‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 223 sur 316 · A. CULLERIER · texte numérisé non relu

A. CULLERIER

Docteur en médecine.

exotiques {bot. et mat. med.) , adj., du grec exôlikos, qui vient des pays étrangers. On donne ce nom aux médicaments et aux plantes qui nous viennent de l’étranger.

expectante (Médecine expectante) {philos . mèd ). Ou désigne sous le nomde médecine expectante la méthode qui consiste à observer la marche des maladies, à les laisser se développer régulièrement et à n’intervenir que lorsque l’on y est obligé par la gravité des symptômes. Cette méthode , qui présente de l’avantage dans quelques circonstances, ne saurait être employée dans toutes les affections : il est des cas où elle pourrait avoir des résultats funestes. La méthode agissante est celle qui est opposée à la méthode ex-

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pcctante; ni l’un ni l’autre «le ces «leux systèmes ne saurait être adopté dans tous les cas et d'une manière absolue : c’est en médecine sut tout qu’il est important de n’adopter aucune idée exalusive, et qn’il faut se conduire d’après l’observation et l’expérience. J. B.

expectorant [mat. mêd .), adj. On a donné ce nom a des médicaments qui ont pour but de favoriser l’expectoration ou sortie des crachats; les plantes légèrement aromatiques, le kermès minéral , la vapeur de succin , le chlore ont été regardés comme expectorants ; les préparations dites béchiques et pectorales sont «les expectorants. (V. Béchiques , Crachats).

expectoration ( palli .), s. f. (V. Crachat ).

expert [mécli lég.), s. m. (V. Rapport).

expiration (physiol. ) , s. f. C’est l’action par laquelle l’air qui est entré dans la poitrine pendant 1 inspiration en est chassé au dehors. (V. Respiration).

expuxtion {physiol.), s. f. C’est l’action de rejeter les crachats. (V. Crachat).

exsangue ( path .), adj. Se dit d’un sujet qui a perdu beaucoup de sang par les saignées ou par une hémorrhagie ; quelques personnes disent exsanguin, mais la première locution nous paraît préférable fV. Hémorrhagie'.

extase [path.), s. f. du grec ex, en dehors, et stad , je me tiens. Affection du cerveau qui se montre par accès, et dans laquelle l’exaltation de certaines idées absorbe tellement l’attention que les sensations sont suspendues, les mouvements volontaires arrêtés , et les fonctions delà vie organique souvent mèmè ralenties. Les idées religieuses, l’amour de la philosophie, des sciences et des arts portés à un haut degré, donnent Le plus souvent lieu à l’état extatique. Archimède, occupé de la solution d’un problème, ne s’aperçoit pas de la prise de Syracuse, et Socrate, en méditation, reste vingt-quatre heures immobile , exposé à l’ardeur d’un soleil brillant ; des martyrs ne sentent plus les tourments de la torture.

Un tempérament nerveux, le jeûne, les veilles, la solitude, l’usage de certaines substances prédisposent à cette affection. Elle s’observe assez souvent, dans lesétablissementsd’aliénés, chezles malades atteints de monomanie religieuse. Beaucoup de saints personnages, saint Paul, saint l1 rançois «le Sales, sainte Thérèse, ont eu aussi de véritables extases.

Pendant l’accès les malades sont étrangers à tout ce qui les entoure et à toute sensation venant du dehors ; leurs traits immobiles expriment le ravissement ; les membres conservent l’attitude qu’ils avaient auparavant; la respiration et les battements du cœur sont souvent diminués. Cet

état peut durer plusieurs heures et même plus. Pendant ce temps les malades sont livrés tout entiers à la contemplation : lorsqu’ils sont occupés d’idées mystiques, ils éprouvent fréquemment des hallucinations, entendent des voix et conversent avec des êtres supérieurs.

L’extase chez les femmes se complique souvent de catalepsie ; ces deux affections diffèrent en ce que dans la dernière la malade ne reste pas étrangère à ce qui l’entoure, et qu’elle entend la voix des per-onnes qui lui parlent ( V. Catalepsie ). Sainte Thérèse nous offre un exemple «mieux d’ extase cataleptique ; elle décrit ainsi elle-même son élat : « Il me semblait , lorsque mes ravissements arrivaient, que mon corps ne pesait plus rien, et quelijuefoisje le sentais si léger que mes pieds ne me paraissaienl'plus toucher à la terre. » Durant cette extase , le corps est comme mort, sans pouvoir le plus souvent agir en aucune sorte, et elle le laisse en l’état où elle le trouve ; ainsi, s’il étailassis, il demeure assis; si les mains étaient ouvertes, elles demeurent ouvertes, et si elles étaient fermées , elles demeurent fermées. On ne perd pas «l’ordinaire le sentiment ; il se trouble seulement, et bien qu’on ne puisse agir dans l’extérieur , on ne laisse pas d’entendre s c’est comme si l’on nous parlait de loin, si ce n’est quand on est dans Vêlât le plus élevé, carilsemhle qu’alors on ne voit , on n’entend , on ne sent rien.

Il est faux que chez les extatiques les pieds quittent quelquefois le sol.

Le traitement de l’extase consiste surloutdans l’emploi de moyens tirés de l’hygiène; le malade sera arraché à la vie contemplative et livré à un travail a.isiilu; il évitera les jeunes, les J veilles et fous les excitants nerveux. Les voyages, les conversations, l’exercice, les distractions sont en général à conseiller. Ou calmera l’excitation nerveuse par les antispasmodiques et les bains tièdes prolongés; la saignée ne convient presque jamais.

J. P. Beaude.

EXTEMPORAMÉ(/>A«rm.),adj. Lespharmaciens donnent le nom d’extemporanés aux médicaments qui doivent être préparés sur-le-champ; tels sont les loochs, les potions, etc. ; on leur «lonne aussi le nom de médicaments magistraux , tandis que les autres préparations ont reçu le nom de médicaments ojjicinaux.

extenseur [anal.), adj. et s. m. On a donné le nom d’extenseurs aux muscles qui servent a étendre certaines parties. Il existe un assez grand nombre de muscles extenseurs. Le muscle extenseur commun des doigts est situé à la partie postérieure de l’avant-bras ; il s’attache en haut à la tubérosité externe de l’humérus et aux aponévroses qui l’avoisinent , et en bas il se divise en quatre portions terminées chacune par untendon qui s’attache à la seconde et à la troisième phalange des quatre derniers doigts; ce muscle étend les doigts sur la main, il contribue aussi à étendre

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la main sur l’avant-bras. Le muscle extenseur propre du petit doigicsl placé en dehors du précédent; il a en haut les mêmes attaches , en bas il se fixe aux deux dernières phalanges du petit doigt; il contribue à étendre le petit doigt et la main. Le muscle extenseur propre du pouce est également placé à la partie postérieure de l’avantbras ; il se fixe en haut à la partie postérieure du cubitus et au ligament interosseux ; en bas il s’attache en arrière delà partie supérieure de la première phalange du pouce , il contribue à étendre le pouce et à porter la main en dehors. Le muscle long extenseur du pouce a à peu près les mêmes attaches en haut, il est seulement plus long et plus étendu que le court extenseur; il s'attache en bas à la dernière phalange du pouce, qu’il étend sur la première. Le doigt indicateur est aussi pourvu d’un muscle extenseur propre; il est situé comme les précédents à la partie supérieure du bras; en haut il s’attache à la partie postérieure du cubitus , et en bas aux deux dernières phalanges du doigt indicateur qu’il contribue à étendre.

Le muscle extenseur commun des orteils est placé à la partie antérieure de la jambe ; il s’attache en haut à la tubérosité interne du tibia et à la face antérieure du péroné; en bas il se divise en quatre tendons qui se fixent chacun à l’extrémité postérieure des seconde et troisième phalanges des orteils ; ce muscle relève les orteils en haut et contribue à fléchir le pied en avant. L’ extenseur propre du gros orteil est situé à la partie antérieure de la jambe, il s’attache en haut a la partie moyenne du péroné, en bas il se fixe à la partie supérieure delà dernière phalange du gros orteil, il étend cet orteil sur le pied et contribue à fléchir ce dernier organe sur la jambe.

extension ( chir .), s. f. C’est une opération dans laquelle on tire en sens contraire les deux parties d’un membre fracturé ou luxé , la traction en sens direct se nomme extension, et les efforts faits pour résister à l’extension sont nommés contre-extension. Cessort.es d’opérations, qui sont pratiquées par des aides, exigent la surveillance et la direction du chirurgien qui préside à la réduction du membre fracturé ou luxé. Autrefoison employait des moyens mécaniques pour obtenir ce résultat, et de graves accidentsen étaient souvent la suite ; on a vu des arrachements de membres être produits par des manoeuvres ignorantes ou mal dirigées. (Y. Fracture et Luxation ) J. B.

EXTINCTION DE VOIX. (V . Ap/lOnie).

extirpation ( chir .), s. f. On donne ce nom à une opération au moyen de laquelle on enlève une tumeur ou un organe malade de l’intérieur des tissus : on dit extirper une tumeur, une glande, un cancer, une loupe , pour indiquer qu’on les a ctdcvés jusqu’aux racines.

extraction ( ckir .), opération qui consiste à retirer de nos parties des corps étrangers qui y

ont été introduits ou qui s’y sonlformés ; on an extraire une balle, un calcul, des esquilles, un séquestre. Il y a une méthode d’opérer la cata racte dans laquelle on extrait le cristallin ; cette méthode est dite par extraction (Y. Cataracte . Plaie, Nécrose)

extraits (pharm.), s. m. p. On donne ce nom au produit obtenu par l’évaporation de sucs animaux ou végétaux, et le plus souvent de liquides aqueux, alcooliques ou éthérés, qui ont été chargés par la décoction, l’infusion ou la macération, de principes solubles des substances organiques que l’on a soumises à ces opérations.

L’administration des médicaments sous forme d’extraits a ordinairement lieu dans le but d’offrir aux malades , sous un moindre volume , les parties actives des substances desquelles les extraits ont été obtenus; en général, on les considère comme représentant exactement leurs propriétés médicamenteuses, et cela est ordinairement vrai, quoique souvent aussi les différentes opérations que nécessitent la préparation des extraits aient pu altérer leurs propriétés primitives.

On conçoit d’après ladéfinition que nous venons de donner des extraits, qu’il doit y en avoir un très grand nombre d’espèces ; il n’est pas , en effet , de substance végétale ou animale qui ne soit susceptible d’en fournir, aussi une classification était-elle indispensable pour les étudier et les connaître. On en a proposé beaucoup que l’on a basées , tantôt sur leurs propriétés médicales , tantôt sur leur consistance ou le mode employé pour leur préparation. Gomme nous voulonssurtout donner ici une idée générale de cette dernière, c’est sous ce point de vue que nous allons les étudier d’abord.

