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DES DIFFÉRENTES VARIÉTÉS DE D’UT DROPISIE

Nous avons vu que suivant les tissus et suivant les organes, l’hydropisie prenait différents noms (hydarthrose, hydrocèle, hydrocéphale, hydromèlre, hydropéricarde, hydrophthalmie, hydrothorax, hydrorachis). Le plan de cet ouvrage ne comporte pas que nous traitions ici de toutes ces variétés ; on pourra voir à chacun des mots qui les expriment quel est l’article auquel il faut avoir recours pour les connaître; nous parlerons seulement ici de l’hydropisie de l’abdomen (ascite ) qui a été remise à l’article que nous traitons actuellement. Au mol Kystee st renvoyée toute l’histoire des hydropisies enkystées, excepté celle de l’abdomen dont il va être question ici.

Les considérations dans lesquelles nous sommes entré au sujet de l’hydropisie en général abrégeront de beaucoup notre tâche.

Hydropisie dubas-ventre, ou ascite. Ascite vient du grec askos, o Ire, parce que dans cette maladie le ventre est distendu comme une outre; elle est du reste constituée par une accumulation de sérosité dans la cavité du péritoine.

La quantité du liquide accumulé varie depuis quelques onces jusqu’à un nombre énorme de livres (100, 200). Le liquide etlesviscères voisins peuvent offrir les différentes altérations indiquées d’une manière générale dans l’article hydropisie, en parlant de 1’analomie pathologique.

Les causes prédisposantes sont toutes celles qui peuvent irriter le péritoine, ou enlraînei une suppression de quelque évacuation habituelle de sueur, d’urine, etc.; les maladies du bas-ventre, entérites, squirrhe du foie, etc.

Quant aux causes déterminantes, il faut surtout en demander compte au système veineux de l’abdomen; déjà les anciens avaient remarqué que la disposition de la veine-porte, l’absence des valvules dans son intérieur, la facilité avec laquelle elle peut être comprimée dans les indurations de foie, ou par des tumeurs situées dans l’abdomen, devaient rendre les stagnations très-fréquentes dans ce vaisseau, et dès-lors devenir une source fréquente d’ascite. M. Bouillaud a démontré dans ces derniers temps la vérité de ces doc rines, et il est bien reconnu aujourd’hui qu’un grand nombre d’ascites sont dues à un obstacle au cours du sang dans la veine-porte. Les maladies du cœur, surtout des cavités droites, déterminant un grand (rouble dans la circulation veineuse amènent souvent l’hydropisie de l’abdomen; mais ici, comme nous l’avons dit , l’affection commence par les jambes; d’autres fois enfin l'accumulation de sérosité a lieu activement sous l’influence d’une irritation du péritoine. Pour tout le reste, voyez les causes de l’hydropisie en général.

Symptômes. Le volume de l’abdomen augmente en proportion de l’accumulation du liquide : l’accroissement se fait de bas en haut. Si cette quantité est énorme, les parois de l’abdomen sont amincies, distendues, quelquefois même demi-transparentes, et parcourues de grosses veines bleues. Le malade éprouve un sentiment fort incommode de pesanteur; rarementily a douleur; si l’on frappe doucement sur le ventre il ne résonne pas comme de coutume, il rend un son plus mat , surtout en bas. Enfin en pressant avecles mains sur les flancs, et imprimant des mouvements alternatifs on perçoit la fluctuation. En même temps le malade est tourmenté d’une soif fort, vive, les digestions sont quelquefois un peu troublées. Si la quantité du liquide est très - considérable , le diaphragme est refoulé par en haut et il y a gêne de la respiration.

On ne peut confondre l’ascite qu’avec l'hydropisie enkystée de l’ovaire dont nous allons parler, ou avec la tympanite , ( accumulation de gaz dans l’abdomen ) mais ici il y a une résonnance trèsgrande tandis que dans l’ascite le son est mat.

Le pronostic de l’ascite est soumis aux mêmes règles que celui de l’hydropisie en général ; nous n’y reviendrons pas.

Le traitement repose encore sur les mêmes bases. On essaie de faire résorber le liquide par l’effet des diurétiques tels que la poudre de Dower, les frictions avec la digitale, etc., etc ; les sudorifiques, les purgatifs très-énergiques, etc. Mais quand ces moyens échouent, que la sérosité est en grande quantité et gêne le malade, il faut avoir recours à la ponction ou paracenlhèse. Dans le cas d’ascite symptomatique d’une affection du cœur ou d’un obstacle au cours de la circulation, on ne pratique cette opération qu’à la dernière extrémité , car on est sûr de la récidive, et l’cn sait que plus on opère, plus tôt le liquide revient, et sa production entraîne une faiblesse qui conduit le malade au tombeau.

Comment faut-il pratiquer la paracenlhèse? Le malade étant couché sur le côté opposé à celui sur lequel l’opération doit être faite, on plonge un troisquarts garni de sa canule au milieu de l’espace compris entre l’ombilic et l’épine iliaque antérieure et supérieure , et lorsqu’il a pénétré dans la cavité du ventre, ce qui se reconnaît au sentiment de résistance vaincue que l’on éprouve, on retire le poinçon en enfonçant encore un peu la canule, et le liquide s’écoule par celle-ci : on favorise l’écoulement par des pressions ménagées sur les parties latérales du ventre. C’est dans les traités spéciaux de chirurgie que l’on doit chercher ce qu’il faut faire dans les différents cas qui peuvent arriver suivant que le ventre présente plusieurs poches, que le canal s’oblitère, etc., etc. Lorsque le liquide a cessé de couler on retire la canule, on ferme avec le doigt l’ouverture et on y applique un morceau d’emplâtre agglutinatif : le ventre sera maintenu serré par un bandage de corps, ou le corset de Monro.

Hydropisie enkystée de l’ovaire. On appelle ainsi une tumeur formée d’une poche cellulo-fibreuse plus ou moins ample , renfermant de la sérosité, tumeur qui se forme assez fréquemment au

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sein de l’ovaire : c’est donc une maladie propre aux femmes.

On la rencontre chez des femmes pubères, rarepnent avant trente ans, presque toujours au-delà de quarante. On sait peu de chose sur les causes de cette affection ; on croit avoir remarqué qu’elle atteignait plutôt les célibataires que les femmes mariées, les femmes mal réglées ou stériles, celles enfin qui avaient dans l’abdomen quelque viscère squirrheux ou induré. L’hérédité semblerait aussi y être pour quelque chose.

Le kyste est-il formé dans l’ovaire et aux dépens d’une des vésicules qui composent cet organe? n’est-ce qu’une tumeur sur ajoutée? Les auteurs ne sont pas d’accord à cet égard. Quant à la tumeur elle-même, ses parois sont ordinairement fibreuses, plus ou moins épaisses, quelquefois cartilagineuses, et le plus souvent bien fournies de vaisseaux sanguins. La cavité est tantôt unique, tantôt multiple, et formée de plusieurs loges séparées par des cloisons de même nature que le kyste. Rien de plus variable que le liquide renfermé dans la poche fibreuse, tantôt clair et limpide, ailleurs trouble et lactescent, d’autres fois brunâtre et semblable à du chocolat, ou enfin à une gelée plus ou moins consistante. Dans certains cas rares on y a rencontré des débris de fœtus , des poils , des os , des dents , on avait affaire alors à une grossesse extra-utérine entravée dans son cours. (Yoy. Grossesse.) Il peut y avoir deux tumeurs, une de chaque côté, et alors elles sont rarement égales, l’une des deux l’emporte de beaucoup sur l’autre.

Les symptômes fournis par l’hydropisie enkystée des ovaires ressemblent notablement à ceux de l’ascite; la meilleure manière d’en bien faire saisir la différence est de les exposer comparativement. L’ascite se développe le plus souvent sous l’influence des causes que nous avons énumérées, tandis que dans l’autre, le point de départ n’est que bien rarement appréciable. Dans l’hydropisie enkystée, le développement se fait de bas en haut, et de l’une des fosses iliaques vers l’ombilic; dans l’ascite, la tumeur se forme très-irrégulièrement de bas en haut, et occupant dès le commencement le centre de l’abdomen. Dans la première, on a affaire à une tumeur bien circonscrite, ovoïde ou arrondie, dont le palper permet d’apprécier facilement les limites; dans la seconde, l’épanchement ayant lieu dans la cavité du péritoine, le liquide se déplace suivant la position que prend la malade; couchée, il se porte vers les flancs, debout ou assise, il retombe dans le petit bassin; la fluctuation se fait sentir dans ce cas vers la partie la plus déclive du ventre suivant la posture qu’affecte le sujet. Dans l’une, l’infiltration des membres inférieurs est assez rare et n’arrive guère que quand le kyste est parvenu à un volume assez considérable pour comprimer les veines du bassin, dans l’autre au contraire l’œdème des jambes apparaitde bonne heure et précède même quelquefois. ( Maladies du cœur. ) Presque toujours dans l’ascite , l’ombilic forme une saillie distendue par le liquide, tandis qu’il est rentrant dans l’hydropisie enkystée. Celleci s’accompagne fort tard de troubles dans les fonctions digestives, ils surviennent beaucoup plus tôt 1 13

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dans le cas d’épanchement péritonéal, et produisent un amaigrissement beaucoup plus marqué ; enfin l’accroissement de l’hydropisie enkystée est plus lent que celui de l’ascite.

