‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 249 sur 316 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

et de grandes découvertes, et le fluide nouveau fut appelé fluide galvanique. Mais Yolta, en répétant ces expériences , y découvrit des indications toutes différentes; il chercha d’abord quelle était la quantité d’électricité nécessaire pour faire contracter les muscles de la grenouille en les traversant par décharge , et reconnut que cette quantité était tellement faible qu’elle suffisait à peine pour faire diverger les pailles d’un électroscope très-sensible. Rapprochant ce fait de la nécessité du contact de deux métaux hétérogènes pour exciter des convulsions, il en conclut que le contact des métaux était la circonstance jusqu’alors inaperçue qui déterminait le développement subit de l’électricité. Cette vérité fut mise hors de doute quand il prouva que deux disques isolés, l’un de zinc, l’autre de cuivre, prennent, en se touchant, des étals électriques opposés , et peuvent charger un électroscope armé d’un conducteur.

Ce qui établit entre l’électricité galvanique et celle produite par le frottement une différence fondamentale, c’est que lorsque deux métaux sont superposés, non-seulemeut chacun manifeste une certaine charge d’électricité contraire , mais encore si on enlève cette électricité, elle se reproduit spontanément , et si l’on établit un conducteur entre les faces opposés des deux métaux, il livre pas. sage à un courant continu d’électricité. Il semble donc qu’une puissance inconnue écarte les deux fluides électriques de la surface de contact des métaux, tandis que ces fluides se réunissent sans cesse dans le conducteur intermédiaire. Cette puissance a reçu le nom de force électromotrice ; elle naît du contact de substances hétérogènes ; et quand on réfléchit au nombre prodigieux de substances différentes , mises en contact dans le globe que nous habitons et même dans le plus petit des êtres organisés, on voit quel rôle immense doit jouer cette force universelle. Dans les nombreux effets que fit Volta, pour en étudier les propriétés, il eut l’ingénieuse idée de superposer des disques de zinc et de cuivre, séparés deux à deux par des rondelles de drap mouillé qui conduit bien l’électricité et n’est que très-faiblement électromoteur ; alors la quantité de fluide électrique, produite par le premier assemblage de métaux, se transmet au second et s’ajoute à celle qu’il produit; il en a donc deux fois plus; le troisième, trois fois; et comme rien ne limite le nombre de disques que l’on peut ainsi superposer , cet instrument puissant , qui a reçu le nom de pile de Volta , produit des courants électriques continus, dont l’énergie est infinie. Si l’on fixe au premier zinc un fil métallique et un autre au dernier cuivre, ces deux fils, que l’on nomme les deux pôles de la pile , étant, par leur extrémité libre , approchés à une petite distance , on voit jaillir une étincelle, puis une autre ; le cou rant de feu devient continu, et la pile se décharga toujours sans être jamais déchargée.

La pile à colonne a subi plusieurs modifications, et l’on s’est servi de piles à auges, de piles à immersion dites à la Woltaston. de piles en hélice, et l’on se sert maintenant de piles au charbon, dites piles Bunsen, qui ont un pouvoir considérable, même avec un petit nombre d’éléments.

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Les effets de la pile galvanique peuvent être distingués en effets physiologiques, en effets physiques et effets chimiques.

| Ier. Effets physiologiques. — Les commotions que produit l’électricité de la pile sont aussi fortes et aussi redoutables que celles des batteries ordinaires ; leur intensité dépend surtout du nombre des éléments. On peut , ayant les mains bien sèches, établir la communication entre les pôles d’une pile de vingt ou trente paires, sans en éprouver la moindre secousse , parce que l’épiderme est mauvais conducteur; mais avec les mains mouillées ou seulement humides on reçoit le choc instantanément, et le courant qui s’établit dans les membres continue de les agiter convulsivement aussi long-temps que dure le contact.

Lors de la découverte du galvanisme, on a fait sur ses effets thérapeutiques un grand nombre d’expériences; mais ces essais, tentés par des médecins qui connaissaient mal la théorie alors fort incomplète des phénomènes galvaniques , ou par des physiciens complètement étrangers à l’art de guérir , ne donnant pas les résultats merveilleux qu’on s’en était promis, le galvanisme fut presque abandonné. C’est cependant un agent très-puissant lorsqu’il parcourt les nerfs , comme le prouvent des expériences curieuses faites en Angleterre par Wilson Philips, pour étudier les phénomènes de la digestion. Il avait choisi deux lapins qui mangèrent des quantités égales de persil; immédiatement après le repas, les nerfs pneumo-gastriques furent, chez un seul, mises en communication avec le pôle zinc d’un appareil galvanique , dont le pôle cuivre était en rapport avec la région de l’estomac. Quatre heures après , en ouvrant l’estomac de ce lapin , on vit que le persil était digéré, tandis que chez l’autre , qui avait subi une mutilation semblable , cet aliment n’avait éprouvé qu’une altération très-légère. Aussi tire-t-on dans la gastrite chronique un avantagé surprenant de l’emploi du galvanisme, et des malades qui, depuis des mois, pouvaient à peine, avec de vives douleurs, digérer un peu de lait ou quelques petits potages maigres, mangent , au bout de quelques jours , les aliments les plus substantiels et les digèrent facilement. Chez un très-grand nombre d’asthmatiques le courant galvanique fait à l’instant même cesser l’oppression , et la respiration devient facile ; dans les paralysies, des succès nombreux attestent la puissance du courant galvanique qui semble toujours suppléer l’action vitale. Enfin, c’est le meilleur moyen de décider si la mort est réelle ou apparente et de rendre à la vie les noyés et les asphyxiés. Mais pour obtenir de cet agent énergique ces utiles résultats , il faut, dans son emploi, des précautions minutieuses. Jusqu’à ces derniers temps, on n’avait pas apporté assez de soins à la construction des appareils. En effet la pile de Volta ne peut jamais donner des résultats comparables , parce qu’à mesure qu’on multiplie le nombre des couples dont elle se compose, leur poids fait suinter l’eau acidulée qui imbibe les rondelles , ce qui établit une communication variable entre les divers étages de la colonne et fait changer l’énergie de l’appareil. L’auge galvanique doit être également rejetée, car,

après quelques jours de service, les plaques sont recouvertes d’une couche d’oxyde , qu’il est presque impossible d’enlever, et l’humidité faisant travailler le bois qui les retient, l’eau acidulée peut à l’insu de l’opérateur établir une communication entre plusieurs éléments. L’appareil dont je me sers, et que j’ai fait connaître à l’Academie de Médecine et dans les cours publics que je fais depuis plus de douze ans, est exempt de tous ces inconvénients ; il permet de faire sur l’action du galvanisme des observations précises, et prouve que cet agent physique n’est pas capricieux dans ses effets comme on le suppose généralement, car la variabilité qu’on lui reproche tient à l’imperfection des appareils employés, et maintenant les effets du galvanisme peuvent être prévus , calculés , modifiés et dirigés avec plus de précision que ne le sont ceux de la plus grande partie des autres agents thérapeutiques.

Dans les corps récemment privés de la vie, le courant galvanique excite encore des commotions et jdes mouvements extraordinaires; on dirait que tout l’organisme fait effort pour se ranimer ; mais ces violentes convulsions cessent avec le courant et tout retombe dans l’inertie de la mort. En Angleterre on a vu un pendu, une heure après avoir subi sa sentence , exécuter, sous l’influence d’un courant galvanique, des mouvements respiratoires semblables à ceux d’un homme qui dort profondément , puis rouler les yeux et faire des grimaces effroyables de manière à donner l’espérance de le rappeler à la vie.

§ IIe. Effets physiques. — Les effets physiques de l’appareil galvanique ne sont pas moins curieux. Si le courant passe à travers un conducteur suffisant, on n’observe aucun phénomène électrique; il n’y a plus aucune tension dans l’appareil; mais ce conducteur présente alors des phénomènes d’attraction et de répulsion, il dévie l’aiguille aimantée, et tous les phénomènes que les aimants produisent s’expliquent maintenant par l’action des courants électriques qui existent naturellement dans l’intérieur de la terre. Si le conducteur est insuffisant , si c’est un fil métallique assez fin, il s’échauffe et rougit pendant tout le temps que le courant le traverse, si le fil est plus fin encore, il est fondu et peut même être volatilisé. Si l’on fait passer le courant entre deux morceaux de charbon placés dans le vide , ces charbons deviennent lumineux, éblouissants , tant que le courant passe , et ne perdent pourtant aucune partie de leur poids.

§ IIIe. Effets chimiques. — Les effets chimiques sont plus merveilleux encore : l’eau est décomposée par l’action galvanique , l’oxygène se rend au pôle positif et l’hydrogène à l’autre pôle. Les oxydes sont réduits par la pile et décomposés comme l’eau ; l’oxygène paraît au pôle zinc et le métal au pôle cuivre. Les acides se décomposent comme les oxydes, et leur oxygène se rend encore au pôle positif. Enfin tous les sels sontdécomposés de la même manière; et tandis que leurs éléments voyagent pour aller au pôle de la pile où ils doivent se rendre, ils peuvent traverser les liquides pour lesquels ils ont ordinairement

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la plus grande affinité sans se combiner avec eux, de sorte que l’affinité chimique change avec l’état électrique des corps dont elle parait être une conséquence.

On voit , par les effets prodigieux que l’électricité développée par le contact produit sur tous les corps de la nature , quel rôle immense elle joue dans le globe que nous habitons et combien elle mérite de fixer l’attention de tous ceux qui s’intéressent aux progrès des sciences médicales.

Andrieux ,

galvanomètre ( phrjs .), s. m. Nom donné à un instrument destiné à apprécier l’intensité d’un courant électrique. (Voy. Galvanisme.)

