‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 285 sur 316 · T. TI · texte numérisé non relu

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que le pouls est devenu très-lent, et lorsque la somnolence s’accompagne de phénomènes nerveux très-graves , les émissions sanguines et les bains d’affusions sont ordinairement plus nuisibles qu’utiles ; il faut employer un séton à la nuque ou un vésicatoire.sur la têle. Ce dernier moyen nous a quelquefois procuré des guérisons presque miraculeuses, mais dans des cas malheureusement trop rares !

La thérapeutique, dans la troisième période, se borne uniquement à combattre les symptômes spasmodiques, et à favoriser toutes les évacuations, mais cette médecine palliative est presque toujours impuissante; les frictions éthérées et camphrées modèrent parfois un peu les mouvements convulsifs. Quant aux purgatifs , ils ne sont plus alors d’aucun effet; ils ne tendent qu’à affaiblir le malade et à accélérer salin. La suppuration des vésicatoires sur la tête, qu’on excite en les pansant avec l’onguent napolitain est le moyen qui offrirait peut-être le plus de chance de succès, s’il en existait encore dans un état aussi fâcheux.

Lorsqu’on a été assez heureux pour se rendre maître de la maladie, long-temps encore il faut insister sur l’usage d’un régime sévère et d’aliments peu excitants, tenir d’ailleurs la tête fraîche et découverte; interdire toute espèce de travail intellectuel, user fréquemment de bains frais, d’applications réfrigérantes sur la tête, surveiller avec soin la liberté du ventre, et quelquefois établir un exutoire à demeure, soit au bras, soit à la jambe.

Hydrocéphale chronique. Si le mot hydrocéphale aiguë, employé pour désigner la fièvre cérébrale ( méningite J que nous avons décrite plus haut, manque de précision en ce sens que la quantité plus ou moins considérable d’eau sécrétée dans le crâne est seulement un accessoire et non pas une condition indispensable de la maladie, il n’en est pas de même du mot hydrocéphale chronique : là en effet, sans l’accumulation du liquide dans la cavité crânienne, la maladie n’existerait plus : la sécrétion aqueuse n’est plus un acçident, c’est l'essence même de l’affection. Celte eau, qui déforme la tête, qui comprime la substance cérébrale, est l’unique cause des désordres phénoménaux. Dans l'hydrocéphale aiguë, vous pourriez donner issue au liquide que vous ne remédieriez à rien; d'autres produits morbides existent et amèneraient tout aussi fatalement une terminaison funeste. Dans l’hydrocéphale chronique qui n’est pas de naissance , s’il était possible de faire disparaître la sérosité avant qu elle eût détruit la substance cérébrale, la guérison s’opérerait.

Pourquoi de l’eau se forme-t-elle ainsi dans le crâne? La solution de ce problème n’a pas encore été donnée. Il est cependant une loi de notre organisation qui peut rendre raison de l’hydrocéphale congéniale, c’est que partout où manque la substance du cerveau elle doit être remplacée par de la sérosité. Mais dans les cas où le cerveau n’est privé d’aucune de ses parties , où il n’y a pas eu d’arrêt de développement, l’explication est plus difficile ; on remarquera toutefois que cette énorme accumulation d'eau est souvent l’exagération de la quantité de liquide céphalo-rachidien qui existe à l’état normal , à toutes les époques de la vie intra

et extra-utérine, ainsi que l’a démontré M. Magendie. L’étude des évolutions de notre organisme a même fait voir qu’il était plus abondant lors des premiers temps de la formation des centres nerveux qu’à toute autre époque. Quand l’enfant passe de la vie végétative qui était son partage dans le sein de sa mère à une vie nouvelle et plus compliquée, il est soumis à l’influence des agents extérieurs , et sa tête devient alors le centre d’une perpétuelle activité. Enfin l’on conçoit qu’une prédominance de l’exhalation sur l’absorption fasse pleuvoir la sérosité à l’intérieur de la boîte osseuse, et s’oppose ensuite à sa disparition.

Si le mécanisme de la sécrétion aqueuse est entouré de mystère, les médecins ont du moins noté quelques circonstances qui ayant coïncidé souvent avec elle, doivent être regardées comme causes occasionnelles ou déterminantes. Ils ont fait une première section de l’hydrocéphale que l’enfant apporte en naissant et qui est liée à un état d’imperfection de l’organe de l’intelligence, état incompatible avec la vie. Une seconde division embrasse les cas où la maladie se montre après ia naissance. Que l’hydrocéphale appartienne à l’une ou à l’autre de ces sections, les influences qui provoquent son développement dépendent tantôt delà mère tantôt de l’enfant. Ainsi, que la femme qui parcourt les périodes de la gestation soit soumise à des émotions morales vives, que des chagrins violents l’assiègent, qu'une terreur subite vienne à bouleverser son âme, qu elle soit pendant celte époque affectée de maladies diverses , qu’il y ait dans son économie une prédominance, de liquides, que, par exemple, les eaux de l’amnios où le fœtus baigne durant neuf mois, soient très-abondantes ; que, pendant la grossesse elle se serre trop, dans des vues de coquetterie ou dans des vues coupables , comme on le voit chez les filles mères , lesquelles donnent le jour à plus d’hydrocéphales que les jeunes mariées ; qu elle ait attendu trop longtemps pour concevoir, que trop tard dulces natos, verieris vel prœmia nôrit , qu elle se soit unie à un homme dont l’âge ou les débauches ont diminué les forces ou qui s’adonne habituellement à l’ivrognerie, enfin surtout qu’elle ait déjà mis au monde des hydrocéphales, elle sera, au dire des auteurs, prédisposée plus qu’aucune autre à mettre au monde un être maladif et monstreux ; Franck raconte l’histoire d’une femme qui devint mère de sept hydrocéphales, et le médecin allemand Goëlis parle d’une autre qui en aurait procréé neuf!

