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L’éphélide lentiforme , que l’on nomme ordinairement taches de rousseur [lentigo), est formée par des petits points arrondis semés en plus ou moins grand nombre sur le visage , le col et le bras. Ces taches se manifestent souvent sans causes connues , quelque temps après la naissance ; plus tard elles apparaissent aussi chez les personnes qui ont la peau blanche et fine , qui sont d’un tempérament lymphatique et d’une constitution peu robuste; celles qui ont les cheveux colorés en rouge sont très-sujettes à cette affection. Lorsque les éphélides sont de la nature que nous venons d’indiquer, elles ne disparaissent 1 qu’avec l’âge, et tous les moyens que l’on met en I usage dans la jeunesse pour effacer ces taches | demeurent toujours sans résultat. Il n’en est pas fde même des éphélides qui ont été produites par ■ l’action du soleil et qui appartiennent à la même division que celles que nous venons de décrire ; ces éphélides, qui ont aussi reçu le nom d "‘ephclis à sole, sont ordinairement plus larges que les précédentes; elles affectent les parties qui sont exposées à l’action du soleil ; souvent elles colorent entièrement le visage d’une teinte uniforme, qui est désignée sous le nom dehâle. Cette affection disparaît quelquefois par la cessation de la cause qui l’a produite , tel que le changement de climat un temps plus ou moins long, la précaution de se préserver des rayons du soleil. On a remarqué que les personnes blondes et lymphathiques sont plus facilement affectées que les personnes brunes et à peau déjà colorée, mais les taches qui surviennent à la peau de ces dernières sont plus foncées.
Les lotions fraîches de lait, d’amandes amères, les décoctions aromatiques , celles qui sont rendues légèrement acidulés, l’eau végéto-minérale (extrait de saturne étendu d’eau), les liquides astringents et les eaux sulfureuses ont aussi été recommandés, et nous pensons que l’on peut s’aider avec avantage de ces moyens qui, lorsqu’ils sont un peu actifs, devront toujours être soumis à l’approbation du médecin.
Les éphélides hépathiques sont des taches plus ou moins larges , irrégulières , qui apparaissent sur diverses parties du corps: le dos, la poitrine, le ventre , les cuisses , sont les endroits qui sont le plus ordinairement affectés. Ces taches qui, ainsi que les précédentes , sont le résultat d’une altération du pigment ou matière colorante de la peau , sont produites par des causes différentes; c’est le plus souvent à un mauvais état des voies digestives que sont dus ces symptômes ; on les voit aussi se manifestera la suite de l’usage de certains aliments, de viandes et de poissons salés; f certains poissons de mer à l’état frais font apparaître ces taches, même lorsque l’on en fait usage une seule fois. La suppression des règles ou d’un flux habituel , certaines dispositions de la peau aux affections dartreuses,sont aussi des causes dont l’action est très- fréquente. Cette sorte de maladie est particulière à l’âge adulte, elle affecte même plus souvent les femmes que les hommes ; on a remarqué qu’elles sont peut-être plus communes chez les personnes brunes que chez celles qui sont blondes.
Ces taches, qui varient quant à leur forme et à leurétendue, ne sont point ordinairement aperçues lors de leur début ; ce n’est que lorsqu’une démangeaison assez vive se manifeste que l’on constate leur présence , et cette démangeaison augmente par l’action de la chaleur et de l’agitation. Les taches sont sans élévation de la peau : elles affectent diverses nuances, depuis la légère teinte de café au lait jusqu’à une couleur fauve bronzée, qui les a quelquefois fait prendre pour des taches syphilitiques; leur dimension est aussi très-variable : elles couvrent quelquefois d’une large plaque toute une partie du corps, comme le dos, la poitrine, le visage. Dans un cas de cette nature, où presque toute la surface du corps était envahie, un dermatologiste dit avoir vu des médecins s’occuper de traiter la portion de la peau restée saine : croyant avoir affaire à une décoloration de cet organe, ils prenaient la couleur de l’éphélide pour l’état de coloration normale de la peau. Cette maladie ne présente aucune gravité, et souvent elle disparaît seule , surtout lorsqu’elle se manifeste pendant la grossesse ; mais il n’est pas toujours convenable d’attendre cette terminaison , et les inconvénients qu’elle cause pour les agréments du visage font que les femmes , surtout , cherchent à se débarrasser promptement de cette infirmité.
Les moyens qu’il convient d’employer sont surtout les boissons1, les lotions et les bains sulfureux ; à l’intérieur les eaux de Barèges, de Cauterets, d’Enghien, de Luchon, et toutes les eaux qui contiennent un principe sulfureux ; il conviendra d’en régler l’usage en raison de leur énergie et du tempérament du malade. Ces moyens devront être secondés par l’action d’un régime convenable* de quelques boissons adoucissantes et dépuratives, et souvent par de légers laxatifs pris à l’intérieur. Enfin, et nous ne saurions trop le répéter, cette maladie, qui, dans son début, effraie si souvent les femmes jalouses de la fraîcheur et de la blancheur de leur teint, disparaît souvent assez promptement et sans laisser aucune trace après elle.
Les éphélides scorbutiques sont de véritables taches produites par l’épanchement du sang dans l’épaisseur de la peau (Y. Scorbut ).
J.-P. Beàude.
épicondyxe [anat. ), s. m. C’est une saillie placée à la partie inférieure de l’humérus, et qui donne attache au ligament latéral externe de l’articulation du bras avec l’avant-bras. (Voir Bras.)
