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commencement du quinzième siècle, dit dans un de ses vers burlesques que, s'il marchait ganté , c'était afin de ne pas incommoder ses pellicello.
Plus tard, la civilisation ayant fait des progrès , cette affection devint moins commune d’une part, et de l'autre les pathologistes égarés par de fausses théories étendirent la dénomination de gale à des maladies de la peau qui n’avaient de commun avec elle que la démangeaison, il eu résulta que la vraie étiologie de cette affection, fut presque méconnue. Haffenrefer, A. Paré , Nauche Guyon , et le plus grand nombre des aule: rs du dix-septième siècle, parlèrent, il est vrai, des acarus qui peuvent se rencontrer sur le corps de l’homme et de la démangeaison qu’ils occasionnent; mais ils traitèrent en même temps de la gale dans des articles séparés , comme d’une affection totalement distincte. Vers celle époque , il s’éleva pourtant en Allemagne une secte de médecins, qui attribuaient l’origine de la plupart des maladies, à la présence dans le corps-humain de différents insectes; ces médecins n’eurent garde d’oublier l’acarus, et rapportèrent avec soin les anciennes observations qui établissaient l’existence de cet insecte dans la gale. Linnée, partagea ces opinions; et Dégeer, naturaliste suédois, son contemporain, eut occasion d’étudier l’ acarus, et en donna une bonne description entomologique , accompagnée d’une planche exacte.
Malgré toutes ces recherches , les erreurs de diagnostic, l’influence des théories, l’espèce de crainte et de dégoût qu’inspiraient les galeux, etc., empêchèrent que les idées reçues fussent modifiées, et on s’obstina à regarder la gale comme le résultat d’une humeur ou d’un vice particulier de l’économie; les travaux si concluants et si précis de Wichmann, semblèrent faire peu d’impression sur l’esprit des pathologistes. On doutait encore de l’existence de l’ acarus, lorsque M. Gales, pharmacien de l’hôpital Sl.-Louis, fit des recherches et des expériences publiques , qui semblaient devoir rendre désormais le doute impossible. Nous regrettons d’être obligé ici de jouer le rôle d’accusateur; mais en présence des faits, il devient évident que tout ce qu’a publié M. Galès, n’est qu’une mystification; il trouvait l’ acarus dans le liquide des vésicules, et ce liquide ne le renferme jamais ; enfin les planches qu’il nous a données représentent la mille du fromage, dont la forme diffère essentiellement de celle du sarcopte. Ces recherches néanmoins, faites en présence de toutes les notabilités scientifiques de l’époque, parurent exactes, et on crut généralement à l’acarus pendant six ans. A cette époque, des médecins plus consciencieux ayant voulu répéter ces expériences en examinant comme l’avait fait M. Galès, le liquide des vésicules, ne purent retrouver l’insecte qui ne s’y rencontre pas. Ils multiplièrent vainement leurs recherches, elles furent toujours sans succès; l'autorité de leurs noms fit encore changer les idées, et dès-lors, la plupart des auteurs qui s’occupèrent delà pathologie cutanée, s’accordèrent à traiter de fable tout ce qu’on avait écrit sur cet insecte ; en 1834 seulement, un élève en médecine, corse qui avait vu souvent dans son pays où la
gale est endémique, les mères enlever l’acarus à leurs enfants, fut fort étonné d’apprendre que l’on niât à Paris l’existence de cet insecte ; il montra la manière de l’extraire d& l’épiderme, et dès ce moment, il devint impossible de nier qu’il existât réellement chez les galeux un insecte particulier ; à cette même époque, nous fîmes de nouvelles recherches et des expériences pour prouver qu’il était réellement la cause de la gale, et non pas seulement un parasite qui accompagnerait accidentellement cette affection.
