X. II
vue des boissons et l’agitation de l’air causent des convulsions ; la malade succombe le cinquième jour dans un état de faiblesse extrême. La malade et les personnes qui l’entouraient affirmèrent qu elle n’avait été mordue par aucun animal. Un chien très-caressant qu’elle avait auprès d’elle, et qui lui lécha souvent la bouche pendant le cours de sa maladie, n’éprouva rien pendant les quarante jours qui suivirent immédiatement la mort de sa maîtresse. Au bout de ce temps on vit se développer chez lui tous les symptômes de la rage, à laquelle il succomba dans l’espace de quatre jours. (Thèse de M. Burnout, Paris, 1814.)
Le traitement de la rage spontanée doit varier suivant la cause qui y a donné lieu. S’il existe des signes de congestion du cerveau, à plus forte raison une inflammation de cet organe ou de ses membranes, il faut pratiquer une saignée du pied, du bras, appliquer des sangsues au cou, maintenir sur la tête des topiques froids , recourir aux révulsifs ; quand les symptômes de rage sont sous l’influence seule de l’imagination, c’est elle qu’il faut traiter; il faut prouver au malade que l’animal qui Ta blessé n’est pas enragé, en le faisant manger et boire devant lui, en le faisant baigner. Si l’animal a été tué, il ne faut pas craindre de cautériser la plaie, lors même que Ton est persuadé qu’il n’y a aucun virus; les bains tièdes, les préparations opiacées, anti-spasmodiques, peuvent être mis en usage; les sudorifiques, les bains de vapeur seraient encore utiles.
Les animaux sujets àlarage spontanée sont, dans nos climats, le loup, le renard, le chien, le chat, qui tous jouissent du funeste privilège de la communiquer par morsure ou par inoculation de leur bave, à l’homme et à tous les quadrupèdes; il paraîtrait même aux oiseaux. D’après un mémoire lu à l’Institut parM. Huhard, les animaux quadrupèdes herbivores ne pourraient être atteints de la rage que par inoculation ou par morsure, mais jamais spontanément; ils ne pourraient non plus transmettre la rage; M. Dupuy, professeur à l’école d’Alfort , a confirmé cette assertion. Une éponge imprégnée de la bave d’un mouton ou d’une vache enragés par la morsure d’un chien enragé ne put jamais communiquer la rage à une autre vache, à un autre mouton, quoique Ton frottât l’éponge sur une plaie ou sur la bouche du quadrupède sain; la rage était, au contraire, immédiatement communiquée quand l’éponge avait été mordue par un chien enragé. Les morsures des moutons enragés faites à ceux qui ne le sont pas donnent encore des résultats négatifs.
Pendant long-temps on avait douté que la rage pùt se communiquer par 1 homme, lorsqu’à THôtel-Dieu, le 19 juin 1813, MM. Magendie et Breschet inoculèrent à deux chiens bien portants la bave d’un homme enragé, nommé Surlu, et qui mourut le même jour. L’un des chiens enragea le 27 juillet suivant, il mordit d’autres chiens, et la rage se propagea plusieurs mois pour cause d’expérimentation. D’autres faits positifs sont venus depuis prouver la transmission de la rage par l'homme. Faut-il en conclure que la rage est transmissible à l'homme par l’homme? Je le crains, mais aucun
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fait jusqu’à ce jour n’est venu l’établir d’une manière authentique.
Il est encore impossible d’assigner d’une manière précise les causes éloignées de la rage chez les animaux. Tour-à-tour l’on a dit qu’elle était due à la soif, à la faim; qu’elle se développait dans les grands froids ou dans les grandes chaleurs. Plusieurs fois on a laissé périr de faim et de soif des chiens, des chats, sans qu’ils devinssent enragés ; MM. Dupuylren, Magendie, Breschet, ont répété ces expériences. Des voyageurs, des médecins, Volney, Larrey, Brown, Savary, Portai, etc., disent que la rage est à peine connue dans l’Égypte, la Syrie, le cap de Bonne-Espérance, l’Amérique méridionale. On ne voit presque jamais la rage à Archangel, ni dans les pays qui sont au nord de Saint- Pétersbourg, tandis que la rage est fréquente dans les climats tempérés.
Les morsures les plus dangereuses sont celles du loup ; sans doute à cause de la profondeur des morsures, et du lieu où il les porte: à la tête et au cou, tandis que le chien n’atteint ordinairement que les membres pelviens. A l’hôpital de Grenoble, en 1823, j’ai vu succomber à la rage trois hommes qui avaient été mordus par un loup égaré à peu de distance de la ville.
Le rut chez les animaux, dont toutefois les époques ne peuvent être bien précisées pour certaines espèces, pourrait-il être la cause éloignée de la rage? Cette opinion que j’avais émise dans le Journal des Connaissances médicales pratiques , nu- ! méro 4, janvier 1838, M. Magendie l’a reproduite j dans une des séances de l’Institut, mois d’avril ! suivant, à l’occasion du programme des travaux à remplir par l’expédition scientifique qui doit être incessamment envoyée en Afrique.