D’autres fois c’est sur l’enfant lui-même que la cause a porté son action. Ainsi, indépendamment des cas où l’hydrocéphale tient à un vice dans l’organisation du système nerveux, des violences exercées sur la tête du nouveau-né pendant la parlurition , l’entortillement du cordon ombilical autour de son cou; puis, après la naissance, la dentition, la présence des vers, les irritations abdominales , la suppression des éruptions du cuir chevelu et tout ce qui peut amener l’inflammation des membranes du cerveau, toutes ces circonstances fâcheuses sont considérées comme productrices de la maladie qui nous occupe. On a dit également

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que l’ébranlement du cerveau par des coups , des chutes, des secousses et même par un bercement immodéré qui étourdit l’enfant, agissaient parfois de la même façon. La coïncidence des scrofules avec l’hydrocéphale a été aussi remarquée. Il n’est pas jusqu’aux boissons excitantes données avec profusion dans le premier âge, que l’on n’ait accusées de résultats semblables , Goëlis rapporte qu’un médecin trop fanatique de la doctrine de Brown qui fait jouer dans nos maladies un si grand rôle à la faiblesse , distribuait largement à ses enfants, dès leur naissance, du vin de Malaga et du vin chaud avec de la cannelle, et il ajoute que tous mouraient hydrocéphales. Deux vivandières qui voulaient habituer leur progéniture à l’eau de vie, réussirent seulement à leur donner une hydrocéphale. Quoiqu’on doive taxer d’exagération l’influence trop exclusive attribuée à un grand nombre des causes que nous venons d’énoncer, on ne saurait cependant les contester entièrement, et nul doute que plusieurs fois elles n’aient dù entrer en ligne de compte dans l’appréciation du mode de production de l’hydrocéphale.

Les médecins ont distingué avec raison l’hydrocéphale externe, c’est-à-dire , celle où le liquide est contenu en dehors de la boîte osseuse , entre l’os et les enveloppes qui le recouvrent extérieurement, et l 'interne, celle où la sérosité est à l’intérieur du cerveau. La première est sans gravité , si elle existe seule , tandis qu’il en est tout autrement de laseconde. Voici quels sontles signes qui annoncent la présence de cette dernière : ce qui frappe d’abord, dans l’hydrocéphale, les gens du monde plus encore peut-être que les médecins, c’est l’augmentation du volume de la tête. Quelquefois , sans doute, la tête a conservé sa grosseur ordinaire; par exception même, elle est plus petite et s’élève en forme de pain de sucre ; mais dans l’immense majorité des cas, ses dimensions ont singulièrement augmenté. Le crâne est très-grand , la face au contraire fort peiile, ce qui donne à la physionomie l’aspect le plus bizarre. Il y a dans l’histoire de la médecine des faits incroyables de développement énorme de la tête. On a vu des nouveau -nés dont le crâne présentait quinze, vingt, et jusqu’à trente-un pouces de circonférence, de sorte qu’avec leur tronc grêle et leurs membres atrophiés, ils ressemblaient (qu’on nous pardonne cette triste mais exacte comparaison ) à ces grotesques dont la tête colossale repose sur le corps le plus exigu. Cette amplitude des os crâniens n’est pas régulière, en sorte que ces pièces osseuses, au lieu de former un ensemble aux contours symétriquement arrondis, alors qu’elles sont unies et maintenues parleurs engrenages, séparées, éloignées, font des saillies plus ou moins fortes, en devant, en arrière ou latéralement, quelquefois même dans une seule moitié. L’inégalité du crâne et de la face sert à distinguer la tête d’un hydrocéphale de celle d’un géant, chez lequel tous les os sont taillés généralement sur de plus grandes proportions. Cette difformité de l’enfant est monstrueuse; elle n’afflige pas seulement le cœur de la mère qui a donné le jour à cette malheureuse créature, elle répugne à tous les yeux , elle

fait peine à voir, et l’on conçoit difficilement comment on a quelquefois spéculé sans pudeur sur la curiosité publique pour montrer dans des exhibitions un si hideux spectacle. Le dernier hydrocéphale qui fut ainsi montré à Paris pour de l’argent venait de Porto-Rico. Il fut présenté à l’Académie des Sciences, il y a cinq ou six mois, par un médecin du pays qui n’eut pas honte de laisser exploiter l’infirmité de ce pauvre petit être souffreteux, et de le faire promener dans les foires où sans doute il sera mort victime de la cupidité de son maître.

La sérosité qui déforme la tête, en pressant sur la substance cérébrale , détruit le jeu de l’organe encéphalique. L’intelligence est obtuse; l’enfant est porté à la somnolence; il est apathique et le plus souvent triste; quelquefois il oublie les mots au moment de parler, il balbutie , ou sa langue semble paralysée. «Les hydrocéphales, dit Goëlis , ont une manière particulière d’exprimer leurs passions ; s’ils sont en colère , ou s’ils veulent témoigner leur joie , ils sautent plusieurs fois en l’air, les deux pieds étendus, les bras pendants le long du corps, les mains fléchies en nacelle; ils rient avec extase, ou crient avec véhémence. » Le malade ressent dans la tête de la douleur, de la pesanteur ; il éprouve des vertiges : ses sens sont affaiblis, la vue surtout, qui se perd complètement à une période plus avancée ; l’olfaction est pervertie, et de fausses sensations , telles que celles de la fumée, du linge brûlé , etc., sont perçues. La démarche est chancelante; l’enfant ne peut se tenir sur ses jambes , à chaque instant il manque de tomber, soit que la tête trop lourde emporte le reste du corps, soit que le cervelet, regardé par plusieurs physiologistes comme le régulateur des mouvements musculaires, n’exerce plus ses fonctions. L’appétit est conservé, quelquefois même il est vorace ; mais la nourriture , non plus que le sommeil, ne profitent pas à l’enfant qui est maigre et chétif. Parfois la digestion se fait mal, et des vomissements opiniâtres se déclarent : ce dernier symptôme, ainsi que l’agitation convulsive des muscles de la face , des yeux, le tremblement des membres, les mouvements automatiques , la catalepsie momentanée observée rarement, appartiennent plutôt à une complication , à une inflammation des méninges ou de la pulpe cérébrale , qu’à l’hydrocéphale elle-même.

