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que réclameraient son étendue et son importance.
Quoique les soins préventifs des maladies héréditaires doivent commencer à la naissance et se prolonger fort tard ou toute la vie, il est cependant' une époque où ils ont besoin d’être observés avec plus de rigueur; c’est celle où la maladie s’est dé-^ clarée sur les parents, ou bien l'époque de son apparition ordinaire. Or, les affections héréditaires sont loin, comme chacun sait, de se développer aux mêmes phases dé l’existence. Le scrofule et ses fréquents satellites, le carreau et le rachilis , paraissent ordinairement en bas âge , de même que l’éclampsie ou épilepsie des enfants. La phthisie tuberculeuse, l’hémoptisie sont particulièrement redoutables à la jeunesse. C'est aussi dans ce période, et plus encore dans l’âge mûr, que se déclàrent la manie, la mélancolie, l’hypocondrie, l’hystérie> la goutte, le rhumatisme, les dartres , les lésions organiques dm cœur. Enfin , l'apoplexie, les paralysies, Uasthme, la gravelle et la pierre, le scorbut, les squirrhes et les cancers, sont principalement réservés àla; vieillesse.
Généralement, plus l’époque probable à laquelle doit se développer une maladie héréditaire est éloignée de la naissance, plus il est difficile de discerner de bonne heure les signes de la prédisposition; par contre; ces signes sont d’autant plus apparents en bas âge que la: maladie doit se déclar ren plus-lôti C’est ainsi que' la diathèse scrofuleuse apparaît dès. les premières années , et que la disposition à la phthisie se manifeste souvent dans l’enfance. Il n! en est pas de même de la goutte, de l’hypocondrie, de l’apoplexie, etc., dont l’apparition n’a ordinairement lieu que dans la virilité et la vieillesse. Quoique prédisposés héréditairement à ces maladies , de jeunes sujets peuvent avoir les apparences de la constitution la plus saine et de la plus parfaite santé, et quand arrive l’âge mûr et la décadence, ils se voient frappés, avec surprise; d’une infirmité dont ils ne soupçonnaient pas l’existence, et qu’ils se rappellent trop tard leur avoir été léguée par les parents. Tout le monde blâmer rait la conduite d’un pilote qui, instruit du danger que courrait son navire , s’il ne le détournait d’une direction déterminée, le laisserait arriver en face di'un écueil où il se briserait, et qu’il eût pu éviter en prenant des mesures d’avance. Eh bien ! telle estla position des personnes qui, nées de parents qu’affligeaient des maladies transmissibles, vivent dans une complète incurie du germe héréditaire dont elles pourraient prévenir le développement et qui finira par empoisonner et abréger leur existence. Ainsi, qu'il y ait ou non des apparences de prédisposition à quelque affection héréditaire , qu’on sait avoir existé chez les parents, il devra suffire de cette notion commémorative pour s’y croire plus exposé et pour se précautionner en conséquence. Nous n’entendons pas d’ailleurs que l’imminence incertaine d’une maladie doive inspirer une vie d’inquiétude et de privations. Non , l’hygiène que nous indiquerons permet l’üsage d'à peu près toutes choses; mais il est des négligences ou des excès qu’elle devra signaler comme dangereux. Exposons les- bases- capitales du traitement
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préservatif particulier des diverses maladies héréditaires.
Toutefois , comme les dimensions de cet article, déjà long, seraient peut-être démesurées pour ce dictionnaire , nous nous bornerons à la prophylactique de la- disposition transmise aux affections nerveuses.
Disposition ■ héréditaire à l'épilepsie. Les enfants nés de parents épileptiques seront confiés ( si la mère ne peut tes allaiter), à’ une' nourrice saine de corps et d’esprit, et surtout d’un naturel calme, d’un caractère égal. Prenant les- choses de plus haut, nous recommanderons à la mère d’éviter le plus possible; pendant sa grossesse, les émotions qui ont tant d’attrait pour ce sexe vif, mobile et impressionnable. On sera plus soigneux encore de les éloigner de l’enfant. Que ses sens et son iutellb gence soient à l’abri des fortes impressions; que son existence s’écoule égale, paisible, pendant qu’on fortifiera son corps par l’exercice, les bains frais , les frictions , une nourriture saine proportionnée à ses forces. Il e9t surtout un genre d’é*motions contre lesquelles on ne saurait trop le prémunir : c’est la surprise , la frayeur, que l’expérience a appris être là cause déterminante de plus de la moitié des épilepsies. L’onanisme eL plus tard les excès vénériens sont très-redoutables aux sujets qui ont une prédisposition épileptique. Qn surveillera l’état des fonctions digestives : la constipation d’une part, les indigestions de l’autre , quelquefois là présence des vers , influencent fâcheusement' le cerveau. L’usage des boissons enivrantes sera plus que suspect dans l’enfance; plus tard, on ne devra jamais s;en permettre l’abus. Qn pourraau contraire retirer quelque avantage d’une lasse d’infusion , prise de loin en loin , de feuilles d’oranger, ou de valériane, ou de camomille. Tous les jeux ne conviennent pas aux enfants dont nous nous occupons; il en est qui troublent la vision , qui provoquent le vertige, et qu’on ne doit point permettre. La vue d’un accès d’épilepsie serait très-imprudente pour les sujets prédisposés; c’est de tous les spectacles tristes et effrayants, celui qu’il faut le plus soigneusement éloigner. S’il survenait de la gourme à la tête, quelque flux habituel muqueux, purulent ou sanguin , il serait presque toujours salutaire de ne point le tarir, mais plutôt de le favoriser ou de le modérer. On a même proposé, pour y suppléer quand la nature ne se suffit pas , d’établir un vésicatoire ou un cautère à demeure, et ce conseil n’est pas à dédaigner quand la prédisposition est trop menaçante. Dans une famille ainsi malheureusement prédisposée, et composée de quatre membres, trois furent enlevés dans les convulsions à l’âge de trois mois ; chez le quatrième, le mal fut prévenu en entretenant un cautère à la nuque. Du reste, quoique 1 épilepsie se déclare souvent dans Lenfance, les autres âges n’en préservent point. Lors donc qu’on aura à craindre le maléfice de l’hérédité, il ne suffira pas d’avoir atteint l’adolescence pour négliger toutes les précautions que nous avons sommairement indiquées , et dont les principales peuvent se résumer ainsi : éviter les émotions fortes et les fatigues de l’esprit, les excès vénériens et alcooli-
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ques ; sobriété , tempérance , modération en toutes choses.
Contre la disposition héréditaire aux autres maladies nerveuses et mentales : la manie , la démence, la mélancolie, l'hypocondrie, l'hystérie, etc. On aura bien soin de ne pas prendre une nourrice affectée ellemême d’accidents nerveux, sujette aux spasmes, aux convulsions, ou chez laquelle déborderaient la sensibilité et l’imagination. L'hygiène du moral appellera de bonne heure une sollicitude attentive. Après avoir éloigné de l’enfant les tableaux, les récits susceptibles de causer des émotions vives et durables, il conviendra de régulariser les occupations intellectuelles. Règle générale, il ne faut point fatiguer l’esprit des sujets prédisposés aux maladies mentales. La gymnastique au contraire leur convient éminemment. Loin donc de leur interdire les occupations et les jeux qui donnent de l’ exercice au corps, on les y invitera avec insistance. Parmi les récréations gymnastiques, notre propre expérience nous engage à recommander particulièrement les bains frais dans l’eau courante, et accompagnés de la natation. Qu’on se figure bien que , pour prévenir, comme pour guérir les maladies nerveuses, il n’est pas de moyen plus précieux que l’exercice corporel. La raison en est simple pour le physiologiste. Les fonctions du système nerveux se partagent entre les mouvements musculaires d’une part , la sensibilité et l’intelligence de l’autre , l’activité qu’on accorde aux uns est autant de retranché sur les autres. L’influence nerveuse, dans ce double emploi , pourrait être représentée par un liquide contenu dans un tube recourbé; s’il s’élève davantage d’un côté, du côté opposé il baisse. Or, l’exaltation de la sensibilité, la surexcitation intellectuelle, sont les deux bases les plus fondamentales des affections des nerfs, et de quel prix n’est pas alors la gymnastique qui tend si puissamment à ramener à l’équilibre les fonctions nerveuses qui s’en écarteraient! Faut-il une démonstration frappante du principe que nous exposons? Voyez comme les maladies nerveuses sont rares dans les professions qui nécessitent de constants efforts corporels (les cultivateurs , les artisans, etc.); voyez, au contraire, comme elles sont communes dans les classes de la société qui exercent peu le corps et beaucoup l’esprit ou le cœur (artistes , hommes de lettres, savants, etc.). Nonseulement il existe moins de causes accidentelles pour les premiers, mais, ce qui est plus précieux, C’est que ces causes n’ont pas de prise sur des organisations plus fortement trempées. Nous conseillons donc, avant tout, aux sujets héréditairement prédisposés aux affections nerveuses, la gymnastique (voy. ce mot), la régularité et la modération dans les exercices de l’intelligence et du sentiment. Du reste, il est d’autres causes que la vie sédentaire, les émotions, les passions elles contentions d’esprit, qui exaltent la sensibilité et l’imagination. Les excitants physiques du système nerveux produisent en partie les mêmes résultats. Tels sont : l’abus des stimulants aromatiques et spiritueux, les excès onaniques et vénériens, les veilles et les insomnies. Ainsi , la sobriété, la tempérance, doivent seconder l’éloignement des passions. La vie
champêtre est de beaucoup préférable au séjour des villes ; tout y invite au mouvement physique et au calme des sentiments. Ces règles générales de prophylactique peuvent s’appliquer à la préservation de toutes les maladies nerveuses héréditaires , dont la tige commune consiste dans les écarts de la sensibilité et des facultés intellectuelles et morales. (Pour des conseils plus spéciaux , voyez les articles où il est traité de chacune de ces maladies en particulier.)
De l'apoplexie et des paralysies dont la disposition est héréditaire. Ici, comme pour les maladies nerveuses et mentales , il convient de régler avec soin les influences directes sur le cerveau, telles que les émotions, les passions, les travaux d’esprit , qui deviennent souvent causes déterminantes. La tempérance des boissons fermentées et du congrès sexuel n’est pas moins nécessaire. C’est surtout après les fortes émotions , après les excès de table, que l’acte conjugal est dangereux pour les sujets qui nous occupent. Il leur importe de ne jamais perdre de vue cet avertissement. Ils auront soin aussi d’éviter les occupations qui nécessitent l’inclinaison prolongée du tronc et de la tête; détenir le cou dégagé, les pieds chauds , le ventre libre, la tête légèrement couverte, à l'abri des températures excessives de chaud et de froid, et sensiblement élevée pendant la nuit. Le sommeil pendant le jour, un appartement étroit, trop ou pas assez réchauffé, un régime trop substantiel, la vie sédentaire, leur sont nuisibles; l’exercice, au contraire, leur convient parfaitement. S’il se déclare fréquemment des maux de tête accompagnés de rougeur et de chaleur au visage, des bains de pieds, une demi-diète, parfois une limonade laxative de manne, de casse, de crème de tartre ou de tamarin, ou bien encore quelques sangsues à l’anus, une saignée, seront salutaires. Lorsque quelques congestions cérébrales ont déjà donné l’éveil, il est souverainement prudent de ne négliger aucun de ces préceptes; dès ce moment, les lois de la sobriété, delà tempérance , deviennent un code de vie ou de mort , selon qu’on s’y soumet ou qu’on le rejette.
Nous avons déjà dit que les limites imposées à l’étendue de cet article, parles bornes du dictionnaire, ne nous permettaient pas d’indiquer les précautions ou les moyens qu’il convenait d’opposer aux dispositions maladives héréditaires que nous venions d'énumérer.
Nous n’avons pas non plus fait figurer toutes les maladies qui ont été répulées transmissibles; toutefois nous avons mentionné les principales, il en est même, dans ce catalogue, qui se transmettent rarement. En nous efforçant de donner les conseils les plus simples, les plus commodes et les plus utiles, tendant à prévenir le développement des affections héréditaires, nous n’avons pu nous déguiser l’imminence d’un écueil contre lequel pourraient échouer nos bonnes intentions ; ce sont les complications de ces dispositions maladives , que nous | n’avons considérées que dans leur état de simplicité. C’est ainsi, par exemple, que si l’hérédité du ; scrofule se compliquait d’une disposition à la ■ phthisie, il ne serait plus convenable d’appliquer
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exclusivement le traitement préservatif de l’une ou de l’autre affection, mais plutôt une combinaison raisonnée des moyens qui tendraient à préserver des deux maladies imminentes. Il n’y aque l’homme de l’art qui puisse saisir avec précision les indications complexes qui ressortent des dispositions maladives variées, et simultanément existantes chez le même individu.
L’extinction des maladies héréditaires semble avoir été la pensée dominante, ou tout au moins, un des motifs d’antiques lois, perpétuées d'âge en âge, défendant les mariages entre proches parents. Nul doute que le mélange des tempéraments, le croisement des familles et despeuples n’y concourussent puissamment, s’ils élaient attentivement dirigés dans ce but. Mais il y a tant de mobiles dans les mariages qu'il est rare de voir les considérations qui nous occupent acquérir l’importance qu’elles devraient avoir. Cependant, des parents dont la sollicitude éclairée égale la tendresse pour leurs enfants ne perdent pas de vue les moyens d’extinction des maladies héréditaires. L’opposi- j tion des tempéraments, qui n’exclut pas la sympathie des caractères , est très-avantageuse dans celte intention. Les prédominances opposées des solides ou des liquides qui existaient chez les époux, venant à se combiner dans la constitution de l’enfant, ne peuvent que tendre à engendrer l’équilibre. (Voy. tempéraments .) Des auteurs d’hygiène, sévères dans leurs maximes, ont été jusqu'à qualifier d’égoïste, d’immoral et en quelque sorte criminel, l’acte du mariage de la part des personnes affligées de quelque mal; die transmissible. Ces maladies, notamment les dartres, le scrofule, les rhumatismes, la goutte, les affections nerveuses etc., sont aujourd’hui tellement multipliées, qu’à celte condition une bonne portion de l’espèce humaine resterait dans le célibat. Cependant nous ne pourrions que donner des éloges au phthisique, à l’épileptique , à l’aliéné douteusement rétabli etc., qui, pour n’être pas exposés à gémir sur les malheurs héréditaires de leur postérité , s’imposeraient la privation des plus doux liens auquels nous sollicite la nature.
A. Lagasqüie.
hermaphrodisme ( physiol. ), s. f. La nymphe Salmacis, n’ayant pu , malgré tousses charmes, parvenir à se faire aimer du jeune Hermaphrodite, demandait aux dieux , dans le délire de sa passion, à n’êlre jamais séparée de celui qui dédaignait ainsi sa beauté :
Ità ilî , jubeatis, et islum
Nulla dits à mç, nec me seducat ab isto !