GANGLiroRME. V. au Supplément.

ganglion ( path .), s. m. On désigne ainsi une tumeur enkystée qui se développe dans le voisinage des articulations et souvent dans l’épaisseur d’un tendon ou d’une aponévrose. Ces tumeurs varient de volume depuis celui d’une noisette jusqu’à celui d’un œuf de poule ; on en a même observé qui avaient la grosseur de la tête d’un jeune enfant. M. J. Cloquet dit en avoir enlevé un de ce volume qui existait à la fesse. Suivant ce dernier auteur, ce n’est pas dans l’épaisseur même des tendons que se développent les ganglions , mais bien sous les membranes synoviales qui favorisent le glissement des tendons ou des aponévroses. Ces tumeurs, qui seraient alors de véritables hydropisies de ces membranes, apparaissent d’abord sous un petit volume, et sont fort souvent inaperçues dans leur début, surtout lorsqu’ elles se manifestent dans des parties charnues, comme la fesse, la partie inférieure du mollet, etc. Il n’en est pas de même lorsqu’elles se montrent aux poignets, aux doigts, au dos de la main ou du pied. On voit apparaître une petite tumeur dure , roulante , se déplaçant dans les divers mouvements de la partie sur laquelle elle siège. Cette petite tumeur, à laquelle on ne fait pas grande attention, augmente de volume, gêne les mouvements, devient douloureuse, et quelquefois elle finit par priver complètement de tout mouvement les organes voisins.

Un coup, une contusion, une compression longtemps continuée , et souvent aux pieds , la gêne des chaussures, sont les causes les plus habituelles auxquelles on puisse attribuer cette maladie.

Lorsque les ganglions ne sont point l’objet d’un traitement spécial , ils finissent souvent par s’enflammer et s’ouvrir spontanément, en laissant écouler un liquide blanchâtre analogue au blanc d’œuf, et qui est transparent lorsqu’il n’a pas été troublé par la matière purulente qui peut être sécrétée à la suite de l’inflammation du kyste. Souvent on voit le liquide de ces tumeurs être mêlé de concrétions blanchâtres, que quelques auteurs ont regardées comme des hydatides, mais que d’autres ont pensé être un produit pathologique , qui n’était point doué d’une vie propre et que l’on ne pouvait ranger parmi les entozoaires. Dans quelques cas, les ganglions restent stationnaires ; d’autres fois on les voit disparaître spontanément.

Le traitement des ganglions varie suivant leur volume et le lieu qui est leur siège. Lorsqu’ils se

manifestent au voisinage des parties osseuses et qu’ils sont d’un petit volume, on peut employer avec avantage la compression; et c’est surtout pour les ganglions situés aux poignets, sur le dos de la main, sur celui du pied et aux doigts, que ce moyen peut être employé avec succès. La compression se pratique au moyen d’une petite plaque de plomb un peu plus large que la tumeur que l’on veut comprimer; on l’enveloppe d’une compresse longuette, qui doit tourner autour de la partie sur laquelle est situé le ganglion. Cette précaution est nécessaire pour que dans les mouvements que fait le membre , cette petite plaque ne se déplace pas ; on met sur la tumeur une petite compresse ployée en plusieurs doubles et destinée à modifier l’action de la petite plaque , et à rendre la compression moins douloureuse ; on fixe ensuite toutes ces parties au moyen d’une bande étroite et de longueur convenable, que l’on serre modérément dans le début du traitement, mais qui doit l’être davantage au bout de quelques jours. Il est convenable de réappliquer la bande lorsqu’elle se relâche , ou lorsque les pièces de l’appareil éprouvent quelque dérangement.

Ce moyen, lorsqu’il est convenablement appliqué et que le malade a la constance de l’employer tout le temps convenable, réussit presque toujours. J’ai traité par cette méthode plusieurs sujets affectés de ganglions, à la vérité peu volumineux , aux poignets, aux pieds et à la face dorsale de la main, et constamment j’en ai obtenu une guérison complète.

Quelques auteurs ont conseillé d’écraser ces petites tumeurs, soit avec les deux pouces, comme le conseillait Sabathier et comme le pratiquait Dupuytren , soit avec une palette de bois ou un petit maillet , avec lesquels on applique un coup vif et retenu pour qu’il ne contusionne pas les autres parties ; mais ces moyens, qui souvent présentent des inconvénients, laissent souvent la maladie se reproduire, l’adhérence du kyste n’ayant pu avoir lieu par le peu d’inflammation qui avait suivi l’écrasement. Ce procédé réussit mieux lorsqu’il est suivi de la compression , mais toujours il vaut mieux avoir recours à la compression seule, que l’on peut aider de liquides résolutifs , puisqu’elle est exempte des accidents que souvent occasionne l’écrasement. On a employé aussi de petits sétons en fils, que l’on passait avec une longue aiguille à travers la tumeur afin de l’évacuer; mais ce moyen est peu fidèle et n’est pas sans inconvénients.

Lorsque les ganglions ne sont pas situés dans des parties où la compression puisse être facilement employée, c’est-à-dire lorsqu’ils sont placés près de parties molles ou sur des surfaces osseuses obliques , qui permettraient le glissement de la tumeur et qui la font se soustraire à la compression, il faut, après avoir employé les résolutifs, le séton même, s’il est praticable, avoir recours à l’extraction par l’instrument tranchant. Cette opération ne doit être pratiquée que lorsque la maladie est devenue une véritable incommodité ; car il arrive quelquefois que de petits ganglions restent stationnaires, c’est-à-dire qu’ils n’augmentent point

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de volume, et il serait imprudent de s’exposer à une opération qui souvent peut être suivie d’accidents graves pour une affection qui ne saurait constituer une véritable incommodité.

Cette opération se pratique au moyen d’un bistouri droit; on fait une incision convenable à la peau , et l’on extrait le kyste après l’avoir disséqué. Quelques chirurgiens se contentent d’en enlever la moitié , celle qui est toujours la moins adhérente. Lorsque le ganglion est peu volumineux et les parties voisines non enflammées , on peut réunir par première intention , c’est-à-dire rapprocher immédiatement les bords de la peau pour obtenir une cicatrice prompte ; dans le cas contraire, il faut introduire de la charpie dans la plaie, afin de la laisser suppurer pendant quelque temps. Cette suppuration est quelquefois nécessaire pour obtenir la complète destruction du kyste ou le dégorgement des parties voisines déjà enflammées, et qui ne sauraient se réunir par première intention.

Des accidents graves ont souvent été observés à la suite de ces opérations ; ainsi des suppurations considérables , des dénudations des tendons et des os voisins ont quelquefois déterminé la perte du membre, ou même la mort du malade. La cause de ces accidents , qui est toujours le développement excessif de l’inflammation, rendait les chirurgiens fort circonspects dans ces cas. M. Bérard a appliqué, dans une opération semblable dont les suites menaçaient de devenir funestes, un moyen qui eut pour résultat d’arrêter complètement l’inflammation. Ce moyen, déjà connu, mais encore trop peu employé en médecine, consiste dans des irrigations d’eau froide sur la partie malade. J’ai moimême plusieurs fois fait usage de l’irrigation , et notamment dans deux cas assez graves de plaies par armés à feu , j’en ai obtenu les meilleurs effets , c’est-à-dire une guérison prompte , sans inflammation , presque sans suppuration , et surtout sans douleur. L’irrigation , qui devrait être employée en chirurgie toutes les fois qu’une grave inflammation d’un membre menace l’existence de ce membre ou même la vie du sujet, est un des moyens les plus précieux que possède la science. Elle devra rendre moins dangereuses les opérations dont nous avons parlé plus haut, et nous reviendrons sur l’emploi de ce moyen héroïque au mot qui lui est spécial. (Yoy. Irrigation.)

Ganglion ( anat .), s. m. On donne le nom de ganglions à des organes de nature et de fonctions trèsdifférentes; généralement ce sont de petits corps tuberculeux, arrondis, de forme et de volume plus ou moins variables. On distingue deux sortes de ganglions : ceux qui sont formés par les vaisseaux lymphatiques, et ceux qui sont formés par les nerfs. Les premiers, que l’on nomme ganglions lymphatiques, ont aussi reçu le nom de glandes lymphatiques, ou glandes conglobées ; il en est traité au mot Glandesiy. ce mot) ; les seconds, qui ont reçu le nom de ganglions nerveux , ont été divisés en ganglions simples, lorsqu’ils sont formés d’un seul nerf, et en ganglions composés, lorsqu’ils sont formés de plusieurs nerfs. Les ganglions se rencon-

trent presque exclusivement dans un seul ordre de nerfs , ceux qui naissent du trisplanchnique , ou grand sympathique. Ces nerfs ont même reçu, à cause de cette disposition, le nom de nerfs ganglionnaires. Les fonctions des ganglions nerveux sont encore peu connues. Voyez pour leur organisation les mots Nerf, et Nerveux (Système). J.-P.Beaude.

ganglion aire. V. au Supplément.

ganglionite. V. au Supplément.

gangrène (path. )s. f., mot hybride, formé, suivant les commentateurs, du grec graôje mange, je dévore, et de gan, mot celte qui signifie entièrement; quoi qu’il en soit de cette étymologie un peu suspecte, on entend depuis l’antiquité par cette expression : la mortification d'une partie plus ou moins considérable du corps, le plus souvent accompagnée d'une réaction toute vitale destinée à l'élimination de la portion mortifiée.

Les auteurs n’ont pas toujours été parfaitement d’accord sur la valeur que l’on devait attacher au mot gangrène; les uns n’y ont vu que cet état delà partie où la mortification n’est pas encore faite, mais où elle se fait : ( Galien , Paul d’Egnie , F. de Hilden , Boërhaave, etc.), et ils ont appelé sphacèle la mort confirmée, l’extinction complète des propriétés vitales. Celse, réservant le nom de carcinome pour les affections cancéreuses proprement dites, confondit ensemble la gangrène et le cancer. D’autres voulurent que la gangrène exprimât la mortification des téguments, le sphacèle, celle des muscles et des vaisseaux , et se servirent du mot esthiomène pour désigner la mort de toute une partie, de tout un membre, par exemple. Aujourd’hui, la majorité des chirurgiens font du mot gangrène une expression générique offrant deux subdivisions, 1° gangrène proprement dite, quand les parties extérieures seulement sont attaquées ; 2» sphacèle, quand tout un membre est envahi.

La gangrène des os prend un nom particulier, on l’appelle nécrose. Enfin, on distinguera la mortification des tissus de la pourriture ou putréfaction qui en est la conséquence, et qui se manifeste quand les parties dont la vitalité est éteinte ne se séparent pas promptement de celles qui sont encore vivantes.

Les causes de la gangrène peuvent être partagées en locales et générales. Nous allons seulement les énumérer, nous proposant de développer plus bas leur mode d’action et les différences qu’elles impriment aux symptômes.

