‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 241 sur 316 · IRA · texte numérisé non relu

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LA où deux os sont parallèlement placés, comme à 1 avant-bras, à la jambe, ils peuvent être fracturés tous les deux ; il peut n’y en avoir qu’un seul de rompu ; s’ils le sont tous deux, ils peuvent l’être au même niveau , ou bien l’un plus haut, l’autre plus bas.

On qualifie les fractures de simples, lorsqu’elles ne sont accompagnées d’aucun désordre particulier, qui ajoute à leur gravité; dans le cas contraire, on dit qu’elles sont compliquées. Nous reviendrons plus loin sur celles de ces complications qu’il est le plus important de signaler.

Lorsqu’un os vient à être rompu, les fragments peuvent ne pas changer de position, ou éprouver un déplacement plus ou moins étendu. Ce déplacement peut en outre se faire dans des directions variées. Ainsi, si nous supposons une fracture transversale , l’os quoique séparé en deux fragments, peut ne pas changer de position ; les deux surfaces de la fracture restent alors en contact par toute leur étendue. Mais aussi , l’une peut glisser sur l’autre, de telle façon, quelles se débordent l’une dans un sens, l’autre dans le sens opposé; voilà le déplacement suivant l’épaisseur, il peut être porté à un tel degré, que ces deux surfaces n’aient plus aucun point de contact. Supposons une fracture oblique : deux surfaces en biseau sont en contact, elles peuvent glisser l’une sur l’autre, chevaucher, pour employer l’expression technique; les deux fragments anticipent sur la longueur l’un de l’autre , c’est le déplacement suivant la longueur. Ce déplacement peut se faire en sens opposé , alors les surfaces fracturées s’éloignent l’une de l’autre. L’os qui avant la fracture offrait une direction donnée, peut se courber dans le lieu delà fracture, c’est le déplacement suivant la direction ; enfin, un des fragments peut exécuter sur l’autre un mouvement de rotation, de telle sorte que la partie qui était antérieure, je suppose, devienne latérale, la portion correspondante de l’autre fragment restant immobile, c’est le déplacement suivant la circonférence. Ces diverses sortes de déplacements se combinent différemment les unes avec les autres : ainsi, le déplacement suivant l’épaisseur peut exister seul ; mais si nous prenons pour exemple une fracture de la cuisse, le fragment inférieur, après s’être un peu déplacé, suivant l’épaisseur, peut chevaucher sur le supérieur ; il peut en même temps éprouver une rotation plus ou moins considérable, telle que la pointe du pied, au lieu de rester antérieure , tombe de côté , et enfin à ces trois sortes de déplacements peut encore se joindre la quatrième , celle suivant la direction de la cuisse, celle-ci pouvant se courber à angle dans le lieu delà fracture.

Certaines circonstances anatomiques qu’il est facile d’apprécier tendent à prévenir ou à limiter le déplacement. Lorsque des deux os qui entrent dans lacomposilion d’un membre, parallèlement placés, un seul est fracturé , l’os intact lui sert de soutien , et ne lui permet qu’un déplacement peu étendu. Si les deux sont fracturés, mais à une hauteur différente, ils se maintiennent réciproquement, et le déplacement est encore peu considérable dans chaque fracture, bien que le membre puisse paraî-

tre très-difforme , ce qui provient de l’addition de deux déplacements partiels. Au contraire , lors qu’un seul os constitue le squelette de la partie fracturée, ou lorsque les deux os qui le forment sont fracturés au même niveau, le déplacement peut être très-considérable, l’extrémité des frag ments peut percer les parties molles , la peau , même les vêlements, ainsi que cela arriva au célè bre Ambroise Paré, qui ayant eu les os de la jambe fracturés par un coup de pied de cheval, les vil percer la peau, la botte, et se ficher dans le sol.

Ces différents déplacements dépendent de plu sieurs causes, l’impulsion elle-même communiquée à la partie par la cause fracturante peut à elle seule déterminer le déplacement; ainsi, dans certaines fractures du crâne , le projectile lui-même enfonce le fragment détaché dans l’intérieur de la cavité. D’autres fois le déplacement provient du poids du corps ou de la partie ordinairement soutenue par l’os fracturé; que la cuisse soit cassée dans son milieu, si la jambe n’est pas soutenue, elle tombe et le membre se courbe dans le lieu de la fracture. Le déplacement provient souvent de la contraction des muscles qui agissent sur l’un ou l’autre fragment; ainsi la rotule, par exemple, est fixée en bas à l’os de la jambe par un tendon inextensible, et en haut, à un muscle très-fort destiné à étendre la jambe. Si cet os vient à se fracturer entravers, ce muscle continuant à agir entraîne en haut la portion à laquelle il est attaché, et il se forme, par conséquent, un écartement considérable entre les deux fragments. D’autres fois l’insertion des muscles étant différente, ils déplacent les fragments en sens opposé; ainsi, qu’un muscle tienne aux deux fragments d’un même os, tendant à rapprocher l’un de l’autre ses deux points d’attache, il déterminera le chevauchement des fragments ou la courbure de l’os. Ces exemples suffisent pour faire comprendre l’influence des muscles sur le déplacement dans les fractures , et l’on concevra sans peine que la connaissance du lieu sur lequel ils s'attachent aux os soit d'un grand prix pour le chirurgien qui désire préciser le siège exact d’une fracture. En effet, tel os qui serait dévié dans tel sens, s’il était fracturé auj dessus de telle insertion musculaire , le serait dans tel autre s’il est fracturé au-dessous.