Les dieux prirent à la lettre les souhaits de la nymphe , et il fut aussitôt décidé dans l’Olympe que le corps de Salmacis serait réuni pour jamais à celui d’Hermaphrodite.
Depuis cette invention de la fable, qu’Ovide nous a si bien retracée au quatrième livre des Métamorphoses, tous les êtres qui présentent réunis quelques-uns des caractères des deux sexes furent appelés hermaphrodites. Ainsi ce mot, qui, danslesens rigoureux de l’étymologie , devrait signifier la réunion, chez le même individu, d’un appareil mâle
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et femelle complet, a dévié de son acception primitive , et il est employé par tous les tératologues modernes pour désigner l’état de ceux qui, avec l’apparence d’un sexe particulier, présentent quelques-uns des caractères de l’autre.
Le mot hermaphrodisme a pour principaux synonymes , en français , hermaphroditisme ( qui serait plus correct), androgynie et gynandrie ; mais ces deux derniers mots sont usités surtout pour le règne végétal. En effet, les animaux jouissant pour la plupart de la faculté de se mouvoir facilement, il était inutile (excepté du moins pour les classes inférieures ) de réunir chez le même individu les organes de la reproduction ; mais chez les végétaux, qui, fixés irrévocablement au lieu qui les a vus naître, ne peuvent avoir que des mouvements bornés, la séparation des sexes eût été un obstacle à la fécondation ; aussi , non-seulement dans la plupart des plantes, les étamines et le pistil se trouvent réunis sur le même individu , mais le plus souvent encore sur la même fleur.
Les mêmes raisons qui , pour le règne végétal , rendaient la réunion des sexes nécessaire chez le même individu , existent, quoique avec moins d’extension, chez les animaux occupant les derniers degrés de l’échelle. Rapprochés par leur organisation des plantes avec lesquelles ils ont souvent la plus grande analogie et la plus grande ressemblance , ils devaient comme elles jouir de la faculté de se régénérer eux-mêmes. Aussi, trouvons-nous l’hermaphroditisme complet et absolu chez tous les êtres qui servent de transition entre les deux règnes. A mesure que nous nous éloignons des plantes, la réunion des sexes disparait, et enfin, on ne la retrouve plus que par exception chez les animaux articulés ; ainsi les insectes , les crustacés et quelques autres ne sont jamais hermaphrodites, à moins toutefois que ce ne soit d’une manière anormale.
Chez les animaux plus parfaits , on ne trouve plus l’hermaphrodisme que par hasard et comme raie exception aux règles del’organisation normale. Ces cas, lorsqu’ils se rencontrent, ne se rapportent jamais, d’ailleurs, à l’hermaphrodisme absolu, c’est-à-dire qu’il y a seulement réunion à un degré plus ou moins complet des caractères de l’un et l’autre sexe, mais jamais faculté de concevoir et d’engendrer en même temps. On peut rapporter à trois genres bien distincts tous les cas d’hermaphrodisme apparent.
Ainsi, soit dans l’espèce humaine, soit dans les autres espèces animales des classes élevées, lorsqu’un appareil sexuel, évidemment organisé d’après le type masculin , possède cependant quelques parties organisées d’après le type féminin, il y a hermaphrodisme masculin ; si le contraire a lieu, il y a hermaphrodisme féminin; enfin , si 1 appareil génital de l’un et l’autre sexe manque, ou s’il existe une conformation telle qu'il soit impossible d’assigner un sexe spécial , il y a hermaphrodisme neutre. La science tératologique admet encore d’autres variétés secondaires , mais ces trois genres principaux nous suffisent pour l’intelligence complète du sujet.
Hermaphrodisme masculin. Lorsque les parties génitales mâles sont arrêtées dans leur déve-
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loppenient et que, restant à l’état rudimentaire , elles ne suivent pas les progrès du reste de l’organisme, elles simulent alors jusqu’à un certain point l’appareil génital féminin. D'un autre côté, cette imperfection des organes sexuels réagit sur Inorganisation physique et sur le développement intellectuel et moral d une manière telle que l’individu se trouve dans des conditions psychologiques tou t-à-fail analogues à celles de l'être dont il semble avoir revêtu la sexe : ainsi n’est-il pas rare de rencontrer chez un hermaphrodite masculin , c’estrà-dire , chez un individu véritablement homme par le fonds , mais femme par quelque circonstance organique accessoire , tous les attributs du sexe, du caractère et des goûts féminins. Un des faits les plus curieux en ce genre est celui que M. Worbe a publié dans les bulletins de la société de médecine pour l’année 1815 : « Le 19 janvier 1792, dit M. Worbe, M. le curé de la paroisse de Bu constata la naissance d’une fille et lui imposa les noms de Marie-Marguerite. Cet enfant parvint à l’âge de treize à quatorze ans, sans que rien de particulier eût à son égard fixé l’attention de ses parents. A l’époque de la puberté, Marie se plaignild’une douleur à l’aine droite : une tumeur se manifesta dans cette région. Quelques mois écoulés, le côté gauche offrit les mêmes phénomènes. A seize ans, Marie, blonde, fraîche, bonne ménagère , inspira de l’amour au fils d’un fermier voisin. Des raisons d'intérêt firent manquer ce mariage. Un autre établissement se présenta quatre ans après ; tout fut encore rompu à la signature du contrat. Cependant à mesure que Marie avançait en âge ( elle avait alors dix-neuf ans ) , ses grâces disparaissaient , les robes de femme ne lui allaient plus; sa démarche avait quelque chose d;étrange; dejour en jour ses goûts changeaient ; ils devenaient de plus en plusmasculins. Ces dispositions viriles n’empêchèrent pas qu’un troisième amant n’aspirât à sa main. Ce mariage était également désiré par les deux familles : toutefois, les parents de Marie réfléchirent et se rappelèrent qu’elle n’était pas réglée, et pour n’avoir pas de reproches à se faire dans la suite, ils se décidèrent à faire examiner leur fille..., et je fus chargé de ce soin. Pourrais-je peindre la surprise des personnes intéressées et présentes à cette visite , quand j’annonçai à Marie qu elle ne pouvait se marier comme femme, puisqu’il était homme.... Il lui fallut plusieurs mois pour s’accoutumer à l’idée qu’elle n'était pas femme. Enfin, prenant un jour une bonne résolution , elle voulut se faire proclamer homme , et présenta à cet effet une requête au tribunal de Dreux.»
M. Worbe qui , pour compléter l’histoire d’un fait aussi intéressant, visitait souvent Marie, n’a pu cependant avoir une idée bien exacte de ses goûts et de ses penchants. «A vingt-trois ans, dit-il, Marie a les cheveux et les sourcils châtain clair ; une barbe blonde commence à cotonner sur sa lèvre supérieure et à son menton... ; si l’on considère les seins, on les prendrait à leur volume pour ceux dune jeune fille; mais ils sont piriformes. Leur mamelon est peu saillant; est-il1 érectile? je n’ai pu I me faire comprendre,.. ; il n’est pas non plus en |
mon pouvoir de rendre compte de l’état moral de Marie; il conserve encore beaucoup de cette pudeur virginale qui sans doute a été cause qu’il s’est longtemps ignoré lui-même. »
M. G. Saint-Hilaire rapporte également, d’après M. Worbe, l’histoire d’un enfant qui naquit près de Dreux en 1755 , et qui fut pris pour une fille et élevé comme telle. «Malheureusement, dit l’auteur que nous venons de citer, en lui donnant les noms et les vêtements, en lui imposant les devoirs d’un sexe qui n’était pas le sien, on ne put lui en inspirer les goûts et les penchants, et dès l’époque de la puberté , une étrange contradiction se manifesta entre ce qu’il était et ce qu’il semblait devoir être. Appelé par l’erreur de ses parents aux occupations paisibles, aux plaisirs calmes, à la vie tranquille de la femme , mais entraîné par l’influence de son sexe réel vers les travaux pénibles , vers les exercices bruyants, vers les habitudes viriles; vêtu comme une jeune villageoise, mais portant là pipe à la bouche, Marie Jeanne ( ainsi se nommait la prétendue jeune fille) se plaisait au soin des chevaux, conduisait la charrue, aimait la chasse, fréquentait les cabarets, et n’en sortait qu’enivrée de vin et de tabac. A cette seule circonstance près qu’elle recherchait peu la compagnie des femmes, ses goûts, ses plaisirs étaient tellement ceux d’un homme, son caractère viril se trahissait en lui par des traits si évidents, qu’il n’échappa pas à la simplicité et à l’ignorance des villageois eux-mêmes. Avant qu’on eût reconnu ce qu’était réellement Marie Jeanne, les femmes de son hameau l’avaient presque deviné, et excluant en quelque sorte de leur sexe une compagne dont les habitudes masculines et, grossières leur semblaient un sujet de scandale, elles lui avaient imposé à l’avance le nom d’un homme. Tel était en effet son véritable sexe. Arrêté pour vol, Marie Jeanne fut examiné dans sa prison par M. Worbe, et, aussitôt sa déclaration, transporté dans le quartier des hommes.» Marie Jeanne avait en effet l’appareil générateur mâle, mais si imparfaitement organisé qu’il simulait les parties génitales de la femme. On crut pouvoir cependant par la suite attribuer à Marie Jeanne la grossesse d’une femme avec laquelle il avait vécu et dont il avait voulu devenir l’époux.
Nouspourrions rapporter l’histoire d’Anne Grand, baptisée comme fille et mariée ensuite comme homme , et les débats scandaleux après lesquels ce malheureux , victime de l’ignorance et des préjugés , fut condamné ( en 1766 ) pour avoir abusé du mariage. On cite aussi l’exemple d’un jeune Italien nommé Jacqueline Foroni, qui , élevé comme fille, fut reconnu garçon à vingt-cinq ans. Mais sans rechercher les faits consignés dans les annales de la science, nous pouvons rapporter celui dont nous avons été témoin il y a six mois à l’Hôlel-Dieu, et sur lequel nous avons publié un mémoire dans le Journal des Connaissances médicales. Voici en abrégé Vhistoire de cet hermaphrodite qui habité peut-être encore Paris en ce moment.
Marie Rosine Gœttlich, née le 6 mars 1798 à Nié*ber, village saxon, situé près de Dresde, fut au moment de samaissance' regardée et baptisée comme fille. Sa; mère mourut peu de temps après lui
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avoir donné le jour, et son père, officier supérieur au service delà Saxe, ayant été tué en Russie pendant les guerres de Napoléon, Marie Rosine, abandonnée de ses parents , fut, sur la foi de la sagefemme et des registres de l’état civil, envoyée à l’école des filles où elle appritàilire, à coudre et à filer. Ce sont à peu près là les seuls talents qu elle possède; elle n’a jamais su écrire que son nom, et encore s’en tire-t-elle, assez difficilement.
Puisqu’elle nous a fait sa confession générale et bien complète ,. nous pouvons dire que dès l’âge de neuf ans , elle se livrait à la débauche avec les autres enfants , et recherchait plutôt pour ses plaisirs secrets les.garçons du village que ses jeunes compagnes. A quatorze ans, elle sortit de l’école, et quelques mois après, elle eut un premier amant auquel elle donna les prémices de sa virginité. (Comme nous n’avons donné aucuns détails sur les dispositions anatomiques des parties sexuelles dans le cas d’hermaphrodisme masculin, nous devons dire qu’il existe le plus souvent sur les bourses une division telle , qu’elle simule les grandes lèvres de la femme , et qu’ au-dessous de la verge, qui dans ce cas est très-courte, il y a quelquefois un cul-de-sac assez large et assez profond.!
Au sortir de l’école, Gœltlich entra en qualité de femme de chambre chez le bourguemeslre de son village, et fut successivement employé comme servante dans différentes maisons , tant à Dresde qu’aux environs. Jamais, jusqu’à l'époque où il fut opéré, rien ne fit soupçonner qu’il ne fût véritablement une femme, et il justifia constamment par sa conduite la précocité de libertinage qu’il avait montrée dans son enfance.
Marie Rosine nous a dit avoir eu successivement douze amants en titre (sans compter les amours intercurrentes), et il parait qu’elle m’était pas seulemenf dans ce cas un instrument passif de libertinage, mais quelle recherchait avidement toutes les occasions de satisfaire ses appétits vénériens. Du reste , il m’a assuré être resté constamment froid et insensible auprès des femmes; car, pendant plus de deux ans, qu’étant en condition il couchait avec d’autres servantes de la maison , jamais il n’éprouva le moindre désir. Si nous insistons autant sur ce point des habitudes de Rosine, c’est qu’on peut en tirer des données physiologiques trèsimportantes : ainsi, nous verrons après la descente des testicules à leur place naturelle, cet individu qui couchait avec de jeunes filles sans voir s’éveiller en lui le moindre désir, éprouver en changeant d’organisation physique un changement d’organisation morale et revêtir, en prenant pour ainsi dire un sexe différent, des passions également différentes.
C’est vers le mois de mai de 1831 que survint cette curieuse métamorphose. Gœttlich étant entré à l’hôpital de Dresde pour une fracture de cuisse, éprouva des douleurs à l’aine et dans les parties génitales; une tumeur parut bientôt, c'était le testicule; mais comme on ne pensait pas à cette circonstance, on crut avoir affaire à une hernieetonfit l’opération de la hernie étranglée. Ce débridement facilita la descente complète de cet organe ; le testicule droit descendit quelques mois
après le gauche,, et sans<qu'il fût besoin d’opération. Ce n’est pas la première fois, au reste, que cette erreur a été commise , même par les chirurgiens les plus distingués, et qu’ona pris pour des signes de hernie étranglée les symptômes qui annonçaient l’irruption des testicules. Ces observations doivent mettre en garde contre cet accident chez les jeunes filles. A l’époque de la puberté et même plus tard encore, pour peu que l’examen général fît naître des doutes sur le sexe de ^individu, il serait 'beaucoup plus prudent d'abandonner la hernie à elle- même que de comprimer par un bandage et de retenir ainsi les testicules serrés dans l’anneau inguinal comme on’ en rapporte des exemples. Quoi qu’il en soit, voilà Gœttlich, femme jusqu’alors , devenue homme à trente-quatre ans.
Marie Rosine ne prit pas de suite les allures de son nouveau sexe, et continua encore à passer pour fille et à se vêtir comme telle. Il parait même qu’elle avait sur son état des idées physiologiques assez exactes , car, craignant que l’invasion de ces deux organes reproducteurs dont elle commençait à sentir et à apercevoir l’influence ne diminuât ses grâces et son allure féminine , elle se garnissait exactement les seins de deux hémisphères de coton pour rendre l'illusion plus complète. Cependant, soit impossibilité de jouer plus long-temps le même rôle avec avantage , soit , comme il le dit lui-même pour voyager plus commodément, Gœttlich abandonna ses habits de femme à Heidelberg d’après les conseils du professeur Tiedmann , qui lui attesta par un certificat eu règles que le sexe masculin prédominait chez elle.
