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des villes, afin de faciliter la perception des droits et d’éviter que le passage des animaux n’entrave la circulation intérieure et ne cause des accidents. Ils doivent être isolés des habitations et recevoir de l’eau en abondance; il faut, en outre, qu’ils soient placés auprès des égouts ou des rivières pour que les eaux s’y écoulent sans laisser de traces dans les rues; les environs doivent être libres afin de rendre facile la circulation des voitures.
Après ces premières conditions, essentielles quant à l’emplacement, il importe que l’intérieur des abattoirs soit disposé de telle sorte que toutes les opérations s’y pratiquent sans se nuire.
Les cases destinées à l’abattage, et qui sont la partie la plus importante d’un abattoir, doivent être dallées et construites, jusqu’à une certaine hauteur, en pierres de taiile dures pour résister aux lavages qui doivent nécessairement s’y faire à chaque instant de la journée. « II faut, de plus, dit M. Parent-Duchâtelet, que, par la position et l’épaisseur du mur, ainsi que par la disposition du toit, il règne dans leur intérieur une fraîcheur continuelle ; cette fraîcheur est nécessaire , nonseulement pour la conservation de la viande en été, mais encore pour empêcher les mouches d’y aborder : il est, en effet, d’observation que ces insectes ne pénètrent jamais dans les boucheries ainsi disposées. Nous tenons ce fait de notre collègue M. Hazard père, qui l’a constaté à Strasbourg, à Zurich, à Schaffôuse, à Genève et dans d’autres lieux de la Suisse. Ii n’est pas de canevas ou de toile métallique que l’on puisse mettre, sous ce rapport, en parallèle avec une température de quelques degrés inférieure à celle de l’atmosphère environnante. »
Un abreuvoir, et une cour dallée dite voirie, où l’on jette les matières que l’on trouve dans les estomacs et dans les intestins des animaux, et qui doit être journellement lavée à grandes eaux, sont encore au nombre des conditions essentielles qu’exige un abattoir. Les fonderies de suif en branche qui en dépendent, et qui ne peuvent, d’ailleurs, être exploitées dans l’intérieur des villes, doivent y être réunies. En général, ces fonderies doivent être établies au premier étage, et au-dessous doivent être des caves voûtées pour le dépôt et la manipulation des suifs. La sûreté de l’établissement exige que ces fonderies, soient en pierres de taille.
A ce sujet, nous devons mentionner l’instruction récente du conseil de salubrité de la ville de Paris, sur les moyens à prendre pour rendre les fondoirs salubres.
Les échaudoirs, c’est -à-dire les parties de l’établissement où sont échaudées, lavées et préparées toutes les issues d’animanx qui entrent dans le commerce des tripiers, méritent aussi une grande attention. Les eaux de lavage, qui entraînent beaucoup de matières animales, extrêmement faciles à s’altérer, se putréfient promptement; et, d’un autre côté, les vapeurs qui eu sortent répandent une odeur fade et nauséeuse. Il est donc important que ces opérations soient défendues dans l’intérieur des villes et reléguées dans les abattoirs, où elles n’offrent aucun inconvénient, attendu la disposition
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des localités et la masse d’eau que l’on peut employer.
Telles sont les conditions générales que doivent présenter les abattoirs. Elles varient nécessairement un peu, suivant l’importance de l’établissement et surtout des localités; mais on ne saurait trop le répéter, de l’eau en abondance, et la proximité d’un égout ou d’une rivière sont les deux conditions principales pour la formation de ces établissements.
Il existe cinq abattoirs pour le service de la ville de Paris. On y abat année moyenne 73,000 bœufs,
15.000 vaches, 71,000 veaux et 365,000 moutons. Pour avoir la consommation totale de Paris, il faut ajouter à ce chiffre la viande que les boucheries de la banlieue apportent sur les marchés, et qui représente environ 4,000 bœufs et vaches,
25.000 veaux et 16,000 moutons. La quantité d’eau que l’on consomme est d’environ 97,350 mètres cubes par an. La surface totale renfermée dans l’enceinte de ces cinq établissements est de 156,500 mètres carrés, et la surface des constructions de 43,100 mètres. L’achat du terrain et les constructions ont coûté à la ville de Paris
2.200.000 francs, et lui rapportent près d’un million par an.
Les abattoirs offrent des avantages immenses pour la sûreté et la salubrité des villes et pour la bonne quaiité des viandes mises en vente, car la surveillance continuelle qu’y exerce l’administration ne permet pas d’y abattre et de livrer à la consommation des bestiaux morts ou atteints de maladies. A Paris, ces bestiaux servent tous à la nourriture des animaux du Jardin des Plantes. Malheureusement les abattoirs n’existent encore que dans un petit nombre de localités. Ç’est cependant un des objets de haute administration qui ne saurait trop fixer l’attention des magistrats chargés de maintenir la salubrité des villes et de veiller à la sûreté des citoyens.
Ad. Trébuchet,
Chef de bureau de la police médicale et de la salubrité à la préfecture de police.
abcès ( chir .), s. m. (abscessus, du verbe abscedere , se séparer, s’écarter). Par le mot abcès l’on désigne toute collection de pus dans un point quelconque de nos organes ; on réserve le nom d’épanchement à l’amas d’un liquide anormal, quelle qu’en soit la nature, déposé dans une de nos cavités, et mis en contact avec nos viscères.
Les abcès se forment par l'écartement successif des lames de tissu cellulaire entre lesquelles le pus se rassemble. Les abcès, quels que soient leur caractère, leur siège, etc., sont toujours le résultat d’une inflammation qui présente les plus grandes variétés dans sa cause, sa marche, son activité, etc. Le pus est sécrété par les tissus enflammés qui prennent dans le sang les matériaux de ce travail contre nature.
On trouve des abcès dans toutes les régions du corps, depuis les tissus les plus simples, le tissu cellulaire, jusque dans les glandes, les parenchymes, dans la palpe cérébrale elle-même. Le plus souvent un abcès est unique, mais quelquefois ils se succèdent à l’infini. Leur volume est tantôt très-
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circonscrit, comme dans quelques abcès sous-cutanés; tantôt l’abcès produit une vaste collection, qui se place entre les muscles, les écarte, déplace les vaisseaux, déforme le creux de l’aisselle, le pli de l’aine; enfin ils ne sont quelquefois circonscrits que par des parois osseuses.
On a distingué les abcès en aigus ou chauds, en froids ou chroniques, en abcès symptomatiques ou critiques, en essentiels ou idiopathiques, etc.; mais il est plus important d’apprécier la nature de la cause de l’abcès, l’intensité de l’inflammation et surtout le siège de l’abcès, et de bien constater l’espèce d’organe qui avoisine le pus.
Dans toute espèce d’abcès il se présente toujours trois périodes assez distinctes. Dans la première période, celle d’accroissement , le pus sécrété écarte les cellules, se porte vers un centre commun, s’agglomère et forme un foyer plus ou moins circonscrit. La période d'état commence lorsque la collection de pus s’achève et que l’abcès approche de sa maturité ; il forme alors une tumeur plus ou moins élevée, qui, pressée alternativement sur deux points de sa surface, fait sentir l’ondulation du liquide; c’est la fluctuation , phénomène caractéristique d’un abcès parvenu à sa maturité. La troisième période est celle de terminaison , souvent hâtée par l’ouverture artificielle de l’abcès.
Le diagnostic d’un abcès n’est pas toujours facile à établir; voiciquelques-uns des signes qui peuvent aider à cette connaissance : quand une inflammation affecte des parties très-celluleuses, qu’eile est très-intense , que ses progrès sont rapides, qu’elle s’accompagne de douleurs pulsatives , il est à craindre qu’une suppuration abondante ne se forme.
Cette terminaison est rendue probable par la diminution de la douleur locale, qui est remplacée par un sentiment de pesanteur, de tension incommode; par l’augmentation de volume de la partie affectée, qui donne des pulsations isochrones aux battements du pouls; par des frissons qui parcourent le dos, les lombes, les membres inférieurs ; enfin, en palpant méthodiquement la région affectée, on imprime au liquide un mouvement remarquable connu sous le nom de fluctuation, véritables ondulations qui vont frapper et soulever la main ou les doigts restés immobiles. Ce dernier signe est le plu3 concluant, mais pour î’obtenir, il faut une main bien exercée ; c’est même un des points de diagnostic chirurgical les plus difficiles. Il existe en effet un très-grand nombre de causes d’obscurité , lorsque la poche purulente est très-disteodue : sa dureté, sa résistance, ne permettent aucun ballottement. ïi en est de même lorsque le foyer de pus est profondément situé au-dessous de parties nombreuses. Le pus disséminé entre les mailles celluleuses , non réuni en foyer, se déplace, fuit sous les deigts, et donne la sensation d’un œdème, d’un empâtement.
Quelques maladies semblent se prêter d’une manière toute spéciale à la formation des abcès; dans le cas de suppression d’une sécrétion purulente, par une médecine intempestive, ou par une opération de chirurgie ; dans le cas de suppression trop brusque de toute autre évacuation habituelle: c’est ainsi que les nourrices sont exposées aux abcès des
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mamelles à la suite de l’allaitement prolongé , qui serait subitement interrompu
Les abcès sont d’autant plus graves qu’ils sont moins superficiels, qu’ils atteignent des parties plus importantes à la vie. Les amas de pus dans les poumons, les plèvres, le foie, compromettent plus immédiatement la vie que ceux des membres. Le danger des abcès est aussi en rapport avec leur volume. En général plus un abcès se rapproche des surfaces externes, moins il est dangereux. Les inconvénients de l’abcès sont d’autant moins grands qu’on aura pu pratiquer plus tôt leur ouverture.
Le traitement consiste à délivrer la partie du pus qu’elle renferme, à favoriser le rapprochement des parois de îa poche et leur adhérence : divers moyens se présentent pour remplir ces indications. On peut favoriser la résorption du pus ; ce mode de guérison est évidemment le plus heureux : il met à l’abri des suppurations, des incisions , des cicatrices, etc. Dans ce but, on a conseillé des purgatifs, des diurétiques; on a fait des applications astringentes, des frictions stimulantes; on a fait administrer des douches satines, sulfureuses, conjointement avec des dérivatifs intérieurs. Mais il est une foule de circonstances qui doivent faire renoncer à ces moyens, qui seraient alors non-seulemect inutiles , mais dangereux ; et dont un praticien instruit est dans tous les cas le juge compétent indispensable, soit pour l’adeaission de ess moyens, soit peur le rejet.
La méthode de traitement la plus simple, comme aussi la pius 'rationnelle, consiste à combattre la formation du pus, en s’adressant à l’inflammation qui en est îa cause. Toutes les fois qu'en peut atteindre cet élément, les applications émoilientes , les saignées locales seront faites ; si le sujet est robuste, et que la chaleur , la rougeur , la tension et la douleur soient assez prononcées, la saignée générale est indiquée. Le pus une fois fermé , il faut avoir recours, dans îa majorité des cas, à des opérations chirurgicales qui toutes peuvent être ramenées à l’incision, à îa ponction du foyer purulent et encore à l’ouverture de ses parois par la cautérisation avec le fer rouge eu ia potasse caustique.
Jusqu’à ce que Is médecin ait .porté son jugement sur la nature de l’abcès et sur le traitement plus spécial qui doit lui être opposé, on devra toujours soumettre au repos absolu la partie malade, favoriser sa position déclive en formant un p*an incliné vers ie tronc, de manière que le sang et les liquides tendent à s’éloigner du point enflammé, que l’on maintiendra recouvert de cataplasmes émollients, ou de compresses trempées dans une décoction mueiiaginease. On se gardera bien de l’usage nuisible et suranné de tous les onguents et emplâtres do composition et de substances pius ou moins hétérogènes, dits maturatifs, dont l’inconvénient le plus léger est de retarder la guérison.
Après ces considérations sur les abcès en général, il ne resterait plus qu’à traiter des abcès en particulier dans chaque région , ce qui fait partie des maladies de chacune d’elles, et sera indiqué en son lieu. Caffe,
Docteur en médecine , chef de clinique à l’ Hôtel-Dieu de Paris.
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Abcès métastatique. V. au Supplément.
abbomebî (anal.), s. m. (du mot latin abdere, cacher), vulgairement ventre , bas-ventre. On désigne ainsi la partie inférieure du tronc, celle qui est séparée de la poitrine par une cloison assez mince, charnue, qu’on nomme diaphragme ; c’est la plus volumineuse des trois grandes cavités du corps ; elle renferme les principaux organes de la digestion, ceux de la sécrétion de l’urine, ainsi que les organes internes de la génération. Son développement n’est pas le même à toutes les époques et dans toutes les circonstances de la vie. Chez l’enfant renfermé dans le sein de sa mère, c’est lui qui se forme en premier lieu ; aussi les monstres n’en sont - ils jamais privés , quoique la tête , la poitrine ou les membres puissent leur manquer.
Cette prédominance se remarque encore pendant l’enfance ; le ventre est alors , comme on a pu l’observer, volumineux et proéminent par rapport au reste du corps ; ce développement est dû en partie au grand volume du foie et à l’étroitesse du bassin (F. ce mot), qui ne permet pas aux viscères de s’y loger. En grandissant , cette saillie diminue et la taille de l’adulte devient svelte. Plus tard, vers l’âge mûr, la capacité de l’abdomen augmente de nouveau par l’accumulation au-dessous de la peau et autour des viscères d’une quantité de graisse quelquefois énorme. Cet embonpoint du ventre se remarque surtout chez les gourmands et chez les femmes qui ont traversé sans accidents l’époque orageuse de l’âge critique. On a signalé le plus grand développement de cette partie du corps comme un des caractères particuliers des races colorées.
L’homme a l’abdomen moins volumineux que la femme ; son bassin est plus petit et la distance de la dernière côte à la hanche moins grande que chez cette dernière. Dans l’hydropisie et pendant la grossesse, le ventre se laisse distendre d’une manière remarquable ; après l’accouchement il ne revient pas à son volume primitif ; ses parois sont plus lâches, et par suite de la distension qu’elles ont éprouvée, la peau , surtout celle de sa partie inférieure , présente une foule de petites rides blanches, luisantes, entre-croisées, qu’on nomme éraillures. Né le premier, l’abdomen, avec les organes qui y sont contenus, semble mourir le dernier; l’on voit en effet les intestins retirés du ventre d’un animal s’agiter et se contracter longtemps après la mort de celui-ci. Sa surface antérieure a été divisée par les médecins en neuf parties ou régions qu’il n’est pas sans intérêt de connaître, à cause de leur rapport avec les viscères internes.
Elles ont été déterminées au moyen de huit lignes fictives dont nous allons indiquer la position. Quatre de ces lignes sont horizontales et par conséquent parallèles : la première passe par le creux de l’estomac, la seconde par les deux côtes correspondantes, qu’on peut sentir au point le plus bas de la poitrine, la troisième par le point le plus saillant en avant de chacun des os de la hanche, la quatrième immédiatement au-dessus du pubis et de la racine de la verge chez l’homme ; ces lignes sont coupées
à angle droit par quatre autres lignes verticales, dont deux sont abaissées de chacun des mamelons , et deux autres menées de chaque côté du tronc.
