‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 266 sur 316 · GUE · texte numérisé non relu

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en attirant !es fluides vers les parties inférieures, sans pouvoir comme on l’a dit communément causer un accouchement prématuré, dérangent le travail qui se fait pour la nutrition du foetus , et doivent à cause de cela être proscrits , ou du moins réservés pour les cas d’utilité bien constatée ou même être remplacées par des manuluves.

5° Parmi les soins hygiéniques propres à la grossesse, beaucoup sont indiqués par cet état lui-même; s’il est de précepte de tenir le ventre libre, et de ne pas laisser les urines séjourner trop long-temps dans la vessie , la nécessité s’en fait sentir assez pour qu’on lui obéisse; quand il y a constipation on doit la combattre parles lavements et le régime, et même par les purgatifs légers dont on a autrefois trop généralement proscrit l’usage, et qui sont évidemment avantageux surtout dans le cas d’un embarras intestinal, à l’influence duquel il ne faut pas laisser les femmes exposées dans le moment de leurs couches.

6° Quelques médecins ont conseillé de frictionner fréquemment le bas-ventre avec des préparations huileuses, dans l’intention, disent-ils, de favoriser le relâchement des tissus, et leur retrait après l’accouchement de manière à ce qu’il ne s’y forme pas de pli ; ce moyen, s’il n’est pas très-efficace, a du moins l’avanlage de ne pouvoir être nuisible. Ii n’en est pas de même des cosmétiques qui suspendent les fonctions de la peau en s’opposant à la transpiration ; les femmes enceintes doivent se les interdire sous peine d’accidents fâcheux. Souvent il survient de la leucorrhée pendant la grossesse ; cet écoulement se dissipe de lui-même dans le plus grand nombre des cas; s’il arrivait qu’il devînt assez abondant pour altérer la constitution delà mère et par suite celle de l’enfant, on le combattrait par les moyens en usage contre cette maladie.

7° Aucun exercice violent, tels que le saut, les courses forcées, la danse et l’équitation, ne saurait convenir aux femmes enceintes, et surtout à celles qui sont avancées dans leur grossesse ; si elles s’écoutaient bien, elles sentiraient que la fatigue qu’elles en éprouvent les en éloigne naturellement; on conseille au contraire un mouvement modéré surtout la promenade à pied, comme propre par les secousses qu’elle imprime à la matrice, à la maintenir dans un degré suffisant d'énergie, et parce qu’aussi les tractions qui s’exercent alors sur les ligaments du bassin favorisent leur relâchement, phénomène qui est, ainsi qu’on le sait, un des utiles précurseurs de l’accouchement. Il ne faut pas , malgré l’assertion d’Aristote , ajouter foi à celte croyance populaire que vers le septième mois, le fœtus étant sujet à changer de position par unebrusque culbute, un repos absolu devienne alors indispensable; plus, au contraire, en supposant toujours les meilleures conditions de constitution , de tempérament et de santé, plus, dis-je, le moment de la délivrance est proche, plus il importe de surmonter la tendance à l’inaction; autrement le système des nerfs ou des lymphatiques prend le dessus, par suite de l’affaiblissement musculaire , et l’on voit au moment des couches survenir de graves accidents nerveux ou bien l’organisme entier rester dans une inertie fâcheuse.

Au reste, en résumé de foules les règles hygiéniques précédemment indiquées , on peut dire que pour la bonne conduite de la vie dans tous ses actes et toutes ses fonctions, il importe pendant la grossesseplusqu’en toutaulre temps de s’en teniràcette maxime générale, que l’usage modéré est bon , et que l’abus seul est nuisible. Caffe,

Docteur en médecine, chef de clinique des hôpitaux.

gruau (mcit.méd.), s.m.On donne ce nom à l'avoine dépouillée de son enveloppe. (Voy. Avoine.) La fleur de la farine de froment est aussi désignée sous ce nom, et c’est par celte raison que, pour désigner le pain fait avec la plus belle farine, on dit du pain de gruau.