I. Causes locales ou mécaniques. A. Obstacles à la circulation. — 1° dans les capillaires (violente inflammation , étranglement ou constriction trop forte, compression lente, congélation); 2° dans les gros vaisseaux (ligatures, artérite.) B. Destruction directe des tissus. ( Contusion violente , action des caustiques et du feu.)

II. Causes générales. A. Viciation des liquides, mais surtout du sang. B. Disposition individuelle, (gangrène dite sénile.) C. Action du seigle ergoté.

Remarquons que dans toutes ces causes il n’est pas question des lésions des nerfs : c’est qu’en effet les nerfs ( ceux de la vie animale ) , président seulement au mouvement et à la sensibilité, et que leur lésion entraîne seulement aussi la perte de

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ces fonctions, c’est-à-dire, la paralysie : les vaisseaux artériels au contraire venant sous l’influence du grand sympathique (Voy. ce mot ), porter la nourriture dans les organes, leur obstruction complète arrête la vie organique, fait rentrer les tissus sous l’empire des lois chimiques et physiques, en un mot, les prive de la vie : la paralysie pourra donc disposer à la gangrène en affaiblissant la vitalité des parties , mais elle ne saurait la produire par elle-même.

Les symptômes delà gangrène, bien que variables suivant la nature de la cause, offrent cependant quelque chose de commun qui permet d’en tracer une histoire générale.

Le premier phénomène qui s’observe dans la partie est l 'abolition instantanée ou progressive de la sensibilité, selon que la cause a agi brusquement ou peu à peu. Ce sont d’abord- des fourmillements, puis une obtusion du tact, qui est en quelque sorte voilé et finit par s’éteindre ; bientôt les mouvements deviennent difficiles ou impossibles; puis la partie se refroidit : cet abaissement de la température est un signe fort important, et, s’il n’annonce pas nécessairement la gangrène, il accuse au moins un vice notable dans la circulation de la partie où on l’observe. Jusqu’ici il n’y a qu’ affaiblissement dans les propriétés vitales de l’organe lésé, il n’y a pas encore gangrène proprement dite; le phénomène principal qui en est l’élément indispensable, c’est la formation de Y escarre : on appelle ainsil’étatdes tissus frappés de mort. Si la gangrène est survenue brusquement, les tissus sont privés de leur vitalité, encore tout gorgés des sucs qui les remplissent habituellement, et l’escarre est humide; si, au contraire, la gangrène s’est établie peu à peu, l’escarre est sèche, distinction regardée comme très-importante par Quesnay, Louis, etc., et dont Hébréard a démontré la futilité. Rien de plus variable que l’aspect offert par les tissus frappés de mort. Tantôt , et c’est le plus souvent, la peau prend une couleur livide, se couvre de petites phlyctènes ou soulèvements épidermiques remplis d’une sérosité brunâtre et fétide. Bientôt, une coloration noirâtre s’empare de toute la portion mortifiée; celle-ci est molle, flasque, ridée , ou bien, au contraire, boursoufflée et tendue : dans d’autres cas, mais bien rarement, l’escarre est blanche , et les tissus sont seulement décolorés. On comprend qu’une foule de nuances intermédiaires viennent se ranger entre ces deux états extrêmes, de même qu’entre les deux formes sèche et humide. La gangrène exhale une odeur d’une fétidité nauséuse toute particulière qu’on a vainement essayé de décrire, mais qu’il suffit d’avoir senti une fois pour la reconnaître toujours par la suite : cette odeur se manifeste surtout dans le cas de gangrène humide. Lorsque des tissus sont mortifiés, ils deviennent ordinairement le siège d’une exhalaison gazeuse dont le produit se répand jusque dans les parties voisines et détermine la formation d’un emphysème. (Yoy. ce mot.) Cette extension des gaz putrides de la gangrène jusque dans les parties restées saines est un fait fort grave, car ils portent avec eux un principe délétère qui a souvent pour résultat de propager la mortification, à moins que

la réaction inflammatoire éliminatrice dont nousr allons parler ne leur offre une barrière. Ordinairement encore, les tissus adjacents sont infiltrés et engorgés de sérosités. Les choses parvenues à ce point, il peut arriver deux cas que nous .allons successivement examiner :

1° La gangrène s’arrête, et alors on voit une ligne rouge se former autour de la partie morte et tracer une démarcation bien tranchée entre elle et celle qui est encore vivante. Cette rougeur est l’indice d’un travail inflammatoire établi sur les limites de la gangrène et dans toute l’étendue de celle-ci , qui est en contact avec les tissus restés sains. Un réseau de petits vaisseaux mille fois entrelacés et anastomosés les uns avec les autres se produit et s’avance delà circonférence de l’escarre vers le centre , la détachant et l’isolant ainsi des parties adjacentes. Une suppuration de bonne nature s’établit à mesure que le réseau se creuse un sillon entre les deux portions morte et vivante, et concourt encore à les séparer l’une de l’autre. Alors enfin, la chute de l’escarre a lieu, et son départ, comme on l’appelle , laisse une ulcération plus ou moins considérable suivant l’étendue de la gangrène, ulcération qui tend à se cicatriser si les forces du sujet le permettent.

2° Dans d’autres cas plus fâcheux, la gangrène s’étend et gagne de proche en proche; alors surviennent des accidents généraux fort graves; il y a du frisson, la fièvre s’allume , les traits du visage se décomposent , une sueur visqueuse et froide inonde tout le corps , un délire plus ou moins violent égare la raison , le dévoiement se manifeste , et le malade ne tarde pas à succomber. Des phénomènes analogues pourront se montrer , bien que la gangrène soit limitée ; cela aura lieu si elle est très-étendue, alors aussi la mort peut en être la conséquence. Ces symptômes paraissent dus à l’absorption de la matière putride delà gangrène; ils se rencontreront donc surtout dans les cas où l’escarre ne peut être éliminée , comme il arrive dans les mortifications des organes intérieurs.

Tous les tissus ne présentent pas les mêmes caractères lorsqu’ils sont attaqués par la gangrène; certains, comme les artères et les tissus fibreux, résistent plus long-temps aux causes mortifères, et, dès-lors , retardent l’époque de la séparation de l’escarre.

Mais les principales différences résultent de la cause qui a produit la gangrène; nous allons les' examiner dans l’ordre que nous avons suivi pour l’énumération de ces causes.

§ I. Gangrènes de cause externe.

A. Par obstacle à la circulation. Il est facile de comprendre que les organes se nourrissant par l’abord du sang artériel dans leur sein , ils devront cesser de vivre , c’est-à-dire tomber eu gangrène, quand ils ne pourront plus en recevoir. L’obstacle peut exister, soit dans les vaisseaux capillaires aboutissants du système artériel, soit dans les gros troncs qui charrientle sang rouge. (Voy. circulation.) 1° Le sang peut cesser d’arriver dans le sytème capillaire dans les circonstances suivantes:

A. Lorsqu’une inflammation violente s’est emparée d’une partie, les petits vaisseaux s’engorgent

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tellement que toute circulation y devient impossible. Alors, la couleur rouge de la phlegmasie devient brune et noirâtre, la douleur cesse de s’y faire sentir, et le malade éprouve un soulagement trompeur qui lui fait croire à la guérison, mais qui ne saurait en imposer à un praticien exercé. Bientôt , le refroidissement survient et la gangrène est déclarée. Du reste , l’histoire de cette transformation trouvera mieux sa place aux mots Inflammation et Phlegmon.

B. Les mêmes conséquences seront observées si une partie qui se gonfle par l’effet de l’inflammation est arrêtée dans son mouvement d’expansion par un bandage trop serré ; ou , si la phlegmasie est profonde, par les aponévroses peu extensibles qui enveloppent les parties malades : dans ce dernier cas, il y a ce que les auteurs ont appelé étranglement; telle est la cause de la gangrène qui s’observe dans le furoncle et l’anthrax bénin, le tissu cellulaire phlogosé est alors tellement serré dans les mailles du derme , qu’il doit être frappé de mort. Dans tous ces cas, la gangrène est précédée de douleurs fort vives, quelquefois intolérables (comme dans le panaris) , qui cèdent et disparaissent tout-à-coup lorsque la vie vient à s’éteindre dans les tissus étranglés.

C. Quand une compression trop forte et trop long-temps continuée empêche l’abord du sang dans les organes sur lesquels elle agit, la gangrène doit en être le résultat : les escarres qui surviennent au niveau du sacrum chez les gens très-maigres, et qui sont restés long-temps couchés sur le dos, ne reconnaissent pas une autre origine ; un appareil trop serré peut encore faire naître ce fâcheux accident : c’est ainsi que Percy a cité l’observation d’une jeune fille, qui, la veille d’une cérémonie religieuse, renferma ses cheveux sous un bandeau tellement serré, que le lendemain les téguments comprimés étaient transformés en escarre. Ici encore, il faut bien noter la douleur qui précédé et donne un avertissement auquel le médecin ne doit pas rester sourd.

D. Lorsqu’un froid très-intense agitsur nos tissus, il coagule le sang, resserre les vaisseaux et suspend les mouvements vitaux; plus tard, la réaction s’opère, et les vaisseaux ayant perdu leur ressort, se laissent passivement distendre par le sang qui y afflue avec force, et la gangrène arrive à peu près de la même manière que dans le cas de violente inflammation; aussi dans le traitement de la congélation, faut-il avoir la précaution de laver les parties avec de l’eau froide d’abord, puis tiède et enfin plus chaude , au lieu de la réchauffer brusquement, comme quelques personnes ont l’imprudence de le faire.

2» Si l’on vient à lier ou à comprimer l’artère principale d’un membre, et que les artères collatérales ne suffisent pas pour rétablir la circulation, le membre s’engourdit, devient le siège de fourmillements, puis il est frappé de stupeur; il se refroidit, il brunit, l’épiderme se détache, en un mot, il est sphacélé dans une étendue plus ou moins considérable, mais toujours à partir de son extrémité la plus reculée; la gangrène remonte rarement jusqu’au niveau du point où le calibre du vaisseau a été

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oblitéré. Dans certains cas , le sphacèle est précédé d’un mouvement de réaction avecchaleür, tension, etc., mais qui ne larde pas à faire place aux phénomènes que nous venons de décrire. L’inflammation des artères donnant lieu à la coagulation du sang dans leur intérieur, leur canal se trouve fermé et les parties situées au-dessous doivent éprouver les accidents dont nous parlons. On a voulu dans ces derniers temps y rattacher les gangrènes séniles , et les traiter par l’usage du seigle ergoté , dont nous parlerons plus bas.