Neuf cases ou régions sont ainsi circonscrites, trois au milieu et trois de chaque côté. Les régions du milieu sont de haut en bas : 1° V épigastre; il correspond à l’estomac, au pylore, orifice par lequel sortent de l’estomac les aliments digérés, et plus bas au colon transverse, intestin placé en travers, et qui est souvent le siège de la douleur dans la colique ; 2° la région ombilicale ou du nombril en rapport avec l’intestin appelé grêle ; c’est celui où les parties nutritives des aliments sont absorbées ; 3° l’hypogastre ; derrière lui est encore placé l’intestin grêle, et de plus la vessie ou la matrice, lorsque ces organes sont distendus l’un par l’urine, l’autre par le produit de la conception. Par côté et à droite, les trois régions sont de haut en bas : 1° ïhijpocondre droit, auquel répond le foie, organe chargé de sécréter la bile; 2° le flanc droit ; derrière lui se trouve le colon ascendant; on appelle colon l’intestin où passe le résidu des aliments privés de leurs parties nutritives ; 3° la région iliaque droite; elle est en rapport avec le cæcum, portion d’intestin intermédiaire au colon et à l’intestin grêle. Par côté et à gauche, les régions ont le même nom ; Y hijpocondre gauche répond à une portion de l’estomac et à la rate , organe dont l’usage n’est pas bien connu; le flanc gauche est en rapport avec le colon descendant , la région iliaque gauche avec l’S du colon , ainsi nommé à cause de sa forme, et le commencement du rectum, dernière portion du tube digestif où s’accumulent les matières fécales avant leur expulsion. Lorsque celles-ci sont en grande quantité, on peut quelquefois dans cette région chez les individus maigres les sentir avec la main, à travers la peau et les muscles.
Les parois de l’abdomen sont formés en haut par le diaphragme, voile musculeux dont nous avons déjà parlé, en arrière par l’épine du dos et de chaque côté par un faisceau épais de muscles étendus de haut en bas, contribuant à la rectitude du tronc ; en bas par le bassin et les muscles qui en tapissent le fond; par côtés et en avant les parois de l’abdomen sont molles et extensibles pour se prêter aux changements de volume qu’amènent la grossesse, l’ingestion des aliments , les mouvements de la respiration, etc. Les couches qui les constituent sont : la peau , elle y est moins épaisse qu’au dos ; on sait que près du pubis elle est garnie de poils; au milieu elle présente le nombril ou ombilic; ce n’est autre chose que la cicatrice du cordon ombilical de l’enfant ; l’enfoncement qui s’y trouve est d’autant plus marqué que le sujet a plus d’embonpoint ; pendant la grossesse ou dans le cas d’hydropisie, le nombril fait au contraire une saillie. Au-dessous de la peau se trouve une couche musculeuse très-forte et très-résistante , surtout à cause des différences dans la direction des fibres charnues. Les muscles qui la composent sont au nombre de cinq de chaque côté, savoir : le muscle droit, le pyramidal, le grand oblique, le petit oblique et le transverse ; ils s’attachent à de fortes aponévroses, ces dernières se réunissent
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sur la ligue médiane en formant une sorte de corde tendineuse nommée ligne blanche. A la partie inférieure du ventre et tout près du pli de l’aine , se trouvent deux ouvertures naturelles cachées sous la peau; il est bon de les connaître parce que fréquemment elles sont le siège de hernies ; l’une s’appelle anneau inguinal; elle est située un peu au-dessus du pli de l’aine, près du pubis; et formée par l’écartement des fibres de l’aponévrose du muscle grand oblique. Dans l’état naturel , elle est traversée par le cordon du testicule chez l’homme, et par le ligament rond de la matrice chez la femme.
L’autre ouverture , appelée anneau crural , est située un peu au-dessous du pli de l’aine, et en dehors de l’anneau inguinal. Elle est formée en partie par l 'arcade crurale ; on appelle de ce nom une espèce de corde tendineuse, qu’on sent le long du pli de l’aine, et qui est formée par le bord replié de l’aponévrose du grand oblique. L’anneau crural est plus grand chez la femme que chez l’homme ; dans l’état naturel, il livre passage à l’artère et à la veine fémorale.
Les maladies de l’abdomen sont fréquentes et souvent dangereuses en raison des organes importants qu’elles peuvent affecter. Considérées dans leur ensemble , elles présentent quelques caractères généraux; ainsi, lorsqu’elles sont aiguës, c’est-à-dire accompagnées de fièvres , le pouls est souvent petit et fréquent; il est dit alors abdominal.
La douleur qui les accompagne est tantôt vive et tellement intense, que les traits de la face se contractent et sont grippés, comme dans l’inflammation du péritoine , tantôt elle est sourde , profonde , comme dans certaines affections du foie ; on connaît le caractère de celle qui accompagne les coliques ; enfin cette douleur est intermittente et d’une nature particulière dans les tranchées qui précédent l’accouchement. Dans ces maladies , le ventre est tantôt tuméfié et distendu , tantôt dur et aplati , comme dans la colique de plomb. Les caractères généraux que nous venons d’indiquer ont surtout rapport aux maladies des organes que contient la cavité abdominale. Les maladies des parois de l’abdomen sont ordinairement moins graves ; ce sont des tumeurs, des phlegmons, des abcès, l’œdème , l’accumulation de la graisse qui donnent au ventre un embonpoint excessif ; c’est la poly sarde (Y. ce mot) ; différentes affections de la peau comme l’érysipèle, le zona, enfin les plaies et les contusions , etc. Les maladies qui affectent les organes contenus dans le ventre, sont les inflammations du péritoine ou de l’enveloppe externe recouvrant les intestins ( péritonite ), l’inflammation du joie (hépatite) , de la rate ( splénite ), de Yestomac (gastrite), de Y intestin grêle (entérite), du colon [colite), du rein (néphrite), de la vessie (cystite), delà matrice ( métrite ). (V. ces mots.) Les divers épanchements dans l’abdomen (Y .Hydropisie, Épanchement), des tumeurs de diverses natures, des kystes, des abcès et différentes autres affections telles que la dyssenterie, la colique des peintres , la présence de corps étrangers , d’une pierre par exemple, etc. Enfin ces affections peuvent intéresser à la fois la cavité de l’abdomen ,
ainsi que ses parois, telles sont les plaies pénétrantes simples ou avec lésions de divers organes, les hernies, les anus contre nature, etc. (V. ces divers mots.) J. P. Beaude,
Membre du Conseil de salubrité, inspecteur des établissements d'eaux minérales.
abdominal (anat.), adj., se dit des organes qui appartiennent à l’abdomen. Les enveloppes du ventre se nomment les parois abdominales, tous les organes qui sont renfermés dans le ventre sont les viscères abdominaux, les membres inférieurs ont aussi reçu le nom de membres abdominaux. L’on nomme hernie abdominale, celle qui se forme par la rupture ou par l’écartement des parois du ventre. (Y. Hernies.) J. B.
abducteur (anat.), s. m. (de la particule dis- Jbnctive ab, et de ducere, conduire), nom que l’on donne aux muscles qui ont pour fonction d’imprimer un mouvement d’éloignement de l’axe du corps à un membre ou à un organe. Il existe des abducteurs de la cuisse, des abducteurs du pouce, du gros orteil , un abducteur de l’œil , de l’oreille, de l’aile
du nez , etc. J. B.
absuctïow (anat.), s. f., mouvement qui écarte un organe de l’axe du corps, ou une partie d’un membre de l’axe propre du membre lui-même; les mouvements qui écartent les bras et les jambes sont des mouvements d’abduction , ainsi que ceux qui éloignent le pouce des autres doigts, et les doigts les uns des autres. J. B.
abeille ( chir .), s. f., piqûres. Le genre abeille est classé parmi les insectes héminoptères, division dans laquelle on a rangé les diverses espèces d’abeilles qui se rencontrent fréquemment dans la campagne. Presque tous ces insectes sont armés d’un aiguillon caché, mobile, très-acéré, terminé par de petites dents en forme de scie , visibles au microscope ; cet aiguillon est creusé dans son milieu d’une rainure qui facilite l’écoulement d’une substance âcre, acide, qui se trouve renfermée dans une poche située à la base de l’aiguillon et à la partie inférieure de l’abdomen de l’insecte. Lorsque l’abeille pique , la poche est pressée par les muscles qui servent d’attache au dard, alors le venin s’écoule par le canal de l’aiguillon jusque dans la plaie produite par cette arme.
Nous ne parlerons ici que des accidents occasionnés par la piqûre des insectes de ce genre ; que la lésion soit produite par le frelon , le bourdon velu, la guêpe ou Y abeille mellifère, etc. Nous devons dire cependant que parmi les abeilles domestiques ou mellifères , il existe trois espèces d’êtres différents , dont deux seulement sont armées d’aiguillon : premièrement, les faux bourdons ou mâles , qui sont sans armes; les abeilles ouvrières ou neutres , qui ont un aiguillon , et la reine ou mère abeille , armée également d’un aiguillon, dont elle ne fait que très-rarement usage, à moins que ce ne soit pour combattre une rivale.
Parmi ces insectes, les uns produisent des piqûres plus ou moins graves, selon la sensibilité des êtres piqués. Le venin de l’abeille est si subtil, pour
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ces insectes mômes, qu’aussitût qu’une abeille en pique une autre, celle-ci est à l’instant même saisie d’un tremblement convulsif; ses membres se roidissent ; l’abeille se recourbe sur elle-même, et meurt au bout de quelques secondes.
Les femmea, les enfants, les personnes nerveuses, d’un tempérament sec et irritable, doivent éviter avec soin les piqûres d’abeilles, car elles agissent avec force sur de telles constitutions.
On doit aussi se garantir avec plus de soin des piqûres des guêpes , et surtout des frelons. Ces espèces d’abeilles , beaucoup plus fortes et plus grosses que les autres, portent un aiguillon trèsdangereux, et qui verse dans la plaie, en plus grande quantité, un venin qui cause toujours des accidents très-graves; nous avons vu «in panaris survenir au pouce d’un robuste campagnard après une seule piqûre; une jeune fiile de la campagne , qui avait été piquée à la nuque par un freîou, éprouva des ton-* vissions inquiétantes avec délire , qui ne furent calmées que par cas médication énergique. Quelques auteurs citent des exemples où de simples piqûres d’abeilles ont produit les accidents ha plus déplorables : un jeune enfant mourut d’un érysipèle a la face, déterminé par la piqûre d’une seule abeille ; un jeune homme, en buvant du vin doux , avala par distraction une guêpe qui était au fond du verre; il fut piqué dans l’intérieur de ia gorge, et quelques efforts qu’on fit il succomba d’asphyxie, le gonflement causé par la piqûre ayant intercepté le passage de l’air, il n’est pas non plus sans exemple que de jeunes nègres, piqués dans les pays chauds, ne meurent du tétanos : un médecin de l’île de France nous en a cité deux exemples. Nous pourrions sans doute rapporter d’autres faits, mais heureusement que la piqûre de l’abeille est le plus fréquemment an aoeident léger ; et si , après cette piqûre, il se développe des symptômes consécutifs de maladies dangereuses, il faut croire qu’il y avait déjà dans la personne piquée des causes prédisposantes, et gus la piqûre n’a été que îa cause occasionnelle ou déterminante.
Comme tous les animaux qui portent du venin , celui de l’abeille est plus actif lorsqu’elle est vivement irritée ; il faut donc éviter de tourmenter ces insectes qui souvent vous poursuivent avec acharnement ; en les approchant , il faut faire peu de mouvements brusques, rester tranquille auprès des ruches et des nids de frelons ou de guêpes : on peut ainsi observer les mœurs de ces insectes sans courir le moindre danger, ci bientôt les insectes eux-mêmes &’ accoutument à ia presence de 1 observateur, et ne s’inquiètent plus de le voir.
Le venin de l’absiiie est acide ; il a une odeur vive, pénétrante, sui generis , qui sa reconnaît aisément; cette odeur même &z développe avant que l’abeille ait piqué. Si vous saisisses une abeille de manière à ne pas être piqué , vous voyez bientôt son aiguillon sortir, et immédiatement il se présenta a l’extrémité libre de cette arme une petite goutte d’un liquide diaphane, incolore; porté sur la langue, il produit l’effet d’un acide végétal concentré0, y caure un sentiment de brûlure âcre qui se dissipe eu peu de temps , sans produire d’autres phénomènes; il rougit le papier de tournesol.
Les moyens qu’on doit employer pour guérir les piqûres d’abeilles sont simples et d’une facile exécution ; il faut laisser de côté tous les remèdes préconisés dans les campagnes ; lorsqu’une abeille pique, elle se lance avec force sur celui qu’elle veut frapper; aussi elle en est cruellement punie, car elle laisse dans la plaie son dard et après lui une partie des organes abdominaux , ce qui occasionne promptement la mort.
Aussitôt qu’on est piqué par une abeille, on voit se former sur la plaie un petit bourrelet circulaire d’un blanc mat , de quelques lignes de diamètre , avec un point de dépréssion au centre déterminé par la blessure ou la présence de l’aiguillcn ; bientôt le gonflement augmente , il y a rougeur, tension vive avec des élancements aigus dans toute la partie. Quelquefois cette enflure devient considérable, surtout si la piqûre est située aux environs des yeux. Après quelques heures, l’enflure n’augmente plus, la partie est engourdie ; enfin, dans les vingt-quatre ou trente-six heures, tous ces accidents se dissipent graduellement, ne laissant qu’un peu de roideur dans la partie.
Avant de retirer la dard qui est resté dans la plaie, on doit toucher avec un pinceau à deux ou trois reprises l’endroit piqué avec de l’alcali volatil; celui-ci s’introduit par le canal de l’aiguillon jusqu’au fond de la blessure, où il détruit l’ac- ! tion du venin; si on enlève le dard avant d’agir, ainsi que nous venons de l’indiquer, le tissu, irrité j par la présence de l’aiguillon et du venin, se contracte sur lui; alors les moyens qu’on emploie sont ; presque sans effet, le venin restant renfermé dans ia blessure.
L’alcali volatil peut être remplacé par toutes les solutions alcalines.; de l’eau de savon , de l’eau de chaux , use solution de soude ou de potasse , I de l’eau salée, seront aussi employés avec succès : la nature du venin qui est acide, ainsi que nous L’avons déjà dit, est dénaturée par son contact avec un alcali; mais, nous le répétons, il faut, pour en tirer un effet utile , l’employer avant de sortir l’aiguillon de la plaie.
Lorsque l’aiguillon est sorti , on place sur la piqûre un linge trempé d’eau salée froide , d’eau de chaux, et on évite de frotter, quelque envie qu’on en éprouve; car plus on touche l’endroit piqué, plus le gonflement augmente.
Les guêpes, les frelons ne laissent point leur aiguillon dans 'a pi aie qu’ils font; ils peuvent même, s’ils sont retenus p:,v un obstacle quelconque , lancer dans la peau leur venin à plusieurs reprises, ee qu’il faut éviter avec le plus grand soin; les mêmes moyens seront employés avec plus de persévérance , mais malheureusement ils seront moins efficaces.