guaco (mat. méd.), s. m. On désigne dans l’Amérique méridionale, sous le nom vulgaire de guaco ou huaco, plusieurs plantes d’espèces différentes, qui toutes sont regardées comme des antidotes certains contre la morsure des animaux venimeux; les Péruviens appellent guaco, une plante qui paraît voisine du genre smilax, dans lequel est rangée la salsepareille. Sur le bord du fleuve de la Madeleine et dans le Mexique méridional , la plante que l’on désigne sous le nom de guaco est le Mikania Guaco de Humboldt, qui appartient à la famille des Synanthérées , et que Méral et De ens désignent sous le nomd ' Eupatorimn Guaco, c’est une espèce volubile à feuilles en forme de cœur, d’une odeur forte et désagréable. Aux environs de Santa-Fé de Bogota, la plante qui a reçu le nom de guaco est le Spilianthesciliata de Km; th, également de la famille des Synanthérées et du même genre que le cresson de Para (Spilianthes oleraceus); ce fut même ce guaco qui fut employé par Mutis dans les expériences sur la morsure des serpents venimeux. Ce voyageur paraît attacher un grand degré de certitude aux propriétés de cette plante; il fit même, dit-il, mordre un peintre qui l’accompagnait par un serpent regardé comme venimeux, et il n’éprouva aucun accident , grâce à l'action préservatrice du guaco. Tous les naturels et les habitants de l’Amérique méridionale ont une grande confiance dans les vertus de cette plante, et, dans leurs voyages, ils en portent toujours avec eux. Pour administrer le guaco, on pile la plante et on exprime le suc que l’on fait boire, tandis que l’on applique le résidu sur la partie mordue ; lorsque l’on ne possède pas de plantes fraîches, on fait une forte infusion de la plante sèche et on la boit très-chaude. Ce remède , disent les voyageurs , réussit constamment; mais on a une confiance bien plus grande dans le guaco frais, qu’à l'état sec. On lui attribue même la propriété d'éloigner les serpents par sa seule odeur. Le guaco a été préconisé contre le choléra, mais les essais ne paraissent pas avoir été avantageux ; il faut même se défier des nombreuses propriétés qu’on lui attribue , car chez les Américains du sud et surtout chez les naturels, il passe pour une panacée presque universelle. J. B.

guêpe (hist. nat.), s. f., genre d’insecte hyménoptère voisin des abeilles; elles sont munies d’un aiguillon qui verse dans les plaies qu’il fait un liquide très-irritant. (Voy., pour les soins à prendre, le mot Abeilles.)

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guérison (path.), s. m ., sanatio; c’est le recouvrement de la santé. Yoy. Cure.

gui (bot.), s. f., viscum album, gui de chêne; c’est une plante parasite de la famille des caprifoliées, qui tire son nom de la viscosité du suc de ses fruits. Le mot usuel vient du gaulois gwid qui veut dire arbuste ; cette plante était, comme on le sait, en grande vénération chez les Gaulois, et elle avait un caractère symbolique et sacré dans la religion druidique. Les prêtres cueillaient le gui une fois l’année dans une fêle solennelle, et c'était seulement vêtu de blanc et avec une serpette d’or que l’on pouvait accomplir la cérémonie. Le gui croit sur un grand nombre d’arbres et spécialement sur le pommier, le poirier, l’amandier, le hêtre, le noyer, le frêne, l’orme ,1e tilleul, etc.; mais ce qui est remarquable , c’est qu’on ne le trouve que rarement sur le chêne, ce qui peut paraître extraordinaire à cause de son nom. Cette rareté est peut-être cause que le gui de chêne était en si grande vénération, et que l’on attribuait sans doute à. cette espèce une propriété extraordinaire et mystérieuse. Le gui est vivace et rangé parmi les sous-arbrisseaux ; il a environ deux pieds de haut ; il ne pousse généralement que sur les arbres déjà vieux ou malades: il insinue ses racines entré les fissures de l’écorce dont il tire les sucs; il pousse dans toutes les directions sans se redresser vers le ciel, comme le font presque toutes les plantes. Sa tige est rameuse et ligneuse; ses feuilles sont petites , presque ovales, épaisses et dures ; ses fleurs sont petites et verdâtres; les fruits sont des baies monospermes blanches , douceâtres, un peu plus grosses que les groseilles blanches et réunies par trois ; elles mûrissent en automne et souvent en hiver malgré le froid le plus vif. On prépare avec l’écorce de cette plante une glu que l’on dit moins bonne que celle du houx; les fruits que l’on croit être propres à celle préparation ne contiennent pas, d’après les reche-ches de Macaires , cette substance, que Pline dit y exister abondamment.