épidémie [méd.], s. f. (du grec épi sur, et de démos peuple). On donne ce nom aux maladies qui attaquent à la fois une grande partie de la population en conservant un caractère qui leur est propre , lequel se représente en partie dans tous les cas particuliers. Les épidémies diffèrent des endémies , en ce que ces dernières sont inhérentes aux localités qu’elles affectent et qu’elles tiennent à des causes qui agissent d’une manière à peu près constante ; les épidémies au contraire sont fortuites, elles sont ordinairement mobiles >
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c’est-à-dire qu’elles affectent successivement un assez grand nombre de localités, et quelquefois même de notables portions du globe ; enfin il n’existe aucune espèce de rapport entre l’invasion d’une de ces maladies et celles qui l’ont précédée et qui doivent la suivre, tandis que le contraire s’observe dans les maladies endémiques, qui reparaissent souvent à des époques marquées, et toujours avec le même caractère qui est déterminé par l’identité des causes de la maladie.
Les maladies épidémiques affectent un assez grand nombre de formes, quelquefois elles n’exercent leur action que sur une certaine classe d’individus, tantôt les enfants, les femmes ouïes vieillards; d’autres fois elles agissent indistinctement sur toute la population ; certaines professions peuvent être atteintes plus spécialement que d’autres , il en est de même de certains tempéraments.
Les causes des épidémies sont encore aujourd’hui un objet de doute et de controverse qu’il est difficile, dansle plus grand nombre des cas, de résoudre d’une manière satisfaisante. L’influence de l’air, de l’humidité, de l’alimentation, joue certainement un grand rôle dans la production de quelques épidémies bornées à de petites localités, mais on ne peut assigner les mêmes causes à ces grandes épidémies qui parcourent souvent plusieurs royaumes, où les conditions de climats sont souvent complètement opposées; ainsi la grippe qui, à diverses époques, s’est propagée dans toute l’Europe, depuis la Russie jusqu’à l’Espagne et l’Italie, ne pouvait certainement pas être attribuée à une des causes indiquées ci-dessus , les conditions de climat et de température se trouvant si opposées dans les divers pays qu’elle affectait; la maladie cependant conservait son même caractère sous l’influence de circonstances extérieures de natures si diverses. Il en est de même du choléra, qui depuis l’Inde s’est propagé en Europe, en Afrique, en Amérique et même en Océanie, en conservant toujours les mêmes formes que l’on avait observées dans les lieux dont il est originaire.
Cette difficulté d’assigner une cause plausible aux grandes épidémies fait que l’on a cherché à les attribuer le plus souvent à des causes occultes et surnaturelles , causes qui ont toujours été en rapport avec les croyances des époques où ces maladies se sont manifestées; ainsi, chez les anciens, c’était la colère des dieux ; dans le moyen-âge, c’était des avertissements de Dieu qui rappelaient aux hommes leurs fautes et les engageaient à demander miséricorde ; lorsque l’astrologie fut en faveur , on attribuait ces grandes maladies aux influences des aslres, à des conjonctions funestes entre certaines planètes. Lorsqu’on en vint à l’étude sévère des sciences exactes , on rechercha ces causes dans l’action de l’air, des vents, du cours des fleuves, dans les grands cataclysmes de la nature, les tremblements de terre, les grands météores, l’apparition des comètes , etc. ; mais l’observation ayant démontré la vanité et l’erreur de la plupart de ces prétendues observations, on fut
obligé d’y renoncer et de chercher encore les causes rationnelles de ces grandes perturbations, qui pendant long-temps seront sans doute enveloppées d’un voile. Nous avons vu, à l’occasion du choléra, se renouveler une partie des prétentions dont nous venons de faire l’énumération; toutes les explications ont été émises , on a été jusqu’à voir des insectes producteurs de cette maladie, et jusqu’à envoyer des bouteilles cachetées à l’Académie des sciences, dans lesquelles on disait avoir enfermé les miasmes qui causaient cette épidémie ; enfin , de ce déluge d’explications, il n’en est pas une seule qui ait pu supporter un examen sévère et rationnel.
Parmi toutes les idées émises à cette époque, il en est cependant une qui paraît avoir fixé l’attention, c'est celle qui attribue les grandes épidémies, et spécialement le choléra, à un état spécial de l’électricité du globe terrestre ; cette hypothèse, qui paraît plus probable que toutes celles qui ont été avancées, est encore loin d’une démonstration; car il faudrait déterminer quelle a été cette modification, et, une fois admise, dire en quel sens elle a pu réagir sur l’espèce humaine pour produire les désordres observés par l’action de la maladie. Peut-être est-on davantage sur la voie en suivant cette ligne, mais rien jusqu’à ce jour ne fait espérer que l’on soit prêt d’atteindre le but.
Un grand nombre de maladies peuvent revêtir la forme épidémique : la coqueluche, le croup, la scarlatine, la dyssenterie, l’angine gangreneuse, les affections catarrhales , la pneumonie , la fièvre cérébrale, les fièvres intermittentes, le typhus, la fièvre jaune, la peste, le choléra, la variole, des fièvres éruptives, la suette, des affections nerveuses, etc... ont été observées tour à tour avec ce caractère ; la gravité de ces diverses maladies est relative à leur nature et à l’intensité de l’épidémie ; telle affection qui est ordinairement peu grave revêt souvent un caractère de malignité qui est dû entièrement à la forme épidémique, et qui rend funeste une maladie qui dans d’autres cas aurait été seulement bénigne. L’histoire nous a laissé des relations de ces maladies terribles, dont la nature ne peut même prendre place dans nos cadres nosologiques, tant les symptômes présentaient peu de ressemblance avec ceux que l’on observe dans les maladies ordinaires; telle est la fameuse peste de 1340, appelée peste noire: quoiqu’elle n’ait eu rien de commun avec la peste qu’on observait en Orient , elle enleva dans certaines localités près des deux tiers de la population ; telle est la peste maranique qui ravagea l’Europe de 1490 à 1495, et qui, suivant les auteurs modernes, est l’origine de la maladie vénérienne que l’on attribuait autrefois à ladécouverte del’Amérique. L’histoire nous montre souvent des exemples de ces maladies qui apparaissent spontanément sous la forme épidémique, et qui ensuite demeurent et n’apparaissent que d’une manière sporadique, c’est-à-dire de temps en temps et par cas isolés, pour reprendre ensuite et à certains intervalles leur forme épidémique : la variole , qui apparut
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la première fois dans nos climats vers le sixième siècle , a conservé cette forme , que le choléra , si nous en croyons les apparences, est peut-être destiné à prendre également parmi nous.
