‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 253 sur 316 · G ES · texte numérisé non relu

G ES

deur et la saveur du gérofle à un faible degré , et est mangé comme dessert lorsqu’il a été confit dans le sucre.

M M. Bonastre et Lodibert ont découvert dans ces derniers temps , une substance blanche et cristalline dans les clous de gérofle des Moluques et de Bourbon à laquelle ils ont donné le nom de caryophilline ; ils ne l’ont pas rencontrée dans ceux de Cayenne; cette substance, qui est peu soluble dans l’alcool , est jusqu’à ce jour sans usage.

gesta ( hyg .), s. f. Mot latin qui désigne la partie de l’hygiène qui traite des actes sopmis à la volonté, tels que le sommeil, la veille, le mouvement, le repos. C’est une des divisions admises par Hallé. (V. Hygiène, et les divers mots que nous avons indiqués )

gestation ( physiol .), s. f. C’est le mot par lequel on désigne scientifiquement la grossesse. (V. ce mot.)

gibbosité [pat h.) s. f. [gibbositas , en grec kuphosis ), bosse, déviation de la taille ; on désigne ainsi une saillie anormale formée par la courbure de l’épine du dos ou colonne vertébrale. Cette maladie , qui s’observe fréquemment , comme on le sait , n’est pas nouvelle , ainsi que l’ont prétendu quelques auteurs. Il en est question dans les écrits d’Hippocrate, ainsi que dans ceux de plusieurs anciens écrivains .

La colonne vertébrale, ou épine du dos, est une tige osseuse formée parla réunion de plusieurs os nommés vertèbres. Ces os sont superposés les uns au-dessus des autres; ils sont en outre séparés entre eux par une petite couche d’un cartilage élastique, qui permet à la colonne de se fléchir un peu dans divers sens. Chaque vertèbre présente en arrière une saillie (apophyse épineuse); et l’ensemble de ces saillies forme cette série de petites éminences, que tout le monde a pu observer au dos et aux reins chez les personnes maigres. (Voy. Colonne vertébrale.) Des muscles nombreux égaux en force et placés de chaque côté de la colonne tendent à la maintenir dans la rectitude normale. Mais si, par une cause quelconque, soit un ramollissement, ou la destruction d’une partie de vertèbre, soit une faiblesse dans les muscles d’un côté du corps, etc., l’équilibre vient à être rompu dans les forces qui agissent sur les divers points de la colonne celle-ci tendra à s’infléchir ; et une fois infléchie, elle éprouvera des modifications dans sa structure anatomique qui rendront désormais le redressement de plus en plus difficile.

Les causes qui produisent les gibbosités sont assez nombreuses ; ce sont surtout le rachitisme, un état particulier de faiblesse des muscles d’un des côtés du corps, dépendant d’attitude vicieuse, ou de la présence de tumeurs, etc. Anciennement, on regardait toutes les gibbosités comme un effet du rachitisme ; c’est une erreur dont on est revenu aujourd’hui., et la plupart des jeunes filles chez lesquelles on observe des déviations de la taille sont loin d’être rachitiques.

La colonne vertébrale peut se courber en diffé-

GIB

rents sens , ce qui permet de distinguer plusieurs espèces de gibbosités.

Le plus ordinairement, la courbure a lieu en arrière et par côté ; c’est ce que les auteurs ont nomméla scoliose ; d’autres fois, la saillie a lieu directement en arrière ( cyphose des auteurs) ; enfin, plus rarement le côté convexe de la courbure regarde en avant. [Lordose des auteurs.)

1° Courbure de la colonne en arrière et par côté ( scoliose. ) Elle est la plus fréquente de toutes , comme nous devons le dire , et offre une foule de degrés depuis une légère inflexion de la taille jusqu’à cette saillie arrondie, volumineuse, que les bossus ne peuvent plus dissimuler ni par des attitudes ni par des vêtements. Cette affection s’observe plus souvent chez les femmes que chez les individus du sexe masculin. La déviation de la partie dorsale de la colonne a lieu aussi plus fréquemment du côté droit que du côté gauche, et dans le rapport environ de 7 à l; l’épaule droite se trouve alors plus élevée que la gauche. On a attribué cette prédominence de la gibbosité à droite à la faible courbure que présente naturellement de ce côté la colonne vertébrale et au plus fréquent usage que l’on fait de la main droite pour agir et soulever des fardeaux.