M faut laisser sur îa plaie des compresses d’eau et d'alcali volatil . d’eau de chaux eu d’eau salée, qu’on renouvelle d’instar t en instant. Pour tempérer i’infiammatica quelquefois très-vive qui se développa après de telles blessures, oa fait usage des cataplasmes de mie de pain et ds Lait, des cataplasmes de laitue cuite, de pommes cultes, eu même de iait oui fié : la fraîcheur de cet to dernière substance cause toujours une utile sensation de bien-être. Si d’autres accidents surviennent, il faut
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avoir recours aux soins du médecin ou les combattre comme ceux déterminés par une inflammation violente.
Gilet de Gbammont,
Docteur en médecine , secrétaire général de la Société de médecine pratique.
aberration ( mèd . ), s. f., ( à'aberrare , s’égarer, s’écarter), dérangement dans le rapport des organes ou dans l’exercice de leurs fonctions. L’on dit qu’il y a aberration des sens, lorsque leurs perceptions sont vicieuses, ce symptôme s’observe dans beaucoup de maladies, surtout poulie sens du goût. Il y a aberration des fluides, lorsque le sang, la bile, l’urine, s’engage dans des vaisseaux autres que ceux qui leur donnent ordinairement passage. La jaunisse nous offre un de ces exemples , puisque des auteurs l’attribuent au passage de la bile dans les vaisseaux sanguins.
ablation ( chir .), s. f., ( A'ablatum supin d ’avferre, ôter, enlever), action de retrancher un membre, une partie du corps, ou une tumeur. On dit l’ablation d’un membre, du poignet, de la lèvre. Ce mot s’emploie également, soit que le retranchement ait lieu par une opération chirurgicale ou par un accident. L’opération du cancer des mamelles se fait quelquefois par l’ablation du sein. j. B.
ablution, (V. Lotions.)
abortif {mat. mèd.), s. m. et adj., (de aboriri, naître avant le temps). Sortes de médicaments qui peuvent produire l’avortement. On donne aussi ce nom aux manœuvres qui sont employées dans le même but. Abortif se dit aussi d’un fœtus qui naît avant d’avoir acquis le degré de développement nécessaire pour vivre. J. B.
ABOUTIR ( Path .), V. n. Se dit d’une tumeur ou d’un abcès dont la suppuration est près de se faire jour, soit au dehors, soit dans une cavité intérieure ; ce mot est peu employé en médecine. Les gens du monde doivent se garder généralement d’appliquer sur les abcès les emplâtres d’oseille, de saindoux, d’onguent de la mère, etc., qui ont pour but d’accélérer la suppuration; ces moyens ont souvent le grave inconvénient d’augmenter le volume des abcès, sans hâter le moment de leur ouverture ; c’est au médecin seul à juger quand il est convenable d’exciter le travail inflammatoire dans une tumeur indolente. J. b.
abreuvoir {hyg. pub.), s. m. On a donné le nom d’abreuvoir à diverses localités : ainsi on l’a appliqué aux endroits d’un fleuve, d’une rivière d’un ruisseau, d’une mare, dans lesquels les habitants des campagnes mènent boire leurs chevaux et les autres animaux domestiques.
L’eau étant la seule boisson des animaux, sa pureté est, sinon indispensable, du moins à rechercher, puisqu’il est démontré que la mauvaise qualité de l’eau est reconnue par les animaux eux-
mêmes, et qu’elle peut, dans divers cas, donner lieu à des maladies et même à des épizooties qui souvent causent la ruine des fermiers.
L’eau qui sert de boisson aux animaux peut être plus ou moins pure, selon qu’elle provient de sources plus ou moins abondantes, selon la nature du sol qu’elle parcourt, selon qu’elle est plus ou moins renouvelée; l’eau des fleuves, des rivières, des ruisseaux, se trouve ordinairement dans des conditions convenables; celle qui provient des petites sources et qui est recueillie dans des bassins établis exprès est souvent dans des conditions défavorables , parce qu’elle n’est pas renouvelée assez souvent.
Depuis le XVIe siècle, diverses ordonnances ont été rendues sur les abreuvoirs; mais ces ordonnances, qui sont celles de 1662, de 1672, de 1700, de 1732, de 1787, enfin de 1809 et de 1823, portent particulièrement sur les moyens de prévenir les accidents, sur l’étendue des abreuvoirs, sur leurs dégradations, les réparations à y faire, sur l’entretien du pavé, enfin sur la police à y maintenir et les peines à infliger aux contrevenants; mais ces ordonnances n’ont point, comme une loi de Valentinien II, eu pour but l’hygiène; en effet, cet empereur prescrivit aux tribuns, sous des peines même afflictives , d’empêcher qu’on jetât des ordures, qu’on abreuvât et lavât les chevaux dans les fleuves et rivières sur les rives desquels les légions campaient, établissant les abreuvoirs audessous et à une certaine distance du camp. Ces mesures hygiéniques s’appliquaient également aux villes situées sur les bords des rivières.
Il est de la plus haute importance que l’eau des abreuvoirs ne soit point salie, car c’est une des conditions qui rend promptement, surtout en été, les eaux infectes, surtout celles qui sont dormantes ou qui ont un courant peu rapide; les règles à suivre pour conserver la pureté de l’eau sont de la plus haute importance , elles méritent de fixer les regards de l’administration, comme elles ont fixé l’attention des savants. Elles consistent, pour les eaux courantes, à défendre : 1° de salir les eaux en amenant sur les abords des matières végétales ou animales en putréfaction ; 2° d’y laisser couler des eaux provenant des manufactures, des fabriques de gaz, des teintureries, des buanderies, etc.; 3° d’y conduire les eaux sales, provenant des ruisseaux des fermes ou des communes.
Pour les eaux dormantes :
1° De ne laisser entrer dans les abreuvoirs aucun animal et particulièrement les canards, les oies et les cochons; ces animaux y laissent leurs excréments, et salissent l’eau qui lors des chaleurs devient putride ;
2° De ne pas planter les abords des abreuvoirs de frênes ; ces arbres étant recherchés par les cantharides, quelques-uns de ces insectes tombent dans l’eau, sont avalés par les bestiaux auxquels ils causent des inflammations graves des organes digestifs et urinaires ;
3° De ne pas y laisser couler les immondices liquides des maisons environnantes, les eaux de fumier, etc.;
4° De détourner les ruisseaux qui pourraient y conduire des eaux sales ;
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5" De ne pas permettre aux animaux de remuer les eaux en se promenant ou en se débattant dans les abreuvoirs ; leurs pieds mettent alors en mouvement les substances terreuses qui, prises par les bestiaux avec leur breuvage, deviennent la cause, dit-on, de maladies calculeuses;
6° De ne pas, sous quelque prétexte que ce soit, laisser rouir ou tremper, dans les eaux des abreuvoirs, le chanvre, le lin, etc.; de n’y pas laisser savonner ;
7° De nettoyer les abreuvoirs toutes les fois qu’il en est besoin.
L’eau étant, dans divers cas, chargée de sels calcaires ou de matières végéto-animales , il en résulte , dans le premier cas , qu’elle peut être nuisible aux animaux en raison de la présence de ces sels; dans le second, parce qu’elle peut se putréfier dans les chaleurs de l’été.' Nous croyons devoir indiquer ici les précautions qui doivent être prises dans ces deux cas, surtout lorsqu’on ne peut pas se procurer d’autres eaux.
Ces précautions consistent, lorsque l’eau est trop chargée de sels calcaires , comme cela arrive pour quelques eaux de puits, à les traiter par le sous-carbonate de soude dissous dans l’eau; la proportion de ce sel à ajouter d’après l’un de nos plus savants chimistes, M. Lassaigne, est de 240 grammes de sous-carbonate de soude cristallisé pour 100 litres d’eau. On laisse déposer le précipité blanc, le carbonate de chaux qui s’est formé; on tire l’eau à clair et on la donne aux bestiaux.
Si les eaux sont putréfiées, on les met en contact avec du charbon en poudre : pour cela, on place de l’eau dans un tonneau, on y ajoute de la poudre de charbon qu’on a eu le soin de mouiller d’avance avec une petite quantité d’eau; on remue, puis, au bout de deux ou trois heures de contact, on tire l’eau par une cannelle placée au bas du tonneau, et sous laquelle on met un petit sac ou un morceau de toile serrée et mouillée, qui retiendra le charbon en poudre s’il était entraîné par l’eau ; la présence de ce charbon n’aurait cependant aucun inconvénient. On peut encore filtrer l’eau à travers diverses couches de sable et de charbon, qu’on dispose dans un tonneau qui doit avoir un double fond destiné à recueillir l’eau qui traverse ces diverses couches de charbon, qui la débarrassent des matières végétales ou animales qui avaient subi un commencement de fermentation putride.
La construction des abreuvoirs, comme les ordonnances qui les régissent, méritent de fixer l’attention ; en effet, dans l’intérêt de la salubrité et de l’hygiène, il faudrait: 1° que les abreuvoirs fussent placés assez loin des habitations pour que les animaux domestiques qui aiment l’eau n’en fissent pas leur séjour habituel; 2° qu’ils soient disposés de manière a recevoir les eaux pluviales et à en déverser l’excédant; 3° il faudrait qu’ils fussent assez profonds à l’une de leurs extrémités pour qu’on put y conserver longtemps, a défaut de pluie, une très-grande quantité d’eau; 4° il serait nécessaire que le fond fût pavé, afin qu’on put bien le nettoyer ; 5° il serait convenable qu’ils fussent entourés de haies très-fortes ou de murailles, et défendus par des portes, qu’on ouvrirait lorsqu’on
voudrait faire boire le bétail. Ils devraient être isolés des plantations, afin qu’on n’y pût jeter aucune matière étrangère.
On pourrait, pour rendre l’eau des abreuvoirs plus salubre, jeter chaque année dans ces abreuvoirs un ou deux sacs de poussier de charbon, qui empêcherait l’eau de se putréfier. Ce poussier de charbon, lors du curage, contribuerait à enrichir l’engrais qu’on retirerait des abreuvoirs.
A. Chevallier,
Professeur adjoint à l’École de pharmacie , membre du Conseil de salubrité.
abréviation- [mat. méd .), s. f. On donne ce nom à des signes qui sont employés dans l’art de formuler, pour indiquer des poids, des quantités ou certains modes de préparation. Voici quelquesuns de ceux qui sont le plus ordinairement employés par les médecins :
àà
Faites selon l'art.
. Mêlez.
Quantité suffisante.
Pincée.
. Numéro ou Nombre.
ib
. Gros.
Gutt. . . .
. Gouttes.
Bien que ces indications ne soient pas de nature à être employées par des personnes étrangères à la médecine , nous avons cru devoir les donner, afin de prévenir des accidents qui souvent ont eu lieu à la suite d’erreurs faites dans l’emploi de ces indications; aussi les médecins qui prescrivent des substances actives ont-ils soin le plus ordinairement d’indiquer les quantités en toutes lettres, surtout depuis l’emploi des poids décimaux dans les formules. J. B.
abricot (bot.), s. f. Fruit de l’abricotier, (armeniaca vulgaris , ou prunus armeniacu de Linné). Ce fruit, qui est originaire d’Asie, ainsi que l’indique son nom botanique, est accusé à tort d’être fiévreux, ce n’est que lorsque l’on en mange en trop grande quantité, et surtout avant la parfaite maturité qu’il peut occasionner quelques indispositions , qui souvent ne sont que des indigestions. Les amandes doivent leur amertume et leur odeur à un acide particulier, nommé acide prussique ou hydro-cyanique ; cet acide, qui est un poison, existe en trop petite quantité dans ces amandes pour occasionner des accidents sérieux; cependant j’ai vu des enfants éprouver des vomissements pour en
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avoir mangé quelques-unes. Le moyen de remédier aux accidents qui sont la suite de l’ingestion de ces amandes consiste à favoriser le vomissement par des boissons tièdes dans le commencement, et ensuite, lorsque les amandes auront été rendues, à donner une petite boisson gommeuse et sucrée. (V. Fruits.) J. B.
absinthe (bot.) s. f. Plante très-amère et très-aromatique, du genre armoise; il y a une plante du même genre que l’on nomme petite absinthe. (Y. le mot Armoise, où sont traitées toutes les plantes de cette famille qui sont employées en médecine.)
absorbant (mat. méd .), s. m. On donne ce nom à des médicaments qui ont pour action d’absorber les sucs acides qui sont développés dans l’estomac, et qui, par leurs rapports, donnent dès aigreurs ou la sensation d’un fer brûlant; ces médicaments sont des substances terreuses, tels que la magnésie, la poudre de coquille, de nacre de perle, les yeux d’écrevisses qui sont des carbonates de chaux. Dans les empoisonnements par les acides, on emploie aussi ces substances pour neutraliser l’action du poison ; l’eau de savon est aussi mise en usage dans le même but et a la même action ; pour les employer en poudre, on les délaie dans un peu d’eau sucrée que l’on fait boire au malade. M. Guersant les a fait mâcher mêlées dans de petits sachets avec de la poudre de quinquina, pour remédier à la destruction de la couronne des dents, qui souvent a lieu par l’acidité de la salive. Dans tous ces cas, le médicament agit d’une manière chimique, en neutralisant l’acide par la saturation et en formant avec lui un sel qui est incapable de nuire. (V. Acide , Aigreurs, etc.) J. B.
ABSORBANTS (VAISSEAUX) ( a/iat ), S. m.
plur. Les organes de l’absorption comprennent les vaisseaux lymphatiques, chylifères et les veines.
Les vaisseaux lymphatiques, ainsi nommés par Bartholin, lors de leur découverte au milieu du dix-septième siècle, pour les distinguer des chylifères, déjà connus, sont des canaux déliés, aplatis, transparents; qui offrent, de distance en distance, des étranglements produits par les valvules de leur intérieur. Leurs parois sont formées de deux membranes.
On peut considérer l’ensemble des vaisseaux lympathiques et chylifères comme un seul système, dès lors que, semblables pour la texture, ils ont même terminaison et même but, l’absorption des liquides blancs. Les uns naissent des surfaces libres des organes et de l’intimité des tissus où ils pompent la lymphe : ce sont les vaisseaux lymphatiques. A partir de ces points d’origine, on les voit former des faisceaux superficiels et profonds, couvrir les surfaces libres par un vaste réseau d’enveloppe, ou s’engager dans les profondeurs, le long des troncs vasculaires sanguins; enfin, ils se jettent dans un réservoir qui leur est commun avec les chylifères, et que l’on nomme canal thoracique.
Les vaisseaux chylifères, qu’on peut facilement apercevoir sur un animal tué pendant la digestion,
ont leur origine à la surface des intestins, où ils absorbent le chyle pour le verser, après plus ou moins de détours, dans le système veineux. Sur le trajet de tous ces vaisseaux se rencontrent les ganglions lymphatiques , dont la texture et l’usage ne sont pas bien connus. Sans qu’on puisse non plus en assigner la cause, leur couleur offre les nuances du blanc jaunâtre au rouge foncé, selon leur situation. Très-abondants à la base du poumon, au cou, aux plis des membres, à l’aine et au jarret pour la jambe, à l’aisselle et à l’articulation du bras, il n’en existe pas au cerveau, à la moelle épinière et dans l’œil.
