‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 199 sur 316 · DOU · texte numérisé non relu

DOU

taine force sur une partie quelconque du corps. L’appareil des douches et leur mode d’administration sont assez variables, suivant le but qu’on se propose. Les douches de liquides sont chaudes ou froides; ces dernières ne sont guère usitées que dans les maisons d’aliénés. Il ne faut pas les confondre avec les affusions ( V. ce mot ). Les douches chaudes sont employées dans un grand nombre d’établissements d’eaux minérales. Le liquide chaud est contenu dans un réservoir élevé; il passe dans un tuyau cylindrique en cuir et s’échappe par l’extrémité de ce tuyau, qui est muni d’un robinet, en formantainsi unjetcontinu qu’on peut diriger à volonté sur une partie du corps. La hauteur du réservoir varie, elleest qùelquefoisde quinze à vingt pieds, elle ne peut être moindre de cinq à six pieds; le diamètre du tuyau est de deux à douze lignes. La douche prend le nom d’a.ycendante, de descendante ou de latérale , suivant que le liquide est dirigé de bas en haut, de haut en bas ou latéralement. Quelquefois on divise le jet en forme de pluie , en adaptant à l’extrémité inférieure du tuyau une pomme d’arrosoir. Pour administrer ces douches on place le malade dans la baignoire, qui doit être vide; un tuyau flexible terminé par un robinet sur lequel se vissent les pièces d’ajustage permet de diriger la douche sur les diverses parties que l’on veut qu’elle frappe; le jet de la douche se trouve modifié soit par le degré d’ouverture que l’on donne au robinet, soit par le calibre des pièces d’ajustage, que l’on ajoute à son extrémité. Le diamètre, et par conséquent la force du jet varie suivant l’effet que l’on veut produire: il est d’usage de ne commencer le traitement que par un jet assez faible. La durée de la douche varie de quinze à trente minutes au plus, la durée ordinaire est de vingt à vingt-cinq minutes. Le nombre des douches pour un traitement ne peut être moindre de douze, il dépasse rarement trente; passé ce nombre, et souvent même avant de l’avoir atteint, on doit être fixé sur l’efficacité du moyen ( V. Eaux minérales'). Les douches sont employées avec succès pour combattre certaines affections chroniques des articulations, les rhumatismes chroniques, les fausses ankylosés, quelques espèces de paralysie, etc.

Les douches d’eau froide dont on fait souvent usage dans le traitement de la folie , s’administrent à peu près de la même manière. On dirige toujours le jet sur la tête du malade qui est placé, pendant ce temps-là, dans une baignoire pleine d’eau tiède. On peut lui donner encore des douches par surprise , en laissant tomber brusquement sur sa tète, et d’une hauteur de douze pieds environ, une certaine masse d’eau froide; ces douches sontmême les plusredoutéesdes aliénés. On serait tenté de croire que l’eau froide agit , dans ce cas, comme moyen sédatif', mais cet effet n’est que momentané , et il est bientôt suivi d’une réaction pendant laquelle la peau rougit et il y a afflux de sang à la tète. Les bons effets des douches doivent donc plutôt être attribués à l’action perturbatrice qu’elles exercent sur le cerveau ; il ne faut pas oublier non plus qu’elles sont très

DQU

DOÏJ

redoutées des aliénés, et qu'elles offrent parla un énergique moyen de répression.

Les douches de vapeur s’administrent également au moyen d’un tuyau flexible qui part d’un réservoir où l’eau est en ébullition. La vapeur s’échappe avec force par l’extrémité du tuyau et vient frapper la partie du corps que l’on veut soumettre à son action. Celte partie est maintenue à une distance convenable de l’orifice de sortie; il est pourtant utile , dans beaucoup de cas , que la chaleur soit suffisante pour rougir légèrement la peau. Les douches de vapeur sont employées avec beaucoup de succès pour combattre les engorgements chroniques des articulations, et les douleurs rhumatismales ou goutteuses. On peut construire économiquement un appareil de douches de vapeur , en adaptant un simple entonnoir en fer blanc à un vase métallique renfermant une certaine quantité d’eau. Celle-ci est maintenue à l’état d’ébullition au moyen d’un réchaud ou d’une manière plus commode , en se servant d’une simple lampe à esprit de vin.

Les douches d’air ont été employées dans les maladies de l’oreille pour dégager la trompe d’Eustache. Le docteur Deleau jeune, qui le premier a fait usage de ce moyen, lui doit plusieurs guérisons remarquables (Y. Oreille ) maladie de 1’).