Il est bien d’autres questions concernant la rage | qui restent insolubles. C’est ainsi que quelques médecins assurent que des chevaux, des moutons, des bœufs , sont devenus enragés pour avoir mangé de la paille sur laquelle étaient morts des cochons enragés. Enaux et Chaussier disent que des individus ont contracté la rage pour s’être mouchés dans des linges imprégnés de la bave d’animaux morts de celte maladie; l’inoculation ne serait donc pas l’unique voie de transmission de la rage.
C’est ici que je dois prévenir que certains tempéraments sont malheureusement disposés à devenir, la causeétant donnée, plus facilement enragés que d’autres. A Charenton, on a fait mordre inutilement dans des circonstances différentes, un même chien par un grand nombre de chiens enragés, et ce chien n’est pas tombé malade. Quelques individus sont réfractaires au virus vaccin, au virus syphilitique, etc. De semblables prédispositions, théoriques et éventuelles, ne doivent jamais servir de guide dans la pratique qui veut que l’on prenne toujours les précautions qui vous mettent à l’abri de l’action de ces virus. Le doute seul est un motif suffisant pour recourir au seul moyen utile, àla cautérisation ; si cette opération n’atteint pas le virus, elle est au moins efficace pour combattre les terreurs que l’imagination peut enfanter.
La Revue médicale du mois de mai 1834 rapporte
une observation de rage, terminée par la mort, et causée par la morsure d’un chien parfaitement sain. En janvier 1833, un aubergiste tomba subitement malade. M. le docteur Hermann Strahl le trouva couché sur son lit, ne se plaignant de rien, sinon que les aliments lui répugnaient et qu’il avait quelque difficulté à avaler. Le pouls , la température de la peau, et la langue, n’offraient rien d’anormal. Sa mère lui ayant offert une tasse de thé, il la repousse avec horreur, assurant qu’il lui serait impossible de boire.
On apprit qu’il avait été mordu cinq semaines auparavant par un chien qu’il dressait pour la chasse, et que la plaie s’était parfaitement cicatrisée. Le chien, amené sur la demande du médecin, fut trouvé dans un état de santé parfaite et n’avait jamais été malade; il était parfaitement tranquille, aboyait avec force, et but sans peine une grande quantité d’eau. Dans la soirée, après les plus grands efforts, le malade parvint à boire trois cuillerées d’une infusion de valériane opiacée. Le soir du lendemain, il eut un véritable accès de rage; voyant sa sœur boire un verre d’eau, il entra dans une colère terrible, cassa un miroir, et supplia les assistants de s’éloigner, parce qu’il les mordrait infailliblement. Après une demi-heure de cet état, sommeil tranquille; à dix heures, nouvel accès, pendant lequel le malade se mit à crier, à aboyer comme un chien, et brisa dans sa chambre tout ce qui avait un éclat brillant. Ses sœurs se sauvèrent, mais ayant atteint sa mère, âgée de 65 ans, il la jeta à terre et la mordit à la joue. Après cet acte de fureur, il parut revenir à lui, et lorsqu’on entra dans sa chambre, une demiheure après, on le trouva mort, la tête cachée dans ses draps. Sa mère n’éprouva aucun accident de la morsure. La morsure du chien ne fut ici très-probablement qu’une cause prédisposante de la rage spontanée, dont l’existence est admise par la plupart des palhologisles modernes.
Si l’on considère encore l’extrême facilité avec laquelle l’homme contracte les maladies par intoxication, tels que la variole, la syphilis, le vaccin, on sera d’autant plus disposé à croire au développement de la rage spontanée.
Le délai nécessaire pour que l’absorption du virus rabique ait lieu nous est complètement inconnu. Tant que le virus est en incubation, tant que les accidents généraux de la rage ne se sont pas encore montrés, il est toujours rationnel, indispensable , de cautériser. Il me serait trop facile d’appuyer cette pratique par l’opinion des auteurs et par des faits authentiques dont j’ai été le témoin ou l’acteur. En juin 1830 j’étais interne de garde à l'Hôtel-Dieu; un garçon de ferme se présente dans l’après-midi pour réclamer quelque conseil ; la veille il avait été mordu fortement à la jambe droite et à la main du même côté, par un chien qui lui était inconnu, et que, d’après son récit, on avait quelque raison de soupçonner ; je cautérisai sur-le-champ avec le fer rouge et retins le malade à l’hôpital. A la visite du lendemain, Dupuytren s’enquit auprès de ce malade si d’autres individus n’avaient pas également été mordus par le même chien ; sur la réponse affirmative on ou-
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voya sur les lieux; de nouvelles recherches amènent à l’Hôlel-Dieu le même jour un homme qui avait été légèrement mordu et qui fut cautérisé; l’un et l’autre guérirent et retournèrent à leurs travaux; mais l’on apprit qu’un troisième d’une commune voisine, mordu par le même chien et qui n’avait pas pris ces précautions avait succombé à la rage.