Les extraits peuvent être divisés en deux grandes classes : dans la première, nous rangeons ceux qui proviennent de l’évaporation des sucs végétaux ou animaux, soit que ces sucs aient été obtenus par expression, qu’ils aient découlé spontanément ou par incision, ou enfin qu’ils aient été retirés de certaines cavités organiques , leurs réceptacles naturels.

A cet ordre d’extraits peuvent être rapportés certains produits que l’on recueille sur les plantes mêmes ou que le commerce fournit , tels sont l’opium, le cachou, Valoès, la gomme, les gommes résine, etc. Le fiel de bœuf, le lait, le sang, évaporés et épaissis , doivent être rangés dans la même classe. Mais les plus importants et les plus employés decetordre de médicaments, sont ceux obtenus par l’évaporation du suc exprimé des plantes entières ou de quelques-uns de leurs organes.

Les parties vertes des plantes donnent un suc qui , outre les principes solubles dans l’eau à toute température, retient en dissolution de l’albumine végétale, que la chaleur de l’ébullition coagule, et de la fécule verte ou chlorophyle, qui y reste seulement à l’état de suspension. En faisant bouillir ce suc on coagule l’albumine, elle entraîne la chlorophyle avec elle ; jeté sur nn filtre, lesuc passe parfaitement limpide et onle fait

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alors évaporer jusqu’à la consistance requise pour e» obtenir l’extrait; ce mode est le plus généralement suivi dans la préparation des extraits des plantes jouissant de propriétés fort actives, telles que la digitale , la jusquiame, la ciguë, la belladone , et d’une foule d’autres. La chlorophyle et l’albumine sont des substances tout à fait inertes et il n’y aurait aucun inconvénient à en débarrasser les extraits , si d’ailleurs elles n’entraînaient avec elles d’autres matières sur les propriétés desquelles on n’est pas aussi bien fixé ; aussi quelques praticiens ont-ils proposé de les conserver dans les extraits dont ils augmentent alors beaucoup la masse. C’est surtout Storck , médecin allemand, qui, dans le siècle dernier, a préconisé et mis en vogue cette méthode , qui a conservé son nom; quoique beaucoup moins employée aujourd’hui, l'extrait de ciguë de Slork ou bien avec la fécule est encore un médicament fort usité. Dans tous les cas , ces différentes espèces d’extraits jouissent nécessairement de propriétés différentes, au moins quant à leur intensité, et ils ne peuvent être substitués les uns aux autres.

Les extraits de la seconde classe sont ceux obtenus par l'intermédiaire d’un véhicule ; ils doivent être subdivisés selon la nature du véhicule employé, circonstance qui modifie nécessairement leur composition et leurs propriétés.

L’eau est l’intermédiaire le plus ordinairement employé pour la préparation des extraits ; ceux qu’on obtient ainsi se nomment extraits aqueux , et autrefois extraits gommeux. Si on a fait subir à la matière la température de l’ébullition de l’eau, l’extrait est dit par décoction ; l’immersion dans l’eau chaude , mais non bouillante , donne les extraits par infusion ; on prépare , au moyen de l’eau froide , les extraits par macération. Le premier mode est presque complètement abandonné aujourd’hui, si ce n’est pour la préparation de l’extrait de Gayac, pour lequel une température élevée paraît être nécessaire; dans la plupart des cas la décoction a pour inconvénient d’entraîner dans les extraits de la fécule et d’autres substances inertes, tandis qu’on obtient proportionnellement moins des principes plus actifs , qui, d’ailleurs , sont souvent altérés par la température à laquelle on les soumet.

On obtient par simple macération dans l’eau froide les extraits purifiés des matières extractives que fournit le commerce, l'opium, Valois, le suc de réglisse. La macération est employée aussi pour préparer les extraits de rhubarbe , de gentiane , de quinquina , de la plupart des bois , des écorces , et surtout des racines qui contiennent de la fécule.

La salsepareille doit être soumise à une infusion à chaud longtemps prolongée ; l’infusion est convenablement appliquée aussi à la plupart des feuilles et fleurs sèches. On peut obtenir ainsi les extraits de la plupart des plantes qu’on n’aui’ait pu se procurer fraiches pour en extraire le suc ; on a même remarqué que les plantes sèches donnent proportionnellement des extraits plus abondants et d’une conservation plus facile. Il est inutile de faire observer qu’à cause de cela même

leur constitution chimique et leurs propriétés médicales doivent différer de ceux obtenus des sucs de plantes fraîches.

L’action de l’air et de la chaleur pendant l’évaporation des liquides chargés de substances extractives étant une cause puissante d’altération pour ces dernières, on doit chercher à employer! le moins de véhicule possible pour le dissoudre ; aussi a-t-on trouvé beaucoup d’avantages , sous ce rapport, à employer la méthode dite de dépla -k cernent, qui a été récemment appliquée aux opérations pharmaceutiques ; c’est , à proprement parler, une lixiviation qui s’opère en faisant filtrer à travers la substance à traiter , préalablement réduite en poudre, l’eau ou tout autre véhicule destiné à en séparer l’extrait; les premières portions de liquide passent extrêmement chargées, entraînant avec elles presque tous les principes solubles, que l’on obtient ainsi sous un très petit volume. 11 faut, pour réussir avec ce procédé, prendre certaines précautions, qui varient suivant la substance à traiter; on les trouvera fort bien décrites dans la Pharmacie de M. Soubeiran ; il n’est d’ailleurs que difficilement applicable aux plantes très chargées de gomme ou de mucilage, qui rendent impossible la filtration de l’eau. On obtient les mêmes résultats par la méthode de Cadet , qui est d’une exécution plus facile : elle consiste à réduire les substances en poudre fine et à en former une pâte molle avec suffisante quantité d’eau; on soumet cette pâte à une forte presse, on l’humecte ensuite de nouveau et on la presse encore; on réitère cette opération autant de fois qu’il est nécessaire pour épuiser la poudre , dont on sépare ainsi en peu de temps et et avec peu de liquide tous les principes solubles.

Les extraits alcooliques se préparent au moyen de l’alcool rectifié à 33 ou 36°; l’alcool faible à 22 donne les extraits hydro-alcooliques ; les premiers sont de résine presque pure : on les obtient du jalap, de la scammonée , du quinquina , de la noix vomique, etc. On traite par l’alcool à 22° les cantharides, X ipécacuanha, le séné , la racine de ratanhia , de rhubarbe, les feuilles sèches d’aconit , de belladone, de jusquiame, etc. Les gommeé résines se purifient aussi par dissolution dans l’alcool faible.

Pour la préparation des extraits alcooliques, on peut faire agir l’alcool à froid ou par digestion à chaud dans des vases fermés , mais il est mieux d’employer la méthode de déplacement qui réussit toujours pour eux; l’alcool qui ne se charge point de principes gommeux, filtrant plus facilement que l’eau à travers les poudres végétales.

Les autres véhicules employés pour la préparation des extraits sont le vin , le vinaigre et l’éther; ainsi on connaît un extrait vineux et un extrait acétique d’opium , un extrait de cantharides par l'éther.

Soit qu’on se propose d’obtenir les extraits du suc même des plantes , soit qu’on ail employé un véhicule aqueux, alcoolique ou autre, la maniéré d’évaporer les liquides est une des circonstances

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Scs p’usimportantes de leur préparation. S’ils sont facilement volatisables , d’un prix élevé comme l’alcool et l’ éther , ou les introduit dans le bain marie (l’un alambic, on distille toutes les parties spirituenscsou éthérées, et on termine ensuite la concentration de l’extrait à l’air libre.

Les extraits aqueux, bien qu’on ne se propose pas de recueillir le lluide surabondant, doivent être évaporés aussi avec beaucoup de ménagement; chauffés à feu nu , les principes végétaux s’altèrent ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer en parlant de l’extraction par décoction ; on doit employer la chaleur du bain marie ou celle de l’étuve. Ordinairement c’est une bassine à double fond, très évasée, qui sert à la concentration des extraits; le double fond contient de l’eau bouillante ou en vapeur; on remue continuellement le liquide extractif pour renouveler les surfaces, et l’évaporation marche avec assez de rapidité; mais M. Derosne a proposé un appareil bien préférable : c’est un plateau à rebords en cuivre étamé, également à double fond, que l’on échauffe aussi au moyen de la vapeur; on donne au plateau un degré d’inclinaison que l’on varie a volonté ; le liquideàévaporer arrive d’un réservoir supérieur sur le point le plus élevé du plateau, dont il est obligé de parcourir toute la surface au moyen de lames de cuivre qui y ont été implantées, de manière à lui faire faire de longs circuits. Il arrive déjà fort concentré dans un récipient placé à la partie inférieure; on le fait passer ainsi plusieurs lois -sur le plateau , jusqu’à ce qu’il soit devenu trop épais pour pouvoir couler, ou termine alors l’extrait dans une capsule à double fond , à la manière ordinaire.

On évapore les extraits jusqu’en consistance telle que, refroidis, ils puissent se rouler facilement en forme de pilules , ce sont les extraits mous. Quelquefois ou veut les avoir entièrement secs, alors on arrête l’évaporation au bain marie au moment où les extraits ont acquis la consistance du miel; ou les étend en couches miucessur des assiettes et on achève la dessication à l’étuve jusqu’à ce qu’il puisse se détacher facilement sous forme d’écailles, que l’on enferme de suite dans des flacons bien bouchés , ce sont principalement les extraits de quinquina et celui de lige «le laitue dit thridacc, que l’on dessèche de cette manière.

Les extraits mous doivent être places en lieu sec dans de doubles pots recouverts en parchemin; mais, malgré toutes les précautions la plupart d’entr’eux attirent l'humidité, se liquéfient et n’offrent plus alors qu’un dosage incertain; ils moisissent , fermentent et se décomposent quelquefois totalement ; il faut les vis ter souvent , mettre à l’étuve ceux qui se ramollissent et rejeter ceux qui sont altérés; il serait préférable à tous égards de les amener constamment à l’état solide, si leur dessication n’était longue et dispendieuse.

Après avoir donné une idée générale de la préparation des extraits, il ne nous reste plus qu’à parler de leur constitution chimique et de leur emploi médical.

