HYGIÈNE PUBLIQUE
L’hygiène publique est cette partie de la médecine qui applique les règles de la santé non plus seulement à l’homme comme individu, mais aux hommes considérés comme agglomération et comme corps de société. On comprend alors que la plupart des prescriptions de l’hygiène publique doivent rentrer dans la classe des influences extérieures dont nous avons traité à la fin du dernier chapitre, comme agissant individuellement sur l’homme. L’hygiène publique a donc spécialement pour but de s’occuper de la salubrité des villes et des campagnes, des armées (hygiène militaire), des flottes et des bâtiments pendant les longues navigations (hygiène navale), des hôpitaux , des prisons. Cette partie de la science traite également des professions et de leurs influences sur la santé des ouvriers soit dans les petits ateliers soit dans les grands établissements industriels, et de l’action des émanations qui s’échappent de certaines fabriques, sur la santé des populations qui les avoisinent.
I! est facile de comprendre, d'après l’énoncé de ces questions, que l’hygiène publique, comme science , ne peut être séparée de l’hygiène privée ; ce sont les mêmes préceptes , les mêmes doctrines, seulement, ainsi que nous l’avons déjà dit, généralisés et étendus ; aussi, la pluparj des auteurs modernes qui ont traité spécialement de l’hygiène ont réuni dans leurs ouvrages les préceptes qui s’appliquent à l’individu avec ceux qui sont généraux. En traitant séparément les deux sujets, il eût fallu répéter presque toutes les mêmes divisions , les mêmes chapitres et presque toujours les mêmes considérations générales. Il n’en a pas été de même dans notre Dictionnaire : sa forme nous a permis de diviser les matières de l’hygiène publique en un certain nombre d’articles auxquels nous renverrons le lecteur, puisque chacune des questions soulevées est de nature à donner lieu à des considérations spéciales et à des conclusions particulières.
L’hygiène publique a été cultivée dès la plus haute antiquité. Mais c’est moins dans les écrits des médecins, excepté Hippocrate, qu’il faut en chercher les préceptes , que dans les écrits des législateurs et dans les prescriptions du culte. Chez les Egyptiens, chez les Juifs, dans l’Inde, les préceptes de l’hygiène sont toujours mêlés à la religion. Hippocrate, dans son traité de Veau, de Vair et des lieux , est le premier qui ait séparé ces préceptes des prescriptions religieuses. Mais ce n’est surtout que dans les temps modernes et avec l’étude de l’économie polique et de la statistique, que l’hygiène publique a pris le développement qu’elle a acquis aujourd’hui.
INTRODUCTION
HVGIÈiXE DES VILLES.
Cette partie de l’hygiène publique comprend plusieurs divisions, qui toutes sont d’une grande importance pour la santé des habitants. D’abord, il y a à considérer l’assiette de la ville , la situation du lieu sur lequel elle est bâtie, son exposition aux vents régnants, l’élévation du terrain, la nature du sol, le voisinage des cours d’eaux, des lacs, des étangs ou des marais , le voisinage d’une montagne , d’une forêt ou de champs en culture. Toutes ces causes peuvent agir d’une façon plus ou moins directe sur la salubrité, et il est important de constater leur existence , afin de remédier à ceux des inconvénients qu’elles peuvent produire et auxquels il est possible de parer.
Voie publique. — A l’intérieur des villes, il fautconstater l’état des rues, comparer leur largeur avec la hauteur des maisons. Ce fait est d’une grande importance; dans les rues étroites et dont les maisons sont fort élevées , l’air circule avec difficulté , le soleil y pénètre rarement, une humidité constante y est entretenue ; la difficulté de circulation de l’air et l’absence de lumière jointe à l’humidité rendent les Habitations insalubres (v. ce mot) et favorisent le développement de la maladie scrophuleuse, un des fléaux les plus désastreux qui puissent frapper l’habitant des villes. Aussi faut-il des rues larges, bien pavées, des habitations proportionnellement peu élevées et qui permettent la libre circulation de l’air et de la lumière , des places et des promenades couvertes de végétation, car on sait que les plantes exhalent, sous l’influence de la lumière, de l’oxigène, et absorbent l’acide carbonique: les cours vastes et spacieuses dans les habitations, ainsi que les jardins, ajoutent à la salubrité.
Indépendamment de la largeur de la voie publique, son état de propreté et de bon entretien contribue à la santé des habitants : ainsi, il faut un facile écoulement des eaux ménagères et industrielles, absence de toute stagnation d’eaux et d’immondices sur la voie publique, un bon système de pavage , l’entretien régulier des ruisseaux avec une pente proportionnée à leur parcours , des lavages fréquents de ces derniers avec de l’eau vive ; des égouts convenables disposés sous les principales rues et multipliés autant que l’indique le besoin.