Dans une seconde période de la maladie , tous les phénomènes dont nous venons de tracer le tableau sont exagérés : la diminution de l’intelligence devient idiotisme, la faiblesse de la vue , cécité complète ; les yeux sont insensibles à la lumière, les pupilles dilatées ; l’enfant n’entend pas , ne parle pas ; sa figure est l’image delà stupidité; il ne peut ni marcher, ni se tenir debout, il repose dans son lit les pieds croisés , collés l’un sur l’autre, les cuisses fléchies sur le ventre, ou bien il est couché sur le visage , le nez enfoncé dans l’oreiller. Quelques-uns exécutent continuellement des mouvements de flexion et d’extension de la tête , ou un mouvement de droite à gauche; d’autres portent sans cesse leurs doigts à la bouche et les rongent. La déglutition est difficile, l’estomac rejette les aliments ingérés ; les dents jaunâtres et sales

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se carient avec la plus grande rapidité ; toutes les sécrétions sont supprimées, exçepté celles des grandes salivaires qui fournissent une mucosité qui s’échappe presque incessamment de la bouche béante; il y a de la constipation; les urines sont rares , mais sans caractère particulier , bien qu’un auteur ait parlé d’urines avec un dépôt semblable à de la craie : parfois elles sont involontaires ainsi que les selles. Enfin , le pouls devient petit et misérable, le refroidissement de la peau et des extrémités commence, et le malade meurt tantôt avec des phénomènes d’asphyxie , tantôt avec des accidents apoplectiques ou de fièvre cérébrale .

L’époque où l’hydrocéphale apparaît est variable : elle commence , ou chez l’embryon, ou peu d'heures, peu de jours, peu de mois après la naissance. On a observé la rupture spontanée du crâne du fœtus dans l’utérus, et alors l’enfant est mort au moment où il venait à la lumière. Dans le sein maternel , il vivait de la vie de sa mère, et il succombe au moment où il se sépare d’elle.

Les altérations rencontrées après la mort chez les enfants qui ont succombé à l’hydrocéphale chronique, rendent bien compte des accidents observés. pendant !a vie. C’est l’organe dont le jeu complet et régulier place l’homme à la tête des êtres créés qui est en souffrance , et alors s’expliquenl ces désordres de l’intelligence , celte stupidité qui dégrade le malheureux attaqué d’hydrocéphale ; le cerveau est comprimé par le liquide, et gêné mécaniquement dans son action. Il est aplati ; sa cavité intérieure est distendue de plus en plus , jusqu’à ce que les circonvolutions se déplissent et se transforment en une poche extrêmement mince. 11 paraîtrait cependant , on s’en est assuré en pesant, que la même substance cérébrale existe, qu’elle n’est pas détruite, ni altérée dans sa structure intime , mais seulement prodigieusement distendue. Il en est de même des os qui sont quelquefois réduits à l’épaisseur d’une feuille de papier , transparents et cédant sous le doigt ; dans des cas plus rares, ils sont au contraire épaissis; parfois les engrenages qui terminent les différentes pièces osseuses dont l’ensemble constitue la boite crânienne n’existent plus : les sutures ont totalement disparu , et celte confusion rapproche alors la conformation du crâne humain de celle des cétacés , des poissons et des oiseaux, où les compartiments du crâne forment un tout continu, sans ligne de démarcation. L’hydrocéphale chronique peut exister seule , ou coïncider avec plusieurs vices de conformation, tels que le bec-delièvre, la division de la voûte du palais, ou divers arrêts de développement des organes intérieurs. Quelquefois il y a en même temps de l’eau dans le canal de la moëlle épinière , qui communique avec celle des ventricules cérébraux qu’on peut regarder alors comme un grand réservoir. Morgagni cite un cas de ce genre où l’on fit une ponction près du coccyx, et la sérosité s’écoulant par cette voie inférieure, la guérison eut lieu.

La quantité du liquide encéphalique varie beaucoup, depuis quelques cuillerées jusqu’à une pinte et plus Les chimistes ne sont pas d’accord sur sa

composition intime, et principalement sur les proportions de ses éléments divers; il y a sur 100 parties, 98 à 99 d’eau, plus de l’albumine, des sels, surtout l’hydrochlorate de soude, un peu d’osmazôme, etc.

Nous avons décrit les phénomènes qui annoncent l’hydropisie du cerveau, et nous avons donné comme un des signes les plus certains de la maladie, le développement anormal de la tête et la vacillation des muscles avec l’impuissance de tenir le corps en équilibre; quand ces deux phénomènes existent, il est difficile de se tromper sur le diagnostic de l’affection ; il faut toutefois se rappeler que le rachitisme, en épaississant de deux à cinq lignes les os du crâne , pourrait simuler l'hydro- | céphale : nous avons vu plus d’une fois commettre cette erreur. Quelques auteurs comprenant de quelle importance il était, pour l’heureuse terminaison de l’accouchement, de reconnaître dans l’utérus même l’hydrocéphale congéniale, afin de savoir si la tête de l’enfant ne serait point arrêtée au passage, ont essayé de donner quelques moyens de deviner l’existence de l’hydropisie du cerveau ; mais nous pensons qu’ils se sont fait illusion ; tout au plus pourrait-on conjecturer l’i.ydrocéphalie du fœtus, si déjà la mère avait mis au monde plusieurs enfants affligés de cette monstruosité.

L’hydrocéphale chronique est une affection extrêmement grave; pour celle qui est congéniale, il n’y a pas d'exemple avéré de guérison, surtout si quelque partie du cerveau manque ; presque tous meurent dans le sein maternel, soit lors de l'accouchement, soit peu de temps après la naissance. Cette gravité du mal n’avait pas échappé aux anciens maîtres de l’art , Hippocrate, Galien, etc., car depuis que le monde existe, ce sont presque toutes les mêmes infirmités qui déciment l’espèce humaine. Il est cependant des cas où la guérison a été obtenue par les secours de la médecine; et dans d’autres cas, la sécrétion aqueuse se maintenant dans des limites modérées, les malades ont pu vivre de longues années. On a vu des hydrocéphales atteindre l’âge de vingt-huit ans; Gall parle d’un individu qui vécut cinquante-quatre ans , Goëlis en cite un autre dont la déplorable existence se prolongea jusqu’à soixante-dix-neuf ans.