Les éléments chimiques des extraits sont ex-

trêmement complexes ; la gomme, le sucre , la gélatine, l’albumine, les résines, les huiles essentielles, une matière brune particulière encore mal définie, connue sous le nom d ' extractif \ des sels, des acides et des alcalis organiques ou autres ; enfin tous les matériaux solubles des substances organisées qui les ont fournis peuvent s’y trouver réunis; ils diffèrent cependant selon la nature du véhicule employé; l’alcool concentré , en dissolvant la résine et les huiles essentielles aura exclu les matières muqueuses, la gomme , etc., que l’eau aurait dissoutes de préférence aux premières; cependant il arrive souvent qu’une matière insoluble dans un inenstrue s’y trouvera cependant à la faveur d’autres substances avec lesquelles elle sera entrée en combinaison. Ces diverses réactions des matériaux immédiats entre eux, celles qu’amènent le contact des dissolvants employés, l’oxigèue de l’air, le calorique et toutes les circonstances diverses du mode d’extraclion employé , rendent. les extraits un des sujets d’étude les plus difficiles et les plus compliqués que la chimie puisse offrir.

11 est ueu de formes pharmaceutiques des médicameutsaussi usitées en médecine que celle des extraits; c’est le plus souventà l’intérieur et sous forme pilulaire qu’on les administre, quelquefois dissous dans des potions; ils forment aussi la base de certains sirops , tels que ceux de l/iridace et d'opium. Maison en fuitencore un fréquentusage à l'extérieur, tantôt seuls et étendus sous forme d’emplàtre, comme les extraits d’opiujn , de jusquiame , de ciguë ; ou délayés en consistance sirupeuse comme l’extrait de belladone , qui s’applique ainsi en frictions sur les paupières dans certaines maladies des yeux ; on les unit aussi à des corps gras ou résineux dans la composition de quelques emplâtres et d’un grand nombre de pommades ; à des huiles ou à des liquides spiritueux pour en former des liniments. Les usages et la préparation des extraits varient enfin à l’infini avec les progrès de la chimie, les besoins de la thérapeutique, les vues spéciales et les combinaisons particulières à chaque médecin.

VÉE

Pharmacien , membre de la Société de pharmacie.

extravasé (pat/i.), adj . On dit qu’un liquide est extravasé lorsqu’il est sorti de ses vaisseaux et qu’il est épanché dans le tissu cellulaire ou dans une grande cavité; le sangextravasé dans le tissu cellulaire forme ces plaques violettes que l’on observe souvent à la peau, et qui ont reçu le nom d’échymose. .Ecchymose, Epanchement, Contusion )

extrémité [anal.), s. f. On donne le nom d'extrémité aux membres supérieurs et inférieurs: les bras outrera le nom d’extrémités supérieures et les jambes et les cuisses celui d’extrémités inférieures.

exutoireQü«^,), s. m.,deexarere, dépouiller. On donne ce nom à tous les émonctoires établis par l’art pour entretenir une suppuration locale,

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l.cs exutoires peuveutètredivisésen deux classes, ceux qui sont superficiels et ceux qui sont profonds ; les exutoires superficiels, qui n’agissent qu'à la surface de la peau sont le vésicatoire, et les emplâtres stibiées lorsque l’on juge convenable d’entretenir la suppuration produite par les pustulesqu’ilsdélerininent. Nousne traiteronspas ici des divers moyens d’appliquer et d’entretenir les vésicatoires : ce sujet sera indique d’une manière spéciale au mot Vésicatoire. Les exutoires profonds sont ceux qui intéressent l’épaisseur de îa peau et même le tissu cellulaire ; parmi ces derniers sont le cautère, le moxa, le séton. Ces exutoires agissent d’une manière plus profonde que les vésicatoires ; ils causent souvent moins d’irritation et produisent une dérivation plus profonde : ils sont plus faciles à entretenir, et doivent toujours être préférés lorsque l’on veut les garder long-temps.

Les exutoires sont employés par les médecins dans une fouledecirconstances; c’est un desmoyens les plus puissants dont l’art puisse disposer, soit pour combattre une affection chronique locale, «oit comme moyen de prévenir des maladies dont la prédisposition est menaçante. On les emploie aussi pour combattre des engorgements qui cèdent avec peine, pour enrayer la marche d’une maladie organique commençante , pour remplacer la suppression d’un émonctoire naturel ; ils sont toujours indiqués à la suite de la guérison d’une plaie, d’un ulcère ou d’un trajet fislulenx qui ont été pendant long-temps le siège d’unesuppuration habituelle. Ils agissent dans tous les cas , en entretenant une irritation modérée dans une partie où elle ne peut avoir de suites fâcheuses , et en empêchant ainsi qu’une irritation plus grave ne se fixe ou ne s’accroisse dans des organes beaucoup plus importants et n’occasionne ainsi des désordres dont les suites pourraient devenir funestes.

On conçoit par ce que nous venons de dire que

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l’on ne doit pas supprimer les exutoires d’une manière légère ; généralement il est convenable d’eu continuer l’emploi quelque temps après la guérison de l’affection pour laquelle ils ont été appliqués, et c’est surtout lorsqu’ils ont été employés comme révulsifs que l’on doit prendre cette précaution. Lorsqu’ilsontété iniseu usage dans le but de ralentir et de conjurer la marche d’une affection chronique , on ne doit en cesser l’usage que lorsque l’exutoire lui-inème paraît avoir perdu son activité, lorsque la suppuration est rareet la plaie rétrécie ; dans ce cas il est convenable ou de renouveler l’exutoire, si la maladie existe encore, ou de le supprimer avec précaution si elle est guérie ou voisine de la guérison ; mais il appartient au médecin seul de prononcer sur cette suppression. L’élatdu malade, son âge, son tempérament sont des considérations trop importantes, qui toutes doivent être pesées, et que le médecin seul peut bien apprécier.

Cette suppression ne doit pas avoir lieu sans quelques précautions : il est convenable de diminuer progressivementl’étendue et la suppuration de l’exutoire; dans certains cas on remplace un exutoire profond par un autre moins actif: ainsi avant de supprimer un séton qui a existé quelque temps, on convertit souvent les deux plaies extérieures ou l’une des deux en cautère, que l’on conservequelques semaines. Ilest convenable, lorsque l’exu toi re est fermé,de faire usage pendan t quelque temps de laxatifs légers qui entretiennent la liberté du ventre et qui suppléent ainsi à l’écoulement habituel qui avait lieu par la petite plaie; les bains et l’exercice modéré deviennent, aussi fort utiles dans ces cas, en produisant une dérivation générale. (V. pour les détails propres à chaque genre d’exutoires les mots Vésicatoire, Cautère, Moxa et Séton).

J. -P. Béai de.

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face ( anat .), s. f. On donne ce nom à la partie antérieure de la tête , qui n’est pas recouverte par les cheveux. En anatomie on désigne sous ce nom toute la portion delà tête qui est située au-devant et au-dessous du crâne, et on divise cette partie en mâchoire supérieure , qui est immobile et qui est formée par les os maxillaire , palatin , vomer , propres du nez, delapomette, unguis et les cornets inférieurs : quoique appartenant anatomiquement à la face , plusieurs de ces os sont situés dans les orbites et dans les cavités nasales. La mâchoire inférieure est formée d’un seul os nommé maxillaire inférieur , qui constitue à lui seul l’arcade dentaire inférieure, tandis que l’arcade dentaire supérieure est formée par la réunion de deux os maxillaires supérieurs. La mâchoire inférieure est réunie à la mâchoire supérieure au moyen de deux articulations qui ont lieu par des condyles, qui sont reçus dans des cavités placées sur les os temporaux, et par des muscles puissants qui la fixent en haut et en bas.

La face est de toutes les parties du corps humain celle qui reçoit relativement le plus de vaisseaux et de nerfs ; aussi sa sensibilité est-elle trèsgrande ; chacune des parties qui la composent a des fonctions importantes à remplir , soit sous le rapport de la vie de nutrition ou sous celui de la vie de relation. Tous les sens ont leur siège àlaface : la vue , l’odorat , le goût, l’ouïe ont leurs organes extérieurs placés dans cette partie voisine du cerveau, qui est le centre où se rend l’impression de toutes les perceptions. La face, placée avant et enhaut du corps de l’homme, se trouve la sentinelle chargée de veiller à sa sûreté en même-temps gu elle est 1 organe le plus puissant de ses relations avec les autres êtres. Le toucher seul n’a pas son siège exclusif à la face ; mais la sensibilité exquise dont est pourvue la peau de cette partie fait que ce sens y est plus développé peut-être que dans aucune autre portion du corps : les lèvres ne jouissent-elles pas du tact le plus parfait et le plus fin ? Il en est à peu près de même des ailes du nez, des paupières ; ce n’est seulement qu’à cause du défaut de conformation de ces parties que l’on voit les doigts être plus spécialement les organes du tact, et acquérir, par une éducation plus exclusive, la perfection que leur organisation indiquait spécialement comme forme. Nous reviendrons d’une

manière plus étendue sur ce sujet lorsque nous traiterons du toucher.

A cause même de son extrême sensibilité , des nombreux muscles qui la composent, de leur voisinage de la peau, la face réfléchit et traduit avec une grande rapidité toutes les impressions de l’âme, c’en est même le miroir le plus fidèle ; car tel est assez habile dans l’art de la dissimulation pour commander à sa langue , qui ne l’est pas encore assez pour commander à son visage. Cet empire de l’homme sur les mouvements de ses traits est le résultat le plus puissant auquel puisse arriver l’action de la volonté; encore cet empire n’est-il jamais complet ; car il n’est pas d’individu qui, sous l’influence d’un évènement subit et imprévu, puisse feindre avec vérité une impression opposée à celle qu’il a reçue ; aussi les personnes qui ont une grande habitude de la dissimulation ont-elles un visage impassible, parce qu’il est plus facile de réprimer les mouvements de ses traits que de leur donner un aspect menteur , qui d’ailleurs ne peut tromper que les observateurs peu pénétrants. Comme conséquence de ces faits, les personnes qui ont des traits mobiles et chez lesquels les impressions se manifestent avec rapidité sont considérées comme ayant de la franchise , tandis que celles qui ont une figure froide ou grimaçante laissent toujours croire à la dissimulation.