Le diagnostic différentiel établi au mot Grossesse entre les différentes tumeurs de l’abdomen qui pourraient être confondues ensemble s’applique ici avec toute l’autorité que lui donne la savante plume auquel nous le devons.

Le pronostic varie suivant que le kyste est simple ou compliqué de tumeurs squirrheuses ou stéatomateuses, qui se forment assez souvent dans ses parois. Si la malade éprouve des douleurs dans le kyste même, si les fonctions se troublent, que la face se décolore, on peut aisément prédire une issue fatale et prochaine.

Traitement. Les chirurgiens s’accordent à regarder cette maladie comme presque incurable ; les médications employées contre l’hydropisie ordinaire échouent généralement , et quant à la ponction, il faut y avoir recours à la dernière extrémité. Boyer est très-explicite a cet égard, et l’expérience de tous les jours confirme cette opinion. On rapporte un grand nombre d’observations presque miraculeuses qui attestent l’effrayante rapidité avec laquelle le liquide peut se reproduire après l’opération; parmi ces faits je prendrai le plus saillant, rapporté par le docteur Bezart et cité dans le grand ouvrage de Boyer. Une femme, dans l’espace de treize ans , a subi six cent soixante-cinq ponctions , dans chacune desquelles on tirait quinze à vingt pintes de liquide; prenant pour terme moyen quinze pintes par ponction, il en résulte qu’en treize ans on lui tira dix mille deux cent soixante-quinze pintes de sérosité. La ponction se fait comme dans l’ascite; seulement , après l’opération , quelques auteurs veulent injecter un liquide légèrement irritant pour favoriser l’adhésion des parois ; je pense que cette pratique, excellente pour l’hydrocèle, est fort dangereuse ici; car l’inflammation d’une vaste surface comme celle que présentela cavité du kyste peut entraîner les plus formidables accidents et la mort. J’en dirai autant du séton et del’incision large de la tumeur. Quant à son extirpation qui a été proposée par quelques personnes, c’est le rêve d’un chirurgien en délire. Beaugrand,

Docteur en médecine ancien interne des hôpitaux.

HVDRO-RACHisfméd.J, s. f., (de wdor eau, eide rachis épine du dos). On désigne ainsi une accumulation de sérosité dans les membranes qui enveloppent la moelle épinière. Cette affection peut survenir chez l’adulte à la suite des causes nombreuses qui produisent les hydropisies ; mais cela est fort rare. C’est en quelque sorte d’une manière spéciale qu’on l’observe dans l’enfance, et son existence, qui date de la vie intra-utérine, est presque toujours accompagnée d’une séparation de la colonne vertébrale à sa partie postérieure. C’est ce qui lui a fait donner le nom spina-bifida (épine divisée en deux) sous lequel celte affection est connue des pathologistes. (Y. Spina-bifida.) J. B

hydro-sarcocèle fc/nr.,1, s.f. Nom que l’on donne à 1 existence simultanée de l’hydrocèle et du sarco-

cèle.(V. ces mots.'

hydro-sulfate ( chim.J , s. m. Dans la nomen clature chimique moderne on appelle ainsi le combiné qui résulte de l’association de l’acide hydro-sulfurique avec une base. (V. hydro-sulfurique (Acide. )

hydro-sulfures (chim.J, s. f. Ancien nom des hydro-sulfates. (V. Hydro-suif urique (Acide.)

hydro-sulfurique [acide] ou hydrogène sulfuré ( chim .), s. m. Les chimistes s’accordent maintenant à lui donner le nom d’acide sulfhydrique, plus conforme aux lois de la nomenclature. C’est un gaz incolore, d’une odeur d’œufs pourris, éteignant les corps en combustion que l’on y plonge, mais susceptible de s’enflammer lui-même au contact de l’air et de brûler avec une flamme bleue ; les produits de cette combustion sont: de l’eau, de l’acide sulfureux, et du soufre en fleurs qui se dépose ; il est composé de soufre et d’hydrogène; l’eau en dissout trois fois son volume ; cette dissolution est d'abord limpide, mais si on ne l’abrite pas soigneusement du contact de l’air, elle ne tarde pas à se troubler à cause du soufre qui est mis à nu, et se dépose ; il rougit d’abord le tourne-sol et le décolore ensuite, mais si l’on chauffe, l’acide hydrosulfurique se dégage et la couleur reparaît , ce qui prouve qu’elle n’est que masquée et non détruite Le chlore le décompose subitement ; il se forme de l’eau, et le soufre se précipite, à moins qu’il n’y ait du chlore en excès; dans ce cas il se produit du chlo rurede soufre. L’acide sulfureux et l’acide nitreux possid nt également la propriété de le décomposer rapidement, pourvu que ces gaz soient humides.

On obtient l’acide sulfhydrique en traitant du sulfure d’antimoine par quatre ou cinq fois son poids d’acide hydrochlorique, dans un fiole munie d’un tube propre à recueillir les gaz ; il est plus économique de remplacer le sulfure d’antimoine par celui de calcium que l’on obtient en calcinant dans un creuset du plâtre ordinaire mêlé à quinze pour cent de son poids de charbon.

L’acide hydrosulfurique se combine avec les bases salifiables, et forme des hydrosulfates ou des sulfures métalliques. Parmi ces produits , nous ne ferons l’histoire que de ceux formés avec la potasse et l’ammoniaque, à cause de leur importance. Us sont tous deux très-solubles dans l’eau; cette dissolution est limpide; tous les acides, même l’acide carbonique, les décomposent et en dégagent l’hydrogène sulfuré. C’est pour cette raison qu’ils se détruisent rapidement par le contact de l’air; iis constituent un réaciif très-précieux pour reconnaître les métaux en dissolution, du moins ceux des quatre dernières sections, à cause du sulfure insoluble et diversement coloré qui se précipite ; les hydrosulfates se préparent en faisant arriver de l'hydrogène sulfuré dans la dissolution de ces bases. En outre, l’hydrosulfate d’ammoniaque se produit naturellement toutes les fois que des matières animales subissent la fermentation putride, et particulièrement dans les fosses d’aisance, c’est lui qui produit l’empoisonnement miasmatique connu sous le nom de plomb. On reconnaît son mélange avec l’air, en débouchant un flacon d’acide I hydrochlorique ; il reproduit alors des fumées blan-

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ches dues à la formation de V hydrochlorate d’ammoniaque. En chauffant fortement un mélange de potasse, d’eau et de soufre, on obtient un composé solide', brun-verdâtre, connu sous le nom de foie de soufre, qui, en se dissolvant dans l’eau, produit une liqueur rougeâtre, pouvant être considérée comme un bydrosulfate de potassium.

Action sur V économie animale. Tous les corps que nous venons d’énumérer en on tune fort marquée. L’hydrogène sulfuré gazeux est extrêmement vénéneux, car un cheval périt bientôt dans un air contenant Ij200 de son volume de ce gaz ; il en faut une proportion beaucoup moins forte pour un chien; et l^lâOO suffit pour un petit oiseau. Les symptômes de cet empoisonnement sont : une vive agitation, accompagnée de cris aigus; les membres se raidissent et offrent des mouvements convulsifs, l’urine est rendue involontairement. A l’ouverture du corps, on trouve les vaisseaux remplis par un sang épais, brunâtre ou même verdâtre; les tissus sont mous, faciles à déchirer, prompts à entrer en putréfaction . La surface des fosses nasales et des bronches est recouverte d’une mucosité visqueuse et brunâtre. Le moyen le plus rapide et le plus sûr de purifier un air infecté d’hydrogène sulfuré, est d’y faire arriver du chlore qui le décompose instantanément; à son défaut on pourrait employer avec succès les fumigations d’acide nitreux obtenu en versant l’acide nitrique sur de l’amidon, ou d’acide sulfureux produit par la combustion du soufre ; les mêmes moyens sont propres à désinfecter un air mêlé d'hydrosulfate et d’ammoniaque.

L’hydrogène sulfuré en dissolution dans l’eau est beaucoup moins dangereux, et peut être employé avec avantage en médecine, à cause de son action sur les sécrétions cutanées, bronchiques et rénales qu’il excite, action propre à toutes les substances telles que les hydrosulfales, le foie de soufre etc. ; c’est ce qui les fait employer avec tant de succès dans un grand nombre d’affections chroniques de la peau et même des principaux viscères. L’efficacité des eaux minérales de Barège, Bagnères, Enghien, Cauterets, etc., contre ces maladies, est due à la présence de l’hydrogène sulfuré libre ou combiné à la soude ; aussi portent-elles le nom générique d’eaux sulfureuses qui annonce à la fois leur composition et leurs propriétés thérapeutiques.