Préserver l’enfant de l’hydrocéphale , lorsqu’on peut la prévoir; la guérir quand elle s’est développée; pallier le mal quand la guérison est impossible, tel est le triple problème à la solution duquel le médecin doit travailler, et malheureusement, mille difficultés s’opposent à l’accomplissement de sa tâche. Il est évident d’abord que l'hydrocéphale congéniale qui dépend d’une aberration dans les lois de notre organisme est par cela même incurable; quant à celle qui est acquise, la connaissance des causes qui président à son développement est encore trop peu avancée pour que l’art médical puisse avoir des moyens efficaces de combattre son apparition. La liste des médicaments proposés pour la guérison serait interminable, et celle multiplicité même des remèdes prouve que la science n’est pas arrivée à en trouver un seul bon. Les diurétiques, les purgatifs, les sudorifi-

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ques, ont été employés dans le but de contrebalancer par une sécrétion abondante de l’appareil urinaire, du tube digestif, ou de l’enveloppe cutanée, l’exhalation exagérée de la membrane du cerveau. Des remèdes bizarres ont été préconisés comme des spécifiques. Dès les temps anciens on couvrait la tête des enfants de cataplasmes avec l’eau de chaux, avec des escargots, avec des plantes aromatiques; d’autres médecins ont recommandé de tenir la tête constamment chaude avec du sable chaud contenu dans une vessie, ou une éponge trempée dans de l’eau bouillante qu’on a exprimée. On a proposé également des vésicatoires, des cautères, ou même la cautérisation par le feu. La perforation du crâne, vantée par certains chirurgiens, pour l’évacuation lente ou prompte du liquide, a été blâmée et rejetée par la plupart des praticiens ; le cerveau a été trop déformé par une longue compression pour qu’il puisse reprendre son action primitive alors que la compression a cessé ; c’est le calomel administré à l’extérieur, et surtout à l'intérieur, qui a été employé avec le plus d’avantage. Goëlis l’a singulièrement recommandé, concurremment avec l’usage externe des baies de genièvre, et l’application continuelle d’un bonnet de laine sur la tête. Ce traitement dirigé avec sagesse, et poursuivi avec persévérance, est sans contredit celui sur lequel on doit le plus compter; on ne pourra guère en voiries bons effets avant huit ou dix semaines. Enfin, lorsqu’on ne devra plus espérer la guérison, il faudra tenter de calmer les douleurs, et d’adoucir par toutes les ressources que fournit l’hygiène ou la thérapeutique, les restes d’une si terrible existence.

G. Blache,

Médecin des hôpitaux de Paris.

hydro-chlorate fchim.) s. m. On donne ce nom à des sels formés par l’acide hydro-chlorique et une base. Y. Hydro-chlorique.

hydro-chlorique fchim.J Chlorhydrique, muriatique (acide), s. m. L’acide hydro-chlorique, appelé autrefois acide muriatique, a reçu depuis quelques années le nom d’acide chlorhydrique. Cet acide se trouve dans la nature à l’étal libre, mais on le trouve, à l’état de combinaison aussi pur. Il se présente sous la forme d’un gaz transparent, incolore, d’une odeur piquante, etrépandant des vapeurs blanches, lorsqu’on le meten contact avec l’air, phénomène qui est dù à ce qu’il absorbe la vapeur d’eau qui y existe. En effet , dans l’air sec, ces vapeurs n’apparaîtraient pas. Ce gaz n’est pas permanent ; il est indécomposable par la chaleur et par les corps simples non métalliques ; et si on le met en contact avec des vapeurs d’acide azotique, les deux acides se décomposent mutuellement, et il se forme du chlore et de l’acide azoteux. L’eau dissout 464 fois son volume de ce gaz, et on obtient alors un liquide d’une couleur jaune plus ou moins foncée, s’il est impur; incolore, au contraire, s’il est pur. Ce liquide est plus lourd que l’eau,, rougit fortement Jateinture de tournesol , perd du gaz qu’il renferme, laisse dégager des vapeurs blanches, s’il est en contact avec l’air, et si l’expérience se fait à une température élevée, le dégagement de gaz et

de vapeur, par conséquent, est beaucoup plus considérable. Mis en contact avec le péroxide de manganèse, l’acide chlorhydrique liquide est décomposé ; il se dégage du chlore, même à froid; cependant , si on élève un peu la température, le dégagement est beaucoup plus considérable. Il ne précipite pas l’eau de chaux et la vapeur ne corrode pas le verre, ce qni le distingue de l’acide phtorique. 11 précipite en blanc le nitrate d argent, le précipité est blanc, caillebolté, lourd, insoluble dans l’eau et l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque, indécomposable par la chaleur, et noircissant à la lumière (Voy. Argent). Chauffé avec l’acide nitrique, il forme l’eau régale, qui peut être considérée comme un composé d’acide azotique et azoteux, d’acide hydrochlorique et de chlore. Mis en contact avec la potasse, la soude, etc., il forme des composés (chlorures , hydro-chlorates) , qui, mis en contact à l’état de solide avec de l’acide sulfurique, laissent dégager avec effervescence; si on verse quelques gouttes d’acide sulfurique concentré sur l’acide chlorhydrique liquide, il se produit une vive effervescence, et des vapeurs blanches très-abondantes se dégagent; elles sont dues au gaz qui se dégage en grande quantité, et absorbe l’humidité de l’air. A l’aide de ces caractères, il sera bien facile de reconnaître l’acide chlorhydrique concentré; mais s’il était étendu d'eau, il faudrait chauffer le liquide, le distiller, et le liquide obtenu serait traité par le nitrate d’argent. On conclurait à l’existence de l’acide chlorique, si le liquide du récipient précipitait en blanc par le nitrate d’argent. (Yoy. Chlorure d’argent.)

