‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 48 sur 316 · LX1X · texte numérisé non relu

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habitants; il ne tant point y laisser rouir le chanvre, ni y laisser écouler les ruisseaux des étables, ni aucune eau industrielle et ménagère.

Tarmi les cours d’eau , il faut préférer ceux qui coulent rapidement et sur un fond de sable; les eaux qui coulent dans les terrains calcaires sont dures et crues, celles qui coulent dans les terrains tourbeux sont d’un goût marécageux et contiennent des substances organiques qui les rendent complètement impropres à la boisson. Nous devons dire d’une manière générale que lorsque les eaux ne sont pas limpides, qu’elles sont crues et dures, qu’elles ne cuisent pas les légumes et qu’elles dissolvent imparfaitement le savon, lorsqu’elles ont un goût marqué, ou même lorsqu’elles sont seulement fades, elles doivent être rejetées comme boisson et comme servant à l’alimentation. On ne doit faire usage des eaux provenant de la fonte des neiges et des glaces, qui ordinairement sont presque pures, et quelquefois trop pures lorsqu’elles ne contiennent pas en très petites proportions les substances salines que nous avons indiquées, que lorsqu’elles ont eu un assez long parcours, ou lorsqu’elles ont été assez longtemps exposées à l’air pour en être saturées ; ces eaux privées d’air sont lourdes, fades, très-froides à cause de leur origine, et causent, dit-on, le goitre. (F. çe mot et Eau.)

On peut remédier aux mauvaises qualités de l’eau par divers moyens; lorsqu’elles ne sont pas limpides on peut les filtrer, soit par le sable, soit à travers des pierres poreuses ; mais le procédé que l’on doit préférer est le filtrage par le charbon; par ce moyen on absorbe les matières animales en décomposition que peut contenir l’eau. Le filtrage par le charbon doit être employé pour toutes les eaux qui contiennent des substances organiques, même lorsqu’elles ne sont pas indiquées par l’odeur ni par la saveur de l’eau. Dupasquier cite le cas d’une épidémie qui se manifesta dans une caserne de Perrache, à Lyon, par l’usage de l’eau d’une pompe qui contenait des substances organiques qui n’avaient point été indiquées, même par l’analyse chimique. Dans ce mode de filtration, il faut que le charbon soit souvent renouvelé, car il cesse assez promptement d’absorber les gaz et les matières organiques. A l’établissement de l’eau filtrée des Célestins, à Paris, le charbon ne sert que quelques jours; il est renouvelé et séché, pour être employé de nouveau. Plus le charbon est poreux, plus il absorbe facilement les gaz et les matières organiques, mais il ne peut servir indéfiniment, même avec les précautions que nous venons d’indiquer, à moins qu’on ne le soumette à de nouvelles calcinations.

Le charbon ne dépouille pas complètement les eaux des matières organiques qu’elles contiennent: dans des expériences que je fis en 1840, comme rapporteur d’une commission du conseil de salubrité chargé d’examiner un nouveau système de filtration des eaux publiques, proposé par M. Souchon, et qui consistait à faire passer l’eau à travers delà laine tontisse (l), je me livrai à un examen complet des divers systèmes de filtration employés dans les établissements publics qui, à cette époque, distribuaient de l’eau filtrée pour la consommation des habitants de Paris, et je reconnus que l’eau des quatre établissements qui alors étaient en activité avait à peu de chose près la même limpidité ; mais après un séjour de quelques jours dans des vases convenablement bouchés, il se manifestait des phénomènes particuliers qui démontraient que l’eau était loin d’avoir la même pureté : un goût d’eau corrompue se manifestait plus promptement dans l’eau qui avait été filtrée sans l’intermédiaire du charbon ; mais il se développait également dans celle qui avait subi ce mode de filtration. On sait parfaitement que la filtration au charbon, qui rend potable même de l’eau corrompue, ne la préserve pas d’altérations ultérieures. Un seul des établissements que j’ai cités, celui des Célestins, désigné alors sous le nom de Compagnie royale, donna une eau qui ne subit aucune altération : l’eau était toujours pure,

(1) On donne ce nom à de la laine hachée provenant de la tonte des étoffes dans les fabriques. Ce mode de filtration est très-rapide. Cinq filtres suffisaient pour toute l’eau de la pompe Notre-Dame, qui était alors d’environ 100 pouces de fontainier par 24 heures, ce qui fait, en nombre rond, 20,000 hectolitres.