F. Capitaine.

Docteur en médecine.

hydro-thorax fméd.J, s. m. On appelle hydrothorax l’hydropisie des plèvres. (V . Hydropisie et Plèvres ( Maladies des.)

hydrotite fméd.J, s. m. C’est l’accumulation de l’eau dans la caisse du tympan. (Y. Oreille {Maladies de V.)

hygiène, s.f. (du grec ugiëïa, santé). L’hygiène est cette partie de la médecine qui nous apprend à régler la vie de l’homme , considéré soit comme individu, soit comme espèce, de manière à assurer l’exercice régulier de toutes ses fonctions et le développement complet de toutes ses facultés. Cette définition pourrait être plus brève, mais elle

1 risquerait d’être moins exacte. L’essentiel est de s’entendre ; c’est de dire tout ce que l’on veut dire et rien de plus.

Il est évident, d’après les termes mêmes dont je me sers, que je n’entends point limiter le but que se propose l’hygiène à la conservation de la santé. Un homme ne jouit-il pas de la santé la plus parfaite, lorsque tous les détails de la nutrition s’exécutent avec régularité et harmonie, lorsqu’ aucune souffrance, aucun dérangement n’en viennent interrompre le cours, lorsqu’il arrive ainsi, paisiblement et sans obstacles, au dernier terme d’une vieillesse verte et vigoureuse? Et cependant , les fonctions de reproduction peuvent être chez lui dans une sorte de sommeil qui n’a rien de commun avec la maladie ; les organes des sens, qu’un exercice actif et convenablement dirigé eût rendu extrêmement fins et délicats, peuvent rester dans un état d’hébélitude qui ne nuit en rien à la santé; les facultés intellectuelles et morales peuvent être condamnées par l’inaction et le défaut de culture à un engourdissement qui profite souvent à la vie organique , bien loin de l’altérer, ou de la ‘gêner même dans son exercice. Croit-on que la science soit quitte envers cet homme, parce qu’elle l’aura maintenu, pendant près d’un siècle, dans un tel état, disons le mot, d’abrutissement et de dégradation? J’entends bien qu’on peut forcer le sens des mots et aplanir ainsi toutes les difficultés. On argumentera sur la valeur du mot santé ; on soutiendra qu’il s’applique aussi bien aux opérations morales et intellectuelles de l’homme qu’à ses fonctions de nutrition. Mais, où nous conduirait un tel abus du langage? Ne serait-ce pas dire que tout homme dont l’intelligence n’est pas aussi développée qu’elle aurait pu l’être, est privé de la santé, fait partie du domaine de la pathologie, rentre dans les attributions de la thérapeutique? Ne serait-ce pas dire qu’une nation dont les citoyens sont, pour la plupart , en dehors des avantages de cette haute civilisation qui n’appartient qu’au petit nombre, est une nation de malades, une nation privée de la santé? N’est-ce pas assimiler l’imperfection du développement des facultés au défaut d’intégrité des organes ? N’est-ce pas , enfin , établir comme un fait démontré et incontestable, que toute la nature humaine est renfermée dans la matière organique, nier, par conséquent , ce que tant de grands esprits ont cru et croient encore, la spontanéité, l’activité libre de la pensée et de la volonté? Je déclare, pour mon compte, que je me crois obligé de repousser toute définition de l’hygiène qui commencerait, en proclamant une semblable doctrine, par asseoir la science sur une base fictive et hypothétique. Tels sont les motifs qui m’ont conduit à la définition que j’ai proposée plus haut, et à laquelle je m’arrête jusqu’à ce que j’en aie trouvé une meilleure.

Le but spécial de l’hygiène ainsi déterminé , il s’agit de savoir quelle est sa nature propre , en quoi elle consiste , quelle place elle occupe dans l’ordre des études médicales. Ici encore nous rencontrons des opinions diverses. Pour les uns, tout se réduit à tracer des règles de conduite ; le reste n’est qu’ accessoire à l’hygiène et ne lui appartient

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pas véritablement. Les notions physiques, chimiques , physiologiques , pathologiques , n’en sont que l’introduction , les prolégomènes En un mot , suivant eux, l’hygiène n’est qu’un art, qui se compose uniquement d’applications pratiques. Pour les autres, c’est précisément le contraire. Ceux-ci font bon marché des règles. Qu’importent, disent-ils, des préceptes qui varient suivant les individus, suivant les divers moments de la vie d’un même individu, en raison des lieux, des tempéraments, des habitudes? La véritable hygiène, la seule digne du médecin, c’est l’étude spéciale des influences qui modifient la santé ; c’est l’analyse approfondie des agents extérieurs; c’est la chimie et la physique, la physiologie et la pathologie; c’est une élude qui ne connaît aucune limite; c’est tout, hors l’hygiène elle-même. En résumé, l’art disparaît ici sous la science, sous une science infinie et incommensurable.

Evidemment, la vérité n’est dans aucune de ces deux manières de voir. Où est-elle donc? Demandons-nous d’abord : qu’est-ce que la médecine? or, la médecine, considérée dans son ensemble, est à la fois une science et un art. Comme science, elle étudie l’homme physique dans toutes les conditions de son existence. Comme art, elle nous donne, ou plutôt elle cherche les moyens de maintenir la santé, et de la rétablir lorsqu’elle est altérée. De là, deux grandes divisions : la médecine de l’homme sain et celle de l’homme malade; de l’homme tout entier, envisagé au physique et au moral, à toutes les époques et dans tous les degrés de son développement. Si l’homme est malade, elle s’occupe de la maladie et des moyens de la guérir ; alors, la science, c’est la pathologie, laquelle conduit à un art, la thérapeutique. Si l’homme est sain, la médecine ayant pour but de conserver la santé et de perfectionner les diverses facultés humaines, étudie nécessairement les conditions même de la vie dans son état normal , afin d’arriver rationnellement au but qu’elle se propose ; c’est là le domaine de l’hygiène. Donc, l’hygiène est aussi une science et un art. J ai proposé, pour faire comprendre clairement cette double nature de l’hygiène, de désigner par le nom d'hygionomie celte partie qui traite spécialement des considérations théoriques , et, sous le nom ù’hygiotechnie , celle qui traite spécialement de ses applications pratiques; l’une étudie les conditions, les lois de la vie normale, et l’autre les moyens, les règles, proprement dites ; la première comprend la science, et la seconde comprend l’art de l’hygiène. Il n’y a point d’art qui ne s’appuie sur une science, point j de science qui ne conduise à un art. La science, sans l’art , n’est qu’un divertissement stérile de ! l’intelligence; l’art, sans la science, ne saurait être , qu’un vague et grossier empirisme. C’est dans celte [ vue générale et philosophique, que je signale ici ce double caractère de l’hygiène, en même temps scientifique et technique. Je distingue l’hygiono- ' mie de l’hygiotechnie, parce que je veux me rendre un compte exact de la nature diverse des études physiologiques; mais je les distingue par une vue de l’esprit pour les rapprocher ensuite dans le travail, pour les fondre l’une dans l’autre, !

et afin que toutes les facultés de l’homme réunies, que toutes les puissances de son esprit, concourent ensemble aux progrès de l’hygiène, à l’extension de ses découvertes, à la confirmation de ses résultats.

Nous voyons maintenant quel est le but généra de l’hygiène, quelle est sa nature , et comment elle se rapporte aux autres parties de la médecine Reste à indiquer les principales questions qu’eile embrasse dans son ensemble , en les classant nié thodiquement, en les distribuant suivant un ordi régulier et systématique. Sans cet ordre préalable, toute étude suivie serait impossible. N’exagérons pas, cependant , la valeur qu’il faut attacher aux classifications.

Il y a toujours certaines données conventionnelles au fond d’une classification , quelle qu’elle soit, lorsqu’elle s’applique à une série de faits complexes , comme sont ceux qui appartiennent à l’organisme. On suppose désuni ce qui est uni, on interrompt sciemment les rapports naturels des phénomènes entre eux. En effet, nos sens, notre pensée peuvent bien embrasser plusieurs de ces phénomènes dans une même vue ; mais nous ne pouvons exprimer, traduire au dehors, nos perceptions intérieures , qu’au moyen de signes q:ii sont nécessairement successifs et isolés les uns des autres. Les méthodes les plus promptes, les termes les plus compréhensifs, ne sauraient atteindre la vitesse des faits, ni surtout représenter leur simultanéité. D’où il suit que toutes nos expositions scientifiques ne peuvent jamais être que des images grossières et imparfaites de la nature. Il faut s’y résigner. Mais , ce qui importe , c’est qu’une classification ne détruise pas le caractère de la science à laquelle on l’adapte , et qu elle ne donne point une idée fausse de l’ ensemble des phénomènes qu’on veut étudier.