Préparation. Pour obtenir l’acide chlorhydrique, on décompose le sel marin ( chlorure de sodium ) par l’acide sulfurique étendu d’un tiers d’eau, et, si l’on veut l’avoir gazeux , on le recueille sous le mercure, sa solubilité extrême s’opposant à ce qu’on puissele recueillir sous ce liquide ; mais si on veut avoir le gaz dissous, on le fait passer à travers des flacons renfermant de l’eau ( appareil de Woolf) ; le flacon qui est le plus près du ballon d’où se dégage le gaz, est le flacon de lavage, et doit renfermer peu d’eau afin d’éviter la perte. Pour saturer huit livres d'eau de ce gaz, on décompose dix livres de sel gyis par sept livres et demie d’acide sulfurique concentré étendu d’un tiers d’eau.

Toxicologie. Médecine légale. L’acide chlorhydriqueliquide doit être rangé parmi les poisons irritants; il donne lieu à une irritation très-vive du canal digestif, qui se manifesté par des symptômes locaux et sympathiques très-graves, et peut être suivi de la mort , si on n’y apporte promptement remède. Le contre-poison de l’acide chlorhydrique est le même que celui des autres acides : l’eau de savon et la magnésie (Voy. Acides en général.)

Dans les cas d’empoisonnement par l’acide chlorhydrique , les liquides vomis ou ceux contenus dans l’estomac peuvent en renfermer une quantité assez considérable, sans cependant donner les caractères que nous avons indiqués pour reconnaître l’acide concentré. Ils précipiteraient bien parle nitrate d’argent; mais ce précipité aurait également lieu , si le liquide énoncé renfermait des chlorures sans acide chlorhydrique. Pour constater sa

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présence dans les matières examinées, on placerait celles-ci dans une cornue, à laquelle on adapterait un récipient lubulé muni d’un long tube, et dans lequel on a placé un peu d’eau distillée ; si , après avoir chauffé quelque temps la cornue, le liquide du récipient donnait, avec le nitrate d’argent, un précipité blanc de chlorure d’argent , on devrait conclure à la présence de l’acide chlorhydrique libre, surtout si le liquide distillé, traité par la chaux rive délitée, ne laissait pas dégager d’ammoniaque.

O. Lesueur,

Chef des travaux chimiques à la faculté de Paris.

h ydrq g ai. a ( pharm .), s. m.(dugrec udor, eau, et gala, lait). On donne ce nom à une boisson qui est un mélange de lait et d’eau. On fait ordinairement celte préparation avec un tiers de lait et deux tiers d’eau; on peut varier la proportion. Cette boisson est très-avantageuse dans les affections de l'estomac et des intestins ; on l’emploie aussi dans les affections de poitrine; le lait ainsi coupé sert à la fois de tisane et d’aliment. (Y. Lait.)

hydro-cyanïque (acide), ( chim .), s. ra. Nom que les chimistes donnent à l’acide prussique. (V. ce mot.)

hydrocyanate (chim.), s. m. On donne ce nom aux sels formés par l'acide hydro-cyaniqüe et une base. (V. Prussique (Acide.)

hydrogène (chim.), s. m.(du grec udor eau, et de gennao j’engendre, j’engendre l’eau). On lui a donné ce nom dans la chimie moderne parce que ce gaz entre dans une grande proportion dans la composition de l’eau, deux volumes sur un volume d’oxigène. Autrefois on le nommait air inflammable. C’est àCavendish qui l’étudia avec soin en 1777, que l’on doit les premiers travaux sur ce corps simple.

L’hydrogène s'obtient en faisant passer de la vapeur d’eau sur de la tournure de fer renfermée dans un tube de porcelaine et chauffée au rouge; mais on l’obtient avec plus de facilité en traitant de la tournure de fer, et mieux encore de la grenaille de zinc avec six fois leur poids d’acide sulfurique étendu d’eau. Le gaz ainsi obtenu n’est pas pur, pour l’obtenir dans cet état il faut le faire passer par un tube contenant delà potasse caustique.

L’bydrcgène pur est incolore, sans odeur, sa densité est de 0,0688, il est le plus léger des gaz, et pèse quinze fois moins que l’air. C’est même sur cette propriété qu’est fondé aujourd'hui l’art des aérostats. Lorsque l’on approche un corps enflammé d’un vase contenant de l'hydrogène, il brûle immédiatement et avec explosion lorsqu’il est mêlé avec de l’air atmosphérique ou à l’oxigène. Cependant il éteint les corps eu combustion lorsqu’ils sont plongés dans les vases qui le renferme, car l’hydrogène n’est pas un corps comburant, mais bien combustible , qui brûle au moyen de l’oxigène. Le résultat de cette combustion est l’eau qui est un premier oxide d’hydrogène, tandis que l’eau oxigénée est un second oxide qui contient plus d’oxigèneque le premier. (V. Eau.)

L’hydrogène pur n’est pas employé en médecine quoique quelques auteurs aient conseillé de le mêler à l’air afin d’atténuer son action irritante chez les phthysiques. On dit aussi que mis en contact avec ies plaies et les ulcères, il jouit de propriétés

colorantes. Reussl’a conseillé dans la paralysie et le rhumatisme invétéré. L’hydrogène est impropre à la respiration, il détermine l’asphyxie en quelques minutes , non comme gaz délétère , mais comme ne contenant pas les principes propres à revivifier le sang et à lui donner les propriétés du sang artériel. Pendant quelque temps on a voulu préparer une eau minérale dans laquelle on avait fait dissoudre, au moyen d’une forte pression, un tiers de son volume de gaz hydrogène : cette eau hydrogénée a été, dit Hallé, employée avec succès contre le diabète; elle est abandonnée aujourd’hui.

