‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 47 sur 316 · LX VI · texte numérisé non relu

LX VI

INTRODUCTION

taines des quartiers que nous avons désignés, a-t-on soin de les mêler d’une grande quantité d’eaux de Seine ou du canal.

Les eaux les plus pures ne sont pas toujours les plus agréables au goût : ainsi l’eau du puits de Grenelle, qui est plus pure que celle de la Seine, est cependant moins sapide et moins agréable. L’eau distillée est fade, désagréable et indigeste, même lorsqu’elle n’a aucun goût d’empyreume.Il est utile, ainsi que nous l’avons déjà dit, que les eaux contiennent quelques substances salines qui leur permettent d’être plus agréables et plus faciles à digérer ; l’air et le gaz acide carbonique les rendent plus légères et plus sapides. L’eau de Sainte-Reine, qui, avant 1789, était réservée pour la table du roi, à cause de son goût agréable et de sa légèreté, a été reconnue depuis, par l’analyse chimique, contenir assezdesubstances salines pour être classée parmi les eaux minérales. C’est sur la nature des substances qui entrent dans la composition des eaux, plutôt que sur leur quantité, que doit porter l’attention des magistrats des villes. Toutes ne présentent pas, comme on le pense bien, les mêmes résultats; ainsi la présence, en certaine proportion, du carbonate de chaux , de l’hydrochlorate de soude et de l’acide carbonique , n’offre que des avantages, tandis que celle du sulfate et de l’hydroclorate de chaux n’a que des inconvénients. Les carbonates de soude et même de magnésie sont, en petites proportions, sans inconvénient; le premier sel offre même quelques avantages, tandis que les sulfates des mêmes bases et Phydrochlorate de magnésie, lorsqu’ils sont en même quantité, peuvent rendre l’eau impropre aux usages alimentaires. On voit que c’est surtout par l’analyse chimique qu’il faut se rendre compte des qualités des eaux, et l’on peut à ce sujet consulter l’important travail de Dupasquier sur les eaux de sources et de rivières, celui de Terme, ancien maire de Lyon, sur les eaux potables, et enfin le travail tout récent et si consciencieux de MM. Boutron et O. Henry, que nous avons déjà cités.

Les eaux publiques doivent, comme il est facile de le comprendre, être préservées de toutes altérations; aussi, est-il important de fixer l’attention sur la nature des conduits et des réservoirs destinés à les contenir. Les rigoles en maçonnerie, les conduits en fonte et même en plomb, sont sans inconvénients; cependant, il est mieux d’employer la fonte de fer. Il n’en est pas de même des réservoirs en plomb, on a élevé des doutes sur leur innocuité, surtout lorsque l’eau séjourne longtemps dans leur intérieur. L’eau des citernes, recueillie sur de larges toitures en plomb, a inspiré des craintes sur son usage comme aliment ; l’eau recueillie sur des toits recouverts de zinc ou de cuivre, ou contenue dans des vases ou réservoirs de mêmes métaux, même étamés pour le cuivre, doit également être rejetée de l’usage alimentaire.

On ne saurait avoir trop de respect pour la pureté de l’eau ; c’est un aliment dont on fait usage en si grande quantité et sous tant de formes, que les plus petites proportions de substances nuisibles doivent avoir, après un certain temps, une action marquée sur la santé. Dans le parcours des villes, il est important de ne jeter dans le cours des rivières, lorsque leurs eaux servent à la boisson des habitants, aucune eau industrielle et ménagère, quel que soit le volume du cours d’eau, mais de les conduire par des égouts en dehors et au-dessous du courant. La comparaison faite entre l'eau de la Seine puisée au pont Notre-Dame et à Chaillot montre l’importance de ces conditions. Dans ce cas, c’est moins encore par les substances minérales qui s’introduisent dans les eaux, qu’elles peuvent devenir moins salubres, que par la proportion notable de matières organiques qui les altèrent.

Lorsque les eaux publiques viennent de sources profondes, on devra avoir soin, avant de les livrer à la consommation, de les faire tomber en cascades; soit dans des châteaux d’eau, soit dans des fontaines publiques, afin de les aérer convenablement; on sait que l’eau des sources est plus légère et plus agréable après avoir coulé quelque temps sur des cailloux, que lorsqu’on la boit immédiatement à sa sortie. On devra également avoir grand soin d’arracher les herbes sur les bords des petites rivières ou des ruisseaux dont les eaux servent à la consommation des

INTRODUCTION

Page 1