J'applique ces considéi’ations à i’hygiène. Toutes les méthodes que l’on a essayées peuvent se réduire à deux : celle qui , examinant d’abord le sujet , c’est-à-dire l’homme en lui-même, dans ses conditions anatomiques et physiologiques , traite ensuite de l'objet ou de la matière , c’est-à-dire des divers agents modificateurs de l’homme, l’air, les vêtements, les aliments, etc., et celle qui parcourant successivement chacune des fonctions vitales , la respiration, la circulation, la digestion, etc., cherche à déterminer comment elles sont modifiées par les agents naturels. La première de ces deux méthodes offre des inconvénients. Elle commence par mettre l’homme d’un côté, les agents naturels de l’autre. Elle l’abstrait, en quelque sorte, des autres ères, comme s’il en pouvait être un instant séparé. Elle suppose qu’il a sa vie propre, indépendante, pouvant se produire et subsister sans le concours du monde extérieur. C’est uniquement de l’anatomie et de la physiologie, reposant, d’ailleurs, sur une vue essentiellement fausse; puis, quand arrive l’histoire des modificateurs, elle les étudie aussi en eux-mêmes , comme s’ils ne faisaient que s’ajouter à la vie en qualité de circon- • stances étrangères, et, en quelque sorte , accessoires .

De là , des divagations infinies dans les sciences

ihysiques et chimiques , des répétitions fatigantes t inutiles. Enfin, dans ce plan hygiénique, les mo- [ificateurs sont distribués souvent d’une manière rbilraire , et pourraient être rapportés à telle lasse aussi bien qu’à telle autre. Par exemple, on lésigne sous le nom de circumfusa tout ce qui tient i l'atmosphère environnante du corps humain, air qui le presse de toutes parts, le calorique, 'électricité, la lumière, la vapeur et les gaz qui se nélent à l’air respirable. Les applicata comprenant les vêtements, les bains, les cosmétiques, etc. lais l’air n’est-il [pas plus appliqué au corps que es vêlements ou les bains, et n’est-il pas évident [ue ceux-ci constituent à leur tour une autre molificalion de l’atmosphère?

L’autre méthode me parait encore moins appli- :able à’i’hygiène. Elle devait naître, en effet, dans in temps où l’esprit d'analyse, poussé jusqu’à l’exrême, s’efforçait partout de décomposer, de fracionner , de localiser tous les phénomènes de la de. De même qu’on voulait circonscrire toujours a maladie dans un point spécial de l’économie virante , ne voir jamais que des organes et point l’organisme, on a prétendu localiser aussi la santé ; entative bizarre , et qui suffit à la condamnation le l’esprit scientifique qui l’a créé I Aussi l’hyfiène, lorsqu’elle s’est vue pliée , brisée , pour ainsi lire, à cette nouvelle méthode , a-t-elle tout-à-coup lisparu comme d’elle-même , avec l’unité organise; et tout ce qui agit sur l’ensemble du corps îumain s’est-il trouvé forcément supprimé, comme i’il n’en devait plus être question à l’avenir!

En résumé, si l’on examine avec attention quel sst l’état actuel de l’hygiène, on est frappé bientôt le l’immense désordre qui règne dans son ensem- )le. Des matériaux sans nombre sont accumulés lans un champ sans limites. Vainement l’on a essayé de les rapprocher les uns des autres, de les séparer en groupes distincts; la science est, en luelque sorte, à l’état inorganique, en ce sens qu’il y nanque un corps auquel viennent s'assimiler tous ;es éléments juxtaposés, et une pensée générale juiles anime. Il faut donc organiser l’hygiène, lui ionner une vie propre et individuelle , la constituer, enfin, sur une base solide et durable. Mais, somment parvenir à un tel résultat? Ce n’est point tci le lieu de développer des opinions particulières. Ju’il me suffise de dire que, dans une science qui smbrasse, jusqu’à un certain point, tous les faits de la nature dans leurs rapports avec l’humanité , la première condition, pour sortir enfin de la confusion et du désordre, c’est de se faire une idée nette de l’essence même de ces rapports.

La matière est une. Partant, dans tout le corps, elle est identique à elle-même. Les êtres innombrables dont la réunion forme le monde physique ne sont que des formes de cette matière ; ses éléments, diversement associés en raison des influences qu’ils subissent, voyagent, pour ainsi dire, circu’ent d’êtres en êtres, présentent perpétuellement des transmigrations et des combinaisons nouvelles , et offrent sans cesse aux yeux du naturaliste, le spectacle d’une éternelle métempsychose. L’homme organique n’est lui-même ; qu’une fixation momentanée de ces mêmes été- !

ments, empruntés à la matière générale et que la main du créateur a disséminés dans toute la nature. Le calorique, la lumière, l’électricité , l’air, l’eau, tout cela est à la fois en nous et hors de nous. Le corps humain n’est donc qu’un abrégé , qu’un résumé, de toutes les forces matérielles, et de même les différentes parties de la création ne sont, en quelque façon , que des organes épar du corps humain.

Il suit de là, que les agents extérieurs, lorsqu’ils viennent frapper l'économie animale, se meuvent toujours sous l’empire des mêmes lois qui la régissent. Une proportion définie et un certain rapport de ces agents avec notre propre substance, sont nécessaires pour que la vie se conserve et que la santé se maintienne; au-delà de la limite déterminée, leur excès ou leur défaut amènent la maladie ou la dissolution du corps vivant. Ainsi, on le voit, l’homme, dans sa constitution organique, est sous la dépendance immédiate du monde externe.

Mais , ce n’est pas là tout l’homme. Il occupe dans l’échelle des êtres une place spéciale. Il ressemble aux autres , et il s’en distingue. Il porte en lui les mêmes principes, mais ils sont combinés d’une autre manière. Il possède, enfin, une force propre, qui n’appartient qu’à lui seul; c’est-à dire, qu’à cette forme particulière de son organisation , qui le place au plus haut degré de la création matérielle, se rattache, de plus, l’existence de certaines facultés actives qui manquent partout ailleurs.

Ce qui caractérise donc l’homme entre tous, c’est cette double nature; c’est l’intervenlion delà pensée dans l’instinct, et de la volonté dans l’action. Tous ses besoins ont leur racine dans l’instinct, c’est-à-dire dans la matière ; mais il pense, il veut, en un mot, il est libre ; et dans la satisfaction même de ces besoins, se manifestent toujours sa pensée, sa volonté, sa liber té; (andis que les autres animaux sont assujettis passivement à la loi extérieure,. il lui est donné, à lui, de réagir, de modifier, jusqu’à un certain point, les influences qui l’environnent. Son hygiène est en lui, et il la dirige comme il lui plaît. Le mollusque sécrète sa coquille, le quadrupède sécrète les poils qui le couvrent , le ver sécrète la coque de soie qui doit abriter le sommeil de la chrysalide. Dans ces actes, tout est passif et involontaire. L’homme seul modifie à son gré ses vêtements et son habitation. Ce qui est de la physiologie chez les autres s’élève chez lui jusqu’à l’hygiène. Voilà à quel point de vue il faut se placer pour apprécier convenablement l’esprit de la science qui nous occupe , et toutes les parties qui la composent. Une fois que nous aurons pris position sur ces hauteurs , son horizon s’éclaircit tout à coup. Nous distinguons clairement ce qui est proprement de son ressort, et ce qui ne lui appartient que d’une manière accessoire. C’est le propre des vues générales et philosophiques d’établir l’unité dans la variété, de nous découvrir les diverses faces des questions, et, par cela même, de nous faire toucher au doigt les liens secrets ! qui unissent entre eux les faits les plus isolés en apparence.

! On conçoit, d’après ce qui précède, quelles peu-

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vent être les applications de l’hygiène ; puisque les fondements de cette science doivent êlre pris dans la physiologie, et qu’il existe, d’ailleurs, entre l’homme et les autres créatures, des ressemblances et des différences , il y aura nécessairement une hygiène comparée , comme il y a une anatomie et une physiologie comparées.

Les actes delà vie, modifiés dans leurs formes, mais toujours réglés par les mêmes lois , s’exécutent aussi bien dans la maladie que dans la santé ; la maladie a son régime spécial ; il y a donc aussi une hygiène pathologique.

L’homme , intelligent et raisonnable ne vit pas uniquement pour lui seul ; ses facultés établissent entre lui et ses semblables un commerce continuel d’affections et d’intérêts communs, dans lequel se confond et parfois disparaît le sentiment de l’intérêt individuel; delà, l’organisation de la société; de là encore. l’hygiène publique, comprenant dans ses attributions toutes les professions et toutes les industries.