L’hydrogène entre dans la combinaison de presque tous les corps de la nature , car tous contiennent une quantité plus ou moins considérable d’eau ; il forme avec le carbone la base de presque toutes les substances végétales, et avec le carbone et l’azote celle de tous les produits animaux; combiné avec des corps simples, il produit un assez grand nombre de composés gazeux ou liquides qui jouent un rôle important. Parmi ces derniers est l’hydrogène carboné qui est très-répandu dans la nature et dont nous allons parler ici.

Ce gaz est ordinairement produit par des substances végétales en décomposition ; aussi a-t-il été nommé air des marais ; gaz oléifiant, parce que combiné avec le chlore il produit un composé qui a l’apparence huileuse ; le premier de ces noms s’applique à l’hydrogène proto-carboné, c’est-à-dire celui qui contient le moins de carbone, c’est aussi celui qui produit les feux souterrains que les mineurs appellent feux grisons : il forme le gaz qui sert à l’éclairage, et que l’on extrait de la houille par distillation; mêlé à l’acide carbonique et à l’oxide de carbone, il constitue la vapeur de charbon, cause si fréquente d’asphyxie. Le gaz oléifiant ou hydrogène bi-carboné s’obtient en faisant agir trois parties d’acide sulfurique sur une d’alcool, il est moins répandu que le précédent, dont il partage l’action funeste sur l’économie. Quoique sans usage en médecine ces gaz méritent d’autant plus de fixer l'attention qu’ils sont aujourd’hui très-répandus, depuis qu’on les emploie pour l’éclairage ; aussi estil important d’éviter qu’ils ne se répandent dans les pièces fermées, car, outre les dangers d'explosion et d’incendie, on doit craindre qu’ils ne produisent l’asphyxie, déjà cet accident est arrivé à Paris dans une localité étroite qui pendant la nuit avait été remplie de gaz par une fuite qui avait eu lieu , les robinets étant mal fermés; une jeune fille qui couchait dans cette pièce fut asphyxiée pendant son sommeil et trouvée morte le matin.

Pour les autres composés d’hydrogène, voyez le nom delà substance aveclaquelle ils sont combinés.

hydrogène sulfuré. (Voyez Hydro-sulfurique (Acide).

HYDROGÈNE ARSENIQUÉ. (V. ArsemC.j

HYDROGÈNE PHOSPHORE. (Y. Phosphore. )

hydromel (pharm.) , s. m. C’est une boisson faite avec le miel et l’eau. . Ou distingue plusieurs sortes d’hydromels : l’hydromel simple et fait par un sim-

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pie mélange de miel dissous dans l’eau, une once el demie par pinte, c’est l’eau miellée; l’bydromel composé, et fait avec des décoctions de plantes auxquelles on mêle le miel. L’hydromel simple est une boisson adoucissante et légèrement laxative‘dont on fait un fréquent usage dans les maladies inflammatoires. Les hydromels composés participent aux propriétés des plantes qui entrent dans sa préparation. L’hydromel fermenté est une espèce de boisson alcoolique en usage dès la plus haute antiquité ; l’alcool qu’il contient est le produit de la fermentation du miel ; on mêle souvent plusieurs substances à l’eau et au miel, afin de lui procurer un goût et des propriétés particulières ; cet hydromel ressemble assez au vin muscat. L’art de faire l’hydromel était fort en honneur dans l’antiquité et dans le moyen-âge ; aujourd’hui on ne fait usage de cette boisson, qui est tonique et restaurante, que dans les pays où l’on- ne récolte pas de vin , el surtout en Pologne et en Russie. J. B.

hydromètre (méd.), s. f. On donne ce nom à l’hydropisie delà malrice. (Y. Utérus (maladiesdel’).

hydro-péricarde ( méd .), s. f. C’est l’hydropisie du péricarde. (Y. Péricarde (maladies du).

hydrophobie ( méd .), s. f. Ce mot, dans sa simple acception, n’indiquerait que la crainte, l’horreur de l’eau, mais , ainsi qu’on le fait communément, nous l’emploierons ici comme synonyme de rage. Dans cetleaffreusemaladie.un des symptômes dominants consiste dans une horreur invincible pour l’usage des liquides, dont la déglutition est en effet rendue plus laborieuse. Cependant la répugnance pour les liquides n’est pas à elle seule un signe de la rage. Dans le seizième volume de médecine de Vandermonde, on rapporte qu’une dame éprouva cette aversion pour l’eau pendant les quatre premiers mois de onze grossesses successives qui furent toutes heureuses; celte même personne évitait toujours de passer sur un pont, et quand elle y était forcée pour affaires , elle donnait le bras à deux personnes et se bouchait les yeux el les oreilles avec un mouchoir ; elle voyait en outre avec déplaisir que l’on bût en sa présence.

Beaucoup de médecins anciens ont parlé de cette répugnance pour les liquides survenue après des convulsions , après des fièvres continues ou intermittentes ; nous avons pu remarquer le même fait dans des phlegmasies des organes digestifs, el dans quelques cas d’hystérie. L’hydrophobie n’est ici qu’un symptôme secondaire, dont l’importance est toute dans la maladie qui en est la cause. Toutefois, cet état symptomatique commande de faire arriver le liquide par une autre voie que parla bouche, ainsi en lavements , en fomentations, en bains et même en injections.

L’hydrophobie symptomatique de la rage est d’un tout autre intérêt, car il s’agit alors de cette dernière maladie qui peut être spontanée ou communiquée ; une grande frayeur et surtout la crainte d’avoir été mordu par un animal enragé ou d’avoir reçu la rage de tout autre manière, est la cause ordinaire de la rage spontanée; l'un la contracte en voyant cette maladie se développer chez une per-

sonne avec laquelle il avait cohabité, ou dont il avait reçu les embrassements ou respiré l’haleine peu de temps auparavant. Quelques médecins ont éprouvé les symptômes de la rage spontanée après avoir soigné des hydrophobes , ou après en avoir fait l’ai. topsie. Quelques individus en ont été atteints après avoir été mordus par un animal réellement enragé, et lorsque par hasard ils ont appris que d’autres personnes , mordues en même temps qu’elles et par le même animaj , étaient mortes enragées. On ne peut raisonnablement supposer que le virus de la rage qu’ils avaient reçu depuis dix et même vingt ans, fût la cause des accidents qui se sont alors développés ; il est bien plus logique d’admettre l'influence de l'imagination déjà démontrée dans une foule de circonstances comme capable de produire l’hydrophobie rabiforme.