Lorsque la déviation de la colonne est due au rachitisme, c’est-à-dire à une affection générale qui a pour effet de ramollir et de déformer les os, le mal se montre de très-bonne heure, et dès les premières années delà vie. Mais il est extrêmement rare alors que la déformation se borne seulement à la colonne vertébrale, presque constamment les membres inférieurs et le bassin y participent; les os de ces régions se courbent et deviennent difformes. Dans les deux tiers environ des cas, les courbures de la colonne sont dues à des causes autres que lerachitisme; cette remarque est importante, puisqu’elle prouve qu’en général les jeunes filles affectées de déviations de l’épine, pourvu qu’il n’y ait pas déformation des membres, peuvent se marier sans craindre d’avoir des couches pénibles par suite d’un vice de conformation du bassin . L’examen d’un grand nombre de squelettes de bossus a prouvé en effet que tant que les os des membres n’étaient pas déformés, le bassin conservait son amplitude ordinaire. Les causes débilitantes qui peuvent, dans ces divers cas, produire la gibbosité sont : un tempérament lymphatique, l’influence héréditaire des parents; il n’est pas rare , en effet, de voir se perpétuer des générations de bossus; une croissance trop rapide, une mauvaise nourriture, le lait vicié d’une nourrice, une longue convalescence, la masturbation , l’habitation d’un lieu humide et malsain , une inaction prolongée, etc. Ainsi affaibli, l’enfant pourra éprouver une déviation de la colonne sous l’influence des moindres causes qui le porteront à s’infléchir d’un côté plutôt que de l’autre; cet effet sera déterminé par l’action de porter un panier ou un fardeau avec le même bras, par les altitudes que prennent naturellement les jeunes personnes qui écrivent, dessinent, ou se servent de certains instruments, tels que la harpe. On peut encore ajouter à ces causes efficientes, la claudication par suite d’accidents, la paralysie

GIB

GIB

d’un des membres, une pleurésie ou un rhumatisme sur un des côtés du tronc, ou même la simple station, debout ou assise, long-temps prolongée ; cette attitude finit par déterminer l’inclinaison du tronc d’abord en ayant, puis sur l’un ou l’autre côté par suite de fatigue des muscles extenseurs. Une fois établies, les courbures tendent à s’augmenter , favorisées de plus en plus par l’action vicieuse de la pesanteur. Ce n’est guère que vers l’âge de cinq à quinze ans que ces déviations, par causes débilitantes, commencent à se développer.

Considérées sous le rapport anatomique, les colonnes déviées présentent en général une courbure principale à convexité, regardant en arrière et le plus souvent à droite. Au-dessus et au-dessous on observe une autre courbure secondaire, plus faible, et dirigée toujours en sens inverse de la courbure principale; le milieu de cette dernière correspond le plus souvent à la huitième ou à la neuvième vertèbre dorsale. Les courbures secondaires ont alors leur centre, la supérieure à la deuxième ou troisième vertèbre dorsale , l’inférieure à la deuxième ou troisième lombaire.

La série des apophyses épineuses qui forme cette rangée d’éminences, que l’on observe le long du dos, participe aussi àladéviation, mais bien moins que le corps des vertèbres , en sorte qu’une courbure observée dans cette rangée de saillies suppose toujours une inflexion beaucoup plus forte dans la colonne. La hauteur du corps des vertèbres et celle des cartilages est diminuée latéralement du côté de la concavité. Ces vertèbres sont quelquefois soudées entre elles ; elles ont éprouvé en même temps un mouvement de rotation trèssingulier souvent de plus d’un quart de cercle ; ce mouvement de rotation a toujours lieu du côté de la convexité.

Lorsque la courbure principale a son siège, comme cela arrive le plus ordinairement, dans la région dorsale, les côtes et par suite la poitrine participent constamment à la déformation en arrière. Il existe alors un aplatissement des côtes, du côté opposé à la gibbosité ; du côté de la courbure au contraire les côtes sont plus arrondies et forment une saillie souvent excessive qui constitue la bosse proprement dite. En avant de la poitrine, les côtes sont plus aplaties du côté de la gibbosité et plus courbées, plus saillantes au contraire du côté opposé. Il suit de là que les personnes bossues à droite et en arrière le sont aussi, mais d une manière moins prononcée, en avant et à gauche.

Les individus affectés de gibbosité ont, comme on a pu le remarquer, un faciès particulier; leur figure est plus allongée et a une étendue transversale moindre que celle des autres personnes ; les mâchoires sont aussi plus saillantes en avant • leur caractère est plus gai, et la tournure de leur esprit offre souvent une originalité singulière.