Le canal thoracique, tronc principal du système lympathique, placé au-devant de la portion dorsale du rachis, offre en bas un renflement formé par l’abord d’un grand nombre de vaisseaux : c’est le réservoir de Pecquet. En haut, ce canal se débouche, par plusieurs orifices, dans la veine sousclavière gauche. Les vaisseaux lymphatiques du côté droit et supérieur du corps forment, par leur réunion, un tronc secondaire nommé grande veine lymphatique droite.
Les veines sanguines partagent, avec les vaisseaux lymphatiques, la faculté absorbante. Ce fait, anciennement connu et nié par les anatomistes de la fin du siècle dernier, a été mis de nouveau hors de doute par les nombreuses expériences de M. Magendie.
Bourgery,
Docteur en médecine.
absorption (Physiol.), s. f. qui vient du verbe latin absorbere, composé de la préposition ab , et de sorbere , boire par attraction , s'imbiber.
L’absorption serait donc l’action de s'imbiber. Avant tout, quelle idée se faire d’une action de cette nature?
Une vérité physique, qui, dans une infinité de cas, serait démentie par les yeux, c’est que, sans cesse balancées entre des forces d’attraction et de répulsion, les molécules des corps, même les plus denses, ne sont point continues ; qu’elles ne se touchent réellement pas, et qu’elles laissent entre elles des espaces libres, des vides, dont la correspondance et la continuité constituent ce qu’on appelle des pores. Ces pores, ces vides, ces interstices libres, se rencontrent partout, et partout eu si grande quantité, que, même dans les corps les plus solides, il y a toujours, disent les philosophes, plus de vide que de plein.
Cela posé, si vous prenez deux corps tellement disposés, que les molécules de l’un aient beaucoup de fixité dans leur situation, un métal, une pierre, un fragment de bois, etc., tandis que les molécules de l’autre, peu cohérentes entre elles, n’aient aucune fixité dans leur situation réciproque, de l’eau, par exemple, de l’huile, de l’alcool, du mercure, etc.; si vous rapprochez convenablement ces deux corps, les molécules du second seront attirées par le premier, qui les fera couler entre les siennes, dans les vides, dans les pores qui les séparent. Telle est l’absorption de l’huile par le papier, de l’eau par une éponge, etc. Ici, malgré les apparences, l’action est réciproque; l’eau attire l’éponge, comme
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l’éponge attire l’eau; mais l’eau marche seule pour aller à l’éponge, parce que les molécules de l’éponge étant plus fixes, celles de l’eau sont plus mobiles. C’est par la même force que l’acide carbonique, l’acide muriatique (hydrochlorique), sont attirés, absorbés par l’eau ; que le gaz hydrogène l’est indéfiniment par le charbon. Deux liquides qui se mêlent et se pénètrent, l’acide sulfurique et l’eau, ne font peut-être que s’absorber mutuellement. Il en est de même de l’or qui se dissout par le mercure.
Je m’en tiens ici aux phénomènes sensibles , sans chercher la part qu’y peut prendre l’électricité. Je noterai seulement deux choses : la première, qu’après l’absorption d’un corps par un autre, le volume et surtout le poids du corps absorbant sont proportionnellement augmentés; réflexion que nous appliquerons plus tard à nos organes ; la seconde, que la force d’absorption est d’une énergie variable, et qu’elle est quelquefois prodigieuse. En voici un exemple. Pour détacher un bloc de pierre qui fait partie d’un rocher trèsdur, on pratique avec le ciseau, sur la circonférence de ce rocher, une entaille, dans la profondeur de laquelle on fait entrer à coups de maillet une suite de coins d’un bois tendre et séché au feu; tendre, c’est-à-dire poreux; séché, parce que, privé d’eau, il attirera l’eau; il l’absorbera avec d’autant plus de force ; c’est une sorte de soif qu’on lui a donnée. Cela fait, on jette de l’eau sur les coins, on les arrose; ces coins altérés attirent l’eau, ils se dilatent, ils se gonflent, et, malgré le poids et la résistance de la pierre, ils la soulèvent et la font éclater. C’est par cet artifice que l’on détache des meules en France, et que l’ancienne Egypte avait détaché ses grands obélisques de. granit. Celui que Sixte-Quint fit redresser à Rome, en 1586, ne céda à la traction des cordes que parce que l’eau qu’elles avaient absorbée avait augmenté leur diamètre aux dépens de leur longueur; elles étaient devenues plus grosses, plus courtes et plus fortes.
Telle est donc l’idée générale qu’il faut se faire de l’absorption. Tout se réduit dans cette action à l’introduction spontanée, à l’intus-susception d’une substance dans une autre; phénomène tellement répandu, qu’on le rencontre à chaque pas dans la nature: car, dans cette foule de corps qui diversifient la surface de la terre, peut-être n’en est-il pas un seul qui, au milieu de tous les autres, ne leur emprunte quelque chose de leur propre substance, et ne leur transmette quelque chose de la sienne ; comme si, par ces échanges mutuels et par ces courants opposés, les corps tendaient à se dépouiller de leurs formes et de leurs propriétés personnelles, pour revêtir des formes et des propriétés communes.
Quoi qu’il en soit , c’est par des emprunts de cette nature, c’est par l’absorption, que les êtres du règne organique, les végétaux, les animaux, croissent et se développent; avec cette circonstance merveilleuse, que les matériaux de composition qu’ils puisent hors eux-mêmes, après les avoir séparés du monde extérieur, ils les unissent, les associent, les combinent, pour eu pétrir leur propre substance, et les pénétrer de l’espèce I
de vie dont ils sont animés. Par l’absorption, les êtres organisés font donc à la fois deux choses ; ils s’incorporent et ils s’assimilent ; et comme ce n’est pas seulement hors d’eux-mêmes qu’ils saisissent des matériaux étrangers pour les soumettre à cette double action, mais qu’encore à chaque instant il s’en forme d’analogues dans leur intérieur, il s’ensuit que les êtres organisés, les végétaux, les animaux, et surtout l’homme, absorbent et élaborent de partout, sans cesse, par des agents très-divers, et avec une variété presque infinie. Or, c’est l’ensemble de ces actes si variés qui constitue en nous la fonction particulière désignée sous le nom d’absorption.
Il suit encore de ce qui vient d’être dit, que, considérée dans la chaîne, ou plutôt dans l’entrelacement de nos fonctions, l’absorption serait la fonction la plus étendue, et j’ajoute la plus vivace : on verra pourquoi. Subordonnée comme toutes les autres à la sensibilité, elle se rattache à la digestion dont elle est une suite nécessaire, au moins par un de ses principaux actes; elle constituerait en partie la respiration, laquelle n’est qu’un ensemble de sécrétions et d’excrétions simultanées; elle aurait avec la circulation les mêmes rapports qu’avec la digestion; elle en serait également une suite nécessaire dans la nutrition et les sécrétions, lesquelles ne sont, en réalité, que des actes d’absorption; tandis que, d’une autre part, elle rapporte à la circulation des matériaux qui ne vivent plus, mais qui ont déjà vécu, et qui, revivifiés par la respiration, vont rentrer dans la circulation qui va les mouvoir et les distribuer de nouveau. Or, il suffit de rappeler que ces matériaux se composent des débris de tous nos organes, et sont même puisés en partie dans les produits récré et excrémentitiels, la sérosité, la synovie, la graisse, la moelle, etc.; l’urine, la bile, le lait, la semence, etc., pour faire comprendre la justesse de notre proposition précédente, savoir, que l’absorption s’exerce dans tous les points superficiels, moyens et profonds de notre économie.
D’un autre côté , l’homme , habituellement plongé dans un milieu qui est l’air atmosphérique, peut l’être accidentellement dans d’autres milieux, tels que l’eau, certains gaz, etc.; il peut se trouver en contact avec des corps plus ou moins consistants, avec des substances plus ou moins volatiles ; et, dans tous ces cas, l’homme absorbe, il attire continuellement à lui, soit des principes constituants de ces milieux, soit des matières trèsdivisées qui y sont suspendues, soit des molécules plus ou moins atténuées de ces mêmes corps. En un mot, l’homme absorbe sans cesse par le plus superficiel de tous ses instruments, qui est la peau. L’absorption est donc tout ensemble intérieure, extérieure, générale et locale, ou, pour mieux dire, elle est universelle, comme l’établit Hippocrate. Elle sert tout à la fois, ou successivement, ou par alternatives, à composer, à façonner, à décomposer nos organes ; elle agit dans la pleine masse des os longs, dans celle des os les plus minces, même dans le cal solide des fractures, pour y creuser des cellules et des cavités médullaires; et de même qu’elle emporte des tumeurs accidentelles ou tem-
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poraires, !e thymus, le goitre, les exostoses, etc. 5 elle fait disparaître avec le temps, ou à des époques prématurées, des parties indispensables, soit à la vie de l’espèce, soit à la vie de l’individu, l’utérus, les mamelles, et même des circonvolutions cérébrales. Enfin, de tous les agents que la nature met en jeu dans la conduite et l’accomplissement des maladies, peut-être n’en est-il point dont l’industrie serve mieux ses desseins que les agents de l’absorption. Ce sont eux, en effet, qui, déplaçant pour le renouveler, tout le matériel de l’organisation, la régénèrent en entier, pour ainsi dire, et la préparent à un état de consistance et d’énergie quelquefois supérieur aux états précédents.
En indiquant ainsi les rapports de l’absorption avec les autres fonctions de l’économie , j’ai presque indiqué la nature et la marche des actes qui lui sont affectés ; et pour rendre l’intelligence de ces actes aussi complète qu’elle doit l’être dans ce dictionnaire, il ne reste qu’à reprendre l’un après l’autre ces rapports et ces actes pour les présenter avec les développements nécessaires. Commençons par les rapports de l’absorption avec la digestion.
Le jeu de nos mouvements intérieurs et l’instable composition de nos propres organes sont pour nous deux sources de pertes continuelles et rapides. Ces pertes se font de partout ; d’où l’on comprend que l’aliment, et surtout l’aliment solide qui doit les réparer, doit aussi pénétrer partout; première raison pour que l’aliment soit très-divisé. En voici une seconde. L’aliment solide que nous prenons hors de nous-mêmes n’est presque jamais parfaitement homogène. Capable de nous nourrir par quelques-unes de ses parties , il ne l’est pas du tout par d’autres; et nous ne pouvons nous emparer des premières, pour nous les approprier, que lorsqu’elles sont séparées d’avec les secondes. Or cette séparation ne peut s’effectuer que lorsque l’aliment a été divisé , broyé , échauffé , liquéfié , fondu, brisé, moulu par les dents, échauffé de notre propre chaleur, liquéfié, fondu par son mélange avec les sucs digestifs, par sa dissolution dans la salive et l’humide vapeur qui baigne l’intérieur de l’estomac. L’aliment forme alors une pâte homogène connue sous le nom de chyme (voyez ce mot). Dans cet état , le chyme est versé peu à peu par l’estomac dans le canal des intestins ; et, presque à l’entrée de ce canal , s’ouvrent deux conduits dont le contact du chyme éveille la contractilité; il en fait jaillir deux liquides , le suc pancréatique et la bile (voyez L’oie, Bile , Pancréas , etc.), qui, se répandant sur le chyme, le pénètrent, en rompent la cohérence, et le décomposent en petits pelotons séparés, inégaux, mous. Ces pelotons, pressés doucement et dans tous les sens par les ondulations intestinales , laissent suinter hors d’eux-mêmes , à mesure qu’ils descendent , une sorte de rosée ; et , tandis que la partie grossière et inerte de ces pelotons se précipite dans la profondeur des intestins, où elle forme les résidus de la digestion dont elle est le dernier terme (voyez Digestion ), les gouttelettes du liquide qui en a été exprimé rencontrant dans ce long trajet, et sur presque tous les points de la surface intérieure des premiers intestins , de petites bouches , de petits suçoirs ,
ou de petites saillies spongieuses , s’engagent dans ces orifices, qui les aspirent, les pompent, les absorbent, et les font entrer dans cette multitude de petits canaux très -déliés dont ils sont l’origine , et qui ont reçu le nom de vaisseaux lactés, c’est-à-dire de vaisseaux remplis de lait; car, soit qu’avant de s’introduire dans ces petits canaux, ce liquide, appelé chyle (voyez ce mot), ait un aspect lactescent , soit qu’il prenne cette apparence par des'élaborations ultérieures , il est certain que ces vaisseaux , une fois gonflés par le chyle , ressemblent à de petits filets , à de petits ruisseaux de lait. Sans avoir la composition du lait, le chyle en a donc la couleur, comme il a la saveur du sucre, sans en avoir la composition. Il faut reconnaître toutefois, qu’à la longue, notre substance n’est dans sa totalité que du chyle transformé, et qu’ainsi le chyle doit contenir en lui-même les éléments essentiels de toutes nos parties.
La description des vaisseaux lactés ou chylifères sera placée ailleurs (Voyez Lymphatiques ( vaisseaux, etc.). On y verra quelle en est la délicatesse, le nombre primitif, la structure, les valvules ou soupapes, les communications mutuelles ou anastomoses , les réseaux fins et variés , la réunion deux à deux, trois à trois, etc., la réduction en vaisseaux plus volumineux , la marche entre les feuillets du mésentère jusqu’aux glandes mésentériques, la disposition de ces glandes, les rapports de toutes ces parties avec les veines , avec les artères, avec la colonne vertébrale, etc.; puis la marche ultérieure de ces vaisseaux pour former par quelques troncs encore assez nombreux les racines du canal thoracique (voyez ce mot). Ce canal remonte de la cavité de l’abdomen dans celle de la poitrine , et va s’ouvrir dans une veine ( quelquefois dans deux veines homonymes, les sous-clavières, l’une à droite, l’autre à gauche). Il y verse le chyle qu’il a reçu, et le mêle ainsi avec le sang veineux que la circulation générale ramène à la cavité droite du cœur, et que cette cavité projette de nouveau dans les poumons. (Voyez Circulation , Respiration.)
Tel est l’acte qui, par ses deux extrémités, pour ainsi dire, rattache l’absorption d’une part à la digestion , de l’autre à la circulation ; mais la première partie de cet acte est-elle l’œuvre exclusive des vaisseaux lactés ? En d’autres termes, n’est-il de chyle absorbé que celui que prennent ces vaisseaux ?
Il est probable que de faibles parties de ce liquide sont absorbées par les simples porosités dont nos organes sont percés comme tous les corps de la nature; il est probable que les porosités, tantôt plus, tantôt moins dilatées, de ces vaisseaux eux-mêmes en laissent échapper des atomes ; il est probable que les porosités du réseau capillaire d’où naissent les veines mésentériques, et qui s’épanouissent à la surface intérieure des intestins, en attirent également les parcelles les plus ténues , de la même façon que les parties contiguës au foie attirent la bile dont elles sont colorées. D’un autre côté, les vaisseaux chylifères peuvent être soumis à des compressions ; les glandes mésentériques obstruées peuvent refuser passage au chyle; et,
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dans ces deux cas , le chyle retenu dans ies vaisseaux peut en écarter les mailles, et s’épancher dans le tissu cellulaire qui les unit aux parties voisines et spécialement aux veines mésentériques. Touchées par le chyle , ces veines le prendront et l’emporteront avec le sang qui les traverse. Voilà, sans doute, comment un liquide laiteux , un véritable chyle s’est rencontré quelquefois dans les veines du mésentère , et même dans des veines beaucoup plus éloignées.