Il est difficile de distinguer la rage proprement dite de l’hydrophobie spontanée ; voici quelques signes qui peuvent éclairer le médecin : l’individu qui offre les symptômes de la rage spontanée a ou n’a pas été mordu par un animal enragé ou suspecté de rage ; si le malade ne se rappelle pas avoir été mordu, el que l’inspection de toute la surface extérieure de son corps ne laisse reconnaître aucune plaie ou cicatrice , on n’a pas affaire à la rage communiquée. Mais si l’individu a été mordu par un animal atteint ou suspect de la rage, les accidents peuvent être dus, soit à la morsure de l’animal, soit à l’effroi éprouvé; le diagnostic offre alors la plus grande obscurité ; il faut l'éclairer par la réunion de plusieurs symptômes , par tous les signes que fournit l’histoire connue de la rage , comparée à celle de l’hydrophobie rabiforme; tenir compte d’abord du délai écoulé entre l’action de la cause et le développement de la rage , qui survient presque toujours du troisième au quatrième jour après la blessure et pour la plupart au soixantième jour, tandis que la rage, qui se montrera quelques heures ou quelques années après que la morsure aura eu lieu, sera certainement due à la frayeur et non au virus. Dans la rage confirmée, communiquée par le virus, la mort, qui est inévitable, n’a jamais lieu avant le deuxième jour ni après le cinquième. Dans la rage spontanée, la mort peut avoir lieu dans l’espace de quelques heures ou après plusieurs semaines; cette dernière espèce seule est susceptible de guérison ; l’imagination peut en effet détruire ce qu’elle a elle -même produit, tandis que rien jusqu’à présent ne peut arrêter l’action du virus rabique , si ce n’est la cautérisation locale. Un médecin de Lyon , après avoir assisté en 1817 à l’ouverture de plusieurs individus mordus par une louve enragée, est frappé de l’idée qu’il a pu s’être inoculé la rage. Aussitôt il perd l’appétit et le sommeil; dés qu’il essaie de boire, son cou se contracte spasmodiquement; il est menacé de suffocation. Pendant trois jours, il erre sans cesse dans les rues, abandonné à un affreux désespoir. Ses amis parviennent à lui persuader que son imagination seule est malade, et dès lors tous les accidents diminuent par enchantement. On a souvent vu tous les symptômes hydrophobiques , qui avaient persisté pendant plusieurs mois, disparaître entièrement dès que les malades ont

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pu êlre convaincus que le chien qui les avait mordus n’était pas enragé. De là l’importance de ne jamais tuer un chien soupçonné d’être atteint de la rage, il faut seulement le mettre en état de surveillance et en lieu de sûreté.

Lorsque la rage spontanée se termine heureusement, il arrive que les symptômes reparaissent , mais à des degrés variables , et à l’occasion d’une circonstance qui frappe le souvenir de ces accidents; Dioscoride rapporte que le célèbre médecin Thémison, ayant donné des soins à un de ses amis attaqué de la rage , en fut tellement affecté, que des symptômes semblables se déclarèrent chez lui. Long-temps après, il essaya plusieurs fois d’écrire sur cette terrible maladie, mais l’anxiété que lui causait le souvenir du mal qu’il avait éprouvé ne le lui jiermilpas.

La rage spontanée est quelquefois intermittente. Un jeune homme , ayant remarqué qu’une petite chienne n’aboyait plus et ne mangeait pas , introduisit sa main dans la geule de l’animal, qui peu de jours après mourut enragé. Au bout de trois semaines, ce jeune homme éprouva chaque jour un ou deux accès qui duraient une heure environ , et qui étaient marqués par une douleur de tête atroce, la constriclion du larynx et le tremblement du pouls; dans l’intervalle des accès qui se produisirent pendant une semaine, il se livrait à son travail ordinaire et suait abondamment; le malade finit par guérir. Des sueurs copieuses, une forte salivation ou encore une éruption miliaire , précèdent en général la guérison dans la rage non communiquée.

Dans le grand nombre d’animaux qui peuvent être atteints de la rage, il en est un qui , partageant nos demeures, nos habitudes domestiques , en devient ainsi la cause la plus ordinaire chez l’homme; je crois donc important de décrire la marche de cette maladie chez le chien, et c’est en reconnaissant les signes qui servent à la caractériser que l’on pourra se préserver de ses morsures.

Quelque temps avant que la rage ne soit déclarée, l’animal est triste, chagrin , hargneux ; il a de l’aversion pour les aliments et les boissons; il recherche l’obscurité et la solitude , et témoigne un besoin extraordinaire d’accouplement. Cet état peut durer plusieurs jours, quelquefois il ne dure que quelques heures. La maladie confirmée, l’animal abandonne la maison de son maître , pour y revenir quelquefois , tandis que d'autres fois , il n’y paraît plus. Sa voix est altérée, elle devient rauque; il court en chancelant, en baissant la tête et les oreilles, la queue entre les jambes ou en la balançant comme quand il veut mordre. Le balancement de la queue et la raucilé de la voix sont donnés par quelques vétérinaires comme les signes certains de la rage chez le chien. Le poil de l’animal est terne, hérissé, les yeux sont hagards, rouges , secs ; la gueule est ordinairement béante , la langue pendante et ordinairement couverte d’une bave blanchâtre. Le chien se jette alors sur les personnes qu’il rencontre, mais le plus souvent sur d’autres chiens qu’il mord avec fureur. Quoiqu’on l’ait avancé, il n’est pas prouvé que les au 1res animaux fuient à l’aspect d’un animal enragé.

L’accès peut durer ainsi près d’une heure, après quoi, l’animal épuisé de fatigues se relire dans un coin isolé, obscur, puis , à quelques heures de là , un nouvel accès se déclare ; après trois ou quatre de ces accès plus ou moins, et qui sont et plus violents et plus rapprochés, l’animal finit par succomber au milieu des convulsions , d’autres fois dans l’épuisement.