Enfin , l’hygiène peut et doit s’établir dans un point de vue plus élevé encore. L’espèce humaine, considérée dans sa totalité, a sa vie propre et distincte, aussi bien que chaque homme en particulier. Elle a sa biographie, et , par conséquent, sa physiologie, et, par conséquent, son hygiène. La science suit ici la même marche que dans les autres parties de ses études. Elle ne se contente pas, comme l’historien, de raconter les diverses phases successives et les innombrables accidents que présente dans son cours le développement de l’humanité ; elle en recherche les lois physiques et morales; elle nous montre, dans l'organisation même de l’espèce humaine, l’origine des grandes réunions qui se forment à la surface du globe , les familles, les cités, les nations, les différents modes de gouvernement , les institutions philosophiques et religieuses ; elle explique en vertu de quelles forces actives cette noble espèce, en même temps dépendante et indépendante du monde extérieur, s’empare en quelque sorte, de la terre, la refait à son usage , et semble destinée , dans les plans éternels de la providence , à recommencer sans cesse, à achever, si l’on peut ainsi parler, l’œuvre incomplète de la nature. Si l’hygiène se livre à de telles études , ce n’est point seulement dans un but de curiosité scientifique; là encore, la théorie conduit à des préceptes, non plus incertains et changeants comme les lois accidentelles de la politique , mais surs et invariables comme les lois naturelles de l'humanité. Tel est l’objet de cette partie de la science qui peut être désignée sous le nom d’hygiène sociale.

Quel plus beau sujet de travaux et de méditations, que cette science si vaste, si nécessaire 1 science toujours ancienne et toujours nouvelle, science non-seulement médicale, mais aussi, politique, morale, sociale, philosophique, science qui est certainement la première de toutes, si l’on mesure son importance à l’étendue de ses recherches, à l’utilité de ses services! Elle pénètre sous les toits du pauvre et dans les palais; elle visite les ateliers , les prisons , les hospices ; à la voix de

Pinel , elle brise les chaînes sous lesquelles gémissaient les malheureux aliénés. C’est elle qui, modifiant par la culture le monde moral comme le monde physique, relève de sa ruine la dignité humaine avilie par l’inégalité des conditions sociales, et répand dans toutes les classes l’intelligence du droit et de la justice. C’est d’elle enfin que dérive toute civilisation , c’est-à-dire toute amélioration des destinées du genre humain sur la terre. Je. n’imagine pas une étude quelconque qui puisse placer plus haut le médecin dans l’estime et la reconnaissance de ses semblables.

H. Royer-Collard.

Professeur d’hygiène à la faculté de médecine de Paris.

hygiène militaire, s. f. Les principes généraux de l’hygiène ne sauraient suffire ni même s’appliquer exactement à la vie militaire, si différente de la vie civile dans ses habitudes, dans ses devoirs et dans sa noble mission. La santé du soldat réclame des prévisions et des soins, avant, pendant et après la guerre. Mais comme c’est là une question des plus vastes qui emprunte ses éléments à la médecine et à l’art militaire , elle ne comporte ni détails, ni citations historiques en dehors des considérations générales d’un article précis de dictionnaire.

La première garantie de santé chez les hommes de guerre, c’est la validité du recrutement. Les conscrits enrôlés à vingt ans révolus doivent avoir une conformation physique exempte d’infirmités. Les plus grands, les plus forts sont réservés à l’artillerie ou à la grosse cavalerie; les autres à la cavalerie légère et à l’infanterie, à moins de certaines aptitudes pour les armes spéciales. La durée du service, limitée à huit ans, pourrait se prolonger au delà, sauf recours à des amélioration successives.

Quant au choix des officiers , c’est aussi un recrutement avec des prérogatives d’instruction acquise ou de capacité , mais qui n’est pas moins soumis à des règles d’hygiène. Tels sont les élèves des écoles militaires dont la belle institution est devenue européenne. Préparés par la variété de leurs savantes études à connaître toutes les phases de la vie du soldai , et à bien apprécier ses besoins, ils doivent plus tard et dans tous les grades contribuer avec les officiers de santé , à l’application et aux progrès de l 'hygiène militaire.

S’il est vrai, au dire du grand Frédéric, que les soldats ont le cœur dans le ventre, il faut avant tout leur assurer une nourriture simple, saine et substantielle. La ration du pain de munition est d’une livre et demie en France, et de deux livres dans les pays du Nord. Le biscuit, fait avec la fleur de froment , ne vaut cependant pas le pain et semble moins assimilable; mais, se conservant mieux, il convient aux approvisionnements de mer et de siège.

Après le pain, c’est la viande , l’aliment le plus nécessaire, de bœuf et de mouton principalement On la conserve salée ou fumée pour les places assiégées. —Dans de tristes et mémorables journées de guerre , il a fallu substituer de la viande

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de cheval à toute autre : et elle a paru aussi nourrissante aux malades et aux blessés, car elle était de nécessité pour tous, généraux et soldats.

Les légumes secs sont une bonne nourriture supplémentaire ; les fécules ou farines d’approvisionnement peuvent suppléer au besoin l’alimentation ordinaire.

Mais l’assaisonnement est indispensable, d’autant que le sel , le poivre , l’ail et l’oignon sont faciles à conserver. C’est à défaut de sel que la viande de cheval a été assaisonnée de poudre à canon.

Le soldat peut supporter bien des privations, même celle des aliments, pourvu qu’il ne souffre pas de la soif. La qualité de Veau est donc une condition indispensable à sa santé : autant l’eau des sources et des rivières est saine, autant, comme on le sait aussi, l’eau stagnante et marécageuse est insalubre ; celle qui contiendrait des sangsues peut déterminer des accidents qui ont été signalés dans la campagne d’Egypte et en Afrique

Un peu de vinaigre ou d’eau-de-vie ajoutée à l’eau la rend plus potable et moins débilitante. Il faut aussi du 'Tiw au soldat, pour réparer ses forces, mais avec mesure, et avec garantie de sophistication. La bière et le cidre ne sont peut-être pas assez souvent donnés en supplément de vin et surtout de boissons spiritueuses dont l’abus entraîne des infractions graves à la discipline et de fâcheuses atteintes à la santé.-

La troupe fait deux repas réglés par jour et porte avec elle les ustensiles nécessaires. Des cuirasses de rebut remplacent quelquefois des marmites perdues ou brisées. La viande de cheval fut cuite de cette manière pour les blessés rassemblés dans l’île de Lobau après la bataille d’Eslingen, où la plupart auraient succombé sans celte nouvelle ressource improvisée par le chirurgien en chef Larrey.

L'habillement du soldat doit être simple , assez chaud et léger. Au lieu d’une grande et d’une petite tenue, il n’en faudrait qu’une, celle qui se porte devant l’ennemi. La capote du fantassin et le manteau du cavalier sont le vêtement indispensable contre les intempéries de saison et le froid des nuits. Quant aux manteaux imperméables que les officiers ont adopté depuis quelques années pour la pluie, ils deviennent trop lourds par la concentration du calorique Le pantalon substitué mal-à-propos peut-être a la culotte et aux grandes guêtres, doit être en drap hiver et été.

Le linge et les objets accessoires de vêtement se réduisent à un mince nagage pour le soldat. Il a trois chemises de toile , quelques mouchoirs et une veste à manches pour les corvées. La chemise de laine proposée comme préservant du froid et absorbant la sueur, n’a pas été adoptée, parce que ce serait une cause d’affections prurigineuses; les gilets de flanelle n’ayant pas cet inconvénient devraient être d’ordonnance dans l’intérêt des hommes prédisposés aux affections de poitrine. On a bien fait d’accorder des gants aux fantassins et il serait bon aussi de faire porter des suspensoirs aux cavaliers si fréquemment atteints de lésions des organes génitaux.

Quant à la coiffure, le maréchal de Saxe avait

raison de dire que les cheveux longs sont, en campagne, un ornement très-sale pour lr? voldat; ce qui n’empêcha pas les queues, les tresses et les cadenettes enduites de suif et de farine, de rester longtemps encore le très-sale ornement du guerrier français. D’où peut-être l’avantage d’amortir quelques coups de sabre sur la tête; mais la teigne y avait plus de prise, comme la plique chez les Polonais. La perruque proposée pour les militaires aurait eu plus d inconvénientsencore, sileridicule d une telle proposition n’en avait fait justice avant l’épreuve. On en serait venu à conseiller le parapluie des soldats anglais dans l’Inde. Risum teneatist

C’est d’après un principe opposé que les anciens Romains avaient souvent la tête découverte; et cependant leur coiffure militaire est la plus convenable ; non seulement en effet le casque donne à la physionomie un air martial , mais encore il sert d’arme défensive à la tête, et est moins exposé que toute autre coiffure à se perdre et à se détériorer ; mais il est plus lourd et s’échauffe trop par le soleil. Le chapeau qui a prévalu si long-temps, puisque jusqu’au commencement du xixe siècle presque toute l’infanterie de l’Europe n’était pas coiffée autrement, le chapeau est trop léger ou trop pesant s’il a été imprégné d’humidité. Le bonnet à poil substitué au chapeau est plutôt une coiffure de parade qu’une coiffure de guerre, à cause de sa hauteur et de sa mobilité. Le shako devient à peu près aussi incommode s’il est appesanti par le fonds. Le bonnet de police pour la petite tenue est indispensable.