Fréquence-influence du climat. La gale est la plus fréquente des maladies de la peau ; on l’observe principalement chez les personnes qui vivent dans la misère et la malpropreté, dans les grandes réunions d’hommes, dans les hôpitaux, les armées; elle semble endémique dans certaines contrées comme la Corse et la Basse-Bretagne, où les populations misérablesvivenl dans une incurie déplorable entassées dans des réduits étroits et malpropres. Lorsqu’elle pénètre dans des familles aisées, elle y est presque toujours apportée par des domestiques qui la communiquent d’abord aux enfants, et delà , elle se propage sur les autres personnes ; les enfants paraissent en effet la contracter avec facilité. On a dit aussi quelle était plus fréquente, et se communiquait plus facilement pendant l’été et dans les climats chauds, que pendant l’hiver, et dans les pays froids; mais ce fait ne me semble pas bien démontré; nous avons même observé que le nombre des filles publiques traitées pourla gale à l’hôpital St. -Louis, était à peu près le même pendant la mauvaise saison et pendant les mois chauds de l’année; comme elles sont contraintes parla police d’entrer en tout temps dans cet établissement, le résultat de cette observation paraît assez concluant.
Causes. La cause prochaine delà gale est comme nous le venons de le dire , la présence sous l’épiderme et à la surface de la peau, de petits insectes appartenant à la classe des arachnides , ordre des acariens; les entomologistes modernes, en ont fait un genre particulier sous le nom de sarcopte, ( sarcoptes). lui assignent les caractères suivants : «corps
» un pe*> arrondi, comme comprimé sur ses deux faces » et imitant la tortue, blanc, strié, hérissé sur le dos » de papilles rigides; huit pattes, les quatre anté- » Heure» placées à côté de la tête et comme palmées ; » les quatre postérieures distantes, les quatre pattes » antérieures, au moins, sont munies d'ambulacrum, » ( tige grêle, terminée par un petit renflement et ser- » vaut à la progression). » On rencontre des sarcoptes plus ou moins ressemblant à celui de l’homme , sur un grand nombre d animaux , le cheval , le mouton , le chat , le renard , etc. ces insectes produisent sur chacun d’eux , une affection psorique analogue à celle de l’homme; on prétend même que certains animaux domestiques, peuvent communiquer la gale aux individus qui les touchent; nous n’avons pas eu occasion d’observer des exemples de cette contagion; et nous doutons même à cause des différences d’organisation, que des acarus de chat, de mouton, par exemple, transportés sur un individus de notre espèce, puissent produire autre chose qu’une
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éruption éphémère. Les caractères spécifiques du sarcopte de l’homme ont déjà été décrits à l’article acarus (voy. ce mot) ; nous n’y reviendrons donc pas.
Cet insecte habite de préférence les régions du corps où la peau est fine et présente beaucoup de rides, comme l’aisselle, le pli du bras, le creux du jarret, le mamelon, l’enfoncement du nombril, le scrotum, le ventre, etc.; mais on l’observe encore plus fréquemment aux mains et aux pieds, surtout au poignet et dans l’intervalle des doigts ; l’épiderme plus épais dans ces points que partout ailleurs, lui offrant une retraite sure ; il a pour habitude, en effet , de se creuser sous l’épiderme une sorte de galerie ( cuniculus ), nommée improprement sillon ; ces galeries sont faciles à apercevoir aux mains, au moyen de l’œil nu ou de la loupe : elles se présentent sous la forme d’une trace comme ponctuée, souvent noirâtre à cause de la saleté qui s’y attache plus facilement; leur longeur est de une à six lignes ; ce sillon est souvent tortueux; il se termine brusquement à une de ces extrémités etprésente en ce point une petite saillie blanchâtre formée par l’insecte caché sous l’épiderme ; quand cette saillie a été bien aperçue , il est facile d'en extraire l’acarus; il suffit d’introduire obliquement la pointe d’une épingle sous l’épiderme qu’on renverse , et presque toujours alors, l’insecte vient se fixer à l’extrémité de l’instrument ; l’on peut ensuite le transporter où l’on veut. La facilité avec laquelle il s’attache à tous les corps qui le touchent, est remarquable et sert bien à expliquer la contagion de la gale. Ainsi extrait, il est d’abord immobile, et ce n’est qu’au bout de deux à quatre minutes qu’on le voit agiter ses pattes, et bientôt marcher et même courir avec facilité; les jeunes acarus sont surtout remarquables par leur agilité. A l’extrémité du sillon opposée à celle où se tientl’acarus, on observe assez souvent une vésicule , ou la trace d’une vésicule produite par l’insecte au moment où il venait de naître. Ce fait n’est pourtant pas constant, les sillons peuvent aussi présenter sur leur trajet une ou deux autres vésicules secondaires. Ils sont du reste bien moins apparents sur les régions du corps autres que les mains et les pieds, et ils ne sont pas accompagnés alors de vésicule ; leur longueur est moindre et un léger frottement suffit pour détacher l’épiderme; lorsqu’ils se développent aux aisselles et aux fesses, la partie de la peau sur laquelle on les observe, est légèrement tuméfiée et comme tuberculeuse. On ne rencontre jamais de sillons au cou , au dos et à la tête.