Depuis lors, Marie Rosine voyage d’université en université, pour se montrer aux médecins et étudiants, allant toujours au-devant des questions, se soumettant à tous les examens , se prêtant à toutes les expériences. Il est aujourd’hui âgé de trente huit ans ; il a la figure carrée d’un Allemand , mais des traits sans noblesse et sans expression ; un front étroit et sans profondeur, des yeux bleus ternes et inanimés ; le nez long et effilé , la bouche grande et toujours entr’ouverte , les lèvres épaisses, larges et saillantes ; en un mot , l’ensemble de sa physionomie indique une intelligence faible , des passionsétroites et des instincts grossiers.
Le cou est épais et court, les épaules larges, la poitrine entièrement dépourvue de poils ; les seins offrent une saillie très-faible. Marie Rosine prétend qu’ils ont beaucoup diminué depuis ce quelle appelle son accident ; elle assure même que les mamelons sont susceptibles d’une grande turgescence sous l’influence de l’orgasme vénérien.
La voix n’a ni la résonnance grave de l’homme, ni la douceur et la souplesse de la femme ; cependant nous avons fait chanter Marie, et le timbre de sa voix se rapproche bien plus alors du lype féminin ; en résumé , Gœttlich a toute, l’apparence extérieure d’un homme chez lequel les caractères de la virilité sont peu prononcés.
Quant aux changements survenus dans ses goûts et ses habitudes depuis sa métamorphose, quoiqu’ils ne paraissent pas au premier abord très-sensibles, cependant A est manifeste par sa conversa-
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tion et ses aveux que ses passions se sont modifiées en sens contraire de ses premiers penchants; si Gœülich continue ses rapports avec des individus du sexe masculin, c’est plutôt par une vieille habitude , et nous sommes portés à croire , d’a près les détails qu’il nous a donnés sur l,es impressions que détermine en lui la vue ou seulement le simple contact d’une femme, que sans l’anomalie de son organisation qui le rend timide et honteux auprès des femmes ( ce sont ses propres expressions ), il serait maintenant plus porté vers elles que vers le sexe masculin.
C’est même sans doute pour établir ce fait d’une manière plus précise qu’un docteur de Hambourg l’engagea à user près des femmes des prérogatives de son nouveau sexe. Gœtllich se prêta très-volontiers à tout ce qui put sur ce point éclairer la physiologie, mais il parait qu’il trouva moins de bonne volonté du côté delà partie adverse , la raison en est facile à saisir.
Le fait que nous venons de citer est peut-être le seul exemple d’une apparition si tardive des testicules ; en général, c’est de quinze à vingt ans que s’opère la métamorphose. Aussitôt que le nouvel organe paraît, on voit diminuer les grâces delà jeune fille; àla souplesse du maintien, à la légèreté de la taille , succèdent une démarche plus hardie, des mouvements plus brusques et plus décidés , des manières plus viriles; le menton se couvre Je poils ; la voix plus grave et plus sonore semble revêtir un caractère inconnu jusqu’alors; les goûts même de la jeune fille ont changé, moins empressée envers les jeunes gens qui cherchaient à lui plaire, les calmes occupations du ménage ne lui suffisent plus, les travaux de l'aiguille lui répugnent, enfin, les aptitudes viriles prennent entièrement le dessus et le véritable sexe ne peut rester plus long-temps caché. Tantôt celte transformation de l’individu est spontanée et lentement progressive; d'autres fois, elle est déterminée par un mouvement brusque ou un effort violent. De là toutes ces fables de filles devenues garçons en faisant un effort ou en sautant un fossé. « Ainsi, dit » Ambroise Paré , estant à la suitle du roy à Vitry » le-François, en Champaigne, i’y vei un certain » personnage, nommé Germain Garnier ( aucuns »le nommaient Germain Marie , parce qu’estant » fille, ou l’appelait Marie) , ieune homme de taille t> moyenne, trappe et bien amassé, portant barbe » rousse et assez espesse, lequel iusques au quin- » sieme an de son aage avoit esté tenu pour fille, i> attendu qu’en lui ne se montroit aucune marque » de virilité et mesmes qu’il se tenoit avec les filles » en habit de femme. Or, ayant atteint l’aage sus- » dit , comme il estoit aux champs et poursuivoit » assez vivement ses pourceaux qui alloient dedans » un bled, trouvant un fossé , le voulut affranchir : » et l’ayant sauté, à l’instant ses génitoires vinrent » à se développer, et la verge virile s’ estant rôpue, » lesquels auparavantestoient tenus clos et enser- » rez , et s’en retourna larmoyant en la maison de » sa mère disant que ses tripes lui estoient sorties » hors du ventre -.laquelle fut fort estonnée de ce
spectacle , et ayant assemblé les médecins et chi- » rurgiens pour la dessus avoir ad vis, on trouva
» quelle estoit homme et non plus fille; et tantost » après en avoir fait le rapporté l’évesque, qui » estoit le defunct cardinal de l’Énoncourt, par son » authorité et assemblée du peuple, il reçut le nom » d’homme et au lieu de Marie il fut appelé Ger- » main et luy fut baillé des habits d’homme.»
C’est aussi à la descente tardive des testicules, mais l’un des deux ne dépassant pas l’anneau, qu’on doit rapporter ces histoires d’individus homme d'un côté et femme de l’autre, et tous ces récits plus merveilleux encore dont les médecins romanciers du moyen-âge nous ont transmis les détails avec une incroyable naïveté.
Parmi les exemples que nous avons cités, nous n’avons vu que des hermaphrodites dont le sexe a été reconnu assez à temps pour éviter des erreurs fâcheuses, mais il en est qui passèrent toute leur vie avec l’apparence et même les privilèges et les habitudes d’un sexe qu’ils n’avaient réellement pas; il en est même plusieurs qui se marièrent; ainsi, une femme de Saint-Domingue, Adélaïde Préville, mariée depuis long-temps et vivant en bonne intelligence avec son mari , entra à l’Hôtel- Dieu de Paris en l’an iv, et mourut l’année suivante d’une affection de poitrine. Elle avait les membres délicats d’une femme , mais une barbe assez prononcée , et offrait dans son organisation un mélange singulier des caractères des deux sexes. A l’autopsie, on fut fort étonné de voir que cette prétendue femme était un homme avec un vice de conformation de l’appareil sexuel analogue à celui que nous avons mentionné dans l’histoire de Rosine Gœttlich.
On cite encore un pharmacien de Paris qui se maria et vécut pendant plus de vingt ans, en trèsbonne intelligence, avec un individu dont le sexe masculin ne fut reconnu qu’ après la mort par l’examen anatomique des parties.
Hermaphrodisme féminin. Quand, dans l’appareil génital delà femme, il y aura développement excessif des organes qui se rapprochent le plus de l’appareil masculin , et qu’en même temps les parties qui en diffèrent le plus manqueront , ou seront à l’état rudimentaire , alors il y aura hermaphrodisme féminin; et d’après l’influence que nous avons établie des parties sexuelles sur le moral de l’individu , on peut dire que, quand ce qui constitue la femme physique vient à manquer en tout ou en partie, ce qui constitue la femme instinctive et morale manque aussi dans la même proportion.
Quoiqueles cas d’hermaphrodisme féminin soient moins fréquents que ceux d’hermaphrodisme masculin , cependant la science en possède un assez grand nombre d’authentiques. On trouve dans les Ephémérides des curieux de la nature plusieurs exemples d’individus regardés comme hommes, mariés comme tels et qui plus tard furent déclarés femmes. Ainsi, un soldat hongrois, sur la virilité duquel on n’avait jamais élevé le moindre doute, accoucha d’une fille au milieu du camp; un Russe, marié comme homme, fit, quelques années après son mariage, ses couches en même temps que sa femme..., etc. Mais le fait le plus curieux est celui qui se passa sous le règne de Louis xi en 1478 ; il a trait à un moine du couvent d’Issoire en Auvergne , et
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dont l’embonpoint augmenta tellement en quelques mois qu’on le crut hydropique. Des prières étaient dites tous les jours pour obtenir du ciel la guérison du pieux cénobite, lorsque tout-à-coup il accoucha d’un enfant à terme, parfaitement bien conformé!...
Ce que l’on a peine à concevoir, c'est que l’extroversion de la vessie , la saillie de l’utérus et des infirmités même plus palpables aient été prises pour des cas d’androgynie. En 1695 , une femme nommée Marguerite Malaure vint à Paris , revêtue d’habits d’homme que les magistrats de Toulouse lui avaient ordonné de prendre. Elle se disait (sans doute pour exciter la curiosité du public) vraiment hermaphrodite et apte aux fonctions des deux sexes. Beaucoup de médecins de Toulouse et de Paris crurent à ses attestations; quelques-uns doutèrent, mais personne n’osait nier ce que d’autres affirmaient et surtout ce que les magistrats avaient consacré par un jugement en bonnes formes ; mais Saviard, chirurgien de l’Hôtel-Dieu , invité q voir l’hermaphrodite, déclara, après un court examen, et à la grande surprise de tous les assistants, qu’il n’y avait là qu’une descente d’utérus , et effectivement, quelques minutes après , il réduisit la descente et l’hermaphrodisme avait disparu. Le vice de conformation qui a été le plus souvent confondu avec l’hermaphrodisme féminin, c’est le développement excessif du clitoris. Cette anomalie se retrouve très-fréquemment chez les Éthiopiens et la plupart des peuples orientaux , qui remédient à ces inconvénients en faisant brûler l’excédant de l’organe. Ils qualifient celte opération de circoncision. C’est sans doute de ces prétendus hermaphrodites que veut parler de Rennefort, quand il dit qu’à Surate il y a beaucoup d’hermaphrodites , qui, avec des habits de femme , portent le turban des hommes , pour se distinguer et apprendre à tout le monde qu’ elles ont les deux sexes. Celte conformation qu’on rencontre surtout dans la race nègre , mais qu’il n’est pas rare de trouver chez nous, adonné lieu à des abus honteux, d’autant plus fréquents, que ce vice d’organisation amène à son tour des désirs contre nature. C’est de ces femmes que parle saint Paul dans l’épître aux Romains , chap. 1, Horace, dans plusieurs satires, etc. Martial nous a donné en un seul vers une description de cette anomalie :
Mentiturque virum prodigiosa Venus.
Hermaphrodisme neutre. Cette classe renferme, ainsi que nous l’avons dit plus haut , les individus dont on ne peut déterminer le sexe, mais tantôt il y aura seulement absence d’un sexe prononcé, c’est-à-dire que l’extérieur ne sera ni celui de l'homme, ni celui de la femme; il y aura combinaison des caractères physiques et même des aptitudes morales , de manière qu’il sera impossible de reconnaître les propensions prédominantes ; ce sera alors l 'hermaphrodisme neutre avec . absence de sexe prononcé ; tantôt, il y aura conformation sexuelle mixte : c’est-à-dire, qu’on trouvera un véritable mélange plus ou moins distinct des parties de l’appareil génital mâle et de l'appareil génital femelle, ne sera l'hermaphrodisme neutre bissexuel ou avec appareil sexuel mixte. Quoique ce
dernier genre se rapproche de l’hermaphrodisme absolu que nous avons admis pour les plantes et les animaux inférieurs , cependant il en diffère essentiellement , puisque ceux qui en sont affectés n’ont pas la faculté de féconder ou d'être fécondés.
Un des faits les mieux connus de celte classe est celui qui a trait à l’individu connu tour à tour sous les noms de Marie Dorothée Derrier, et Charles Durgé. Né à Berlin en 1780, il fut baptisé comme fille et conserva pendant les vingt premières années les habitudes et les vêtements de son premier sexe. Examinée plusieurs fois par les plus célèbres médecins , Dorothée changeait de sexe à chaque examen, c’est-à-dire que tantôt on la considérait comme femme, tantôt comme homme, tantôt comme n’apparler.ant à aucun sexe. S’appuyant cependant sur l’opinion qui fallait le plus sa vanité, Dorothée prit à vingt ans les vêtements et la manière de vivre de l’homme et se fit appeler Charles Durgé. C’est sous ce nom qu’il a vécu à Bonne, depuis 1820 jusqu’en 1835, époque de sa mort. « Durgé, dit le professeur Mayer, aimait à se ranger parmi les hommes, mais il montrait une certaine prédilection pour les femmes, vers lesquelles ne l’entrai nait cependant aucun désir érotique. Son caractère était un mélange de l’homme et de la femme... Ce fait est d’autant plus curieux que la nécropsie laissa dans le doute sur la nature du sexe; et il résulta des investigations anatomiques les plus minutieuses, que Marie Dorothée Durgé présentait combinés les attributs de l’homme et de la femme.»
On ne s’étonnera pas , après tous les détails dans lesquels nous venons d’entrer, que les anciens, si amis du merveilleux , aient regardé les hormaphrodites comme des monstres envoyés par Dieu dans sa colère, et présageant des malheurs publics; aussi, pour détruire au plus tôt ces funestes présages , on se hâtait de les mettre à mort ; plus tard, on se contenta de les bannir de la société et de les exiler au fond des déserts ; mais Constantin remit en vigueur cette loi barbare que les anciens Romains avaient empruntée au peuple grec. Cette coutume choquait même si peu les idées de nos ancêtres , qu’on voit au dix-septième siècle le premier médecin de Marie de Médicis , Rioïan , l’un des hommes les plus éclairés de son temps, après avoir examiné si l'on doit, à V exemple des Rc<mains, faire périr les monstres, résoudre la question par l’affirmative. A la vérité, Riolan établit comme une nouveauté hardie, qu’on pourrait, à la rigueur, se dispenser de faire périr les géants, les nains, les personnes qui ont six doigts, etc., pourvu toutefois qu’on les exilât au loin; mais quant àV être qui, moitié homme, moitié femme, fait injure à la nature, il doit être au plus tôt mis à mort.
A défaut de connaissances exactes, nos ancêtres n’ont pas été avares d’hypothèses pour expliquer la formation du type hermaphrodite. La plus généralement adoptée était celle de l'opération du démon. Dans l’astrologie judiciaire, on l’attribuait à la conjonction des planètes de Mercure et de Vénus. Mais la cause regardée comme la plus. efficace était la coïncidence d’une comète ou du signe des Gémeaux avec l’époque de la conception. «Ainsi dans plusieurs ouvrages anciens , dit M. Saint-Hi-
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laire, on trouve rapportée très-sérieusement î’histoire d’une femme qui, ayant conçu sous ce signe, donna naissance à la fois à quatre monstres dont trois étaient doubles.