Si la tête ne doit pas être surchargée par la coiffure il est aussi important que le cou ne soit pas serré; les cols et les collets d’habit sont souvent trop hauts, trop durs ou trop étroits: de là une cause d’angine, d’épistaxis, de congestion, d’apoplexie cl notamment d’ophthalmie, comme en Allemagne, en Hollande et en Belgique.

Que la chaussure enfin soit forte, large et carrée : c’est une fourniture qui ne devrait jamais faire défaut, comme il est arrivé à la glorieuse armée dllalic, alors que son général en chef écrivait en directoire : a Nous n’avons pas besoin » de récompenses , mais nous avons besoin de » souliers. »

Le soldat doit suppléer aux ressources de toilette cl d’habillement par une extrême propreté; les bains , les lotions journalières, les frictions sèches contribuent encore à lui donner du repos , de la souplesse dans les membres, et à le garantir de certaines affections qu’engendre ce défaut de soin. On a sagement changé la coutume de faire coucher deux hommes dans le même lit.

Mais un usage transformé en abus indestructible dans l’armée comme que dans la classe bourgeoise des hommes , c’est celui du tabac à fumer qui non-seulement expose les localités aux accidents du feu , mais encore nuit beaucoup plus qu’on ne le pense vulgairement à l’intégrité des fonctions de l’économie.

L 'équipement du soldat se compose des parties accessoires à l’habillement et à l’armement ; qu’il soit le plus simple et le plus léger possible. Le havresac est trop lourd, surtout en campagne, par

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le surcroît de charge. Le porte-manteau aussi conviendrait mieux s’il était pour tous les hommes à cheval celui de la cavalerie légère. Le baudrier, le ceinturon, les gibernes, ies épaulettes et quelques autres objets d’équipement devraientêlre moins pesants et combinés de manière à protéger les régions du corps les plus découvertes, sans nuire à la commodité de la manœuvre et à la liberté des membres. Il reste beaucoup à faire à cet égard. Il serait à souhaiter aussi que les armes offensives et défensives fussent au moins inoffensives pour ceux qui les manient: que d’accidents en effet sont produits par inexpérience, par maladresse, par imperfection des armes et surtout par explosion de la poudre ! C’est là une grande question que nous avons exposée dans notre cours de Chirurgie à l'Ecole Pratique sur les Blessures par armes de guerre.

Arrivons aux logements de garnison : trop souvent construites par des architectes civils, au lieu d’être confiées au génie militaire , les casernes sont en général une spéculation pour le nombre plutôt que pour la santé des soldats. Une localité saine, préservée des émanations infectes des marais, des ruisseaux, des égouts, des latrines , une ventilation de portes et fenêtres opposées, l’espace et l’élévation des salles, la distance desîits, l’abondance de l’eau, et un chauffage régulier, telles sont en somme les conditions nécessaires à la salubrité d’une caserne.

Les corps de jgarde exigent plus de précautions relatives, parce qu’ils sont au rez-de-chaussée , et que les soldats y séjournent après la fatigue des factions et des patrouilles. C’est pour cela que cette partie du service doit être proportionnée aux influences de la saison, de la température des localités, etc.

Faute de ces prévisions salutaires, des maladies se déclarent, et pour peu que, prétendues légères, elles soient traitées au quartier par les chirurgiens du corps , c’est-à-dire à l'infirmerie régimentaire, ces affections ne tardent pas à présenter des caractères qui s’aggravent par l’insuffisance des soins hygiéniques et matériels , compromettant ainsi le traitement médical le plus éclairé.

C’est alors et quelquefois trop tard que les malades sont envoyés aux hôpitaux, construits et organisés d’après des règles hygiéniques qui ont été indiquées dans un article spécial. (V. Hôpitaux.)

La discipline militaire est souvent une garantie de sanlé plus puissante que l’hygiène; car elle exerce sa surveillance sur la conduite de chaque homme au dehors comme au dedans du cercle de ses devoirs. Il est vrai que la vie régulière du soldat, en modifiant ses mœurs primitives , limite ses besoins et développe en lui de nobles vertus , la probité, le dévouement, l’honneur et le mépris de la mort par ambition de courage ; mais malheureusement les exigences du service laissent des vides, des loisirs qui entraînent certains vices, le libertinage, l’ivrognerie et leurs conséquences graves.

L’une des plus communes , le duel , cet envahissement désastreux de l'esprit chevaleresque, n’est pas seulement suscité par les femmes et le vin, mais encore par le vrai ou le faux point d’honneur. !

Le meilleur enseignement d’hygiène dans cette question serait peut-être de publier le relevé sta. tistique des duels , à moins de faire décréter l'interdiction des duellistes, comme atteints de folie. Le code militaire n’est pas beaucoup plus formel contre l’ivrognerie, et toujours le caractère moral de l’autorité a plus d’action que la pénalité effective. C’est ainsique le maréchal de Richelieu , au siège de Mahon, avait déclaré par un ordre du jour qu’aucun soldat ivre ne monterait à l’assaut; pas un n’eut à subir cette humiliation.

Mais cette influence toute morale n’agit que dans les grandes occasions ; elle serait nulle dans la vie ordinaire, si la discipline n’était pas là pour réprimer les écarts de conduite préjudiciables à la santé. Les punitions militaires doivent être proportionnées aux délits, ainsi qu’à l’hygiène et à la dignité de l’homme de guerre. Les châtiments corporels usités dans la discipline moscovite sont une cause de lésions graves et une flétrissure anti-française. Les lois de l’humanité aussi bien que les intérêts de l’état veulent qu’une prison soit soumise à des conditions de salubrité , sinon sur le même plan qu’une caserne ou un hôpital, du moins dans des proportions relatives. On ferait bien d’y joindre la nécessité du travail , imposée à quelques prisons civiles , d’après le système américain.

U y a long-temps que l’influence salutaire des manœuvres et des exercices a été signalée, depuis l’exemple des Romains qui n’ attendaient pas la guerre pour acquérir, par des évolutions, des marches et des combats simulés, la force et l’agilité guerrières; car, bien qu’on dise, l'habitude de la fatigue est plutôt une condition de santé que l’habitude du repos jusqu’à une mesure que l’autorité militaire doit savoir apprécier. Il arrive trop souvent enfin que la brutalité de certains sousofficiers décourage les jeunes soldats déjà prédisposés à la nostalgie , et détermine chez eux des maladies consécutives; n’est-ce pas un abus révoltant d’autorité subalterne ?

Plus favorisés peut être que les fantassins, les cavaliers trouvent dans Vexercice du cheval une dispense de fatigues et de corvées, mais aussi sontils exposés à des lésions accidentelles , entorses, luxations, fractures , et à certaines lésions spéciales, telles qu’hémorrhoïdes, abcès et fistules à l’anus, hernies, orchites, etc. L’inaction des pieds est de plus une cause habituelle de froid qui peut augmenter jusqu’à l’état de congélation ; témoin encore les tristes souvenirs de la campagne de Russie.

Les exercices gymnastiques , si anciennement introduits dans l’art de la guerre, ont repris en France une utile influence sur le développement de l’adresse et des forces physiques des jeunes soldats. De tous ces exercices , celui que les Romains recommandaient spécialement, la natation, n’est pas encore instituée militairement, excepté dans le corps des pontonniers ; et pourtant ses avantages sont incontestables; que de beaux faits d’armes sont dus à des nageurs, mais aussi que de victimes à déplorer ! Pauvre Poniatowski et tant d’autres I... C’est dans celle pensée de conservation qu’un officier supérieur de l’ancienne armée (M. de Couti-

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vron) a proposé depuis long-temps d’organiser un corps de soldats nageurs. Attendons.

L’homme de guerre ne pourrait subir toutes les fatigues de sa profession s’il n’était soutenu par un stimulant agréable, la musique militaire, qui régularise, allège et accélère la marche, en excitant l’instinct du courage, bien plus exalté encore, un jour de bataille , par la lourde et retentissante harmonie des tambours.

Les loisirs de la vie de garnison ne pourraient-ils être consacrés en partie à des exercices de chant d’après l’enseignement si utile et si national de M. Mainzer pour les ouvriers, puisqu’on a déjà formé des écoles de lecture, d'écriture et de dessin linéaire, d’après ce principe d'hygiène morale? Une question se présente à présent; elle a du reste déjà été proposée plusieurs fois et même mise à exécution; c’est la participation des soldats à certains travaux publics. Le but d’utilité est très-admissible , mais l’application exige de la réserve ; ainsi ne faudrait-il jamais les soumettre à des professions humiliantes pour l'habit militaire ni à des métiers insalubres.