Il n’est pas rare de voir des acarus pondre de petits œufs, qui ont le tiers de la longueur de la mère; on les rencontre aussi dans le sillon à côté de l’insecte.
D’après ce que nous venons de dire, la contagion de la gale est facile à expliquer ; cette maladie se transmet par lepassage des acarus et de leurs œufs d’un individu malade sur un individu sain ; dans la plupart des cas , il y a eu contact immédiat ; mais comme le sarcopte peut vivre quelques jours hors de l’épiderme, et que ses œufs peu-
vent avoir été déposés sur des corps environnants, la gale peut aussi se communiquer, quoique plus difficilement, par le contact médiat; cela arrive surtout lorsque l’on revêt des habits ayant appartenu à des galeux; on a remarqué à cet égard que les étoffes de laine, propageaient plus facilementla contagion. Assez souvent la gale se répand dans des ateliers de tailleurs ou de repasseuses , qui font usage d’une même poignée en drap pour saisir les fers à repasser.
Quelques pathologistes ont révoqué en doute l’explication que nous venons de donner sur la contagion ; mais les expériences directes que nous avons faites doivent lever toute incertitude à cet égard ; ainsi nous avons communiqué la gale dans un but thérapeutique à une jeune fille aliénée, tonnée dans un état de stupeur extraordinaire, en lui plaçant des acarus sous les aiselles; par le même moyen, nous nous sommes inoculé celte maladie; d’une autre part, nous avons vainement tenté de reproduire la gale, en plaçant sous notre épiderme de la sérosité, provenant des vésicules d’un galeux. Pourquoi d’ailleurs, si l’acarus n’avait pas été l’agent de la contagion , se trouverait-il sur tous les galeux qui n’ont pas fait de traitement, et sur les galeux seulement? Il a une organisation assez compliquée; on a observé son accouplement chez deux espèces voisines, l’acarus du mouton et celui du cheval; il est donc trop parfait pour être le produit de la génération spontanée génération rejetée d’ailleurs par la plupart des bons naturalistes.
Les causes prédisposantes delà gale sont toutes les professions dans lesquelles on manie des étoffes de laine telles que celles de tailleurs, de couturières .Les enfants etles adultes paraissent contracter plus facilement cette maladie que les vieillards, les femmes que les individus du sexe masculin . Il existe quelques personnes, surtout parmi les hommes, qui paraissent réfractaires à la contagion ; ainsi nous avons vu plusieurs fois à la consultation de l’hôpital Saint-Louis, des femmes affectées de la gale, refuser d'y croire en alléguant pour motif , que couchant avec leurs maris, ces derniers n’en étaient pas atteints. L’expérience a aussi fait voir qu’après quelques jours de traitement, la gale cesse d’être contagieuse.