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douce et agréable ; six mois après, elle avait encore les mêmes qualités, et aujourd’hui, après huit ans, l’échantillon que j’ai conservé a encore la même pureté et le même goût. Est-ce seulement à un mode plus parfait de filtration qu’il faut attribuer cette persistance dans les qualités de l’eau? je ne le pense pas : je crois plutôt que ce résultat est obtenu par la privation complète de toute matière organique dans ces eaux ; car l’examen microscopique nous fit reconnaître dans les autres eaux à peu près le même degré de limpidité ; c’était donc dans ces eaux la matière organique dissoute qui se décomposait après quelques jours et qui altérait leur pureté.

îl restait à déterminer quel moyen on peut mettre en usage pour priver cette eau de toute matière organique ; les chefs de l’établissement ne nous ont donné aucun renseignement à ce sujel, et ils se sont constamment renfermés dans l’exposé du procédé de filtration dont ils faisaient usage. Mais, nous l’avons déjà dit, la filtration au charbon, même la plus parfaite, n’empêche pas l’eau de se corrompre, et ne la prive donc pas de la matière organique qu’elle contient. Le seul moyen que nous connaissions de débarrasser l’eau de sa matière organique, c’est de précipiter cette dernière par une petite proportion de sulfate d’alumine (alun). Depuis longtemps ce moyen est employé à Paris par quelques porteurs d’eau, qui filtrent l’eau chez eux, dans des cuves de 15 à 20 hectolitres. Les eaux ainsi dépurées n’ont présenté aucun inconvénient pour l’usage alimentaire, en raison de la petite proportion d’alun employée, du résultat obtenu et de la très-petite quantité de sels alumineux qui restent en solution dans l’eau.

Sous le rapport industriel, les eaux dures qui contiennent des sulfates et des hydrochlorates de chaux, et qui, par conséquent, ne dissolvent pas le savon, peuvent acquérir cette propriété par un moyen fort simple, qui consiste à introduire dans ces eaux une certaine quantité de carbonate de soude proportionnée à la quantité des sels calcaires, et, par une action chimique parfaitement connue, il se forme du sulfate et de l’hydrochlorate de soude, il se précipite du carbonate de chaux, et l’eau, alors, acquiert la propriété qu’elle n’avait pas, celle de dissoudre le savon. Nous nous sommes étendus un peu longuement sur les eaux publiques et surtout sur les qualités de l’eau, parce que dans notre Dictionnaire, à l'article spécial sur ce sujet, il n’avait pas été traité avec tout le développement convenable et que demandait son importance.

Habiterons. —Soit qu’elles servent à quelques individus, soit qu’on y réunisse beaucoup de personnes, comme dans les casernes, les collèges, les hôpitaux, les prisons, les spectacles, les habitations doivent être soumises à des conditions hygiéniques spéciales et dont il a été parlé d’une manière générale à ce mot. La principale condition de salubrité pour une maison, c’estqu’elle soit exempte d’humidité, et qu’elle permette facilement l’accès de l’air et de la lumière ; vient ensuitelapropreté. Les maisons devront être généralement construites dans un lieusec, suffisamment élevé, à l’exposition du levant et du couchant, si la construction a deux façades; dans le climat de Paris, on peut rechercher l’exposition du midi; celle du nord est toujours fâcheuse, surtout pendant l’hiver, pour les pièces où l’on demeure une grande partie de la journée, telles que les chambres à coucher, les cabinets de travail, etc. Les entrées des maisons doivent être larges, fermées de manière à ce que l’air puisse facilement circuler, surtout dans les maisons en commun, où les soins de propreté ne sont pas rigoureux. Les escaliers seront suffisamment vastes et éclairés, les appartements d’une hauteur convenable et proportionnée à leurs dimensions, 3 mètres à o mètres 50 centimètres au moins; les fenêtres larges, pouvant s’ouvrir complètement et commençant à 50 centimètres du plancher, pour s’élever presque jusqu’à la hauteur du plafond. Cette disposition est nécessaire pour permettre une bonne ventilation et favoriser l’entrée de la lumière.