L'ouverture d'une campagne est un nouveau genre de vie qui exige la santé, la force physique et morale, l’habitude de toutes les manœuvres militaires, et les enseignements de l’expérience. C’est aux officiers de santé à faire, avant le départ, une inspection de validité, comme hygiène préventive. L’administration se charge de l’approvisionnement matériel, bagage d’ambulance et d’hôpitaux, vêtements et vivres, les rations étant assurées pour plusieurs jours à l’avance. Il importe alors d’évaluer approximativement la proportion des maladies et des blessures ; une armée de cent mille hommes , par exemple , n’aura pas moins de dix mille malades , auxquels peuvent s’ajouter dix à douze mille blessés, après une grande bataille, fût-elle gagnée sur l’ennemi. Les ambulances et les hôpitaux seront, dans ce cas, organisés pour plus de vingt mille hommes, avec un nombre relativement nécessaire d’officiers de santé. D’après cette considération , qu’il faudrait développer, la formation d’une armée ne doit pas excéder cent mille hommes à cause des difficultés de transport pour les subsistances et pour les hôpitaux, et à cause aussi de l’insuffisance des ressources de toute espèce ; d’où, enfin , les fatigues, les privations, la disette, l’épuisement, la démoralisation, le typhus, et toutes les maladies.

L’armée est entrée en campagne; sa marche est mesurée sur la constitution des troupes , les influences de température , et la nécessité des circonstances ; sinon il y a inconvénient et danger ; plusieurs soldats, dans les marches forcées en Espagne et en Afrique, sont tombés morts d’apoplexie. Les haltes en marche exigent toute la surveillance de l’hygiène contre le froid, l’humidité, la suppression brusque de la transpiration , et les boissons trop froides ou trop abondantes ; l’effet ' du froid rigoureux sur le sommeil est souvent fu- j neste; il a été l’une des causes de l’affreuse mor- J talilé en Russie; ordre doit être donné à l’arrière- : garde de ne point laisser de traînards qui seraient ]

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exposés à toutes les causes morbides, à l’abandon et aux coups de l’ennemi.

L’appréciation hygiénique des localités n’est pas moins importante pour une armée arrivée à destination ; les logements militaires suppléant aux casernes ont plus d’inconvénients que d'avantages pour les soldats, qui perdent peu à peu l’esprit de discipline, et , par suite du relâchement de leurs mœurs, sont exposés à certaines maladies, surtout à la syphilis.

Les cantonnements, qui seraient presque toujours préférables, permetlcn l aux hommes, dès leur arrivée, de changer leurs vêlements imprégnés de sueur ou d’humidité, et de ne négliger aucun des premiers soins de propreté, tels que le lavage des pieds, les lotions et les frictions sur toute la surface du corps , avant de prendre de la nourriture et du repos.

« Heureux le général qui peut réunir dans son camp la salubrité et la sécurité ! » Ce vœu, exprimé par un célèbre hygiéniste (Colombier), fait pressentir les conditions nécessaires aux campements. Choisir un sol élevé, proche d'un bois ou d’une rivière, mais éloigné d’un marais; éviter le voisinage trop rapproché d’une ville, creuser des fossés pour l'écoulement des eaux à décharge, reléguer en arrière le cimetière, la voirie et les fosses d’aisance; faire suffisante provision de vivres, d’eau et de bois; dresser les tentes sur des lignes parallèles, à intervalles convenables, entretenues de paille fraîche, et ouvertes selon la température, la direction des vents et la propreté; assigner enfin à l’endroit le plus sain et le plus abrité l’emplacement de l’infirmerie, telles sont en aperçu les conditions hygiéniques les plus favorables à l’organisation d’un camp.

L ebivouac, celte espècede parc militaire qui oblige les hommes à passer la nuit en plein air, est une des positions les plus critiques pour eux et qui exige une vigilante hygiène , sous les influences les plus variées de froid et de chaleur, et sous l'imminence des combats.

Une faut pas attendre le jour d’une bataille pour assurer les forces de l’armée , ainsi que les secours donlelleaura besoin. Il est nécessaire que les troupes désignées pour engager l’action et la soutenir prennent auparavant un peu plus de repos et une nourriture saine, comme influence salutaire sur la disposi tion morale de tous et particulièrement sur l'état des blessés, pendant que les ambulances volantes organisées sur toule la ligne s'apprêtent à leur noble mission de dévouement et de conservation.

Si au lieu d une bataille il s’agit d’un siège, les indications de l’hygiène ne sont pas les mêmes pour les assiégeants et pour les assiégés. Il suffit de soustraire autant que possible les assiégeants aux émanations infectes provenant de la place, à l’humidité des tranchées, etc., tandis qu’il faut aux assiégés des provisions débouché, et des fourrages pour un temps indéterminé , des prévisions matérielles de toute esj pèce , pour soutenir des attaques renouvelées,

| ou lutter contre toutes les causes réunies d’inj salubrité , encombrement des blindages, entasse- ; ment sous les casemates ; de là insuffisance d’air . de nourriture . de secours , sans compter l’imminence

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continuelle d’un assaut, d’un blocus, d’un bombardement.

Tout n’est pas fini pour la salubrité militaire; après une bataille ou un siège ; le premier soin doit être l'inhumation des morts: des fosses larges et profondes étant creusées dans un emplacement assez convenable , plusieurs corps y sont placés de front formant une rangée recouverte de chaux. Les débris de chairs et les membres amputés sont enterrés également ; mais l’incertitude des signes de la mort chez quelques hommes restés sur le terrain exige la plus sérieuse attention, et se rapporte, sous ce point de vue , à l’une des plus graves questions de la médecine légale.

Après une action décisive qui a mis l’ennemi en déroute , il faut assainir les campements , les casernes, les hôpitaux qu’il a abandonnés, mais traiter avec ménagement les gens du pays , afin d’en obtenir des secours, et ne retenir prisonniers les officiers de san té é Iran gers, qu e s’ils sont utiles aux malades et aux blessés. Ce sentiment d’humanité doit s’étendre à tous les prisonniers ennemis, en leur donnant les soins nécessaires , et sans les confondre avec les malades , dans l’appréhension des funestes conséquences de l’encombrement.

Les exigences ne sont plus les mêmes, si au lieu d’être victorieuse, l’armée est réduite à battre en retraite. La discipline partage là encore l’office de l’hygiène pour prévenir les désastres d’une défaite. Un dépôt de malades et de blessés est confié au dévouement de quelques officiers de santé , qui désormais n’ont d’autre sauvegarde que l’humanité de l’ennemi , à moins que les voitures d’ambulance et autres dirigées en avant de la colonne de retraite ne suffisent aux transports.

Les évacuations, en temps de paix étant toujours prévues , sont effectuées selon toutes les conditions requises de l’hygiène, qui ne doit jamais abandonner les hommes voués à la vie militaire, au-delà même de leur activité de service.

Il y aurait à dire ici ce qu’il faut de soins et de médecine morale pour prolonger l’existence de tant de braves qui survivent comme vétérans ou invalides aux fatigues et aux dangers des combats; il y aurait encore à discuter la question hygiénique du mariage pour les hommes de guerre; et enfin à faire connaître l'hygiène des troupes de la marine; mais en voulant compléter ce travail, nous avons déjà dépassé les limites d’un simple article d'hygiène militaire. Hippolyte Larrey,

Professeur agrégé à la faculté de Paris, chirurgien aide-major à rhôpital du Val-de-Gràce.

hygromètre (physique ), s. m. (de ugros, humide. mélron, mesure, mesure de l’humidité). L’hygromètre est un instrument de physique qui sert à déterminer les proportions relatives d’humidité que renferme l’air atmosphérique. La construction de cet instrument repose sur la propriété que présentent certains corps de se dilater sous l’influence de l’humidité. On en fait avec des cheveux, des bandes de baleine, etc. Les petites figures à capuchon ou à parapluie mobile, dont on se sert pour pronostiquer la p'uie, sont de véritables hygromètres. La corde à boyau qui fait mouvoir le capuchon se détend ou se resserre suivant que l’air est imprégné de va-

peurs ou qu’il est sec. Mais l’hygromètre le plus exact est l’hygromètre à cheveu de Saussure.

hymen (anat.) , s. m. [umèn, qui signifie, membrane ou mariage). On appelle ainsi le repli de la membrane muqueuse de la vulve à l’orifice du vagin et qui en ferme l’entrée chez les vierges. (Y. Génération .)

hyoglosse (anat.), adj. et s. m. ( hyoglossus ). Muscle large et mince qui s’attache d’une part à la plus grande partie de l’os hyoïde, et de l’autre aux parties latérales et inférieures de la langue. Ce muscle a pour fonctions, quand il se contracte, d’abaisser la langue si l’os hyoïde est fixé ou d’élever ce dernier vers la base delà langue.

