‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 205 sur 316 · ECL · texte numérisé non relu

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que eut donc pour principe d'examiner sans préventions les opinions de toutes les sectes médicales, et de choisir dans chacune d’elles ce qui paraissait le mieux établi. En ce moment plusieurs doctrines médicales étaient en présence à Borne , et, comme il arrive trop souvent pour la dignité de la profes sion et pour le salut des malades, les adeptes de chacune d’elles se croyaient exclusivement dans le vrai. Dans la capitale de l’univers, qui était devenue le rendez vous de toutes les célébrités scientifiques, littéraires et artistiques, les médecins étaient alors divisés en quatre catégories principales , savoir : les dogmatiques , les empiriques , les j méthodistes et les pneumatistes. Nous n’avons pas ! à développer ici quel était l’esprit différent des j quatre écoles rivales ; nous dirons seulement que chacune d’elles, subjuguée par l’ascendant d’Hippocrate, ne manquait pas d’invoquer l’autorité de son nom pour faire prévaloir ses dogmes ou ses préceptes; c’est que , en effet, ce grand homme avait professé qu’il y avait dans l’organisation humaine des sens et de l’intelligence, des solides, des liquides ! et des gaz , de la physiologie , de la chimie et de la I physique , etc. ; qu’il était conséquemment insensé j de vouloir exclure le raisonnement de l’observation, : comme l’observation du raisonnement; de n’admet- j tre qu’une seule loi dans l’organisation , une cause et un traitement uniques dans les maladies. Ainsi, dogmatiques, empiriques, méthodistes, pneumatistes , tous pouvaient puiser dans Hippocrate quelque maxime en leur faveur, parce que les bases étendues de sa philosophie médicale renfermaient les aperçus principaux des méthodes d’observation , des théories et des systèmes qui se sont succédé en médecine.

La perte des écrits d’Archigèned’Apamée ne nous permetpas déjuger eommentil entendait l’éclectisme par lequel il chercha à concilier les doctrines médicales trop exclusives de son temps. Mais, malgré la tendance vers lepneumatisme de l’un et vers le méthodisme de l’autre, nous n’hésitons pas à classer parmi les médecins éclectiques Arétée et Celse, dont les ouvrages sont toujours dignes d’admiration.

Nous allons borner à ce peu de mots l’histoire de l’éclectisme, qui fut étouffé pendant des siècles sous le fougueux dogmatisme de Galien , comme il l’a été ultérieurement sous les préoccupations d’autres systèmes, sortes de monomanies scientifiques , sans délire il est vrai, mais non sans déraison, et dont, il faut l’espérer, nous serons guéris pendant longtemps. Il nous semble qu’aujourd’hui l’éclectisme tend à dominer de nouveau en médecine , et cette révolution scientifique , nous l’appelons de tous nos vœux : car nous pensons que les doctrines médicales qui ont acquis quelque célébrité, quelle que soit leur opposition entre elles, renferment pour la plupart des vérités fondamentales quand on sait les appliquer avec discernement à un certain ordre de faits. L’histoire de la médecine citera un jour M. le professeur Andral parmi les médecins éclairés et judicieux qui auront le plus contribué à faire refleurir l’éclectisme en France.

A. Lagasquie.

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école DE MÉDECINE. (V. Médècine { enseignement de la. )

ÉCONOMIE ANIMALE ( physiol. ). On désigne sous ce nom l’ensemble des fonctions du corps humain. (Y. Organisme.)

écorce {mat. méd.), s. f. {cortex). C’est l’enveloppe des végétaux compris dans la grande classe des dicotylédons ; on fait usage d’un grand nombre d’écorces en médecine : le quinquina , la cannelle , la cascarille, le simarouba, l’angusture, l’écorce de Winter ou fausse angusture , l’écorce de racine de grenadier, l’écorce de chêne , sont les écorces le plus ordinairement employées ; ces diverses substances seront traitées à leurs noms spéciaux. Les peuples du Nord préparent avec l’écorce du bouleau une boisson fermentée dont ils font un fréquent usage (V. Bière). Les écorces servent encore à faire des vêtements, du papier, des cables, etc.; c’est un des produits végétaux les plus utiles , et dont l’industrie humaine a tiré le plus grand parti.

écorchure (chir.) , s. f. C’est une petite I plaie, seulement déterminée par l’enlèvement de I l’épiderme à la suite d’un froissement violent. Il I suffit pour les guérir, lorsqu’elles ne sont pas enflammées, de les couvrir d’un peu de baudruche mouillée ou d’un peu de papier de soie qui , dans ce cas , remplace l’épiderme détruit en soustrayant la peau dénudée au contact de l’air, qui agit comme corps irritant. Il faut se garder de couvrir ces petites lésions de pommades , d’emplâtres ou de liquides plus ou moins irritants, qui ont pour résultat d’enflammer la peau et de déterminer de la douleur. Lorsque les écorchures existent aux pieds ou aux jambes, il faut, pour peu qu’elles soient considérables, garder le repos; caria marche en détermine l’inflammation, et, lorsqu’elles suppurent, elles sont souvent fort longues à guérir : il faut, dans ce cas, faire des lotions émollientes, et couvrir la petite plaie avec un linge enduit de cérat. L’exercice du cheval donne souvent lieu à des écorchures à la partie interne des cuisses, contre lesquelles on doit se garder d’employer les remèdes irritants que ne manquent jamais de vous conseiller les écuyers ; il convient de saupoudrer ces écorchures avec de la poudre de lycopode ou d’amidon Un corps gras appliqué sur les parties qui doivent être en contact avec la selle, prévient souvent ces petites blessures ; les caleçons de peau de daim agissent aussi d’une manière efficace dans le même sens. Lorsque l’écorchure est considérable , elle constitue une plaie. (V. ce mot). J- B.

écoulement (méd.), s. m. (Y. Blennorrhagie); écoulement menstbuel (V. Menstruation).

écrevisses (yeux d’ ),s.f.pl.,( V. Yeux d’ècrevisses. )

éclisse [ehir.), s. f. (V. Attelle.)

ÉCROUELLES (méd.) s. f. pl. (V . Scrofules).

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ecxhyma ( méd .), s. m. C’est le nom donné par Willan à une maladie de la peau caractérisée par des pustules. M. Alibert l’a désignée sous le nom de Phlyzacia (V. ce mot).

eotbopion ( path .), s. m. C’est le renversement des paupières. V. Paupières ( Maladies des) .

eczéma (méd.), s. m. C’est le nom donné par Willan à la dartre squammeuse humide (V. Herpes).

édulcoration ( pharm .), s. f. (de edulcorare , rendre doux). C’est l’action d’ajouter du sucre, du miel ou un sirop à une tisane ou à une potion pour les rendre plus agréables; on dit édulcorer une tisane, une potion, pour indiquer qu’on veut les sucrer. J. B.

effervescence (i chtm .), s. f. C’est le dégagement rapide du gaz que peut contenir un corps liquide ou solide auquel il se trouvait combiné ; l’effervescence a lieu ordinairement en dégageant au moyen d’un acide le gaz acide carbonique du carbonate qu’il formait. La potion anti-émétique de Rivière est fondée sur ce principe. J. B.

effluves ( hyg .), s. m. On donne ce nom aux vapeurs qui se dégagent des matières végétales et animales en décomposition dans les lieux humides, et spécialement dans les marais. Ce mot a été aussi généralisé, et l’on a donné le nom d’effluves à toutes les émanations du corps , n’importe à quelle classe ils appartiennent; lorsque les effluves ont une action pernicieuse, on leur donne le nom de miasmes (V. Contagion , Marais , Fièvre intermittente). J. B.

effort ( chir .), s. m. (V. Hernie). On désigne aussi sous ce nom la rupture des fibres musculaires, qui a lieu à la suite d’un effort violent (V. Muscles) (Rupture des).

ÉG1X.OPS (chir.), s. m. (du grec œix, œigos, chèvre, et de ops, œil, œil de chèvre). On a donné ce nom à une petite ulcération qui se développe dans l’angle interne des paupières, près du sac lacrymal. V. OEil (Maladie de 1’).

égophonie (path.), s. m. Sous ce nom on désigne la résonnance particulière de la voix dans la poitrine, perçue au moyen du stétoscope dans certaines affections de cette partie (V. Auscultation).

égouttiers (cureurs d'égouts. Maladies des) (hyg. et path.). On a donné ce nom à des ouvriers qui sont chargés d’entretenir net le fond, le radier des égouts et d’enlever les matières solides qui s’y accumulent, matières qui contiennent des débris de végétaux et d’animaux , des eaux chargées d’urine et quelquefois de matière fécale.

La profession d’égouttier n’est pas une profession qui nécessite un apprentissage, elle est exercée par le premier ouvrier venu qui bientôt est au fait du métier ; elle n’est connue que dans les grandes villes, et elle est plus ou moins pénible à exercer selon la nature des eaux qu’on fait couler dans les égouts; en effet les eaux ménagères ne !

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sont pas aussi dangereuses que le sont celles qui sont fournies par les eaux des blanchisseurs , des teinturiers, des tanneurs, des boyaudiers, des bouchers, des fabricants d’eau de javelle, etc.

Si l’on recherche quelle peut être à Paris l’époque où l’on a dû créer des égouttiers, on est porté à établir que cette époque est contemporaine de celle où l’on construisit les premiers égouts. Ce fut vers 1374 que Hugues Aubriot, prévôt des marchands, fit voûter la rigole découverte qui conduisait les eaux du quartier Montmartre vers le ruisseau de Ménilmontant, déjà tari par les changements survenus dans les sources au nord de Paris. Ce ruisseau devint lui-même un égout qui ne fut voûté qu’en 1740 et reçut le nom de grand égout; il se jette dans la Seine, à Chaillot, près de la prise d’eau qui alimente les réservoirs de cette partie de Paris.

La profession d’égouttier est plus ou moins pénible, 1° selon le développement de l’égout, 2° selon qu’il reçoit plus ou moins d’eau et de matières solides, 3° selon qu’il est couvert ou découvert.

Ces égouts sont de structure différente selon les localités et l’époque de leur construction; il y en a qui sont construits en pierre de taille; d’autres n’ont que le radier et le bas des pieds-droits en pierre de taille, le haut est en meulière ou en moellons piqués avec des chaînes en pierre de taille ; dans d’autres quelques radiers sont pavés; enfin il en est, dit-on, car nous n’avons pas vu les égouts, qui sont construits en brique; à Londres les égouts sont tous construits en briques, même le radier.

La dimension des égouts varie, suivant les usages auxquels ils sont destinés : les égouts collecteurs sont vastes, et le grand collecteur d’Asnières a plus de cinq mètres de largeur sur quatre mètres quarante de hauteur; les collecteurs secondaires ont des dimensions moindres, et les divers types des égouts sont au nombre de douze; le plus petit, d’après les nouveaux règlements, doit avoir un mètre soixante-quinze de hauteur et un mètre trente dans sa partie supérieure. La section des petits égouts depuis le n° 8 est ovoïde; les grands égouts ont une cunette sur le radier avec accotement à la naissance de la voûte ovoïde. Tous ces égouts sont construits aujourd’hui en meulière avec ciment romain, et ils offrent une grande solidité ; le revêtement intérieur est formé d’un enduit de ciment romain. L’étendue des égouts existants à Paris au 31 décembre 1864 était de trois cent quatre-vingthuit mille quatre cent cinquante et un mètres : tous les jours on en construit de nouveaux.