Quelle que soit la grandeur des pièces, il est important de proportionner le nombre des individus qui doivent y demeurer à leur dimension, surtout lorsque l’on doit y coucher. La dimension des pièces ne doit pas se mesurer par la surface de leur plancher, mais bien par le cube

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de vide ou d’air qu’elles contiennent; ainsi de vastes salles peu élevées ou mansardées devront contenir moins de personnes ou de lits que celles d’une moins grande superficie, mais qui sont plus hautes. La quantité d’air nécessaire dans les dortoirs des collèges, les chambres des casernes, dans les prisons, a été évaluée, par une commission spéciale nommée il y a peu d’années par le ministre de a guerre, à 14 mètres cubes par individu. Dans les hôpitaux où il existe des causes toutes spéciales d’insalubrité, et où la pureté de l’air est si nécessaire au rétablissement des malades, il faut au moins 24 mètres cubes d’air par malade; et encore est-il bien entendu que l’on devra renouveler l’air plusieurs fois dans la journée, et surtout le matin, par une ventilation bien entendue.

La ventilation est toujours utile et souvent indispensable à la salubrité des habitations; dans les cas ordinaires, celle qui se fait par les cheminées est suffisante, celle qui a lieu par le jeu laissé entre les portes et les fenêtres est trop incomplète. Dans les lieux de grandes réunions, tels que les écoles, les salles de spectacles, les salles de bals, il est important d’organiser un système particulier de ventilation pour renouveler l’air vicié par la respiration et plus encore quelquefois parla combustion des lampes, des bougies ou du gaz servant à l’éclairage. La viciation de l’air est quelquefois si considérable dans ce cas, que des individus éprouvent de l’oppression, des lypothimies, et même des syncopes, par l’effet de l’impureté de l’air, accidents que souvent on attribue à la chaleur. La chaleur, dans ces cas, n’est aussi incommode que parce que l’air est raréfié et vicié; s’il était pur et abondant, elle se supporterait beaucoup mieux , ainsi qu’on l’observe à l’air libre en été : c’est surtout en ouvrant des vasistas dans la partie supérieure des pièces et dans des directions opposées, que l’on peut favoriser le renouvellement de l’air. On évitera une partie des inconvénients que peut présenter cette ventilation dans la saison froide, en garnissant l’ouverture des vasistas et des ventilateurs d’une toile métallique qui rompe et brise le courant d’air; l’air ainsi tamisé forme des courants bien moins directs qui ne sont point de nature à nuire à la santé, en causant des refroidissements partiels.

Dans les salles de spectacle, le lustre qui est placé au milieu de la salle est un moyen d’appel très-convenable pour renouveler l’air ; l’on peut compléter ce système de ventilation en fermant, par une caisse en bois qui doits’élever jusqu’à la toiture, la partie située au-dessus duplafond qui est destinée à recevoir le lustre lorsqu’on l’enlève. Des ventilateurs peuvent prendre l’air dans les corridors, et l’introduire dans la salle en passant sous le plancher des loges : ce moyen a été déjà employé avec avantage dans plusieurs salles à Paris. Il faut éviter de prendre l’air dans ce qu’on appelle les dessous, espaces situés au-dessous du parquet et de la scène: ces lieux sont ordinairement humides et l’air y contracte une odeur et une altération qui le rend peu propre à la respiration.

Dans les lieux d’assemblées une bonne ventilation peut suppléer à l’insuffisance de l’espace, mais il faut qu’elle soit bien entendue et bien surveillée pour que ses inconvénients ne soient pas aussi nuisibles que pourrait être l’air vicié; car des affections catarrhales et rhumatismales peuvent être occasionnées pardes refroidissements déterminés parles courants d’air mal dirigés.

Les cabinets et les fosses d’aisance (v. Vidangeurs), les eaux ménagères sont souvent de graves causes d’insalubrité dans les habitations. Les cabinets d’aisance lorsqu’ils sont mal ventilés répandent dans les appartements une odeur infecte (gaz hydrogène sulfuré, sulfhydrate d’ammoniaque), qui vicie l’air et qui , à la longue, peut occasionner de graves maladies chez les individus habituellement soumis à cette action. Il en est de même des émanations des^ eaux ménagères putréfiées qui se font par les plombs, les gargouilles, les pierres d’évier, toutes ces causes agissent en diminuant et détruisant l’énergie vitale : elles produisent une véritable intoxication lente qui souvent amène une foule d’affections, et même la fièvre typhoïde. (Y .Miasmes). Les tuyaux d’évents pour les cabinets d’aisances, les lavages avec le chlorure de soude ou avec l’eau de javelle, une partie pour 100 parties d’eau, pour les pierres d’évier, les plombs et les gargouilles, sont des moyens efficaces pour remédier à ces inconvénients.