B. Les causes qui agissent directement sur nos tissus pour les désorganiser sont de deux sortes et présentent deux modes d’actions différents.

1° Une contusion violente qui broie et qui écrase les vaisseaux, les nerfs, etc., d’une région , doit nécessairement occasionner la gangrène des parties qui ont été le siège de cette attrition, comme on l’appelle : alors il survient du refroidissement; la sensibilité s’éteint; à la coloration bleuâtre, qui résultait de l’extravasation du sang hors des vaisseaux déchirés , succède une nuance livide; un violent engorgement inflammatoire se manifeste dans les tissus voisins et entraîne quelquefois leur mortification; c’est dans ces cas surtout que l’on observe ces développements de gaz dont nous avons parlé plus haut1, qui propagent au loinla gangrène.

2» Les substances caustiques, telles que les alcalis et les acides concentrés, agissent d’une manière toute spéciale; elles détruisent la trame organique en se combinant avec elle , forment des escarres bien circonscrites, qui n’ont pas de tendance à s’accroître par elles-mêmes , n’exhalent pas d’odeur fétide, etc. Il en est de même du calorique quibrûle et carbonise immédiatement. Il ne faut pas confondre cette gangrène avec celle qui est le résultat de l’action de ces mêmes agents à faible dose, alors la mortification est la suite de la violente inflammation qu’ils occasionnent.

§11. Gangrène de cause générale. Nous réunissons ici toutes celles qui ne dépendent non plus d’un empêchement mécanique à la nutrition et à la circulation d’une partie, mais d’une disposition générale dont l’effet est de détruire la vitalité dans une région plus ou moins étendue de l’économie. Nous en ferons trois groupes.

A. Gangrènes dues à tme viciation du san.g. Là se rangent, l« ces gangrènes qui se montrent si fréquemment chez les sujets atteints de fièvres de mauvais caractère, de typhus, etc., et qui envahissent non-seulement les parties comprimées par un long décubitus, mais encore la surface des vésicatoires, les téguments irrités par des sinapismes, la bouche et les gencives, comme dans certains cas de scorbut grave, ou chez les enfants étiolés et mal nourris, les plaies récentes ou même déjà fermées, quand des blessés, manquant de tout, sont encombrés dans des salles basses et malsaines ( Y. Pourriture d’hôpital) , les membres affectés d’œdème, chez les sujets atteints d’anasarques très-considérables, surtout si l’on a pratiqué des scarifications, etc.

2<> Celles qui sont l’effet d’un virus contagieux, tels que la pustule maligne , le charbon, le bubon pestilentiel (Y. Peste , Pustule maligne), ou qui ré-

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sgltjçnt de la morsure de certains animaux venimeux, tels que la vipère. (V. Plaies envenimées.)

B. Gangrènes dues à une disposition individuelle. Je désigne ainsi, faute d’une meilleur expression, l’affection nommée par les auteurs gangrène sénile, sèche, spontanée, etc. Plusieurs médecins ont voulu en faire une conséquence de l’ossificatiQH.des vaisseaux; d’autres, à l’exemple de M. Roche et de Dupuytren, y ont vu une artérite; mais jusqu’à nouvel examen, les faits apportés en faveur de ces deux opinions ne sont pas assez nombreux et ont déjà présenté un nombre assez grand d’exceptions, pour nous autoriser à ne pas les ranger parmi les gangrènes de cause locale. La gangrène spontanée , comme nous la nommerons, s’observe principalement, mais pas exclusivement chez les vieillards et les personnes mélancoliques; elle atteint surtout les hommes de préférence aux femmes, et les personnes qui se livrent à la bonne chère. {Pott.)— Cette maladie qui occupe presque constamment les membres inférieurs, et débute par leur extrémité la plus reculée, est assez souvent précédée de douleurs très-vives, soit dans la partie qui doit être le siège delamortification, soit dans le trajet des vaisseaux et des nerfs; d’autres fois elle survient sans douleur. Il en est de même du gonflement précurseur; tantôt il existe, tantôt il n’existe pas. Bientôt les orteilsrougissent, se refroidissent, puis prennent une couleur brunâtre avec flétrissure de la peau qui est sèche, ridée et comme momifiée; le pied, la jambe, et même la cuisse peuvent être successivement envahis, et le malade finit par succomber, à moins que la délimitation une fois opérée, et le sphacèle tombé ou emporté par l’amputation, il ne soit assez fort pour supporter les suites de ce grave accident. Cette gangrène marche ordinairement avec une extrême lenteur, il lui faut des mois entiers pour acquérir le degré de développement dont elle est susceptible.

G . Gangrène par V usage du seigle ergoté. Il sera parlé au mot seigle ergoté des accidents auxquels son emploi peut donner lieu; notons seulement ici qu’à la suite de l’hébétude et de la stupeur qui commencent toujours par se manifester les premières, un membre s’engourdit, puis devient trèsdouloureux, perd enfin sa sensibilité, diminue de volume et tombe en sphacèle. M. Roche a voulu faire de cette gangrène une suite de l’artérite, disant que le seigle ergoté avait pour effet d’enflammer les vaisseaux artériels : mais ce n’est encore qu’une hypothèse ingénieuse que les faits n’ont pas suffisamment sanctionnée.

La marche de la gangrène est tantôt fort lente, comme dans la gangrène spontanée, tantôt rapide, comme dans le cas d’étranglement ou de contusion violente, etc.

Il existe des exemples fort rares de gangrènes périodiques, c’est-à-dire, se montrant à des époques fixes et régulières : Casimir, Médicus et Hébreard, en ont rapporté plusieurs cas fort remarquables.

Le diagnostic de la gangrène n’est pas toujours très-facile à établir; ainsi, dans le cas de contusion violente, on pourra confondre l’ecchymose avec la couleur noirâtre de la gangrène ; mais, d’ordinaire,

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les tissus ont alors conservé leur sensibilité ; ils ne se refroidissent pas. Au bout de quelque temps, la couleur noire ne s’étend pas ; au contraire, elle va en s’affaiblissant vers les bords, qui prennent une * teinte jaunâtre; on a vu aussi une contusion donner lieu à une véritable asphyxie locale (Voy. Plaie contuse ), avec suspension de la sensibilité et refroidissement; mais alors, des soins appropriés rétablissent les propriétés vitales , dont l’action n’était qu’interrompu. Quant à la paralysie , elle consiste seulement dans la perte de la sensibilité et du mouvement, sans altération dans l’organisation des parties qu’elle envahit.

Le pronostic est subordonné à la cause et à l’étendue de la gangrène, et généralement, toutes choses égales d’ailleurs, il est plus fâcheux dans les gangrènes de cause générale que dans celles de cause locale.

Le traitement offre trois indications principales :

1° prévenir la gangrène quand on reconnaît son imminence; 2» la borner dans sa marche; 3° favoriser la chute des escarres et guérir l’ulcération qui lui succède.

1° Le traitement préventif est nécessairement celui de l’affection qui, par son intensité , peut entraîner la gangrène ; ainsi , qu’une violente phlegmasie occupe un organe , il faudra la modérer au moyen des antiphlogistiques employés avec énergie. Une partie est-elle étranglée par une aponévrose, on lui rendra sa liberté d’expansion à l’aide d’incisions, de débridements .Est-ce un bandage trop serré, on l’ôtera. Que si la circulation est interrompue par suite de l’obstruction d’un gros vaisseau , on s’efforcera de la rétablir en réchauffant le membre par des frictions, l’application de sachets remplis de sable chaud, etc. Il en est de même des contusions et des affections générales. C’est leur traitement propre habilement employé qui peut prévenir la gangrène.

2° La plupart des moyens prophylactiques de la gangrène sont aussi bien souvent les meilleurs pour les combattre quand elle est déclarée , mais souvent aussi les sujets sont tombés dans un grand état de prostration et d’épuisement qui exige les toniques à l’intérieur (vin de quinquina, vin vieux et généreux, sulfate de quinine , etc. ) et à l’extérieur (lotions aromatiques). C’est d’ailleurs au médecin, et au médecin éclairé , de saisir les indications et d’agir en conséquence; aussin’y insisterons-nous pas plus long-temps. Un mot seulement surla gangrène spontanée : Pott avait vanté l’emploi de l’opium pour combattre les douleurs qui l’accompagnent. Ce médicament a depuis réussi entre les mains de plusieurs praticiens; mais Dupuytren, ayant beaucoup amendé les mêmes accidents avec la saignée, il crut, d’après M. Roche, avoir affaire à une artérite et recommanda de la combattre par les antiphlogistiques ; je crois que cette conclusion est trop prompte, et, à moins de plénitude du pouls et d’aspect pléthorique du sujet, je ne conseillerais pas les émissions sanguines qui, employées dans cette vue chez un sujet âgé et affaibli, pourraient avoir de graves inconvénients.

3» La gangrène une fois limitée , il importe de "ne pas laisser trop long-temps la partie mortifiée

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avec la partie vivante; on hâte la chute de l’escarre avec des topiques légèrement excitants , et on pourra emporter avec le bistouri ou les ciseaux les portions qui se putréfient déjà : quant à l’amputation, et à l’époque convenable pour la pratiquer, ce n’est pas ici le lieu de discuter ces hautes questions chirurgicales.

Beaugrand,

Docteur eu médecine, ancien interne des hôpitaux.

gangréneux (path.) , adj., qui a rapport à la gangrène. Voy. ce mot.

Gangréneux ( Mal de gorge). (Voy. Angine gangréneuse.)

gantelet [cMr.), s. m. On donne ce nom à un bandage qui enveloppe la main et les doigts. Ce bandage se fait avec une bande longue de près de dix aunes et étroite ; il enveloppe chaque doigt isolément ; il est d’une application difficile et fort peu employé.

garance [bot. ) s. f. (rubia tinctorun t). C’est une plante vivace de la famille des rubiacées, J., tétrandrie monogynie, L., qui croît en France, en Italie, en Espagne et en Grèce. Sa racine est rougeâtre , rameuse , vivace , longue , articulée et rampante; l’écorce est plus rouge que la partie intérieure de la racine; sa cassure est résineuse et son goût légèrement amer; les tiges sont hautes de deux à trois pieds ; les feuilles sont ovales, lancéolées et hérissées d’aspérités. Les fleurs sont petites, jaunâtres, et forment une panicule rameuse; la corolle est campanulée et a quatre divisions, avec un calice à quatre dents. La plante a une odeur peu agréable. Lorsqu’on la cultive pour le commerce , elle est arrachée le troisième été; on sèche les racines à l’étuve , et ensuite on les pile pour les livrer au commerce.