L’abondance des eaux claires qui sont maintenant déversées dans les égouts a le double avantage de rendre le curage bien plus facile et moins dispendieux, et de prévenir les accidents qui menaçaient la santé des ouvriers; aussi est-il rare aujourd’hui qu’un ouvrier se trouve indisposé pendant le service, ce qui arrivait fréquemment lorsqu’il fallait traîner à force de bras et presqu’à sec les masses de vase sans liquides qui s’accumulaient dans l’espace d’un curage à un autre sur le radier des égouts, qu’on ne pouvait alors laver à grande eau comme aujourd’hui, où l’on a des wagons vanes pour les chasses d’eau et des chemins de fer pour transporter les produits solides provenant des curages.

Les ouvriers qui travaillent dans les égouts

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sont exposés à des accidens fort graves ; ces accidens varient selon la nature des matières qui se trouvent en putréfaction ; en effet ces canaux reçoivent tomes les eaux devenues superflues et avec elles tout ce qui couvre la surface des villes, les boues et les débris des végétaux , les chiens et les chats morts, beaucoup d’excrémens et la matière des fosses d’aisance de plusieurs maisons. La matière des égouts diffère encore suivant les métiers qu’on exerce dans le quartier, tels que ceux de blanchisseur, teinturier, tanneur, boyaudier, etc. Les immondices de boucherie donnent lieu à une fermentation putride et à des émanations septiques en tout semblables à celles qui s’élèvent des tombeaux et des fosses destinées aux sépultures; toutes ces matières forment un dépôt nommé molange qui s’attache aux parois des égouts, les obstrue et nécessite qu’on les nettoie de temps en temps. Lorsque les ouvriers récurent ces dépôts, ilsedégage parfois des vapeurs tellement délétères qu’ils tombent en asphyxie. On lit da ns les Mémoires de fa< adémie des sciences, année 1781, lefaitsuivant : Sept ouvriers étaient entrés le vendredi 8 juin 1781, vers les trois heures et demie, dans l’égout de la rwe Verte, faubourg Saint-Antoine Un d’eux sortit par la bouche de l’égout qui s’ouvre sur le boulevard pour chercher des secours dont il avait lui-même besoin. Il osa y rentrer accompagné de plusieurs personnes du peuple, il chargea un de ses camarades sur ses épaules, revint et tomba frappé d’asphyxie. Les cinq autres furent promptement retirés; trois avaient perdu la vie et un quatrième expira peu de temps après malgré les secours qui lui furent administrés. Parmi les soldats de la garde de Paris et les autres assistans qui avaient donné des soins à ces malheureux plusieurs furent attaqués des symptômes analogues à ceux des asphyxies commençantes. Un caporal fut pris plusieurs heures après l’accident de convulsions effrayantes et l’on craignit pour sa vie; plusieurs soldats eurent pendant la nuit suivante des maux de tète et d’estomac, des nausées et des défaillances très-opiniâtres; la région de l’estomac étai* surtout le centre de ces affections; une femme qui avait contribué avec les autres assistans au soulagement des asphyxiés fut attaquée très vivement.

L’observation rapportée par la commission chargée en 1826 de faire exécuter le curage des égouts Amelot,de la Roquette, Saint-Martin, etc., peut venir à l’appui de ce que nous avons exposé. Dans la rue du Chemin-Vert et seulement chez des ouvriers occupés à la surface du sol et qui ne descendaient pas dans l’égout, on observa un grand nombre d’accidens, par la raison peutêtre, disent les commissaires, que les matières animales à moitié décomposées envoyées dans cet égout par l’abattoir Popincourt auraient pu donner à la boue qu’elles formaient une action plus forte et plus a< tive.

L’accident le plus commun que les membres de cette commission ont observé chez les égouttiers test l’oph'halmie, tantôt déterminée par l’action directe de la boue des égouts, tantôt par

l’impression des gaz échappés de cette boue lorsqu’on la remuait ou lorsqu’on la transportait.

Chez plusieurs ouvriers l’ophthalmie fut très intense; plusieurs d’entre eux qui n’eurent pas la précaution de se laver les yeux après l’impression de la vase ou du sable qu ils y reçurent , y ressentirent quelques momens après l’application de ces corps étrangers une douleur fort vive, qui s’accompagna de rougeur et s’accrut successivement au point qu’il leur fut impossible de dormir dans la nuit; les dérivatifs de toute espèce, les lotions et les applications adoucissantes, tous les moyens employés dans cette circonstance n’apportaient ! aucun soulagement ; les saignées, les sangsues appliquées aux tempes ne firent qu’aggraver le mal ; un d’eux nommé Coignard fut pris d’accidens cérébraux; on craignit pendant long-temps que l’organe malade ne se perdît entièrement, car l’inflammation ne se borna pas à la seule conjonctive qui formait un bourrelet autour de la cornée; elle gagna cette dernière membrane, pénétra jusque dans la chambre antérieure et fit redouter soit un hypopyon, soit la suppuration du globe même de l’œil ; mais enfin les accidens s’arrêtèrent et tout rentra dans l’ordre au moyen de dix saignées qui lui furent pratiquées, de plusieurs sétons qu’on lui mit au cou et de divers moyens usités en pareille circonstance.

Cette ophthalmie survenait tout à coup sans qu’on pût la prévoir ou en saisir la cause déterminante ; son caractère était une cuisson excessive des deux yeux avec larmoiement très abondant et fort souvent cécité presque complète; il fallait alors faire sortir l’ouvrier de l’égout, ce qui souvent était fort difficile, le mener jusqu’à l’endroit où l’on pouvait lui administrer les secours dont il avait besoin ou le reconduire chez lui.

En examinant les yeux on les trouvait injectés très légèrement, on n’y voyait pas de vaisseaux, mais une teinte rosée généralement répandue, tant sur la conjonctive oculaire que sur la conjonctive palpébrale; l’éclat de la lumière augmentait la douleur et forçait le malade à tenir ! les yeux fermés; il existait aussi un besoin irrésistible d’y porter les doigts et d’y exercer toujours des frottemens, ce qui aggravait la douleur et faisait couler les larmes en très grande abondance.

Dans les premiers jours on se contenta de bassinerlesyeux avecde l’eau fraîche aiguisée d’eaude-vie, de renvoyer les malades chez eux avec ordre de se reposer jusqu’à parfaite guérison; S ordinairement vingt-quatre heures d’interruption jj des travaux suffisaient pour rétablir les yeux dans leur état ordinaire. (Rapport de Parent Duchâtelet ).

Un de nous, qui fut alors chargé par le préfet de surveiller ces espècesde travaux, ayant fait un i grand nombre de tentatives pour employer les collyres les plus convenables, il ne tarda pas à trouver que les toniques et les astringens avaient seuls une action suffisante, et que les adoucis- j sans et les émolliens ne faisaient que prolonger le mal . Aussitôt qu’un ouvrier se sentait mal aux yeux il quittait les travaux, allait à la tente ou

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y était conduit par un autre; il s’y lavait les yeux d’abord avec de l’eau fraîche puis avec le collyre quiétait toujours préparé en quantité suflisante et à la portée de tous les ouvriers. L’action de ce moyen fut si efficace que l’on a vu un grand nombre de fois ces hommes reprendre leurs travaux après une ou deux heures d’interruption et de repos; et ce qui était plus curieux, la rougeur, la cuisson et tout ce qui caractérise cette espèce d’ophlhalinie ne reparaissait pas lorsque l’ouvrier rentrait dans l’atmosphère qui avait occasioné cette indisposition; ce n’était qu’après deux, quatre ou huit jours qu’il survenait une ophthahnie semblable à la première. Presque tous les ouvriers ont été affectés de cette maladie que du reste nous considérons comme une simple ophthalmie catarrhale à peu près semblable à la mitte sèche des vidangeurs. Ni la température, ni les localités, ni l’ancienneté de la boue, ni l’âge, ni le tempérament n’ont paru apporter de différence dans sa manière d’agir; on l’aobservéeaussisouvent en hiver qu’en été, sous les voûtes basses, étroites et mal aérées que sous les mieux disposées, chez les anciens que chez les nouveaux ouvriers , aussi souvent enfin dans les égouts encombrés depuis une à deux années que dans ceux qui l’étaient depuis plus de quarante ans.

Quoi qu’il en soit, les circonstances particulières du curage spécial de ces égouts en 1826 a diminué beaucoup le développement de cette ophthalmie, puisque aujourd’hui, tant dans les hôpitaux que dans les dispensaires ophtalmologiques, il est rare de voir des égouttiers affectés d’ophthalmies, ou de conjonctivites.

Les exhalaisons des égouts formées le plus souvent par le gaz acide carbonique, le gaz azote, l’oxide de carbone et l’hydrogène sulfuré frappent d’asphyxie les ouvriers qui descendent sans précaution dans leur intérieur ; lorsqu’un égouttier est atteint d’asphyxie, il faut le retirer le plus promptement possible, l’exposer en plein air, le mettre tout nu et le laver avec de l’eau fraîche.

Dans le traitement des maladies des cureurs d’égouts, Ramazzini conseille de rétablir la transpiration cutanée au moyen de frictions sèches et de bains composés de plantes aromatiques telles que les feuilles de sauge, de lavande, de fleurs de romarin; il recommande d’épargner le sang de ces ouvriers et de préférer à la saignée l’application des sangsues. Ou ne doit employer que des purgatifs légers, de peur d’abattre les forces déjà très-afl'aiblies.

Il faut éviter de donner aux ouvriers des boissons vinaigrées, ou de leur faire aspirer pendant long temps du vinaigre pur , par la raison que l’hydro-sulfate d'ammoniaque étant une substance qui se trouve en très-grande quantité dans les égouts, ce sel peut être décomposé par l’acide acétique qui s’empare de son ammoniaque et laisse à nu l’acide hydro-sulfurique; cette décomposition s’opérant continuellement à la surface de la peau et dans l’intérieur des poumons, on est sûr de mettre les ouvriers dans les condi-

lions les plus désavantageuses, tout en voulant leur être utile, puisque l’acide hydro-sulfurique lue bien plus facilement et plus promptement que l’hydro-sulfate d’ammoniaque, quand celui-ci est seul.

A. Chevallier et S. Furnari.

Professeur à l’école de pharma- Docteur en Médecine , membre

cie . membre du Conseil de sa-> de l’Académie royale de Mé-

lubrité. decine de Païenne.

égyptiac ( ÿharrn .) s. m. C’est une préparation désignée sous le nom à! onguent égyptiac, qui s’employait pour panser autrefois les plaies et les ulcères, et qui est composée de miel, de vinaigre et de vert-de-gris; ce médicament est fortement excitant : on en fait rarement usage aujourd’hui. J. B.

éjaculateurs ( anat . ) adj. Nom donné à deux conduits qui s’ouvrent dans l’urètre chez l’homme, et qui ont pour fonction d’y projeter la liqueur séminale (V. Génération).