Il faut toujours se souvenir que dans l’économie des animaux, et surtout dans celle de l’homme, bien que la marche des phénomènes soit tracée par la disposition mécanique des organes, rien cependant ne se fait avec une précision , avec une rigueur mathématique et absôlue. Deux organes voisins se transmettent toujours quelque chose, ou d’eux-mêmes, ou de leurs produits, comme s’ils étaient fêlés. Il est des hommes qui sentent la bile de partout. Auraient-ils cette odeur, si la bile, quittant en partie ses réservoirs, ne se répandait universellement par l’absorption et la circulation ?
Est-il vrai, d’un autre côté, que, mus par une sensibilité instinctive et toute merveilleuse , les orifices originels des vaisseaux lactés ne s’ouvrent qu’aux parties du chyle qui sont propres à nourrir, tandis que pour les parties inertes, et à plus forte raison pour les parties dangereuses que l’aliment peut renfermer, ils se ferment, et les laissent marcher vers l’issue inférieure des intestins, avec les résidus purement excrétionnels ? S’il en était ainsi, le poison, qui accompagne quelquefois les aliments, serait toujours exclu de l’économie , et n’aurait aucune action sur nous. Or, cela est démenti par l’expérience de chaque jour.
Outre les variétés infinies que le chyle présente dans son intime composition, suivant la nature des aliments, ce liquide peut encore entraîner au milieu de ces molécules nutritives des molécules qui ne le sont pas. Tel est le principe colorant de la garance qui, porté de l’estomac des animaux, jusque dans la cavité gauche du cœur , à travers les vaisseaux chylifères, les veines, la cavité droite du cœur et les poumons, court avec le sang artériel jusque dans le tissu des os, qu’il pénètre et qu’il teint de sa couleur, parce qu’il y est absorbé. Tels sont encore certains principes aromatiques, qui se manifestent si rapidement dans le lait des nourrices, et dont s’imprègnent l’haleine et même la chair des animaux. Je connais un homme qui fait un grand usage du café, et qui peu d’heures après en avoir pris, rend une urine parfumée de café.
Mais ce point de physiologie sera traité avec plus d'étendue à l’article Nutrition (V. ce mot). Du reste, je suis loin de méconnaître dans les vaisseaux chylifères cette espèce d’instinct qui les détermine dans leur action, et qui leur est commun avec tous les organes ; mais cet instinct a ses limites; il ne saurait aller jusqu’à rompre les liens d’affinité qui attachent l’une à l’autre les molécules matérielles dont le chyle est composé.
Dans les animaux qui n’ont qu’une seuleespèce de nourriture, on conçoit que, la composition du chyle étant plus uniforme, l’action des vaisseaux lactés
sera aussi moins variable; et que la sensibilité de ces vaisseaux rejettera tout élément dangereux ou même étrauger; mais émoussée par les habitudes de la domesticité, et dans les cas où l’absorption se précipite, cette sensibilité se laissera surprendre : elle admettra des atomes de poison, et la vie de l’animal en sera détériorée, si même elle n’est détruite.
Au sommet des Pyrénées et des Alpes, et dans les prairies sous-alpines, où abondent le napel et l’hellébore, les bestiaux ne touchent point à ces plantes; mais, dans les pâturages humides, une vache affamée prendra avec les herbes tendres et salutaires la renoncule des prés, et elle s’empoisonnera. Linné a vu périr de cette façon des troupeaux entiers. Dira-t-on, comme l’a fait Cullen, que les douleurs et la mort ne sont dans ces animaux qu’un effet sympathique de l’affection de l’estomac? mais dans un animal qui meurt de poison, que ce poison ait été porté dans ses chairs, instillé dans les veines, ou jeté dans son estomac, peu importe : les effets en seront également funestes ; ils ne varieront qu’en violence et en rapidité ; et si l’absorption est prouvée pour les deux premiers cas, elle le sera tout aussi nettement pour le dernier. Yeut-on un fait plus décisif?
On fit prendre à une vache malade une triple dose de camphre; et après sa mort, ce camphre se retrouva en petits grains dans le tissu même de ses muscles.
Ici, de deux choses l’une; ou le camphre a suivi le trajet des vaisseaux chylifères, et ces vaisseaux admettent avec le chyle des matériaux étrangers; ou le camphre a marché par d’autres voies, et les vaisseaux chylifères ne sont plus les agents exclusifs de l’absorption. J’enveloppe dans le même j dilemme le fait suivant que rapporte Lower : Un ; jeune homme exténué par une hémorrhagie nasale j excessive et continuelle ne prenait que du bouillon i pour toute nourriture, et ce bouillon finit par j sortir presque pur, avec son odeur et sa couleur, par les vaisseaux d’où le sang s’échappait. Seraitce donc par l’action sympathique de l’estomac, que l’ergot du seigle atteint les pieds, les dessèche, et les fait tomber sans douleur ! que d’imperceptibles parcelles de mercure, engagées dans la masse des aliments, font disparaître à la surface de la peau de larges ulcères syphilitiques ? Non : I
ce mercure va partout, jusque dans le lait des 1 nourrices, où Cantu l’a retrouvé; jusque dans I l’enfant, pour qui ce lait est tout ensemble un ii aliment et un remède. Je m’arrête sur ce point, I lequel recevra de nouvelles lumières, aux articles f Sang, Nutrition , Poisons , etc. (V. ces mots).
Après avoir parlé des parties nutritives séparées ] des aliments solides par la digestion , il serait su- j perflu de nous arrêter aux aliments liquides , aux i boissons diverses, le lait, l’eau, le vin, le cidre, la bière, l’alcool, etc., sur lesquelles subsistent les mêmes difficultés. L’eau pure mêlée au chyle est j sans doute absorbée par les vaisseaux lactés; il est très-probable qu’il en est autrement pour les autres liquides, et pour l’eau elle-même lorsqu’elle est chargée de certains sels. Il paraît que cette es- | pèce d’aliment est plus directement absorbée, soit par les radicules des veines, puisque, les retrou-
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vant dans le sang, on ne les retrouve point dans le chyle ; soit par des voies insolites et encore peu connues, puisqu’on en retrouve quelques éléments dans le lait, ou l’urine, avant de les retrouver dans le sang.
Du reste , ce n’est pas seulement dans la partie supérieure du canal digestif, ou dans les intestins grêles, que se passent des phénomènes d’absorption. Si les matières fécales se dessèchent et se durcissent dans les gros intestins , c’est que les parties qui les humectaient en ont été enlevées. L’absorption les a reversées dans le sang d’où elles étaient venues. De l’eau, du lait, pur ou coupé, du bouillon, de l’huile, des décoctions émollientes, du quinquina , de l’opium , etc. , ces aliments , ces médicaments, portés dans la dernière partie de ce long canal, dans le rectum, y sont pris, y sont absorbés, soit par les veines , soit par les vaisseaux dont je parlerai tout à l’heure ; et une fois dispersées dans toute l’économie par la circulation, ces substances diverses développent sur nous l’action qui leur est propre; car, quelque part que se place un médicament, la modification qu’il imprime aux organes est, au degré pris, toujours identique.
Du reste, les vaisseaux lactés et le canal thoracique ne reçoivent le chyle et ne le transportent dans la veine sous-clavière, que de loin en loin, après chaque digestion ; et les digestions sont quelquefois séparées par des intervalles, non-seulement de quelques heures, mais encore de plusieurs jours, dans les jeûnes volontaires ou forcés, à la guerre, pendant les voyages, etc. Dans ces longs intervalles, ces vaisseaux et ce canal ne restent pas oisifs. Uu autre liquide les remplit, et ce liquide , que le chyle y rencontre à son arrivée , quel est-il ? C’est ici que je dois entrer dans l’exposition de l’absorption générale, et sans m’arrêter aux actes qui assimileraient à cette fonction, et la respiration , et la nutrition , et les sécrétions, je passe aux actes qui constituent spécialement l’absorption proprement dite, derniers actes dont l’absorption du chyle n’est en quelque façon qu’un épisode , en même temps qu’elle en est l’image.
On a vu précédemment que nos mouvements intérieurs, ces mouvements qui nous animent et nous composent sans cesse , nous décomposent aussi sans cesse. Dans un instant donné, cette décomposition, d’ailleurs plus ou moins rapide, n’est jamais que partielle; car si dans un instant elle était totale; le fil de la vie serait rompu, et le serait pour toujours. 11 faut donc concevoir qu’à chaque instant de notre vie, même dans nos organes les plus solides et les plus résistants, os, ligaments, cartilages, muscles, viscères, etc., des particules d’eux-mêmes se détachent, et que baignées par cette exhalation aqueuse qui se dégage, sous forme de vapeurs, de tous les lieux où se distribuent des vaisseaux sanguins (et il y en a partout), ces particules, atténuées, s’y liquéfient et s’y dissolvent ; bref, il n’est pas une seconde, pas une tierce, où nos parties les plus fixes ne se fondent, ne se résolvent dans une sorte de pluie intérieure, laquelle est, pour ainsi dire, le dernier terme de leur existence.
Cette pluie , ces détritus liquéfiés de nos organes, que deviennent - ils ? Les uns, trouvant des issues libres, sont rejetés au dehors par la peau, par les poumons, par les autres voies excrétionnelles ; les autres, emprisonnés dans des cavités closes, et dans la profondeur, dans les interstices de nos organes, sont pris, sont emportés comme le chyle lui-même ; car, partout où se forme, partout où se présente une gouttelette de cette pluie intérieure de dissolution, partout aussi s’ouvre une petite bouche qui l’aspire, qui l’absorbe, comme l’abeille absorbe le suc des fleurs. Cette bouche imperceptible est la terminaison, ou si l’on veut, l’origine d’un très-petit canal, qui, se réunissant avec des canaux voisins, forme un canal d’un diamètre plus fort; d’autres canaux de même espèce s’unissent ainsi deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, à mesure qu’ils s’avancent dans la direction qui leur est assignée, jusqu’à ce qu’enfin, de ces réunions successives qui se font dans toutes les régions superficielles ou profondes de l’économie, résulte l’ensemble coordonné de ce qu’on appelle vaisseaux lymphatiques, ou vaisseaux absorbants (voy. Vaisseaux lymphatiques) : vaisseaux transparents, allongés, cylindriques, tellement nombreux d’abord, et tellement entrecroisés entre eux qu’ils embrassent dans leurs mailles la pleine substance des organes : semés de loin en loin de petits resserrements qui correspondent à autant de valvules intérieures ; se roulant, se peletonnant sur eux-mêmes, surtout dans les lieux où la peau est lâche et le tissu cellulaire abondant (voy. Tissu cellulaire ), au pli des aines, au creux des aisselles , etc. ; formant par ces entrelacements ce qu’on appelle des glandes, ou plutôt des ganglions, sorte de nœuds gordiens inextricables ou de labyrinthes d’où ces vaisseaux ressortent en moindre nombre mais avec plus de volume, et vont se plonger dans la cavité de l’abdomen , et dans celle de la poitrine, pour y former le long de la colonne vertébrale un réservoir commun, et finalement, ce même canal thoracique qui se dégorge encore une fois dans la veine ou dans les deux veines sousclavières, et où nous avons vu que se rendent les vaisseaux chylifères ; car ces derniers vaisseaux ne diffèrent en rien des vaisseaux lymphatiques ; ils ont la même organisation et ne sont qu’une partie du même système.
Ces vaisseaux ont reçu le nom de lymphatiques à cause du liquide singulier qu’ils contiennent. Ce liquide est appelé lymphe, et la lymphe est un véritable sang blanc, dont les propriétés physiques, la composition chimique, les quantités variables, etc., seront exposées plus loin. (Voy. Lymphe.) On vient d’en indiquer l’origine; elle est formée des débris fondus de tous nos organes, soit que les vaisseaux lymphatiques prennent ces débris sur place, soit qu’en marchant à côté des veines ils les reçoivent d’elles par des pores intermédiaires, soit qu’il y ait ici une action mixte. J’ajoute qu’à ces débris se joignent des parcelles de graisse , de synovie, de sérosité, de bile, de lait, de salive, de mucosité, d’urine, de semence, etc., dernier liquide dont la présence dans le sang imprime au système sensitif une si grande énergie , surtout dans les animaux; et aux solides une odeur et un
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tour de composition que l’on ae retrouve plus dans les eunuques : exemple unique, peut-être, de changements qui ne semblent pas proportionnés à leur cause. (Voy. Castration.)
Quoi qu’il en soit, il est visible que la lymphe est originellement composée de matériaux trèsdivers. Cette diversité, qui les rend comme étrangers l’un à l’autre, ils la perdent à mesure qu’engagés dans le long et sinueux trajet des vaisseaux lymphatiques, retenus par les valvules, pressés par des ondulations latérales, promenés, et en quelque sorte pétris dans les détours des ganglions, ils se touchent, se mêlent, se pénètrent, et finissent par se convertir en un liquide parfaitement homogène, c’est-à-dire en lijmphe, de la même façon que les aliments, quelle que soit leur diversité, deviennent homogènes dans le chyme. Parvenue à cet état d’intime mélange , la lymphe , accidentellement accrue par le chyle, arrive dans le sang, s’y répand peu à peu, y apporte des qualités amies, et se prête plus facilement, dans les poumons, au travail ultérieur de l’hématose. On comprend qu’une élaboration si nécessaire veut un certain temps. Au contraire, si elle ne se fait pas, si elle n’est qu’ébauchée, si la lymphe parcourt d’un trait ses vaisseaux, si les éléments qu’elle charrie sont restés hétérogènes, ces éléments, jetés brusquement dans le sang avec leurs qualités primitives, résisteront à l’hématose et le sang perdra sa composition normale ; il sera détérioré, il fera ressentir au système nerveux des impressions inaccoutumées, et la vie suivra nécessairement d’autres lois. Voilà une des principales sources de ces altérations intérieures, de ces empoisonnements spontanés, marqués si nettement par Arétée de Cappadoce. Ces altérations , ces empoisonnements offrent , on le conçoit, des variétés infinies; surtout, lorsqu’aux matériaux' que je viens d’indiquer, l’absorption associe les matériaux qu’elle emprunte à certains produits morbifiques accidentels, des parcelles de pus, d’ichor, etc., ou des parcelles de bile, de salive, de lait que la colère a dépravés ; ou enfin les matériaux dangereux qu’elle puise dans le monde extérieur, par les poumons ou la peau ; variétés qui, se combinant avec toutes les conditions individuelles d’âge, de tempérament, de régime et de sexe, introduisent dans la nature et la marche des maladies, autant de variétés correspondantes. Il en résulte des états si complexes que, faute de pouvoir en déterminer les espèces, la médecine est dans la nécessité de s’en tenir, sur ce point, à des vues générales et de livrer le plus souvent la conduite des maladies aux seules forces de la nature. Dans d’autres articles de ce Dictionnaire (voy. Pathologie , maladies, crises, etc.) on verra quelles sont en effet, dans les maladies, les ressources merveilleuses que cet art, appelé nature, sait se ménager par l’absorption, soit pour épurer l’économie par une décomposition rapide , soit pour la reconstituer par de nouvelles acquisitions.
