CHAPITRE "VU. — physiologie
La physiologie est la science qui traite des phénomènes et des propriétés de la vie. Prise dans sa plus grande extension, elle s’occupe de tous les êtres organisés, c’est-à-dire doués de la vie, depuis la plante jusqu’à l’homme ; d’où, pour les végétaux, la physiologie végétale ; pour les animaux, la physiologie comparée ; et, pour l’homme en particulier, la physiologie humaine. Cette dernière est la seule dont nous ayons parlé dans ce Dictionnaire. C’est donc à cette dernière seule qu’auront trait les quelques généralités dans lesquelles nous allons entrer ici.
TNous avons parlé des propriétés des corps inertes; les corps organisés les possèdent toutes; mais, de plus, il s’y joint la puissance de produire par eux-mêmes certains phénomènes particuliers ; c’est là l’opposé de l’inertie. Ainsi, un muscle se contracte, il rapproche ses deux extrémités, il se meut donc spontanément. Cette propriété, la contractilité, est une propriété vitale. Le rein sécrète de l’urine, dont il sépare les matériaux de ceux du sang ; cet acte s’accomplit
INTRODUCTION
sous l’influence d’une faculté particulière que présente le rein; cette faculté, c’cst encore une propriété vitale. Les différents phénomènes que présentent les corps organisés ne sont donc autre chose que la manifestation des propriétés vitales. Une fois que la force, la puissance, nomnée vie, qui animait le corps, a cessé d’agir, toutes ces propriétés disparaissent : la mort est arrivée.
: En général, une fonction est l’accomplissement d’un acte ou d’un devoir auquel un organe est destiné. En physiologie, ce mot a un sens plus étendu : il exprime un certain ensemble de phénomènes qui concourent à un but, à un résultat commun. C’est ce qui va résulter clairement de l’examen rapide auquel nous allons nous livrer.
Des fonctions de l’économie, les unes sont destinées à la conservation de l’individu : ce sont les fonctions de l'individu ; les autres ont pour objet la conservation de l’espèce : fonctions de l’espèce.
§ I. FONCTIONS DE L’iNDIVIDU.
On les partage en deux groupes : dans le premier se rangent les fonctions dites de relation qui mettent l’individu en rapport avec les objets du monde extérieur; dans le second se trouvent les fonctions dites de nutrition, qui ont pour objet de réparer les pertes incessamment éprouvées par l’organisme. A ces deux groupes M. Gerdy en a ajouté un troisième, ce sont les fonctions qui font résister les corps vivants aux influences extérieures qui tendent sans cesse à les détruire; il les nomme fonctions de résistance ou de réaction.
A. Fonctions de relation. Elles comprennent : 1° les sensations ; 2° les transmissions sensoriales; 5° l’entendement; 4° l’innervation ; 5° la voix et la parole; 6° la locomotion.
1° Les sensations recueillent les impressions venues du dehors à l’aide d’organes spéciaux, qui reconnaissent les propriétés visibles (la vue), tangibles (le lad), gustatives (le goût), odoratives (l’odorat), ou sonores (l’ouïe) des différents corps de la nature. Elles recueillent aussi certaines impressions qui se développent spontanément : la faim, la soif, le besoin de respirer, ou d’expulser les urines, les matières fécales et qui nécessitent pour y satisfaire certains actes spéciaux.
2° La transmission sensoriale est une fonction qui , à l’aide des nerfs, véritables cordons conducteurs, transmet les différentes impressions au cerveau.
3° L’ entendement, faculté qui juge, apprécie ces différentes sensations et détermine ce qu’il y a à faire pour se rapprocher des corps, des agents qui les excitent ou pour les éviter.
4° Les incitations nerveuses ou l’innervation ont pour objet de transmettre aux différents organes les ordres émanés du siège de l’entendement pour l’accomplissement de ce qu’il a décidé relativement aux impressions qu’il a perçues. Ce sont encore les nerfs qui servent à cette nouvelle transmission.
5° Locomotion. Par les contractions musculaires et les mouvements qui en sont la suite, l’homme se rapproche des objets qu’il veut saisir, ou bien, au contraire, s’éloigne de ceux qu’il veut éviter: c’est une des fonctions les plus importantes de l’économie. 11 suffit de voir l’état dépendant et misérable dans lequel est plongé un malheureux paralytique pour en être convaincu.
6° La voix et la parole ont pour objet de nous mettre en rapport avec nos semblables, avec plus de rapidité et de certitude que ne le peuvent faire les gestes.
B. Fonctions de nutrition. Ce sont : 1° la digestion ; 2° la respiration ; 5° l’absorption; 4° la circulation ; 5° la nutrition; 6° les sécrétions; 7° la calorification.
1° Digestion. L’aliment pris à l’extérieur est broyé avec les dents, réduit en pâte au moyen de la salive, avalé, conduit dans l’estomac où des sucs particuliers le convertissent en chyme;
INTRODUCTION
de là il passe dans les intestins où il est converti en chyle à l’aide de la bile et du suc pancréatique, et d’où il est expulsé par les selles après que la partie nutritive en a été absorbée.
2° Respiration. L’air atmosphérique pénètre dans les dernières ramifications bronchiques au moyen de l’acte de l’inspiration, et, après y avoir éprouvé quelques modifications chimiques et avoir converti en sang rouge le sang veineux, il est rejeté à l’extérieur par l’expiration.
o° L'absorption. Cette fonction est incessamment en activité; c’est elle qui prend molécule à molécule, sur toutes les surfaces, dans les voies digestives, dans les voies respiratoires, à la surface de la peau et dans la profondeur de nos tissus, les gaz, les liquides et les solides soumis à son action.
4° La circulation a pour but de charrier par toute l’économie, sous l’influence motrice du cœur, le fluide nourricier vivifié par la respiration. Ce même fluide puisé par l’absorption dans toutes les parties du corps avait été porté au cœur par le système veineux.
5° La nutrition répare continuellement les pertes que l’absorption et les sécrétions font éprouver à l’économie. Son travail s’accomplit molécule à molécule au sein de nos organes.
6° Les sécrétions. Elles ont pour objet de séparer du sang, ou de former à ses dépens, des fluides qui doivent être versés sur différentes surfaces pour y servir à divers usages , ou qui , désormais inutiles, doivent être rejetés de l’économie comme des débris de l’organisation. Les sécrétions sont donc l’opposé de l’absorption.
7° La calorification , qui paraît n’être qu’une dépendance de la respiration, maintient la température du corps à un degré à-peu-près uniforme.
C. Fonctions de résistance. M. Gerdy en fait deux genres; les unes, vitales , résistent à l’action de la chaleur et des agents physiques ou chimiques qui tendent à dissocier les éléments du corps ; les autres, mécaniques , agissent en protégeant mécaniquement nos organes contre les puissances matérielles venues du dehors : par elles encore, chaque organe se .défend contre les violences qui le froissent ou le choquent.