En médecine , le gui est employé comme antispasmodique; il est nauséeux , un peu âcre; il est regardé comme très-actif et il peut déterminer des vomissements et des purgations. Comme antispasmodique . le gui a été employé pendant long temps contre l’épilepsie ; on lui croyait une vertu spéciale contre celle maladie; on le donnait à la dose de six gros en décoction et en poudre à la dose de quarante-huit grains et même à deux et trois gros par jour; on a employé aussi cette plante dans un assez grand nombre de maladies , telles que la paralysie, l’hystérie , l’apoplexie, la goutte, la diarrhée; mais dans ces derniers temps, on en a fait usage avec beaucoup d avantage contre la coqueluche, et M le docteur Blache a publié des observations à ce sujet qui permettent de croire à son efficacité. Voy. dans ce dictionnaire le mot Coqueluche. J. -P. Baude.

guimauve (bot. et mat. mécl.), s. f., althæa officinalis. C’est une plante vivace delà famille des mal- 1 vacées , Monadelphie polyandrie; la racine est fusiforme, charnue, blanche, donnant naissance à

une tige simple, tomenteuseet de un à deux pieds d’élévation; les feuilles sont al ternes, pétiolées, arrondies et dentelées ; les fleurs sont d’un rose pâle ; elles ont la même forme que celles de la mauve, et elles n’en diffèrent que par le calice qui présente un plus grand nombre de divisions que dans la mauve, qui n’en a que trois.

Cette plante croit dans les lieux humides et spontanément dans les contrées du sud-ouest de la France; elle est cultivée pour l’usage médicinal dans presque toute l’Europe. Toutes les parties de la plante possèdent des proportions notables de mucilage, les feuilles sont employées comme espèces émollientes pour préparer des bains, des fomentations et des cataplasmes émollients. La racine , d’après les recherches des chimistes, contient de la gomme, de l’amidon , une matière colorante jaune, del’albumine, de l’asparagine et du sucre crislallisable. On prépare avec la racine de guimauve plusieurs sortes de médicaments ; sèche et en morceaux, elle est souvent donnée aux petits enfants pour qu’ils la mâchent afin de s’attendrir les gencives et défavoriser ainsi la sortie des dents; en poudre, elle entre dans la composition des pilules et de diverses poudres destinées à préparer des tisanes exlemporanémenl. Lorsqu’on l’emploie pour préparer des tisanes, il convient d’avoir de la racine fraîche, de lui enlever son écorce et de la diviser très-menue ; on met la racine ainsi divisée dans l’eau froide et on la laisse macérer pendant quelques heures ; ce procédé est préférable à la décoction qui donne une eau très-épaisse, ce qui est dû à la fécule que contient la racine; la décoction de guimauve est préparée pour l’usage extérieur. Le sirop de guimauve, qui est adoucissant , se prépare de la manière suivante : on fait macérer pendant douze heures dans un litre et demi d’eau froide quatre onces de racine de guimauve incisée; on passe sans expression, etl’on mêle à huit livres de sirop de sucre bouillant et même un peu concentré ; on cuit en consistance ordinaire. Ce mode de préparation est préférable à la décoction prescrite par le codex.