En 1834, salle Ste-Jeanne et St Jean, à l’Hôtel- Dieu, service de M. Sanson, deux ouvriers âgés, le mari et la femme, demeurant rue Gracieuse, faubourg St-Marceau, avaient été mordus le matin même de leur entrée à i’hôpital par un gros chien de berger leur commensal depuis plusieurs années, et voici dans quelles circonstances. Le maître du chien était à déjeuner, lorsque, fatigué par ses sauts et caresses, le maître le frappa avec un bâton ; le chien furieux se retourne contre son maître; celui-ci déjà mécontent ou inquiet, jette son chien par la fenêtre; aussitôt le chien rentre par la porte laissée ouverte, et se rue de nouveau sur son maître. La fémme arrive au secours, le chien les mord l’un et l’autre. Les voisins attirés par les cris accourent en bon nombre, et assomment le chien sur place. Ces deux individus portaient plus de cent trente blessures sur presque toutes les parties du corps.
La nécessité de la cautérisation pouvait être mise en question ; rien n’avait indiqué des symptômes de rage chez le chien, il avait mordu ses maîtres, ce qui est rare dans les cas de rage. Il avait agi par un instinct de vengeance, ce qui faisait supposer un certain raisonnement et liberté d’action, Le nombre des morsures à cautériser était considérable. Les médecins de l’Hôtel-Dieu réunis, auxquels M. Sanson exposa le cas, furent cependant unanimes pour pratiquer la cautérisation qui n’eut lieu qu’à dix heures et demie, et l’accident était arrivé à six heures du matin. La cautérisation fut faite au moyen d’une tige effilée en bois blanc et trempée dans le nitrate acide de mercure. On pouvait ainsi atteindre toutes les sinuosités des morsures. Ces deux individus guérirent parfaitement, mais ils restèrent long-temps encore à l’hôpilàl, pour y être traités d’une syphilis constitutionnelle, avec carie des os du crâne de la femme.
L’inflammation locale, celle des plaies, bien loin d’être calmée par des bains émollients et des cataplasmes de même nature, doit être excitée par des applications, par des topiques énergiques etpar des vésicatoires ; il faut sur la région lacérée amener, entretenir une suppuration. La nature elle-même n’a pas une tendance à la cicatrice , la plaie reste plusieurs semaines à se fermer, et son ancien siège est toujours très-sensible. Cette condition dans les plaies par morsures d’animaux suspects, sans autres accidents secondaires ou généraux, laisserait croire que l'intoxication du virus rabique n’a pas dépassé les limites de la plaie et serait restée là en incubation. Quoi qu’il en soit de cette dernière supposition, on est toujours autorisé à changer la nature de la plaie, en pratiquant une incision sur sa surface même et en cautérisant sur le même lieu. Il ne peut résulter aucun inconvénient de cette pratique, mais, au contraire,
quelquefois un très grand bien. Un individu fut amené à M. Récamier, quinze jours après avoir été mordu par un animal enragé; les cicatrices des morsures s’élaient tuméfiées; M. Récamier, malgré le long espace de temps écoulé depuis l’accident, essaya la cautérisation avec le nitrate de mercure cristallisé, après avoir rouvert les cicatrices. En même temps le malade fut mis à l’usage des boissons diaphorétiques, et des bains dans lesquels on fit dissoudre d’abord deux onces, puis quatre onces de deuto-chlorure de mercure. Le malade prit environ une trentaine de ces bains et guérit parfaitement, tandis qu’un autre individu qui avait été mordu en même temps et par le même animal péril de la rage; la tuméfaction survenue dans les cicatrices pouvait à elle seule faire naître des soupçons.
Dans la plupart des cas, il faut préférer les caustiques liquides ou demi liquides, le chlorure d’antimoine (beurre d’antimoine).
Unefois les accès de rage déclarés, jusqu’à cejour je ne sache pas que la science possède un traitement efficace. Dans tous les cas de rage dont j’ai pu être témoin, j’ai vu les malades succomber malgré les médications les plus variées ; il faut espérer la découverte de quelque spécifique, de quelque antidote à ce poison animal. De pareils efforts doivent être encouragés, et sont dignes des recherches des gouvernements et des particuliers. Mais plus cette découverte est difficile et se fait attendre, plus aussi elle doit être entourée de précautions qui fassent éviter l’illusion ou la fraude. Que de fois le Spécifique unique n’a-t-il pas été annoncé? Un médecin russe, M.Marochetli, avait signalé l’existence de pustules sous la langue des personnes mordues par un animal enragé, pustules qui se montraient du troisième au neuvième jour. Ces pustules ne durent que vingt-quatre heures, très-rarement deux jours. Dès qu’elles apparaissent il faut les ouvrir, les évacuer de l’humeur jaunâtre qu’elles contiennent et les cautériser avec un stylet rougi à blanc, soumettre le malade à la décoction de genêt et la guérison est certaine. C’est peut-être ici l’histoire renouvelée de la dent d’or ; je n’ai jamais vu ces pustules ou lysses, aucun médecin ne m’a dit les avoir aperçues, et toujours je les ai cherchées, il n’y a que quelques années encore, sur un marchand de gâteaux à la porte du théâtre de l’acrobate madame Saqui. Cet homme avait été mordu par un chat et vint à l’Hôtel- Dieu mourir de la rage trois jours après l’évènement.
Je passe avec dessein sur celte foule d’arcanes inventés par la peur, propagés par la cupidité, tous absurdes à différents degrés.