La garance, qui est très-recherchée maintenant pour ses propriétés tinctoriales , n’est plus employée en médecine. Autrefois, on l’avait conseillée contre la jaunisse et le rachitisme. Celte racine jouit de la propriété singulière, lorsqu’elle est mêlée aux aliments , de teindre le lait , les urines , les tissus , et même les os en rouge ; elle augmente aussi la dureté de ces derniers, et c'est sur cette propriété que l’on en avait conseillé l’usage dans le rachitisme ou ramollissement de ces organes. Les animaux que l’on soumet à ces expériences finissent par succomber lorsqu’elles sont continuées trop long-temps. Linné dit avoir dans ces cas observé des squir- j rhes dans les divers tissus; Gronier a constaté l’ex- j trême fragilité des os coïncidant avec leur dureté, j La garance , qui est devenue un grand objet de commerce depuis qu’elle sert à teindre une partie ! du drap avec lequel on habille les troupes, donne une couleur d’un rouge très-solide. Elle sert aussi à préparer une laque qui est employée dans la peinture. Dans ces derniers temps, ÀlM.Robiquet et Colin ont retiré de la garance deux principes immédiats, qu’ils ont nommés alizarine et purpurine, qui par leur réunion paraissent renfermer toutes les propriétés de cette racine. L’existence de ces produits a été contestée par d’autres chimistes , qui

pensent que ces deux corps se forment pendant les opérations auxquelles il faut soumettre la garance pour procéder à leur extraction.

gargarisme ( thérap .), s. m. (. gargarisma, du grec gargarizéin , se gargariser). On entend en pharmacie par gargarisme, un médicament liquide dont l’eau fait presque constamment la base , et qui est destiné à porter son action sur la gorge et la bouche. Le gargarisme diffère du collutoire, qui agit sur les mêmes organes, en ce que le collutoire est ordinairement demi-liquide, qu’il s’applique avec un pinceau et qu’il contient ordinairement des substances plus énergiques que le gargarisme.

Les gargarismes se préparent ordinairement avec des infusions aqueuses ou des décoctions de diverses plantes , auxquelles on ajoute des substances plus ou moins actives, suivant le but que l’on veut atteindre. Il est important, dans la préparation des gargarismes , de ne point y mêler de substances toxiques qui puissent agir à petite dose d’une manière énergique; il convient mieux, lorsque l’on est forcé d’employer des poisons dans l’intérieur de la bouche ou du pharynx, de les mêler à des collutoires, que l’on peut appliquer avec précaution au moyen d’un petit bâtonnet entouré de charpie à son extrémité, plutôt que de les administrer en gargarisme ; car, quelles que soient les précautions que l’on prenne , il se peut toujours que l’on avale de la liqueur avec laquelle on se gargarise, et des accidents graves peuvent en être la suite. Voici quelques-uns des gargarismes le plus ordinairement employés.

Gargarisme adoucissant :

Prenez. Infusion de racine de guimauve. ... m gram.

JLait de vache 120 —

Sirop de miel 30 —

Mêlez.

Gargarisme acidulé :

Prenez. Décoction d’orge 120 —

Sirop de mûres 30 —

Acide sulfurique 15 gouttes.

Mêlez.

Gargarisme détersif:

Prenez. Décoction d’orge 500 gram.

Acide muriatique. 2 —

Miel rosat 60 —

Mêlez.

Gargarisme astringent :

Prenez. Infusion de roses de Provins 120 —

Miel rosat. 30 —

Alun 1 —

Mêlez.

Gargarisme antisccrbutiquc :

Prenez. Infusion de petite centaurée 120 —

Alcoolat de cochléaria 8 —

Miel rosat 30 —

Mêlez.

Gargarisme boraté :

Prenez. Infusion de feuilles de ronces. .... 250

Borate de soude 4 ""

Miel rosat 30

Mêlez.

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Les collutoires contiennent le plus ordinairement les mêmes substances actives que les gargarismes; ils n’en diffèrent seulement qu’en ce qu’ils n’ont presque toujours que le miel pour excipient.

Il y a , outre les gargarismes dont nous venons de donner les formules, des gargarismes antisyphilitiques, sédatifs, de noix de galle, etc., dont nous ne croyons point devoir consigner ici les formules , en raison de leur action très-énergique.

Les gargarismes sont des médicaments qui ne peuvent être prescrits aux enfants. Il faut, pour se gargariser, une certaine habitude de faire agir les muscles du voile du palais et du pharynx, qui ne peut être acquise par les jeunes sujets. Généralement, les malades et même quelques médecins ont de fausses idées sur la manière la plus convenable de se gargariser; ils pensent qu’il faut, lorsque le liquide est introduit dans l’arrière-bouche, l’agiter et le faire bouillonner en faisant sortir l’air de la poitrine. Cette méthode, qui est presque généralement pratiquée , présente des inconvénients,. surtout lorsque le gargarisme est ordonné dans des inflammations très-Yives de l’arrière-bouche. Dans ces cas, le jeu des organes est gêné et très-douloureux; le gargarisme est un véritable supplice, et loin de calmer, il ne fait souvent qu’accroître la douleur et l’irritation. Il convient mieux de laisser couler le liquide dans la gorge , de l’y retenir en penchant la tête en arrière et ne respirant pas. Lorsque le besoin de respirer se fait sentir, on penche la tête en avant en fermant la bouche ; le liquide coule dans la partie antérieure de cette cavité, et l’on peut respirer par les narines; on prolonge ainsi le gargarisme , qui devient un bain local, autant de temps qu’on le juge convenable. Cette méthode , que j’ai souvent conseillée à mes malades , leur a paru toujours préférable à celle qu’ils employaient ; elle est surtout indispensable lorsque la gorge est le siège d’une vive douleur.

J.-P. Beaude.

gargouillement ( physiol. ), s. m. On donne vulgairement ce nom au bruit que font les gaz contenus dans les intestins. (Yoy. Borborygmes.)

garot. Yoy. Garrot.

garou (bot. et mat. méd.), s. m .,(daphne gnidium, ;{sain-bois) .C’est un arbuste de la famille des thymélées J., octandrie monog. L. Cette plante, qui croît dans le midi de la France, enltalie, enEspagne et en Grèce, se rencontre aussi dans les départements du sud-ouest de la France. Les tiges de cette plante sont droites, effilées et longues de deux à trois pieds; elles portent des feuilles étroites et lancéolées; les fleurs sont blanches en dehors et un peu rosées à l’intérieur ; ses fruits sont de petites baies noirâtres, dont la pulpe est rouge intérieurement. L’écorce du garou est la partie de la plante qui est le plus ordinairement employée; elle est brune extérieurement et blanche au dedans ; elle se trouve dans le commerce par paquets , formés de morceaux longs d’un à deux pieds et reployés sur eux-mêmes. Cette écorce est employée comme un vésicant peu énergique, mais qui n’a pas l’inconvénient de porter d’irritation sur les organes génito-urinaires, comme cela a souvent lieu lorsque

l’on emploie les cantharides. (Voy. ce mot.) Pour appliquer un vésicatoire avec le garou, il suffit de couper un morceau d'écorce delà dimension que l’on veut donner d’abord à l’exutoire : on le fait tremper pendant quelques heures dans de l’eau ou du vinaigre , et on l’applique ensuite par sa face interne sur la peau; on lè fixe au moyen d’un morceau de sparadrap , de diachylum et d’une bande roulée ; on conseille aussi de remplacer le diachylum par une feuille de lierre. Après vingtquatre heures , la peau est rouge et légèrement douloureuse ; mais la vésicule n’est ordinairement pas formée , et il faut faire une nouvelle application de l’écorce. Cette seconde application suffit le plus souvent pour déterminer la formation de la vésicule. Des auteurs disent que cette écorce a plus d’action lorsqu’elle est appliquée par sa partie externe,après que l’on en a enlevé l’épiderme.

Ce procédé est peu usité pour l’application de vésicatoires ; sa lenteur , et, surtout dans quelques cas, son infidélité ont fait renoncer à son emploi, même lorsque l’on veut ménager les organes génito-urinaires ; on le remplace avec avantage par le taffetas vésicant. C’est surtout pour la préparation des pommades épispastiques que le garou est employé avec avantage, et la pommade qui porte ce nom est toujours ordonnée pour les enfants, les femmes nerveuses et les personnes irritables. Cette pommade, qui est d’une couleur verdâtre, se prépare soit en faisant digérer l’écorce, que l’on a soumise à une ébullition préalable, dans de l’huile d’olive; soit en faisant digérer cette même écorce dans del’axonge, après l’avoir hachée et pilée dans un mortier de fer , en l’humectant avec de l’alcool.

L’écorce du garou jouit, comme on le voit, de propriétés très-irritantes, qu’elle doit à une matière verte et résineuse qui entre dans sa composition. Vauquelin croyait que le principe actif du garou était un alcaloïde, auquel il avait donné le nom de daphnine. On a constaté, dans ces derniers temps , que ce principe actif était une matière verte, demi-fluide et très-âcre, qui a été isolée par M. Dublanc des autres matières résineuses que contient cette écorce. Cette matière verte est ellemême formée de chlorophylle et de la matière active qui n’a pu être isolée; elle est soluble dans l’éther, l’alcool, les huiles et les graisses, insoluble dans l’eau ; son âcreté est extrême, et elle est fortement vésicante.

On prépare encore avec le garou une huile qui s’emploie à l’extérieur, et une tisane qui se prescrit quelquefois dans les maladies de la peau et les affections syphilitiques. La dose d’écorce est de 12gramm. pour une pinte et demie d’eau bouillante, ramenée à une pinte par l'ébullition : l’écorce aura dû être hachée et triturée comme nous l’avons indiqué plus haut. Le papier et le taffetas vésicants se préparent avec l’extrait alcoolique de garou, auquel on ajoute de la cire blanche, de l’huile d’olive et de la résine ; on fait dissoudre par la chaleur et d’une manière convenable toutes ces substances dans l’alcool , et l’on applique ensuite ce mélange sur le taffetas ou le papier.