On prépare la pâle de guimanve avec : gomme arabique blanche, unelivre; sucre blanc, une livre; eau de fleur d’oranger, deux onces; blanc d’œufs, six ; on nettoie la gomme avec un canif; on la concasse et on la passe au tamis de crin ; on la met dans une bassine plate avec son poids d’eau corrfmune et on la fait dissoudre-û la chaleur du bainmarie ; on ajoute alors le sucre et l’on achève l’évaporation au bain-marie jusqu’à consistance de miel épais; on ajoute par portion les blancs d’œufs battus en neige avec l’eau de fleurs d’oranger, et l’on achève de cuire en agitant vivement jusqu’à ce que la pâte , prise avec une cuiller ou une spatule et frappée sur le dos de la main , n’y adhère pas ; on coule alors sur une table ou dans des moules qu’il faut avoir soiu de saupoudrer d’amidon pour que la pâte n’y adhère pas. On remarquera qu’il n’entre pas de racine de guimauve dans cette préparation; autrefois on mettait deux onces de décoction de racine , qui sans rendre la pâte plus efficace la rendait moins blanche et moins agréable. Les pastilles de guimauve se préparent avec

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delà poudre de guimauve, du sucre et un peu de mucilage dégommé ; on aromatise avec un peu d’eau de fleurs d’oranger. J. P. Baude.

gutte (gomme) {mat. méd .), s. f. On donne ce nom à une gomme résine que l’on retire de plusieurs plantes de la famille des guttifères et spécialement du Stalagmitis cambogioïdes. C’est un arbre de l’Inde et de Siam sur lequel on pratique des incisions, le suc jaune s’écoule par ces ouvertures et se solidifie ensuite. Cette substance, livrée au commerce, est d’un jaune orangé en dedans, plus foncé en dehors ; elle est opaque, légère, sèche, cassante, friable, se brisant avec une cassure vitreuse , d’abord insipide au goût et ensuite laissant une saveur âcre; elle brûle sur les charbons en se boursouflant et répandant une odeur légèrement sulfureuse. Cette substance, qui est un purgatif énergique, iui introduite dans la matière médicale par les Hollandais, qui l’apportèrent de Chine et qui l’administraient dans les bydropisies , à la dose de douze à quinze grains; cette quantité produit des selles abondantes et aqueuses. Culler la prescrivait à la dose de quatre ou cinq grains triturée avec du sucre, et dit en avoir obtenu de très-bons résultats dans l’hydropisie; souvent il répétait celte dose trois ou quatre fois par jour. Comme purgatif, la gomme gutte est administrée à la dose de quatre à huit grains; elle est souvent préférable au jalap et à la scammonée : aux enfants, on en donne de un à deux grains. Ce médicament entre dans la composition des pilules de Bonlius, dans celles d’Helvétius et dans les pilules écossaises.

La gomme gutte est un purgatif violent qu’il ne convient pas d’administrer sans discernement ; des empoisonnements peuvent être la suite de son emploi, soit à trop haute dose, soit dans des circonstances peu favorables. M. Orfila a déterminé la mort de plusieurs chiens en leur administrant la gomme gutte à la dose de deux et quatre gros ; l’estomac et les intestins paraissaient enflammés; mais les principaux désordres avaient eu lieu dans le système nerveux. Les confiseurs emploient quelquefois la gomme gutte pour colorer leur sucrerie ; on conçoit que ce moyen n’est pas sans dangers pour les enfants; aussi les règlements de l’administration défendent-ils sévèrement l’emploi de cette substance. Voy. Bonbons. J. B.

guy [bot,). Voy. Gui .

gymnastique (hyg.),s. f. (du grec gumnos, nu). La gymnastique est, à proprement parler , l’art des exercices du corps ; cependant en médecine on y range la marche , les mouvements simples , la promenade en voiture ou en bateau, etc. Nous renverrons au mot Locomotion tout ce qui se rattache à l’influence des mouvements dans l’état de santé ou de maladie; et au mot orthopédie , l’histoire de tous les moyens dont se compose aujourd’hui la gymnastique presque exclusivement réservée au redressement des difformités. Nous ne parlerons ici que d’une manière générale des exercices violents, tels que la course , le saut, la lutte, etc.

Dans un temps où la force corporelle donnait

une véritable supériorité dans les combats, la gymnastique était cultivée avec ardeur et son nom lui vient de l’habitude où étaient les anciens de se dépouiller de leurs vêlements pour s’y livrer avec plus de facilité. En Grèce , mais surtout à Sparte , les exercices faisaient partie de l’éducation de la jeunesse, et l’on sait quel avantage les Lacédémoniens conservèrent sur les autres états, tant que le luxe et la mollesse leur furent étrangers. On trouve cet usage répandu chez presque tous les peuples du monde, et les voyageurs, Cook en particulier, en ont constaté l’existence jusque parmi les peuplades sauvages de la mer du Sud.