Ce n’est pas seulement dans l’ancien monde que l’histoire a conservé le souvenir de ces grands fléaux qui détruisent les populations. M. Henri Ternaux , qui s’occupe avec succès de recherches historiques sur l’Amérique et dont les travaux ont modifié ce que l’on savait sur les premiers temps de la conquête, cite, d’après des chroniques mexicaines écrites par des Indiens contemporains des derniers empereurs de ce pays, un fait qui établit que les peuples qui avaient occupé le Mexique avant les races qu’y rencontrèrent les Espagnols avaient été détruits par une maladie épidémique. Cette destruction entière d’un peuple auquel on attribue les grands monuments de Palenqué et que les Mexicains désignaient sous le nom de tolthèque , constructeur de maisons, maçon, est un fait unique dans l’histoire ; ce fait acquiert une nouvelle force de vérité lorsque l’on considère le peu d’antiquité de l’empire mexicain quand Cortès y arriva , puisqu’ils n’en étaient, d’après leur chronique même, qu’à leur huitième empereur , et la bonne foi qui paraît présider aux annales de ces peuples, qui ne parlaient nullement de la conquête de leur pays sur les tolthèques.
Si cette dépopulation complète d’un empire ne présente pas de faits analogues dans l’ancien monde, on le doit sans doute aux connaissances hygiéniques qui, même dans les temps d’ignorance, y furent plus répandues qu’elles ne pouvaient l’être dans les nouvelles sociétés d’Amérique, et surtout à la salubrité de nos climats; car, ainsi que nous l’avons dit dans un autre article . au mot Endémique, il n’est pas de contrée sur le globe qui soit moins salubre que ces vastes plaines du nouveau continent , où l’humidité et la chaleur du climat tendent à y développer sans cesse des fièvres de mauvais caractère , et ces causes de maladies devaient être beaucoup plus puissantes avant que les Européens, en y introduisant leurs mœurs et leurs usages , n’eussent contribué à l’assainissement du pays.
Un fait digne de remarque, et queM. Villermé a consigné dans ses intéressantes recherches statistiques sur les épidémies, c’est que ces maladies sont loin de présenter aujourd’hui un caractère de destruction aussi grand que celui qu’elles présentaient autrefois. Doit-on attribuerce résultat à la perfection de notre civilisation, qui diminue à la fois et les chances de danger et les chances de retour de la maladie? Pour nous, nous pensons, avec l’auteur que nous venons de citer, que ce fait est incontestable, et il suffit de jeter les yeux dans nos anciennes annales pour être convaincu que les épidémies sont aujourd’hui et moins fréquentes et moins meurtrières qu’elles ne l’étaient autrefois.
Ces faits de l’influence des soins hygiéniques sont si faciles à démontrer, que la proposition inverse à celle que nous venons d’émettre pour notre pays se présente pour quelques contrées ; ainsi
l’Egypte , qui était si salubre dans l’antiquité , Constantinople, qui sous les empereurs grecs était rarement affectée de maladies contagieuses, alors que les sciences et la religion veillaient à la conservation de la santé publique, se trouvent, depuis que les Turcs en ont fait la conquête, le foyer de la peste qu’elles propagent aux villes de l’Asie- Mineure , de la Syrie et du nord de l’Afrique, contrées qui dans l’antiquité étaient renommées par leursalubrité.
Ici se trouverait le lieu d’examiner les moyens que l’on peut mettre en usage pour se préserver des épidémies. Ces moyens, qui rentrent dans le ressort de l’hygiène publique, sont d’une efficacité générale et doivent varier suivant la nature des maladies : ainsi les quarantaines, qui ont été instituées contre la peste , nous ont certainement préservés de ce fléau depuis deux siècles, tandis que dans les temps antérieurs il avait plusieurs fois attaqué nos villes du midi : c’est à Venise que l’on doit cette institution , dont il sera parlé au mot Peste, et nous pensons qu’elle doit être maintenue, malgré l’avis contraire émis par quelques médecins de notre époque. Les soins d’hygiène publique ne peuvent être indiqués ici même d’une manière générale ; ils forment à eux seuls la matière d’un traité, et consistentdans toutes les mesures de salubrité qui peuvent être indiquées par l’état des sciences: cependant il est de ces mesures qui, conservées par la routine, doivent être signalées ici en raison de leur peu d’efficacité et de la fausse sécurité qu’elles peuvent inspirer ; ce sont les grands feux allumés sur les places publiques , l’usage des substances aromatiques et prétendues désinfectantes. Les autres moyens ne doivent pas être employés d’une manière empirique et sans discernement ; l’autorité devra toujours, dans ces cas, consulter les corps savants, qui sauront indiquer les mesures les plus convenables ; mais nous devons le dire , s’il est des cas dans lesquels ces moyens peuvent être efficaces, il en est d’autres dans lesquels ils paraissent avoir bien peu d’influence.