Symptômes. Presque immédiatement après le contact contagieux, ou peu de jours après, le malade éprouve une démangeaison légère et dont il ne lient pas compte; cette première période est le temps d’incubation des auteurs , et ce n’est qu’après huit à quinze jours, quelquefois moins, quelquefois plus, que les symptômes de la gale se montrent; durant cet intervalle, les acarus fc sont I répandus et multipliés, l’éruption psorique est toujours précédée d’une vive démangeaison qui caractérise la maladie ; ce symptôme est le plus constant de tous ; il se montre le premier et disparaît le dernier; non seulement il accompagne les divers boutons qui naissent sur le corps, mais on l’observe encore sur des portions delà peau, qui ne présentent aucune altération. Le malade éprouve un soulagement momentané en se grattant. La démangeaison est bientôt suivie d’une éruption d’abord
partielle, mais qui ne tarde pas à s’étendre. Son siège ordinaire est surtout aux mains et aux pieds, dans les plis des articulations, au ventre et à la partie interne des cuisses; le cou, la face et le reste de la tête en sont très-rarement atteints. Cette éruption varie suivant les régions du corps ; Les mains se couvrent de vésicules offrant un caractère particulier ; elles diffèrent des autres vésicules qui peuvent se développer dans certaines maladies de la peau, par leur transparence , leur isolement, leur sommet proéminent et moins aplati; plusieurs d’entre elles se développent sur le trajet des sillons, mais d’autres naissent aux environs de ceux-ci; abandonnées à elles-mêmes, elles disparaissent peu à peu, en huit à dix jours. Lorsque la gale a duré quelque temps et même quelquefois de prime abord, ces vésicules restent très-peu de temps transparentes, le liquide qu’elles renferment se trouble, la peau s’enflamme, suppure, et il se développe des pustules , offrant tous les caractères des pustules ordinaires du phlyzacia, ( ecthyma de Willan).Les auteurs les ont regardées comme caractérisant la variété de gale qu’ils nomment grosse gale, gale pustuleuse. Ces pustules se développent surtout aux mains, aux avant-bras, aux jambes et aux fesses ; elles peuvent former en se desséchant des croûtes noirâtres et quelquefois de petites ulcérations difficiles à guérir. Les vésicules qui se montrent sur le reste du corps, sont plus rares et difficiles à apercevoir. Ces parties sont plus ordinairement le siège d’une éruption papuleuse, analogue au lichen de Willan ; les aisselles et les fesses peuvent présenter aussi des espèces d’induration comme tuberculeuses , qui persistent assez long-temps après la guérison de la maladie. L’étendue de ces éruptions, et l’intensité du prurit sont assez variables; tantôt il n’existe que quelques vésicules et quelques papules ; le malade ne se plaint pour ainsi dire que de la démangeaison ; d’autres fois le mal est presque général; la peau est couverte d’ulcération et de petites croûtes jaunâtres, provenant des papules écorchées et des déchirures que se fait le patient ayec ses ongles; le prurit peut être insupportable, et l’insomnie presque complète ; il se manifeste de l’amaigrissement et un abattement moral particulier.
La démangeaison qu’occasionnela gale augmente beaucoup pendant le séjour au lit, ainsi qu’après l’usage du vin, du café et des autres excitants. Les bains simples la diminuent momentanément; le siège de la gale présente quelques considérations utiles : ainsi les forgerons, les chapeliers, les teinturiers et tous les individus qui par leurs professions, manient des substances âcres ou acides, ne présentent aucun bouton aux mains; l’éruption est presque exclusivement papuleuse ; la maladie commence à la main droite chez les maîtres d’escrime, qui usent de gants communs à toute une salle d’arme ; chez les enfants à la mamelle, c’est aux fesses que l’on observe les premiers boutons ; cette partie étant le plus habituellement en contact avec les bras de la nourrice infectée.
Durée , terminaison. Par la nature même de sa cause, la gale diffère des autres maladies de la peau qui peuvent, après un certain laps de temps,
se dissiper peu à peu; cette affection au contraire, abandonnée à elle-même , dure indéfiniment ; et , bien traitée, elle guérit sans récidive à moins qu’on ne s’expose à une nouvelle contagion. On a vu des individus garder la gale durant des années et même pendant toute leur vie.
Complication. Lorsque cette maladie a duré quelque temps, plus d’un mois, par exemple, elle peut se compliquer de différentes affections cutanées ; la plus commune, parmi celles-ci , est la dartre squammeuse ( Herpes squam. Alibert. ) ( Eczema Willan. ) Elle affecte alors le plus souvent les mains, les aisselles, et en général le pli des articulations. Chez les femmes , très-fréquemment cette complication a pour siège les seins. Durant tout l’intervalle de temps que nous avons été interne de M. Alibert à l’Hôpital Saint-Louis, nous avons remarqué que chez toutes les femmes qui se sont présentées avec des dartres squammeuses au sein , le mal avait eu pour origine la gale, et trèssouvent cette dernière affection existait encore sans que les malades s’en doutassent.
L’éruption papuleuserépandue sur le tronc peut persister aussi après la destruction des acarus et exiger alors un traitement particulier. Il en est de même de la démangeaison que le malade éprouve quelquefois long-temps après la disparution des boutons. Enfin, le prurigo, des furoncles, etc., peuvent exister comme complication.