Lorsque la courbure dorsale est à droite, les viscères contenus dans la poitrine et dans le ventre n’éprouvent que peu de gêne; le cœur et le foie sont en effet logés alors dans les concavités des courbures. Les bossus de cette manière

souvent se portent très-bien , et la guérison de leur maladie n’est pour ainsi dire qu’une affaire de coquetterie; mais il n’en est plus de même lorsque la colonne s’est déviée à gauche, le cœur est alors plus ou moins comprimé ; de là résultent divers troubles dans la circulation et dans la respiration ; aussi, les personnes affectées de ce genre de déviation ont-elles rarement une longue existence. A l’intérieur, l’aorte, la veine azygos et la veine-cave inférieure suivent constamment toutes les directions des courbures; mais la trachée et l’œsophage sont dirigés comme à l’ordinaire.

Les lésions anatomiques que nous venons de décrire sont celles que l’on observe chez les personnes décidément bossues , et à l’infirmité desquelles il est en général difficile de remédier; mais ces déformations n’ont pas lieu brusquement; et il importe surtout de connaître les débuts du mal , puisqu’il est d’autant plus facile à guérir qu’on le combat plus promptement. On peut distinguer dans la marche de l’affection trois périodes.

Dans la première période, les altérations sont peu marquées , et échappent souvent à l’œil attentif des mères. La série des apophyses épineuses est alors déviée d’une manière à peine sensible ; la partie supérieure du tronc est encore d’aplomb sur la partie inférieure. Mais, en examinant attentivement le dos et les reins de l’enfant, on s’aperçoit que l’épaule droite est un peu plus élevée et un peu plus saillante en arrière que la gauche. Il existe au-dessus de la hanche un creux un peu plus prononcé à droite qu’à gauche; une disposition inverse s’observe au contraire à la poitrine et au-dessous des aisselles. Mais un autre signe, plus évident et plus caractéristique est l’existence à la partie supérieure du dos, entre l’épaule droite et l’épine, d’une saillie musculaire arrondie, qu’on ne retrouve pas du côté gauche correspondant. Cette saillie est formée par le soulèvement des muscles repoussés en arrière par le mouvement de rotation des vertèbres. (Yoy. plus haut.) En examinant les reins, on y trouvera une saillie semblable, mais moins prononcée et existant seulement du côté gauche. L’art peut, en général, facilement remédier à ce premier degré de déformation.

Dans la seconde période , les signes indiqués plus haut existent, mais bien mieux caractérisés. La série des apophyses épineuses forment un S sensible , dont la partie supérieure correspondrait au dos et la partie inférieure aux reins; le tronc s’incline légèrement à droite, quelquefois à gauche ; au-dessus de l’une des hanches , surtout de la gauche , il existe un enfoncement qui fait ressortir cette hanche plus que l’autre. Dans le monde, les personnes affectées de cette déviation sont dites contrefaites. Cette difformité peut être encore guérie par les secours de l’art, mais elle exige un traitement orthopédique suivi. Quelquefois aussi la déformation s’arrête d’elle-même à cette période et cesse de faire des progrès ; cela arrive surtout lorsque le sujet affecté a dépassé l’âge de la puberté.

Enfin, dans une troisième période, toutes les altérations que nous avons signalées au commencement de cet article ont eu lieu ; il existe au dos.

GIB

GIB

et le plus souvent à droite, une éminence plus ou moins prononcée, à laquelle correspond sur la poitrine, du côté opposé , une autre saillie moins forte. Les diverses altérations cessent de pouvoir être dissimulées par des attitudes et des vêtements ; l’individu est décidément lossu. Néanmoins, quand le malade est jeune et que les altérations ne sont ni anciennes , ni portées à un haut degré , on peut encore espérer, par les secours de l’orthopédie, de diminuer la déformation et de l’empêcher de faire des progrès.

Traitement. Les indications à remplir pour le traitement des courbures latérales de la colonne sont : l« de remédier aux causes du mal; 2° de placer les parties déviées dans des conditions physiques propres à les redresser.

En remontant à l’origine de la déformation , on combattra le rachitisme, s’il existe, par les moyens propres à guérir cette maladie. (Yoy .Rachitisme.) On remédiera à la faiblesse générale par des soins hygiéniques bien ordonnés : une bonne nourriture, l’exercice, des vêtements chauds , l’habitation de lieux sains, etc., sont indiqués. Les lits sur lesquels couchent les enfants ne doivent pas être trop mous; les matelas seront un peu durs, en laine repiqués et sans oreillers élevés. Suivant les circonstances, les bains froids , l’administration des toniques et des excitants, tels que le quinquina, les ferrugineux , la gentiane , le vin , les eaux minérales, deviennent utiles. La gymnastique, qui entre pour une bonne part dans le traitement des déviations de la colonne, agit à la fois comme fortifiant de l’ensemble de l’économie et comme moyen curatif. On devra aussi s’enquérir avec soin, pour y remédier, des circonstances particulières , telles que attitudes , action de porter des fardeaux , etc. , qui ont pu avoir de l’influence sur la déformation. Quelques personnes ont encore conseillé d’exercer également les deux mains des enfants.