Nous avons montré plus haut par quelles modifications de l’appareil génital s’opère l’hermaphrodisme, et nous avons vu que, quel que soit le type auquel il appartienne, il y a en général arrêt de développement ou excès de formation d’une ou de plusieurs parties de l’appareil générateur. Or, une fois admise, l’influence des parties constituantes de cet appareil sur l’organisation physique et morale, sur les aptitudes intellectuelles ou instinctives, on arrive facilement à expliquer les dispositions particulières de l’économie chez les hermaphrodites.
Quant à la cause première et originelle de l’anomalie, sans doute elle nous échappe dans sa spécification précise, mais sa modalité générale nous est connue, et c’est à M. G. Saint-Hilaire qu’on est redevable des données positives par lesquelles on est arrivé à prouver l’influence des perturbations survenues après la conception pour la formation des monstres dans l’espèce humaine. En provoquant à dessein des accidents divers pendant Fincubation artificielle chez les oiseaux, ce savant naturaliste est parvenu à renverser complètement le système suranné de la préexistence des germes, el à établir-, Je la manière la plus rigoureuse, les effets des perturbations sur la production des anomalies. Or, quoi de plus fréquent chez les femmes que ces perturbations pendantla grossesse? L’auteur du Traité de Tératologie a établi qu’il naît moins de monstres dans les classes aisées de la société que dans les classes les plus pauvres où les femmes sont obligées de se livrer, lors même qu’elles sont enceintes, à de pénibles travaux, et de plus, où elles ont souvent à souffrir de mauvais traitements de la part des personnes au milieu desquelles elles vivent. « Un fait que j’ai pu vérifier moi-même, dit le même auteur, est la fréquence plus grande des grossesses monstrueuses parmi les femmes non mariées. Les inquiétudes , les chagrins , les tourments de tout genre qui accompagnent et troublent si souvent les grossesses illégitimes, surtout chez les femmes enceintes pour la première fois, expliqueraient déjà suffisamment cette fréquence plus grande ; mais elle tient aussi, en partie, aux précautions dangereuses que les femmes nonmarieés prennent souvent pour dissimuler leur grossesse, ou même aux tentatives d’avortement auxquelles elles ont recours pour la faire cesser.»
Un axiome tératologique ancien avait déjà proclamé ce principe, en admettant que les monstres sont plus fréquents pendant les temps de guerre :
Monsiruum omne belli lempore exstat crebrïus.
H. Landouzy.
hermétique (science), nom sous lequel on désigne l’alchimie.
herniaire ( path .), adj., se dit des choses qui ont rapport aux hernies. (Voy. ce mot.)
hernie [chir.], s. f. (de ernos, branche, rameau) On désigne ainsi d’une manière générique l'issue complète ou partielle df un organe mou hors de la cavité qui je renferme habituellement. L’expression
d’organe mou , que nous avons employée à dessein, indique assez que les os ne sont pas compris dans cette définition; leurs déplacements portent un nom particulier. (Voy. Luxation.) Ainsi, d’après ce que nous venons de dire, qu’une portion du cerveau ou du poumon s’échappe à travers une ouverture faite au crâne ou à la poitrine, qu’un muscle fasse saillie hors de la gaine fibreuse qui l’enveloppe, ce seront autant de hernies ; mais ce nom est surtout réservé à la sortie des organes intestinaux par une ouverture (naturelle ou accidentelle) des parois de l’abdomen. Cependant; avant de parler de ces dernières, auxquelles notre article est spécialement consacré, nous dirons quelques mots des hernies de l’encéphale et du poumon, renvoyant pour celles des muscles et de l’iris aux articles qui traitent de ces organes et de leurs maladies.
§ l. Hernies du cerveau et du cervelet. —
! J Hernies du cerveau (encéphalocèles) . Elles se forment chez de jeunes sujets dont le crâne n’est pas encore complètement ossiflé ; on les rencontre donc au niveau de ces espaces membraneux nommés fontanelles. Elles peuvent aussi se produire à la suite de pertes de substance éprouvées par le crâne à la suite de blessure ou de nécrose. Elles se présentent sous forme de tumeurs dont la configuration est subordonnée à celle de l’orifice qui donne passage au cerveau; généralement elles sont arrondies, molles, circonscrites, indwlenies, sans changement de couleur à la peau, donnant à la main qui les presse la sensation de battements artériels isochrones à ceux du pouls; si le malade fait une forte inspiration, la tumeur paraît plus tendue; en la comprimant, on produit de la paralysie, du coma ou des convulsions. La portion sortie peut être plus large que l’ouverture, aloTS elle s’épanouit sur le crâne comme le chapeau d'un champignon , et l’on- sent moins bien les puisa fions du cerveau. Il faut faire rentrer la masse cérébrale sortie, mais cette opération n’est possible que chez les très-jeunes sujets, encore ne doiton pas la faire rentrer tout d’un coup, mais la comprimer progressivement, au moyen d’un appareil, jusqu’à ce qu’elle ait repris sa place et que toute la paroi du crâne se soit ossifiée. Chez les adultes, on se bornera à l’usage d’une calotte métallique, ou mieux en cuirbouiüi, qui mettra le malade à l’abri des influences extérieures.
2° Hernies du cervelet (parcncéphalocèles) . Elles sont fort rares; on n’en possède .que peu d'exemples. La tumeur siège à îa partie postérieure de la télé, n’offre pas de battements, en un mot, ne diffère en rien d'une loupe ordinaire. Aussi, dans un cas fort intéressant rapporté par feu le professeur Lallemant, qui le premier fit connaître celte maladie, on voulut opérer el la malade mourut. 11 faut donc être averti de l’existence de ces hernies afin de bien se tenir en garde contre une erreur aussi funeste.
§ II. Hernies du poumon.— Elles peuvent avoir lieu après la disparition d’une portion des os du thorax par suite d’une maladie organique ou de blessure, et elles sont constituées par le poumon qui s’avance dans l’ouverture qui lui est offerte, recouvert encore par la peau et les muscles peclo-
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raux. On reconnaît cette maladie à une tumeur circonscrite, indolente, sans changement de couleur à. la peau, siégeant sur les parties latérales de la poitrine, devenant plus volumineuse et plus ferme pendant l’inspiration, diminuant au contraire pendant l’expiration, et enfin, le plus souvent, rentrant avec facilité quand on la comprime. Le traitement, a pour but de maintenir le poumon réduit au moyen d’une plaque métallique bien rembourrée et fixée par des courroies élastiques.
§ III. Hëbnies abdominales. — Ces hernies sont formées par les différents viscères de l’abdomen, mais surtout parles intestins et leurs annexes, sortis de la cavité du ventre par une ouverture naturelle ou accidentelle. Dans le monde, le mot hernie est affecté à celte seule espèce, et c’est aussi le sens restreint que lui donnent les auteurs de l'antiquité, notamment Celse, écrivain du premier siècle de notre ère, et qui emploie celle expression comme vulgaire de son temps; dans le moyen-âge, et par corruption, on se servit du mot hargne, d’où dérive l’épithète de hargneux donnée aux individus chagrins et maussades, parce que la maladie dont : nous parlons aigrit quelquefois le caractère par les incommodités qu’elle entraîne à sa suite ; dans les anciens traités de chirurgie et dans le monde, on appelle assez communément cette affection descente ou effort. Nous nous entendons bien actuellement sur la valeur du mot bernie, pris d’une manière générale ou particulière, et dans ce dernier cas en tant qu'affectant les organes abdominaux.
Du siège des hernies. La paroi antérieure du ventre, par laquelle s’effectuent le plus souvent les hernies, est formée de muscles et de lames fibreuses ou aponévroiiques ; ces deux ordres d’organes peuvent s’apprécier à la vue à travers le tégument commun, les parties saillantes appartiennent aux muscles, les parties déprimées aux aponévroses qui unissent et séparent ceux-ci. Or, les tissus fibreux se laissent distendre bien plus facilement que le tissu musculaire; c'est donc, à part les ou- 1 vertures naturelles, dans les parties où il existe des aponévroses que l.es hernies devront se produire. Ainsi, la ligne blanche (voy. Abdomen), surtout auprès de l’ombilic ou nombril, la région inguinale aux environs de l’anneau de ce nom (J.-L. Petit), peuvent être le siège de cette maladie. Lorsque des muscles ont été déchirés, coupés, détruits en partie par des blessures, des abcès, etc., la cicatrice qui se forme, étant de nature fibreuse, peut céder sous l’influence des efforts que font constamment les intestins pour sortir, et il se formera une hernie. A la partie du ventre qui répond à l’atne, les tissus fibreux et musculaires qui existent en ce point se divisent pour laisser une ouverture en forme de canal oblique que l’on nomme canal inguinal; c’est le siège le plus fréquent des déplacements intestinaux. Au-dessous est Vanneau crural , donnant passage aux vaisseaux destinés à la cuisse et à la jambe, et qui, chez la femme principalement, est une cause assez commune de hernies (voy. l'article Aine) ; enfin, à la partie inférieure de l’abdomen, les intestins peuvent traverser certaines ouvertures osseuses, telles que le trou obturateur , l’echancrure sciatique , ou bien faire saillie au périnée ,
dans le vagin et dans la vessie , mais ces derniers cas sont fort rares et très-obscurs; il en est de même des hernies vers les flancs, dont J.-L. Petit a cité un exemple fort curieux. Quant aux déplacements qui peuvent se faire à travers le diaphragme, il en a été parlé à l’occasion des maladies de ce muscle.
Causes deshernies. Les dispositions anatomiques que nous venons d’énumérer sont des causes qui prédisposent aux hernies, et cela d’autant plus que les tissus fibreux seront moins résistants et que les ouvertures naturelles seront plus larges; mais ces conditions peuvent encore être exagérées par certains étals morbides. Ainsi les aponévroses seront notablement affaiblies quand elles auront été fortement distendues, comme dans la grossesse elles hydx-opisies. Quand une personne perd son embonpoint , les aponévroses sont relâchées et les ouvertures naturelles dilatées, il y a donc dans ce cas danger fort grand de hernies : d’un autre côté, la mobilité, j’ai presque dit la fluidité, des intestins leur permet de s’échapper facilement, et ici entrons dans quelques détails sur le mécanisme des hernies. Dans l’état ordinaire, la masse iùlestinale est maintenue dans le ventre parla pression des parois de cette cavité, contre laquelle les intestins réagissent avec une force égale à celle qui les comprime ; que la pression augmente, la réaction augmentera dans la même proportion, et les viscères intestinaux tendront à sortir par toute voie qui leur sera offerte. Or, les ouvertures naturelles dont nous avons parlé sont fermées par des membranes fort minces qui pourront céder sous l’effort des intestins et leur livrer passage; il en sera de même dans les autres points que nous avons mentionnés, si les aponévroses sont peu épaisses ou déjà éraillées. Les intestins sortent donc en refoulant devant eux les membranes qui les enveloppent habituellement, telles que le péritoine et les lames fibreuses qui doublent celui-ci; ils s’en font une enveloppe, une véritable coiffe, qu’on nomme sac herniaire. Telle est la manière dont se produisent les hernies, soit brusquement, soit avec lenteur. Énumérons maintenant les diverses influences qui peuvent entraîner ce fâcheux résultat. Dans les efforts violents, comme pour lutter, soulever un fardeau, aller à la selle, les muscles du ventre se contractent ; d’un autre côté, la glotte s’élanl fermée après une grande inspiration, les poumons restent remplis d’air et maintiennent le diaphragme abaissé; de ces différents phénomènes, il résulte que la cavité du ventre se trouve rétrécie et que la compression, dont nous venons de signaler les conséquences, existe au plus haut degré; il en sera de même chez les personnes qui porfent des ceintures ou des corsets trop serrés. L’équitation est une cause assez commune de hernies, soit par les secousses qui l’accompagnent, soit par la contraction continuelle des muscles du ventre pour maintenir le tronc dans sa rectitude; ces inconvénients seront encore augmentés si le cavalier est obligé de crier ou de jouer d’un instrument à vent. On a attribué à la position à genoux la fréquence des descentes que l’on rencontrait, dit-on, chez les moines; il faut ajouter aussi qu’ils chantaieut beaucoup à pleine voix. Les hommes en sont plus fré-
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quemment atteints que les femmes, él les adultes que les jeunes sujets. Quant aux professions, il est facile de voir, d’après ce que nous avons dit, que les personnes qui se livrent à de grands efforts, qui jouent des instruments à vent, que les crieurs, les cavaliers, etc., doivent être exposés aux hernies.
Anatomie pathologique. Les intestins n’ont pas toujours d’enveloppe : telles sont les hernies qui succèdent aux plaies pénétrantes du bas-ventre : mais dans les cas ordinaires, les parties déplacées sortent de leur cavité habituelle en refoulant les tissus voisins qui leur servent d'enveloppe. Nous avons donc dans une hernie à examiner les parties contenantes et les parties contenues, l° Les premières se composent d’abord de la peau qui tantôt reste mobile, tantôt devient adhérente; puis du tissu cellulaire sous-cutané plus ou moins épaissi, et transformé en un nombre plus ou moins considérable de lames fibreuses, suivant l’ancienneté delà maladie; au-dessous existent les tuniques aponévrotiques propres à la région, et enfin, le sac herniaire proprement dit. Ce sac, dont la connaissance est si importante pour le traitement des hernies , n’est autre chose qu’une expansion de la membrane séreuse interne du ventre, qu’on nomme péritoine. L’espace me manque pour entrer dans les détails anatomiques qu’exigerait l’examen de cette importante question ; je me bornerai à quelques remarques. Suivant que les viscères sont ou non dans la poche formée par le péritoine, le sac est complet ou incomplet. Ce sac présente à considérer un corps et un collet. Le corps est formé par toute la partie du péritoine située hors de l’ouverture herniaire. Sa surface externe est doublée d’un tissu cellulaire notablement épaissi et endurci dans les hernies anciennes, et souvent adhérent avec les tissus voisins; sa surface interne est lisse et humide, s’il n’y a point eu d’inflammation ; mais s’il en a existé, il s’est déposé une lymphe plastique, coagulable, qui détermine des adhérences sous forme de brides plus ou moins résistantes. Ces brides peuvent unir soit l’intestin au sac, d’une manière lâche ou intime, soit l’intestin à lui-même ou à l’épiploon, soit enfin l’épiploon au sac ou ce dernier à lui-même. Nous verrons, en parlant des complications, les dangers qui résultent de ces adhérences. Quelquefois les parois du sac sécrètent de la sérosité qui se trouve dans la hernie en quantité variable : c’est la présence ou l’absence de celle sérosité qui constitue les hernies humides ou sèches. Le collet, ou portion rétrécie du sac qui existe au niveau de l’ouverture herniaire , est plus ou moins allongé ou resserré suivant les parties. Il y a quelquefois plusieurs collets ; c’est lorsque la hernie est sortie à plusieurs reprises ; le sac présente alors des renflements séparés par des rétrécissements , ce qui lui donne l’aspect d’une gourde. Quelquefois les parois de la poche présentent des éraillures à travers lesquelles les intestins peuvent sortir et donner lieu ainsi à une hernie en dehors du sac. Mais en voilà suffisamment pour faire comprendre la structure des tumeurs herniaires ; j’arrive à l’étude des parties cojvtenucs. Il est évident que les organes qui sortent le plus facilement sont ceux qui jouissent d’une
pl:;s grande mobilité; aussi mettrons-nous en première ligne les intestins grêles , puis l’épiploon , les gros intestins, l’estomac; enfin la rate et le foie ont été rencontrés dans ces hernies monstrueuses que l’on nomme éventrations.