La gymnastique était autrefois divisée en trois sorte : 1° La gymnastique militaire ; c’est la plus ancienne de toutes , les guerriers s’y livraient dans l’intervalle des combats dont elle était l’image : mais c’était surtout dans certaines circonstances importantes, comme les funérailles d'un héros, qu’elle s’entourait d’une véritable solennité. On peut voir dans Homère l’intérêt qui s’attachait à ces sortes de combats , qui , semblables aux tournois du moyen âge, n’étaient pas toujours exempts de dangers. 2° La gymnastique athlétique. Ici l’art apparaît et devient une profession ; les athlètes qui combattaient dans les jeux publics en faisaient leur métier ; nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps pour le moment. 3° La gymnastique médicale. Le savant Millin, appuyé de l’autorité de Platon , fait remonter à Hérodicus, médecin grec un peu antérieur à Hippocrate, l’application des exercices du corps à la conservation ou au rétablissement de la santé ; pendant assez long-temps ces moyens furent, comme tant d’autres, laissés dans l’oubli; mais depuis quelques années on a senti toute leur importance , et le lecteur pourra voir au mot orthopédie les avantages que l’on doit en espérer.

Examinons d’une manière générale les effets de l’exercice sur la constitution de l’homme. On sait , et c’est là une loi de physiologie , que plus un organe est exercé, plus il acquiert de développement ; une conséquence certaine de la gymnastique sera donc de donner ou de rendre aux muscles la force et la souplesse. On comprend en effet que les efforts nécessaires pour exécuter des mouvements vifs et répétés, comme dans la course ou la lutte, doivent faire affluer le sang en plus grande abondance dans le tissu musculaire qui est en action : de là une stimulation plus forte et une nutrition plus active, de là aussi un volume plus considérable et une puissance plus grande. En même temps la circulation est accélérée , et la fréquénce des mouvements respiratoires s’accroît en proportion. La chaleur est aussi sensiblement augmentée, surtout vers la peau où se déclare une transpiration salutaire. La déperdition de forces qui suit un exercice un peu violent aiguise l'appétit et développe singulièrement la puissance digestive de l’estomac. Quant à l’intelligence, elle n’a pas grand profit à retirer de la gymnastique; le seul avantage qu’elle y trouve, c’est une distraction et un délassement à des fatigues d’un autre genre et d’un ordre plus élevé.

Il est clair qne les avantages que nous signalons ici se changeraient en inconvénients , si les exer-

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cices étaient poussés trop loin et continués trop j long-temps sans interruption ; alors la lassitude , deviendrait de l’épuisement, et la stimulation por- ! tée sur les divers organes, dépassant de justes li- j miles, ferait naître une véritable inflammation ; ainsi le jeu des différents appareils , loin d’être rendu plus facile, serait morbidement entravé.

Les athlètes, qui faisaient profession de la gymnastique, étaient, comme le dit Platon , lâches et endormis ; on sait que pour soutenir leurs forces , ils se gorgeaient d’une énorme quantité de viandes; aussi étaient-ils dans un état de pléthore permanente qui nécessitait souvent l’emploi de la saignée. Galien, par rancune peut-être de la mésaventure qui lui était arrivée dans les exercices gymnastiques ( il s’était luxé l’épaule ), a fort maltraité l’art des athlètes. Tout le monde sait que les hommes très-vigoureux ne brillent pas d’ordinaire par la finesse de leur intelligence; et nous ajouterons que l’habitude de la lutte, du pugilat, et des combats simulés , donne aux mœurs cette férocité dont nous trouvons la preuve dans le récit des jeux antiques et du moyen-âge : certes, le combat d’Euryale et d’Epée au vingt-troisième chant de Y Iliade , celui plus célèbre encore d’Entelle et de Darès dans YEnéide ; enfin les fameux tournois de nos chevaliers, étaient plutôt faits pour donner de

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l’occupation aux chirurgiens que pour prévenir les secours de la médecine.