J’ai parlé tout à l’heure de l’absorption qui se fait par les poumons, et de celle qui se fait par la peau. De ces deux modes particuliers, le premier se rattache à la respiration (v. ce mot) : le second a été contesté et même nié par quelques physiologistes. Ils supposent que la lame cornée qui re-
couvre la peau, ou l’épiderme, la rend inaccessible à l’action de tous les corps. Mais cet épiderme, aussi peu sensible d’ailleurs que les corps qui nous environnent, a comme eux ses pores; il ralentira l’absorption, mais ne l’anéantira pas. De l’air atmosphérique, tenu en contact sur la peau , s’y altère, comme il est altéré dans les poumons. Nous respirons par la peau. Une jambe étant plongée dans un bain de gaz hydrogène sulfuré, on serait empoisonné. Vous sortez d’un bain ordinaire avec plus de poids que vous n’y êtes entré : vous avez bu par la peau. En pleine mer, sous un ciel ardent, vous êtes brûlé de soif ; faute d’eau douce, des linges trempés dans l’eau de mer et appliqués sur la peau, tempèrent et éteignent la soif. Qu’une personne très-maigre prenne des bains gélatineux, elle prendra peu à peu de l’embonpoint : elle se nourrira par la peau. Le quinquina, mis sur la peau , supprime les accès fébriles. A la suite d’un vésicatoire appliqué sur l’épiderme , la vessie s’irrite et s’enflamme : c’est que le principe âcre et soluble des cantharides a été absorbé ; qu’il l’ait été par les veines, qu’il l’ait été par les vaisseaux lymphatiques, qu’importe? le poison a pénétré, comme l’aliment a pénétré dans d’autres cas. Jusqu’où va la divisibilité de la matière, et l’activité de l’absorption ? Un médecin oublie dans une poche de son vêtement un petit paquet de sublimé corrosif, et peu s’en faut qu’il ne meure. Lorsque, dans les temps de peste, on portait au cou, pour se préserver, un petit sachet d’arsenic, à quels accidents on se livrait par cette folle idée? Enlevez l’épiderme; faites sur la peau les mêmes i applications , vous obtiendrez les mêmes effets , mais , je le répète , avec plus de violence et de I rapidité. Il en est de même, jusqu’à un certain point, pour les essais analogues que l’on tenterait sous la peau, dans le tissu cellulaire qui l’unit j aux parties plus profondes. Ainsi donc, la peau 'i absorbe : c’est un fait incontestable ; c’est par la | peau que sont reçus le plus souvent les principes des j maladies transmissibles; et il serait superflu d’in- j diquer ici le parti que le médecin peut tirer de I cette faculté pour produire à l’intérieur des chan- l gements ou des actions très-diverses, en appli- I quant sur la peau des substances calmantes et sé- I datives ; ou stimulantes, émétiques, diurétiques, I purgatives, toniques, etc.
11 suit de tout ce qui précède que l’absorption I est une des fonctions les plus générales de l’éco- I nomie. Jusqu’ici toutefois les actes qui lui sont 1 propres paraissent assujettis à une marche régu- I lière ; et cette régularité est nécessitée par la dis- | position des organes qui absorbent, soit vaisseaux I veineux , soit vaisseaux lymphatiques , soit les | uns et les autres tout ensemble. Mais il est un autre mode d’absorption qui ne suivrait aucune jf règle , au moins apparente : absorption en vertu \i de laquelle se forment, dans les profondeurs de l’organisation, et par des sympathies encore peu connues , des courants en sens divers et même opposés, ainsi qu’on l’observe dans les métastases, j et dans les congestions critiques, etc. (V. Oreil- j Ions, Métastases, Abcès critiques , Kijstes accidentels, etc.) C’est ce genre d’absorption qui survit ; même à la circulation générale, etc. Dans des
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pestiférés, en effet, après la mort pleinement consommée, on a vu s’élever ou s’évanouir des bubons volumineux. Dans le premier cas, l’absorption en apportait les matériaux ; dans le second, elle les remportait; et il est probable que ces mouvements irréguliers et posthumes, en quelque sorte, introduisent de singuliers changements dans l’état pathologique de nos organes, avant que l’ouverture ne les ait mis à découvert.
D’un autre côté, je n’ai parlé jusqu’ici que de l’absorption qui décompose; celle qui compose et constitue la nutrition proprement dite, il en sera question plus tard. (Y. Nutrition.) Ce qu’il importe de constater ici, c’est que, pour maintenir l’économie dans un juste équilibre, il est nécessaire que ces deux absorptions soient proportionnées l’une à l’autre, par la sobriété et par le travail. L’excès de celle-ci sur celle-là, ou de celle-là sur celle-ci, est incompatible avec la vie. C’est là une des parties principales de l’hygiène. (V. ce mot.) Tels sont les heureux fruits d’une nourriture modérée, qu’elle suffit à la guérison de maladies opiniâtres, ainsi que les voyageurs l’ont observé chez plusieurs peuples du Liban. Les jeunes que leur impose la religion font disparaître des fièvres rebelles à tous les médicaments ; et ce qui peut guérir les maladies peut à plus forte raison les prévenir. C’était là un des principaux secrets de la médecine chez les Égyptiens.
Enfin, pour dernière considération, je ferai remarquer que, toutes choses égales d’ailleurs, l’absorption se fait dans l’homme avec d’autant plus de facilité, de rapidité, d’énergie, que l’homme trouve en lui-même plus de place pour recevoir de nouveaux éléments de composition. Voilà pourquoi l’absorption est plus rapide dans l’enfance qu’à tout autre âge; puis, après des jeûnes prolongés, après d’abondantes déperditions par la peau ou par d’autres voies. Voilà pourquoi, lorsqu’il s’agit d’assurer l’effet d’une substance médicamenteuse qui doit pénétrer fort avant dans l’organisation, il est nécessaire de lui en ouvrir les portes, en quelque façon, et de lui préparer des vides, par la diète, par les délayants, les purgatifs, les saignées ; évacuations préliminaires que je suppose faites dans de justes limites, car, si elles sont excessives, l’absorption prendra une marche trop précipitée; et ces évacuations, spécialement celles que produit la saignée, seront dangereuses et peut-être mortelles, comme le sont les pertes trop brusques dans les animaux qu’on a surmenés.
E. Pariset,
Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de médeciue
abstebgeiht {mat. méd .), s. m. (de abstergere , nettoyer). On nommait ainsi des médicaments qui avaient pour effet d’enlever les matières visqueuses et putrides qui recouvraient certaines plaies et ulcères. (V. Détersif.) On les employait aussi à l’intérieur, dans un but analogue.
abstinence (hyg.) , s. f. (de abstinere , s’abstenir). C’est le défaut d’alimentation que l’on désigne par cette expression, quand on n’indique pas de quoi l’on s’abstient. La mesure et la durée
de cette sorte de privation et les dispositions des individus qui la subissent en rendent les effets fort variables : utiles ou nuisibles, salutaires ou mortels. Dans les habitudes sociales, les personnes aisées mangent plus que suffisamment, plus que sanitairement. Un changement dans ces habitudes, une abstinence modérée, la privation de mets succulents, la diète au bouillon, à l’eau sucrée, etc., constituent autant de degrés d’ abstinence incomplète. Sur des individus dont les conditions seront les mêmes, ces degrés différents d’abstinence agiront inégalement; le même degré d’abstinence sera aussi suivi d’effets variables, si ce sont les dispositions de la personne qui diffèrent.
Le degré dernier d’abstinence, ou la privation absolue d’aliments solides et de boissons, amènera des résultats qui ne seront pas moins dissemblables, les circonstances dans lesquelles se trouve la personne inalimentée étant déterminées; mais il y a une immense différence entre les effets de l’abstinence absolue et le dernier degré de l’abstinence incomplète. La plus légère, la plus impalpable alimentation, suffit, dans certains cas, à entretenir la vie, pendant un long temps, mais il faut une grande foi pour croire que l’abstinence absolue ait pu prolonger l’existence pendant des laps de temps considérables. Nombre de ces incroyables faits seront cités plus loin.
La durée de l’abstinence a des effets fort divers ; les alternatives d’abstinence et d’alimentation, surtout avec excès, ont aussi des suites particulières.
Les dispositions des personnes soumises à l’action de l’abstinence dépendent de l’âge, de la constitution , du tempérament, du sexe, des habitudes, de l’état de repos ou de mouvement, de l’influence actuelle d’une atmosphère froide ou chaude, humide ou sèche, de l’état de santé ou de maladie.
Les exemples d’abstinence absolue extraordinaires par leur durée ne sont pas rares dans les auteurs, non-seulement ceux qui ont écrit sur la médecine, mais ceux qui s’occupent d’histoire et de littérature. Quelques-uns de ces faits paraissent appuyés sur les témoignages les moins contestables d’authenticité. De graves auteurs les citent et y croient. On admettra facilement que des hommes adultes aient supporté l’abstinence absolue plusieurs jours; mais que des individus de l’espèce humaine aient vécu non pas une quinzaine, non pas un mois, mais des mois, des années, dix années sans boire ni manger, c’est difficile à admettre.
Les Arabes , suivant Thévenot, restent jusqu’à cniq jours sans rien prendre. Les jeûnes des Indiens, au dire des voyageurs, sont de neuf jours. Sous des éboulements, Chaussier rapporte que des ouvriers vécurent privés d’aliments pendant quatorze jours. Un homme a été trouvé vivant au seizième jour de son ensevelissement sous des ruines. D’après Richter, il faudrait ajouter foi à un jeûne de quarante jours, supporté par esprit de mortification.
Voilà qui déjà commence à être singulièrement douteux; mais ce qui cesse d’être croyable, c’est qu’une jeune fille, même mélancolique, ait, comme
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Je rapporte Stalpart, vécu plusieurs mois sans boire ni manger ; c’est qu’une nommée Marguerite Lauwer, citée par Kænig, ait pu vivre ainsi pendant quatre mois; c’est que Marie Jenfels soit parvenue, sous ce régime, à treize mois ; Apollonie Schreyer, à trois ans de jeûne; une fille de Brunswick, à quatre ans, et d’autres à six, sept, dix. 11 n’y a, au reste, que le premier mois qui coûte à croire et à passer; les autres suivent et lui ressemblent.
La physiologie comparée semblerait, au premier aperçu, rendre ces faits moins extraordinaires. Les tortues et des animaux bien plus rapprochés de l’homme, des mammifères, supportent des jeûnes très-longs; c’est une habitude annuelle des animaux hybernants; mais il faut se défier de ces comparaisons et des déductions qui en résultent; il n’y aurait pas de motifs, si l’on perdait un moment de mémoire la cruelle expérience de la guillotine ou de la hache, pour qu’on ne crût à la possibilité de décapiter un homme sans lui ôter immédiatement la vie, par la raison que les tortues et autres reptiles supportent fort bien cette opération.
Mais quels sont les effets physiologiques résultant de l’abstinence absolue? Si l’on suppose l’individu bien portant, adulte, d’une énergie morale rien qu’ordinaire, dans des conditions habituelles de vie; la faim, la soif, et un premier sentiment de faiblesse ne tarderont pas à s’emparer du patient ; bientôt une douleur épigastrique, des tiraillements d’estomac, une inaptitude plus grande à mouvoir, des tremblements, de la brusquerie et peu de durée dans les contractions musculaires, de l’obtusion des sens, du refroidissement, de la rareté dans les excrétions, la concentration des urines, puis de la tristesse, du délire, de la fureur, de la férocité, par accès rapides; enfin un abattement de plus en plus croissaut, le marasme, une excessive fétidité des excrétions, la petitesse et l’affaiblissement du pouls, le ralentissement de la respiration, le refroidissement, la mort.
Lisez la description des cruelles expériences de M. Colard de Marigny sur des chiens; consultez une relation plus attristante encore, puisque des hommes ont été les malheureux sujets de l’expérience faite par les événements, de la Méduse, et vous connaîtrez les horribles effets de la mort par inanition. On a fait l’examen des corps des animaux et des hommes morts de faim.
Le cadavre rappelle les traits de l’horrible maigreur qui a précédé la mort. On ne rencontre plus dans aucune des régions ordinairement pourvues de graisse, ces dépôts de substances alimentaires assimilées. Ainsi des animaux hybernants à la fin de leur léthargie annuelle, les intestins sont revenus sur eux-mêmes. Leurs parois participent à l’amincissement général; les vaisseaux sont vides et contractés; tout le fluide nutritif a été consommé ; la vésicule du foie est énormément distendue de bile demeurée sans emploi. Les muscles ont perdu considérablement de leur volume. Tous les tissus animaux sont pâles. L’urine est privée d’urée, substance spéciale qui la caractérise.
Tous ces signes sont pour ainsi dire négatifs
d’une autre cause de mort, et il faudrait, en justice, des circonstances toutes particulières pour assurer que la faim a été le moyen de l’homicide.
L’abstinence incomplète se rapproche beaucoup dans ses effets de l’abstinence absolue; mais la plus insaisissable alimentation suffit à prolonger considérablement la durée de la résistance. Il ne répugne pas à la raison de croire qu’une demoiselle noble, réduite au dernier état d’indigence, n’ait vécu que de jus de citron pendant soixantedix-huit jours, pour ne pas avouer sa pauvreté; que de l’eau de pluie ait suffi pendant soixantedouze jours à une femme renfermée dans une grotte; et même qu’une autre femme ait pu exister pendant cinquante ans en ne prenant que du petitlait.
Les effets physiologiques de l’abstinence incomplète sont moins nettement dessinés que ceux de l’abstinence absolue, parce que, pendant le cours de l’action propre d’une alimentation insuffisante, il survient des accidents qu’il faut attribuer à d’autres causes destructrices, devenues plus efficaces sur une économie mal nourrie.
Les fatigues physiques, les inquiétudes morales, l’action du froid, d’une chaleur excessive, de l’humidité, du sec, en général de tout ce qui peut s'éloigner des conditions ordinairement favorables, l’intempérance par accès et surtout l’usage dangereux des boissons spiritueuses, l’influence délétère des miasmes, toutes ces causes de destruction réunies, ont un effet d’autant plus intense qu’elles agissent sur des individus plus débilités par l’insuffisance de l’alimentation et condamnés à une abstinence plus incomplète. Des maladies trèsmeurtrières en sont les conséquences. Ce sont là les causes les plus générales de l’abréviation du terme de la vie moyenne.
Sous le régime de répartition qui règle les forces sociales dans notre état de civilisation actuelle, les subsistances ne suffisent pas à la population ; il faut que des membres de la société française, et de toutes les sociétés humaines, ou du moins de presque toutes, manquent d’une partie du nécessaire.