Les hernies prennent différents noms suivant qu’elles sont formées par tel ou tel viscère. Celles qui sont formées par l’intestin seul se nomment entérocèles ( enteron , intestin, kèlè, tumeur); celles formées par l’épiploon , épiplocèles ( épiploon , épiploon, hélé, tumeur). Enfin la réunion de ces deux parties dans le même sac prend le nom d’entéroépiplocèle. On doit voir que les différents organes que nous avons énumérés plus haut doivent surtout se rehcontrer dans les hernies formées près du lieu qu’ils occupent dans l’état normal.
Symptômes. Les symptômes des hernies sont locaux ou généraux.
1° Locaux. La hernie se présente sous forme de tumeur indolore, sans changement de couleur à la peau, de volume et déformé variables, tantôt globuleuse, tantôt allongée ou piriforme; ailleurs, irrégulière et bosselée, augmentant dans les efforts, la toux, etc., diminuant quand le malade est couché, rentrant lorsqu'on la comprime, sans bruit quandelle est formée par l’épiploon , et avec gargouillement quand elle est constituée par l’intestin. La consistance dépend surtout de la nature des parties contenues; molle et élastique dans les entérocèles, elle est pâteuse au contraire dans les épiplocèles ; dans les premières, les sensations que donne le toucher diffèrent suivant que l’intestin renferme des matières fécales ou des corps étrangers : s’il y a des gaz, la percussion présente de la sonoi’éité, ce qui n’arrive jamais dans les secondes. Celles-là sont ordinairement plus légères , à moins qu’elles ne renferment beaucoup de matières, les épiplocèles sont et doivent ê!re plus lourdes.
2° Symptômes généraux. Les digestions sont ordinairement altérées, l’appétit est moindre et les repas sont assez souvent suivis de coliques plus ou moins fortes. Au moindre écart de régime, la tumeur s’engoue, devient dure, tendue, douloureuse; ces douleurs viennent de la difficulté qu’éprouvent les aliments à circuler dans les intestins déplacés. Fort souvent il y a delà constipation, généralement enfin , les forces digestives sont diminuées. Rarement, dans les hernies ordinaires . réductibles, les autres fonctions sont altérées ; nous verrons bientôt quels sont les autres phénomènes qu’apportent les complications.
Marche et durée. La maladie se produit de deux manières différentes : 1°, tantôt lentement et alors dans le lieu où elle doit exister, on voit une petite tumeur qui augmente quand le malade est debout, quand il tousse, etc., et qui fait des progrès plus ou moins rapides ; 2° , tantôt elle apparaît brusquement au milieu d’un effort violent , faisant éprouver au malade une sorte de craquement accompagné de la sensation d’un corps qui s’échappe. Le volume delà tumeur varie depuis le volume d’une noix, jusqu’à celui delà tête d'un adulte et au-delà. F. Plater (obs. lxx) a vu une entérocèle inguinale ayant un pied et demi de hauteur sur trois de circonférence et pesant trente-quatre livres. Le ven»
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tre était déprimé, le malade mangeait peu, et allait à la selle tous les quatre ou cinq jours avec des douleurs inouïes. Le même auteur a vu chez une femme une hernie ombilicale, qui semblait un second ventre grefl'é sur le premier ; Planque, dans son curieux article Hernie (Bibl. de méd., t. v), a donné une figure d’un cas analogue, etc. Quant à la durée, si la maladie n’est pas traitée convenablement , elle accompagne le malade jusqu’au tombeau; il est cependant des exceptions dont nous allons parler en traitant des terminaisons.
Terminaisons. Les hernies peuvent se terminer par la guérison ou entraîner des accidents qui causent la mort du malade. La guérison peut survenir , 1°, quand, l'intestin étant réduit, une portion d’épiploon, l’ovaire, un testicule, etc., deviennent adhérents au pourtour de l’orifice et ferment le passage; 2°, quand, la hernie étant petite et formée brusquement, le péritoine revient sur lui-même et fait rentrer les parties déplacées ; 3°, d’autres causes, telles que l’action du froid ou une traction causée par le développement d’un viscère du ventre, peuvent aussi ramener la tumeur en dedans et donner le temps à l’ouverture de se resserrer, et aux tissus , situés au-devant, de contracter des adhérences qui s’opposent à une nouvelle issue. L’étude des complications va nous mettre à même de poser les cas dans lesquels la mort peut survenir.
Complications. On a regardé comme complication l’ancienneté des hernies, et en effet, lorsque la maladie existe depuis long-temps, l’ouverture s’agrandit, la masse intestinale sortie peut être assez considérable pour donner lieu à ces énormes hernies , dont nous venons de citer des exemples. Les parties herniées changent même de forme , se développent, et perdent, comme on le dit, leur droit de domicile dans l’abdomen; enfin, des adhérences peuvent rendre la réduction sinon impossible, du moins fort difficile. Les douleurs sont très-communes ; elles s’exaspèrent dans certaines circonstances , après les repas copieux, l’usage des légumes farineux ou indigestes , les vicissitudes atmosphériques , etc. La portion d’intestin sortie peut se remplir de gaz , de matières fécales ou alimentaires dures et volumineuses, qui rendent momentanément la réduction impossible; c’.est ce qu’on nomme ï incarcération ou faux étranglement ; mais l’accident le plus formidable qui puisse survenir, c’est l'étranglement proprement dit.
Il y a étranglement quand l’intestin ou l’épiploon sont tellement comprimés au niveau de l’ouverture qui leur donne passage que la réduction est impossible et que la circulation et le cours des matières fécales y sont interrompus. On n’admet plus aujourd’hui l’étranglement par constriclion spasmodique de l’anneau, mais on conçoit que cet anneau puisse être rétréci par là contraction des muscles qui s’y insèrent ; les autres causes principales de l’étranglement sont : l'épaississement du tissu cellulaire situé autour du collet du sac, des adhérences dans le sac entre les viscère et sa paroi , interne ou de celle-ci avec elle-même, l’issue d’une nouvelle quantité d’intestins par suite d’un effort, l'entortillement d'une anse intestinale, latuméfac-
tion et l’induration do l’épiploon, et enfin l’accumulation, dans l’anse intestinale herniée, de gaz ou surtout de matière fécale; l’étranglement qui survient alors est dit par engouement. La congestion inflammatoire des viscères peut encore produire le même effet.
Les symptômes de l’étranglement sont les suivants : de la douleur et delà tension dans la hernie, des coliques plus ou moins vives, bientôt des nausées suivies du vomissement des matières ingérées ou des boissons d’abord, puis de mucosités, de bile et enfin de matières fécales ; ces vomissements indiquent que le cours des matières est interrompu et qu’un mouvement anlipéristallique, inverse de celui qui tend à chasser les excréments par l’anus, s’estétabli dans le tube digestif. Il y a nécessairement constipation que les lavements ne peuvent vaincre, à moins que des matières ne se trouvent entre la partie étranglée et l’anus. Cependant, la tumeur herniaire se gonfle, la peau rougit, une véritable inflammation s’en empare ; si la hernie n’est pas réduite, si une opération faite en temps utile ne vient pas rétablir les choses dans l’état normal, la gangrène s’empare de la hernie, un calme trompeur vient remplacer l’agitation et la fièvre auxquels le malade était en proie; bientôt une sueur froide et visqueuse inonde tout son corps, un hoquet convulsif, des faiblesses, des syncopes se manifestent, le ventre et la tumeur s’affaissent, celte dernière devient molle, emphysémateuse, et le sujet ne larde pas à succomber dans le délire, ou au milieu d’une prostration profonde. Tels sont les phénomènes ordinaires de l’étranglement que nous avons supposé porté au plus haut degré de violence et de gravité; maisles choses ne se passent pas toujours ainsi : quelquefois la tumeur s’ouvre spontanément, les matières fécales s’écoulent au-dehors et il se forme un anus contre nature (voy. ce mot).
Variétés des hernies. Il nous reste actuellement à décrire les différentes espèces de hernies suivant le siège qu’elles occupent. Nous les décrirons dans l’ordre de leur fréquence et de leur importance chirurgicale
l« Hernie inguinale . Elle est formée par l’issue des viscères hors de l’anneau inguinal ; elle est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme et à droite qu’à gauche. Les auteurs ont établi une grande distinction suivant que la hernie s’est formée peu de temps après la naissance, lorsque la communication entre la tunique vaginale du testicule et le péritoine (voy. Hydrocèle) n’est pas encore oblitérée, ou bien lorsque la séparation n’existe plus. Dans le premier cas, la hernie prend le nom de congénitale ; dans le second, de hernie ordinaire.
A. La hernie inguinale ordinaire est dite interne ou externe, suivant qu’elle s’effectue directement par unefosselle qui existe dans l’abdomen, derrière l’orifice extérieur du canal inguinal, ou quelle suit le trajet du cordon spermatique dans le même canal ; ce dernier cas est de beaucoup le plus fréquent. Alors, par suite des causes que nous avons énumérées, les intestins, repoussant devant eux le péritoine, se fraient un passage jusqu’à l’anneau ( hernie intr a-inguinale ), puis dans l’aine (hubono-
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cèle), et finissent par descendre jusque dans le scrotum (oschéocèlc) . Dans les hernies inguinales externes qui durent depuis long-temps, l’ouverture qui leur donne issue s’élant beaucoup élargie, le canal oblique est détruit et la tumeur s’abouche directement avec l’abdomen.
B. La hernie congénitale ne diffère de la précédente que parce que les intestins descendent parla voie que nous avons indiquée jusque dans la tunique vaginale du testicule, qui sert alors de sac herniaire.
La hernie inguinale est surtout formée par l'intestin grêle et l’épiploon, mais plus rarement par le gros intestin, et on la reconnaît à sa situation dans l’aine et â son extension jusque dans les bourses.
2» Hernie crurale. Elle a lieu quand les viscères sortent par l’arcade crurale. Celte variété est bien olus commune chez les femmes que chez les hommes ; les intestins descendent verticalement sur le mili; u de la partie supérieure et antérieurs tis la cuisse, et il se forme en ce point ans tumeur arrondie ou ohlongue dont le grand axe est situé entravers de la cuisse, parallèlement à l’arcade crurale ; quelquefois, par son expansion, elle remonte jusque sur le pli de l’aine et cache ainsi son origine au chirurgien qui l’explore.
Les hernies crurale et inguinale peuvent être confondues avec un grand nombre de tumeurs susceptibles de se développer dans l’aine, mais d’abord on pourrait les prendre l’une pour l’autre; on évitera celte méprise en songeant : 1° que la hernie crurale est située profondément dans le pli de la cuisse et que l’on ne peu t apprécier par J e toucher ni son col, ni l’orifice qui lui a donné passage, tandis que la hernie inguinale est située plus haut, que l’on peut reconnaître son col, le pourtour de l’anneau , et souvent â sa partie postérieure, le cordon spermatique; 2° que la première s’accompagne seulede gêne dans les mouvements de la cuisse et quelquefois d’œdème. Quant aux tumeurs qui peuvent simuler des hernies, nous signalerons surtout pour la hernie inguinale : 1° l’hydrocèle, mais ici la tumeur offre de Sa fluctuation, de Sa transparence, elle s’esi formée de bas en haut, et, percutée, elle donne un son mat, conditions qui n’existent pas dans les descentes; 2° le sarcocèle, qui est dur, inégal, bosselé, douloureux, et s’est formé peu à peu au-dessous de l’anneau, là ou siège le testicule ; 3° quelquefois des engorgements, des inflammations des kystes en ont imposé pour des hernies non réductibles ; 4° l’issue tardive du testicule offre pour caractère la présence, dans l’anneau, d’un corps <âur arrondi dont la pression détermine des douleurs qui portent aux syncopes, et l’absence du testicule dans le côté correspondant du scrotum.
Quant à la hernie crurale, elle peut être simulée par des engorgements des ganglions lymphatiques dans haine ou des collections purulentes provenant quelquefois d’une carie de la colonne vertébrale ; mais dans ce dernier cas il y a delà fluctuation e! le liquide peut rentrer en faisant entendre un bruit de glouglou très-caractéristique.
3° Hernie ombilicale (omphalocèle, du grec omphalos , nombril, et de lièlè, tumeur) . Il faut l’examiner
à part suivant qu’elle existe chez les adul tes ou chez les enfants. 1° Chez les enfants elle se forme dans les premiers temps qui suivent la naissance; elle est duo surtout aux cris violents, aux efforts de toux et à la mauvaise habitude de comprimer les enfants dans leurs langes; dans ce cas, les viscères sortent par l’anneau ombilical qui ne s’est pas encore resserré et qui est assez ouvert pour leur donner passage. 2° Chez les adultes, l’anneau formant un noyau fibreux plein et résistant, les intestins ne pourraient y passer; aussi ialierniese fait-elle parune ouverture située dans le voisinage et produite accidentellement par l’écartement des fibres de laîigne blanche. Les hernies ombilicales des enfants renferment ordinairement une anse d’intestin grêle, mais chez les adultes l’épiploon, qui recouvre tout le paquet intestinal, y entre nécessairement avant tout autre organe. Dans le premier cas, la tumeur est arrondie, cylindrique ou conique, à base circulaire et • entrant avec facilité; dans le second, le corps de la hernie est allongé, ovalaire, ainsi que l'ouverture de l’abdomen; les bords sont minces et peu résistants ; la tumeur est située au-dessus, au-dessous ou sur les côtés du nombril; on aperçoit, sur l’un de ses côtés, la cicatrice ombilicale et à moins que la hernie ne cache l’anneau on le sent comme un petit corps dur et résistant. Quelquefois, mais bien rarement (deux fois sur cent), la hernie se fait, chez les adultes, par l'anneau distendu; alors la tumeur est arrondie, ainsi que son pédicule, et au sommet on aperçoit quelques faibles traces de la cicatrice du cordon.