Caffe,
Docteur en médecine , chef de clinique des hôpitaux.
hydrophthalmie, hydrophthalmus fpath.J, s. f., mot composé de deux racines, qui signifient, hydropisie de l’œil , désignation sous laquelle cette maladie est plus généralement connue. L’hydrophthalmie peut être partielle ou générale ; elle peut aussi occuper divers points de la sphère oculaire, c'est ce qui a engagé les ophlhalmologues modernes à admettre différentes espèces d’hydrophlhalmies,
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qu’ils ont classées selon leur siège ; on en reconnaît généralement quatre, savoir : l’hydrophthalmie
antérieure, la postérieure, l’hydrophthalmie mixte, et sous-sclérolidienne.
L’hydrophlhalmie est assez rare en Europe, où on ne la voit en général que par faits isolés, tandis qu’en Orient, où cette maladie est très-commune, on en rencontre souvent plusieurs cas dans la même famille. M. Grellois, chirurgien militaire de l’armée d’Afrique, a rencontré un assez grand nombre de maladies de ce genre pour pouvoir en faire le sujet d’une monographie fort intéressante. C’est surtout parmi la population juive du littoral de la Méditerranée, que cette maladie est fréquente. Nous en expliquerons plus tardles causes.
Quelle que soit l’espèce d’hydrophthalmie, ou son siège, elle est toujours accompagnée de symptômes généraux, tels que, augmentation de l’œil, exorbitisme, changement de direction de l’axe visuel, douleur et tension, sentiment d'éclatement, altération des formes de l’iris, diminution de la vision, ou sa perle absolue.
Lorsque l’hydropisie est antérieure, son siège est dans les chambres de l’œil dont elle modifie les formes et le diamètre ; l’eau, en s’accumulant, dédouble la cornée, et y produit quelquefois des changements très-notables ; l’iris se décolore légèrement et le cristallin est souvent refoulé en arrière dans l’éponge hyaloïdienne; de toutes les hydrophthalmies, c’est la plus reconnaissable parce qu’elle peut être appréciée par la vue et par le toucher. En examinant l’œil de profil, on reconnaît, à la première vue, la distension et le dédoublement delà cornée.
L’hydrophlhalmie postérieure est moins facile à reconnaître, car ses symptômes sont analogues à ceux produits par un grand nombre de tumeurs ultra-orbitaires et par l’hypertrophie du coussinet graisseux qui soutient le globedel’œil: on la reconnaîtcependant aux symptômes suivants : augmentation visible de la partie postérieure du globe oculaire, insensibilité de l’iris , et à un regard terne qui enlève toute l’expression de l'œil : en refoulant l’œil à travers les paupières, on le fait rentrer un peu dans la cavité orbitaire, ce qui n’arrive pas lorsqu’il est repoussé par une tumeur. Le malade éprouve un sentiment de tension dans l’œil à la partie postérieure, et lorsqu’il incline la tête en avant il lui semble que l’œil s’échappe de l’orbite.
L’hydrophlhalmie mixte est celle qui occupe plusieurs points de l’œil à la fois sans qu’il y ait envahissement complet de l’organe, ainsi elle peut être latérale et antérieure, ou latérale et postérieure.
L’hydrophlhalmie sous-sclérotidienne enfin est constituée par l’accumulation d’un liquide entre la sclérotique et la choroïde, et dont la présence influe tellement sur la sclérotique qu’elle s’use, s’amincit, et se boursouffle en donnant naissance à de petites tumeurs simples ou multilobées , que l'on a considérées à tort comme des staphylômes.
Lorsque l’bydrophthalmie est générale, elle augmente rapidement le volume de l’œil et lui donne l’apparence de celui d’un bœuf, ce qui lui a fait donner le nom de buphthalmie.
L’bydrophthalmie est toujours une maladie grave, parce querien n’est plus incertain que sa guérison, et que, pour peu qu’elle dure, elle modifie les tissus au point d'amener quelquefois la rupture du globe de l’œil . Quant aux causes, elles sont loin d’être bien connues; car la maladie se présente sur des individus à tempéraments bien différents, chez les uns il y a une surexcitation du système secrétoire de l’œil, chez les autres il y a une faiblesse évidente. Dans un grand nombre de circonstances la maladie coïncide avec des fièvres éruptives, des affections cérébrales ou des inflammations de l’œil et de ses annexes. Chez les juifs d'Afrique elle est évidemment due à la misère, la malpropreté , l’habitation dans les lieux malsains. M. Grellois pense que la réverbération des maisons, qui sont d’une blancheur éblouissante, peut influer singulièrement sur le développement de cette maladie. Mais parmi les causes de cette maladie, la plus fréquente est, sans contredit, la suppression des fonctions de la peau qui réagissent sur l’œil et y déterminent des inflammations profondes, sourdes , et qui agissent principalement sur les appareils destinés à sécréter l’humeur aqueuse.