Quelles sont les circonstances dans lesquelles on peut employer la gymnastique? A part l’orthopédie, à laquelle nous avons déjà renvoyé le lecteur, ce sera surtout pour les affections tristes d l’à me, comme l’hypochondrie, et pour triompher <! cette faiblesse qui accompagne d’ordinaire la con valescence des grandes maladies. Les scrofuleux en tirent de grands avantages ; c’est même là un des principaux moyens du traitement hygiénique que réclame leur position. Enfin la gymnastique sera très-utile chez les enfants adonnés à la masturbation , et cela en rétablissant leurs forces épuisées par de coupables manœuvres , en donnant une distraction salutaire à leur imagination ; car, on le sait , ce vice est souvent le résultat du repos et de l’oisiveté. Mais, je le répète, dans tous les cas il faut avoir bien soin d’approprier les exercices aux forces du sujet, et de ne pas les prolonger trop long-temps, enfin suivre toujours une progression systématique en faisant passer d’un exercice modéré à un autre plus actif : on arrivera ainsi aux résultats les plus avantageux.

Beaugrand,

Docteur médecin, ancien interne des Hôpiianr.

; m nrm ~s '

habitation (hy#.), s- f babitatio, hàbitaculum, lieu couvert où l’on se réunit, où l’on demeure.

Que d’idées réveille ce mot habitation, ou plutôt, que de choses se rattachent à cette expression! elle embrasse la société humaine tout entière depuis son enfance, avec son état de barbarie, jusqu’à la civilisation la plus avancée, avec ses sciences, ses beaux-art, scs métiers, ses manufactures et ses animaux domestiques. En effet , le barbare des temps anciens, comme le citoyen d'Athènes et de Rome, a subi l’influence de sa hutte, de sa maison ou de son palais; le paysan, comme l’homme des cités, le riche, comme le pauvre, tous aujourd’hui sont soumis à l’influence de leur habitation, et la plupart des animaux domestiques eux -mêmes ont de tout temps partagé avec leur maître l’avantage et les inconvénients de sa demeure.

Cependant, si l’on considère le haut point de perfection où sont parvenues la plupart des sciences , on a lieu de s’étonner que jusqu’à présent tout, pour ainsi dire, soit resté muet à cet égard. Sans parler des beaux travaux de M. Darcet sur l’assainissement de divers ateliers où l’on dégage des vapeurs nuisibles, et quelques ouvrages bien imparfaits sur l’assainissement des hôpitaux et des prisons , il faut remonter jusqu’à Yitruve pour trouver quelques vues utiles sur la construction des habilalions, considérées sous le rapport de la salubrité, et, ce qu’on aura peine à croire, son célèbre traducteur, Perreau, médecin éclairé, n’a pas fait une seule note sur cette partie intéressante du traité d’architecture.

Dans son ouvrage intitulé des airs, des eaux et des lieux, si célèbre jusqu’à ce jour, Hippocrate parle de certaines localités, sous le rapport du choix qu’on en peut faire pour y construire des habitations; mais ce qu’il en dit est bien laconique. Les habitations considérées en e les-mêmes, c’est-àdire, dans leur mode de construction intérieure, n’ont jamais fixé son attention; sonsilence du moins est complet à cet égard. Vitruve , en répétant ce qu’a dit Hippocrate sur le choix des localités , indique l’exposition que l’on doit préférer pour les diverses parties de l’habitation ; mais quant à sa construction intérieure, à la disposition des différentes pièces dont elle se compose, il ne donne que des règles architecturales; il ne dit rien de l’écou-

lement des eaux ménagères et pluviales, de la disposition des fosses et cabinets d’aisances ; cependant Rome avait de nombreux égouts et des agents spéciaux chargés d’en surveiller la tenue. Ce savant architecte indique des moyens pour introduire de l’air chaud dans les appartements afin de les chauffer pendant l’hiver, et de l’air frais pendant l’été pour les rafraîchir, sans paraître avoir en vue autre chose que d’en modifier la température ; il connaissait aussi la puissance delà vapeur d’eau et s’en servait pour favoriser l’ascension de la fumée; ainsi cette action de la vapeur appliquée au tirage des cheminées, qu’on a prétendu, dans ces derniers temps, nous donner pour une invention moderne, était connue des Romains.