Les causes du mal étant éloignées , il reste à changer les causes physiques qui maintiennent la colonne dans son état anormal. Dans la première période de la maladie , on devra surveiller attentivement les attitudes vicieuses que prennent les Jeunes sujets , et exiger qu’ils se tiennent droits ; les sièges et les tables sur lesquels ils écrivent ne devront pas être trop bas. Les lits seront un peu durs et formés par un ou deux matelas de laine piqués; leur direction sera légèrement inclinée, en sorte que la tête , qui ne reposera pas sur un oreiller, soit un peu plus élevée que les pieds , et que la totalité du corps soit à peu près sur un même plan. La jeune fille devra porter un de ces corsets à tuteurs qui se trouvent maintenant chez les principaux bandagisles de la capitale. Dans ces corsets, la colonne est soutenue par des tiges plates en baleines ou en acier, qui, prenant un point d’appui en bas sur les os des hanches, embrassent en haut les aisselles , et tendent ainsi à redresser 1 épine. Parmi les divers exercices gymnastiques conseillés, le plus simple consiste à avoir une écheDe inclinée et appuyée contre un mur, à faire ü abord suspendre le malade par les mains à un des échelons, puis à exiger qu'il grimpe d’échelon

en échelon par la seule force des muscles du bras. Cet exercice, qui doit se répéter plusieurs fois dans la journée, a pour avantage de fortifier les muscles de Eépaule et de tendre à redresser la colonne par l’action de la pesanteur du corps. On a aussi conseillé de faire jouer au volant, ou tourner une manivelle avec la main gauche, afin de redresser l’épaule de ce côté. Il est bon de mesurer avec un lien inextensible l’étendue des saülies anormales, en s’arrêtant pour les extrémités du lien à des points fixes et faciles à retrouver, tels que ceux que présentent les os. On pourra s’assurer par là du progrès du mal ou de la guérison. Dans les grands établissements orthopédiques, 'on a toujours soin de faire mouler en plâtre le dos des malades avant de commencer le traitement.

Durant la seconde période de la maladie, les mêmes moyens doivent être employés, mais avec plus de persévérance. On y joindra, suivant les circonstances, le repos au lit, le malade étant couché sur le dos, pendant un temps plus ou moins long ( de deux à six heures par jour). On a beaucoup varié la construction des lits orthopédiques. Un des plus simples consiste en un cadre, supportant, au moyen de sangles, un matelas ou un sommier de crin plus bombé et plus élevé à la tête qu’au pied , suivant une inclinaison qu’on varie à volonté. On peut rendre le cadre mobile sur un axe transversal, en sorte que le lit s’incline plus ou moins , suivant la fatigue éprouvée ; il peut même être tellement disposé que le malade puisse s’y bercer par un mouvement oscillatoire. Le plus souvent, on y adapte divers appareils destinés à exercer une légère extension. On peut se borner à maintenir la tête par un collier placé autour de la base du crâne , ou à fixer le corps en haut par des liens placés sous l’aisselle et attachés au sommet du lit. En disposant alors celui-ci suivant un plan incliné , le corps tend à glisser par son poids ; mais, comme il est retenu par les liens, il exerce sur la colonne des tractions qui ont pour effet d’effacer les courbures.

Un des autres moyens employés avec succès contre les déviations de l’épine consiste à prescrire au malade de marcher avec des béquilles; et, lorsqu’il est assis, à lui faire soutenir le haut du corps par des espèces de tuteurs fixés aux sièges et qui embrassent les aisselles. Ces tuteurs sont construits de telle sorte, qu’on peut les allonger ouïes raccourcir à volonté. Il est facile de voir qu’alors le corps , étant suspendu , tend par son poids à allonger et à redresser la colonne.

Dans cette seconde période de la maladie, ainsi que dans la troisième, on emploie encore plusieurs autres machines, telles que la minerve, Y appareil sigmoïde de M. Guérin , etc. , soit pour faire l’ex tension, soit pour les exercices gymnastiques; mais il nous serait impossible d’en donner la description, sans être longue ou obscure. Cette description serait d’ailleurs sans utilité. Ces moyens exigent pour leur emploi des connaissances spéciales , qu’on ne rencontre guère que chez les médecins qui ont fait une étude particulière de l’orthopédie; c’est donc à leurs établissements qu’il faut s’adresser.

Page 1