A une époque où la gale était mal connue, les médecins ont beaucoup parlé des rétrocessions de cette affection, de ce qu’on appelait des gales rentrées, rétrocessions qui devenaient la source d’affections diverses très-graves. Les observations faites à l’hôpital Saint-Louis sur plusieurs milliers de galeux ont prouvé que cette opinion n’était pas fondée; il est seulement quelques cas rares où la suppression brusque d’une irritation répandue sur toute la surface de la peau a paru produire quelques accidents momentanés qu’il sera toujours facile au médecin de prévenir au moyen de quelques révulsifs.
Diagnostic. Cette partie de l’étude de la gale est très-importante et mérite toute l’attention du praticien; on sent combien il est important de reconnaître de bonne heure une maladie si facilement contagieuse , soit pour disculper un innocent soit pour empêcher le mal d’envahir toute une famille.
Le seul caractère sûr et pathognomonique est la présence de l 'acarus ou sarcopte de la gale. Nous avons déjà dit qu’il est caché sous l’épiderme et qu’il se tient surtout aux mains, à l’extrémité d’une petite trace noirâtre ou blanchâtre , comme ponctuée. Chez quelques personnes qui se lavent fréquemment les mains avec du savon, ou pour d’autres causes, on peut ne pas le rencontrer dans cette partie du corps; on pourra alors le rechercher aux aisselles sur des espèces d’indurations de la peau , au scrotum, à la verge, etc., mais, dans ces diverses régions, à moins d’une grande habitude, il est plus difficile de le rencontrer; il faut , dans ce cas, recourir à d’autres signes ^ la présence aux mains de vésicules transparentes non groupées est un bon caractère; on évitera de les confondre avec les vésicules de la dartre squammeuse en se
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rappelant que celles-ci sont très-aplaties et agglomérées dans un petit espace. Comme celte dartre complique fréquemment la gale, la présence de vésicules aplaties et groupées ne doit pas , dans tous les cas, exclure l’idée que l’affection soitpsorique. En général , on doit soupçonner la gale toutes les fois que le malade se plaint d’éprouver des démangeaisons , surtout pendant la nuit, au ventre, aux mains et dans les plis des articulations , et que ces parties présentent une éruption papuleuse mêlée de quelques vésicules dont la transparence se trouble promptement.
On évitera en général de confondre la gale avec 1 q prurigo (Voy. ce mot), en se rappelant que cette dernière affection papuleuse atteint très-rarement les mains, le ventre et le pli des articulations, et que son siège le plus ordinaire est au dos , au cou et en dehors des bras du côté du coude ; les papules du prurigo sont presque toujours écorchées, et présentent alors une petite croûte noirâtre caractéristique.
On distinguera la gale de la dartre squammeuse par la différence indiquée des vésicules , et parce que cette dernière maladie est le plus souvent locale et bornée aux mains, à l’aisselle, etc.
Les phlyzacias ordinaires (ecthyma) produits par une cause irritante peuvent facilement être confondus avec la grosse gale; les pustules ont en effet le même caractère; elles en diffèrent en ce que, dans l’éruption psorique, elles sont en plus grand nombre et apparaissent presque simultanément. La présence de l’acarus est pourtant le seul indice sûr capable de lever tous les doutes. Au reste, lorsque l’on rencontre plusieurs pustules de phlyzacia groupées ensemble, et que le malade éprouve de la démangeaison , il existe une grande probabilité que l’affection appartient à la gale.
Pronostic. Malgré l’effroi qu’excite dans le monde le seul mot de gale , cette affection est en général peu grave; elle est toujours superficielle, et non liée à un état général morbide de l’économie. Lorsqu’elle est récente et qu’elle date de moins d’un mois, elle se guérit en général avec une grande facilité. Lorsqu’elle a duré plus long-temps, et surtout des années, comme on l’observe quelquefois, il est plus difficile de triompher des complications qu’elle entraîne à sa suite , surtout de la dartre squammeuse du sein, qui est très-rebelle chez -les femmes.