Mise sur la langue, l’écorce de garou cause une sensation de brûlure très-vive, qui se propage au

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pharynx et dure plusieurs heures ; prise à l’intérieur, elle peut déterminer l’empoisonnement. M. Orfila a fait périr un chien en lui ingérant trois gros de poudre de garou. Les feuilles sont purgatives ; M. Loiseleur-Delongchamps les a ordonnées à la dose d’une once dans une pinte d’eau , et a obtenu par ce moyen des purgations modérées, mais avec un sentiment de chaleur et d’ardeur dans la gorge. Les fruits étaient employés par les antiens comme purgatifs ; ils les administraient à la dose de vingt dans du miel ou des grains de raisins ; mais ce moyen n’est pas sans danger, et l’on a vu des personnes périr par suite de l’ingestion de ces semences, que cependant les oiseaux, et principalement les perdrix, mangent sans aucun fâcheux résultat.

Le daphné mézéréon ou lois joli ( daphne mezereum ), a souvent été confondu avec l’espèce que nous venons de décrire. Des auteurs pensent qu’une partie du garou du commerce provient de cette espèce. Il croît dans le nord de l’Europe ; ses feuilles sont plus larges et ses fruits plus gros que ceux du daphne gnidium ; ses fleurs apparaissent avant les feuilles et poussent sur le bois , ce qui n’a pas lieu dans l’autre espèce. Les écorces sont difficiles à distinguer à l’aspect et au goût seulement ; celle du mézéréon sont longues et plus larges , et elles s’enlèvent plus facilement que celles du gnidium ; enfin, c’est la première espèce qui est seule employée dans le nord de l’Europe. Quelques auteurs lui attribuent des propriétés particulières pour le traitement de la syphilis ; on l’applique, en Suède, sur les morsures des animaux enragés et des serpents venimeux ; on en fait usage en Sibérie contre les douleurs que cause la carie des dents. J.-P. Beaüde.

garrot ( ehir .), s. m. On donne ce nom à un bandage qui a pour but de comprimer momentanément l’artère d’un membre dans une opération ou une amputation .Le garrot est composé d’une bande de fil très-forte, d’un petit bâtonnet rond, long de quatre pouces, et d’une plaque de corne. On l’applique de la manière suivante : on commence par poser une pelote , ou une forte compresse graduée sur le trajet de l’artère que l’on veut comprimer; on fait ensuite deux fois le tour du membre avec la bande de fil qui maintient la pelote dans l’endroit où elle a été fixée ; on passe ensuite la plaque de corne sous la bande, à l’endroit où on veut introduire le petit bâtonnet ; ce dernier étant placé entre la bande et la plaque de corne, qui est destinée à protéger la peau et à empêcher qu’elle ne soit pincée, on tourne le bâton de manière à tordre la bande, et à comprimer ainsi le membre ; on doit continuer cette torsion jusqu’à ce queles battements aient cessé de se faire sentir dans l’artère, au-dessous du point comprimé. Ce moyen, qui est destiné à empêcher les hémorrhagies pendant les opérations, est remplacé avec avantage, lorsqu’il faut une compression plus long- temps continuée, par le tourniquet de J.-L. Petit, qui agit d’une manière analogue, mais sans comprimer circulairement le membre. j. p.

gastralgie (méd.), s. f. (Y. Cardialgie.)

gastrique ( anat . ), adj., du grec gaster (estomac, qui a rapport à l’estomac). On donne ce nom à plusieurs organes qui sont en rapport avec l’estomac ; ainsi il existe des artères gastriques : l’une, la gastrique supérieure ou coronaire stomachique, est une branche du tronc cœliaque. Les gastriques inférieures sont la droite ou gastro-épiploïque droit, qui est une division de l’artère hépatique; et la gauche, ou gastro-épiploïque gauche, qui est une division de l’artère splénique.— Les nerfs gastriques sont la terminaison des nerfs pneumo-gastriques ; ils accompagnent sur les deux faces de l’estomac les vaisseaux de cet organe. — Le plexus gastrique est un entrelacement nerveux formé par des branches du plexus solaire , le long de la petite courbure de l’estomac; il accompagne l’artère coronaire stomachique.

Suc gastrique ( physiol .). On donne ce nom à un liquide sécrété dans l’estomac per un grand nombre de petites cavités en forme de petits sacs renversés nommées follicules gastriques ; ce liquide est clair, limpide et d’une teinte légèrement citrine lorsqu’il est en certaine quantité; c’est lui qui, dans les excitations de l’estomac, donne quelquefois au liquide qui remonte dans la bouche par l’œsophage cette saveur fortement acide qui irrite souvent l’arrière-bouche. Il doit cette acidité à l’acide lactique, et il contient aussi du chlorure de sodium , de potassium et d’ammoniaque, du phosphate de soude et une matière azotée particulière qui a reçu le nom de pepsine , et qui joue un rôle important dans la digestion. Le suc gastrique a pour objet de gonfler les aliments en les pénétrant, et de les disposer à être liquéfiés dans le duodénum, où ils sont poussés par l’action péristaltique des organes digestifs, et où ils reçoivent deux liquides nouveaux, la bile et le suc pancréatique.

gastrique (fièvre). (V. Dothinentérie.)

gastrite (embarras). (V. Embarras gastrique.)

gastrite (path.), s. f. Quand on écrit pour le public, il faut bien tenir compte de ses préoccupations , et voilà comment un article qui eût occupé peu de place autrefois dans un dictionnaire de médecine usuelle, réclame de nos jours un soin particulier. En effet , depuis vingt ans environ, le mot gastrite, plus que la maladie qu’il désigne, fort heureusement, est devenu très à la mode. Les adeptes nombreux d’une école célèbre qui a rendu quelques services à la médecine, trèscertainement , voyant aisément des gastrites dans les états maladifs les plus simples comme les plus compliqués , ont bientôt acquis à cette dénomination une publicité qui est devenue populaire. Nous pensons donc qu’à une époque où l’on parle si souvent de gastrite , il ne sera pas indifférent d avoir quelques idées bien précises sur cette affection , afin de ne pas la supposer existante trop légèrement , et de savoir la distinguer d’une toute d’accidents maladifs qu’on a fréquemment confondus avec elle.

! L’estomac, siège de la maladie qui va nous oc- | cuper, est sujet à bien des affections; mais on

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doit réserver le mot de gastrite à l’irritation et l’inflammation de ce viscère. Cette phlegmasie stomacale peut être aiguë ou chronique, et telles sont les formes principales sous lesquelles nous allons l’étudier. Nous distinguerons encore la gastrite aiguë en légère et en grave ; deux degrés différents d’une affection identique doivent naturellement trouver leur place à côté l’un de l’autre, comme pour servir de point de départ et indiquer la progression.

L’irritation légère et récente de l’estomac se manifeste par une sensation insolite de chaleur , de gêne ou de douleur dans la région de ce viscère; la langue est sensiblement rouge , à la pointe principalement ; la bouche est plus sèche que de coutume; il existe de la soif et une préférence marquée pour les boissons rafraîchissantes ; l’appétit est diminué ou nul , et l’ingestion des aliments parfois même des boissons s’accompagne d’un malaise d’autant plus sensible que les aliments sont plus lourds ou plus épicés et les boissons plus stimulantes; souvent il se déclare ou des envies de vomir ou des vomissements, des alternatives de frisson et de chaleur, un peu de fréquence et de petitesse dans le pouls , etc. ; à ces signes il est aisé de reconnaître une irritation de l’estomac. Mais cette irritation superficielle et récente, presque toujours produite et entourée par des erreurs ou des imprudences d’hygiène , n’a ordinairement ni gravité ni durée, il suffit de l’éloignement delà cause déterminante , d’un peu d’abstinence et de quelques adoucissants.

Il n’en est pas de même de la gastrite aiguë intense ; c’est l’une des inflammations les plus violentes, les plus rapides, les plus dangereuses. Toutefois empressons-nous d’ajouter qu’elle est heureusement fort rare. C’est principalement dans les accidents d’empoisonnement par les acides, les alcalis ou autres substances fortement irritantes, qu’il faut chercher le type parfait de la gastrite aiguë. On observe alors une ardeur brûlante àl’estomac et une sensibilité des plus vives , des plus douloureuses à l’épigastre; la bouche est enflammée , sèche , rouge ou noire, la soif inextinguible et les boissons presque aussitôt rejetées par des efforts de vomissements déchirants et continuels ; le pouls est fréquent , bientôt petit et misérable ; les forces sont prostrées ; la peau est sèche et ardente ou recouverte d’une sueur froide ; les traits sont abattus , profondément altérés ; il n’est pas rare que les idées se troublent , etc. Ce désordre pathologique poursuit rapidement son cours , et lorsque sa terminaison est funeste , ce qui arrive trop souvent, on trouve dans l’estomac une vive injection ou des ulcérations, des perforations , etc.

La gastrite chronique , qui succède parfois à la gastrite aiguë et qui se développe d’autres fois d’une manière lente et insidieuse , révèle son existence par les signes suivants : La langue est habituellement rouge ou sale, pointillée, rétrécie; la bouche et les lèvres ont une tendance constante à se sécher ; la soif existe d’ordinaire et augmente après ie repas; les digestions sont longues, laborieuses; les aliments sont faiblement désirés et leur séjour dans l’estomac y détermine une sensation pénible

de pesanteur , de gonflement et même de chaleur et de douleur quand les substances ingérées sont d’une nature échauffante ; il n’est pas rare que la digestion soit troublée par le vomissement, quelquefois par la diarrhée; cependant la constipation est plus habituelle; du reste le travail digestif s’accompagne fréquemment de malaise, d’anxiété, de douleur épigastrique, de fréquence dans le pouls, de bouffées de chaleur au visage, à la paume des mains, d’ardeur et d’aridité à la peau , etc. La perte d’appétit, le trouble des digestions, la fréquence des mouvements fébriles ne peuvent qu’altérer la nutrition ; aussi l’embonpoint ne tarde pas à diminuer; la face pâlit et jaunit, les traits se tirent, les forces s’épuisent; l’esprit est chagrin, triste et craintif, ennuyé, paresseux. Du reste, les progrès de ce dépérissement physique et moral , sous l’influence de la gastrite chronique, sont trèsvariables et très-inconstants ; parfois la maladie semble stationnaire pendant des mois , des années; d’autres fois elle poursuit fatalement son cours sans faire aucune halte.