D’après tout ce que nous venons de dire il est facile de se convaincre que le traitement de l’hydrophlhalmie doit varier selon la nature présumée de ses causes occasionnelles, et l’on commettrait une erreur bien préjudiciable au malade, en traitant par des causes débilitantes une maladie qui serait due à un défaut d’activité dans le système absorbant, ou en opposant une méthode irritante et fortifiante à des phénomènes réels d’inflammation ou de surexcitation. Lorsque la maladie est due à la faiblesse, à la misère, à la mauvaise nourriture, la malpropreté et l’insalubrité de l’habitation qui en sont la suite, il faut chercher à rétablir la constitution par un régime fortifiant et analeptique, par des bains généraux; on réveillera les fonctions delà peau et on appellera à la périphérie du corps les fluides qui se concentrent dans les organes internes.
Toutes les fois qu’il existera des symptômes d’inflammation, il faudra se hâter de les combattre, puis l’on administrera les médicaments capables de faire résorber les liquides épanchés ; le mercure employé à l’extérieur sous forme d'onction, et à l’intérieur en calomel, remplit parfaitement ce but; il ne faut pas craindre de pousser la calomel jusqu’à la salivation, ainsi que le font ordinairement les chirurgiens anglais. On a aussi beaucoup recommandé avec raison d’accélérer les fonctions du système urinaire par les diurétiques les plus énergiques. Toute complication spécifique sera combattue par des moyens appropriés.
On peut associer à ce traitementl’usage de quelques collyres toniques et astringents qui ont le double effet d’activer les fonctions de système absorbant et de réduire les tissus distendus.
Lorsque ces moyens ont été inutiles, la chirurgie seule peut offrir quelque ressource; c’est l’évacuation de l’humeur aqueuse au moyen d’une ponction ; dans quelques cas l’on est même forcé, pour prévenir l’éclatement et la dégénérescence
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de l’œil, de recourir à l’évacuation complète des humeurs de l’œil ; par ce moyen l’organe s’affaisse, suppure et passe à l’état de moignon inerte susceptible de supporter une pièce artificielle plus vulgairement connue sous le nom d’œil d’émail.
S. Furnari.
hydropisie (méd.J, s. f. (du grec udôr eau, et ôps semblable , semblable à de Veau ) . On appelle hydropisie, une infiltration de sérosité dans la trame de nos tissus , ou sa collection dans une cavité naturelle ou accidentelle.
Ainsi le liquide qui constitue l’hydropisie est tantôt infiltré dans les tissus, comme l’eau qui imbibe une éponge, tantôt il est accumulé et réuni en quantité plus ou moins abondante, soit dans une des cavités membraneuses naturelles du corps comme le ventre , la poitrine, soit dans une poche qu’il s’est creusée dans la substance même des organes. Des noms différents correspondent aux variétés que présente l’hydropisie dans ces différents cas. Si la sérosité est à l’état d’infiltration et occupant loutle corps, ily a ce qu’on nomme anasarque. Si l’infiltration n’est que partielle, c’est V œdème. Les collections aqueuses empruntent d’ordinaire leur nom à la cavité qui les recèle ; formées dans la tête, on les nomme hydrocéphales; dans la poitrine, hydrothorax, etc., etc. Celle du ventre est désignée par le mot ascite , comme nous le verrons à la suite de cet article; enfin les collections formées dans des cavités accidentelles prennent le nom d ’hydropisies enkystées.
Causes. Les causes del’hydropisiesont fort nombreuses ; on peut, je crois, les ranger sous quatre chefs principaux.
1°. Hydropisies par suite d'irritation locale. A une époque peu éloignée de nous , quelques médecins, Cullen entre autres, appréciant mieux qu’on ne l’avait fait dans l’antiquité, le mode de sécrétion de la sérosité pensèrent que l’hydropisie pouvait dans certains cas être attribuée à une exagération de la sécrétion normale. Plus lard et dans ces derniers temps, M. Lobstein reprit et développa cette théorie. D'autres auteurs, au commencement de ce siècle, avancèrent que la production de la sérosité abondante qui constitue l’hydropisie, se faisait sous l’influence d’une irritation assez vive développée dans la partie malade, et à laquelle Marandel donne le nom d’irritation sécrétoire. Dans cette hypothèse qui n’est qu’un développement de la première, on suppose que l’irritation , se fixant dans un organe ou dans une membrane, y fait affluer le liquide et que les vaisseaux exhalants superstimulés séparent et versent de la sérosité en plus grande abondance que de coutume.
C’est là un moyen d’explication assez ingénieux; et en effet il est bien constaté que les membranes séreuses légèrement enflammées produisent l’hydropisie de la cavité qu'elles tapissent, et que dans les organes, les phlegmasies s’accompagnent d’une infiltration séreuse : cela se voit surtout à l’entour d’un phlegmon ou d'un érysipèle, le tissu cellulaire est alors le siège d’un empâtement séreux très-notable. Mais faut-il dire avec une foule d’écri-
vains que l’hydropisie résulte d’un défaut d’équilibre entre l’exhalation et l’absorption ? il est bien clair que si la sérosité s’accumule dans une partie c’est qu’elle n’est pas reprise par les vaisseaux absorbants dans la même proportion qu’elle est exhalée , et l’explication proposée ressemble un peu à la fameuse réponse du malade imaginaire, l’opium fait dormir, parce qu’il a en lui une vertu dormitive.