élancement [path.) s. m. C’est une douleur qui est analogue à celle que produiraient des coups portés avec un instrument acéré ; cette douleur se manifeste surtout dans les inflammations des parties qui sont bridées et étranglées par des aponévroses ou des enveloppes fibreuses. (V. Douleur). J. B.

élaterium [mat. méd.) C’est le nom donné au fruit du concombre sauvage (V. Concombre ). On prépare aussi avec le suc de cette plante un extrait qui est un purgatif fort énergique, et qui est aujourd’hui presque entièrement abandonné.

électricité (pby. ) s. f. Il existe, dans la na ture, des phénomènes qui paraissent entièrement étrangers à l’attraction et au calorique et sont le résultat de forces qui, sans ajouteraux particules matérielles des corps aucuns principes tangibles ou pondérables , y produisent cependant des mouvements très énergiques: de ce nombre, est l’électricité.

On savait depuis des siècles que l’ambre, le verre, la résine, etc., ont, aprèsavoir été frottés, la propriété d’attirer de petits corps légers ; mais, depuis quatre-vingts ans, cette première notion, qui n’était qu’un fait isolé, étudiée avec plus de soin, a fourni, sous le nom de théorie de l’électricité, une des branches les plus intéressantes de la physique générale.

Plus récemment encore, les importantes découvertes de Galvani ont fait connaître un nouveau mode d’action que l’on avait appelé Galvanisme (voyez ce mot); mais dont l’identité, avec le fluide électrique n’a pas lardé à être reconnue. Enfin, dans ces derniers temps la théorie des attractions et des répulsions que plusieurs métaux peuvent produire d’une manière constante dans certains états particuliers, et que l’on attribuait à un fluide magnétique, a, grâce aux travaux de MM. Ampère eyOErstedt, été parfaitement expliquée par l’action du fluideélec trique.

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On rend compte aujourd’hui, d’une manière satisfaisante, de tous les phénomènes électriques, en supposant qu’il existe dans tous les corps un fluide naturel, dont la présence ne s’annonce par aucun phénomène particulier. Ce fluide est composé de deux éléments qui se saturent réciproquement, mais qui déterminent des phénomènes électriques très prononcés aussitôt que l’un d’eux se trouve en excès.

On a nommé ces élémens fluide vitré et fluide résineux, parce que le verre et la résine prennent ordinairement, par le frottement, des propriétés électriques opposées.

En admettant que les molécules de ces deux fluides se repoussent mutuellement , tandis qu’elles attirent celles du fluide opposé avec une énergie inversement proportionnelle au carré de la distance, on explique jusque dans leursmoindres détails tous les phénomènes électriques.

Quand on voit le rôle immense que l’électricité joue dans la nature, où tous les phénomènes de composition et de décomposition sont soumis à ses lois, on a peine à comprendre pourquoi les médecins s’occupent si peu de cet agent énergique, qui rend d’éminents services à l’art de guérir. Il est vrai qu’ils sunt loin d’être d’accord sur l’utilité thérapeutique de l’électricité. Un grand nombre d’entr’eux pensent que les effets qu’elle produit sont trop variables pour combattre avec sécurité les infirmités humaines. Heureusement ce reproche est loin d’être fondé, quoiqu’il semble justifié par les premiers essais tentés par des médecins qui connaissaient mal la théorie , alors fort incomplète, des phénomènes électriques, ou par des physiciens totalement étrangers aux sciences physiologiques.

Les progrès de la médecine ont appris que toutes les maladies sont dues à l’altération des fonctions d’un ou de plusieurs des organes dont l’ensemble forme le corps humain; or, tout ce qui peut agir sur ces organes, de manière à leur imprimer une modification, peut, par cela même, devenir un médicament; mais pour produire des résultats utiles, il faut que l’action des médicaments puisse être augmentée ou diminuée, afin de se proportionner à l’intensité de la maladie et à la susceptibilité du malade. Pour prouver que l’électricité peut être utilement employée en médecine, il faut donc démontrer qu’elle imprime aux organes des modifications puissantes, et que, par des appareils convenables, l’énergie de son action peut être graduée à volonté.

Personne ne contestera, je pense, que l’électricité modifie le corps humain; il serait par trop extraordinaire, en effet, que, produisant la mort lorsqu’elle est accumulée en quantité suffisante, elle n’ait pas, à de moindres degrés, une action encore très énergique sur l’organisme. Pour maintenir cette action dans de justes bornes et reproduire ceux de ses effets jugés utiles, il faut appliquer aux diverses manières d’électriser des moyens de mesure qui permettent de renouveler chaque jour une action semblable, ou qui soient dans une proportion connu avec celle qu’on avait antérieurement produite. Sans cela, le médecin

marche en aveugle, il lui est impossible de prévoir les modifications que l’emploi de l’électricité va susciter dans les organes, de savoir si elles seront nuisibles ou avantageuses, et l’électricité n’est plus qu’un moyen empirique qui peut faire plus de mal que de bien. Quel est le médecin qui consentirait à pratiquer son art s’il était obligé d’employer un médicament actif sans savoir à quelle dose il le prescrit? C’est cependant là ce qui a eu lieu jusqu’ici pour l’administration de l’électricité; car excepté l’électromètre de Larme, qui gradue les commotions d’une manière incomplète, les différents modes d’électrisation n’étaient, avant mes travaux, soumis à aucun moyen de mesure qui permette de connaître l’énergie de leur action.

Maintenant que nous avons une théorie simple et précise pour expliquer sévèrement tous les phénomènes électriques, etque, grâce à l’anatomie pathologique, le diagnostic des maladies a atteint une précision telle qu’il est presque toujours possible de reconnaître quel est le système ou l’organe malade, et de quelle manière il souffre, nous pouvons, beaucoup mieux que nos devanciers, déterminer les modifications que les différentes manières d’électriser impriment aux tissus vivants, et les avantages qui peuvent en résulter pour le traitement des maladies.

L’emploi médical de l’électricité est donc une science positive qui mérite de fixer sérieusement l’attention des savans.

On voit que l’électricité ne doit plus être considérée comme un moyen spécifique, mais comme un agent physique extrêmement puissant, dont les effets peuvent être prévus, modifiés et régularisés avec plus de précision que ceux de presque tous les médicaments connus.

Elle a, sur ces derniers, l’avantage immense d’être à volonté dirigée sur tel ou tel organe, où la stimulation qu’elle détermine peut être aug- i mentée, prolongée ou arrêtée à l’instant même, tandis que lorsqu’un médicament est introduit i dans l’économie, s’il en résulte des effets nuisibles, il est souvent impossible de les empêcher.

On peut, avec l’électricité, remplir un grand ij nombre d’indications : si elle agit sur la peau, elle y produit à volonté, ou un érythème léger, ou une rubéfaction plus ou moins étendue, ou lavé- jj sication, ou enfin une cautérisation plus ou moins profonde.

Si l’on agit sur les organes contractiles on les force à se mouvoir, et l’on peut faire contracter ; un seul muscle, ou un membre entier, évacuer f l’urine contenue dans la vessie, ou les substances accumulées dans le tube digestif, en y provoquant ' des mouvements péristaltiques dont on règle l’é- I nergie et la durée; dirigée sur les organes glan- ! duleux , elle augmente considérablement leur ï sécrétion sans que les produits soient sensiblement altérés. On peut donc, selon qu’on le juge convenable, faire sécréter des larmes ou de la salive, de la bile ou de l’urine.

L’électricité peut être dirigée à volonté sur telle ou telle partie, en plaçant les conducteurs j-. sur les principaux troncs nerveux qui s’y rendent.

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ou bien en y enfonçant des aiguilles qui deviennent des conducteurs plus directes. On peut, avec l’électricité, remplir des indications opposées suivant qu’on la fait agir sur l’organe souffrant, ou que, respectant cet organe, on stimule le reste de l’économie.

Il est facile de concevoir les applications que l’on peut faire d’un agent qui se montre si puissant et si docile. Indépendamment des divers degrés d’excitation de la peau qui constituent des moyens d’action directe ou révulsive , l’électricité sera, suivant le besoin, vomitive, purgative, sialagogue ou emménagogue.

C’est dans les cas d’empoisonnement par les narcotiques un moyen précieux pour débarrasser le tube intestinal des matières vénéneuses qu’il renferme. Elle peut aussi, dans la paralysie de la vessie, être employée pour donner du ton à la tunique musculaire ; dans la gastrite chronique, quand les aliments ne peuvent plus être poussés par l’action péristaltique affaiblie et subissent l’influence des réactions chimiques, un moyen qui fait contracter la tunique charnue, et qui augmente la puissance de l’action nerveuse sans rappeler l’inflammation de la membrane muqueuse, n’est-il pas un bienfait ?

Dans la dyspnée, dans l’axphyxie, l’électricité s’es t montrée efficace . Elle l’est aussi dans les paralysies; et si elle n’a eu souvent que des succès équivoques, c’est qu’employée d’une manière timide et imparfaite, on n’avaitpassuen tirer tout le parti dont elle est susceptible.

Cependant, malgré son étonnante énergie, il s’en faut que l’électricité soit un remède universel; car il lui arrive quelquefois de rester absolument inefficace dans des cas où son emploi paraissait parfaitement indiqué.

Andrieux,

Médecin de l’bospice des Quinze-ViDgla.

èlectuaire (pharm.) s. m. Les pharmaciens ont donné le nom d’électuaires à des préparations demi-solides, composées de poudres de pulpes et d’autres substances mêlées à un liquide ou à du miel ; ces préparations ont quelquefois reçu le nom d ’opiat, mais les pharmacologistes donnent plus spécialement ce dernier nom aux électuaires qui contiennent de l’opium. On voit qu’il ne faut pas confondre les électuaires et les opiats avec les pommades , car ces dernières sont toujours faites avec des corps gras ; ni avec les onguens , dont la base est aussi un corps gras combiné avec un oxide métallique. Il existe un assez grand nombre d’électuaires; ils seront décrits à leurs noms particuliers. (Y. Thériaque , Diascordium, etc.)

elémi [mat. méd.) s. m. C’est une substance résineuse odorante qui découle par incision d’un arbre d’Ethiopie que l’on nomme Amyris Zeilonica ; il est une autre espèce d’élémi que l’on récolte en Amérique et que l’on nomme Elémi batard, il découle de X Amyris élémifera\ ces deux résines jouissent de propriétés analogues : elles sont blanches ou d’un jaune diversement nuancé,

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quelquefois verdâtre; elles sont cassantes, d’une odeur agréable et analogue à celle du fenouil; on les emploie rarement en médecine , et seulement dans la composition de quelques emplâtres. La résine, ou la gomme élémi , car on lui a aussi donné ce nom , est employée comme cosmétique pour faire adhérer les portions postiches de la barbe ou de la chevelure que l’on veut coller à la peau ; il suffit pour cela de faire dissoudre cette résine dans un peu d’alcool ( esprit de vin ) et d’en appliquer sur la partie où l’on veut faire adhérer ces ornemens. J. B.