Gale simulée. Des prisonniers qui désirent entrer dans les infirmeries des maisons de détention, des personnes qui veulent être admises dans les hôpitaux ou qui sont mues par d’autres motifs, cherchent parfois à simuler la gale; il n’est pas inutile de connaître les moyens que ces individus emploient ; ils se servent dans ce but d’aiguilles chauffées avec lesquelles ils se font des piqûres dans l’intervalle des doigts ; les petites plaies qui en résultent peuvent ressembler à des vésicules de gale écorchées ; mais , avec un peu d’attention , l’absence d’acarus et de vésicules entières , le peu d’étendue et l’aspect des ulcérations feront facilement reconnaître la fraude. Il suffit d’être prévenu qu’elle peut exister.
Nature. Nous avons vu que la gale était occa-
sionnée parla présence d’acarus sous l’épiderme, il reste à savoir comment agit l’insecte pour produire les symptômes de la maladie. On pourrait croire que son action est purement mécanique , et que par ses morsures il irrite, enflamme la peau et détermine l’éruption psorique. Cependant, on peut faire à cette explication des objections fondées; la peau sur laquelle sont placés les sillons n’est ni rouge, ni enflammée; à une assez grande distance de ces sillons, il se développe des vésicules auprès desquelles on ne trouve aucune trace du sarcopte; d’un autre côté, le nombre de ces insectes, comparé à l’étendue de l’éruption, est en général très-petit; ils ne quittent pas leurs sillons pendant la nuit pour exercer leurs ravages et irriter la peau çà et là. On est donc porté à admettre que l’acarus produit la gale, non-seulement par l’irritation locale qu’il excite, mais encore d’une manière spécifique et inconnue.
Traitement. Il est peu de maladies contre lesquelles on ait préconisé autant de remèdes que l’affection qui nous occupe. On en sera moins étonné quand on apprendra que toutes les substances irritantes jouissent de la propriété de guérir la gale en en détruisant la cause, c’est-à-dire, en faisant périr l’acarus. Néanmoins, dans lalongue liste des médicaments proposés, il n’en est qu’un petit nombre dont l’emploi soit exempt d’inconvénients plus ou moins fâcheux. C’est ainsi qu’on doit proscrire toutes les compositions dans lesquelles il entre des préparations mercurielles ou arsénicales; ces substances ont été plus d’une fois la cause d’accidents graves. Nous n’en excepterons pas l’onguent citrin ordinaire (axonge et nitrate de mercure) , quoiqu’il soit encore fréquemment prescrit à cause delà propriété qu’il possède de ne répandre aucune odeur ; très-souvent, au dispensaire de l’hôpital Saint-Louis, nous avons vu les malades qui en avaient usé être incomplètement guéris ou être atteints de diverses éruptions de la peau consécutives à son emploi.
Les traitements que nous croyons devoir conseiller sont les suivants : 1° la pommade sulfuroalcaline, ou pommade d'helmerick. Sa composition est la suivante : axonge , huit parties ; fleurs de soufre , deux parties ; sous carbonate de soude ou de potasse du commerce, une partie; mêlez. Ce médicament est celui qui est usité à l’hôpital Saint-Louis; et il y compte en sa faveur plusieurs milliers de guérisons. On l’emploie comme il suit : le malade doit se faire une ou deux frictions par jour avec une once ou demi-once de la pommade suivant l’étendue du mal. Les parties à frictionner sont toutes celles qui sont le siège de l’éruption, en ayant soin d’oindre plutôt que de frotter le ventre et les plis des articulations , régions du corps où la peau s’enflamme facilement; il est utile aussi qu’il prenne au moins trois bains par semaine. Quelques praticiens prescrivent des bains sulfureux ; mais l’emploi de ceux-ci est au moins inutile , et peut devenir nuisible quand la peau est très-irritable. Ce traitement, dont la durée moyenne est de douze jours environ , est sûr, peu dispendieux, et entraîne très-rarement des accidents ; il a pour inconvénient de salir le linge