2° Hydropisies par obstacle au cours de la circulation. Lorsque le trajet du sang vient à être intercepté dans les veines par une cause quelconque , il arrive que la partie la plus aqueuse de ce liquide, le sérum, comme on le dit, transsude à travers les parois des ramifications vasculaires , et toute la partie dans laquelle ces veines prennent naissance devient le siège d’une infiltration aqueuse ; que si elles se répandent dans les parois d’une cavité, celle-ci se remplira de liquide. Déjà les anciens avaient remarqué que les indurations des gros viscères de l’abdomen, tels que le foie, la rate, les reins, etc., étaient très-fréquemment la cause d’hydropisie. Quelques-uns même se fondant sur les fonctions que l’on attribuait alors au foie d’être l’organe formateur du sang, pensaient que l’obstruction de ce viscère était la source unique de toutes les hydropisies : telle fut la doctrine répandue pendant tout le moyen-âge; on en faisait, mais bien à tort, remonter l’origine à Galien: cet auteur combat au contraire cette même doctrine, et pense que les maladies des reins occasionnent peut-être aussi souvent que des collections séreuses les maladies du foie. La découverte de la circulation vint éclairer ce qu’il y avait d’obscur dans ce point de pathologie, mais la lumière fut spécialement portée par les belles expériences de Lower; cet illustre anatomiste ayant lié des veines sur des chiens, il constata le phénomène dont nous avons parlé au commencement de ce paragraphe. Depuis, Hoffmann, Muralto, Cullen, Monro et une foule d’autres, dirent que l’bydropisie était très-fréquemment occasionnée par un obstacle au cours du sang veineux, comme il arrive quand le foie hypertrophié vient à comprimer la veine porte ; quand une tumeur comprime un ou plusieurs des gros vaisseaux à sang noir ; quand une personne étant restée debout trôs-long-temps, le sang qui remonte contre son propre poids s’arrête et stagne dans ses vaissëaux, quand enfin un obstacle existe à l’un des orifices du cœur, ou que l’un des poumons étant malade il ne peut recevoir la quantité habituelle du sang qui le traverse à l’état normal. Négligée pendant quelque temps, celle explication si plausible d’un grand nombre d'bydropisies fut reprise par M. Bouillaud qui lui rendit dans la science le rang qu’elle occupait pendant tout le siècle dernier .Je ne parlerai pas ici des théories d’Eümuller, Morton, Sœmmering et autres qui voulaient voir dans l’hydropisie une rupture des vaisseaux lymphatiques. Cette doctrine, née de l’engouement qui s’empara d’un grand nombre de médecins lors de la découverte des vaisseaux lymphatiques, ne put tenir devant une observation attentive; elle tomba faute de preuves suffisantes.
Les obstructions artérielles peuvent encore, mais
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bien plus difficilement, donner lieu à des épanchements séreux : cela se voit cependant après la ligature des artères , pratiquée dans les cas d'anévrismes des membres.
3» Hydropisies par suite d’une modification dans la quantité ou la qualité du sang. Nous partagerons ces différentes causes en trois groupes bien distincts.
A. Surabondance du sang , pléthore. On pourrait à la rigueur ranger cette cause parmi les précédentes, car la surabondance du sang entraîne une gêne, une difficulté dans la circulation, mais j’aime mieux la placer ici ; elle sert de transition entre l’ordre de causes que nous venons d’examiner et celui dont il est actuellement question. Les sujets chez lesquels le sang est riche en principes colorants et fibrineux, ceux qui sont doués de constitution pléthorique, en un mot, sont exposés aux stases du sang dans les vaisseaux, et dès lors aux épanchements de sérosité. On connaît d’ailleursles expériences deM. Magendie , on sait que cet habile expérimentateur, ayant rempli d’eau la poitrine ou l'abdomen d'un animal, et ayant en outre injecté une certaine quantité de ce même liquide dans les veines, il observa que la réplélion du système veineux s’opposait à l’absorption ; les effets même de certaines substances vénéneuses furent suspendus par suite de ce engorgement artificiel dans les vaisseaux. Ces considérations rendent facile l’explication des hydropisies que l’on rencontre chez les jeunes filles vigoureuses et mal réglées, ou chez les personnes qui onjt eu une évacuation habituelle supprimée, sorte de trop plein qui, aujieu de s’évacuer et de débarrasser l’économie, se reporte dans les vaisseaux veineux et augmente la quantité du liquide que ceux-ci renferment. A cette dernière cause paraissent, suivant l’ingénieuse idée de M. Andral, se rapporter les hydropisies que l’on rencontre si souvent à la suite de la rougeole et de la scarlatine; dans ces cas , l’affection cutanée ayant interrompu les sueurs, il en résulte le reflux du trop plein dont nous venons de parler, et la matière séreuse qui devait être éliminée s’épanche dans les tissus. Ici se rangentles hydropisies par métastases dont nous parlerons à propos des terminaisons.