éiiÉphantiasis (i méd .), s. m. .Genre de maladie qui prend son rang dans le groupe des dermatoses lépreuses. C’est le plus grand fléau qui puisse affliger notre triste humanité. On lui a donné une multitude de noms divers. Consultez ma synonymie dans mes ouvrages sur les affections de la peau. Le plus souvent, cette lèpre se manifeste à son début par des taches brunes , fauves, d’un rouge foncé et parfois comme lividescent; ces taches se gersent et se boursoufflent ensuite , pour produire des aspérités , des tubercules; le tissu cellulaire se gonfle et se tuméfie; les traits du visage se déforment et prennent un aspect hideux. Les articulations des mains et des pieds augmentent de volume. L’appareil tégumentaire est dépourvu de sensibilité dans plusieurs de ses parties. Quand l’éléphantiasis a fait beaucoup de progrès, la déformation est à son comble.

L’éléphantiasis a beaucoup de formes. La plus commune est celle que je désigne dans mes leçons cliniques sous le nom de lèpre tuberculeuse. En effet, elle se déclare de toutes parts par des éminences fongueuses, par des végétations globuleuses, qui rendent la peau partout inégale, et comme parseméed’aspérités. Ellea été très anciennement décrite par Archigène et par Arétée avec un talent digne d’admiration. Il est une lèpre non moins commune dans certains climats : c’est celle qu’on appelle la maladie des Barbades. Les phénomènes morbides éclatent principalement sur les extrémités inférieures. La peau y est dure, bosselée, d’une couleur grisâtre, ce qui lui donne une ressemblance frappante avec le cuir de l’éléphant. Mais rien de plus extraordinaire ne se manifeste dans l’éléphantiasis , que le développement hypertrophique du scrotum, qui grossit et s’allonge en devenant d’un poids énorme au devant de la partie antérieure des cuisses. Cette sorte de lèpre est surtout commune chez les noirs et les mulâtres. Cette effroyable infirmité s’établit et s’annonce par des crises et des mouvemens fébriles, souvent même par une éruption érysipélateuse. Dans cet état morbide si singulier, le scrotum contient souvent dans ses interstices cellulaires une matière muqueuse , blanchâtre , de consistance visqueuse, dont il importe de favoriser la sortie par des sétons ou d’autres exutoires. Quelquefois, il suffit de presser légèrement la peau, pour la voir transuder au travers des pores.

L’éléphantiasis ne paraît point avoir été connu d’Hippocrate. Car, si cette maladie extraordi-

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uaire s’était offerte à ses regards, il n’aurait pas manqué d’en faire mention dans ses ouvrages. Il y a plus, et comme je l’ai déjà fait remarquer dans ma Monographie des dermatoses , les anciens Grecs ne peuvent avoir créé le mot éléphantiasis ; car, s’il faut encroirePausanias, Alexandre est le premier en Grèce qui ait vu des éléphans , dans sa guerre contre Porus. C’est aux Grecs du moyenâge ( Archigène et Arétée), dont nous avons fait mention plus haut, que nous devons les premières notions de ce fléau qui a été si funeste au genre humain.

Description abrégée de F éléphantiasis . — Pour satisfaire les gens du monde, nous nous bornerons à reproduire ici les principaux caractères de cette affection inconcevable. Ce n’est point d’après des rapports vagues et incertains que je vais la retracer à mes lecteurs. J’ai observé de mes yeux tout ce que je vais rapporter. L’hôpital Saint-Louis étant, pour ainsi dire, un point central de refuge, il n’est peut-être pas de fléau qu’on ne soit à même d’y rencontrer. Il n’est guère d’individu qui, arrivé des pays lointains, avec un pareil mal, n’ait réclamé de mon art quelque soulagement, et ne soit devenu pour moi un sujet d’étude. Cette formidable maladie commence d’une manière presque insensible, et dans son début, elle est fréquemment méconnaissable. Les signes par lesquels elle s’annonce n’ont aucun caractère alarmant, on peut même dire que ces signes sont trompeurs. D’ailleurs, les malades cherchent constamment à se bercer d’illusions consolantes, et nul lépreux n’ose croire au malheur prochain qui le menace. De simples taches jaunes, brunes, blanches et rougeâtres, s’offrent çà et là sur la périphérie du tégument. Les médecins peu exercés s’y trompent ordinairement, en les rapportant à un vice dartreux ou syphilitique. Il est en outre d’autant plus facile de se méprendre sur leur véritable caractère, que la plupart ressemblent à ceséphélides vulgaires qui accompagnent les dégénérescences du foie et des autres viscères abdominaux. Ces taches demeurent souvent stationnaires, tandis que les autres symptômes acquièrent un degré d’intensité considérable. Elle résistent à tous les traitemens et sont fréquemment frappées d’insensibilité et d’engourdissement.

On remarque d’ailleurs que ces individus tombent par degrés dans une sorte de débilité générale qui rend tous leurs mouvemens plus ou moins difficiles. Ils onteux-même une sorte de penchant pour la nonchalance et le repos. La plupart d’entre eux languissent dans un état de torpeur et d’assoupissement. Leurs membres sont affectés d’une souffrance vague, et lorsqu’ils veulent les mouvoir, ils éprouvent une gène indéfinissable dans les articulations. Il en est qui entendent ou qui croient entendre une espèce de craquement dans les jointures de leurs os.

Il y a dans le commencement de cette maladie une sorte de mouvement fébrile, que j’appelle la fièvre lépreuse, il survient alternativement des frisions etde la chaleur; le visage -îst tantôt trèspale, tantôt très-colorié ; le poulr \ist plus fort et

plus fréquent; les malades se plaignent d’uue ardeur cuisante accompagnée de fourmillemens àla face, et même par suite dans tout le reste du corps. Cette sensation devient de jour en jour plus incommode; le visage est de couleur de feu, beaucoup d’entre eux sont exempts de cette fièvre, et n’éprouvent qu’un léger frémissement sous la peau ; toute la périphérie cutanée est, d’ailleurs, bouffie et diffère singulièrement de son état normal.

Bientôt la maladie se prononce par des signes moins équivoques; la face prend une teinte violacée ou bleuâtre; souvent le tissu cellulaire du front et des pommettes s’épaissit , sans changer de couleur; d’autres fois, la peau se soulève en prenant un aspect cuivreux. Quelquefois, les taches sont jaunes et offrent une nuance verdâtre. Les pommettes surtout paraissent comme maculées.

Souvent , comme l’a observé Casai , dans les Asturies, la peau prend une couleur noire; elle devient alors rugueuse et comme onctueuse; mais on n’aperçoit aucune croûte, aucune écaille, aucune pustule, ni aucune autre lésion extérieure. Les malades conservent un certain embonpoint; seulement, leur face a quelque chose de hideux et de repoussant. Leur respiration est embarrassée et leur souffle continuellement fétide. On croit sentir des chairs gangreneuses ou le mucus en putréfaction. Le nez devient épais, change de couleur, surtout à ses ailes; parfois, il est sec et comme racorni; sa cavité se bouche constamment par les mucosités qui y abondent et qui s’y concrètent ; les narines s’épatent et deviennent ulcérées ; les oreilles augmentent tous les jours d’épaisseur, excepté les lobules qui diminuent et s’amaigrissent. Les veines de la face se dilatent; les paupières se gonflent, la région oculaire se tuméfie; l’œil prend un aspect terne et humide, il est d’un blanc pâle foncé, ce qui rend la vue constamment trouble. Cette disposition physique contninue singulièrement à altérer la physionomie des lépreux.

Les mains des malades ont un caractère tout particulier : elles sont en général très-grasses et très-molles au toucher. On les compare avec autant de justesse que de vérité à des pommes cuites sous la cendre; c’est absolument la même couleur On dirait que la peau a été rôtie, brûlée, momifiée; souvent toute la peau du malade a un aspect luisant, comme si elle était imbibée d’huile.

L’insensibilité du derme est un symptôme sur lequel tous les auteurs ont eu raison d’insister. Ce symptôme se remarque principalement aux petits doigts des mains et des pieds. Cette abolition delà faculté sensitive a lieu le plus souvent depuis les mains jusqu’aux coudes, parfois jusqu’à l’aisselle, et aux membres inférieurs jusqu’à l’aine. Il n’est pas rare de voir enfoncer des aiguilles dans les mollets et les talons sans que les malades s’en aperçoivent. J’ai vu un lépreux qui, voulant s’appuyer sur ses pieds, n’avait jamais la perception du sol sur lequel il était appuyé, ce qui le faisait tomber ou chanceler.

L’intérieur de la bouche se remplit bientôt

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d’ulcérations aphteuses* On y remarque parfois des granulations miliaires , absolument semblables à celle que présente la ladrerie des pourceaux. Sous la langue, les veines sont grosses et distendues. On est effrayé de l’épaisseur des lèvres, qui, lorsqu’elles s’entr’ouvrent , laissent apercevoir des dents couvertes d’un limon noirâtre, dont la puanteur a été comparée à celle du bouc, c’est presque l’odeur cadavéreuse d’un cimetière.

Le caractère moral des lépreux prend toujours une teinte sombre et mélancolique. Ils deviennent craintifs, nonchalans et toutefois très irritables. Leurs nuits se passent souvent dans les plus douloureuses insomniesou dans des songeseffrayans. Je me souviens d’une dame qui rêvait souvent qu’on la plaçait dans une bière, et que tout se préparait pour son enterrement. Un caractère général qui appartient aux lépreux , c’est la honte qu’ils éprouvent des autres hommes dont ils évitent autant que possible la rencontre. Le motif de cette conduite tient autant au dégoût qu’ils savent que leur aspect inspire, qu’à l’horreur qu’on a pour la maladie, par la crainte de la contagion , quoique cette crainte ne soit pas fondée.

Il est une période qui doit être spécialement remarquée chez les lépreux : c’est celle où le corps se dessèche; cet état se prononce principalement aux mains, aux bras, aux jambes; alors, la chair se consume , pour me servir de l’expression des auteurs anciens. Les fibres musculaires disparaissent plus ou moins complètement, et il est à remarquer que c’est dans les parties les moins sensibles que l’atrophie se prononce tous les jours davantage , parce que ces parties sont hors de l’influence nerveuse. L’appareil tégumentaire se racornit quelquefois sur le corps. On dirait qu’il a passé par les flammes, et qu’il a subi un commencement de combustion. J’ai vu des lépreux sortir de leur lit: on croit voir des cadavres se dégager des enveloppes du tombeau avec leur pourriture et leur puanteur.

Il arrive un temps où le corps du lépreux subit les plus horribles mutilations. Les doigts et les oreilles se recourbent , les ongles deviennent rugueux; on en fait sortir du sang quand on les presse, parfois ces organes tombent ; d’autres fois ils forment de grandes saillies au-delà des extrémités. M. le docteur Guyon, qui a fait un voyage à la Désirade , a bien voulu me rapporter une grandequantité de ces productions unguiculaires, qui s’étaient ainsi détachées des lépreux qu’il avait eu occasion de visiter.

Mais ce qui répugne surtout à raconter, c’est l’état de sphacèle dans lequel tombent les parties encore animées par une étincelle de vie; eu sorte que les malades meurent, pour ainsi dire, en détail. Leurs membres se détachent par lambeaux, une affreuse carie désunit les articulations , les dents sont éliminées de leurs alvéoles. Tant de maux doivent sans doute jeter les malades dans le plus affreux désespoir, aussi la plupart d’entre eux n’éprouvent aucun attrait pour les plaisirs de la vie, tous les objets leur font horreur.