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et de communiquer au malade et à ses vêtements, une odeur de soufre désagréable qui persiste longtemps; 2° l’huile essentielle désignée dans le commerce sous le nom d’essence fine de lavande. Cette substance doit être très-pure et surtout exempte d’essence de térébenthine avec laquelle on la falsifie souvent. Nous avons proposé récemment cette médication, qui nous a réussi d’une manière constante; elle est en ce moment employée avec succès dans un grand établissement. Nous laconseillons aux personnes qui, pour divers motifs, veulent éviter l’odeur désagréable du soufre; cette méthode est pourtant un peu plus irritante que les frictions avec la pommade sulfuro-alcaline. Le malade doit se frictionner avec cette huile les mains et les pieds; mais il ne fera qu’oindre sans frotter les autres parties du corps qui sont le siège de l’éruption et surtout le ventre , ainsi que les plis des articulations. Les frictions seront faites le soir; la dose du liquide, pour chacune d’elles, sera d’environ une cuillerée à bouche ; le malade se servira, pour se frictionner , d’un petit cylindre ou tampon de flanelle ; le lendemain matin , il prendra un bain tiède suffisamment prolongé ; si la peau du ventre devenait rouge avec un sentiment de cuisson, il cesserait l’application du topique sur cette partie et la couvrirait d’un cataplasme fait avec la fécule de pomme de terre ; au reste, cet accident est rare quand les frictions sont faites avec ménagement. Après la cessation du traitement, dont la durée moyenne n’est que de cinq à six jours, il continuera pendant quelque temps , huit jours au moins , à prendre des bains tièdes. Ce mode de traitement est fondé sur la propriété que possèdent les huiles essentielles de faire périr promptement tous les insectes; il a pour inconvénient d’exhaler une odeur forte, quoique agréable de loin, et d’incommoder par là certaines femmes nerveuses. On pourrait atténuer cet inconvénient en faisant les frictions dans un appartement autre que celui où l’on couche.
3 ° Lotion alcoolique savonneuse. Cette préparation offre pour avantage de ne point avoir de mauvaise odeur, de ne pas tacher le linge et de pouvoir être mise en usage en secret sans que les malades soient obligés d'interrompre leurs rapports d’affaires ni de société; mais elle est irritante, et la durée du traitement est assez longue. Ce médicament se prépare en faisant dissoudre huit onces de savon blanc dans un litre d’alcool environ. Le malade devra s’enlotionner les parties affectées et prendre fréquemment des bains.
Parmi les autres moyens proposés , nous citerons : les bains et les fumigations sulfureuses ; ce traitement est très-infidèle et doit être rejeté d’une manière absolue. Les lotions d'eau de barrèges artificielles réussissent , mais ces préparations ont pour inconvénient d’être très-irritantes; nous en dirons autant des lotions d’acide sulfurique affaibli, de staphysaigre , etc. Ils n’offrent d’ailleurs aucun avantage sur les moyens proposés plus haut.
Dans la variété pustuleuse de la gale, ou grosse gale, les pustules enflammées seront recouvertes d’une légère couche de cérat.
Le traitement des enfants doit être le même que
celui des adultes; on devra seulement user avec ménagement des frictions , diminuer les doses ei user de bains fréquents. On suspendraitla médication si la peau venait à s’enflammer d’une manière trop vive.
Traitement des complications de la gale. Il n’est pas rare de voir des personnes employer sans précaution les remèdes prescrits, ou bien négliger les bains; au bout de quelque temps, les démangeaisons, loin de diminuer , redoublent ; le malade qui croit éprouver les symptômes de la gale, ne cesse de se frictionner, et augmente par là son mal; l’irritation de la peau peut même aller au point d’occasionner la fièvre et des douleurs cuisantes , intolérables; c’est surtout au ventre que l’on observe le plus souvent ces accidents. Dans ces circonstances, il est urgent de suspendre le traitement, de couvrir la partie enflammée de cataplasmes émollients faits avec de la fécule de pomme de terre, et de recourir à des bains rendus adoucissants, parla mauve ou l’amidon.
Nous avons cité parmi les complications les plus fréquentes de la gale, la dartre squammeuse, surtout celle du sein; cette affection, à son début, et lorsqu’elle est à l’état inflammatoire, sera combattue par des bains tièdes et des applications de cataplasme de fécule Ou de mie de pain trempée dans du lait. Les seins ne seront pas comprimés, et on aura soin , pendant le jour, de les recouvrir d’un linge très-fin, enduit de cérat salurné. Si la maladie se prolongeait et passait à l’état chronique, on aurait recours aux divers moyens et aux diverses préparations qui sont indiqués contre cette dartre. (Voyez, pour ces détails, le mot Herpes.)
Albin Gras ,
Docteur en médecine , ancien interne à l’hôpital Saint-Louis.
galles (noix de) ( pharm .), s. f. gallœ turcicœ. On nomme ainsi des excroissances arrondies qui se développent sur les feuilles de plusieurs espèces de chênes ; elles sont produites par la piqûre d’un insecte du genre cynips, qui y dépose ses œufs.