L’influence des passions et l’état habituel de l’âme donnent une empreinte à la physionomie , qui, avec l’âge, prend une forme durable. C’est même sur cette impression que produit le visage des personnes que nous voyons pour la première fotè que l’on porte un jugement sur leur caractère. Cette manière de juger du caractère , quoique sujette à erreur, n’est pas cependant sans donner des indications assez exactes , car les rapports que nous avons dit qui existent entre les impressions morales et les mouvements des muscles de la face , finissent par donner à cette partie une expression habituelle qui est toujours en rapport avec l’état moral de l’individu; ainsi, les personnes graves et qui croient devoir céder peu facilement aux impressions extérieures , ont une certaine immobilité de traits qui, par des rares et légères contractions, peuvent prendre l’expression de la satisfaction ou du mécontentement. L’homme à impression frivoles a une mobilité de physiono-

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mie qui décèle le peu d’importauce qu’il attache ans sensations qu’il a perçues ; son visage change rapidement d’expression , mais aucune n’a de caractère de durée et ne peut imprimer sur ses traits ces modifications énergiques qui indiquent toujours une préocupation forte et profonde. On a remarqué que la figure de ces personnes se rapproche de celle de l’enfance : cette ressemblance s’explique facilement ; car , dans les deux cas , on trouve la même mobilité dans les impressions , et par conséquent l’absence de ces signes qui caractérisent la persistance et l’action profonde des passions. Cet état moral n’est que passager chez l’enfant ; il doit disparaître après la puberté , tandis qu’il persévérera toujours chez les individus que nous venons d’indiquer ; la vie ne sera pour eux qu’une longue enfance, de la gaîté, des plaisirs, de l’égoïsme, voilà quels seront leurs vertus et leur vices ; ils ne produiront rien de grand ni de généreux; ils passeront sans laisser de souvenir; et comme ils n’ont vécu que pour eux, il est juste qu’ils laissent peu de traces dans la mémoire des hommes.

Nous pourrions ainsi examiner successivement toutes les passions, et montrer les caractères indélébiles qu’elles impriment sur la face ; caractère que ne peut faire disparaître entièrement la ruse et la dissimulation ; car l’homme est plus souvent en rapport avec sa conscience qu’avec ses semblables ; et , comme il n’est pas utile qu’il se mente à luimême, rien ne peut l’empêcher alors de laisser prendre à sa figure l’expression des sentiments qui agitent son âme.

L’étude de la physionomie a été plus cultivée dans les temps passés que de nos jours; on trouvait aussi bien dans les lignes du front que dans celles des mains des indications pour juger du caractère et prédire l’avenir. La forme du nez , de la bouche , du menton déterminait si vous deviez être un grand homme ou un grand scélérat ; ces erreurs se sont même prolongées jusqu’au commencement de ce siècle. Lavater , écrivain suisse et ministre protestant, a réuni en corps de doctrine toutes les observations qui avaient été faites avant lui, et il a publié en 1775 un traité complet de Physiognomonie ou l’art de connaîtreles hommes à leur visage ; cet ouvrage a été réimprimé en français et augmenté de notes par Moreau de la Sarlhe, en 1809. Nous ne croyons pas devoir nous occuper longuement ici à réfuter les erreurs que présentent ces doctrines; le tort de leur auteur est d’avoir voulu trop généraliser leurs observations , d’avoir voulu en déduire des conséquences trop absolues, d’avoir donné de la valeur à certains signes qui ne pouvaient en avoir aucune comme appréciation morale ; enfin de regarder certaine physionomie comme inhérente à certains caractères plutôt que de voir dans l’état moral la cause modificatrice de l’expression de la face.

La doctrine de Gall, qui commençait à se développer lorsque l’on réimprimait les écrits de Lavater est venue portçr le coup mortel à la physiognomonie ; la crânologie, qui devait venir plus tard, la phrénologie, était basée sur des faits mieux observés et plus en rapport avec les connaissances

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physiologiques ; elle séduisit davantage et elle fut plus généralement adoptée. Aujourd’hui la phrénologie serait moins contestée si l’on n’avait voulu en pousser les conséquences au-delà des faits rigoureux , et si des assertions trop hasardées n’avaient donné un champ assez large à des esprits inquiets et disputeurs pour lesquels un succès est toujours une cause d’attaque.

Indépendamment des variétés individuelles , la face présenté aussi des différences caractéristiques, suivant les diverses races de l’espèce humaine ; ces différences , qui sont essentielles , seront spécialement examinées à l’article que nous consacrerons à ce mot. (Voy. Races.)

La face présente aussi des indications précieuses dans les maladies ; elle est le siège de symptômes d’une grande importance qui aident d’une manière puissante à établir le diagnostic ou le pronostic d'un grand nombre d’affections. L’expression que prend la face dans ces divers cas ayant reçu le nom de faciès , on a traité ce sujet à ce mot.

J. -P. Beaude*.

facette ( anat .), s. f. diminutif de face. On a donné ce nom à la portion circonscrite de la surface d’un os. Lorsque les facettes sont formées par la jonction d’un os voisin , elles reçoivent le nom de facettes articulaires.

facial (anat.), adj., qui a rapport à la face. On désigne sous ce nom un nerf, une artère et une veine. Le nerf facial, qui est aussi désigné sous le nom de portion dure de la septième paire , naît de la partie inférieure et latérale de la protubérance cérébrale en dehors des corps olivaires et a côté du nerf auditif; il sort du crâne par le trou auditif interne, s’engage dans l’aqueduc de Fallope et donne des filets aux muscles internes du marteau et de l’étrier qui sont des osselets de l’oreille moyenne, puis il sort par le trou stylo-mastoïdien et se partage en deux branches qui donnent des filets nerveux à presque tous les muscles de la face. L’artère faciale ou maxillaire interne naît de la carotide externe et donne des rameaux à presque tous les muscles de la partie moyenne et inférieure de la face. La veine faciale suit à peu près le même trajet que l’artère faciale ; elle naît entre la peau et le muscle frontal et s’ouvre dans la veine jugulaire interne. J. B.

facial (angle) (anat.), s. m. C’est l’angle facial décrit par Camper. (Voy. Angle facial.)

faciès, s. m. f séméiotique j. Ce mot qu’on a transporté du latin en français, sans autre altération qu’un changement de genre, signifie face ou visage. Mais dans le langage médical, son acception est toute spéciale et beaucoup plus restreinte; il rentre tout entier dans la séméiotique ou la science des signes qui dénotent les divers états du corps. Il ne sera donc ici question du faciès que sous le point de vue des indices qu’on peut tirer des apparences du visage relativement à la santé et aux maladies. Sans doute la face se prête à bien d’autres observations qui intéressent le médecin, le philosophe, 1 artiste. On peut y lire l’expression involontaire ou automatique, des habitudes, des mœurs, des émotions, des passions propres à chaque individu,

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et de plus des caractères distinctifs des espèces ou variétés dont l’humanité se compose. (Pour cela voyez Angle facial, Face, Races humaines.)

Le visage n’est pas seulement le miroir de l’âme, les états du corps s’y mirent avec non moins de fidélité. L’étude du faciès a été fort anciennement recommandée dans la pratique de la médecine; Hippocrate a laissé à ce sujet des remarques et des préceptes en tout dignes de cette supériorité de vues qu’il faut si souvent admirer en lui. Il n’est pas de médecin qui ne soit chaque chaque jour à même de vérifier combien sont nombreux et importants les signes tirés de la face. Bien des fois il suffit, au praticien exercé, de l’examen de cette partie, pour juger quel est le siège, la cause d’une maladie, si elle est récente ou ancienne, enfin quelle sera sa durée et sa terminaison. Qu’on se figure cependant quelle doit être la surprise des assistants, lorsque le médecin réfléchi, dont la pénétration est prompte et sure, est capable, d’après le seul examen du visage, sans avoir adressé une seule question, de faire l’histoire de la maladie qu’il est appelé à traiter ; de dire au malade ce qu’il a éprouvé, ce qu’il éprouve. Eh bien! il n’est pas rare que, pour l’homme expérimenté, tout cela soit lisible sur la face, et toute la merveille du diagnostic et du pronostic repose alors sur l’exactitude des souvenirs, la netteté des sensations et la justesse du jugement. Il existe, dans la science, des tableaux toujours frappants de vérité des faciès caractéristiques à peu près constants dans un certain nombre de maladies. Les élèves ont souvent admiré de vieux professeurs de clinique qui, pénétrant pour la première fois dans une salle d’hôpital qu’ils avaient cessé de fréquenter, lisaient sur le visage de plusieurs malades le genre d’affection qui les retenait dans ce séjour de douleur. Corvisart, Pinel et tant d’autres grands médecins, dont il est inutile de grossir la liste, avaient un tact admirable pour ces sortes de diagnostic et de pronostic qui jetteront toujours un reflet merveilleux sur la médecine.

Toutefois on aurait grand tort de pousser l’exigence jusqu’à vouloir que l’examen du visage put dispenser le médecin de toute autre exploration , pour parvenir à connaître le siège, la nature, la durée et la terminaison probables d’une maladie. Le nombre des affections ainsi reconnaissables au premier coup-d’œil est relativement très-borné, et nous allons citer les principales. Parmi les maladies aiguës, la frénésie ou fièvre cérébrale, la fièvre typhoïde, ataxique ou adynamique, l’apoplexie, l’asphyxie, la syncope, le choléra, etc . Parmi les maladies chroniques, lamanie, la mélancolie, la démence les accès d’hystérie, d’épilepsie, de catalepsie, la phthisie, l’asthme, les lésions organiques du cœur, la gastrite et l’entérite invétérées, l’ictère ou jaunisse, la chlorose, les hydropisies, les scrophules, l’épuisement onanique ou vénérien, etc. Nous ne parlons pas des maladies qui ont leur siège au dehors et apparent au visage, comme l’érysipèle de cette partie, la variole, la rougeole, la scarlatine, les dartres, etc.

Les affections que nous venons d’énumérer, et quelques autres qu’on pourrait ajouter encore,

sont toutes plus ou moins reconnaissables au faciés. (Pour les signes particuliers, voyez le tableau de ces affections elles-mêmes.) Cependant assez souvent il arrive que deux ou trois de ces maladies n’Qnt le faciès distingué que par de subtiles nuances. C’est ainsi que le délire aigu, frénétique et un accès violent de manie, le dernier degré de phthisie pulmonaire et les consomptions de tout genre, etc., gravent sur le visage des traits fort ressemblants. Mais déjà au premier coup-d’œil le médecin a acquis des présomptions très-fortes, et s’il crain quelque confusion, peu de questions suffisent pour la dissiper. Disons aussi que si les praticiens se reposaient moins sur les lumières qui jaillissent d’un interrogatoire méthodique, ils seraient certainement plus avancés dans l’art d’interpréter les apparences de la face au profit de la pathologie. Les vétérinaires qui n’ont pas, eux, la ressource des questions et des réponses, ajouteraient bien vite à l’étendue et à la précision de leurs connaissances spéciales, si les animaux avaient leur tête aussi mobile, aussi expressive que l’est le visage humain. C’est surtout dans les affections produites et entretenues par des causes morales secrètes que l’expression mimique, instinctive, automatique, est précieuse à consulter. Que de choses s’y peignent alors involontairement! que de révélations arrachées au silence obstiné de la parole !