Enfin , les lépreux meurent par les progrès de cette épouvantable virulence. La fièvre dévorante, le dévoiement colliquatif, les flux sanguinolens se déclarent. C’est dans ces funestes circonstances que les membres sont frappés d’une rigidité spasmodique. Le sens de la vue et celui de l’odorat sont entièrement abolis, le pouls s’affaisse de plus en plus et les malades arrivent au dernier degré de marasme. C’est à celte même époque que les lépreux sont plongés dans une profonde stupeur, leur voix cesse d’être rauque et criarde , elle peut à peine se faire entendre: Vox catullina , comme le dit un auteur; quelquefois , c’est une aphonie complète , le poumon et le cœur cessent de se contracter, le dernier souffle de la vie s’évapore. J’ai assisté à l’agonie d’un éléphantiaque; c’était même à ses derniers moraens qu’un peintre se présenta pour saisir et dessiner les traits de cette horrible maladie. Les yeux de ce lépreux avaient été meurtris par toutes les angoisses du désespoir.

Des causes qu’on présume devoir influer sur la production de C éléphantiasis . L’étiologie de cette affection est encore couverte d’un voile impénétrable. Les autopsies cadavériques fournissent très-peu de lumières à ce sujet. On avait présumé d’abord que ces épouvantables fléaux étaient le triste résultat de quelque virus particulier , qui avait plus ou moins fermenté dans l’économie animale, et qui se développait spontanément dans les humeurs. On avait même disserté avec plus ou moins de diffusion sur la nature de ce virus terrible auquel on se plaisait à attribuer des qualités acides , alcalines, visqueuses , acrimonieuses, enfin, les qualités les plus vénéneuses et les plus malfaisantes. Mais à quels écarts on se livrerait si on adoptait de pareilles hypothèses ! les rôles qu’on a fait jouer à la pituite, à l’atrabile, ne sont pas moins fictifs et imaginaires. On trouve aussi dans les auteurs grecs et arabes des dissertations prolixes qui ne sont pas mieux fondées.

Il est néanmoins un point sur lequel on est généraleinent d’accord, c’est que la voie héréditaire est la cause la plus fréquente du développement de cette affection. La cause de l’hérédité est si puissante, que les enfants qui naissent de parents lépreux ne tardent pas à en être atteints, à moins qu’on ne s’empresse de modifier leur constitution physique, en leur donnant le lait d’une nourrice saine et bien portante ; en leur procurant les moyens de changer d’air, de climat et de situation, en n’omettant rien de ce qui peut

améliorer leur constitution originelle.

Le climat paraît influer d’une manière trèsdirecte sur la. production de l’élephantiasis. G est principalement dans les contrées brûlantes du globe que se déploie ce fléau si terrible pour le genre humain, et probablement l’Afrique fut son berceau. 11 ne faut rien moins qu’une température excessive pour produire les plus affreux résultats; aussi rencontre-t-on cette maladie aux latitudes les plus opposées. Elle est aussi funeste sur les glaces du nord, que sous les feux ardens de la zone torride.

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L’éléphantiasis abonde surtout dans les lieux où une extrême chaleur s’unit à un air humide et chargé de miasmes marécageux. On le rencontre souvent chez les peuples qui habitent l’Arabie , l’Egypte , l’Abyssinie , l’Amérique méridionale; les îles de Java , de Batavia présentent des circonstances atmosphériques qui favorisent singulièrement son développement. On est sûr de rencontrer l’éléphantiasis dans les terres basses et presque submergées, partout où il y a des marécages ou des eaux croupissantes. Le dernier lépreux que nous avons vu mourir à l’hôpital St-Louis avait puisé le germe de son mal sous le ciel impur de Cayenne.

L’éléphantiasis épargne néanmoins les climats chauds quand l’air y est constamment renouvelé; c’est surtout ce qui arrive dans les pays où la végétation est très-abondante ; mais, comment ne pas redouter l’excès de la chaleur atmosphérique dans des lieux où toutes les circonstances semblent concourir pour la rendre plus malfaisante , dans les déserts abandonnés , où rien ne modère sa mortelle influence. Hendy attribue la maladie de la Barbade à la disette des arbres qui la protégeaient autrefois contre les ardeurs du soleil. M. Alard accuse l’action des vents sur le système lymphatique. 11 pense que parmi les intempéries de l’air, il n’en est aucune qui agisse plus directement sur la production de certaines endémies. Les vents sont spécialement nuisibles par le contraste de leur fraîcheur avec la haute température des lieux.

Les alimens de mauvaise nature peuvent engendrer à la longue tous les symptômes de l’éléphantiasis. Dans leurs chétives demeures , les habitans des îles Moluques ne vivent que d’une viande putréfiée et corrompue; aussi sont-ils couverts de chancres ou de verrues ; il est des peuples qui ne mangent que des sauterelles , des lézards, etc.; l’usage trop fréquent de la viande de cochon peut engendrer l’éiéphantiasis. Aussi le législateur des Hébreux avait-il interdit expressément la chair de cet animal. MM. Larrey et Pariset ont particulièrement fait cette remarque.

On a, dans tous les temps, répandu l’épouvante touchant le caractère contagieux de cette horrible maladie ; mais on s’est trop fié sur ce point à des traditions mensongères. Les lois anciennes recommandaient les précautions les plus sévères, et l’habitude où l’on est encore de séquestrer les lépreux , dans plusieurs contrées du monde habité, prouve combien on redoute sa communication.

M. de Pons, dans son voyage à la Terre-Ferme, parle des précautions sans nombre que prenait , en Amérique, la police espagnole, pour s’opposer à la propagation de l’infection lépreuse. On portait les scrupules jusqu’à classer dans la même catégorie des maladies cutanées ou glanduleuses qui s’étaient montrées rebelles à des moyens énergiques ; souvent même des maladies qu’on ne se donnait pas la peine de traiter et qui offraient un appareil de symptômes plus ou moins alarmants. M. de Pons fait aussi mention d’un

hôpital dédié à St-Lazare, qui est situé dans la partie occidentale de Caracas et dans lequel on renfermait les personnes de l’un et l’autre sexe, dont la peau se trouvait souillée par quelque ulcération ou par quelque pustule. Le moindre indice d’éléphantiasis que l’on rencontrait donnait lieu de décider que la maladie était incurable. On avait soin pourtant de séparer les î sexes dans ces lieux de réclusion , mais, on leur permettait de s’unir par le lien du mariage, grand inconvénient qui pouvait servir à propager une maladie si funeste. M. de Sainte-Croix m’a parlé souvent de l’hôpital de Manille, lequel, au moment de son voyage aux îles Philippine^, renfermait une cinquantaine de lépreux. Cet hôpital, situé dans un lieu salubre, est desservi par des religieux franciscains, qui sont logés à part et prennent des précautions infinies lorsqu’ils vont faire l’inspection de leurs malades. Ils ne touchent point aux vases et autres meubles dont se servent ces infortunés. On lave soigneusement avec du fort vinaigre les lieux où ils ont pu se reposer.

Certains observateurs dignes d’une grande foi ] allèguent néanmoins d’autres faits qui devraient I faire révoquer en doute l’influence de la contagion j sur le développement de l’éléphantiasis. Sonnini parle d’un homme lépreux doué d’un tempérament 1 très-ardent , qui communiquait souvent avec sa i femme, quoique celle-ci n’eût jamais éprouvé aucun symptôme de pareille maladie. Pallas affirme { qu’un grand nombre de Cosaques commercent i journellement avec des personnes attaquées de i’éléphantiasis,sansla contracter, ou que dumoins cette maladie ne se communique qu’avec une extrême lenteur .Pour ne parler même que d’après ma propre expérience, je puis affirmer que le grand j nombre d’individus que j’ai eu occasion de traiter n’ont jamais été séquestrés de leurs voisins ; i ils ont constamment reçu les soins les plus charitables de ceux qui ont eu l’occasion de les assis- j ter dans leurs besoins et toujours sans avoir rien contracté.

Des moyens curatifs qu'on peut employer dans j le cas d' élêphantiasis . Tout est à découvrir, tout 1 est à rechercher dans le traitement qui convient j le mieux à la guérison de l’éléphantiasis. En effet, comment cette affection serait-elle combat- j tue avec quelque succès dans les climats ou règne I un aveugle empirisme, où toute méthode cura- $ tive est négligée, où l’on vit dans une ignorance * complète des règles de l’art?

Ce qui fait qu’on a si peu perfectionné les procédés qui conviennent dans le traitement de l’é- H léphantiasis, c’est la persuasion où l’on est géné- 1 râlement que cette maladie est incurable. J’ai k déjà dit que dans tous les pays on séquestre les f lépreux et qu’on les abandonne à leur malheureux sort. Cette mesure s’exécute même au su- I jet des nègres, qu’on aurait intérêt de guérir et 1 de conserver, comme le remarque Baj on. A peine jj voit-on se manifester chez eux quelques légers 1 symptômes, qu’on les enferme dans des cases séparées , et c’est là qu’on se contente de les nourrir pendant le reste de leur chétive existence. ! Lorsque les blancs sont atteints de ce qu’on ap*

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pelle mal rouge, ils n’osent d’abord se confier à personne et se cachent aussi long-temps qu’ils le peuvent ; alors même que ce mal se manifeste aux mains et au visage, ils restent indifférents et consultent rarement les personnes de l’art. Us ont plutôt recours à des arcanes , ou à des topiques plus ou moins actifs qui ne font qu’aggraver leur position.

D’ailleurs, la guérison de cet horrible mal, quand toutefois elle est possible , exige un trèslong espace de temps, et les malades manquent presque toujours de patience. L’anecdote suivante le prouve. Feu Desgenettes, que la science vient de perdre et qui se couvrit de gloire à l’armée d’Orient , par ses lumières autant que par son courage, fut un jour consulté par un Arabe lépreux de 1a. caravane du mont Sinaï, qui , malgré ses dégoûtantes infirmités, ne laissait pas de vaquer encore à des travaux pénibles. La peau de cet homme ressemblait à du cuir desséché. Elle était toute couverte de cicatrices , parce qu’on avait eu recours à l’application du feu. Le célèbre médecin que je viens de nommer lui parla d’abord d’un traitement préparatoire, qui durerait environ trois mois. C’étaient des bains et quelques substances opiacées. Trois mois ! répondit l’Arabe impatienté ; je pensais qu'c, l'aide de quelque charme tu me soulagerais promptement. Je veux avant que le soleil se lève trois fois être hors de V Egypte.

On voit, d’après ce que je viens de dire, pourquoi si peu d’individus guérissent de cette horrible maladie. Bien loin de ralentir leur zèle, les praticiens doivent donc fortifier le courage dej lépreux éléphantiaques, et les exhorter à la persévérance dans l’observation des lois diététiques, et des remèdes que l’art prescrit. Cette précaution est si nécessaire , qu’il est souvent arrivé aux malades de tomber dans le désespoir au moment où la nature était sur le point de reprendre quelque énergie.