Lesprécautions qu’indiquel’hygiène privée doivent être aussi mises en usage par les individus dans les temps d’épidémie ; ainsi toutes les erreurs de régime, touteslesimprudencesqui dansdes circonstances ordinaires n’auraient pourrésultatque de déterminer une légère indisposition , peuvent donner lieu dans ces cas à l’apparition de la maladie régnante; c’est ce quenous avons observépour le choléra : l’influence épidémique doit être considérée comme mettant tous les individus dans une prédisposition à contracter la même maladie, et la moindre cause de perturbation suffit pour la faire déclarer. Il faudra donc s’observer avec soin, redoubler de précautions , mais éviter les exagérations même dans ces soins, ne point changer subitement son régime, ainsique l’ont fait si imprudemment une foule de personnes trompées par des conseils peu éclairés. La fuite des lieux où règne une épidémie n’est pas toujours un moyen d’éviter d’en être atteint; ainsi on a vu des personnes fuir à plus de quarante lieues des endroits soumis à l’empire de la maladie , et aller
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succomber à l’épidémie dont ils avaient emporté le germe dans des localités où elle ne régnait pas encore.
L’influence de la salubrité des habitations et celle d’un bon régime, comme préservatif des épidémies, a surtout été mise hors de doute pendant la durée du choléra à Paris : ce sont les quartiers les plus malsains, les plus sales, les maisons les plus mal tenues, les populations les plus pauvres parmi lesquels la maladie a fait les plus grands ravages; etcesfaits, qui sont aujourd’hui prouvés par des chiffres, sont des enseignements qui ne seront pointperdus, et qui devront servir deguide aux administrateurs des grandes villes aussi bien qu’aux individus. ,
L’influence morale joue aussi un assez grand rôle dans la propagation des maladies épidémiques; ainsi la peur, les passions tristes, le découragement, en abattant l’énergie morale , réagissent d'une manière funeste sur la constitution physique, et l’on a observé depuis long-temps que les maladies ravagent beaucoup plus les villes assiégées, les armées battues que celles qui sont victoi’ieuses , alors même qu’elles manquent du nécessaire; ainsi les armées de la république française, mal vêtues, sans chaussures, mal nourries, mais victorieuses, offraient moins de maladies et plus d’énergie que celles de leurs ennemis, qu’une administration plus régulière préservait de ces besoins , mais qui étaient abattues par le sentiment de leur défaite.
Au nom spécial à chacune des maladies ordinairement épidémiques , nous examinerons sa marche , et nous entrerons d’une manière plus étendue dans l’indica tion des moyens propres à la prévenir et à la combattre, ne nous étant borné dans cet article qu’à des généralités.
J. -P. Beaude,
Médecin-inspecteur des établissements d’eaux minérales, Membre du conseil de salubrité.
épiderme ( anat .), s. m. (du grec épi, sur, et de derma , peau, sur peau). On donne ce nom à la pellicule mince , transparente et insensible , qui recouvre la peau. (Y. Peau.)
épidermoide ou épidermique {anat.), adj . On dit système épidermique ou épidermoïde en parlant de l’épiderme qui recouvre la peau et les membranes muqueuses; l’épiderme de ces dernières a reçu le nom d’ épithélium. On dit d’une manière erronnée, productions épidermiques, en parlant des cheveux, des poils, des ongles et des verrues , puisque ces organes ont leur bulbe et leur matrice dans le corps même de la peau, dans le derme. (Y. Peau.) J. B.
épididyme {anat.), s. m. (du grec, épi, sur, et didumos , testicule). On donne ce nom à un petit corps oblong qui est situé à la partie supérieure et postérieure des testicules ; il est formé par la réunion des conduits qui sécrètent lasemence. (V. Testicule.)
épididymite ( path .), s. f. C’est l’inflammation de l’épididyme. V. Testicule ^Maladie du).
épigastre [anat.], s. m. (du grec, épi', sur, et de gaster , ventre; sur le ventre). C’est une région qui est située entre la partie inférieure de la poitrine et de l’ombilic. On la désigne ordinairement sous le nom de creux de l’estomac. (V. pour sa délimitation le mot Abdomen .)
épigastrique [anat.], adj. , qui a rapport à l’épigastre. On donne souvent à l’épigastre le nom de région épigastrique; on a donné le nom A' artère épigastrique à une artère qui naît de l’iliaque externe et qui sort de l’abdomen avec le cordon testiculaire, passe sous le muscle droit et va s’embrancher à la partie supérieure avec la mammaire interne. Cette artère joue un rôle important dans l’opération de la hernie inguinale, en raison des précautions qu’il faut rendre pour éviter sa lésion; elle peut être aussi lessée dans l’opération delà paracenthèse ou ponction de l’hydropisie (V.ce mot). Il existe une veine épigastrique qui accompagne l’artère du même nom. On a donné le nom de centre épigastrique à des ganglions nerveux du plexus soléaire, qui sont voisins de l’estomac ; le centre épigastrique joue un assez grand rôle dans les affections nerveuses, et c’est là que l’on éprouve ce sentiment de resserrement qui est la suite d’une émotion pénible. J. B.
ÉPiGASTR algie. (V. au Supplément.)
épiglotte [anat.), s. f . On donne ce nom à une fibro- cartilage qui est située à la partie supérieure du larynx, et qui est destinée à couvrir la glotte dans les mouvements de la déglutition. (V. Larynx.)
épilatoire ( hyg .), adj. (V. Dépilation).