Dans les gastrites dont nous venons de présenter un tableau succinct , nous avons envisagé la maladie comme simple et exactement localisée ; mais l’estomac peut s’enflammer accidentellement dans tous les troubles généraux, et notamment dans la classe nombreuse des affections auxquelles nous conservons le nom générique de fièvres. Il n’était pas rare , dans les prodromes fréquemment incertains d’une variole, d’une rougeole , d’une scarlatine , etc., d’entendre proférer le diagnostic d’une gastrite ou d’une gastro-entérite, jusqu’au deuxième ou troisième jour que paraît l’éruption. Nous ne traiterons pas ici de la gastrite qui complique les désordres pathologiques dont elle n’est pas le point de départ.

Passons au pronostic de la gastrite. Nous avons dit que celle qui était récente et légère n’avait ni gravité ni durée. Il est sage néanmoins de s’empresser de modifier son régime, afin de ne pas s’exposer à augmenter l’irritation de l’estomac ou à développer lentement une gastrite chronique. Le pronostic de la gastrite aiguë intense est extrêmement inquiétant. Sans parler des cas désespérés où un poison corrosif a soudainement désorganisé l’estomac , l’inflammation sur-aiguë de ce viscère fait des progrès rapides et tue souvent. L’opiniâtreté des vomissements, la vive et douloureuse sensibilité de l’épigastre, lehoquet,la fréquence et l’exiguité du pouls, l’altération profonde des traits, le délire, une sueur froide, etc. , sont de très-mauvais signes ; ils doivent faire craindre une terminaison funeste qui quelquefois arrive le premier , le deuxième ou le troisième jour. Mais hâtons-nous dele répéter, à part les cas d’empoisonnement par les corrosifs , la redoutable gastrite dont nous parlons est excessivement rare , et les irritations plus modérées de l’estomac se guérissent d’ailleurs , comme les inflammations des autres organes, peutêtre moins vite et moins facilement. On ne doit pas ignorer que les deux degrés que nous avons établis pour la gastrite aiguë , sous peine de confondre des états différents, quoique identiques, admettent plusieurs autres degrés intermédiaires qui

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modifient le pronostic, mais que nous ne pouvions décrire séparément, sans former de trop nombreuses divisions et nous perdre dans les nuances. C’est donc sur îa modération ou la violence des symptômes que se basera surtout le jugement, touchant la durée et l’issue probables de l’inflammation aiguë de l’estomac.

Qu’elle se soit lentement développée ou qu’elle ait succédé à un état aigu, la gastrite chronique est une maladie longue , d’une guérison assez difficile, et elle est loin d’être sans danger. Toutefois si les forces ne sont pas trop épuisées , si l’appétit n’est pas complètement aboli, si les digestions ne sont pas trop laborieuses , on peut espérer un rétablissement parfait, au bout d’un laps de temps variable. Lorsque la gastrite est très-ancienne , quand le sujet est débile et âgé, lorsque quelques semaines d’un traitement comme il convient n’amènent pas d’amélioration , il y a peu d’espoir de guérison , îa gastrite a pris droit de domicile, c’est un ennemi avec lequel il faut se résigner à vivre et à mourir, en évitant de l’exaspérer. On peut vivre longues années avec une gastrite chronique; toutefois on ne saurait méconnaître qu’elle domine considérablement les chances de longévité, et quelquefois la catastrophe est plus rapprochée qu’on ne pense. L’appétit se perd, les digestions se font avec une difficulté extrême , la fièvre redouble , la consomption et la chute des forces font des progrès, et la mort arrive en peu de temps. Les squirrhes , les cancers , les ulcérations et les perforations de l’estomac sont des dangers imminents de la gastrite chronique. Quand une fois on en est guéri , il faut pendant long-temps observer le régime et prendre garde aux rechutes qui sont fort à craindre.

Jetons maintenant un coup-d’œil sur le diagnostic différentiel de la gastrite. L’embairas gastrique ou stomacal qu’on désigne souvent sous le nom de courbature ( voyez ce mot ) est peutêtre l’état le plus voisin de la gastrite peu intense. Cependant il faut bien qu’il y ait, sinon dans leur siège, du moins dans leur nature, quelque différence, puisque les vomitifs, si souvent favorables dans le premierétat, exaspéreraient presque à coup sûr une gastrite. D’ailleurs, dans l’embarras stomacal, la langue est moins rouge, plus sale, plus large, plus humide; la bouche plus pâteuse, plus mauvaise; le vomissement moins pénible et presque toujours suivi de soulagement ; le pouls plus élevé, etc. On ne confondra pas avec la gastrite des coliques accidentelles d’estomac. Dans celles-ci il n’y a ni rougeur de la langue, ni soif, ni fièvre; la douleur est plus vive, sans êtrs brûlante ni augmentée par la compression.

Parlons maintenant des maladies qui peuvent simuler la gastrite chronique. Nous trouverons d’abord les névroses de l’estomac ou gastralgies que nous renvoyons au mot cardialgie où est exposé le diagnostic différentiel. Viennent ensuite les squirrhes, les cancers de l’estomac. tVoy. ces mots.) La seule perte d’appétit, quand celte inappétence durait long-temps , a été maintes fois prise pour l’indice d’une gastrite chronique et traitée an conséquence. C’est là précisément l’une des erreurs

qu’il importe le plus de signaler , puisque le traitement qui résulterait de ce faux aperçu ne manquerait pas d’aggraver l’état qu’il serait destiné à combattre. Même avertissement s’applique à la lenteur des digestions. Ainsi, soit que les aliments soient faiblement désirés, soit que leur digestion se montre difficile , en l’absence d’autres signes , on ne devra point présumer une inflammation chronique de l’estomac. Qui ignore en effet qu’il suffit d’une émotion ou d’une préoccupation forte pour faire disparaître l’appétit et pour arrêter la digestion? C’est que la sensibilité est inégalement répartie; concentrée sur le cerveau, elle fait défaut à l’estomac. Les savants, les hommes de lettres, les artistes, les personnes sous le joug d’une passion quelconque qui fatiguent leur système nerveux, ne croiront donc pas avoir une gastrite chronique par le seul fait que l’appétit manquera et que les digestions seront lentes. On a fort anciennement fait la remarque qu’un mauvais estomac suivait les opiniâtres penseurs, comme l’ombre suit le corps. Mais ce mauvais estomac n’est pas atteint de gastrite; au lieu de la diète, des sangsues et du repos, c’est l’exercice, l’air des champs , le délassement d’esprit qui conviennent. L’inégale répartition de l’influence nerveuse n’est pas la seule cause du trouble des digestions en l’absence de la gastrite. L’estomac , comme les autres organes , est naturellement ou accidentellement plus fort ou plus faible chez les divers individus, selon le régime différent qu’ils mènent , et l’inflammation de ce viscère n’a rien à démêler avec ces états de pure débilité ou langueur. La confusion d’affections si dissemblables ne manquerait pas d’amener des résultats fâcheux. On évitera cette méprise en pesant attentivement les caractères de la gastrite, qui ne se retrouvent point dans la simple langueur ou débilité d’estomac. Enfin il est une espèce d’affection catarrhale de l’estomac qui diffère sensiblement de la gastrite chronique. Dans ce flux muqueux gastrique ou dans ce catarrhe stomacal qu’accompagnent des crachements et des vomissements glaireux , assez communs chez les personnes très-replètes qui se disent communément alors incommodées de glaires, la langue est large et peu colorée ou bleuâtre, la bouche humide ; il n’y a point de soif, ni de mouvement fébrile, tout autant de signes négatifs de l’inflaration franche de l’estomac.

Après avoir donné un aperçu des états maladifs qu’on pourrait le plus aisément confondre avec la gastrite aiguë et chronique, nous allons mentionner les causes les plus ordinaires de l'irritation et de l’inflammation de l'estomac. Les ingesta, c’està-dire les substances que nous avalons, se présentent en première ligne. La gastrite aiguë peu intense peut être déterminée par l’ingestion insolite ou abusive des boissons excitantes , enivrantes , trop chaudes ou glacées , d’aliments indigestes , épicées, trop copieux , de mauvaise nature. Parfois un refroidissement subit, une émotion vive préparent ou déterminent une irritation de l’estomac. Elle peut encore résulter de violences exercées extérieurement sur la région de cet organe. La gastrite sur-aiguë grave ne reconnaît guèje

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d’autre cause (pie l’ingestion de poisons îïritants; on a été même jusqu’à révoquer en doute qu’elle pût se développer autrement. Nous avons dit ailleurs ce qu’il fallait penser des symptômes gastriques dans les fièvres. Quant à la gastrite chronique, à moins qu’elle ne succède à la gastrite aiguë, l’action persévérante des mêmes causes que nous venons d’énumérer suffit pour la déterminer et l’entretenir. C’est sans contredit dans le régime, c’est-à-dire l’espèce d’aliments et de boissons, le défaut ou l’excès d’exercice , les passions ou les contentions d’esprit prolongées, les abus vénériens , l’habitation d’un lieu insalubre , etc. , qu’il faut chercher la cause directe ou indirecte de la gastrite chronique. La prédisposition réside aussi quelquefois dans une susceptibilité native ou acquise de l’estomac, dans la suppression de quelque évacuation ou éruption. ‘ *

Les précautions préventives de la gastrite découlent manifestement de la connaissance de ses causes qu’il suffit d’éviter. Aux premiers signes de la gastrite légère , le plus souvent occasionnée par l’intempérance et vulgairement qualifiée d’échauffement d’estomac : diète plus ou moins sévère , plus ou moins prolongée , selon l’intensité et la persévérance des symptômes , tisane d’orge ou de chiendent , ou mieux de l’eau pure à peine fraîche avec des sirops de gomme , d’orgeat , de guimauve , de groseille , d’orange , de limon ; et bientôt bouillon de poulet, de veau, lait seul ou coupé ; successivement potages , végétaux tendres , fruits sucrés et aqueux , œufs frais, viandes blanches , et définitivement reprendre le régime de la santé, à moins que, mal tracé, il n’expose aux rechutes.