Lorsque Yitruve parle de la construction des villes, il np considère les habitations que sous un point de vue unique, celui de la direction que les rues qu’elles concourent à former doivent avoir par rapport à la rose des vents , et ce qu’il en dit , sous ce rapport, est beaucoup trop absolu pour ne pas comporter un très-grand nombre d’exceptions.

Après Vitruve , il faut arriver jusqu'au grand Die t'onnaire des Sciences médicales pour trouver sur les habitations quelques notions un peu étendues, qui sont dues à notre collègue et collaborateur le docteur Marc.

De tout temps, sans doute, on a préconisé les avantages qu’il y avait à respirer un air toujours pur, mais on n’a jamais eu en vue que l’atmosphère au milieu de laquelle les habitations se trouvent construites, et l’on s’est à peine aperçu que cet air pur, on ne pouvait pas , dans bien des cas , l’introduire dans l’habitation, ou qu’il s’y altérait rapidement sans pouvoir se renouveler d’une manière conve- | nable.

Cependant, les conditions dans lesquelles l’homme peut se trouver relativement à sa demeure, considérées sous le rapport de l’air qu’il respire et de la lumière qui l’éclaire, sont si variées et ont une si puissante influence sur sa santé et la prolongation de son existence, que l’étude de ces conditions nous a paru du plus haut intérêt.

Frappé, presqu’à notre début dans la carrière médicale, de cette influence, qu’une longue pratique aussi variée qu’étendue n’a fait que confirmer, et qui , nous devons le dire, a surtout exercé sa puissance durant le cours des diverses épidémies

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que nous avons été à même d’observer, nous avons été entraîné à rechercher quelles causes et quelles dispositions pouvaient rendre les habitations salubres ou insalubres, et par suite à déterminer les conditions de salubrité qu’elles doivent réunir, et les moyens à employer pour remplir ces conditions. Les recherches que notre position dans le conseil de salubrité, depuis près de vingt-huit ans, nous a mis à même de faire avec le plus grand soin et sur l’échelle la plus étendue, nous ont conduit à réunir en corps de doctrine tout ce que peut comporter l’habitation considérée sous le double rapport de la salubrité publique et privée.

Si nous consultons l’histoire des grandes villes, nous voyons que dans les siècles reculés , aux époques où elles sont formées de rues étroites non pavées , où les maisons d’une mauvaise distribution intérieure, mal aérées, mal ventilées, sont, pour ainsi dire, entassées sans cours , ou avec des cours très-resserrées par des corps de bâtiments élevés de plusieurs étages; où les immondices de toute espèce restent accumulés dans leur voisinage; où les eaux ménagères et pluviales croupissent à la surface du sol , nous voyons , dis-je, que la mortalité y excède constamment les naissances ; que les épidémies s’y succèdent à de courts intervalles, et y exercent presque toujours les plus grands ravages. En suivant les différentes phases par où ces villes ont passé pour arriver jusqu’à l’époque actuelle, et quelle que soit la cause qui a amené une amélioration, soit dans la distribution intérieure et la tenue des maisons, soit dans la largeur des rues et des cours , soit dans la propreté de la voie publique , on voit les épidémies devenir successivement moins fréquentes et moins meurtrières , et la mortalité annuelle perdre peu à peu de l’excès qu’elle présentait d’abord sur les naissances et leur devenir enfin inférieure en nombre.