épilepsie [méd.), s. f., épile p sis, epilepsia de épilam,bano, saisir. L’épilepsie, mal caduc, hautmal, est une maladie connue depuis la plus haute antiquité. Aussi la trouvons-nous désignée par les anciens auteurs sous le nom de mal sacré, mald’Hercule, mal de saint Jean, etc. Dans les temps d’ignorance et de superstition , sa forme effrayante et son invasion aussi subite que l’éclair la faisaient considérer comme infligée par le courroux des dieux ; Hippocrate, dans ses admirables écrits , combat ce préjugé qui régnait déjà de son temps. A Rome , les assemblées du Forum étaient dissoutes quand un épileptique venait à tomber. Plutarque nous apprend que Jules César était sujet à l’épilepsie, mais qu’il sut trouver contre elle du soulagement dans les fatigues de la guerre.
« Jules César était d’un tempérament très fai- « ble , grêle de corps , d’une chair blanche et « molle, souvent tourmenté par de grands maux « de tête et souvent sujet au mal caduc, dont il « sentit la première attaque à Cordoue , en Es- « pagne. Cependant il ne tira point de ces indis- « positions un prétexte à se délicater et à vivre « dans la mollesse ; au contraire, il chercha dans « la guerre un remède à ses indispositions, en « les combattant par de longues et fréquentes « marches, par un régime simple et frugal , et « par des repos à l’air en rase campagne, endurer cissant son corps à toutes les fatigues, sansl’e* « pargner.»( Plutarque, vie de César, traduction de Dacier.) Des hommes non moins célèbres nous
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offrent encore l’exemple de cette cruelle maladie, Mahomet et Charles-Quint.
Au dire d’Asclépiade, un quartier de Rome exposé à l’action d’un air froid et sec était remarquable par le nombre de ses épileptiques.
Bien que l’épilepsie, ainsi qu’on vient de le voir, ait été observée dans les temps les plus reculés , son histoire cependant est restée très-incomplète, et c’est une des maladies qui réclament le plus aujourd’hui les lumières de la science. On s’est long-temps égaré à la recherche de sa nature intime, et l’on a négligé les conditions organiques et vitales de son existence, la connaissance de ses causes prédisposantes et déterminantes. On a toujours voulu découvrir un spécifique, un remède con tre l’épilepsie, et l’on a perdu de vue les indications bien plus fécondes que pouvait fournir l’histoire approfondie de chaque malade, l’étude plus attentive de chacune des maladies que l’on avait sous les yeux. C’est afin de hâter des progrès dont il n’est pas de médecin qui ne sente le besoin, que depuis plusieurs années j’interroge un à un tous les faits particuliers publiés par les différents auteurs depuis Hippocrate, bien convaincu que cette immense statistique secondée d’une analyse et d’une critique rigoureuses, telles, en un mot, que l’état actuel de nos connaissances sur les fonctions et les maladies du cerveau et du système nerveux peut le comporter, jettera le plus grand jour sur la maladie dont il est ici question, et principalement sur son traitement. Et en effet, il n’est pas de jour que je ne voie ressortir de ce travail quelque vue nouvelle, quelque lumière, qui tourneront nécessairement au profit de la thérapeutique.
L’épilepsie est plutôt un groupe de symptômes qu’une affection essentielle; c’est un désordre des fonctions du cerveau , sans fièvre concomitante , reparaissant à des époques ordinairement irrégulières,bien rarement périodiques, et ayantune tendance remarquable à devenir chronique; cette maladie est caractérisée par une perte subite de connaissance, avecinsensibilité générale, convulsions violentes des muscles detoutle corps, ou d’un seul coté, ou meme d’une partie de ce côté, mais sans paralysie consécutive, soit du mouvement, soit du sentiment ; d’autres fois, elle consiste seulement dans une sensation anormale de quelque région accompagnée de vertige et d’absence momentanée , mais avec cette particularité dans l’un et 1 autre cas , à savoir que le patient ne conserve apresl attaque aucun souvenir de ce qui s’est passé.
Ut fulminis iclu
Concidit, et spumas agit, ingemit et tremit artus.
Desipit, extentat nervos, torquetur, anhelat Inconslanter, et in jactando membra fatigat.
Lucrèce , DeNaturd rerum.
Ce désordre des fonctions sensoriales, locomotives et intellectuelles, qui prend le nom d’attaque, a cela de particulier qu’en général il ne porte aucune atteinte aux fonctions nutritives, et laisse l’épileptique jouir de tous les attributs de de la santé pendant l’intervalle de ces mêmes attaques. En effet il est d’observation journalière que
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les épileptiques boivent, mangent, digèrent bien et souvent sont exempts de maladies.
Chez le plus grand nombre de malades l’attaque d’épilepsie , qu’elle s’accompagne ou non de convulsions, c’est-à-dire de mouvemens involontaireset sans aucunecoordination,arrivesansêtre annoncée par aucun symptôme précurseur; chez d’autres, au contraire, elle est précédée de douleurs de tête, d’accès de migraine. ( Noy. Céphalalgie), d’éblouissements, d’étourdissements, debourdonnements d’oreilles , d’une coloration inaccoutumée de la face, de la dilatation des pupilles, d’un changement notable dans le caractère, d’une extrême irritabilité , d’hallucinations variées, plus ou moins étranges, phénomènes qui apparaissent un jour ou quelques heures avant l’invasion de l’accès; chez d’autres, cette attaque est immédiatement précédée d’une sensation quelconque d’engourdissement, de douleur, de froid, de chaleur, de prurit, etc., qui se développe tout-àcoup dans un point donné du corps, le doigt, la longueur d’un membre, le pied, le ventre, le dos, l’œil , et de ce point s’étend rapidement à la tête ; c’est alors que le malade tombe et que les convulsions ont lieu : ces sensations sont désignées parle mot à' aura. J’ai donné pendant long-temps des soins à un malade qui éprouvait au commencement de son attaque une saveur excessivement désagréable et une douleur intolérable à la racine du nez.