4° Hernies de l’estomac ou mieux hernies épigastriques. On appelle ainsi celles qui se forment par la ligne blanche aux environs de l’appendice xyphoïde, et plutôt à gauche qu’à droite, la tumeur pouvant du reste être formée par le colon ou l'épiploon aussi bien que par l’estomac lui-même.
Cette hernie se fait jour à travers un éraillement de la ligne blanche, qui est déterminé par des contusions, des efforts violents ou en rejetant fortement les bras en arrière, etc. Elle apparaît sous forme d’une tumeur arrondie, de forme et de volume variables, le plus souvent accompagnée de douleurs très-vives à l’épigastre, avec dérangement dans les digestions, quelquefois, hoquet, vomissements, et autres symptômes de gastrite. Quelquefois il y a des spasmes, des convulsions, des étouffements, de l’anxiété, etc.
5° Hernies de la ligne blanche. Elles diffèrent peu, saufle siège, des hernies ombilicales des adultes; seuîemenlla tumeurest située plus haut ou plus bas. Chez certaines personnes , chez les femmes qui ont eu beaucoup d’enfants, par exemple, quelques parties de la ligne blanche trop distendue ne sont point revenues sur elles-mêmes , et restent relâchées, alors elles laissent proéminer les intestins, qui, comme nous l'avons dit , font toujours effort pour sortir; si toute la ligue blanche est ainsi relâchée, il se forme une tumeur énorme et comme un second ventre enté sur le premier.
6° Des hernies ventrales ou éventrations On désigne ainsi toules celles qui se forment dans les régions antérieures ou latérales du ventre, en dehors des muscles droits. Elles résultent d’un af*
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faiblisscment local des parois de l’abdomen, comme j il arrive à la suite de blessures, de phlegmons avec abcès, etc. Elles se manifestent sous forme de tumeur occupant un des points delà région que nous avons indiquée.
Des hernies peuvent encore se former par le trou ovalaire, l'échancrure ischiatique , le périnée, etc. ; mais ces cas sont assez rares , et le diagnostic est en général fort difficile, et exige toute l’attention du chirurgien. Nous renvoyons aux mots Matrice etFessx'epour l’histoire des hernies de ces viscères.
Le pronostic des hernies varie suivant plusieurs circonstances. Ainsi, les entérocèles offrent plus de gravité que les épiplocèles ; les hernies anciennes volumineuses, formées lentement, sont plus difficiles à guérir, mais aussi elles sont moins sujettes à l’étranglement : elles sont en général moins fâcheuses chez les enfants que chez les adultes et les vieillards. Quant aux complications, l’étranglement en est le plus grave à cause des accidents auxquels il donne lieu et surtout de la gangrène qu’il entraîne à sa suite.
Traitement. Nous partageons le traitement en deux grandes catégories, suivant queles hernies sont simples, c’est-à-dire complètement réductibles, exemptes de douleurs, et ne dérangeant pas les digestions, ou qu’elles sont compliquées de quelques-uns des accidents que nous avons signalés plus haut. Du reste, dans cet article, nous aurons soin, après avoir posé les généralités, d’indiquer tout ce qui ressort de spécial de la variété de hernie à laquelle on a affaire, en la considérant d’après le siège qu’elle occupe.
1° Traitement des hernies simples : il est de deux sortes , palliatif ou radical.
Traitement palliatif. Ce traitement consiste à réduire et à maintenir réduites les parties déplacées : on remplit la première indication au moyen de manœuvres dont l’ensemble porte le nom de taxis , et la seconde au moyen des bandages. Nous renvoyons au traitement des hernies étranglées tout ce qui se rattache à la description du taxis ; car c’est dans ce cas surtout, que les règles données par les auteurs trouvent leur application. Je passe donc de suite aux bandages.
Les bandages contentifs sont des appareils destinés à fermer l'ouverture herniaire , de manière à s’opposer à l’issue des intestins. Dans les cas pressés et chez les jeunes enfants , on appliquera sur la partie malade quelques compresses en plusieurs doubles, que l’on fixera à l’aide de tours de bande diversement disposés , suivant la région à laquelle on a affaire. Ainsi, une ceinture ou des tours de bande circulaires suffisent pour les hernies ombilicales , épigastriques, ou ventrales : pour celles de la région inguinale ou crurale , on se sert d’une bande que l’on fait tourner alternativement autour du tronc, au-dessus des hanches, et derrière la cuisse en avant soin de la ramener chaque fois au-devant de l’aine, afin de donner lieu à une figure en forme de 8, dont l’anneau supérieur, plus grand, embrasse le corps , et l’inférieur, plus petit , la cuisse ; l’entrecroisement ayant lieu dans le pli de l’aine, serre et maintient les compresses : c’est le spica.
Les bandages herniaires, proprement dits, oui
| brayers sont des appareils formés ordinairement d’un demi-cerceau métallique bien rembourré , terminé à chaque extrémité par deux plaques métalliques aussi et garnies d’un coussinet; l’une repose sur l’ouverture herniaire, et l’autre sur la partie diamétralement opposée du corps; une courroie fixée à la plaque postérieure complète la ceinture, et vient s’attacher à un bouton que présente la plaque antérieure ou herniaire. Les brayers ne sont guère employés que pour les hernies inguinales et crurales, quelquefois aussi, mais rarement , pour celles de l’ombilic. La pelote doit avoir une épaisseur suffisante pour que la plaque de fer ne soit pas douloureuse; elle doit dépasser les limites de l’ouverture herniaire et offrir assez de consistance pour ne pas céder à l’action de l’intestin. Il y a des bandages à pelotes fixes et à pelotes mobiles ; lesdernières sont préférables dans la plupart des cas, parce qu’elles suiventles mouvemements du corps; mais si la hernie était disposée à sortir avec violence, les pelotes fixes seraient plus convenables à cause de leur plus grande résistance. Quant au cerceau , sa tension doit être proportionnée à la tendance que la hernie présente pour s’échapper. Les bandages inguinaux et cruraux sont le plus souvent munis de courroies que l’on passe en souscuisse et qui vont de la partie postérieure à la partie antérieure des bandages; ces courroies empêchent l’appareil de remonter pendant la marche. En cas de besoin , des bretelles ou des courroies sus-scapulaires l’empêcheraientde descendre. Pour que le bandage soit convenablement appliqué , le malade doit être couché, et la hernie bien réduite. On déploie l’arc métallique, et l’on fait passer par derrière ia pelote postérieure, et par devant la pelote antérieure, que l’on place d’abord un peu au-dessus de l’ouverture herniaire, et que l’on fait doucement glisser à ce niveau , de manière qu’elle vienne remplacer la main que le chirurgien doit appliquer en cepoint, surtout dans le cas où la tumeur ressort avec une grande facilité. Le bandage doit être conservé jour et nuit , et le malade évitera de faire de grands efforts ou des mouvements trop brusques. Si le bandage est trop serré, il comprime douloureusement la partie sur laquelle il porte, et peut occasionner l’inflammation et même l’ulcération delà peau; cet accident arrive encore quelquefois quand la peau de chamois qui recouvre la pelote, s’étant imprégnée de sueur, s’est salie et endurcie. On aura soin de la faire renouvelei de temps en temps, ou d’interposer entre elle et le téguments une peau de cigne avec son duvet. Un bandage parfait , c’est-à-dire, qui n’incommode pas le malade, qui soit fixé de manière à ne pas se déranger, et oppose un obstacle insurmontable à la sortie des viscères, est rort difficile à rencontrer. Semblables à la plupai’t des marchands, certains bandagisles ont de mauvais appareils et ils veulent s’en défaire ; aussi les personnes qui n’ont pas soin de faire appliquer le brayer en présence d’un chirurgien sont-elles exposées à voir leur hernie se reproduire. Cela s’observe chez les pauvres auxquels on délivre des bandages gratuitement ou à bas prix. Chaque, jour les praticiens peuvent se I convaincre de la vérité de ces remarques, puisque
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chaque jour ils sont appelés pour réduire ou même pour opérer des hernies qui se sont échappées malgré l’appareil. Les moyens contentifs n’offrant pas de sécurité , on a depuis long-temps cherché à obtenir la cure radicale des hernies.
Traitement radical. Ce n’est pas ici le lieu de passer en revue les nombreux procédés imaginés dès l’antiquité pour guérir les hernies ; j’ai publié dans le Journal des Connaissances médicales (année 1837) l’historique de ces diverses méthodes; j’insisterai seulement sur un nouveau moyen, proposé par M. le professeur Gerdy, sous le nom d 'invagination, employé déjà sur près de (rente malades et couronné dans la majorité des cas par le plus brillant succès La donnée première de ce procédé, qui jusqu’à présent n’a été appliqué qu’aux hernies inguinales, est fort simple et consiste à oblitérer le canal herniaire à l’aide d’un bouchon formé aux dépens de la peau du scrotum. Cette peau, refoulée avec le doigt jusqu’au fond du canal, y est maintenue par un seul point de suture que l’on passe avec une aiguille courbe et dont les fiissont maintenus, noués en dehors, sur un rouleau de sparadrap. Comme on le voit, la peau est refoulée en forme de doigtde gant dans l’ouverture qui donne passage à la hernie et fixée dans celte position; cette opération est fort peu douloureuse. Voyons ce qui se passe par la suite. D’abord, la présence des fils eide la portion de peau invaginée déterminent une inflammation du tissu cellulaire renfermé dans le canal inguinal; cette inflammation, quisurvient en peu d’instants, est déjà parfaitement établie au bout de vingt-quatre heures, et l’adhérence entre le bouchon et les parois du conduit herniaire à cette époque est formée au point que les fils peuvent être retirés sans inconvénient. Les jours suivants l’adhérence devienlde plus en plus intime; le second ou troisième jour, M. Gerdy relire les fils, et, par les trous qui leur donnaient passage, s’échappe pendant sept à huit jours le produit de la suppuration qui se fait autour de la peau invaginée. En palpant la région de l’aine on ne sent plus seulement le cylindre invaginé, mais un noyau dur, légèrement sensible à la pression; bientôt son étendue se rétrécit considérablement, et on peut constater la présence d’un corps solide et résistant qui ferme et remplit le canal herniaire. Plus tard, l’anneau revient de plus en plus sur lui-même et le cul-de-sac invaginé se transforme en un cordon fibreux que l’on sent parfaitement chez les personnes opérées depuis long- temps. Le malade guéri par l’invagination doit, par précaution, porter encore pendant quelque temps un bandage, qu’il finit par abandonner quand l’anneau inguinal est bien fermé.
2° Traitement des hernies compliquées. Quand la hernie est ancienne et que les intestins semblent retenus par des adhérence , il faut maintenir le malade au lit pendant plusieurs semaines, le soumettant à un régime assez sévère et à l’usage des relâchants; on parvient ainsi quelquefois à faire rentrer des hernies très-volumineuses. Les douleurs étant souvent causées par des vents, suite de l’usage d aliments malsains, on donnera des lavements de camomille ou d anis, on fera des applications !
froides sur la tumeur, mais surtout on fera chan ger le régime du malade.
L’étranglement présente deux indications urgentes, la réduction ou l’opération. La réduction, que nous avons désignée sous le nom de taxis , se fait de la manièrs suivante : le malade est couché sur le dos, les cuisses relevées et la tête soutenue; on a eu soin de vider la vessie de son urine, elle rectum, des matières fécales qu’il pouvait contenir; alors saisissant doucement la tumeur dans la main on la comprime bien exactement, de manière à forcer les intestins de repasser par l’ouverture herniaire pour retourner dans l’abdomen. Quand la hernie est très-volumineuse, on peut, comme le propose M. Gerdy, la fractionner en quelque sorte, en saisissant la tumeur à quelque distance de l’ouverture, réduisant cette portion, reprenant la tumeur plus bas, et ainsi de suite. Quelques chirurgiens réussissent dans certains cas à réduire des hernies en les comprimant avec une extrême violence, mais cette manière d’agir à de graves inconvénients; si l’intestin est déjà enflammé ougangréné, on peut le rompre et causer une péritonite mortelle; dans le taxis est bien applicable celte maxime:
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
Dans le cas d’étranglement on pourra favoriser la réduction, en diminuant l’inflammation et la tension de la hernie au moyen de sangsues, d’applications de cataplasmes émollients ou même de réfrigérants tels que la glace pilée, la neige, etc., les lavements purgatifs, les lavements de tabac ont été conseillés et employés avec des succès divers. Si ces moyens et uue foule d’autres recommandés par les auteurs viennent à échouer, il faut en venir à l’opération ; c’est la seule ressource que l’on ait pour sauver la vie du malade. Si l’on opère de bonne heure les hernies étranglées, au bout de vingt-quatre heures, par exemple, on a beaucoup plus de chances de succès; ainsi on pourra sauver neuf malades sur dix, ou même dix-neuf sur vingt; plus tard, vers le quatrième jour, on n’en sauvera que quatre sur cinq ou même trois sur quatre, et ainsi de suite. Dans les hôpitaux on perd beaucoup plus detma!ades qu’eu ville, parce que dans le premier cas les malades n’arrivent qu’au bout de plusieurs jours, et que, souvent même, des efforts mal dirigés, des médicaments inutiles ou nuisibles, ont aggravé leur position.
L’opération a pour but de faire cesser l’étranglement. On incise avec précaution et couche par couche jusqu’au sac herniaire; on ouvre celui-ci avec la plus grande attention à ne pas blesser l’intestin, et alors glissant dans l’intérieur du collet du sac un bistouri boulonné, (droit ou courbé, comme celui de Cooper, ou terminé par une languette, comme celui de M. Gerdy), conduit ou non sur une sonde cannelée, on incise le collet eÜ’ anneau de manière à les élargir et à permettre aux intestins de rentrer. S’il y avait gangrène, on serait obligé d'emporter la portion d'intestin mortifiée et d’établir un anus contrenature. L’opération delahernie étranglée, que je ne fais qu’indiquer ici, estime des plus graves de la chirurgie : elle exige des connaissances anatomiques fort exactes et une main habile et exercée;
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une foule de circonstances plus ou moins fâcheuses peuvent se présenter; un grand nombre sont prévues et constatées par des exemples ; mais le plan de cet ouvrage ne permet pas d’aborder de pareils détails ; des volumes ont été écrits sur cette question et elle n’a pas encore été épuisée. Les personnes qui seraient désireuses de détails pourront consulter les Traités généraux de chirurgie de Boyer, Samuel Cooper, et ou les Monographies spéciales de Richter, Lawrence, Cooper, ou enfin le grand ouvrage que commence à publier M. Thompson.
Be AUGE AND,
Docteur médecin, ancien interne des Hôpitaux.
herpès, ( path .), s. m., en français, dartre ; le mot herpès vient du grec erpein qui signifie ramper et qui exprime un des caractères essentiels de la maladie.