Si le pauvre dans les villes fournit proportionnellement plus à la mortalité que le riche, ce n’est pas précisément parce qu’il n’a pas une nourriture suffisante et de bonne qualité , puisque, sous ces rapports , il est mieux partagé que la plupart des paysans ; mais c’est surtout parce qu’il habite lés mauvais quartiers , et dans ces quartiers, les mauvaises rues et les mauvaises maisons ; qu’il se loge dans des lieux obscurs , humides , resserrés , malpropres, où il respire un air infect, chargé de miasmes délétères , et ne comprenant pas que l’air qu’il a déjà respiré et qu’il respire encore devient, pour ainsi dire, un poison lent qui le mine chaque jour ; il le retient tant qu’il peut, soit pour se défendre du froid , soit pour éviter ce qu’il appelle les coups d’air. Aussi, sommes-nous bien persuadés que ce n’est pas tant en fournissant des aliments et des vêtements aux pauvres des villes que l’on parviendra à diminuer la mortalité qui les frappe, qu’en leur procurant des logements plus salubres, et les habituant à un état de propreté qui les porte à éloigner de leurs habitations tout ce qui est capable d’altérer la pureté de l’air.

Des différences notables se font souvent remarquer sous le rapport de la salubrité des habitations qui existent sur le même sol , dans la même ville , dans le même village; cette différence est non

moins remarquable entre les divers quartiers et les diverses rues d’une même ville; nous n’avons qu’à ouvrir la statistique de la ville de Paris pour être frappé de celte différence , entre les quartiers mêmes où l’on retrouve une population à peu près identique : ainsi, voyons-nous que la proportion des décès, eu égard à la population, est de un sur soixante-trois dans le quartier du Mail , tandis qu’il est de un sur cinquante dans le quartier de la Banque, où il y a de plus mauvaises rues et des maisons plus mal tenues et d’une construction moins favorable au renouvellement de l’air; cette différence est bien plus grande , si l’on compare deux quartiers qui , par la disposition des rues et des maisons, comme pour la nature de la population, se trouvent dans des conditions pluséloignées; ici nous trouvons que la proportion des décès est de un sur soixante-trois dans le quartier du Mail et la Chaussée d’Antin , et de un sur trente-un dans le quartier de l’Hôtel-de-Ville , encore les décès survenus dans les hôpitaux ne sont-ils pas compris dans ce rapport de un sur soixante-trois et de un sur trente-un ; sans cela, ce dernier chiffre serait beaucoup plus faible, car un tiers de la population de Paris meurt dans les hôpitaux ; et l’on ne peut douter quele quartier de l’Hôtel-de-Ville ne fournisse une part beaucoup plus large à ce tiers , que les quartiers du Mail et de la Chaussée-d’Antin.

Le maire d’un village du département de la Seine voulant s’assurer si le voisinage d’une mare et la présence des eaux pluviales et ménagères, qui de tous les points du village se dirigent vers trois rues pour se rendre à celte mare , n’exerçait pas quelque influence sur la santé des habitants de ces rues, a trouvé que la proportion des décès était de un sur trente individus , pour les trois rues dont il s’agit, tandis qu’elle n’était que de un sur cinquante dans les autres. Trois maisons longées par une ruelle où l’on déposait ordinairement des ordures présentèrent la même proportion de un sur trente , bien qu’aucune de ces maisons n’eût de croisée sur la ruelle. Ici la misère ne pouvait pas entrer en ligne de compte comme cause de mortalité, car les trois rues et les trois maisons qui ont offert plus de décès sont précisément habitées par une population généralement plus aisée.

Si nous consultons le travail du docteur Villermé sur la mortalité dans les prisons et les bagnes, nous trouverons , d’après l’exposé des faits , que l’insalubrité des lieux est presque la cause unique de la différence qui se remarque , sous ce rapport, entre les différentes prisons et les divers bagnes qui ont été soumis à soff investigation. A la vérité, notre estimable collègue assignait un concours de plusieurs causes comme produisant cette différence; l’insalubrité des lieux semblerait même , suivant lui , n’intervenir dans la production de la mortalité que comme une cause assez faible ; mais avec un peu de réflexion , on voit bientôt que c’est particulièrement à raison de l’insalubrité des lieux que presque toutes les causes qu’il signale exercent leur fâcheuse influence , et que, parmi les circonstances qui ressortent des calculs auxquels il a soumis la mortalité des prisons et des bagnes , la prolongation du séjour des prisons, qui parait agir, avec

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