Nous n’entrerons pas dans les nombreux détails que présentent les attaques si variées de l’épilepsie, nous nous contenterons d’exposer ce qu’il est nécessaire de savoir pour distinguer cette maladie de tout autre , car nous écrivons pour les gens du monde et il n’est pas sans danger d’étaler à tous les yeux le triste spectacle de certaines infirmités. Voici la forme la plus ordinaire d’une attaque d’épilepsie : au moment où le malade s’y attend le moins , il pousse un cri et tombe privé de connaissance ; les yeux s’ouvrent largement, leur axe se dirigeant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, les pupilles restent immobiles; la bouche est tirée vers l’une ou l’autre oreille ; le malade grince continuellement des dents, et souvent la langue se trouve lacérée par la contraction subite des mâchoires ; la face est portée à droite ou à gauche ou fortement contractée sur la poitrine ; les veines du col se gonflent ; le visage prend une couleur violette et se tuméfie. Les muscles sont agités de convulsions qui se répètent à de courts intervalles ; les membres supérieurs et inférieurs, mais surtout les premiers, éprouvent également des secousses convulsives, qui souvent sont plus fortes d’un côté que de l’autre; la poitrine pendant tout ce temps reste fixe et immobile, ou bien au contraire est violemment ébranlée, et ne semble plus se prêter à la respiration ; une écume blanche, quelque fois teinte de sang , s’écoule de la bouche; à cet état succèdent quelques inspirations profondes, suivies d’un ronflement plus ou moins bruyant; les mouvements de la poitrine reprennent peu à peu de l’harmonie, le pouls, naguère petit, se développe, la face perd sa coloration livide, pâlit et reste profondément
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altérée; les facultés intellectuelles et la sensibilité générale se réveillent graduellement, mais la conscience de ce qui s’est passé reste nulle, le malade ne s’apercevant de son attaque qu’à la fatigue extrême dont il est accablé, et au besoin impérieux qu’il a de goûter quelque sommeil; en effet, c’est à cette lassitude de tout le corps et au désordre de leur couche, que les épileptiques qui sont sujets à avoir des attaques la nuit s’aperçoivent qu’ils en ont eu. Il y a quelques années queje fus consulté pour un malade qui, dans une attaque nocturne, se dilacéra la langue et eut une hémorrhagie fort inquiétante. Il ne fut averti de cet accident que lors de son réveil.
L’attaque d’épilepsie se compose de plusieurs périodes distinctes , d’abord de phénomènes tétaniques, roideur avec immobilité des muscles, suspension de la respiration, congestion de la face, gonflement des veines, petitesse du pouls; puis d’un état spasmodique, convulsion de la face, agitation des membres, retour de la respiration, sortie saccadée de la salive, diminution de la turgescence de la face et de la présence du sang dans les vaisseaux, développement du pouls, enfin de la période du ronflement, avec pâleur de la face, décomposition des traits et retour successif de l’intelligence. Les deux premières périodes sont beaucoup plus courtes que la troisième : leur durée est le plus ordinairement de deux à trois minutes , la première l’étant à peine d’une demiminute; la troisième est au contraire beaucoup plus longue ; elle est d’un quart-d’heure à une demiheure et même plus.
Mais les attaques d’épilepsie n’ont pas toujours la violence dont il vient d’être parlé; assez souvent elles ne consistent qu’en ce qu’on appelle vertige, c’est-à-dire une perte de connaissance momentanée , un léger cri, ou même un soupir plaintif, une convulsion bornée à quelques-uns des muscles de la face. Dans le principe de la maladie , la perte de connaissance peut même manquer et être remplacée par une violente douleur, par quelque phénomène anormal dont l’apparition subite et l'opiniâtreté doivent faire appréhender la nature; ou bien au milieu d’une conversation, le malade s’arrête tout- à-coup , pour reprendre au bout de quelques secondes sa phrase où il l’avait laissée, et la terminer. D’autres fois, l’épileptique tombe comme foudroyé, et reste plus ou moins de temps privé de l’usage de ses sens, mais n’a point de convulsions ; il en est dont l’attaque est caractérisée seulement par une impossibilité de parler et de se mouvoir, les sens et l’intelligence conservant tout-à-fait leur intégrité ; chez d’autres enfin, ainsi que nous l’avons plusieurs fois observé , l’absence mentale est immédiatement suivie d’un état de somnambulisme dont le malade ne conserve pas le souvenir.
L’épilepsie, comme on peut en juger par cette description, est une maladie fort grave; chaque attaque , par les phénomènes organiques qui l’accompagnent, met les jours du patient en danger, et l’expose continuellement à des accidents qui peuvent lui devenir funestes. Lorsque la mort est
la suite des désordres de l’organisme , elle reconnaît pour cause, tantôt l’asphyxie , les poumons devenant incapables d’accomplir l’acte de la respiration , tanlôt la suspension des fonctions du cerveau et de la moelle, suite de la perturbation violente dans laquelle l’attaque épileptique et le défaut d’hématose , qui en est le premier effet, jettent ces organes, tantôt la suppression des mouvements du cœur (Y. Syncope) , tantôt enfin des ruptures accidentelles de gros vaisseaux, comme il en est quelques exemples. En outre, cette maladie, dont les attaques ont presque toujours une tendance à devenir et plus fréquentes et plus violentes, a pour conséquence presque inévitable une perte progressive de la mémoire et un affaiblissement gradué de l’intelligence, qui dégénèrent avec le temps en démence, ou se combinent à des désordres de l’esprit excessivement variables (Y. Folie.). Et ce qu’il n’est pas inutile de faire observer, c’est que cette dégradation intellectuelle arrive plus constamment et plus vite chez les épileptiques qui éprouvent seulement des vertiges, que chez ceux qui sont sujets au grand mal, c’est-à-dire qui ont de violentes convulsions, avec perte complète des sens.