Les effets de l’abstinence, soit complète, soit incomplète, varient alors avec l'cîge. Toutes les autres conditions étant les mêmes, les enfants résistent moins que les adultes, et ceux-ci moins que les vieillards.
Avec la constitution. Les constitutions résistantes, c’est-à-dire bien équilibrées, chez lesquelles les divers excès n’ont, à certains degrés, qu’une influence modérée, qui se prêtent, dans certaines limites, à des emprunts sur la santé, si l’on peut se servir de cette expression, résistent aussi mieux que les autres aux effets de la faim.
Avec le tempérament. Les tempéraments lymphatiques et nerveux ont besoin de moins de réparations que les autres, car fréquemment ils dépensent peu; l’abstraction morale, dont est susceptible le tempérament nerveux, suspend aussi pendant de longs laps de temps le besoin dé nutrition. L’embonpoint qui accompagne le tempérament lymphatique et le tempérament sanguin leur fournit une ressource pour la disette.
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Avec le sexe. Ce sont surtout des femmes qui sont citées comme ayant supporté de longs jeûnes.
Avec les habitudes. Ce mot comprend tous les genres d’exercices auxquels se livrent d’une manière répétée ou continue nos organes. Les personnes habituées à beaucoup manger et à se nourrir de choses succulentes, supportent moins la privation d’aliments que les autres.
Les hommes qui travaillent avec excès, qui marchent longtemps, qui s'exercent à toutes les espèces de gymnastiques, supporteront également moins l’abstinence, s’ils continuent à se livrer aux mêmes efforts. Les déperditions sanguines, spermatiques, sudorales, nécessitent également une alimentation plus substantielle; ce sont les travaux contemplatifs qui coûtent le moins à la substance. La respiration d’un air vif et pur excite le besoin de nutrition.
Avec l’état de repos ou de mouvement. Les mêmes individus, s’ils exercent leurs muscles par des mouvements , ou s’ils conservent le repos, sentiront les atteintes rapides ou lentes de l’inanition.
Avec les conditions atmosphériques. Dans le froid, dans les pays du Nord, il faut plus de réparations, surtout avec le mouvement qui coûte plus que sous l’influencé du chaud.
Des exemples de longues abstinences bien supportées pendant le froid présentent en même temps la coïncidence d’un repos absolu : tel est l’exemple de ces femmes qui ont supporté trente-huit jours d’abstinence , enfermées dans une étable à Bergomoletto, en Piémont, sous un éboulement de neige. Il en fut ainsi dans un cas rapporté par Chaussier ; les ouvriers dont il parle restèrent quatorze jours dans une carrière froide. Le froid ou le chaud seraient indifférents dans l’état de repos. Dans l’état de mouvement, le froid exige plus. Quant à l'humidité , elle épuise moins que la sécheresse ; le brouillard nourrit , dit le peuple.
Avec Y état de santé et de maladie. On sait que l’état fébrile rend l’alimentation fréquemment impossible, et soutient. Dans les affections du tube digestif, lorsque ces organes sont rendus incapables de fonctionner, il semble évident, à la longue durée du malade, que les autres parties de l’économie demandent moins. C’est, au reste, la respiration qui semble dépenser le plus; moins de sang s’élabore par le poumon, dans un temps donné, moins le canal digestif demande, moins aussi les muscles sont énergiques; il y a, au reste, réciprocité : ainsi, moins les muscles agissent, moins les poumons respirent et transforment de sang noir et froid en sang rouge et chaud.
Dans un grand nombre de maladies qui dépendent de l’afflux des forces et des éléments de la vie vers une partie , l’abstinence est salutaire. Doués d’une force d’absorption d’autant plus énergique qu’ils sont moins remplis, les vaisseaux absorbants, parmi lesquels il faut comprendre les veines, puisent dans toute l’économie, et aussi dans les parties malades , les matériaux qu’ils doivent livrer à la consommation de la respiration, des excrétions et de la nutrition elle-même ; ils diminuent donc l’afflux morbide. On s’explique ainsi l’utilité de l’abstinence. De là l’utilité de l’absti-
nence plus ou moins complète dans l’état pléthorique et dans les circonstances qui l’augmentent, comme le printemps et les climats chauds, lorsque l’on passe de l’action au repos, etc., etc.
C’est surtout dans les affections mentales, et dans ce qui s’en rapproche le plus, les profondes préoccupations de l’esprit et les émotions fortes, que les jeûnes les plus longs ont pu être supportés le plus facilement.' L’esprit de mortification, l’extase mystique , la volonté d’échapper à un supplice infamant, la manie du suicide, la mélancolie, fournissent de fréquents exemples des plus étonnantes abstinences.
Ces différences dans l’état moral des abstinents modifieront les symptômes; ainsi la fureur ne caractérisera pas les effets de la faim dans ces derniers cas.
L’abstinence utile , préservatrice de la mort, dans certaines maladies, est, dans un bien plus grand nombre de cas , une cause fréquente de maladies et de souffrances. On ne sait pas assez qu’il meurt à Paris un certain nombre d’individus de froid et de faim ; que beaucoup d’autres , imparfaitement alimentés, sous la nécessité du travail, abandonnés à des goûts dépravés, suite de la misère elle-même, qui entraîne après elle l’intempérance, l’ignorance, le défaut d’économie et de prévoyance, sont promptement arrêtés dans une carrière de vie, à laquelle le don d’une excellente constitution semblait devoir promettre un long cours. La charité, la philanthropie, la voix de la justice et de l’humanité, la civilisation enfin qui comprend l’industrie, seronl-elles un jour assez puissantes pour détruire de tels maux? Est-il un régime social possible sous lequel on puisse se promettre l’anéantissement des funestes et cruels effets de l’abstinence, la grande faux du genre humain ?
Dans le cas, au reste, où l’on serait appelé à remédier à des effets individuels de l’abstinence prolongée, ce ne serait qu’avec la plus grande précaution qu’on devrait prendre des aliments. Il conviendrait d’habituer doucement les organes désaccoutumés à supporter les nouvelles substances alimentaires introduites. Celles-ci devraient, d’abord être légères, liquides, de facile digestion; de l’eau sucrée, du bouillon coupé, des consommés, du jus de viande, du potage farineux, enfin de la viande elle-même et du pain ; peu de spiritueux ; le tout en petite quantité et fréquemment. C’est une convalescence. Il faudrait d’autant plus de précautions que l’abstinence aurait été plus longue, que l’individu serait plus faible. On reviendrait plus vite à l’usage des aliments chez un enfant que chez un vieillard. Il ne s’agit pas que de vouloir , et c’est déjà beaucoup , il faut encore savoir exercer l’humanité.
Sanson-Alphonse ,
Professeur-agrégé à la Faculté de médecine.
abus des plaisirs vénériens. (V. Incontinence .) — Abus de soi-même. (Y. Masturbation. — Abus des liqueurs. (Y. Alcooliques [liqueurs].)
acacia [bot.), s. m. (de a, priv. et de kakon, mal, sans mal). Genre de plantes de la famille des
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légumineuses, tribu des mimosées. Prévenons d’abord le lecteur que l’arbre si commun sur nos promenades, et auquel on donne vulgairement le nom d’acacia, n’appartient pas au genre acacia des botanistes, mais au genre robinia. Pour indiquer la confusion qui existe ici, ils lui ont donné le nom de robinia pseudo-acacia , ou robinier fauxacacia.
Les végétaux qui composent ce genre sont tous des arbres des pays chauds, souvent épineux, à feuilles simples ou composées , dont les fleurs, presque toujours jaunes, sont disposées en tête ou en épis serrés- Plusieurs d’entre eux donnent des produits importants à la médecine.
Ces arbres ont été transportés alternativement dans le genre acacia et dans le genre mimosa, qui sont très-voisins, et ne diffèrent l’un de l’autre que par un caractère tiré de la gousse , qui est à plusieurs loges dans le mimosa, à une seule dans les acacias. Voici les principaux d’entre eux.
Acacia vrai ( acacia ver a), vulgairement gommier rouge. Cet arbre, qui vient en Égypte et au Sénégal, donne une espèce de gomme, mais qui ne se trouve pas dans le commerce à cause de l’infériorité de sa qualité.
Acacia du Nil ( A . Nilotica , Nées d'Esemb.). Autrefois, lorsqu’on tirait toute la gomme arabique de l’Égypte, elle était fournie principalement par cet arbre. Maintenant qu’elle vient en grande partie du Sénégal, on la récolte sur un petit acacia dont nous allons parler bientôt.
Acacia d’Arabie ( acacia arabica , Roxb.). Cette espèce habite l'Egypte, le Sénégal et l’Inde; elle fournit une gomme rougeâtre, un peu amère, qui ne saurait être employée en médecine, et qu’on réserve pour les usages industriels.
Acacia d’Adanson (A. Adansonii). Cet arbre porte des gousses propres au tannage des cuirs lorsqu’elles sont encore vertes, mais qui, a leur maturité, perdent complètement cette propriété.
Acacia vereck. De tous les acacias, c’est le plus important, car il fournit la véritable gomme arabique. MM. Guillemin et Perrotet l’ont fait connaître les premiers dans leur Flore de Sénégambie. Le nom spécifique vereck lui est donné dans le pays. C’est un petit arbre de quinze à vingt pieds de haut, hérissé d’épines, et qui forme des forêts dans le pays de Cayor, et le long de la rive droite du Sénégal, près du désert de Sahara.
Dans ce pays, il tombe des pluies presque continuelles de juillet jusqu’en octobre. Ces pluies ramollissent l’écorce des acacias. Dans cet état, leur écorce est rapidement desséchée par des vents chauds qui soufflent de l’est; elle se fend alors, et la gomme s’écoule par ces fentes. En décembre, les Maures viennent en faire la récolte. Cette récolte dure viDgt jours, pendant lesquels ces nègres se nourrissent exclusivement de gomme. La récolte terminée, ils apportent la gomme à des marchés appelés Escales, où elle est vendue aux Européens.
La quantité de gomme exportée de notre colonie du Sénégal varie. Du temps d’Adanson , elle était de 50,000 quintaux. En 1817, elle s’éleva à 6 13,50-1 kilogrammes. Lorsque les rosées ame-
nées par les vents d’ouest sont très-fortes, alors il se fait quelquefois en mars une seconde récolté, toujours moins abondante que celle de décembre.
Acacia au Cachou ( acacia catechu. Wild.). Cet arbre est originaire des pays montueux du Bengale et de la côte de Coromandel. C’est lui qui, suivant la plupart des auteurs, fournit la substance connue sous le nom de cachou, ou terra japonica.
On l’obtient par l’expression des gousses de l’arbre, ou la décoction du cœur du bois; et en faisant évaporer le liquide au soleil , il reste la substance d’un brun rougeâtre qu’on nomme cachou. (V. ce mot.)
Les propriétés des acacias peuvent se résumer de la manière suivante : Gomme tantôt pure, tantôt légèrement amère, contenue dans le tronc et les branches; principe astringent dans les gousses encore vertes. Martins ,
Docteur en médecine , ancien aide naturaliste à la Faculté de médecine.
acaktthe ( bot .), s. m. ( acanthus ). Nom d’un genre de plantes qui forme le type de la famille des acanthacées , et renferme deux espèces , l’acanthe molle (acanthus mollis), et l’acanthe épineuse (A. spinosus ), qui croissent dans le midi de la France, et sur tout le littoral de la Méditerranée. Les Grecs et les Romains cultivaient l’acanthe comme plante d’ornement; et la touffe de feuilles élégantes qui ; s’élève de son pied, pour se recourber gracieusement en dehors, a inspiré aux architectes grecs l’idée du chapiteau corinthien. Les deux espèces renferment un suc mucilagineux et visqueux. Au- j trefois on les employait comme adoucissantes et légèrement astringentes dans la diarrhée, les cra- I chements de sang, etc. Maintenant elles ne sont I plus employées que dans les provinces où elles I croissent naturellement. Ainsi, dans le midi de la J France, elles remplissent les usages auxquels nous ] employons chez nous la grande consoude ( symphy - I tum officinale). Les Orientaux même en font une | espèce de panacée universelle, comme M. d’Urville | a pu s’en convaincre à Trébisonde ( Relation de la I campagne hijdrographique de la Chevrette, p. 27). -, En Arabie, suivant Forskahl, on mange comme légume les feuilles de l’ acanthus edulis , qui sont savoureuses et agréables. Ms.
acare (Y. acarus).
ACARDS scabiei (zool.), s. m. (du grec a privatif et carès, divisible, indivisible sans doute à cause de la petitesse de ces insectes) ; c’est la mite ou ciron de la gale de l’homme. On désigne ainsi un très-petit insecte , presque microscopique , dont la présence sous l’épiderme occasionne l’incom- j mode et dégoûtante affection connue sous le nom | de gale.
L’existence de cet insecte, généralement connue ■ pendant le quinzième siècle, fut ensuite contestée 1 en partie par suite des fausses théories qui envahirent la médecine, en partie parce qu’on avait confondu sous le nom de gale plusieurs affections différentes; et même, dans ces derniers temps, trompés par les fausses indications de certains auteurs , plusieurs célèbres médecins de Paris l’avaient cherché inutilement, et la plupart le rangeaient au nombre des animaux fabuleux, quoique
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l’on fût loin de douter de son existence dans certains pays, tels que l'Ecosse, le midi de l’Espagne, la Corse, etc.; ce fut même un médecin de ce pays qui le fit voir pour la première fois, en août 1834, au cours clinique que M. Alibert fait à l’hôpital Saint-Louis.
On reconnut que cet insecte ne se tient pas dans les vésicules mêmes de la gale, mais en dehors et à l’extrémité d’une espèce de sillon nommé cuniculus , qu’il s’est creusé sous l’épiderme. En soulevant celle-ci avec la pointe d’une épingle, on peut en extraire facilement l’acarus ; si on le place alors sur l’ongle, il est d’abord immobile, mais bientôt il agite ses pattes , et il ne tarde pas à marcher, à courir avec agilité.
Examiné à l’œil nu, il se présente sous forme d’un point blanc, arrondi, ayant environ un quart de millimètre de longueur. Quelquefois on peut apercevoir la teinte brune rougeâtre des pattes et de la tête de cet animalcule.
Si on l’étudie au microscope, on voit qu’il diffère beaucoup de la mite du fromage, avec laquelle on pourrait le confondre ; son corps est plus arrondi , il est comme comprimé sur les deux faces, imitant la tortue ; il est en outre blanc , grisâtre, demitransparent, marqué de raies, hérissé sur le dos d’une foule de petits poils ou papilles; une enveloppe dure, cornée, l’entoure et le protège comme une carapace. ; écrasé entre les deux ongles, il fait entendre un petit craquement. A la partie postérieure on trouve un anus ou oviducte par où sortent les excréments et les œufs ; souvent même ces œufs se voient dans le corps de l’insecte , à travers les parois qui sont transparentes.