Dans la gastrite intense ou sur-aiguë , il est besoin de secours prompts, et même encore sont-ils peu nombreux et trop souvent inefficaces. Si quelque poison irritant a été avalé , on pourra tout d’abord favoriser le vomissement par de l’eau tiède. Mais bientôt ces vomissements deviennent cruels , opiniâtres , stériles , on s’attache à les modérer et l’on y parvient difficilement. On ne se sert plus que des petites prises ou des gorgées d’eau pure , gommeuse, mucilagineuse , émulsionnée ou laiteuse; on pratique des fomentations émollientes sur le ventre , on administre des lavements d’eau de lin ou de guimauve, on fait prendre un bain tiède; la saignée , une large application de sangsues au creux de l’estomac, concourent puissamment à abattre cette redoutable inflammation. Lorsqu’on est assez heureux pour enrayer son cours dangereux et rapide, la plus grande prudence est nécessaire pour passer des boissons douces ou faiblement acidulés, seules tolérables, aux aliments . dont l’espèce et la dose seront soigneusement graduées , comme nous l’avons dit plus haut.

Pour établir au mieux le traitement de la gastrite chronique, il est essentiel de rechercher avec le plus grand soin la cause qui l’a produite, d’autant que c’est souvent la même influence qui la fomente après l’avoir occasionnée. Le genre de vie actuel sera donc soumis à un sérieux examen, et l’on ne négligera pas non plus les circonstances commémoratives ; car une maladie peut provenir

d’une habitude supprimée comme d’une habitude continué^ ou nouvellement introduite. On remontera donc par les souvenirs à l’époque où les digestions commencèrent à se déranger, et l’on pèsera les circonstances hygiénique coïncidentes. Ensuite, comme la gastrite chronique a rarement une marche uniforme, on observera les rapports des redoublements avec les influences appréciables qui paraissent les déterminer. Nous ne pouvons ici qu’indiquer le principe d’observation ; s’il fallait le poursuivre dans ses développements , nous serions obligés d’examiner une foule d’objets d'hygiène, en commençant par les diverses espèces d'aliments et de boissons.

Du reste, quelle que soit la cause qui l’ait occasionnée et qui l’entretienne , la gastrite chronique représente toujours une affection irritative ou inflammatoire de l’estomac, et nous pouvons exposer les bases principales du traitement qu’on lui oppose avec le plus de succès. Nous pensons qu’il serait imprudent de combattre par la diète absolue une irritation gastrique qui a duré long-temps et qui ne saurait disparaître en quelques jours. Conséquemment, au lieu de supprimer toute substance nourrissante, il suffira d’en régler soigneusement la dose et l’espèce. En exposant le traitement de la gastrite aiguë légère , nous avons sommairement indiqué les aliments et les boissons qui conviennent aussi dans l’irritation chronique de l’estomac. Seulement nous ajoutex-ons qu’il est souvent nécessaire d’insister plus ou moins long-temps sur une nourriture à peu près liquide, comme le lait , le bouillon de poulet ou de veau , soit seuls , soit mêlés à des fécules ou à du pain bien cuit et bien ramolli. On ne passera que lentement et avec circonspection aux substances plus solides ou plus nutritives, en se tenant prêt à rétrograder dans le cas où elles seraient mal accueillies par l’estomac. Ordinairement on se trouve bien de multiplier les prises alimentaires en prenant peu chaque fois. La dose se réglera surtout d’après ces deux bases capitales : l’appétit et l’état des digestions. On augmentera ou l’on diminuera, en évitant toujours la satiété. Nous n’avons sans doute pas besoin de proscrire les assaisonnements et les boissons échauffantes qui seraient dans un complet désaccord avec l’indication principale, qui est d’humecter et d’adoucir pour résoudre l’inflammation. Il es.t une période où des aliments stimulants, des boissons toniques peuvent convenir pour confirmer la guérison et hâter le retour des forces ; mais ce moment opportun est difficile à saisir , et il vaut mieux attendre que de trop se hâter.

Les bains tièdes sont salutaires dans la gastrite chronique ; seulement, comme ils sont débilitants, on en mesurera la fréquence et la durée sur l’état des forces. Celles-ci méritent d’être encore plus attentivement considérées avant de recourir à des applications réitérées de sangsues à l’épigastre , à l’anus , à des saignées locales, dont on a d’ailleurs retiré de bons effets. Si la constipation existe , on aura recours aux lavements.

La gymnastique , favorable dans un grand nombre d’anciennes alfections , ne produit pas le même bien dans la gastrite chronique. L’exercice sera

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mesuré , la fatigue serait nuisible ; et pourtant ces malades ont besoin de distractions, car ils sont enclins au découragement, à l’ennui, à la tristesse ; mais il ne conviendrait pas de les soumettre aux exercices assidus et même un peu fatigants qui produisent de si bons résultats dans l’hypochondrie et d’autres affections nerveuses.

On est impressionnable par les températures dans la gastrite chronique. On recherchera donc une habitation sèche et tempérée; les vêtements seront mis en rapport avec la saison et les intempéries, et de plus on aura soin qu’ils n’exercent point de compression sur la région épigastrique. Les usages et à plus forte raison les abus vénériens sont suspects ou dangereux dans la gastrite chronique. Lorsqu’elle subit des redoublements, on lui oppose le traitement plus sévère de la gastrite aiguë. A. Lagasquie.

gastkqcès,e ( chir .), s. f., hernie formée par l’estomac à travers la ligne blanche, près l’appendice xiphoïde.

GASTKOMÉSIÏEKTS (anat.), s. m. pl. C’est un nom donné aux muscles jumeaux. (Voy. Jumeaux.)

gastro-colique ( anat .) , adj. , qui appartient à l’estomac et au côlon. Il existe une veine et une partie de l’épiploon qui ont reçu ce nom.

gastro-duodénite ( méd .) , s. f. On donne ce nom à l’inflammation simultanée de l’estomac et du duodénum. (Voy. Gastro-Entérite.)

gastrodynie ( méd .), s. f. On désigne ainsi une douleur que l’on croit de nature rhumatismale, et qui fixe son siège sur l’estomac. La gastrodynie diffère de la gastralgie ou cardialgie, en ce que ces dernières douleurs sont ordinairement nerveuses et succèdent souvent à l’inflammation de l’estomac.

gastro-entérite ( path .), s. f., ( gastro-enteritis ), inflammation de l’estomac et d’une autre portion des intestins. Cette maladie, qui n’est bien connue que depuis les travaux de M. Broussais, est trèsfréquente; mais le plus souvent elle n’est qu’un phénomène consécutif à une affection plus générale et qui doit appeler presque seule l’attention du médecin ; ces gastro-entérites sont dites alors symptomatiques. Une des grandes erreurs des partisans de la méthode physiologique a été de la considérer comme la maladie principale. Il est résulté de là, que la plupart des affections générales n’ont été à leurs yeux que des gastro-entérites; ainsi, les exanthèmes contagieux, la dothinentérite, le choléra, les fièvres intermittentes , etc., n’étaient, suivant eux, qu’une inflammation spéciale de l’estomac et d’une ou plusieurs parties des autres portions du tube digestif. Ces idées n’ont plus cours aujourd’hui dans la science, et dans ces affections, la gastro-entérite n’est réellement qu’une complication sans constituer l’essence du mal.

Il existe pourtant des gastro-entérites essentielles qui diffèrent de celles qui se manifestent à la suite d’une affection générale , par l’action de leur cause qui agit principalement sur l’intestin malade. Les causes de cette affection sont alors l’ingestion de poisons et de substances irritantes , l’abus des boissons alcooliques , l’usage de liquides

glacés lorsque le corps est en sueur , une mauvaise nourriture, etc.; la maladie peut être dès le début aiguë ou chronique , ou passer du premier état au second.

1° Gastro-entérite aigue. Après l’ingestion d’un poison violent, on observe en général les phénomènes suivants : vomissements répétés , soif intense, langue aride , rouge, peau brûlante, douleur dans l’épigastre et dans l’abdomen; le ventre est tendu, ballonné, il existe des coliques très-vives et des efforts fréquents et souvent infructueux pour aller à la selle ; le pouls est petit et concentré ; ce symptôme est assez constant dans les inflammations intestinales ; on lui a même donné le nom de pouls abdominal ; portée à un haut degré, la maladie s’accompagne de crampes dans les extrémités, et d’une altération toute particulière dans les traits delà face. Quand la mort survient, ces symptômes "s’exaspèrent, les urines se suppriment, la peau devient froide, le pouls insensible, et le malade succombe dans un état complet d’adynamie.

Quand la gastro-entérite aiguë n’est pas la suite d’un empoisonnement, les phénomènes sont les mêmes , mais en général , moins intenses ; un frisson et un malaise particulier annoncent le début de la maladie, qui peut se terminer après une ou plusieurs semaines.

2° Gastro-entérite chronique. Cette variété s’observe surtout chez les buveurs et les personnes qui ont fait des excès d’alimentation. L’irritation alors procède par degrés et ne s’établit que peu à peu ; il existe à peine de la fièvre, ou celle-ci ne se montre que le soir ; l’appétit est en général diminué , mais quelquefois il est augmenté ; les digestions sont toujours laborieuses, etle creux de l’estomac douloureux à la pression ; la rougeur de la langue et la soif s’observent constamment. A ces symptômes gastriques se joignent des Goliques assez fréquentes, et du dévoiement alternant avec la constipation ; le ventre est souvent distendu par du gaz ; le malade se plaint d’un malaise général qui réagit sur l’ensemble de l’économie et détermine bientôt un amaigrissement général ; la durée de l’affection est ordinairement longue et indéterminée ; elle peut amener la mort par l’épuisement des forces : quelquefois, il survient, sous l’influence d’une indigestion ou d’un excès quelconque , une gastroentérite aiguë qui emporte le malade; dans certains cas, on a vu l’intestin être perforé par une ulcération ; la mort dans ce cas suit alors promptement la péritonite qui est le résultat de l’épanchement des matières de l’intestin dans la cavité abdominale.

La gastro-entérite est donc en général une affection grave, quoique assez souvent elle se termine par le retour à la santé. Elle réclame un traitement antiphlogistique énergique. Les sangsues appliquées sur la surface du ventre , ou mieux à la marge de l’anus , doivent être préférées à la saignée du bras ; on secondera l’action des émissions sanguines par une diète couvenable, par l’usage de boissons émollientes, telles que l’eau de gomme, les décoctions de guimauve, la limonade légère, etc.; les préparations opiacées conviennent dans un assez grand nombre de cas. Enfin, il sera toujours utile de recourir aux cataplasmes émoi-

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