Les plaies qui suivent les morsures d’animaux enragés se guérissent , à peu de chose près , comme celles qui seraient faites par un animal en santé ; mais quelque temps après , quelquefois après trente ou quarante jours , tantôt à l’occasion d’une chute, d’un coup porté sur la cicatrice, tantôt spontanément , la cicatrice devient le siège d’élancements douloureux, qui s’irradient vers la gorge, qui en éprouve une constriclion; en même temps, il y a douleur de tête gravative; les tempes semblent serrées dans un étau ; la cicatrice devient violacée, se gonfle, et laisse écouler une sérosité roussâtre.

Quand, au contraire, la maladie s’est déclarée avant la cicatrisation entière des plaies, celles-ci se dessèchent, s’enflamment, prennent une apparence livide, et leurs bords se renversent. Le malade se plaint de frissons irréguliers, d’un malaise général, d’un sentiment de pesanteur vers l’épigastre, d’inappétence, de constriction plus marquée vers la gorge ; il devient triste, morose, refuse de manger, recherche la solitude, puis, dans les moments de calme, revient dans le monde pour le fuir de nouveau.

C’est presque sans transition que je passe des symptômes de la rage chez le chien à la description de cette même maladie chez l’homme ; leur analogie est en effe t des plus frappantes . Ce dernier est en proie à des agitations continuelles; son sommeil est inquiet, troublé par des rêves pénibles et effrayants; d'autres fois , sommeil profond , accablement dont on a peine à retirer les malades ; bâillements , soupirs , plaintes sourdes , frissonnements de la peau, secousses, soubresauts des tendons ; bientôt, mouvements convulsifs, partiels ou généraux ; sommeil plus rare, plus tourmenté, rêves plus effrayants , augmentation de tous les symptômes. Les moments de calme deviennent plus rares, plus courts ; toutes les sensations amènent des secousses subites. Le malade se plaint d’étouffements, d’oppression, qui l’effraient, perte de sommeil, déglutition difficile, douloureuse, puis tout-à-fait impossible, pour les liquides surtout ; face pâle, anxieuse, quelquefois rouge, exprimant la fureur; voix altérée, rauque; pouls ordinairement serré, précipité; ventre tendu ; efforts pour vomir ; urines rares, cuisantes ; soif plus vive; retour des convulsions chaque fois qu’il essaie de satisfaire ce besoin. Le malade est en proie à des terreurs paniques, tout l’irrite, l’effraie, le bruit, la vue des corps brillants, delà lumière, etc.

Dans l’intervalle des accès le malade semblerait jouir d’une santé parfaite, mais toul-à-coup, à la moindre cause, ou spontanément, un nouvel accès a lieu et plus violent que les précédents. Une écume sort par la bouche, qui est desséchée; soit extrême, qu’il ne peut satisfaire. Si quelques goût-

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tes viennent à tomber sur les lèvres, il repousse brusquement le vase loin de lui et retombe dans les convulsions.

Enfin les accès se prolongent, ils sont plus fréquents, plus effrayants, le pouls est plus irrégulier, les frissons et la transpiration sont continuels, les yeux sont égarés, menaçants. Crachotement continuel; très-souvent, priapisme ou nymphomanie; quelquefois cris affreux, mouvements désordonnés de tout le corps; d’autres fois, stupeur.

Quelques enragés remercient affectueusement des soins qu’on leur donne, adressent des excuses pour les emportements auxquels ils se livrent, ou bien invitent les personnes qui les entourent à se retirer, dans la crainte de les mordre. Enfin les accès se confondent tellement que le malade épuisé succombe, soit au milieu d’un accès, soit dans un moment de calme.

Telle est la marche la plus ordinaire de cette horrible maladie une fois déclarée; mais ici comme dans toutes les autres affections, tous les symptômes ne sauraient se trouver constamment réunis.

Dans la marche de la rage il n’y a que trois périodes : la première, dite d’incubation, comprend depuis le moment de la morsure jusqu’à celui de l’apparition des premiers symptômes précurseurs de la rage confirmée; elle varie depuis quelques jours jusqu'à quelques mois. La seconde période, symptômes précurseurs, date du moment où les premières douleurs se développent dans la cicatrice jusqu’à celui où l’hydrophobie se déclare; elle ne dure que de quatre à six jours au plus. La troisième période, rage confirmée, comprend la période qui s’écoule entre l’apparition des accidents et la terminaison de la maladie par la mort ou par la guérison; dans le premier cas elle est fort courte, dans le second elle est illimitée. Il faut bien l’avouer, jusqu’à ce jour, la rage confirmée, c’est-àdire arrivée à sa troisième période, ayant pour cause la morsure d’un animal enragé, est tou.t-à-fait incurable. C’est sans doute une aussi fatale issue qui a fait croire à quelques individus ignorants et abjects que, dans ces sortes de cas, l'on était autorisé à étouffer entre des matelas, ou à terminer par tout autre moyen violent, la vie du malheureux enragé ; comme si un homme pouvait s’arroger le droit de vie et de mort sur son semblable et se rendre criminel d’un meurtre que la loi n’atteindrait pas.

L’homme et certains animaux peuvent devenir véritablement enragés sans avoir été mordus par un animal enragé, et peuvent ainsi, à leur tour, communiquer la rage; quelque fails à la vérité peu connus tendraient à faire prévaloir celte opinion. Une dame de 34 ans apprend la mort de son mari et en éprouve un chagrin violent; le lendemain elle essaie de prendre une boisson ; après en avoir avalé la moitié elle ne peut continuer. Elle se plaint de chaleur et de conslriction à la gorge, qui néanmoins ne l’empêchent pas de prendre le soir un peu de bouillon. Après une nuit agitée, la chaleur et la constriction de la gorge augmentent, la déglutition est plus difficile; dans la soirée, l’horreur des liquides se joint aux autres symptômes, la

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