Cet article devait être confié à une plume plus exercée que la nôtre. La mort, en enlevant le professeur Alibert à la science et à ses disciples qui le chérissaient , a privé ce dictionnaire de l’un de ses collaborateurs les plus distingués ; quant à nous qui fûmes son élève interne à l’hôpital Saint-Louis nous essaierons de le suppléer ici, en résumant surtout ce que nous avons vu et pris dans les leçons cliniques de ce praticien célèbre.
L’herpès est une des affections de la peau les plus fréquentes de celles qui constituent le groupe des dermatoses darlreuses. (Voyez le mot Dartres.) Ce mot comprend la plupart des maladies désignées dans le monde sous le nom de dartre vive, écailleuse, farineuse, et par les médecins sous celui de lepra, psoriasis, pityriasis, eczema, lichen, etc.Quelques pathologistes ont, il est vrai, distrait le mot herpès de son acception primitive en donnant ce nom à V olophlyctis , affection légère et à marche toujours aiguë; mais, comme le remarque M. Alibert, « les langues scientifiques sont des langues européennes, et il faut respecter les dénominations consacrées. » Nous nous servirons donc du mot herpès pour désigner une affection essentiellement chronique de la peau, se développant le plus souvent par place et caractérisée par la desquamation de l’épiderme, celui-ci se détachant par parcelles ou petites plaques, qu’on a comparées à du son, à de la farine, à des écailles; la maladie pou- Arant d’ailleurs s’accompagner, soit de vésicules ou d’une exhalation de sérosité, soit de croûtes, soit de petites éminences qui rendent la peau rude au toucher (papules) ; soit enfin d’une simple rougeur inflammatoire; cette affection n’est jamais contagieuse, du moins dans nos climats.
L'herpès présente à considérer, deux espèces bien distinctes, et qui pourraient même à cause, de leur importance constituer deux genres différents, si elles n’étaient intimement liées parleur marche et par leur nature, et si elles ne passaient de l’une à l’autre par une transition insensible; l’une est l'herpes squamosus , dartre squameuse; l’autre, Yherpes furfuraceus, dartre furfuracée. Chacune' de ces espèces se divise elle-même en variétés im- ! portantes à étudier; indiquons d'abord rapidement I
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les caractères distinctifs de ces deux espèces. Dans la dartre squameuse , les écailles de l’épiderme sont plus larges, la partie de la peau envahie par l’éruption est moins bien circonscrite que dans la seconde espèce; elle s’accompagne ordinairement, surtout au début, de petites vésicules, d’un suintement séreux, de croûtes et de papules ; la démangeaison est presque constante; enfin la dartre a plus souvent son siège au pli des articulations et aux membres dans le sens de la flexion. La dartre furfuracée est caractérisée par des écailles épidermiques plus petites et qu’on a comparées à de la farine ; elle ne s’accompagne jamais de vésicules, de suintement, ni de croûtes, la démangeaison est plus rare. Le siège le plus ordinaire de celle dartre, est au coude , au genou, au dos et en général dans le sens de l'extension des membres.
A. l° Première espèce. Herpès squamosus, dartre squameuse. ( Eczéma ; herpès milliaria, phlyctenodes; lichen, dartre vive des auteurs. J
Nous ferons ici quelques changements aux variétés admises par M. Alibert, et, à cause de leur importance , nous décrirons à part chacune d’elles.
Première variété. Herpes sqamosus madidans, dartre squameuse humide ( Alibert ) ; (Eczema rubrum et simplex. W .J Cette variété est la plus fréquente de toutes. Son siège ordinaire est chez la femme, derrière les oreilles, au sein, aux mains, sous les aisselles, aux jointures, aux parties génitales; on l’observe en outre chez les hommes, à la marge de l’anus, aux jambes, au scrotum, au bras, au visage, etc.
Causes. Cette dartre se développe sous l’influence d’un état particulier et inconnu de l’économie ( diathèse darlreusej, lié surtout à un tempérament lymphatique ou bilieux, aux modifications qu’éprouve le corps à la suite des couches, à l'époque de la première menstruation ou de la cessation des règles dans la femme; à l'hérédité, aune vie trop sédentaire, à des chagrins prolongés, etc. L’économie ayant été ainsi modifiée, les causes occasionnelles qui déterminent l’apparition de la maladie, sont la malpropreté, le contact de la poudre, de substances irritantes, comme on l’observe chez les épiciers, les broyeurs de couleurs et les galeux qui se frottent avec certaine préparation, etc.; le froid, l’exposition au soleil, une émotion morale subite, la gale, etc. Nous pensons que l'habitude qu’ont les femmes de tenir leurs oreilles serrées dans leur coiffure, est la cause des dartres qu’elles ont si souvent derrière les oreilles. La dartresquameuse du sein a presque toujours pour origine la gale, comme nous l’avons remarqué; chez les vieillards on l’observe fréquemment aux jambes où la circulation du sang se fait d’une manière imparfaite. L’application de cataplasmes faits avec de la farine de graine de lin un peu rance, produit aussi une éruption douloureuse qui ne persiste pourtant que chez les sujets prédisposés à Ja maladie.
Symptômes. Au début, l’affection commence par une éruption de vésicules agglomérées, très-petites, et visibles quelquefois seulement à la loupe. Aux
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mains à cause de l’épaisseur de l’épiderme, les vésicules sont plus apparentes; elles sont large, aplaties et différentes par là des vésicules de la gale. Le liquide que conliennentles vésicules, clair d’abord, se trouble bientôt et s’épanche au-dehors en formant des écailles plus ou moins larges ; la peau au-dessous est rouge et enflammée, elle est le siège d’une démangeaison variable, mais quelquefois très-vive ; bientôt les vésicules cessent de seformer; il existe seulement un suintement d’une humeur claire qui caractérise la variété, et l’épiderme se détache continuellement en lamelles. En examinant la peau qui est d’un rouge vif et luisante, on aperçoit çà et là des petits points plus rouges, qui sont les pores par où s’échappe le liquide qui tache le linge. Cette sécrétion d’humeur est d’autant plus abondante que l’inflammation est plus forte; quelquefois elle cesse presque entièrement, et la peau semble ne présenter que des écailles d’épiderme.
Lorsque la maladie a duré quelque temps, il survient des gerçures et excoriations ; la peau s’engorge et se gonfle quelquefois; ce dernier accident s’observe surtout aux oreilles qui éprouvent une véritable hypertrophie ; cette dartre a en outre de la tendance à s’étendre, et à se porter d’un point du corps à un autre ; quelquefois elle gagne de proche en proche les muqueuses du conduit de l’oreille, du nez, des parties génitales, et devient alors très-rebelle. Un des symptômes les plus affreux qu’elle peut offrir, est un prurit extrême qui porte le malade à se gratter et à se déchirer avec ses ongles.Ce symplômeest exaspéré par l’usage des excitants, du vin, du thé, du café, des liqueurs, parla chaleur du lit, parles variations atmosphériques ; il peut être porté à un point que les malades cessent de goûter tout repos, se croient plongés dans une chaudière d’eau bouillante , et qu’ils manquent d’expressions pour exprimer les souffrances qu’ils endurent. Cette dartre non traitée a toujours une durée très-longue et quelquefois indéfinie. Lorsqu’elle se développe accidentellement chez des sujets dont la constitution n’a pas éprouvé la modification inconnue qui entretient la maladie, elle peut avoir une marche aiguë et se terminer en moins de quinze jours à trois semaines.
Le plus souvent, l’affection dartreusene trouble en rien les autres fonctions de l’économie. Dans quelques cas, celles-ci, auparavant malades, semblent même se rétablir après l’apparition de la dartre. Mais d’autres fois quand l’herpès a envahi une grande partie du corps , les organes intérieurs s’affectent, et on a vu des malades succomber dans le marasme et épuisés par la souffrance.
Cette affection, après qu’elle a été guérie, a en outre une fâcheuse tendance à récidiver, et elle exige pendant long-temps, chez les personnes qui en ont été affectées , la continuation des mêmes soins et du même régime.
Il importe de ne pas confondre cet herpès avec la gourme ( achor mucifluus, Alib.) qui attaque les petits enfants. Dans cette dernière maladie , l’humeur qui suinte se convertit en croules jaunâtres molles , que l’on distinguera facilement des squames dartreuses.
Traitement. L ’herpes squamosus madidans réclame toujours et surtout à son début un traitement antiphlogistique local ; et c’est faute de reconnaître cette indication que l’on aggrave souvent des dartres que l’on eût pu guérir facilement. La partie malade sera rasée, si elle est couverte de poils, et on appliquera dessus au moins pendant chaque nuit un cataplasme fait avec la fécule de pommes de terre. Ce cataplasme sera mis à nu , ou bien on interposera seulement une gaze fine et très-claire. Il n’est peut-être pas inutile de dire ici que l’on prépare ce topique comme l’empois ordinaire, c’està-dire, qu’il faut délayer la farine dans l’eau tiède avant de la faire cuire. Placée de suite dans l’eau bouillante, elle prendrait en grumeaux. Sous l’influence des cataplasmes, on verrales écailles tomber, et la peau se nettoyer; on aura recours en même temps à des lotions avec de l’eau de son , avec de l’eau de guimauve, et de la décoction de tête de pavots. Si l’inflammation est forte , si le sujet est lymphatique et a la peau irritable, on fera bien d’appliquer quelques ventouses scarifiées sur le lieu de l’éruption. La saignée est indiquée lorsque le malade est fort et pléthorique. Les bains simples généraux , pris deux à trois fois par semaine , sont indispensables. Lorsque le mal a quelque étendue, on pourra aussi commencer à oindre pendant le jour la partie affectée avec la pommade suivante :
Prenez axonge bien fraîche, 1 once,
calomel, 1 gros,
extrait ihébaïque, 8 grains.
On calme les démangeaisons , souvent si vives, par des lotions émollientes et narcotiques , (une décoction de mauve, de jusquiame et de morelle, parties égales, par exemple) rendues légèrement acides par un peu de vinaigre ou de jus de citron. Nous avons vu un cas où une dissolution légère d’acide oxalique en lotions a calmé un prurit affreux. A l’intérieur, pendant la durée du traitement, le malade fera usage de tisane de douceamère ou de pensées sauvages. Il se purgera une fois par semaine avec de l’eau de Sedlilz ou un autre purgatif salin ; il se nourrira bien , mais il évitera avec soin l’usage de tous les excitants ; le petit-lait , pris dans la saison convenable , pourra lui être prescrit.
Lorsque l’apparition de la dartre aura coïncidé avec la disparition d’une affection interne, il sera prudent, avant de tenter la guérison , d’établir un cautère au bras gauche du malade.
Ce premier traitement doit se continuer un mois et plus , jusqu’à ce que l’inflammation ail presque disparu, et qu’il n’existe qu’un peu de suintement, souvent même il est suffisant pour obtenir la guérison. Lorsque la desquamation épidermique persiste ou que la peau reste tendue, rouge, luisante, il faut alors recourir aux modificateurs locaux et généraux ; parmi eux le soufre tient le premier rang; on l’administre en pommade (pommade soufrée) ; en lotion ; on se sert alors d’eau de Barèges naturelle ou artificielle. Le professeur Alibert faisait souvent usage d’une solution renfermée dans deux bouteilles étiquetées n° 1 et n° 2; la première sur un litre d’eau contenait deux onces de sulfure
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de potasse; la seconde , pour la même quantité d’eau, renfermait trois onces d’acide sulfurique du commerce ; au moment de s’en servir, le malade mettait un verre à liqueur de chaque dans une cuvette d’eau chaude, aux trois quarts remplie, et s’en lotionnait les parties affectées pendant vingt minutes , et à l’aide d’une éponge fine. On prescrit aussi fréquemment des bains sulfureux, que l’on compose en ajoutant quatre à six onces de sulfure de potasse à l’eau d’une baignoire en bois ou en zinc. Les eaux de Barèges, de Cauterets, d’Uriage près Grenoble, sont également conseillées pour l’usage interne et externe ; ces dernières eaux ont eu à nia connaissance des succès remarquables. A l’intérieur, le soufre se prend en tablettes ( pastilles soufrées quatre àcinq par jour) et en solution (trois à quatre verres d'eau de Barèges par jour ; on boit celte eau soit pure, soit coupée avec du lait, de l’eau de gruau , etc.).
Lorsque le prurit est très-intense, on peut user de la pommade suivante :
Prenez aïonge, 1 oDce.
prolo-chlorure ammoniacal de mercure 1 scrupule,
camphre, 12 grains.
M. Alibert avait recours , avec le plus grand succès, à la cautérisation de la dartre avec le nitrate d’argent, pu avec l’acide hydrochlorique étendu d’eau. Dans les éruptions de peu d étendue, les praticiens ont coutume de prescrire la pommade suivante :
Prenez axonge, 1 once.
turbilh minéral , 1 scrupule,
laudanum, 12 goulles.
Mais il nq faut pas oublier, dès que l’inflammation se ranime, de recourir aux émollients et en particulier aux cataplasmes de fécule de pommes de terre.
Le traitement intérieur doit être aussi plus actif dans cette seconde période de la nia’adie; on conseillera les dépuratifs ordinaires, la tisane de chicorée, de houblon, de salsepareille, les sucs d’herbes, les préparations antimoniales; souvent on fait prendre chaque jour au malade une pilule de Plumer ou de Belloste. On conseille encore la limonade sulfurique (vingt gouttes d’acidesuifurique pour un litre d’eau), une solution alcaline ( un à deux gros de sous-carbonate de soude par litre d’eau d’orge). Les purgatifs salins doivent aussi être continués ; c'estdu reste à la sagacité du médecin qu’il appartient de faire un choix parmi ces .médicaments, suivant l’étendue de la dartre et le tempérament du malade. Quelques praticiens prescrivent , dans les cas rebelles, les préparations arsénicales ; mais l’emploi de ces poisons est trop dangereux et trop infidèle pour que nous croyons devoir le conseiller.
Enfin, dans tous les cas, il est urgent d’éloigner les causes qui ont paru favoriser le développement de la maladie.
Deuxième variété. Herpes squamosus melitagrosus; dartre squameuse mélitagreuse ( eczema , impetiginodes, Willan). Cette variété diffère de la première par une inflammation plus vive et par la présence de quelques croûtes provenant de pustu-
I les développées parmi les vésicules ; sa marche est aussi plus souvent aiguë ; elle réclame surtout le Irailemenlantiphlogistique et l’application des cataplasmes de fécule de pommes de terre, que nous avons indiquée pour la première variété.