B. Diminution dans la quantité des principes colorants et fibrineux du sang , pauvreté du sang, anémie. On regarde ordinairement l’anémie comme une diminution dans la quantité du sang; je crois avec mon ami le docteur Beau, que dans ce cas la quantité du liquide n’est pas moindre, mais que le sérum y est en bien plus forte proportion. Ainsi les individus qui ont perdu beaucoup de sang, les jeunes filles chlorotiques, etc., paraissent avoir le système vasculaire rempli d’un sang fluide et presque incolore ; de là une facilité plus grande pour ce liquide à s’épancher hors de ses canaux, de là aussi ces bouffisures, ces œdèmes, ces hydropisies partielles que l’on observe chez les sujets dits anémiques.
C. Altération dans les qualités du sang. Les maladies dans lesquelles le sang semble être altéré dans sa composition infime, telles que les fièvres typhoïdes (putrides et malignes des anciens), et surtout le scorbut, s’accompagnent très-fréquem-
j ment de congestions séreuses. Il en est de même ] des empoisonnements par le venin de quelques | reptiles, de certaines cachexies dans lesquelles le sang a perdu ses attributs ordinaires, comme on le voit dans les maladies cancéreuses arrivées à leur dernière période. Dans ce groupe, et faute de pouvoir la placer convenablement ailleurs, je rangerai une maladie qui a été étudiée avec soin depuis peu, et que l’on désigne sous le nom de maladie de Bright, du nom de l’auteur anglais qui l’a le premier bien fait connaître. Cette affection est caractérisée, anatomiquement par un état granuleux et jaunâtre du rein (voy. Reins , maladies des ) et symptomatiquement par une hydropisie du ventre et des membres inférieurs, enfin par la présence d’albumine dans les urines. Il paraîtrait que, dans cette affection, les reins prendraient moins de sérum et plus d'albumine au sang, et que la consistance de ce dernier se trouvant notablement diminuée par une semblable soustraction, la partie la plus ténue s’épancherait désormais avec une grande facilité. Telle est du moins l’explication qu’en donne M. Sabaltier : suivant M. Monassot, la sécrétion de l’urine étant diminuée, ce sont ses matériaux qui s’épanchent; cette dernière opinion avait déjà été émise il y a bien des siècles pour expliquer la présence de la sérosité dans les hydropisies, et Van-Helmont en avait démontré la futilité; mais dans le cas dont il s’agit, elle semble d’abord plus plausible ; toutefois nous préférons l’hypothèse de M. Sabattier, car les urines ne sont pas toujours notablement diminuées dans la maladie de Bright.
4° Hydropisies. Suites d'une modification dans l'influx nerveux. Lorsque le système nerveux a perdu sa puissance dans une partie, par suite d’une affection du cerveau ou autrement, la circulation ne s’y fait plus d’une manière normale, les vaisseaux perdent de leur force de ressort, de leur tonicité, et il peut s’accumuler de la sérosité dans toute la partie où se passent ces phénomènes. C’est ainsi que l’on voit des hydropisies de membres paralysés : à la même cause débilitante on peut rapporter les congestions séreuses si communes dans la vieillesse ; les amas d’eau qui se forment dans les grandes cavités pendant l’agonie , et peut-être celles qui ont lieu pendant la convalescence de quelques maladies longues et douloureuses.
Des causes prédisposantes. Telles sont les conditions qui font naître l’hydropisie ; mais existe-t-il des causes qui puissent prédisposer à sa formation? Si l’on en croit Seger, Dorstenius, etc., l’bydropisie peut être héréditaire , et ils ont rapporté des observations d’enfants hydropiquës , nés de mères hydropiques' elles-mêmes ; toutefois, il faut | le dire, ces observations sont loin de présenter lè degré de certitude que l’on doit exiger en pareille matière. D’après ce que nous avons vu des 1 causes déterminantes, il est facile de concevoii que le sexe et l’âge ne peuvent apporter aucune in- ! fluence dans la production de la maladie qui nous occupe. En est-il de même pour la constitution ? Les climats du Nord et les saisons froides et humides facilitent-elles les infiltrations ou les collections séreuses? Certaines personnes l’ont pensé, i mais rien n’est bien assuré à cet égard.
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Anatomie pathologique. Si nous examinons l’état des parties qui sont le siège (l’une bydropisie, nous aurons deux choses à examiner : 1° Le liquide; 2° l’organe lui-même. Le liquide de l’hydropisie s’offre sous différents aspects, tantôt clair et limpide comme de l’eau de roche, tantôt d’une couleur citrine plus ou moins foncée, tantôt, enfin, trouble, épais, floconneux, quelquefois mêlé d’un peu de sang, comme il arrive si l'épanchement s’est effectué brusquement. Quand le liquide est à l’état d’infiltration, il peut être comme combiné avec le tissu cellulaire , qu’il transforme en gelée tremblante et d’une couleur citrine. L’analyse du liquide a fait voir qu’il contenait à peu près les éléments qui constituent le sérum du sang, sauf une moindre proportion d’albumine. Quant à l’organe, siège de l’hydropisie, si c’est une cavité séreuse, et que la maladie ait duré long-temps, on trouve les parois pâles, ramollies, les organes voisins sont eux-mêmes comme macérés dans le liquide qui les baigne. Souvent, la pression exercée par ce même liquide, a déterminé l’atrophie, l’amoindrissement des viscères ou des muscles avec lesquels il se trouve en rapport; et au contraire, les parois obligées de se prêter à la distension qu’occasionnait l’accumulation de la sérosité sont beaucoup plus amples , et agrandissent la cavité dont elles forment les limites.