Un traitement aussi difficile que celui de l’éléphantiasis exige nécessairement un régime préalable. Il importe d’abord de remonter jusqu’aux sources qui ont pu lui donner naissance. Si le mal dépend des alimens de mauvaise qualité, il ne faut donner aux lépreux qu’une nourriture saine et bien choisie. Si le malade doit en grande partie ce qu’il éprouve à la malpropreté, à la corruption de l’atmosphère, etc., il est évident qu’il faut changer toutes ces conditions. La plupart des affections lépreuses qui régnaient autrefois n’étaient produites que par l’ignorance des règles de l’hygiène, par la disette du linge, par le manque de bains, etc. Il importe de remédier à ces diverses causes avant de commencer aucun traitement.

Comme il est constant que l’élépliantiasis est fréquemment entretenu par des causes locales, il est parfois nécessaire de faire passer les malades dans d’autres pays. Quelques propriétaires qui, dans les îles voisines de Coytivy, vont faire de l’huile de coco, achètent des noirs malades, parce qu’ils sont, à un prix très-modique; or, on observe que la plupart de ces noirs guérissent lorsqu’ils

ont mangé quelque temps de la chair de tortue et des fruits rafraîchissans. Mais, s’ils abandonnent ce régime pour revenir à l’Ile-de-France, ils reprennent bientôt la maladie. Ce fait mérite d’être retenu.

Ce qui déconcerte le médecin , dans le traitement des maladies lépreuses, c’est que d’autres maladies viennent les compliquer. Dans ce cas, il est urgent de remédier aux épiphénomènes qui se présentent ; si ces épiphénomènes se montrent avec un caractère d’acuité, on a recours sans délai aux antiphlogistiques. Si la fièvre est d’un genre très-putride, on emploie les antiseptiques les plus forts et les plus puissants. On donne surtout la préférence à l’écorce du Pérou ( le quinquina).

On éprouve d’ailleurs un grand embarras quand on veut déterminer quels sont les remèdes inté ■ rieurs qui conviennent dans le iraitement de l’éléphantiasis. Il faudrait, dit Pallas, que cette affection fût observée durant plusieurs années par des médecins instruits. Pour trouver les remèdes les plus propres à combattre ces nombreux accidens , il serait utile de bien noter les cas dans lesquels la nature a agi salutairement , et ceux où elle a triomphé de l’intensité du mal. Il faudrait enfin connaître les procédés curatifs que le hasard a fournis; car, c’est aussi par l’effet du hasard que la plupart des remèdes ont été découverts.

En attendant que l’expérience ait mieux prononcé, il faut se borner à citer quelques essais heureux. Un éléphantiaque arriva de l’Egypte dans un état difficile à décrire : ses yeux étaient caves et plombés , ses lèvres grosses et livides, son visage sillonné par des rides hideuses , son haleine empestée , ses mains et ses pieds engourdis et presque insensibles. Sur ses genoux et sur ses coudes s’élevaient des croûtes tuberculeuses. On lui administra d’abord quelques légers soins, il fut ensuite mis à l’usage d’une décoction de bardane et de racine de patience. Le matin , le lépreux prenait du vin de quinquina, à des doses plus ou moins fortes ; le soir, on lui administrait une petite dose de sirop de salsepareille. Pour provoquer la transpiration et pour apaiser les douleurs de la nuit, le camphre et l’opium trouvaient aussi leur emploi. Parfois , on substituait à ces moyens quelques sudorifiques plus puissants, comme, par exemple, le soufre doré d’antimoine. On donnait des extraits amers. Celui de fumeterre était préféré. Quant aux ulcères , on avait d’abord procuré la chute des croûtes par des application émollientes , et les pansemens s’exécutaient avec la pommade anodine. Quelque temps après, on eut occasion de recourir au cautère actuel, pour rétablir la sensibilité dans les parties qui environnaient les ulcères calleux. C’est par ces moyens simples que le malade parvint dans la suite à une entière guérison. Depuis ce temps les cicatrices, dont tout son corps était parsemé sont restées fermées et solides.

Au surplus, dans une matière aussi nouvelle et aussi peu avancée que celle de l’éléphantiasis, chaque médecin a publié sa recette. Schilling préconise la décoction d’une racine qu’on appelle

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tondin et qu’on dit appartenir au genre des paulinia : c’est un arbrisseau qui croît dans les marais de la colonie de Surinam et qui est remarquable par son amertume et son astringence. En Crimée , on cherche à guérir cette maladie avec la décoction d’une espèce de raisin de mer ( ancep sis aphilla ) qui vient de ce pays. M. Robinson a beaucoup préconisé Yasclepias gigantea pulvérisé, qu’il faut mêler avec le calomel et la poudre antimoniale de la pharmacopée de Londres.

Toutes les plantes toniques et sudorifiques ont été citées avec éloge. On a loué avec exagération la saponaire , la contrayerva , la serpentaire de Virginie, la zédoaire, etc. M. de Pons a vu guérir à St-Domi ligue une maladie qui avait tous les car actères de la lèpre. Le patient avait le corps couvert de pustules et les phalanges des extrémités étaient rongées; déjà les doigts s’en détachaient. Un régime sévère et un sirop composé de sassafras, de gayac, de salsepareille et de Bquine, firent disparaître tous ces hideux symptômes ; dans l’espace de deux mois , la santé fut rétablie.

Depuis fort long-temps on avait loué les effets de la teinture des cantharides, pour le traitement de l’éléphantiasis. Mais Robert Willan, qui l’a combinée avec l’écorce du Pérou , prétend n’en avoir retiré aucun effet avantageux. C’est ici le cas de parler d’un médicament dont l’administration inspirait d’abord de vives craintes et que les médecins de l’Inde ne craignent pas d’opposer aux progrès dévastateurs de l’éléphantiasis: c’est l’arséniate de potasse, qui forme la base de la solution si connue de Fowler. Le docteur John- Ridman Coxe et Thomas Girdlastone affirment avoir opéré des cures par cette préparation. Li dose est de dix à douze gouttes, qu’on augmente successivement et qu’on administre dans un véhicule approprié. Quelques praticiens ont proposé l’arséniate de soude , qu’on fait dissoudre dans quelque eau spiritueuse , comme l’eau de fenouil, de menthe, etc.; je ne puis dire à quel point ces remèdes ont pu être favorables; je les ai administrés sans en retirer le moindre avantage.

On ne s’est pas contenté de recourir aux sels arsénicaux. On a osé introduire l’asenic même dans les diverses recettes qu’on a proposées pour combattre un mal aussi redoutable que l’éléphantiasis. Je crois devoir transcrire ici l’extrait d’un mémoire persan , rédigé par le fils de Thamas- Kouli-Kan. Il avait accompagné ce célèbre conquérant dans sa fameuse expédition de l’Indoustan, et il raconte lui-même commentée secret lni fut révélé. Ce fut, dit-il, en 1783, qu’il reçut la visite du sage Molavi-mir- Muhamet-Hussain , homme très- versé dans toutes les connaissances utiles; il était accompagné de M. Richard Johnson et se rendait à Calcutta. Il se fit un plaisir de communiquer à l’auteur du mémoire que nous citons, une ancienne formule des médecins hindous, qu’on disait n’être pas seulement utile pour combattre l’éléphantiasis, mais encore toutes les maladies lymphatiques du même genre.

La préparation s’effectue ainsi qu’il suit : on Etend uh tola{ 105 grains) d’arsenic blanc nou-

vellement préparé , et six fois autant de poivre noir ; on les triture et pulvérise ensemble pendant quatorze jours consécutifs dans un mortier de pierre, avec un pilon de même matière, et on ajoute une quantité suffisante d’eau pure pouï composer des pilules du volume d’un grain d’ivraie , ou d’un petit pois. On en prenait une soir et matin dans une feuille de bétel ou dans une cuillerée d’eau froide. Le fils du médecin de Thamas-Kouli-Ka» l’administra à plusieurs malades très-dangereusement atteints. Dieu est témoin, ajouta-t-il, qu’ils se trouvèrent soulagés, que quelques-uns furent guéris. On peut consulter les faits qu’il rapporte sur l’heureux emploi de ce remède dans le traitement de l’éléphantiasis ; il y a peut-être trop d’exagération dans l’énoncé de ces cures; car les essais sans nombre qu’on a tentés à l’île de Ceylan, sous la direction du savant M. Christie , n’ont eu aucun résultat favorable.

Quelquefois, les moyens les plus doux sont plus efficaces que ces remèdes tant préconisés. A l’Ile-de-France, un individu attaqué de l’éléphantiasis, ayant oui dire que l’île déserte et sablonneuse ( Diego Gardas') abondait en tortues de mer, s’y transporta, dans l’idée que les bouillons composés avec la chair de ces animaux pourraient opérer sa guérison. La tradition ajoute qu’au bout de quelques mois il fut parfaitement rétabli. Tous les jours, dit-on, il prenait un bain de sable qui provoquait une sueur abondante. Les matelots attaqués de cette maladie, en revenant des Indes-Orientales, ont recours au même remède, dans l’île de l’Ascension. On a donné beaucoup trop d’éloges à la chair de vipère et à celle de lézard , qui n’agit pas mieux en pareil cas que la chair de poulet.

Il ne faut pas moins insister sur les moyens externes; d’après mes conseils, mon élève, M. le docteur Daynac.administra sous cette forme l’hy* droclilorate d’or à un jeune lépreux âgé d’environ quatorze ans. Sa manière d’employer ce remède était fort simple. Il fit mêler exactement un grain de ce sel avec quatre grains de poudre de lycopode qu’on divisait en douze doses. Il ordonnait ensuite au jeune malade de se frotter tous les jours la langue et les gencives avec une de ces doses contenant un douzième de grain; ces frictions devaient durer quinze ou vingt minutes, ce traitement eut beaucoup de succès. M. le professeur Lordat a proposé l’emploi dés frictions mercurielles pour la guérison de l’éléphantiasis. Son dessein était de relever l’activité dusystème absorbant, et de dégorger ainsi letissu cellulaire. Ce moyen paraît avantageux , mais les précautions qu’il faudrait prendre pour obtenir une pleine réussite sont loin d’être encore bien déterminées. Suspendons notre jugement jusqu’à une plus ample expérience.

Baron Alibert ,

Médecin en chef de l’hôpital St-Louis, Professeur à la Faculté de Médecine.

élévateur (awa£.)adj. et s. On donne ce nom à quelques muscles de la face dont le nom indique suffisamment les fonctions : il y a un muscle été-

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vateur de l'œil ou droit supérieur, un muscle élévateur de la paupière supérieure , un élévateur commun de la lèvre supérieure et de l’aile du nez, un élévateur propre de la lèvre supérieure ; nous ne croyons pas convenable de décrire ici ces différens muscles, dont les fonctions sont suffisamment indiquées , et qui, d’ailleurs, par leur peu d’importance, ne présentent point d’intérêt (Y. OEil, Bouche). J. B.

élévatoire [ chir .) s. m. Nom donné à des instrumens de chirurgie qui servent à relever les portions d’os enfoncées ; c’est surtout dans les fractures du crâne et dans celles des os plats qu’on se sert ordinairement de l’élévatoire , qui est le plus souvent une espèce de levier. On fait aussi des élévatoires qui agissent comme pourrait le faire un tire-fond. J. B.

