‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 279 sur 316 · PUISSANCE · texte numérisé non relu

PUISSANCE

« Et quand vous auriez une sphère qui, ayant la terre pour centre, serait capable de renfermer en outre la lune, le soleil et toutes les planètes , et que, dans ce flacon que vous rempliriez d’esprit-devin , vous délayassiez une seule goutte, ou un seul grain d’une substance médicamenteuse, vous n’auriez qu’une solution à la vingt-troisième dilution, et cependant vous saurez que la douce-amère demande vingt-quatre dilutions et la coquille d’huître trente dilutions. » ( Organon , page 470 el480.)

Un médecin allemand, M. Shminecko, a eu la patience de dresser un tableau dans lequel il a calculé la quantité de liquide qu’il faudrait pour chacune des trente dilutions de Hahnemann. Ce tableau, traduit et inséré dans le troisième volume du Journal des Connaissances médicales pratiques, ë lablit que, pour la vingt-quatrième dilution seulement , il faudrait cent fois autant d’espace qu’occupe la création toute entière; c’est-à-dire, tout le système planétaire, la voie lactée et les étoiles fixes. Que l'on juge ce qu’il faudrait pour la trentième !...

Après de semblables citations toutes basées sur lu calcul et sur des extraits des ouvrages de Hahnemann, nous ne nous sentons vraiment pas le courage de continuer, car ce serait faire injure au bon sens de nos lecteurs que de penser qu’ils n’auront pas apprécié l’homœopalhie; nous nous reprocherions même la discussion que nous avons engagée, et l’indignation que nous avons montrée, si nous ne savions pas que de nombreux malades sont dupes encore aujourd’hui des jongleries de ces éhontés charlatans , et qu’ils n’ont comme moyen de salut que le seul bénéfice de la nature. Car, indépendamment du raisonnement, l’homœopalhie a été soumise à l’épreuve de l’expérience; MM. Bailly, Récamier, Chomel et Andral, à Paris, ont essayé de traiter un certain nombre de malades homœopathiquement en suivant toutes les prescriptions indiquées dans les ouvrages d’Hahnemann , et ils n’ont obtenu aucun bon résultat; ils ont bien vu les malades éprouver des effets plus ou moins marqués après la prise des médicaments homœopathiques, mais ces effets qui étaient le résultat de l’action de l’imagination du malade, n’avaient rien de constant, ils n’étaient jamais semblables pour un même individu ou une même substance, et souvent ils avaient un effet nuisible pour le malade. M. Fleury a cité plusieurs

de ces exemples dans une brochure fort spirituelle et fort bien faite qu’il vient de publier sur ce sujet.

J’ai moi- même vu un malheureux phthisique qui me vantait les merveilles de l’homœopathie, et qui se prétendait guéri ; par l’effet de l’imagination il ressentait un mieux marqué après avoir pris les globules; et quelques jours après m’avoir vu, et s’être dit guéri , il mourut de sa maladie , lorsque la veille il avait demandé pour ce même jour une voilure afin d’aller se promener au bois de Boulogne. Cet effet de l’imagination si connu des médecins , surtout dans les maladies chroniques , est souvent employé pour procurer aux malades un soulagement passager en leur donnant un médicament nouveau qu’ils supposent devoir leur procurer une grande amélioration. M. Andral, pour démontrer cet effet de l’imagination dans les prétendues cures homœopathiques, a fait administrer à des malades de son hôpital des pilules de simple mie de pain , et l’on a vu des effets aussi marqués par ce moyen que parles globules.

Cependant on peut opposer à ces faits les prétendues cures des médecins homœopathes; car c’est à quelques cas heureux de guérison, au soulagement qu’ont éprouvés certains malades soumis au traitement homœopalhique que l’on doit aussi la vogue dont a joui pendant quelque temps cette doctrine; mais ces faits seront facilement expliquées lorsque l’on saura que le régime joue un grand rôle dans le traitement homœopalhique, non pas qu’on lui attribue une grande efficacité; car il est considéré comme purement passif et n’ayant d’autre but que d’empêcher les bons effets des médicaments d’être neutralisés; ce régime est dans presque tous ces cas le seul agent de guérison, et les médecins instruits qui connaissent toute sa puissance et son efficacité, savent aussi combien on éprouve de difficulté pour le faire adopter au malade. Les homœopathes plus heureux se font facilement obéir à l'aide de leur mystérieux traitement.

Nous ne terminerons pas cet article sans rapporter ici une mystification homœopalhique consignée dans le bulletin de thérapeutique, qui est des plus curieuses et qui a fait beaucoup de bruit en Allemagne. Un pharmacien de Vienne renommé pour la bonté de ses préparations homœopathiques reçoit une commande considérable : soit distraction, soit malice, son premier élève chargé de faire l’envoi, expédie les boîtes renfermant des globules de sucre de lait sans aucune préparation médicamenteuse. Qu’on juge du désespoir de notre pharmacien à son retour ! toutes les boîtes vont lui revenir ; il est infailliblement perdu de réputation; les médicaments n’ayant aucune vertu il y aura de sinistres catastrophes ! enfin il était prêt à dévoiler l’affreuse vérité, lorsque mieux avisé il garde le silence, décidé à altendie et à affronter l’orage. Mais qui l’aurait cru? c’est qu’il n’y eut jamais en Allemagne de médicaments homœopathiques qui aient produits de miracles plus grands que ceux-là; de tous côtés on adressa des félicitations à notre pharmacien ! seulement quelques médecins homœopathes très-rigoristes, trouvèrent que certaines substances étaient beaucoup trop actives.

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