Nous avons déjà dit que l’étude de la face ne se bornait pas à éclairer sur le siège, la cause, la date des maladies; que cette étude servait en outre à acquérir des présages de la durée et de l’issue probables. Nous avons dû retrancher les signes diagnostiques, parce qu’on les trouve exposés à propos des affections dans lesquelles on les observe. Quant aux pronostics tirés du faciès , voici quelques-unes des observations les plus générales. Il est de bon augure que le visage soit faiblement altéré dans les maladies; plus il s’éloigne de l’état naturel, plus il doit inspirer de craintes ; de là l’utilité pour le malade d’être connu de son médecin , afin que celui-ci ait le double terme de comparaison. Cependant si la maladie se prolonge, si elle s’accompagne d’accidents violents, la conservation des apparences habituelles du visage constitue une véritable ataxie et doit faire craindre la malignité. L’amaigrement de la face n’a pas la même valeur séméiologique, dans les affections chroniques et dans celles qui sont aiguës; dans celles-ci ce signe est de peu d’importance, du moment que les autres accidents maladifs se sont dissipés; dans les premières, au contraire, un amaigrement considérable dénote des progrès très-avancés et un état souvent incurable. La coloration du visage n’est pas moins significative que son embonpoint. Trop de variations de couleurs , sans cause appréciable , supposent un état nerveux qui pourrait aboutir àl’ ataxie toujours sérieuse. La décoloration complète, si elle n’est habituelle comma chez les personnes chlorotiques , ou si elle ne se lie à la syncope, indique la défaillance de la vie, et s’il s’y joint du refroidissement, elle doit inspirer de l'alarme. L’excès de couleur, au contraire, fait présumer une fluxion sanguine excessive vers les parties supérieures , d’où pourraient résulter

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de graves accidents cérébraux. Le teint livide, plombé, noirâtre, suppose un grand embarras dans la circulation et la respiration, quelquefois des gangrènes, et le danger est souvent alors imminent. Il y a peu d’espoir de guérir les maladies chroniques dans lesquelles le teint est profondément altéré ; moins il s’éloignera de l’état naturel, plus il sera permis de concevoir d’espérance. Les mouvements convulsifs, les contorsions du visage sont de mauvais signes. Le rire, le grincement des dents insolites pendant le sommeil des enfants, sont souvent des convulsions partielles qui dénotent ou une lésion cérébrale ou la présence de vers intestinaux. Il est inutile de dire quelle est la signification de telle apparence faciale dans telle maladie déterminée, attendu qu’on trouvera cela dans l’article qui concerne celte dernière.

Indépendamment de l’impression générale du visage, chaque trait en particulier a fixé l’attention des praticiens, et ils ont déduit des signes del’éîat des yeux, delà bouche, du nez, des oreilles, du front, des joues, du menton. Toutes ces remarques sont certainement intéressantes, et nous aimerions aies rapporter, si nous n’étions retenu par la considération que ce dictionnaire a des limites auxquelles il est nécessaire de se conformer.

Par le même motif nous ne parlerons pas des faciès qui indiquent divers genres et divers degrés de santé. Terminons par le tableau de la face hippocratique qui annonce une mort prochaine et presque inévitable : le nez est aigu, les yeux caves, les tempes affaissées, les oreilles froides, contractées, renversées, la peau du front tendue ou ridée et desséchée, et la couleur du visage d’une pâleur verdâtre, ou noire, ou livide, ou plombée. Tel est le faciès d’un grand nombre de malades prochainement voués à la mort, et l’épreuve des siècles n’a fait que confirmer la sinistre signification que lui donnait Hippocrate. De telles apparences dans les maladies chroniques sont comme un arrêt fatal, en quelque sorte sans appel. Dans le fort du danger des maladies aiguës , la face hippocratique ne doit pas toujours bannir une dernière lueur d’espérance. C’est ainsi par exemple que ce groupe d’apparences sinistres est fort ordinaire dans les atteintes graves du choléra, et pourtant bien des cholériques qui le présentent sont rappelés à la santé. A. Lagasquie.

faculté ( physiol .), s. f. On désigne sous ce nom la puissance , le pouvoir d’exécuter telle ou telle fonction. On a donné le nom de faculté à plusieurs des fonctions de l’économie; ainsi l’intelligence est la réunion des facultés intellectuelles; sous le nom de facultés locomotives on désigne la locomotion. (Voyez ces divers mots.) Les écoles dans lesquelles on enseigne la médecine ont aussi reçu le nom de facultés de médecine. (Voy. Médecine, école de.)

faiblesse ( Physiol), s. f. La faiblesse, la langueur, l’absence des forces peuvent s’entendre dans un sens absolu et d’une manière relative ; c’est-à-dire qu’on est radicalement faible , ou qu’on l’est seulement par rapport à un état habituel dont on est sorti, ou relativement à d’autres qui sont plus forts que soi. La source première de la fai-

blesse est dans la trame primordiale ou la constitution native , la seconde dans l’éducation ou le genre de vie , la troisième dans les accidents qui troublent l’organisation. La faiblesse peut donc être primitive, consécutive, accidentelle, permanente ou transitoire.

Mais quelle étendue et quelles limites devonsnous assigner au sujet que nous traitons? Il est certain que dans le monde , comme en médecine , la faiblesse ou l’adynamie fixe très-souvent l’attention. Faut-il fortifier? convient-il d’affaiblir? Telle est l’une des premières questions qui s’offre communément dans la plus simple indisposition, comme après l’examen d’un malade. Toutefois nous ne pouvons relater ici toutes les circonstances où il peut être observé de la faiblesse, ni les moyens variés qu’il convient de mettre en usage dans ces diverses occasions. Ce serait rappeler les nombreuses maladies dans lesquelles la débilité apparaît comme symptôme ordinaire, et nous avons déjà annoncé que nous ne parlerions de la faiblesse que sous lç point de vue de la physiologie.

Les causes de la faiblesse congéniale ou originelle sont fort obscures. Quoique le sceau des transmissions héréditaires s’observe assez communément, il n’est cependant pas rare de voir des parents robustes procréer des êtres faibles et vice versa. Néanmoins , il y a toujours de plus grandes probabilités d’une postérité vigoureuse, lorsque l’accouchement n’est point prématuré, quand les époux, dont le mariage n’a pas été trop précoce, sont exempts de maladies héréditaires, bien constitués et sages dans leur hygiène. Le genre de vie de la femme , pendant la grossesse , n’est pas non plus sans influence sur le tempérament de l’enfant qu’elle nourrit dans son sein. Plus d’une fois celui-ci porte , toute sa vie durant, l’empreinte de quelque excès ou de quelque accident qui troubla la grossesse.

Une mauvaise éducation physique et morale prolongée peut déterminer l’affaiblissement durable, irrémédiable même , d’une constitution narellement forte. L’allaitement seul suffit quelquefois pour graver dans l’organisation un cachet indélébile de force ou de faiblesse La débilité générale et chronique ne connaît pas ensuite de cause plus puissante et plus commune que la mauvaise nature ou l’insuffisance des aliments; l’habitation d’un lieu sombre, étroit, froid, humide, infecté de miasmes; l’inaction ou un exercice excessif. L’influence passagère de ces mêmes causes peut donner lieu à la faiblesse accidentelle qui se répare avec plus ou moins de facilité ; et de plus , il faut ajouter les excès de tout genre : l’onanisme, les cas vénériens, l’intempérance des boissons et des aliments, les fatigues de corps ou d’esprit , les passions, et particulièrement celles qui sont tristes et oppressives, trop de veilles ou de sommeil , etc.

Les moyens préventifs et curatifs de la faiblesse dérivent directement de l’appréciation de ses cati> sp« , et ce principe capital nous expose inévita blement à des répétitions. Poursuivons suivant le même ordre d’exposition que nous avons adopté Nous avons déjà dit quelles étaient les conditions

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les plus favorables pour donner à l’enfant une bonne constitution fondamentale, savoir : des époux sains , point trop jeunes ni trop âgés , sobres et tempérants , une grossesse exempte d’excès et d’accidents et l’accouchement à terme. Lorsque, au milieu de ces circonstances avantageuses , l’enfant naît bien constitué , on soutient, on développe ces dispositions constitutionnelles, d’abord par le choix d’une bonne nourrice, si la mère n’en peut servir (Voy. Allaitement, Nourrice), ensuite par un ensemble de soins hygiéniques dont nous n’indiquerons que les principaux. Les qualités salubres de l’air sont essentielles à tout âge et particulièrement pour les nouveaux nés. Oh ne les laissera donc pas croupir dans une atmosphère étroite, corrompue par des émanations, non renouvelée, non purifiée et non réchauffée par l’influence solaire. On les exposera au grand air lorsque le temps le permettra. Tenus à l’aise dans des vêtements propres et suffisants, on les laissera , on les invitera même à déployer les mouvements compatibles avec leurs forces et l’âge qu’ils auront atteint. Les aliments seront mesurés sur leur appétit; on évitera seulement les indigestions et les substances de mauvaise nature.

L’hygiène des enfants nés faibles repose sur les mêmes bases , mais elle réclame une sollicitude plus vigilante, des soins plus attentifs et plus assidus. Plus que les autres ils ont besoin d’une atmosphère pure, tempérée, de l’action vivifiante de la lumière et du soleil , et souvent de l’air de la campagne ; il leur faut une propreté soigneuse , des vêtements chauds et secs, qui ne compriment le corps en aucune manière. L’exercice, sans fatigue , proportionné à leurs forces , leur convient essentiellement. Quant au genre de gymnastique (Voy. Gymnastique), on ne peut que le choisir en rapport avec l’âge. Les frictions sèches, aromatiques, aideront efficacement ce moyen précieux. ( Voy. Frictions. ) On usera discrètement de bains tièdes ou chauds qui sont débilitants de leur nature, et lorsque les mesures de propreté en indiqueront l’emploi , il sera avantageux d’ajouter une infusion de plantes odorantes. La nourriture sera substantielle, mesurée toutefois sur les forces gastriques ; car ce n’est pas ce qu’on mange qui nourrit, mais bien ce qu'on digère. (Voy. Aliments.) Levin suffisamment étendu, une infusion amère ( de houblon , de gentiane, etc. ) préparée à froid , remplaceront quelquefois avec succès l’eau ordinaire; il est bien entendu que ces règles fort abrégées de l’hygiène des enfants nés faibles ou débilités de bonne heure par un mauvais genre de vie , ne s’appliquent pas aux enfants malades qui réclament d’autres soins. ( v°y- pour cela. Maladies héréditaires et puis Scrophules. Carreau , Rachitis , etc.)