Égouts (v. Égoutiers). — Ils devront être construits en maçonnerie, voûtés, avoir une pente et une hauteur proportionnées, être suffisamment aérés et ventilés par des ouvertures ménagées pour recevoir les eaux ; ils seront bâtis en pierres dures reliées par un ciment à la chaux; à Paris, on les construit avec une pierre siliceuse, très-dure, inégale, qui fait facilement corps avec le mortier, et que l’on nomme pierre de meulière. Le radier ou sol des égouts est en béton recouvert de cimentjiydraulique. L’eau de fontaine, qui, à Paris, coule abondamment dans les rues à certaines heures, lave les égouts et prévient leur infection. A Londres, les égouts sont lavés par le flux et le reflux de la Tamise qui, deux fois en vingt-quatre heures, les submerge et les abandonne en entraînant toutes les matières qu’ils contiennent.
Eaux publiques. — Elles concourent d’une manière très-efficace à la salubrité des villes, soit dans leur application aux usages domestiques, soit comme moyen de laver la ville et d’y entretenir la propreté. Les Anciens avaient très-bien compris ces questions, ce qui explique les immenses travaux qu’ils avaient entrepris pour amener les eaux dans leurs villes; et les grands aqueducs monumentaux qui nous restent de la période romaine attestent l’importance qu’ils attachaient à la possession des eaux vives pour l’embellissement et la salubrité de leurs cités. Aujourd’hui cette importance n’est pas moins sentie ; il est peu de villes qui ne s’imposent des sacrifices considérables pour avoir des eaux saines et en abondance. C’est un des agents de salubrité les plus efficaces, en même temps que, par ses usages domestiques et industriels, il est indispensable au bien-être des habitants. Mais toutes les eaux ne sont point également propres
INTRODUCTION
à ces usages; il est certaines conditions de limpidité , de pureté auxquelles elles doivent satisfaire ; ainsi on devra prendre des eaux courantes , de sources ou de lacs, et rejeter les eaux stagnantes qui contiennent des matières organiques en décomposition (v. Eau). Les eaux de puits ou de source, dans lesquelles existe une quantité trop considérable de sels calcaires, ou autres, devront être également rejetées des usages économiques, mais elles ne présentent aucun inconvénient comme moyen d’arrosage et de lavage de la voie publique. Il n’en serait pas de même des eaux stagnantes ayant séjourné sur des matières organiques en décomposition; celles-ci, même employées au lavage des villes, peuvent présenter de graves inconvénients par les émanations qu’elles répandent et qui le plus ordinairement produisent des fièvres intermittentes (v. Miasmes).
L’eau potable doit être claire, limpide, fraîche en été, sans odeur, sans goût désagréable. Elle doit être aérée et avoir une saveur franche ; celles qui ont un goût douceâtre et fade le doivent le plus souvent à des matières organiques, à du sulfate de chaux, ou à tous autres sels. L’eau qui contient de l’acide carbonique et des carbonates calcaire ou alcalin, en petites proportions , avec de petites quantités d’hydrochlorates, a plus de sapidité et de saveur, et est davantage recherchée par l’homme et les animaux. Les eaux qui proviennent de la fonte des neiges et des glaciers ne doivent être bues qu’après avoir été suffisamment aérées; il en est de même de l’eau de certaines sources qui ne contiennent ni air atmosphérique en proportion suffisante, ni acide carbonique. L’eau des rivières et même des petits cours d’eau qui coulent sur le sable, lorsqu’ils ne contiennent pas de sels calcaires en trop forte proportion, doit être également préférée. Il est bien entendu que nous ne parlons pas ici des eaux qui contiennent des substances étrangères actives en proportions notables : ces eaux sont rangées dans la classe des eaux minérales, et c’est à l’analyse chimique qu’il faut demander compte de leur composition et de leur action présumée sur l’économie.
Les magistrats des villes feront bien de faire soumettre à l’analyse chimique, deux ou trois fois dans un siècle , par exemple , les eaux qui alimentent les fontaines publiques , afin de se rendre compte de leur composition et de s’assurer qu’elles n’ont pas varié dans leurs principes. Ce travail a déjà été plusieurs fois effectué pour les eaux de Paris , d’abord par Parmentier, en 1775; puis par Thénard et Colin, en 1816 ; en 1827, par Yauquelin et Bouchardat; enfin , il vient d’être fait de nouveau, en 1847, par O. Henry et Boutron, qui ont non-seulement analysé toutes les eaux de Paris, mais encore l’eau de tous les affluents du canal de l’Ourcq , afin de constater l’influence de ces divers cours d’eau sur la pureté des eaux du canal livrées à la consommation des habitants de Paris. Ces derniers travaux sont assez importants pour que nous en mettions les principaux résultats sous les yeux de nos lecteurs. Nous donnons ici le tableau de l’analyse des eaux qui alimentent les bornes-fontaines et les fontaines publiques, ainsi que l’analyse de l’eau de la Seine dans Paris et au-dessous de Paris, et de plus celle de la Marne avant sa jonction avec la Seine. Nous avons pensé que les analyses des affluents dn canal de l’Ourcq seraient peu intéressantes pour nos lecteurs, puisque l'analyse des eaux du canal, à son entrée dans Paris, est la résultante de la jonction de ces divers cours d’eaux ; leur examen isolé n’a d’importance que pour l’administration, qui, en raison du plus ou moins de pureté de ces eaux, sait quelles sont celles qu’elle doit admettre dans le lit du canal et celles qu’elle doit rejeter.
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