Troisième variété. Herpes squamosus siccus ; dartre squameuse sèche. M. Alibert avait fait de cette variété le type de l’espèce ; elle est caractérisée par l’absence de tout suintement et par la production continuelle, à la surface de la peau, de larges écailles d’épiderme. Elle succède fréquemment à la première variété; d’autres fois elle est primitive, et la désquamalion s’établit peu à peu dans un espace en général mal circonscrit; elle s’accompagne assez souvent de vives démangeaisons. Celte variété est très-rebelle; elle réclame bien plus rarement que les deux autres le traitement antiphlogistique; il est préférable de recourir de suite aux excitants locaux, sauf à modérer l’inflammation si elle se manifestait avec trop de violence ; on aura donc recours à la seconde partie du traitement indiqué pour la première variété : la cautérisation avec le nitrate d’argent, les bains de vapeur, les douches locales de vapeur ou d’eau sulfureuse, sont surtout indiqués. C’est dans cette variété que les vésicatoires appliqués sur le siège du mal ont eu du succès; nous avons aussi employé avec avantage une pommade composée avec le tannin ou l’extrait de noix de galle, rendu plus soluble dans l’axonge par l’addition d’une petite quantité d’élher.
Qualrième variété. Herpes squamosus papulosus ; dartre squameuse papuleuse ( eczema , lichen agrius et quelques autres variétés de lichen deWillan). Celte variété est caractérisée par une éruption de vésicules (petites éminences de la peau, rudes et ne contenant aucun liquide dans leur intérieur) sur un espace plus ou moins bien circonscrit delà peau. Tantôt les vésicules dominent, il y a alors un suintement d’humeur et il se manifeste des gerçures et des excoriations; tantôt il n’y a, pour ainsi dire, que des papules et formation d’écailles épidermiques ; la peau, toujours rude et rugueuse, est dans quelques cas épaisse; une démangeaison assez vive se fait constamment sentir. Celle variété s’observe, le plus ordinairement, aux mains, aux bras, quelquefois à la face et sur le tronc; on l’a vue former un grand segment de cercle ( lichen circumscriptus) et simuler aussi la dartre furfuracée arrondie, mais elle en diffère par la présence des papules et la grandeur dél aie de cercle; quelquefois on n’aperçoit plus de papules, et le diagnostic est alors plus difficile : mais ces cas sont rares. En général, l’éruption est toujours moins bien circonscrite et moins générale que les plaques de la dartre furfuracée.
Cette variété réclame le traitement adoucissant lorsqu’il y a beaucoup de suintement et qu’il existe des signes d’inflammation (rougeur, cuisson, chaleur) ; on appliquera donc des cataplasmes de fécule de pommes de terre, des ventouses scarifiées, et on aura recours aux lotions émollientes, aux bains généraux, etc. Après que l’inflammation sera calmée, ou de prime-abord si elle n’existait pas, on fera usage des préparations excitanles, sulfu-
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reuses et autres indiquées plus haut. C’est surtout dans cette variété que nous avons vu réussir la cautérisation avec le nitrate d’argent ; on emploie aussi avec avantage les douches locales sulfureuses et les bains alcalins locaux ou généraux (huit onces de sous-carbonate de potasse pour un bain entier). Quand cette dartre a son siège aux mains, l’on prescrit souvent la pommade de turbith minéral, dont nous avons donné la formule plus haut.
Les quatre variétés que nous venons de décrire présentent, à considérer sous le rapport de leur siège, des particularités importantes qui nous obligent à décrire à part quelques-unes d’entre elles comme des sous-variétés.
Dartre squameuse de l'oreille. On l’observe fréquemment chez la femme, comme nous l’avons dit ; elle peut pénétrer dans le conduit auditif et déterminer un épaississement qui amène de la surdité. Elle réclame alors des injections émollientes et, plus tard, sulfureuses ; quelquefois on introduit dans le canal auditif des corps dilatants (de la racine de gentiane ou de l’éponge préparée) pour prévenir le rétrécissement et même l’oblitération de ce conduit.
Dartre squameuse des paupières. Cette sous-variété est quelquefois très-rebelle. On emploie souvent pour la combattre la pommade suivante :
Prenez onguent rosat 2 gros.
précipité rouge de mercure 4 grains,
laudanum de Rousseau 6 gouttes.
On en enduit le soir le bord des paupières, en employant chaque fois le volume d’une té te de grosse épingle pour chaque œil.
Dartre squameuse des lèvres et du nez. Cette affection est également opiniâtre. On emploiera au début les lotions émollientes, et plus tard les douches de vapeur, les préparations astringentes de plomb, de zinc, etc. Lorsque la dartre a pénétré dans les narines, on fait aspirerau malade de l’eau de cerfeuil ou priser de la poudre de calomel avec ménagement.
Dartre squameuse du sein. Elle est très-fréquemment la suite de la gale (voy. ce mot). On doit insister surtout sur l’emploi des émollients et des cataplasmes de fécule de pommes de terre, à cause de l’extrême irritabilité des mamelles; on pourra ensuite faire quelques onctions avec la pommade soufrée. Il est inutile de dire que si l’éruption psorique persistait, il faudrait d'abord la combattre.
Dartre squameuse des parties génitales et de l'anus. Cette sous-variété a été prise quelquefois, par des médecins peu attentifs, pour une affection vénérienne. Elle peut avoir son siège chez la femme au mont de Vénus, aux grandes et même aux petites lèvres ; chez l’homme au scrotum et au membre viril. Elle s’accompagne ordinairement d’une démangeaison excessive et très-pénible pour le malade; elle tourmente surtout les femmes, chez lesquelles on l’a vu même déterminer un commencement de nymphomanie. Une jeune dame s’est suicidée, nepouvant calmer les souffrances qu’elle endurait. Après avoir essayé les bains généraux long-temps prolongés, les lotions narcotiques et
| émollientes, les malades pourront recourir aux fumigations et aux douches sulfureuses, aux lotions légèrement acides ou alcalines, ou bien faites avec une dissolution de cyanure de potassium (quarante-huit grains pour un demi-litre d’eau distillée) : il faudrait se garder d’avaler ce liquide, qui est un des poisons les plus énergiques ; il faut savoir aussi qu’il s’altère promptement et qu’on doit l’employer de suite. Nous avons vu également le professeur Alibert employer avec succès la cautérisation au moyen du nitrate d’argent. La pommade de turbith minéral a quelquefois réussi dans plusieurs cas de dartres des parties génitales.
Dartre squameuse des jambes. Les vieillards affectés de varices ou qui se tiennent long-temps debout sont souvent atteints de dartres aux jambes. La maladie revêt alors un caractère de chronicité tout particulier, et devient très-opiniâtre ; l’épiderme est souvent mince, tendu, luisant, et la peau prend une teinte livide. Le repos au lit est presque indispensable pour obtenir une guérison durable; on calmera l’inflammation par des cataplasmes de fécule de pommes de terre, et on aura ensuite recours aux préparations toniques et astringentes ; les bains sulfureux sont très-avantageux. Après la guérison le malade devra porter un bas lacé.
D. 1° Seconde espèce. Herpes furfuraceus ; dartre furfuracée ( pityriasis , lepra et psoriasis de Willan). Cette espèce est caractérisée par la production, à la surface de la peau, de très-petites écailles d’épiderme qui ne sont pas accompagnées des vésicules, des papules, du suintement et des phénomènes inflammatoires qu’on observe ordinairement dans la première espèce d’herpès ; les écailles sont aussi moins larges et ressemblent plus à du son ou de la farine ( furfures ). Pourtant, lorsque la maladie a vieilli, il se détache quelquefois des lambeaux d’épideraié assez larges; mais en remontant à l’origine du mal on pourra toujours s’éclairer sur le diagnostic.
Nous étudierons les variétés suivantes de Ylierpes furfuraceus.
Première variété. Herpes furfuraceus vôlatilicus; dartre furfuracée volante ( pityriasis , vulg. dartre farineuse). Dans cette affection, qui est en général sans gravité, la peau n’est pas rouge ou l'est à peine; l’espace malade est irrégulier et mal circonscrit, il s’en détache facilement etpar le moindre frottement de petites écailles d’épiderme semblables à de la farine; la démangeaison qui peut s’y manifester offre, du reste, une intensité très-variable. Les causes de cette dartre sont obscures ou inconnues; on a observé qu’elles attaquent assez souvent les jeunes filles vers l’époque de la puberté; son siège est alors souvent à la face et au front; elle se remarque d’ailleurs chez presque tout le monde, et d’une manière plus ou moins marquée, au cuir chevelu, et on ne fait guère attention à cette incommodité que lorsqu’elle excite de la démangeaison et que la désquamation est trèsabondante. Dans quelques cas, la dartre furfuracée volante est presque générale, mais il ne faut pas la confondre alors avec Y ichthyose, affection qui commence à la naissance et qui offre d’ailleurs
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des caractères qui lui sont propres (voy. lchlhyose).
On combat la dartre farineuse partielle par quelques lotions stimulantes ; l’eau de savon, l’eau de Cologne étendue d’eau ou une légère dissolution de carbonate de soude, sont toujours suffisantes. Lorsque la démangeaison du cuir chevelu est assez vive et que le peigne entraîne sans cesse une grande quantité d’écailles épidermiques, on peut faire prendre au malade quelques bains de vapeur en même temps qu’on lui fera lotionner la tête avec de l’eau tiède légèrement savonneuse; quelques purgatifs ou quelques emménagogues sont aussi à conseiller aux jeunes filles à l’époque de la puberté, et lorsque le mal offre quelque ténacité.
La dartre farineuse générale se combat d’abord par des bains généraux simples ou alcalins, puis par quelques onctions avec une pommade stimulante : la pommade de goudron, par exemple, (goudron deux à trois gros, axonge une once). Il suffit, au reste, d’oindre la partie affectée avec un peu de pommade de concombre, pour dissimuler pendant quelque temps la desquamation, qui aurait son siège à la face.
Willan a rapporté, à tort, à cette variété et sous le nom d e pityriasis versicolor, les éphélides hépatiques. (Voy. Éphélides.)
Deuxième variété. Herpès furfuraceus lichenoides ; dartre furfuracée lichenoïde ( psoriasis guttata, diffusa et inveterata de Willan). Le nom deiichenoïde a été donné à cette variété à cause de la ressemblance qu elle présente avec ces productions blanches qui couvrent le tronc des arbres et qui sont nommés lichens par les naturalistes. Cette dartre, qui est la plus fréquente après la dartre squameuse humide , est , en effet , caractérisée par des plaques arrondies ou irrégulières légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau et recouvertes par des petites écailles d’épiderme d’un blanc chatoyant. Ces plaques sont toujours plus ou moins nombreuses : rarement il n’en existe qu’une seule ; leur étendue estvariable : tantôt elles n’ont que deux à trois lignes de diamètre, d’autres fois elles ont un demi-pied et plus. Lorsqu’elles ont peu d’étendue, leur forme est en général arrondie, et leur siège le plus fréquent est au coude, au genou, au dos et en général au côté du membre opposé à la flexion ; elles sont alors isolées et ressemblent à des gouttes de liquide répandues sur la peau, d’où le nom de psoriasis guttata que leur a donné Willan.
Quand les plaques ont une étendue plus grande, leur forme est, en général, plus irrégulière (psoriasis diffusa, W.).
Leur siège ordinaire est celui qui a été indiqué plus haut, mais on peut les rencontrer aussi sur les autres parties du corps.
Dans quelques cas rares, on a vu ces plaques présenter la forme de spirales ( psoriasis gyrata, W.).
Les causes de cette affection sont encore peu connues ; on a accusé les aliments salés, l’usage du poisson de mer, les affections morales, les excès, l’application de corps irritants, etc. ; mais que de fois ces prétendues causes ont agi sans amener la maladie; la dartre furfuracée lichenoïde n’est pas
d’ailleurs plus fréquente au bord de la mer que dans l’intérieur des terres. L’influence de l’hérédité est plus constatée; on a remarqué aussi que les adultes, que les personnes fortes, robustes, d’un lempéramentsanguin et qui transpiraient difficilement y étaient plus sujettes que celles placées dans des conditions opposées. Les hommes paraissent en êlrealtaqués un peu plus souvent que les femmes ; c’est l’inverse pour la dartre squameuse. Il est aussi des saisons où elle fait plus de progrès que dans d'autres.
La maladie qui nous occupe commence par de petits points rouges, ordinairement sans fièvre et sans symptômes généraux. Ces points rouges augmentent peu à peu détendue, et se couvrent de petites écailles légères , très-blanches, qui tombent au moindre frottement. Les plaques n’acquièrent toute leur étendue que lentement et au bout de quelques mois; elles n’occasionnent ordinairement que peu ou point de démangeaison. Dans quelques circonstances pourtant , elles sont ,1e siège de fourmillements , et d’un peu d’inflammation ; on remarque alors qu’elles deviennent plus proéminentes, les écailles sont plus épaisses et se rapprochent de la dartre squameuse ; la peau se gerce en même temps. Lorsque ces symptômes ont duré quelque temps, la dartre peut changer d’aspect, la peau devient fendillée, dure , coriace , et quelquefois jaunâtre; elle présente une foule de sillons et de fissures (psoriasis inveterata, W.); cette complication s’observe le plus ordinairement chez les vieillars et chez les malheureux affaiblis par la misère et la malpropreté, et qui ont toujours négligé leur mal.
Lorsque, par des bains ou des lotions , on est par venu à faire tomber toutes les écailles, l’aspect de la dartre furfuracée lichenoïde n’est plus le même; au lieu de plaques blanches , on n’aperçoit plus que des taches bien circonscrites et d’un rouge assez foncé. La durée de la maladie est en général très-longue; elle dépasse quelquefois une et plusieurs années ; assez rarement elle se guérit d’ellemême, et lorsqu’on en a obtenu la cure par des moyens convenables , elle récidive très-fréquemment (environ neuf fois sur dix). Du reste comme nous l’avons remarqué , elle est compatible avec l’exercice journalier de toutes les fonctions.
Celte variété de dartre présente aussi quelques particularités relatives à son siège. Nous mention nerons 1° la dartre furfuracée lichenoïde des ongles. Cette affection attaque la matrice des ongles et déforme ceux-ci; ils se contournent, deviennent inégaux , lamelleux , et se couvrent d’aspérités. 2« La dartre lichenoïde de la paume (le la main (qu’il ne faut pas confondre avec certaines plaques syphilitiques qu’on observe quelquefois dans cette même région (voy. Syphilide). Celle variété de dartre s'offre sous l'aspect d’une plaque cornée, rouge, très-épaisse, qui est irritée sans cesse par l’exercice de la main ; aussi est-elle souvent accompagnée de cuisson et de vives chaleurs; elle est très-rebelle. 3" La dartre furfuracée lichenoïde des yeux et des lèvres. Elle est bornée quelquefois seulement à ces parties, sans s’observer sur le reste du corps. Ces deux variétés sont aussi très-opiniâtres. On les distinguer^
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