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ble de résister aux maladies et àla mort qu'un être 'dont l’existence est si frêle et si précaire. Les embryons qui viennent d’un liquide spermatique mal élaboré, d’un père trop vieux ou trop jeune, ou épuisé par l’abus du coït, y sont plus particulièrement exposés.
Toutes les fois que l’œuf est malade, l’embryon tend à périr, et la matrice et tout l’organisme réunissent alors leurs efforts pour se débarrasser d’un corps étranger qui les gêne.
Par toutes les causes précédentes, l’avortement est dit spontané; mais on regarde les causes accidentelles ou occasionnelles comme bien plus nombreuses.
Tous les efforts qui amènent de grands mouvements, toutes les impressions vives de l’âme, la joie et le chagrin, l’action des odeurs fortes, la danse, les veilles, la diarrhée, le ténesme, le coït, etc., sont estimés capables de produire des fausses couches. Mauriceau, qui pendant quarantesix ans de mariage n’a point eu d’enfants , défendait le coït vers la fin de la grossesse; il fut contredit malignement par l’anatomiste Dionis qui lui objectait que, pour lui, sa femme avait été vingt fois grosse, et quelle était accouchée vingt fois heureusement : je suis persuadé, dit-il, que les caresses du mari ne gâtent rien. C’est donc comme une licence poétique qu’il faut entendre ces vers de Tillet :
Pour conserver le fruit de vos chastes plaisirs,
Réprimez désormais vos amoureux désirs.
Au feu qui vit en vous, un autre feu peut nuire,
Et ce qu'amour a fait , amour peut le détruire.
Beaucoup d’auteurs, et même le grave Aristote, accordent au coït, vers la fin de la grossesse, la propriété de rendre l’accouchement plus facile.
La plupart des causes què j’ai énoncées, et encore les maladies aiguës qui atteignent la mère , ne peuvent avoir d’action sans une prédisposition actuellement existante.
On a dit que les coups, les chutes, l’exercice en voiture, etc., décollaient le placenta; mais il faut se rappeler que l’œuf contenant les eaux de l’amnios remplit exactement la matrice. Les secousses sont presque incapables de séparer le placenta de la matrice. En effet, on voit tous les jours des femmes actives, imprudentes même, qui se livrent à des exercices violents et qui mènent leur grossesse à terme , tandis qu’une infinité d'autres avortent malgré les précautions les plus minutieuses et les soins les plus soutenus. Les exemples ne manqueraient pas à l’appui de cette assertion.
Pour échapper à l’incendie de son appariement, line femme , enceinte de sept mois, se laisse glisser d’un troisième étage; la frayeur lui fait lâcher prise , elle tombe sur des pierres et se fracture le bras, mais la grossesse n’est point troublée. Au rapport de madame Lachapelle, une sage-femme enceine et affectée d’étroitesse du bassin, se précipite en bas de l’escalier d’une cave profonde dans le but de se faire avorter et d’éviter par là l’opération césarienne ; elle mourut par suite de ses blessures, mais il n’y eut point d’avortement.
La saignée, les bains, les émétiques, les purga-
tifs jouissent, comme abortifs, d'une grande réputation, mais heureusement elle est peu méritée. Tous les jours on emploie dans la pratique , contre des maladies qui les exigent , les saignées , les émétiques et les médicaments actifs de diverses espèces, sans que la grossésse semble en souffrir. Mauriceau, dans son traité des Maladies des femmes grosses, parle del’épouse d’un de ses confrères qui fut saignée quatre-vingts fois pendant unegestalion, et qui n’en porta pas moins à terme un enfant bien développé. Il en cite une autre que l’on saigna dix fois du pied sans plus d’inconvénient. Les évacuants les plus énergiques ont pu produire des gastrites, des entérites, des inflammations mortelles sans que l’avortement ait eu lieu. J’ai donné des soins à plusieurs jeunes demoiselles qui avaient avalé des substances estimées propres à provoquer l’avortement, et même de l'émétique à forte dose, dans l’intention de détruire les conséquences d'une faute; elles ont éprouvé des accidents terribles : l’une d’elle a succombé , et l’avortement ne fut obtenu chez aucune. Un chirurgien a pratiqué l’amputation de la jambe chez une femme enceinte de huit mois ; l’opération eut du succès et la femme n’accoucha que trente jours après.
De tous ces faits, il ne faudrait pas en conclure qu’ils sont tous innocents , mais bien qu’ils ne produisent l’avortement, dans la majorité des cas, qu’aidés par des cau’ses prédisposantes.
On a observé que chez certaines femmes, l’avortement se répète périodiquement, et est dû à une disposition hémorrhagique intermittente delà matrice, soit que cet état soit acquis ou héréditaire. On cite beaucoup de femmes dont la mère avait eu plusieurs avortements et qui n’ont jamais pu avoir des enfants à terme. Plus une femme a eu de fausses couches, plus on doit craindre qu’elles ne se répètent. Beaucoup d’autres citent des exemples de filles qui, s’étant procuré plusieurs avortements, une fois mariées n’ont pu avoir des enfants viables, quelles que fussent les précautions prises pour en obtenir.
Des causes mécaniques, certaines manœuvres portées directement sur l’œuf, sont quelquefois mises en usage, dans nos sociétés raffinées, dans un but essentiellement criminel : ces moyens , difficiles dans leur application, atteignent fréquemment leur but, mais blessent la matrice, compromettentla vie delà mère, soit par des hémorrhagies actuelles , soit par des inflammations du péritoine, ou encore par des ulcères qui occasionnent d'affreuses souffrances et conduisent au bord de la tombe; il n’est pas de praticien qui n’ait eu à donner des conseils à des maladies de ce genre.
Les phénomènes de l’avortement varient suivant l’époque de la grossesse où il survient, et la nature des causes qui le produisent. Dans les deux premiers mois, l’œuf n’ayant encore acquis qu’un très-petit volume, il peut arriver qu’il soit expulsé en entier sans douleur et sans hémorrhagie remarquables. Le plus ordinairement l’œuf sort enveloppé de caillots qui le masquent assez pour qu’on ne puisse le reconnaître sans un examen attentif ; les femmes pensent que cette hémorrhagie n’est due qu’à un retard des règles qui les rend plus