XXIV
INTRODUCTION
d’autres fois elle est confondue avec l’habitation de la famille ; des amas de fumier ou d’immondices existent près de la maison, des animaux de basse cour entretiennent la malpropreté et l’humidité au dehors. Tel est le tableau peu flatté, mais vrai, d’un grand nombre d’habitations rurales en France et souvent pour des cantons ou des provinces.
Mais, hâtons-nous de le dire, les résultats de cette fâcheuse hygiène sont loin d’être aussi désastreux que l’on devrait le supposer; cela tient à diverses causes, et surtout à une principale, dominante, à la pureté de l’air. Vair. cet aliment incessant de notre existence, qui, quinze à vingt fois par minute, pénètre dans notre poitrine pour revivifier chaque fois une portion notable de notre sang : l’air qui, en contact avec toutes les parties de notre peau, est encore absorbé par cette vaste surface, agit d’une manière puissante par sa pureté ; il combat à lui seul une foule de causes de maladie, il donne une énergie puissante à l’économie ; il supplée tellement à une alimentation grossière et insuffisante, que l’on a constaté que sur les enfantstrouvés envoyés en nourrice et qui , pour la plupart , sont confiés à des femmes de la campagne pauvres et souvent peu soigneuses , la mortalité est cependant moins considérable que pour les enfants élevés dans les villes par leurs parents, où l’aisance est plus grande et les soins plus attentifs. L’habitant de la campagne est généralement peu casanier , les travaux des champs l’obligent à un exercice salutaire dont les bons effets ne sauraient être détruits par une fatigue toujours suivie d’un sommeil calme et profond; l’hiver, où il reste davantage à la maison, les influences morbides sont modifiées par la rigueur de la saison, qui ne permet pas cette fermentation active de l’été et les émanations qui en sont la suite.
Après l’air, Veau qui est l’aliment le plus général, demande la plus grande attention; nous renverrons ici à ce que nous avons dit plus haut sur les eaux publiques: ces prescriptions s’appliquent en partie aussi bien aux eaux des communes rurales qu’à celles des villes. Les rivières les ruisseaux, les étangs, les citernes, les sources, les puits demandent un examen et des soins particuliers. Il est important de faire un bon choix pour les eaux qui servent à l’alimentation et d’avoir un grand soin pour leur entretien et leur conservation : la santé des populations entières tient très-souvent à ces causes, et l’on voit fréquemment des villages voisins, situés dans des conditions qui paraissent analogues, où cependant la force et la santé des habitants présente des contrastes frappants : dans les uns, les habitants sont forts, sains, vigoureux, d’une belle nature et d’une stature assez élevée; dans les autres ils sont petits, pâles, maigres, chétifs, tourmentés par les maladies, souvent les scrofules : d’autres fois, de mauvaises conditions d’exposition et d’aération viennent encore augmenter ces effets funestes. Ainsi que nous l’avons déjà dit, on ne saurait trop prendre de précautions pour la salubrité des eaux, il faut éviter que l’on y mêle des matières organiques et surtout qu’on y fasse rouir le chanvre, ainsi que cela se pratique dans beaucoup de localités.
L’habitant des campagnes est encore exposé à beaucoup de dangers qui, la plupart, sont le produit de son ignorance et de sa crédulité ; ainsi, il cède facilement sous le rapport de sa santé aux conseils qui lui sont donnés par les personnes les plus inexpérimentées; il pratique une foule de recettes plus ou moins mauvaises qu’il applique sans aucun discernement, et lorsque avec un instinct étonnant il sait défendre le petit pécule fruit de ses économies, il abandonne sa santé, bien beaucoup’plus précieux, aux charlatans et aux empiriques, qu’il préfère trop souvent aux hommes instruits et laborieux qui se sont dévoués au soulagement de ses souffrances.
Si le médecin?des villes se plaint quelquefois du peu de lumière et de l’ingratitude de ses malades, le médecin des campagnes peut faire entendre à ce sujet des récriminations bien plus fondées; combien de fois n’a-t-il pas vu le succès de ses soins compromis par des manœuvres imprudentes, faites à son insu, et que même après leurs fâcheux effets on lui dissimulait avec tout le soin possible, en voulant faire peser sur sa méthode de traitement les mauvais résultats.
INTRODUCTION
Le docteur Munaret, dans un ouvrage très^spirituellement écrit, a tracé ce tableau des tribulations des médecins des campagnes, et il indique le moyen de combattre, dans l’intérêt des malades, ces préjugés si funestes à leur santé. ,