Telles sont les bases du régime le plus propres à maintenir et développer une bonne constitution ou a 1 améliorer si elle est mauvaise, et ce régime convient à tous les âges : bon air, bonne nourri ture, exercice suffisant sans être excessif, éloignement des excès de tout genre. Après cela que pouvons-nous dire de la faiblesse accidentelle et

des moyens d’y remédier? Tout simplement d’en éloigner les causes , de substituer, selon l’occurrence , une vie active à l’oisiveté , et le repos à la fatigue , la continence aux excès vénériens ; la sobriété des aliments et des boissons à l’intempérance; ou bien une nourriture plus substantielle , des boissons toniques excitantes , à la diète opposée , etc., etc.

Il ne doit pas être question dans cet article de la faiblesse jointe aux maladies dont elle n’est qu’un symptôme ou une conséquence. Mais nous ne pouvons taire , à ce propos , une remarque du plus haut intérêt; c’est qu’ assez souvent l’affaiblissement dont on ignore la cause et qu’on prend pour une simple imperfection de santé, provient de quelque affection chronique méconnue, insidieusement développée et qu’on aggrave par l’emploi des moyens dits fortifiants.

Nous ne pouvons parler non plus que de la faiblesse générale , attendu qu’il est traité ailleurs des débilités partielles soit de certains organes, soit de certaines facultés. Il est question, dans d’autres endroits de ce Dictionnaire , de la faiblesse d’estomac, de la vue , de la mémoire , etc., etc. Nous dirons , restant toujours dans les bornes des généralités , que la cause la plus ordinaire et la plus influente de l’affaiblissement partiel de nos organes ou de nos facultés , c’est le défaut ou l’excès d’exercices qu’on leur donne.

(Tomber en faiblesse, se trouver mal. V. Syncope.)

A. Lagasquie,

Membre de la commission d’Egypte.

faim ( physiol .) s. f. famés, besoin de prendre des aliments ; ce mot, employé souvent comme synonyme d’appétit, a pourtant un sens un peu différent ; la faim est le besoin , et l’appétit est le désir d’ingérer des aliments ; ce dernier peut se développer quelquefois en mangeant, tandis qu’ alors on apaise toujours la faim. Les goûts bizarres qu’éprouvent certaines jeunes filles pour de la craie, delà suie, etc., constituent un appétit et non une faim dépravée.

Notre corps, perdant à chaque instant une portion notable des matériaux de son organisation par la sueur et les diverses sécrétions ou excrétions , doit nécessairement réparer ces pertes par l’alimentation, sous peine d’un dépérissement rapide. Pour prévenir cette cause de destruction , la nature, dont les vues conservatrices sont toujours admirables , a voulu contraindre l’homme naturellement ennemi d’un travail continu, à pourvoir à sa subsistance, non-seulement en l’y invitant par les sensations agréables du goût, mais encore en punissant sa paresse, par ce sentiment douloureux parfois si intolérable et si puissant, qui constitue la faim . Ce besoin est donc un des gardiens de la vie, suivant l’expression énergique de Haller. Ainsi que le remarque Gall, la nature de la sensation de la faim n’est pas mieux connue que celle de la pensée , et on ne peut que décrire les phénomènes qui l’accompagnont ; cc besoin est un sentiment désagréable , un genre de douleur aiguë et comme déchirant (quasi lacer ans, dit Haller), ayant son siège dans l’estomac seulement. Lorsque l’abstinence a

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duré quelque temps , on observe un resserrement et une contraction des parois du tube intestinal ; le STic gastrique et la bile paraissent être sécrétés en moindre quantité ; cette dernière peut refluer dans l’estomac en contractant des propriétés très-irritantes comme l’a observé Haller sur un chat et sur un chien. Il survient de l’insomnie et un affaiblissement général dans les forces locomotrices ; la circulation ainsi que la respiration se ralentissent, et le trouble de ces fonctions devient sensible par de fréquente bâillements et de profondes inspirations. Si l’abstinence est prolongée plus long-temps, la diminution d’énergie dans les fonctions de la vie organique se fait de plus en plus sentir ; l’amaigrissement est rapide, presque toutes les sécrétions se tarissent , en contractant auparavant une odeur fétide ; ainsi, chez des malheureux naufragés qui essayaient d’étancher la soif en buvant leur urine , ce dernier liquide acquit en peu de jours une âcreté et une fétidité extrêmes; une abstinence de peu de durée suffit souvent pour rendre désagréable l’haleine de la femme la plus saine. Une fièvre intense , le délire , la prostration , une insomnie continuelle, précèdent en général la mort qui arrive à une époque variable, mais ordinairement au-delà de huit à dix jours. (Yoy .Abstinence.)

Beaucoup de physiologistes s’accordent à placer le siège de la faim dans les houppes nerveuses qui tapissent la face interne de l’estomac ; à cet égard un fait curieux et bien constaté semble un peu éclaircir la question. Si l’on coupe les nerfs pneumogastriques sur un animal, il cesse d’éprouver le sentiment de la satiété , et mange continuellement jusqu’àce que les aliments refluent par l’œsophage; or, si la section de ces nerfs paralyse le sentiment de la satiété, il est probable qu’elle doit paralyser aussi la sensation de la faim. Un assez grand nombre d’hypothèses ont été proposées du reste pour expliquer cette sensation; on l’a attribuée au tiraillement exercé par le foie et la rate sur le diaphragme, qui n’est plus soutenu par l’estomac, ce dernier viscère étant vide; on l’a aussi rapportée à l’irritation des parois stomacales par le suc gastrique, au frottement des houppes nerveuses entre elles, lorsque l’estomac étant affaissé, ces parois se rident et se touchent, etc.; mais à cet égard on ne sait rien de positif.

Parmi les causes qui peuvent augmenter la faim, il faut citer la présence des vers qui agissent surtout en irritant et stimulant les intestins, une affection chronique del’estomac, l’exercice, certaines anomalies anatomiques qui permettent à la bile de refluer dans l’estomac, etc. L’impression subite du froid sur la peau, augmente parfois subitement la faim; l’opium, le tabac et les autres narcotiques l’émoussent au contraire; certaines affections du cerveau, les passions tristes , l’espèce de vertige que produit un mouvement rapide de rotation imprimé au corps , l’usage de l’eau tiède, d’huile et d’autres substances émollientes qui affaiblissent l’estomac, l’emploi de substances émétiques prises à petites doses de manière à donner seulement des nausées, ôtent aussi l'appétit; enfin, dans le plus grand nombre des maladies aiguës, le besoin de prendre des aliments cesse de se faire sentir. Le café , les liqueurs alcoo-

liques et l’absinthe même , malgré sa réputation , pris quelque temps avant le repas , n’excitent nas la faim comme on le croit; ces liquides stimulent passagèrement, il est vrai , l’estomac , mais à cette excitation momentanée, succède le plus souvent une diminution de l’appétit ordinaire. L’habitude semble aussi avoir quelque influence sur le développement de la faim. Tout le monde a pu remarquer en effet que lorsqu’on a passé l’heure habi tuelle d’un repas, le besoin de prendre des aliments très-vif d’abord, diminue ensuite d’une manièn bien sensible.

Quelques peuples sauvages, dans des années dï disette , parviennent à apaiser quelque temps leui faim en ingérant diverses substances minérales argileuses ou magnésiennes. Ces matières distendent l’estomac et trompent ainsi le besoin de prendre des aliments; il existe même en Chine une terre particulière connue depuis long-temps sous le nom de farine fossile, qui aurait servi, dit-on, à diverses époques, à la nourriture de quelques malheureux, durant des famines qui ne sont pas rares dans cette contrée.

La faim est plus impérieuse chez les hommes que chez les femmes , et ce sont presque exclusivement celles-ci qui ont présenté les exemples d’abstinence extraordinaire cités par les auteurs>

Les enfants endurent très-difficilement la privation des aliments ; ils ne doivent jamais être soumis , dans le cours d’une maladie, à une diète trop rigoureuse, surtout s’ils sont en bas âge.

Lorsqu’un individu a été long-temps privé de nourriture , il serait dangereux de lui laisser satisfaire la faim en se gorgeant d’une grande quantité d’aliments ; ceux-ci ne doivent lui être présentés que peu à peu et en donnant la préférence à ceux qui se digèrent le plus facilement. On cite plusieurs exemples où, faute d’avoir pris cette précaution , des personnes ont succombé à une indigestion mortelle, après être échappé à la mort par la faim; du bouillon, des potages , des aliments liquides, sont ce qu’il convient de donner dans ces cas.

Terminons en remarquant que, par une sorte de compensation, la nature a proportionné le plaisir que l’on éprouve en mangeant, à la nécessité plus ou moins grande de réparer les forces , et aux divers degrés de la faim ; l’appétit du riche est fade et sans énergie ; tous les condiments de l’Inde peuvent à peine le réveiller ; mais le laboureur qui quitte la charrue, le chasseur qui vient de parcourir les montagnes, lorsqu’il satisfait au besoins de la nature , en mangeant du pain noir et se contentant d’eau simple, éprouve un délice qui surpasse beaucoup tous les plaisirs de l’oisif assis à une table somptueuse. (Voyez les mots Abstinence et Âppé

f aim canine , boulimie, polyphagie; on désigne sous ces divers noms une faim excessive une voracité extrême qui le plus souvent est causée par un état maladif.

on cite plusieurs exemples d’individus presque insatiables et qui dévoraient indistinctement toute espèce d’aliments. Un homme mangea devant l’em-

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pereur Aurélien, en un jour, un sanglier, un mouton et un jeune cochon cuit.

Percy nous a transmis l’histoire d’un polyphage vraiment extraordinaire nommé Tarare, natif des environ de Lyon. Agé de dix-sept ans seulement, et ne pesant que cent livres, il était jn état de manger, en vingt-quatre heures , un piartier de bœuf de ce poids. Au commencement le la guerre , il entra dans un bataillon : étant ombé malade , il fut reçu à l’hôpital de Soulz ; )rès Hagueneau. Dès le jour de son entrée, Æ. Courville , chirurgien , qui connaissait sa voracité , lui ût donner une quadruple portion, qu’on lui prépara avec les restes de la cuisine et les dimenls refusés par les autres malades : mais il l’en fallait bien qu’il y eût de quoi le contenter; lès qu’il pouvait se glisser à la pharmacie ou à la hambre des appareils , c’était pour y manger les :ataplasme et tout ce qui lui tombait sous la nain.