Quoique l’épilepsie soit une maladie de tous les âges , elle est cependant beaucoup plus fréquente pendant les vingt premières années de la vie qu’à tout autre époque de notre existence. Le tableau suivant, dressé d’après deux cent cinquante-quatre épileptiques , fera embrasser d’un coup-d’œil les âges qui y sont le plus exposés :
Epilepsies congéniales ou de naissance. 26 Id. de la naissance à 20 ans. . 152 Id. de 20 ans à 30 ans. . . 38
Id. de 30 ans à 40 ans. . . 15
Id. de 40 ans à 50 ans. . . 18
Id. de 50 ans à 60 ans. . . 5
Sur deux cent quatre-vingt-treize sujets de sexeféminin, atteints d’épilepsie, cent dix avaient été pris de la maladie avant la première menstruation, et cent-quarante huit après; chez trente-cinq, l’épilepsie parut la même année que les règles. Mais s’il existe peu de différence entre l’âge antérieur à la puberté et l’âge qui la suit , sous le point de vue du développement de l’épilepsie, il est un fait plus constant, c’est que cette maladie , lorsqu’elle existe avant la menstruation, retarde notablement l’établissement de cette fonction, et d’une autre part que l’époque de la première menstruation , comme la coïncidence des menstrues, favorise l’apparition des attaques. U fie autre observation qui peut être mise hors de doute , c’est que les personnes du sexe féminin soient plus sujettes à l’épilepsie que celles du sexe masculin, et que les individus nerveux y soient plus particulièrement disposés. Sur 7507 jeunes gens appelés au service militaire, dans l’espace de quatre années, 28 seulement ont été réformés pour cause d’épilepsie ; l’hospice de Bicêtre, consacré aux hommes, ne renfermait que 1 60 épileptiques en 1820, tandis que celui de la
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Salpétrière, où l’on ne reçoit que les femmes, en contenait 324. L’épilepsie est une maladie généralement regardée comme héréditaire, et bien qu’en fait elle ne le soit pas nécessairement, il est cependant d’observation qu’elle se rencontre assez souvent chez des sujets dont les parents ont éprouvé des maladies semblables ou à peu près analogues. Sur un relevé de 130 épileptiques, il s’en trouvait 33 dont les parents étaient ou avaient été hystériques, épileptiques ou étaient devenus imbécilles; les 97 autres étaient issus de père et mère exempts de toute affection nerveuse. Un père épileptique engendra huit enfants tous épileptiques, dont sept moururent en bas âge, et le huitième à dix-huit ans. D’après un autre tableau que nous avons sous les yeux, et qui est dressé sur 273 sujets épileptiques , 28 seulement sont nés de parents épileptiques, hystériques ou aliénés. Mais à cette occasion nous devons observer que la répugnance extrême des parentsetdes maladeseuxmêmes à avouer que l’épilepsie est héréditaire dans leur famille a pu rendre ce chiffre très peu élevé. Une conformation du cerveau imparfaite, vicieuse, est une des conditions assez ordinaires de cette maladie; c’est au même titre queles productions organiques accidentelles de cet organe disposent encore à l’épilepsie; aussi cette maladie est-elle commune chez les idiots et les imbécilles de naissance, comme chez les enfants qui ont des tubercules cérébraux; mais de toutes les causes qui favorisent son développement , il n’en est pas qui exerce une influence aussi constante que la peur; viennent ensuite les chagrins, les convulsions de l’enfance, les violentes commotions morales, les excès vénériens, l’habitude de l’onanisme, la vue des épileptiques, l’abus des boissons alcoolisées, le maniement des composés de plomb, les émanations du même métal , enfin la présence des vers dans le tube digestif, de graviers dans les reins ouïes uretères, du calcul dans la vessie, etc . , et les différentes lésions locales soit des nerfs , soit de toute autre partie du corps étrangère au cerveau; mais ces dernières causes n’ont d’influence réelle que chez des sujets disposés d’ailleurs à l’épilepsie , et seules elles ne pourraient suffire à la provoquer; c’est à cette catégorie que se rapportent les épilepsies dites sympathiques ou symptomatiques. Celles dont le point de départ est dans le cerveau ou la moelle épinière sont par opposition appelées essentielles ou idiopathiques. Quant à la cause matérielle, organique , de l’épilepsie, nous l’ignorons; cette cause nous est inconnue comme celle qui donne le mouvement aux muscles volontaires , la puissance d’action aux sens ; c’est que dans l’organisme vivant il y a quelque chose de plus que la structure. Et en effet, l’examen du système nerveux des sujets morts à la suite d’attaques répétées d’épilepsie , ou pendant la durée de l’une de ces attaques, ne nous apprend rien sur sa nature intime; il n’existe aucune altération constante chez les épileptiques, et dans le plus grand nombre des cas on n’en observe même aucune ; enfin lorsque des dégénérescences ou des désorganisations cérébrales se rencontrent, on est bien plus
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en droit de les regarder comme des effets que comme des causes de l’épilepsie.