élixir ( Pharm .). s.m. Médicaroens ordinairementobtenus par macérations de substances plus ou moins actives dans des liquides alcooliques ou vineux; sous ce rapportilsnediffèrentpasde ceux dont nous parlerons plus tard d’une manière plus générale sous le nom de teintures ou alcolats composés ; cependant on emploie quelquefois la distillation pour la préparation des élixirs. Quant au mot lui-même, on pourrait lui trouver une étymologie grecque ou latine, mais il est plus probablement d’origine arabe; les élixirsappartiennent en effet à la polypharmacie dont ce peuple avait introduit l’iisasre dans l’art médical; le mot arabe alechsiro indique une extraction lente et prolongée. (Guibourt.)

Les élixirs sont généralement des médicaments actifs, et quelques-uns ont conservé une réputation populaire. La médecine rationnelle les dédaigne peut-être trop aujourd’hui, et le charlatanisme moderne semble les avoir aussi abandonnés; les charlatans d’autrefois en tiraient bon parti : le nom d 'élixir paraissait déjà lui-même désigner quelquechose départait, on y ajoutait ordinairement une épithète propre à frapper d’une idée merveilleuse l’imagination du malade ; ainsi nous avons l’élixir de vie , de longue vie , l’élixir viscéral tempérant, l’élixir anti-pestilentiel, etc. Nous allons indiquer la formule et le mode de préparation des deux élixirs les plus connus et les plus employés, en prévenant les personnes qui seraient tentées d’en faire usage sans l’avis d’un médecin, que ce sont des médicaments très-excitants, et qui, dans des cas d’inflammation commençante des organes digestifs , irriteraient le mal au lieu de le guérir.

Elixir de longue vie.

Pr. Aloès succotrin. 35 grammes.

Agaric blanc j

Gentiane. J

Bhubarbe. (

Safran. > de chaque 1 gramme.

Cannelle. /

Zédoaire. 1

Thériaque. J

Sucre. 4 gram.

Alcool à 22° ou eau-de-vie. 1 kilo 700 gram.

Les substances solides doivent être réduites en poudre grossière. On les met digérer dans l’alcool, à l’exception de l’aloès, du sucre et de la thériaque; au bout de huit jours on passe et on exprime le marc; on ajoute alors les substances réservées, on fait digérer de nouveau pendant huit jours et on filtre.

Élixir de Garus.

Safran.

82 gram.

Cannelle.

Girofle.

Muscade.

Aloès.

Myrrhe.

Aloès à 32°.

5 kilos.

Faites macérer pendant quatre jours, distillez à moitié au bain-marie.

D’autre part faites infuser 120 grammes de capillaire du Canada dans 4 kilos d’eau bouillante, ajoutez à l’infusion filtrée 500 grammes d’eau distillée de fleurs d’oranger ; faites dissoudre à froid dans ce liquide 6 kilos de sucre blanc , on réunira ensuite le sirop ainsi obtenu au produit alcoolique de la distillation. On ajoute ordinairement à l’élixir une quantité suffisante de teinture de safran pour lui donner une teinte citrine agréable.

Cet élixir est plus employé comme liqueur de table que comme médicament.

Vfe,

Pharmacien , membre de la Société de pharmacie.

ellébore [mat. méd.) s. m. (Y. Hellébore ).

émaciation \physiol.) s. m. (Y . Amaigrissement.

ÉMANATION (V. Effluves ).

EMBARRAS GASTRIQUE. ( patk .) S. m. Etat

saburral des premières voies ( colluvies gastrica ) , affection du tube digestif caractérisée principalement par la perte de l’appétit, accompagnée de nausées, de vomissements et d’un enduit blanchâtre de la langue, ou par des coliques vagues et de la diarrhée. Elle se divise en deux espèces, qui sont X embarras stomacal ou gastrique proprement dit et l 'embarras intestinal; ces deux

espècesexistentd’ailleursfréquemmentensemble,

et plusieurs symptômes de l’une viennent ordinairement compliquer l’autre. Les partisans de la doctrine de M. Broussais ont confondu bien à tort cette maladie avec la gastrite ou gastroentérite chronique ; elle en diffère essentiellement surtout sous le rapport du traitement ; et il n’y a nul doute qu’il ne faille attribuer à cette erreur de diagnostic, et au mauvais traitement qui en était la suite, la fréquence des affections de l’estomac qui étaient comme à la mode il y a quelques années. Que de prétendues gastrites, éternisées par la diète, les sangsues et l’eau dégommé,

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eussent cédé à l’emploi d’un vomitif ou d’un purgatif 1

La nature de cette maladie n’est pas bien déterminée; les anciens médecins attribuaient sa formation à la présence dans l’estomac et dans les intestins d’un amas de sucs muqueux et bilieux mal élaborés qu’ils nommaient saburre.

1 o Embarras stomacal ou gastrique proprement dit. Cette affection attaque le plus souvent les adultes; parmi les diverses époques de l’année, elle est plus fréquente à la fin de l’été et en automne, surtout lorsque la température est chaude et humide ; elle peut même alors régner épidémiquement. Une certaine influence atmosphérique a en général une grande part à son développement. D’autres causes peuvent y contribuer également en affaiblissant le malade et le rendant moins apte à résister à l’influence morbide inconnue; aussi les auteurs ont signalé parmi ces causes : les excès de table, l’abus de certaines boissons, l’usage d’une mauvaise nourriture, une •vie trop sédentaire, les veilles prolongées, un exercice immodéré , des chagrins , des emportemens de colère, etc.

Symptômes. Au début de l’affection le malade éprouve un sentiment général de malaise et de pesanteur avec diminution de l’appétit , il sent quelquefois de légères envies de vomir le matin en se levant ; cet état peut durer quelques jours et fait bientôt place aux symptômes ordinaires de l’embarras gastrique. L’appétit est alors nul ou presque nul ; le malade a surtout du dégoût pour les aliments gras , et désire en général des substances acides; le matin à jeun ou lorsqu’il vient de manger, il est tourmenté par des nausées, ou même des vomissements de matières amères, bilieuses ou muqueuses. Le creux de l’estomac est quelquefois sensible à la pression; trèssouvent aussi ce symptôme manque. La soif est plus ou moins prononcée ; la bouche est pâteuse, amère, et plus tard le malade y éprouve une sensation de chaleur. Les aliments ont un goût fade ou amer. La langue est recouverte d’un enduit jaunâtre ou blanchâtre plus épais au milieu et vers la base de cet organe. Une vive rougeur des bords et de la pointe avec soif indiquerait en même temps un état inflammatoire de l’estomac. L’haleine est quelquefois fétide ou acide. Presque dès le début de la maladie, il se manifeste un mal de tête, qui a ordinairement son siège au front et qui de là peut s’étendre à d’autres points. Porté à un haut degré, l’embarras gastrique s’accompagne de douleurs à l’estomac, d’accablement et d’une sorte d’engourdissement; l’œil, les ailes du nez, le tour des lèvres, sont d’une teinte jaunâtre, tandis que le reste de la face présente une espèce de lividité. Il se manifeste en même temps un peu de fièvre, surtout le soir.

La durée de la maladie est variable; quelquefois elle se termine au bout de quelques jours spontanément ou par des vomissements ou bien par un peu de diarrhée, et dans d’autres circonstances elle se prolonge au delà d’un mois. C’est au reste une affection assez légère et qui traitée d’une manière convenable se guérit facilement.

On évitera de la confondre avec la gastrite, affection plus rare qu’on ne pense, en se rappelant que dans cette dernière les symptômes locaux de douleur, de chaleur à l’estomac, sont beaucoup plus prononcés que les symptômes généraux; la soif est plus intense , il existe de la constipation, les aliments les plus légers ne sont digérés qu’avec peine et enfin on trouve surtout pour cause un agent irritant porté sur l’estomac, tandis que l’embarras gastrique paraît le plus' souvent se développer sous l’influence de certaines conditions atmosphériques. (Y. Gastrite).

La maladie qui nous occupe se complique souvent d’une éruption plus ou moins étendue de clous ou furoncles, de phlyzacia ( eclityma ), qui persistent tant qu’on n’a pas remédié à l’état maladif de l’estomac. On observe également les symptômes de l’embarras gastrique dans plusieurs autres maladies éruptives ou inflammatoires telles que l’érysipèle, et certaines pneumonies dites bilieuses, etc.

Le traitement est en général facile ; lorsque l’affection est légère et commençante, on peut se borner à un peu de diète et à l’usage de boissons acides, ou légèrement toniques et amères. Ainsi on fera usage de limonade, de sirop de groseilles ou de limon étendu d’eau (deux ou trois onces pour un litre de décoction d’orge mondée ) , de tisane de chicorée mêlée avec une légère infusion d’angélique, etc. Si les symptômes sont plus prononcés et si les nausées sont fréquentes, on aura recours aux vomitifs qui réussissent en général très-bien. On emploie le plus souvent l’émétique ( tartrate double d’antimoine et de potasse ) à la dose de deux grains dissous dans troi s verres d’eau tiède, que l’on fait prendre séparément à la distance de vingt minutes ou d’une demi-heure. On facilite le vomissement en faisant boire au malade de l’eau tiède, ou du bouillon aux herbes; lorsqu’il existe de la diarrhée, on préfère employer l'ipécacuanha qui s’administre en poudre à la dose de dix-huit à vingt grains , divisés en trois portions que l’on prend à vingt minutes de distance dans un demi-verre d’eau tiède; on facilitera le vomissement, comme lorsqu’on administre l’émétique, avec de l’eau tiède ou une infusion de camomille. Pour les enfants, qui vomissent toujours avec facilité, il suffit de donner un grain d’émétique, dissous dans un verre d’eau sucrée; on leur en donne à boire un sixième ou un huitième tous les quarts d’heure jusqu’à ce qu’ils vomissent. On peut encore leur administrer une once de sirop d’ipécacuanha , étendue de quelques cuillerées d’eau; on le fait prendre en deux ou trois doses; il est quelquefois nécessaire pour le rendre plus a”ctif d’y ajouter cinq ou six grains d’ipécacuanha en poudre.

2° Embarras intestinal. Les causes sont les mêmes que celles de l’embarras gastrique, et plus particulièrement une vie sédentaire et les travaux de cabinet. On observe les symptômes suivants : le malade a perdu l’appétit; sa bouche est amère et sa langue est recouverte d’un enduit jaunâtre; il a des rapports aigres ou amers ; les digestions sont lentes; le ventre est tendu quoi-

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que non douloureux à la pression; le malade est tourmenté par des flatuosités , des borborygmes (gargouillements) et des coliques. Presque toujours il existe de la diarrhée ; quelquefois seulement elle alterne avec une constipation qui dure quelques jouis.

L’embarras intestinal est encore caractérisé par des douleurs sourdes dans les reins et un sentiment de courbature plus ou moins marqué. Cette maladie est peu grave, comme l’embarras gastrique, et présente la même marche et la même durée. Elle se termine tantôt peu à peu et d’autres fois par un dévoiement subit et abondant. Il est important de ne pas confondre cette affection avec l’entérite ou inflammation de l’intestin. Nous indiquerons les différences en traitant de cette dernière maladie.