hyoïde (anat), s. m., os situé transversalement à la partie supérieure du cou et à la base de la langue; on le nomme aussi Hypsiloïde. Ces noms lui viennent de la ressemblance qu’on lui trouve avec la lettre grecque Y, upsilon, dont nous avons fait notre Y. ( Racines, Y ou upsilon et eïdos, forme, ressemblance) : cet os est à peu près parabolique, convexe en avant, concave en arrière, et formé de cinq pièces distinctes et susceptibles de se mouvoir les unes sur les autres. L’osselet moyen ou corps de l’hyoïde est quadrilatère aplati d’arrière en avant.Les deux pièces latérales, ou grandes cornes, sont longues et étroites et s’articulent par leur extrémité antérieure avec les bords laléraux du corps de l’os. Il sert de base mobile de la langue, donne delà force à la partie supérieure du renflement laryngien qu’il suit dans tous ses mouvements. Il peut être fracturé dans les blessures du cou (v. Plaies du cou) : quant à ses luxations, en a-t-on observé des cas bien authentiques ?... J. B.

hyoïdien (anat .), adj., qui appartient, qui dépend de l’os hyoïde.

hyperhémie (path), s. f. (de uper par-dessus, aïma sang, surcroît de sang). On appelle ainsi, d’après M.Andral, l’accumulation du sang dans un organe. (V. Inflammation.)

kypochondrie (méd s. f. de upo sous, chondros, cartilage, parce qu’on plaçait le siège de celte maladie dans les organes situés sous les cartilages des côtes. On donne ce nom à une affection caractérisée par une grande tristesse d’esprit , par une disposition à voir tout en mal et surtout par l'attention minutieuse et soutenue queles malades concentrent sur Létal de leur santé, ce qui leur fait exagérer l’importance des moindres dérangements ou même en supposer d'imaginaires. Celte affection est connue aussi sous le nom de vapeurs, de maladie noire.

L’hypochondrie a été connue dans les temps les plus reculés de la médecine; on en trouve une bonne histoire dans Hippocrate et dans Galien; mais depuis celle époque jusqu’à nos jours, si on n’a pas ajouté des choses très importantes à la description, on a bien souvent varié sur la nature elle siège de celte maladie : les anciens attribuaient la cause de l’hypochondrie àla prédominance d’une humeur qu’ils appelaient l’atrabile et dont l’exis- ' lence était tout hypothétique; plus tard, on ac-

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cusa l’estomac, le foie, la raie de produire l’hypochondrie ; on l’allribua au spasme , au raccornissementdes nerfs, opinions que ne vint pas confirmer l’expérience. Aujourd’hui on est encore loin d’être d’accord sur celle question. Quelques médecins, frappés de l’air sombre et triste des personnes alfeclées des maladies d’eslomac, veulent que toute bypochondrie dérive d’une maladie chronique des organes abdominaux ou du moins soit le résultat de l’altération de la sensibilité nerveuse modifiée par suite de la maladie de ces organes. Nul doute que cela n’arrive dans certains cas et qu’on doive aller quelquefois chercher la cause de l’hypochondrie dans une gastrite chronique , par exemple, ou dans une gastralgie; mais de ce que cela existe quelquefois, n’en concluons pas que cela soit toujours, et d’ailleurs ne voyons-nous pas des hypochondriaqucs digérant bien, étant gras et paraissant bien portants, circonstances incompatibles avec une gastrite ou toute autre affection chronique de l’abdomen. Aussi appelant surtout l’attention sur les désordres de l’intelligence et de la sensibilité qu’on observe chez les hypochondriaques, il me paraît plus rationnel de placer le siège de l’hypochondrie dans le cerveau.

Et quant à la nature de cette maladie, malgré l’anathème qu’on a jeté contre les médecins qui regardent les hypochondriaques comme des fous, je pense qu’on doit rapprocher la maladie qui nous occupe de l’aliénation mentale ; il suffit d’ailleurs pour corriger ce que celte expression peut avoir de choquant, de bien s’entendre sur les mots ; je ne veux pas dire que les hypochôndriaques soient comparables à ces malheureux privés entièrement de raison, et que la société doit éloigner de son sein comme des êtres dangereux et malfaisants ; mais il y a en tout des degrés : à côté de ces insensés voyez le monomaniaque qui soutiendra pendant plusieurs heures une conversation dif ficile et sérieuse qui le ferait prendre pour l’homme le plus sensé, et qui tout d'un coup sur un mot qui réveillera son idée favorite commencera une longue suite de divagations et de folies ; il n’est fou que sur un point, surtout le reste c’est un homme raisonnable; ne rencontrons-nous pas dans la société des hommes ainsi organisés à idée fixe et qu’on se contente de désigner sous le nom d’originaux; ils vaquent à leurs affaires, ils remplissent leurs devoirs, exercent leurs droits ; mais sur un point seulement ils divaguent; ce sont bien là des fous dans la grande généralité du mot, c’est-à-dire des gens qui nejouissentpas de l’intégrité de leurs facultés intellectuelles. Les hypochondriaques ne ressemblent-ils pas à ces aliénés? N’ont-ils pas comme les monomaniaques leur côté faible? Raisonnables sur le reste, une fois sur le chapitre de leur santé, ils vous fatigueront des détails les plus minutieux, vous compteront les choses les plus bizarres et se peindront toujours comme étant sur le bord de la tombe , quoique le plus souvent rien n’annonce en eux une affection grave.

Ceci posé sur la nature et le siège del’bypochondrie , passons rapidement en revue les causes qui peuvent amener la modification intellectuelle qui la constitue. Rare chez les enfants et chez les jeu-

nés gens, elle est surtout fréquentechez les adultes, moins chez les vieillards; on l’observe plus souvent chez les hommes que chez les femmes ; chez ces dernières l’âge critique est une cause prédisposante. Les personnes à tempérament nerveux très-impressionnables y sont plus exposées. On ne connaît pas au juste l’influence des climats sur la production de cette maladie :les pays chauds paraissent y prédisposer ; à l’encontre de celte opinion, et pour preuve de l’influence d’un pays froid, humide, on a cité l’exemple des Anglais , attaqués fréquemment du spleen ; mais le spleen n’est pas à proprement parler l’hypochondrie, c’est plutôt la mélancolie caractérisée par la tristesse d’esprit et par le désir du suicide.

Les professions doivent être prises en considération dans l’étiologie del’hypochondrie : on voit rarement des manouvriers affectés de cette maladie ; elle est au contraire fréquente chez les gens qui exercent habiluellem ent leur intelligence, tels que les artistes, les littérateurs, les savants, les hommes assidus à un travail de cabinet; d’un autre côté, l’hypochondrie est souvent aussi la suite du riche qui, blasé de tout, ne s’amuse de rien, promène son ennui de ville en ville, de pays en pays, sans pouvoir s’en débarrasser; il semble que son intelligence, ne sachant à quoi s’occuper, se concentre sur l’état de sa santé, et amène ainsi des craintes exagérées et une attention minutieuse portée sur les moindres phénomènes physiologiques ou pathologiques.

La jalousie, l’ambition déçue, un chagrin profond, la perte de la beauté chez quelques femmes , sont aussi autant de causes de l’hypochondrie. Les excès vénériens, la masturbation, en fatiguant le système nerveux, peuvent avoir le même résultat. L’hypcchondrie peut arriver à la suite d’une autre maladie, ce sont surtout les maladies de l’estomac et du foie qui la produisent, et c’est ce qui avait fait dire quel’hypochondrie était toujours le résultat d’une gastrite; d’autres fois, elle est comme l’avant-coureur d’une maladie grave, paraît seule avant les autres symptômes, qui ne se déclarent qu’un an ou deux plus tard.

D’autres fois, l’hypochondrie n’est plus la suite d’une maladie réelle, grave, mais elle est causée seulement par la crainte de celle maladie; c’est ainsi que nous voyons de jeunes étudiants en médecine se croire atteints des maladies qu’ils étudient; des gens du monde assez imprudents pour lire dans les livres de médecine, dont ils ne saisissent pas le sens, se croire atteints de l’affection dont ils lisent la description. On voit aussi des individus qui ont été atteints d’une légère affection vé.nérienne, tomber dans l’hypochondrie, et quoique guéris, se croire toujours sous l’influence d’un vice affreux qui empoisonne leur sang, et ronge leur constitution. J’en dirai autant de la crainte d’une maladie héréditaire chez des sujets faibles et nerveux, dont les parents ont été victimes de celle affection. Un exemple bien triste de cette disposition nous est fourni par un jeune homme qui, assistant aux leçons deM.Esquirol, entend le professeur soutenir l’hérédité de la folie; son père était mort fou: à dater de ce moment, il tombe dans la tristesse, son

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