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Voiries. — On donne ce nom aux dépôts des immondices que Ton enlève dans les villes, et qui exigent des soins particuliers. Il est toujours indispensable de les former loin des habitations et du côté opposé aux vents régnants. A Paris, les voiries qui, dans les temps anciens, avaient été formées aux portes de la ville , se sont trouvées, par suite de l’accroissement de celle-ci, renfermées dans son enceinte; cet état de choses s’est renouvelé bien des fois, et il est plusieurs élévations très-marquées du sol qui n’ont point d’autre origine. Dans ces derniers temps, les voiries étaient situées dans les faubourgs, qui n’ont été compris dans la même enceinte que la ville que peu d’années avant la révolution de 1789. Ces voiries, dont plusieurs existaient encore il n’y a pas 20 ans , étaient de larges fosses entourées de maçonnerie, profondes de deux à trois mètres et dont le sol était pavé; là, l’on accumulait toutes les immondices delà ville, qui étaient ensuite enlevées comme engrais, suivant les besoins de l’agriculture. Aujourd’hui il n’existe plus aucune voirie dans Paris ; aux environs delà ville, dans les champs, il y a des dépôts d’immondices, fractionnés, divisés suivant les besoins du sol, pour lequel ces matières sont un excellent engrais que paient les cultivateurs.

La voirie de Montfaucon où l’on dépose encore des matières fécales, qui est située au nordest de Paris, est destinée à disparaître prochainement; les matières sont aujourd’hui envoyées par une conduite souterraine dans la forêt de Bondy, située à plus de 8 kilomètres de Paris. L’on a commencé il y a peu de temps à mettre en activité ce système de transport des matières fécales.

Le bâtiment où se fait cette opération se nomme le Dépotoire delà Villette ; il est construit près du canal et devant un embranchement de ce dernier. Trois systèmes, formés chacun par neuf larges fosses en maçonnerie, voûtées et enduites de chaux hydraulique, sont destinés à recevoir les matières; chaque système peut contenir de 8 à 900 mètres cubes de matières. Les fosses sont surmontées par des constructions en briques, destinées à recevoir les voitures qui amènent les matières dans de larges tonnes pouvant contenir deux mètres cubes; les cases dans lesquelles entrent ces voitures se ferment presque hermétiquement au moyen de portes à coulisses et roulant sur des galets. La voiture entrée et les portes fermées, on décharge la tonne par un conduit de cuir qui dirige les matières dans un des trois systèmes de fosses que nous avons déjà indiqués. Les matières, qui sont presque toutes liquides, 90 p. 100, sontprisespar une pompe foulante mue par une machine à vapeur puissante qui les chasse dans un conduit en fer zincé de plus de 50 centimètresde diamètre. Ce conduit, parfaitement solide, et qui se continue, ainsi que nous l’avons dit, jusqu’à Bondy, contient à lui seul environ 600 mètres cubes de matières. Les matières les plus solides qui ne peuvent être chassées par la pompe, et qui sont arrêtées dans les fosses au moyen de vannes disposées à l’ouverture de chacune d’elles, sont versées dans de larges tonnes parfaitement fermées et expédiées par bateaux à Bondy. Les gaz des fosses et des cases supérieures sont enlevés au moyen d’un ventilateur à rotation qui les porte dans le foyer du fourneau de la chaudière à vapeur, où ils sont brûlés. De cette façon aucune odeur ne peut se répandre au-dehors pendant l’opération, quoique les quantités de matièresapportées dans une même nuit soient très-considérables, puisqu’elles ne varient seulement qu’entre les chiffres de 500 à 800 mètres cubes. La description de ce dépotoire construit par M. Mary, ancien ingénieur en chef, directeur des eaux de Paris, nous a paru assez intéressante, le système étant entièrement nouveau, pour que nous en fissions mention ici.

Dans les villes traversées par un cours d’eau, il faut éviter, ainsi que nous l’avons déjà dit, de jeter les immondices dans la rivière, car ces matières Gnissent par s’accumuler et donnent lieu à de graves inconvénients; elles infectent les cours des rivières, forment dans leur lit des amas de matières organiques qui , sous l’influence des chaleurs de l’été et dans les basses eaux, où elles sont mises à découvert, dégagent et exhalent des miasmes et des gaz infects qui, dans les cours d’eau qui ne sont ni importants ni rapides, peuvent devenir des causes d’épidémie.

Les immondices des villes , ainsi que les produits animaux rejetés dans les tueries, ou par

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