Traitement. On combattra l’embarras intestinal léger par la diète et l’usage des boissons acidulés et amères, comme nous l’avons indiqué pour la première espèce d’embarras. Le plus souvent il est utile de recourir à un purgatif qui amène ordinairement une prompte guérison. On peut faire usage d’une bouteille d’eau de Sedlitz qu’on prend par verre toutes les demi-heures, ou bien de sel de Guindr e( sulfate de soude en poudre six gros ; nitre douze grains , émétique un demi grain), à prendre en une seule dose dans du bouillon aux herbes . D’autres personnes préfèrent les pilules du docteur Anderson dites écossaisses. Trois à quatre suffisent pour se purger. On se sert pour les enfants de sirop de chicorée composé dont la dose varie suivant l’âge ; à quatre ans on peut employer une infusion d’un gros de follicules de séné dans une quantité suffisante de jus de pruneaux sucré. Tout le monde sait qu’on facilite les effets purgatifs au moyen de bouillons aux herbes, ou d’une autre boisson aqueuse abondante ( Y. Bouillon.)

On pourrait à la rigueur admettre une troisième espèce d’embarras gastrique ( embarras gastro-intestinal) qui se composerait des symptômes des deux espèces décrites. Il est facile de se faire une idée de cette variété et du traitement qu’elle doitréclamer. Souvent il est utile alors de recourir à un éméto-cathartique (médicament faisant vomir et purgeant à la fois); le suivant peut être conseillé : ipécacuanha en poudre demi gros, rhubarbe deux gros, infusé dans deux ou trois verres d’eau bouillante. On passe à travers un linge. A prendre en deux ou trois doses à demiheure d’intervalle.

J. -P. Beaude ,

Médecin-inspecteur des établissements d’eaux minérales, Membre du conseil de salubrité.

embaumement {anat. ), s. m. ( balsamatio ). Préparation que l’on fait subir aux cadavres dans le but de les conserver en les préservant de la putréfaction. Ce mot tire son étymologie des&rames généralement employés autrefois dans ce genre d’opération.

L’idée de préserver de la destruction après la mort les dépouilles des personnes qui nous furent clieres, et peut-être les exigences de l’hygiène

sous un ciel brûiant ont dû faire chercher de bonne heure les moyens d’embaumer les corps. Nous voyons en effet cette pratique généralement établie chez plusieurs peuples de l’antiquité, plus tard, elle se perdit presque entièrement chez les Grecs et les Romains , qui prirent l’habitude de consumer leurs morts sur un bûcher. De nos jours, la répugnance qu’inspirent les cadavres et même une certaine crainte superstitieuse nous portent à éloigner les dépouilles de nos parents, et ce n’est que dans des circonstances assez rares que l’on tente de les conserver. Il n’en était pas de même chez les Égyptiens, et tout le monde sait qu’ils se plaisaient pour ainsi dire à vivre au milieu des corps de leurs ancêtres conservés précieusement. Chez eux, la pratique des embaumements était générale et fut portée à un haut degré de perfection; elle se rattachait, il est vrai,

( à leurs dogmes religieux; mais nul doute, comme le pense mon savant maître le docteur Pariset , que ces dogmes n’eussent pour origine la nécessité de se préserver des effets pernicieux de la putréfaction dans un climat chaud et sur un sol inondé chaque année. Ce qui vient à l’appui de cette opinion, c’est que les hommes n’étaient pas seulement embaumés, et qu’on retrouve encore aujourd’hui en Égypte une quantité prodigieuse d’animaux de toute espèce ainsi conservés ; ce n’est que depuis que cette pratique salutaire a été abandonnée que la peste a pris naissance dans cette contrée , où désormais endémique elle menace sans cesse les pays voisins.

Plusieurs historiens nous ont transmis avec plus ou moins d’exactitude les procédés d’embaumement usités chez ce peuple célèbre. Ils se pratiquaient ainsi : les individus qui exerçaient la profession d’embaumeur, et c’était un corps de pi'êtres, introduisaient un fer aigu etrecourbé par les narines , brisaient ainsi la lame, criblée de l’ethmoïde, et retiraient la masse cérébrale en partie avec l’instrument et en partie avec une liqueur dissolvante, qui n’était probablement que du natron (carbonate de soude), rendu caustique par la chaux. Ils pratiquaient ensuite une incision à la partie inférieure du ventre et en retiraient les intestins dont ils se débarrassaient en les jetant dans le Nil, alléguant, comme nous l’apprend Porphyre, un motif superstitieux qui consistait à regarder ces intestins comme lacause de toutes les fautes qu’avait commises le défunt ; les cavités et les viscères étaient alors nettoyés et étuvés avec soin au moyeu d’une liqueur spiritueuse tirée du cèdre ; on remplissait le ventre de myrrhe pure broyée, de cannelle et d’autres parfums ou matières bitumineuses ; puis on salait le corps en le couvrant de natron pendant soixantedix jours ; ce terme expiré, le cadavre était lavé et entouré de bandes de lin disposées avec un art admirable, il était ensuite placé dans un étui de bois et rendu aux parents. Cette métlioae d’embaumement était la plus chère, on la réseivait pour les personnes riches ; autrement on se contentait d’injecter par le fondement une liqueur caustique qui dissolvait les intestins et on salait le corps pendant soixante-dix jours. Les

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recherches de C. Rouyer, membre de la commission des sciences, lors de l’expédition d’Egypte , cnt confirmé la plupart de ces détail. L’on sait que les corps conservés jusqu’à nos jours portent le nom de momies , et qu’on en retrouve en grand nombre en Egypte dans les tombeaux et dans les nécropolis , ces vastes souterrains où l’on enfouissait,dans des lieux séparés, les corps des gensdu peuple et ceux des animaux domestiques. En les disséquant avec soin, Rouyer s’est assuré que trèssouvent l’os ethmoïde était brisé, que les intestins manquaient constamment et que les cavités du ventre étaient remplies de substances tannantes et balsamiques, ou bien seulement d’un bitume analogue à celui qui vient de la mer Morte. Indépendamment des bandes de toile, les corps embaumés étaient souvent couverts d’une chemise étroite lacée sur le dos et serrée sous la gorge ; quelques-uns étaient dorés sur toute la surface du corps ; pour d’autres, cet ornement n’existait que sur le visage, les parties génitales, les mains et les pieds. On trouve encore aujourd’hui dans la plaine de Saqqarah, une quantité innombrable de puits ayant jusqu’à trente pieds de profondeur et remplis de momies d’hommes et d’animaux. Leur température est constamment de 20 degrés. On a rencontré aussi des momies dans plusieurs autres contrées. Il en existe plusieurs au Jardin du Roi qui viennent des îles Canaries, ancienne patrie desGuanches. Au Mexique, le célèbre de Kumbolt a visité un ancien champ de bataille encore jonché d’anciens cadavres espagnols et péruviens, préservés de la putréfaction par une dessiccation rapide sur un sol privé de pluie et au milieu d’une atmosphère brûlante. Enfin, il existe en France le caveau de Toulouse, la tour St-Michel de Bordeaux, quelques tombeaux où des cadavres ent pu se conserver intacts sous l’influence d’un air très-sec et d’une température constante.

Les procédés d’embaumement usités en Egypte réussissent plus difficilement dans nos climats, à cause des différences de température et des brusques variations atmosphériques. Sans nous arrêter aux diverses méthodes proposées et exécutées autrefois, nous décrirons ici les procédés les plus usités aujourd’hui. L’embaumement par les aromates, qui était employé sous l’empire pour les sénateurs, se faisait de la manière suivante : l’opérateur doit se munir , 1° d’une poudre composée d’une demi-partie de tan, d’un quart de sel décrépité et d’un quart de quinquina, cannelle, benjoin et autres substances analogues pulvérisées et arrosées d’une huile essentielle; 2°d’alcool et de vinaigre camphrés ; 3° d’une solution alcoolique de sublimé ; 4° d’un vernis aromatique à l’essence dont la composition peut varier; on y fait entrer du baume du Pérou, du styrax, des huiles de lavande, de thym, etc.; de l’eau tiède et froide, des bandes, du linge, des éponges, des fils cirés, sont en outre nécessaire. Tout étant préparé, on scie circulairemenl les os du crâne après avoir détaché avec précaution le cuir chevelu, et on enlève le cerveau. Les principaux organes de la poitrine et du ventre sont également détachés en coupant la peau et les

muscles par le procédé ordinaire. On fait de profondes incisions à ces divers viscères et dans l’intérieur de chacune des grandes cavités; les intestins doivent être fendus dans toute leur longueur, ensuite on les lave et on les exprime avec soin, d’abord avec de l’eau, et puis successivement avec le vinaigre et l’alcool camphrés. Les autres viscères sont aussi soumis à ces lotions; on applique alors avec un pinceau la solution alcoolique de sublimé sur toutes les incisions pratiquées, on y fait entrer de la poudre de tan composé, et on remet chaque organe à sa place. Après avoir eu soin de bien laver avec l’alcool et le vinaigre camphrés, et de saupoudrer de tan toutes les grandes cavités: on doit pratiquer également de grandes incisions sur les extrémités en suivant le trajet des muscles ; ces incisions sont lavées et traitées comme on l’a dit plus haut. Après avoir rempli de la poudre composée tous les vides de l’intérieur du corps, on recoud la peaueton achève l’opération en vernissant toute la surface des téguments; il est même souvent utile de vernir l’intérieur des cavités. On applique ensuite des bandes sur toutes les régions du corps en remplissant les interstices de la poudre indiquée; ce premier bandage est lui-même verni et saupoudré; on le recouvre d’un second qui est également verni; enfin, le corps est placé dans un cercueil de plomb dont on remplit les vides avec ce qui reste de poudre ; un ouvrier doit en souder le couvercle. Ce procédé est dispendieux et nous pensons qu’il doit être abandonné, surtout depuis la découverte des propriétés conservatrices du sublimé corrosif. Dans ces derniers temps même, la plupart des embaumements ont été faits au moyen de cette dernière substance, qui jouit de la propriété de se combiner avec les tissus, de les durcir et de les rendre inaltérables, quelles que soient les vicissitudes de chaleur et d’humidité. C’est eu immergeant le corps et les viscères dans une dissolution de ce sel, que l’on obtient ce résultat. D’autres substances ont été également proposées par divers chimistes. M. Berzélius a indiqué le vinaigre de bois, un médecin italien veut une solution d’arsenic. M. Braconnot la solution du vitriol vert ordinaire (sulfate de fer). D’autres liquides conservateurs ont été proposés par divers auteurs, tels sont l’acétate et le chlorure d’alumine (Gauual). Le chlorure de zinc, l’hyposulfite de soude (Suquet). Le sulfate de zinc (F.ilconi). Ce dernier procédé parait être très-avantageux ; ces liquides doivent être employés eu injections dans les vaisseaux.

Dans le cours de mes études anatomiques, j’ai fait plusieurs recherches sur les divei'S moyens de conservation des substances animales; j’ai reconnu que de tous les moyens proposés, le plus efficace et le plus expéditif était l’emploi du sublimé, il n’est pas même très-coûteux; mais les pièces ainsi préparées ont un inconvénient, com inun du reste à tous les autres procédés, c’est celui de se raccornir en se desséchant et de se défigurer entièrement. J'ai réussi, en partie, à y remédier en faisant absorber parla peau privée d’épidenne une certaine quantité de tannin; le derme se durcit alors, et devient moins suscep-

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