Je ne ferai pasici le récit dégoûtant, dit Percy, les autres moyens qu’employait ce sale polyphage mur se saturer. Qu’on imagine tout ce que les inimaux domestiques et sauvages les plus immonles et les plus avides sont capables de dévorer, ‘t Ton aura l’idée des goûts, ainsi que des beoins de Tarare. Les chats et les chiens fuyaient i son aspect, comme s’ils eussent deviné le sort [u’il leur préparait. Un jour pourtant , ayant atrappé un gros chat , et le tenant tout vivant par e cou et les pattes , il lui déchira le ventre avec es dents , suça le sang , et ne laissa que les os : me demi-heure après , il rejeta le poil à la madères des carnivores. Tout cela se passa en pré- :ence de M. Laurens , médecin en chef de l’armée , it des chirurgiens de l’hospice. Il mangeait les :ouleuvres et les anguilles , qui descendaient dans on estomac d’une seule pièco. On Ta vu englouir , en quelques instants , le dîner préparé pour pxinze ouvriers allemands : c’était quatre jattes de ait caillé , et deux énormes plats de ces masses le pâte , que , dans le pays , on fait cuire dans ’eau avec du sel et de la graisse. Après ce repas Iresque incroyable , son ventre habituellement lasque et ridé , se tendit comme un ballon, et le glouton alla dormir jusqu’au lendemain sans la noindre incommodité.

La facilité avec laquelle Tarare faisait la déglutition des corps les plus volumineux et les plus lurs , fournit à M. Courville l’idée de lui faire ivaler un lancetier de buis ; on en détruisit les cases; on y renferma un morceau de papier roulé : c’était, lui disait-on, pour savoir s’il pourrait servir dans la correspondance secrète. Tarare ivala le lancetier, et le rapporta le lendemain bien lavé à M. Courville, qui y trouva le papier en bon étal. Le général Beauharnais, informé du fait, fit veair le soldat glouton, qui dévora, en présence de plusieurs officiers -généraux, trente livres de foie et de poumons crus, après quoi, on lui ordonna de porter, dans l’étui eu question, une lettre à un colonel français, fait prisonnier, et qui était à Neustadt, au quartier-général des Prussiens. Il partit pendant la nuit, ayant son message dans l’estomac, et s’étant travesti en paysan ; il devait , en cas que l’étui

sortit trop tôt , l’avaler itérativement. Étant tombé dans un avant-poste prussien, il fut dépouillé et bâtonné à deux différentes reprises, et gardé à vue. Cependant l’étui renfermé depuis trente heures, demandait à sortir : il fallait le rendre et l’avaler de nouveau , sans être vu des deux factionnaires qui le gardaient, sous peine d’étre pendu à un arbre, selon les lois de la guerre. Ces deux opérations réussirent très-bien à Tarare, qui en fut quitte pour une troisième bastonnade, après laquelle on le renvoya au camp français, d’où il revint à l’hôpital de Soultz. Dégoûté du service de la correspondance, il désira guérir de sa polyphagie. On lui administra tour à tour sans succès les acides , les opiacés, les pilules de tabac et de coque du Levant: mais Tarare avait tant de plaisir à manger, qu’il semblait craindre plutôt que souhaiter sa guérison. On ne s’occupa plus de ce goufre vivant ; il fut obligé de pourvoir lui-même à ses énormes besoins , aux dépens des bergeries , des basses-cours et des cuisines d’autrui. Il allait aussi dans les boucheries et dans les lieux écartés, disputer aux chiens et aux loups leur vile pâture. Il devint l’effroi du voisinage, et personne ne voulait plus le voir, ni l’approcher. Les infirmiers de l’hospice publièrent qu’on lui avait vu boire le sang des malades , et qu’on l’avait surpris dans la salle des morts, contentant son abominable faim. Un enfant de quatorze mois , ayant disparu tout à coup , d’affreux soupçons s’élevèrent contre lui, et on chassa le misérable : quatre ans après, en l’an vi, on le trouva à l’hospice de Versailles, dans un état de maigreur extrême, qui devait bientôt mettre fin à la voracité dont il était le fruit. Il mourut , en effet, au bout de quelques mois, dans le dernier période du marasme et de la consomption , épuisé par une diarrhée purulente et infecte, qui annonçait la suppuration des viscères du ventre. Il disait avoir dans ses entrailles, une fourchette d’argent qu’il n’avait pu rendre depuis deux années. On fit l’ouverture de son corps, et on ne trouva que des entrailles putréfiées , baignées de pus ; le foie , la vésicule du fiel avaient un volume considérable ; l’estomac couvrait presque toute la région du bas-ventre. Sa bouche était très fendue ; il ne lui manquait pas une seule dent; il les avait bien rangées, bien blanches; les molaires étaient usées : la bouche était très-grande, l’intervalle des mâchoires trèsconsidérable, et l’ouverture du conduit des aliments presque aussi large que la bouche.

Tarare filait sans cesse en sueur, et de son corps toujours brûlant sortait une fumée sensible à la vue et encore plus à l’odorat. En certain temps , il puait à tel point, qu’à vingt pas on n’eût pu souffrir son approche. Il avait assez fréquemment le dévoiement, et ses déjections étaient d’une fétidité insupportable; quand il n’avait pas mangé son soûl, la peau de son ventre pouvait presque faire le tour de son corps. Une fois repu , la vapeur qui l’enveloppait habituellement, augmentait; ses pommettes et ses yeux devenaient d’un rouge rutilant; une somnolence brutale, une sorte d’hébétude s'emparait de lui , et il allait digérer dans un coin écarté : il ne ruminait point, mais il était sujet à de bruyantes éructations.

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A cette histoire d’un individu chez lequel la faim était une véritable maladie, nous joindrons comme complément , un fait tout opposé ; c’est un polyphage chez lequel la facultée d’avaler les obj ets les plus étranges, n’était pas le résultat d’un étal particulier et maladif, mais, chez lequel cette facilité s’était acquise et développée par l’usage. Cette histoire est celle d’un jongleur, qui se fit remarquer quelques temps à Paris , sous le nom de Jacques de Falaise; bien qu’elle n’ait de rapport avec la sensation réelle , qui fait le sujet de notre article que sous un certain côté , elle complétera cependant ce que nous pourrions dire sur la polyphagie, et nous empêchera d’y revenir longuement plus tard. Nous allons rapporter cette observation telle quenousl’avons fait insérer enjuin 1826, dans la bibliothèque médicale, n’en distrayant que les détails anatomiques et pathologiques qui ne sauraient trouver leur place dans cet article.

Jacques de Falaise avait soixante-deux ans , son âge et son appétit étaient en rapport avec sa profession : travaillant depuis un grand nombre d’années à extraire des pierres à plâtre des carrières de Montmartre , cet exercice avait développé en lui une force musculaire trèsconsidérable , joignant à cela une santé robuste; jamais il n’avait senti le besoin de satisfaire sa faim avec des objets dégoûtants et bizarres; les substances inorganiques et souvent immondes. dont les polyphages font quelquefois leurs repas, n’avaient point excité son appétit.

Un jour, étant à table avec quelques-uns de ses compagnons , et buvant force rasade pour se remettre des fatigues de ournée, la rapidité avec laquelle il les faisait disparaître fut cause du défi qu’on lui porta d’avaler de la même manière , et vivant, le serin qui était sur le comptoir de la maltresse du cabaret. Tout étrange que fût ce défi, Jacques de Falaise n’était pas en situation de refuser ; il crut devoir au moins tenter l’expérience ; et, malgré les vives réclamations de la propriétaire de l’oiseau, il mit celui-ci dans sa bouche et l’engloutit au même instant dans son estomac. Une stupéfaction générale fut la suite de cet évènement, et l’expérimentateur lui-même n’en fut pas exempt : car , dit-il ensuite , je ne croyais du tout point V avaler, et jJ ai été bien surpris de le voir passer si facilement.

Étonné de cette découverte , il répéta plusieurs fois la même expérience avec un égal succès, et se fit, sous ce rapport, une réputation parmi ses compagnons, qui, émerveillés de son rare talent, lui conseillèrent d’en faire son métier en le pratiquant publiquement. Jacques de Falaise résistait, sans .songer que sa réputation franchissait les limites de Montmartre, et que bientôt il ne pourrait plus s’y dérober. En effet, un homme qui, par des tours d’adresse, amusait le public sur un des petits théâtres de Paris , employa pour l’attirer les moyens d’ embauchage usité parmi ces sortes de gens, et bientôt Tul fit signer un engagement par lequel notre polyphage s’obligeait, moyennant 400 francs par année, ia nourriture et le vêtement , à avaler , pendant cinq ans, et en public, tous les objets qui lui seraient présentés. D’abord il avala des oiseaux,

des cartes et des fleurs; bientôt ce furent des pièces de monnaie; une fois même il devait avaler 300 fr. en pièces de cinq francs , l’affiche l’avait ainsi annoncé; mais, comme par une juste convention, tout ce qui passait par l’estomac de notre polyphage devenait sa propriété, le chef de l’établissement ne disposa pour cet usage que de 150 francs, en invitant le public à fournir le reste , s’il voulait être témoin du spectacle qu’il lui avait annoncé. Une vingtaine de pièces de 5 francs lui furent jetées, et il les avala toutes; et s’il n’ingéra pas dans l’estomac les 300 francs annoncés , c’est qu’une foule de spectateurs craignant les suites de ce genre d’exercice, ne voulurent pas le permettre. La douleur que le poids et le mouvement de ces cinquante pièces déterminèrent était si vive , que Jacques de Falaise fut obligé de se serrer le ventre d’une large ceinture , qu’il ne quitta que lorsqu’il eut rendu toutes ces pièces par les selles.

Des souris, des grenouilles, des écrevisses, des anguilles, et même des couleuvres, eurent bientôt un sort pareil à celui des oiseaux vivants dont nous avons parlé plus haut ; mais ce n’était pas toujours sans quelques inconvénients : les animaux à sang froid, les écrevisses, et les anguilles surtout , lui causaient par leur mouvement les douleurs les plus aiguës. Une fois une anguille remonta par l’œsophage jusqu’à l’ouverture postérieure des fosses nasales, et déterminait dans cet endroit de vives douleurs parles efforts qu’elle faisait pour trouver une issue ; enfin elle s’engagea dans l'arrière-bouche. Notre jongleur ne voulant pas la laisser sortir , car la scène se passait en public , lui brisa la tête entre ses dents et l’avala de nouveau. Depuis ce temps il prit, nous dit-il, l’habitude d’écraser rapidement avec ses dents molaires la tête des animaux qu’il devait avaler.