Les frac l ‘ires sont dans certains cas très-faciles à constater , d’autres fois ce n’est qu’à grand’peine que l’on peut démontrer leur existence ou préciser le point qu’elles occupent. Certaines circonstances peuvent éveiller l’attention sur leur existence, constituent dus motifs rationnels de croire à leur possibilité, mais l’examen direct peut seul donner une certitude à cet égard. Ainsi, une chute, un choc violent, la douleur qui en est la suite, l’impossibilité de mouvoir le membre , sa tuméfaction, même une sorte de craquement que le malade croiiait avoir entendu au moment de l’accident , ne sauraient être des motifs suffisants d’affirmer qu’il existe une fracture. Les signes positifs, sensibles, sont les plus importants, bien qu’ils ne soient pas tous constants, que quelques-uns même ne soient pas toujours infaillibles. Si une plaie existe, si les fragments osseux font saillie ou sont visibles, il ne

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peut y avoir de doute ; de même si un os est courbé dans un point de son étendue où il doit offrir une disposition contraire, pourvu qu’il soit constaté que le malade n’était pas difforme avant l’accident. Si l’os offre dans un point une flexibilité manifestera fracture est évidente; mais si la fracture présumée est voisine d’une articulation, il ne faut pas confondre les mouvements de l'articulation avec ceux qui se passeraient dans la fracture elle-même. S’il y a eu déplacement suivant la longueur , le membre est raccourci dans le plus grand nombre des cas; on peut s’assurer de celte circonstance par la comparaison minutieuse avec le membre opposé, il existe de la tuméfaction. Quelquefois l’on peut voir un défaut de rapport entre l’axe des deux fragments, et le membre présente une sorte de zigzag comme un bâton plongé dans l’eau sous une direction inclinée. Quelquefois la main, promenée doucement sur la surface du membre , peut percevoir les saillies , les inégalités des fragments. Qu’il existe un déplacement suivant la circonférence, si la partie inférieure d'un os a tourné sur son axe , la supérieure conservant sa position normale , on peut aussi être certain de la fracture. La difformité , la < évialion , qui ne sauraient tromper un chirurgien exercé lorsque la facture siège dans la partie moyenne d’un membre, seraient souvent insuffisantes pour la distinguer d’une luxation dans le cas où elleseraitvoisine d une articulation. Cependant la forme d'une articulation luxée n’est pas celle qu elle revêt dans les cas de fracture. Dans la fracture, le chirurgien peut imprimer des mouvements considérables au membre, qui dans la luxation, est immobile et solidement fixé.

Un des signes les pius importants, celui même que l’on donne généralement pour caractéristique de la fracture, c'est l’existence de la crépitation. Lorsqu’un os est fracturé, les surfaces inégales qu’il présente dans le point de sa solution de continuité déterminent., en se mouvant les unes sur les autres, un bruit particulier souvent facile à percevoir. Quelquefois , lorsque l’oreille ne peut le saisir, la main appliquée sur le membre sent le craquement occasionné par le frottement des aspérités osseuses. Ces deux signes qui coexistent souvent et qui proviennent de la même cause, quoique perçus par un sens différent, ont recule même nom de crépitation. Ce signe, qui pour un homme exercé est d’un prix immense, peut cependant en imposer quelquefois, quelques circonstances particulières pouvant le simuler jusqu’à un certain point. Lorsqu'un membre a été forcé, lorsqu’une contusion violente l a atteint dans le voisinage d’une articulation, il se passe quelquefois dans celle-ci quelque chose d’analogue; les mouvements des surfaces articulaires l’une sur l’autre, bien quelles soient intactes, se font alors avec bruit et quelquefois même la main perçoit une sorte de frottement qui peut induire en erreur. C’est à l’expérience à distinguer ces sensations, jusqu'à un certain point voisines, et à indiquer les lieux et les cas où cette source d’erreur se rencontre le plus fréquemment.

Enfui, un signe important que nous ne devons

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