Si les bornes de cet articlenousle permettaient, nous traiterions actuellement de l’hystérie et des signes qui peuvent aider à distinguer l’épilepsie de cette autre névrose (Y. Hystérie) ; nous entrerions dans l’examen des attaques épileptiques, nous parlerions des différences qu’elles peuvent présenter sous le rapport des époques où elles ont lieu, de leur répétition , des complications les plus ordinaires de l’épilepsie , de l’influence qu’exercent sur cette maladie l’état de l’atmosphère, les saisons, les localités, etc.; mais tous ces détails ne pouvant trouver place ici , nous préférons consacrer l’espace qui nous reste à dire quelques mots d’un mode de traitement utile dans certains cas pour arrêter les attaques, tout en rappelant que ce n’est ni dans des remèdes, ni dans des traitements spéciaux que l’on peut espérer trouver les moyens de guérir l’épilepsie , mais dans une étude approfondie delà maladie, dansuneinvesligation scrupuleuse del’étatdu malade, dans des soinsbien entendus et administrés dès leprincipedelamaladie. C’est pour ce dernier motif également que nous ne croyons pas devoir exposer ici les différents traitements qui ont été proposés pour la cure de l’épilepsie; celte connaissance ne profiterait en rien aux gens du monde, elle pourrait souvent même leur être pernicieuse , et ne pourrait jamais remplacer les conseils d’un médecin éclairé. Quant au moyen dont il est question plus haut , comme il ne peut jamais être préjudiciable , et que chez beaucoup d’épileptiques il peut rendre d’éminents services , je crois faire chose agréable au lecteur en lui donnant un extrait de l’article que j’ai publié en 1836, dans un journal spécialement consacré à la thérapeutique, sur l’emploi de l’ammoniaque à l’intérieur comme susceptible de prévenir les attaques d’épilepsie imminentes, d’autant que le traitement peut être mis en usage par le malade luimême et sans la moindre difficulté. J’ajouterai que je l’ai conseillé également à plusieurs hystériques et que j’ai souvent eu lieu de m’en féliciter. 1° Lorsque l’épilepsie existe avec un aura et que les parties qui sont le siège de cet aura sont éloignées du cerveau, la perte de connaissance ayant alors lieu d’une manière moins brusque, moins subite, l’usage de l’ammoniaque liquide, administré à l’intérieur, peut devenir un moyen précieux pour suspendre les attaques. 2® L’observation démontrant que la répétition des attaques d’épilepsie favorise le retour de ces mêmes attaques, de même que leur éloignement en rend le retour moins fréquent , l’administration de l’ammoniaque à l’intérieur ayant pour effet d’arrêter l’attaque au moment où elle est imminente, l’usage de ce liquide a nécessairement pour résultat secondaire d’éloigner les attaques d’épilepsie et conséquemment de prévenir le retour de cette maladie, en d’autres termes, de favoriser sa guérison. 3° L’emploi de l’ammoniaque à l’intérieur est suivi d’effets d’autant plus avantageux que ce médicament est administré avec plus de rapidité, qu’il existe moins d’intervalle entre Tins-
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tant où Y aura commence à se faire sentir et celui où le liquide pénètre dans l’estomac. 4° Toutes choses égales d’ailleurs, l’ammoniaque est d’un secours plus puissant lorsque les attaques d’épilepsie sont fréquentes, que dans les cas où les attaques n’apparaissent qu’à de longs intervalles. 5° Des diverses préparations ammoniacales employées contre l’épilepsie, la suivante est celle qui m’a paru mériter la préférence. Prenez : eau de tilleul, une once et demie ; ammoniaque liquide, dix à douze gouttes ; sirop de guimauve, une demionce. Enfermez ce mélange dans un flacon à l’émeri à large et fort goulot, garni de liège et de peau de daim, afin de prévenir qu’il ne se brise entre les dents lors de l’attaque. Le flacon devra continuellement être porté par le malade qui devra s’exercer préalablement à le retirer de sa poche, à le déboucher et à le mettre à sa bouche avec le plus de rapidité possible, afin de pouvoir avaler le liquide qu’il contient en une seule fois dès qu’il s’apercevra de la moindre sensation qui a coutume de lui annoncer son attaque. Enfin, dans la crainte qu’une seconde attaque ne se développe quelque temps après celle que l’on aura fait ainsi avorter, il est prudent d’avoir sur soi un second flacon rempli du même liquide. ( Bulletin de Thérapeutique 1836.)
La prudence exige que pendant toute attaque d’épilepsie, les malades soient couchés sur un matelas, et que l’on éloigne d’eux ce qui pourrait les blesser. Il faut en outre avoir la précaution de placer dans la bouche un tampon de linge ou un morceau d’amadou très épais, afin d’éviter que l’épileptique ne se morde la langue et les lèvres. Si la congestion du cerveau est violente et peut faire craindre quelque hémorrhagie pendantl’attaque, il faut tirer promptement du sang par la veine.
Le lit des épileptiques doit être assez large pour qu’en cas d’attaque dans la nuit, le malade ne fasse pas de chute grave. Autant que possible il faut faire coucher quelqu’un dans la même chambre ou dans le voisinage. Jamais les malades, lorsque les attaques sont violentes et fréquentes, et surtout lorsqu’on se rapproche de l’époque où l’on peut en présumer le retour, ne doivent sortir seuls et fréquenter des lieux qui peuvent favoriser l’apparition de la maladie, à plus forte raison entraîner quelque danger.
Nous terminerons par quelques mots sur l’épilepsie simulée, car il n’est rien que l’homme n’ait tenté. Des individus, particulièrement pour se soustraire au service militaire , des mendiants, our exciter la commisération publique ou pour tre admis dans les hospices, feignent des attaques d’épilepsie; mais ces personnes allèrent souvent de la sorte leursanlé, et il en est plus d’une qui ont payé leurs coupables manœuvres par le développement d’une véritable épilepsie. Ces tentatives sont d’autant plus inutiles pour les malheureux qui s’y livrent que les hommes de l’art reconnaissent facilement la supercherie.