J.-P. Beaude.

douleur ( Path. gén.), s. f. Il est plus aisé de sentir que de définir notre objet, et nul mortel n’est assez prévilégié pour n’avoir de la douleur aucune expérience personnelle. Que ne nous a-til été donné d’enchaîner, de suspendre la sensibilité, quand elle est mise en jeu péniblement, pour ne lui donner l’essor que lorsqu’elle serait excitée par des sensations agréables ! Mais il n’en est pas ainsi, la même faculté quinousrend aptes à jouir nous rend accessibles à la souffrance; partis des antipodes, le plaisir et la douleur n’ont qu’une même voie pour nous captiver, la sensibilité et le système nerveux qui en est le siège ou la condition matérielle indispensable.

Distinguons d’abord la douleur physique de la douleur morale; celle-ci rentre dans le domaine des passions et elle aura son article à part. Il ne sera question ici que de la douleur déterminée par des causes physiques entièrement étrangères à l’exercice des sentimens ou de la pensée.

Mais que pouvons-nous dire de la douleur? ce n’est point une maladie, ce n’en est que le plus cruel symptôme. Il n’y a qu’une classe d’affections dans laquelle la douleur soit le phénomène le plus saillant et le plus digne d’attention ; ce sont certaines souffrances nerveuses, désignées par le termegénériquedenévralgies, etdont il est traité séparément dans ce dictionnaire. La douleur est d’ailleurs la triste compagne de la plupart des maladies, elle en éclaire souvent le siège, la nature, le pi'onostic; c’est presque toujours elle qui nous avertit que la santé chancelle ou que l’organisation court des dangers. Toutefois il s’en faut bien que la vivacité desdouleurs et l'étendue des périls se trouvent dans des rapports cons-

tants; auconlraire, les névralgies, dans lesquelles on observe les souffrances les plus aiguës, sont les affections les moins dangereuses. Du reste la violence des douleurs ne dépend pas moins de la constitution physique etmorale des individus que de la cause accidentelle qui les provoque. Il est des sujets trop sensibles, irritables, mobiles, sans force morale, pour lesquels tontes les souffrances semblent atroces , tandis que les personnes d’un tempérament robuste, d’un caractèreégal et ferme souffrent moins et supportent mieux la douleur.

Les espèces de douleurs sont très nombreuses, les variétés en sont infinies. Il suffit pour cela que chaque individu d’une part et puis chaque tissu, chaque organe dans le fnême corps soient doués d’une sensibilité propre. Le vocabulaire qui sert à exprimer les sensations désagréables, pénibles ou cruelles, est très étendu, et cependant l’expression manque quelquefois à la souffrance. Georget a ainsi groupé les espèces de douleurs :

« démangeaison , prurit , cuisson, picotement, érosion, brûlure; douleur gravative, pulsative, pongitive , lancinante, tensive, contusive, mordicanle, déchirante, térébrante, conquassante; vive, sourde, obtuse, tranchée; douleur nerveuse, goutteuse, rhumatismale; sensation d’étouffement, de suffocation, de strangulation; malaise, anxiété, frisson, froid, fibrité, horripilation , fatigue, lassitude, brisement des membres; impatiences et inquiétudes musculaires ; agacement et crispation des nerfs ; fourmillement, engourdissement dans les membres, etc.»

Le siège de la douleur vient souvent en aide au médecin pour localiser une maladie. Cependant il 11e faut pas ignorer que c’est un guide inconstant et parfois infidèle. Tantôt la douleur manque dans une partie affectée, d’autres fois, par écho, par sympathie , la douleur se déclare loin de l’organe où siège réellement la lésion. C’est ainsi qu’une indisposition d’estomac peut j se manifester par un violent mal de tête sympathique. Le siège de l’affection reconnu, l’espèce 1 de douleur en éclaire la nature. Quoique émanées du même organe, il y a une différence notable entre les souffrances de la gastrite, de la gastral- 1 gie et du cancer de l’estomac. Mais il est inutile j de pousser plus loin les considérations de pathologie générale relatives à la douleur.

Si nous parlons du traitement, nous serons bien plus brefs encore. La douleur n’étant qu’un symptôme, c’est dans l’histoire des maladies où on l’observe qu’il faut aller chercher l’indication des moyens propres a la combattre; il serait entièrement déplacé d’exposer ici le traitement de la céphalalgie, de l’odontalgie, de la cardialgie, des coliques, des rhumatismes, de la goutte, etc. ! Nous dirons seulement que, placé à propos, spécialement contre les souffrances nerveuses , l’o- 1 pium est le souverain remède des douleurs. L’illustre Sydenham a parlé de ce suc précieux avec I enthousiasme, il a presque composé des hymnes en prose à la louange du pavot somnifère, et à la gloiredela divinité qui avait permis ladécouverte de ses consolantes propriétés. Après l’opium,

Page 1