Symptômes. Les phénomènes que présente l’bydropisie sont locaux ou propres à la partie malade, et généraux, c’est-à-dire, offerts par les autres systèmes de l’économie.
Symptômes locaux. Ils consistent dans la distension que produit la présence insolite d’un liquide, dans la région malade; nous renvoyons au mot Œdème, pour l’indication des caractères que présentent les infiltrations des organes. L’accumulation de la sérosité dans les grandes cavités doit nécessairement entraver les fonctions des viscères qui se trouvent comprimés, de là un trouble plus ou moins considérable dans ces mêmes fonctions ; les veines profondes étant comprimées, le sang doit revenir par les collatérales superficielles qui rampent alors, largement distendues, dans les parois de la cavité hydropique.
2° Symptômes généraux. D’ordinaire, la transpiration cutanée est supprimée dans les hydropisies, et la peau, au lieu d’offrir la moiteur et la souplesse qui sont ses attributs dans-l’étal de santé, est dure, sèche, rugueuse, et d’un aspect terreux. Le visage et toute l’enveloppe tégumentaire sont pâles, décolorés. Un amaigrissement, porté souvent jusqu’au marasme, s’empare de toutes les parties qui ne sont pas le siège de l’hydropisie ; il semble suivantl’énergique expression d’Arétée que toutes les chairs se sont fondues en eau. L’aridité et la sécheresse des parties éloignées du foyer de la maladie déterminent celte soif ardente de l’hydropique, qui est passée en proverbe, et dont la satisfaction entraîne encore l’augmentation du mal. Les urines sont rares, épaisses, et laissent déposer un sédiment rouge et briqueté. Il y a ordinairement dans cette affection un grand affaiblissement des facultés intellectuelles ; il semblerait que le cerveau, n’étant plus alimenté que par
un sang appauvri, perd de sa puissance et de son énergie.
La marche des hydropisies est plus ou moins rapide suivant la cause qui leur a donné lieu. Celles qui se rattachent au premier groupe que nous avons établi arrivent avec le plus de promptitude à un degré fort considérable. Les autres se forment beaucoup plus lentement. On a remarqué que dans les maladies du cœur, l’bydropisie commençait parles membres inférieurs et s’étendait delà au ventre. Dans d’autres circonstances, elle débute par le ventre et ce n’est que consécutivement que les jambes et les pieds sont attaqués.
Terminaisons. Un point fort important à connaître, c’est la manière dont se terminent les hydropisies. Nous avons ici plusieurs cas à considérer.
1° Le fluide épanché est repris par les vaisseaux absorbants , l’infiltration ou l’épanchement disparaissent, en un mot, il y a résorption. Si la résorption a lieu lentement , les fluides épanchés rentrent peu à peu au sein de l’économie sans la troubler ; il n’y a pas de crise, c’est là le cas le plus heureux. Mais celle résorption , quand elle est brusque, est souvent accompagnée ou suivie de phénomènes qui jugent la maladie, comme le disaient les anciens, et qui en forment la véritable crise favorable ou défavorable. Quelquefois, la disparition rapide de l’hydropisie est suivie (l’une métastase, c’est-à dire, que le fluide se jette sur un autre organe que celui qu’il occupait; c’est ainsi que l’on a vu des hydropiques tomber toul-à-coup dans un état de torpeur, puis perdre connaissance, et succomber au milieu d’une véritable paralysie, en même temps que l’épanchement séreux disparaissait; à l’autopsie, on trouvait un amas d’eau dans le cerveau; il s’était formé une apoplexie séreuse. D’autres, dans les mêmes circonstances, étaient pris de suffocation, d’étouffements et mouraient asphyxiés. La sérosité, reprise par les absorbants, était allée engorger le poumon. Ainsi, comme on le voit , les hydropisies peuvent se transporter d’une partie à une autre parla voie de la circulation. J’arrive aux crises favorables : les auteurs sont remplis d’exemples d’épanchements séreux guéris au momenlméme où se déclaraient des sueurs copieuses ou bien en même temps que les malades étaient pris d’un flux d’urine excessivement abondant. M. Andral a vu un hydrolhorax se vider en quelque sorte par les voies aériennes, et une ascite par une diarrhée séreuse.
2° Je lis dans la Bibliothèque médicale de Planque l’observation fort curieuse d’un jeune homme, mal nourri, qui devint hydropique. Le traitement qu’on mit en usage le soulagea un peu; mais il ne guérit complètement qu’après la formation de cinq grands abcès qui suppurèrent énormément.
3° La distension devenant de plus en plus considérable, la peau s’amincit, rougit, se rompt; la sérosité s’écoule , mais la gangrène s’empare des parties malades; le sujet s’affaiblit rapidement, il est pris de diarrhée et ne tarde pas à succomber. La même chose peut avoir lieu après l’ouverture artificielle de la tumeur aqueuse : d’autres fois, dans le cas d’épanchement dans des cavités, il arrive qu’après plusieurs ponctions le liquide