Cet abus de la vigueur de ses organes digestifs ne tarda pas à altérer sa santé, et il entra à l’hôpital Beaujon , dans les salles de médecine, où il fut traité d’une gastro-entérite , de laquelle il ne guérit qu’ après plusieurs mois de traitement. Sorti de l’hôpital Beaujon , il reprit bientôt, malgré l’expresse défense des médecins qui l’avaient soigné , ses exercices polyphagiques , et alla les pratiquer dans les départements , toujours suivant les conditions de son engagement. A Bordeaux, l’agent chargé de percevoir les recettes pour le directeur, s’enfuit avec la caisse et 8,000 francs, fruit des économies de Jacques de Falaise. Le chagrin qu’il éprouva de cette perle, et l’abus qu’il faisait de son estomac , déterminèrent de nouveau l’apparition de la maladie qui l’avait déjà affecté. Il revint à Paris et rentra à l’hôpital Beaujon ; cette fois la gastr o- entérite fut plus intense, plus dangereuse ; et ce ne fut qu’ après beaucoup de soins qu’il parvint à une convalescence longue et pénible. Depuis cette époque, sa santé ne s’est jamais complètement rétablie.

Enfin il écouta l’avis des médecins, renonça complètement à sa dangereuse profession , et accepta une place d’homme de peine dans l’hôpital où l’on venait de le guérir. Il exerçait ses nouvelles fonctions déjà depuis plus de deux ans; sa santé s’était un peu raffermie ; il avait recouvré une partie

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de ses forces, et se livrait avec beaucoup de courage aux travaux les plus rudes , quoique son humeur restât toujours sombre et chagrine, lorsque, le 30 mars 1825, ayant passé toute la soirée de la veille au cabaret, on le vit entre cinq et six heures du matin, venant de chercher une corde à la cuisine, et se dirigeant du côté de la cave, où il était employé à scier du bois. Deux heures après, il y fut trouvé pendu à un tuyau de plomb qui la traversait horizontalement , à environ six pieds du sol; on trouva une seconde corde rompue et fixée à un pied plus haut que la première. L’ouverture du corps ne fit découvrir que des cicatrices intestinales, qui étaient les résultats delà gastro-entérite. L’estomac contenait des caries à jouer que Jacques de Falaise avait avalées la veille

Ces deux histoires de polyphagie suffisent pour donner une idée générale de cette étrange faculté qui le plus souvent ; est le résultat d’une maliadie. On voit par la différence qui existait dans les habitudes des deux sujets dont nous venons de parler, la dissemblance que présente cet état , quand il existe comme maladie ou comme disposition acquise : ainsi Jacques de Falaise n’était en aucune manière stimulé par un appétit extraordinaire ; il ne se livrait à ses exercices que par vanterie ou par le désir du gain , tandis que Tarare cédait à un besoin irrésistible qu’il cherchait à satisfaire à tout prix. Les cas de polyphagie de la nature de ceux dont Tarare est un exemple sont heureusement fort rares; mais il n’en est pas de même de ces perversions du goût et de l’appétit, qui se manifestent chez les jeunes gens, et surtout chez les jeunes filles chlorotiques. Ces maladies que l’on désigne sous le nom de pica sont plutôt caractérisées par un appétit qui se manifeste pour les objets les plus étranges et souvent les plus dégoûtants, sans que cependant les malades mangent une plus grande quantité d’aliments , il semble , au contraire, que l’appétit ait disparu pour les substances vraiment alimentaires, et qu’il ait été remplacé par les besoins qu’éprouvent les malades de se rassasier des objets les moins capables de les nourrir, tels que de la terre, des épingles, et souvent des objets les plus dégoûtants. ( Voyez le mot Pica.)

J . -P BEAt'DE.

faine ( rnatméd .), s. m. On donne ce nom au fruit du hêtre ; on en retire par expression une huile douce, qui, lorsqu’elle est fraîche, est aussi agréable que celle fournie par la noisette.

falciforme ( anat .), adj., qui a la forme d’une faux. Plusieurs organes ont reçu ce nom; il y a au foie un ligament falci forme; il existe une expension falciforme de l’aponévrose facia lata ; un sinus de la dure-mère a ieçu le nom de sinus falciforme.

falsification (pol. méd.), s. f., synonyme d’adultération et de sophistication. (Voy. Adultération.)

fanons (cftir.), s. m. On donne ce nom à des cylindres de paille, que 1 en employait en place d’attelles dans les fractures de la cuisse et de la jambeon n’en fait plus usage aujourd'hui. Les faux fanons sont faits avec des linges pliés en plusieurs

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doubles et roulés à plat, que l’on applique le long d’un membre fracturé. On donne le nom de drap fanon à la pièce de linge qui est destinée à envelopper toutes les parties d’un appareil; dans les fractures , le drap fanon est placé sous le membre et sert à envelopper les attelles. *J. B.

fard ( hyg .), s. m. (Voy. Cosmétiques )

farines, s. f. On a donné le nom de farines, au produit qu’on obtient de la mouture et du tamisage de différentes graines. Les farines le plus employées sont les farines de froment, de seigle, d’avoine, d’orge, de fèves, de lin, de fenu-grec, de sarazin , de moutarde ; de ces farines , les unes sont employées dans les usages alimentaires, les autres dans l’usage médical.

Les farines mises en usage comme moyen d’alimentation , sont les farines des céréales, celles de blé ou de froment, de seigle, d’orge et d’avoine.

Farine de froment. La farine de froment s’obtient du triticum hibermm, de la famille des graminées; elle se prépare par la mouture de.' graines, etpar le blutage opéré dans le but de séparer delà partie amylacée, les débris provenant de l’enveloppe corticale, débris qui sont connus sous le nom de son.

I,a farine de froment , comme les farines des céréales, n’est point un corps simple, mais un composé formé de plusieurs substances du gluten , de l’amidon, du sucre, d’une substance gommo-glutineuse, de l’albumine, enfin du son. Des travaux faits par divers auteurs, Proust, Vauquelin etVogel démontrent que la farine de blé contient , outre ces substances, une petite quantité de résine jaune, des phosphates et d’autres sels ; d’une analyse faite par Proust, il résulte que 100 parties de farine, contiennent 1° amidon , 74,5 ; 2° gluten, 12,5 ; 3» extrait gommeux et sucré, 12; 4° résine jaune, 1. Mais ces proportions ne sont pas les mêmes dans toutes les farines ; ainsi Davy a dit avec raison que les farines des blés cultivés dans le midi, sont plus riches en gluten que celles préparées avec les blés recueillis dans le nord; la nature du sol, la température des saisons, l’abondance des pluies donne aussi lieu à des modifications dans les principes constituants des farines. Quoi qu’il en soit, la meilleure farine est celle qui contient le plus de gluten.

On peut reconnaître la proportion de gluten contenue dans une farine, en agissant delà manière suivante : On fait une pâte avec une quantité donnée de farine, 100 grammes, par exemple, en employant une quantité suffisante d’eau; on laisse celle pâle préparée sur un tamis, et on place celui-ci dans une terrine contenant de l’eau distillée, de manière à ce que l’eau affleure le tissu du tamis; on malaxe ensuite lapâte entre les mains, en ayant soin de ne pas la délayer ni la diviser, mais bien d’en extraire l’amidon; ce principe isolé se répand dans l’eau et y reste en suspension, tandis que d’autres principes s’y dissolvent. Le gluten, quand on a bien opéré, reste seul dans la main, à l’exception de petites quantités qui restent sur le tamis et qu’on réunit à la masse. On renouvelle l’eau de lavage jusqu'à ce qu’elle ne sorte plus laiteuse après avoir passé sur la matière glutineusc.

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Les derniers lavages du gluten peuvent se faire sous un petit filet d’eau. Lorsque ces lavages sont terminés , on réunit les divers liquides provenant de ce traitement, dans un vase conique, pour que l’amidon puisse se déposer facilement; on tient ce vase dans un lieu frais, afin que la fermentation ne puisse se développer dans le liquide Lorsque le liquide qui tenait l’amidon en suspension a laissé déposer ce produit, on décante la solution qui est un peu louche, et on reçoit le dépôt formé d’amidon et d’une petite quantité de gluten sur un filtre; on le lave jusqu’à ce que l’eau en sorte claire, on fait sécher le filtre, et on prend le poids de l’amidon.

On fait aussi sécher le gluten qui a été séparé de la farine et on en prend le poids. Si on veut compléter l’analyse, on agit delà manière suivante: On prend le liquide qui a été séparé par décantation, on le réunit aux eaux de lavage de l’amidon, et on fait évaporer à la température de l’eau bouillante; pendant cette évaporation, il y a formation de flocons qui ont été considérés par Fourcroy comme étant formés d’albumine coagulée, et par Proust comme étant du gluten; on sépare ces flocons, et on continue l’évaporation jusqu’à ce que le résidu soit amené à l’état de consistance sirupeuse; on le délaie alors dans de l’alcool qui dissout le sucre qu’on obtient par l’évaporation de ce véhicule : la partie insoluble traitée par l’eau froide fournit par évaporation le mucilage; le résidu insoluble est composé de phosphate de chaux et de matière azotée. Si l’on voulait obtenir la résine, il faudrait traiter la farine sèche par l’alcool, car si on ne prend pas cette précaution, la résine reste en partie mêlée avec le gluten.

Si les farines qu’on examine contiennent peu de gluten, il faut malaxer la pâte faite avec la farine après l’avoir placée dans un linge et en avoir formé un nouet; l’amidon passe à travers les mailles du tissu , le gluten reste dans le nouet.

La farine de froment, dans les années où elle est d’un prix élevé, est quelquefois allongée de C à 12 pour 100 de fécule; on reconnaît cette falsification , en examinant le mélange au microscope, qui laisse apercevoir des points brillants lorsque la farine contient de la fécule , on peut encore reconnaître cette falsification à l’aide de l’iode :1a farine mêlée de fécule exposée à la vapeur de l’iode, prend une couleur brune sans points brillants , tandis qu’elle présente des points brillants d'un aune doré lorsqu’elle contient de la fécule.

La farine de blé sert particulièrement à la préparation du pain; elle entre quelquefois dans la confection des pilules et dans la préparation de cataplasmes émollients; en décoction, elle est admistrée contre la toux, contre la diarrhée.

Farine d'avoine. Celte farine, qui s’obtient par la trituration delà semence d’avoine, contient pour 100, parties, 59 d’amidon, 2,50 de mucilage, 3 de gluten, 5,50 d’albumine, 8,25 de sucre, 2 d’huile grasse.

Farine de fenu-grec Cette farine, qui s’obtient par la mouture du trigonella fcenum grœcum des légumineuses., est considérée comme étant émolliente et résolutive; on s’en sert dans la pharmacie vétérinaire ; on la donne aux chevaux et aux vaches

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