel, ne produit pas sur les lésions anatomiques de l'intestin les effets fâcheux qu’on s’est
plu a leur attribuer. Ajoutons, avec le même auteur : « Qu’il est difficile de déterminer l’époque » à laquelle doit commencer le traitement toni- » que : c’est au lit du malade, plutôt que dans les » livres, qu’on peut l’apprendre. »
Il est aussi un autre mode de traitement suivi par plusieurs médecins distingués ; ce mode consiste à employer des purgatifs dès le début même de la maladie, et jusqu’à ce qu’elle se soit amendée : des malades sont purgés quatre ou cinq fois et d’autres jusqu’à douze et seize fois ; l’eau de Sedlitz gazeuse est l’évacuant le plus usité. Les médecins anglais font aussi, dans cette même affection, un usage fréquent du calomel, seul ou uni à d’autres laxatifs. M. Chomel paraît aussi s’être bien trouvé de l’emploi du chlorure de soude , mais celte médication réclame de nouvelles expériences.
Dans les formes muqueuses et bilieuses de la dothinentérite il est indiqué d’employer des vomitifs et des purgatifs, en même temps qu’on fait usage de boissons acidulées. Dans la forme ataxique ou nerveuse ( délire, assoupissement, soubresaut des tendons, etc. ), on a plus particulièrement recours aux antispasmodiques et, surtout, aux révulsifs externes , aux vésicatoires et aux sinapismes : c’est ainsi qu’on a combattu la somnolence par l’application d’un large vésicatoire sur le cuir chevelu ou à la nuque.
Lorsque le saignement de nez est tellement abondant qu’il met en danger les jours du malade, après avoir tenté les injections astringentes d’eau vinaigrée et mêlée d’alun, il faut avoir recours au tamponnement des fosses nasales.
On combat les hémorrhagies intestinales par des lavements astringents d’alun , de ratanhia ou de cachou.
Les escliarres et les plaies au bas des reins sont un des accidents les plus fâcheux et les plus fréquents delà maladie ; on doit s’efforcer de les prévenir en changeant souvent le malade de position, et en entretenant la plus grande propre té au tour de lui ; les urines et les matières fécales , quand les excrétions sont involontaires, ne doivent jamais séjourner dans le lit. Lorsque néanmoins la peau qui recouvre le sacrum commence à rougir et à s’écorcher, il faut de suite la bassiner avec du vin chaud , la couvrir d’un emplâtre de diachylon, ou mieux j caler le malade en se servant d’un coussin percé à son centre. Les perforations intestinales sont constamment suivies de la mort et ne peuvent réclamer l’emploi d’aucun traitement. Des médecins irlandais ont pourtant conseillé alors l’emploi de l’opium à haute dose.
La convalescence de la dothinentérite est longue, comme nous l’avons dit, et exige des soins minutieux. On doit surtout se garder de satisfaire la faim du malade ; ce n’est que graduellement et avec la plus grande précaution que des aliments lui seront accordés. Le changement d’air et le transport du malade à la campagne ont très souvent une heureuse influence sur son rétablissement. ,
J. -P. Beaude ,
Médecin-inspecteur des établissements d'eaux minérales, membre du conseil de salubrité.