Les plus estimées nous viennent du Levant, et son connues soua le nom de galles d'Æep ; elles sont de la grosseur d’une balle de calibre, tuberculeuses, de couleur grisâtre, et souvent percées d’un petit trou par où s’est échappé l’insecte. Les chênes de nos forêts nous offrent aussi de semblables excroissances , mais elles restent lisses , spongieuses et sont inférieures en qualité.
Les noix de galles renferment, comme principe actif, du tannin ou acide lannique, qui en constitue presque les deux cinquièmes en poids ; elles ne contiennent point , comme on le croyait, de l’acide gallique ; celui-ci est un produit particulier qui résulte de l’action de l’oxygène de l’air sur le tannin.
Cette substance possède des propriétés astringentes très-énergiques. On commence à l’employer plus qu’ autrefois , surtout depuis que M. Pelouze est parvenu à isoler le tannin et à l’obtenir pur au moyen de l’éther. A l’intérieur, elle est usitée pour combattre certains états aloniques de l’estomac : les vomissements de sang, les diarrhées rebelles; à l’ extérieur, on l’emploie contre les dartres, les j:
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hémorrhagies passives , les salivations mercurielles, etc. En injection , elle a réussi souvent pour arrêter les fleurs blanches et autres écoulements muqueux atoniques.
On fait rarement usage aujourd’hui de la poudre de noix de galle; on préfère la décoction pour l’emploi extérieur (deux à trois gros de noix grossièrement concassée pour un litre d’eau; faites bouillir un quart d’heure et passez) . A l’extérieur, on use de préférence de l’extrait alcoolique et surtout du tannin pur, obtenu par le procédé de M. Pelouze. Cette dernière substance s’administre à la dose de six grains à un scrupule et plus par jour.
On sait que, dans les arts , la noix de galle unie au sulfate de fer sert à la préparation de l’encre ordinaire et de la teinture des étoffes. J. B.
galvanisme ( phys .) , s. m. Les effets électriques produits parle simple contact de corps hétérogènes ou de corps semblables, mais de température différente, ont reçu le nom de galvanisme. En 1789, Galvani, médecin et professeur à Bologne, observa , le premier, ces phénomènes merveilleux. Il préparait des grenouilles pour des recherches sur l’excitabilitédes organes musculaires, et après les avoir écorchées et coupées par le milieu du corps , il avait passé au travers de leur colonne vertébrale un petit crochet de cuivre ; les suspendant alors à un balcon eu fer , il vit avec étonnement que ces grenouilles mortes et mutilées éprouvaient au même moment de vives convulsions. Un observateur moins habile aurait imaginé une explication spécieuse de ce fait et se serait occupé de tout autre chose. Galvani saisit dans ce phénomène un principe nouveau, et en fit sortir cette branche féconde de la physique, connue sous le nom de galvanisme.
Il remarqua d’abord que les convulsions des grenouilles n’étaient pas permanentes; que, poulies produire , il fallait que le vent ou toute autre cause accidentelle fit toucher quelque point de leurs muscles à la tige de fer qui portait le crochet de cuivre. Il varia beaucoup cette expérience et reconnut enfin qu’il fallait seulement établir entre les muscles et les nerfs de la grenouille une communication par un arc métallique. Il observa que les convulsions étaient faibles quand cet arc était d’un seul métal, et que, pour les rendre fortes et durables , il fallait employer le contact de deux métaux différents, et qu’on pouvait . compléter sa communication par des substances quelconques , pourvu qu’elles fussent conductrices de l’électricité. Galvani, qui savait alors que l’électricité produisait des convulsions pareilles sur les grenouilles exposées à son influence, aurait dû penser que les phénomènes qu’il venait d’observer étaient aussi l’effet de quelque courant électrique ; mais il n’en tira pas cette conséquence si simple ; il crut y voir l’effet extraordinaire d’une nouvelle source d’électricité, qu’il nomma électricité animale, et qui, existant primitivement dans les muscles et dans les nerfs , circulait quand on mettait ces parties en communication par un arc métallique.
L’explication est séduisante; elle fut accueillie avec transport à cette époque de grandes réformes