Les pattes sont au nombre de huit; elles ont une couleur rouge foncée, et sont garnies de poils ; les pattes antérieures , au nombre de quatre , sont rangées de chaque côté de la tête ; les quatre postérieures sont beaucoup plus courtes et cachées sous le ventre ; elles sont toutes formées de quatre pièces articulées et mues par plusieurs muscles. Les quatre pattes antérieures présentent, en outre, à leur extrémité , un appareil particulier , que M. Raspail a appelé ambulucrum ; c’est une petite tige mince et fragile que surmonte une espèce de ventouse en forme de cône , et sur lequel l’insecte s’appuie en marchant.
Sa tête est également rouge ; à sa partie supérieure elle présente quatre tubercules terminés par des poils assez longs. Elle est formée essentiellement , d’après MM. Leroi et Vandenhecke , de deux corps bombés, qu’ils appellent mâchoires , celles-ci, comme des espèces d ’élytres, ou d’étuis, embrassent entre elles deux mandibules qui servent à diviser la nourriture de l’insecte ; ces diverses pièces sont mises en mouvement par des muscles.
La figure la plus exacte, comme aspect général, qui ait été publiée jusqu’à ce jour , est celle qu’a donnée le journal des Connaissances médicales eu 1834; elle a été dessinée à la chambre claire, adaptée au microscope horizontal de M. Charles Chevallier. M. Vandenhecke vient de publier un mémoire dans lequel les détails sont reproduits avec assez d'exactitude.
Les naturalistes ont placé l’insecte de la gale
dans la classe des arachnides, ordre des acariens;. Latreille avait créé pour lui un nouveau genre, sous le nom de sarcopte. (Pour plus de détails, V. le mot Gale.) J. -P. Beaude.
accablement, s. m. (V. Abattement.) accélérateur. ( anat .), adj. pris substantiv. Nom d’un muscle nommé aussi bulbo-caverneux, et qui a pour fonction de comprimer la bulbe de l’urèthre, et d’accélérer l’écoulement de l’urine et de la liqueur spermatique. J. B.
accès ( path .), s. m. (de accedere , venir vers). On nomme ainsi une série de phénomènes maladifs qui apparaissent , se dissipent, pour se reproduire de nouveau ; dans les fièvres intermittentes l’accès a trois périodes ou stades : un de frisson, un de chaleur et l’autre de sueur; ils se succèdent par intervalles, et constituent, l’accès.
Lorsque les trois stades se succèdent, on dit que l’accès est complet, il est incomplet s’il en manque une ou deux. Le temps qui sépare un accès d’un autre peut varier de longueur depuis un certain nombre d’heures, jusqu’à, plusieurs jours ; cet intervalle se nomme apyrexie ou intermission.
La longueur des accès varie beaucoup également , mais rarement ils durent plus de vingtquatre heures. On a donné aussi le nom d’accès au retour de certains symptômes de plusieurs maladies ; ainsi, on dit accès de goutte, d’épilepsie, d’hystérie; cependant des auteurs pensent qu’il est plus convenable d’employer pour ces maladies le mot d’attaque, et de réserver le mot accès pour les fièvres.
Les fièvres intermittentes ont été. aussi nommées fièvres d'accès. J. B.
accident (path.), s. m. (de accidere , survenir). On désigne sous ce nom, dans le langage vulgaire, tout événement subit, fâcheux et imprévu ; en médecine, on entend par accident tous les symptômes qui se manifestent dans une affection sans qu’ils soient une suite nécessaire de cette même affection ; ainsi, l’hémorrhagie qui suit une opération ou un accouchement est un accident ; il en est de même des inflammations qui peuvent survenir dans ces cas; les symptômes nerveux qui ont lieu dans certaines maladies sont aussi des accidents.
Les anciens médecins désignaient les accidents des maladies par des noms particuliers, suivant la nature de la cause qui avait présidé à leur développement, mais ces noms ne sont plus en usage. J. B.
acclimatement (htyg.), s. m. On désigne par ce nom l’action de s’habituer à un climat, de ne plus éprouver de grave dérangement par son action; enfin, de se mettre dans des conditions analogues, sous le rapport de son influence, à celles où se trouvent les natifs du pays. Le changement ne peut avoir lieu que par une modification profonde qui se fait dans l’organisation ; elle est lente, progressive , et souvent demande un assez long temps pour être complète ; elle est plus ou moins rapide, suivant la température. L’acclimatement a lieu d’après les mêmes principes pour tous les corps vivants, qui tous sont soumis aux mêmes lois. (Pour connaître son action sur l’homme, voy. Climat.) J- B.
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accompagnement (. c'iir .), s. m. On appelle de ce nom une humeur blanchâtre, visqueuse, qui entoure le cristallin dans la cataracte, ainsi que la membrane cristalline lorsqu’elle est devenue opaque ; souvent, après l’opération, on est obligé d'introduire une aiguille pour déplacer ces corps, qui empêchent la vision, et que l’on nomme les accompagnements de la cataracte. J. B.
accouchement (physiol.) , s. m. fonction qui consiste dans l’expulsion du fœtus hors de la matrice où il s’est développé pendant tout le temps de la grossesse.
Cette partie importante de la médecine se compose de connaissances empruntées à toutes les autres branches de l’art de guérir , et c’est de l’enchaînement de cet emprunt que l’on a pu former une spécialité dont quelques hommes seulement ont voulu se partager la pratique et dont les préceptes sont fondés sur l’anatomie, sur l’étude des fonctions de la vie, non moins que sur la connaissance des maladies, connaissances qui sont exclusives au médecin, qui doit les posséder dans leur ensemble à un haut degré, ce qui fait dire à M. le professeur Velpeau, qu’en accouchement, comme partout ailleurs , la sage-femme devrait se borner à remplir les fonctions de garde-malade instruite et prudente. L’histoire invoquée à l’appui de l’abandon fait aux sages-femmes de l’exercice des accouchements ne peut soutenir une critique sérieuse.
L’accouchement naturel, c’est-à-dire exempt de toute opération, est très-fréquent en présence d’un praticien qui sait temporiser et calculer les efforts de la nature. Les relevés des registres de l’hospice de la Maternité de Paris ne donnent plus qu’un seul accouchement artificiel, c’est-à-dire celui dans lequel il a fallu employer les secours de l’art, sur quatre-vingt-deux naturels.
En général, l’accouchement a lieu vers la fin du neuvième mois, mais cette époque ne saurait être rigoureuse; la nature n’a point de règles fixes qui nous soient connues; des causes légères peuvent décider le travail avant terme; les femmes sont, d’ailleurs, sujettes à erreur dans leurs calculs sur l’époque de leur fécondation ou de la suppression des menstrues, qui continuent à paraître chez quelques-unes d’elles plusieurs mois après leur fécondation. Cependant la loi reconnaît comme légitime l’enfant posthume né dix mois après la mort du mari. On appelle accouchement prématuré celui qui a lieu entre le sixième et le neuvième mois; l’enfant est viable. On donne le nom d’avortement à l’expulsion du fœtus non viable, et qui est âgé de moins de six mois.
Les causes qui produisent l’accouchement sont de plusieurs genres; quelques-unes sont déterminantes chez certaines femmes : un exercice plus actif que de coutume; une marche portée jusqu’à la fatigue, des secousses même modérées comme celles de la voiture, excitent assez vivement la contractilité de l’utérus dans les dernières semaines de la grossesse, pour rendre imminent le travail de l’accouchement; le repos, la position horizontale , la privation des rapports conjugaux, suffisent ordinairement pour suspendre
un travail qu’il est beaucoup mieux de ne voir s’effectuer que lorsque le fœtus a acquis toute sa maturité.
Les causes efficientes ou immédiates de l’accouchement furent pendant des siècles attribuées aux efforts faits par le fœtus pour ouvrir sa prison de plus en plus étroite. Les exemples très-multipliés d’enfants nés après la mort de leur mère entretenaient cette idée sur les efforts violents du fœtus, et l’on ne tenait pas compte des exemples plus nombreux encore de fœtus morts dans le ventre de leur mère, et dont l’accouchement, toutes choses égales d’ailleurs , n’était en rien plus laborieux.
C’est au dix -huitième siècle qu’il était réservé d’établir, par des preuves irréfragables, que la cause réelle de i’accouchement était faction de la matrice, aidée de la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux, je ne rejette pas cependant, d’une manière absolue, l’opinion dont je me suis convaincu dans beaucoup de cas, que la vigueur et la bonne santé du fœtus sont une des conditions nécessaires pour la promptitude et la facilité d’un accouchement; la bonne santé de la matrice est en rapport avec celle du fœtus; en effet, les mouvements de celui-ci excitent le j développement des contractions de l’utérus pendant le travail. Lorsque le fœtus est mort, l’utérus i a perdu son énergie, il ne reçoit plus assez de sang; de plus, il est en contact avec des matières prêtes à se décomposer rapidement, arrivées à l’air libre.
La main appliquée sur l’abdomen, pendant une douleur, sent évidemment le resserrement de cet organe, ce qui est encore bien plus marqué quand l’accoucheur, pour une cause quelconque, est obligé de porter la main dans l’intérieur de la matrice; la main, le poignet et l’avant-bras de l’homme le plus vigoureux, sont quelquefois en- j gourdis au point de se trouver pendant plusieurs 1 minutes inhabiles à tout mouvement. On a même j vu des accouchements avoir lieu chez des femmes j dont la matrice était pendante entre les cuisses I et dont les contractions seules expulsaient le fœtus. I
La matrice s’est encore débarrassée naturelle- i ment de son produit, lorsque la femme était dans un état d’évanouissement, de léthargie, et même après la mort réelle, ce qui était dû à la contractilité de la matrice, propriété qui se conserve encore | quelque temps après la mort, ainsi que cela se remarque pour les autres muscles creux.
L’expulsion du fœtus étant donc due principalement à faction de la matrice, on ne peut tirer que des inductions très-imparfaites de la taille, de j l’embonpoint et même de la constitution de la femme, relativement à la facilité et à la promptitude de l’accouchement; aussi les femmes grandes et fortes n’ont pas des accouchements moins laborieux ; les femmes sanguines ont souvent plus a redouter que les lymphatiques. La condition essentielle est une régulière conformation du bassin et des parties molles de ces régions.
Les phénomènes généraux de l’accouchement se rattachent à la mère et à l’enfant, et se partagent en plusieurs périodes : dans la première période, l’utérus, qui s’était élevé jusque dans
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l’épigastre, descend au-dessous de cette région; les viscères abdominaux, et surtout l’estomac, sont plus libres; le diaphragme moins refoulé vers la poitrine rend la respiration plus facile, la femme est plus agile et plus gaie, mais elle éprouve de la pesanteur sur la vessie et le rectum ; les contractions de la matrice donnent lieu à des douleurs rares, légères, connues sous le nom de mouches; le vagin et les organes génitaux externes s’humectent de mucosités plus ou moins abondantes. Cette première période est suivie de celle qui prépare réellement l’expulsion du fœtus et dure, dans la majorité des cas, depuis une demi-heure jusqu’à six ou huit heures. Le pouls bat avec plus de force, la chaleur et la rougeur de la peau augmentent fréquemment, un frisson et de la sueur accompagnent les efforts, les sens sont plus exquis et la susceptibilité morale plus grande. Des douleurs très-vives avec sentiments de crampes se propagent de l’ombilic vers le bassin, les douleurs sont des plus capricieuses pour leur fréquence, leur durée, leur violence ; ordinairement une très-forte précède une moins intense; dans quelques cas, deux ou trois douleurs suffisent, tandis que d’autres fois elles se succèdent par centaines. Les douleurs de [reins, qui occupent la région lombosacrée épuisent la malade, la fatiguent inutilement et n’activent en rien les progrès du travail.
L’amincissement et la dilatation du col de l’utérus se font graduellement, de manière à former un cercle qui égale en diamètre la circonférence du petit bassin. Le col de l’utérus dilaté met à nu une portion des membranes qui enveloppent le fœtus et l’amnios, ce qui constitue la poche des eaux qui a une forme ordinairement hémisphérique.
Le plus souvent, lorsque le col est entièrement effacé, la rupture des membranes ou de la poche des eaux s’effectue; il vaut mieux que cette circonstance se produise vers la fin du travail pour éviter un accouchement à sec, comme on l’appelle, et qui est toujours plus pénible en l’absence de la poche des eaux qui dilate mécaniquement l’orifice utérin, et par sa rupture enduit les passages d’une viscosité propre à les assouplir.
C’est pendant la durée d’une contraction de la matrice que la poche s’ouvre, la rupture est brusque, l’écoulement des eaux est accompagné d’un bruit qui effraie quelquefois la femme. Les dernières portions d’eaux s’échappent quelquefois avec les dernières parties de l’enfant.
Le moment où le fœtus traverse l’orifice utérin est marqué par des douleurs plus vives dues à la distension exagérée. Les douleurs deviennent encore plus violentes, la femme est entraînée à des efforts vigoureux, la vulve s’entr’ouvre, les grandes lèvres s’effacent, les nymphes sont allongées et poussées en avant avec les autres parties. Les déchirements sont fréquents à la fourchette, surtout dans un premier accouchement. La tête ayant une fois franchi la vulve laisse un court intervalle de repos, suivi d’une nouvelle douleur par l’expulsion du reste du corps.
Après la sortie de l’enfant, la femme jouit d’un repos complet, qu’interrompent quelquefois des mouvements spasmodiques, un frisson, ou quel-
ques faiblesses de peu d’importance. Environ une demi-heure après se manifestent de nouvelles crampes utérines, suivies de l’expulsion du placenta ou délivre, des membranes et de quelques caillots. Si le travail a été rapide, les douleurs pour la délivrance sont plus fortes, parce que le placenta n’a pas été complètement détaché.
La délivrance opérée, quelques tranchées utérines se prolongent encore pendant deux ou trois jours, et la matrice n’est bien revenue à son volume ordinaire dans l’état de vacuité que deux mois après. Les parois du ventre conservent toujours une certaine laxité et des vergetures ou éraillures blanches indélébiles sur la peau qui recouvre la moitié inférieure de l’abdomen.
Les lochies ou vidanges sont des matières liquides qui s’écoulent hors des organes génitaux pendant toute la durée des suites de couches, quinze jours environ. C’est d’abord du sang pur et sans odeur; vers le troisième jour, il devient séreux; et vers le sixième, il est fétide, jaunâtre; il va en diminuant, et ne cesse quelquefois qu’à la première réapparition des règles.
Les phénomènes de l’accouchement qui sont particuliers à l’enfant regardent surtout les positions variées dans lesquelles il peut se présenter à l’accoucheur. Ces positions sont bien moins nombreuses que les auteurs les ont supposées; ils ont, en effet, décrit toutes celles que leur imagination a pu créer. La nature de cet ouvrage m’empêche d’aborder ce sujet; il me suffit d’affirmer que les dix-neuf vingtièmes des enfants se présentent par la tête. ( Pour les soins à donner à l'enfant, voyez le mot Délivrance.)
J’arrive aux détails des soins réclamés par la femme, pendant le travail de l’enfantement, et quoique l’accouchement soit une fonction naturelle qui se termine le plus souvent de la manière la plus heureuse, sans l’intervention de l’art, la présence d’un médecin est toujours utile; il iuspire la confiance et le courage, il éloigne toute crainte sur l’avenir, il sait prévoir les accidents, les reconnaître quand ils arrivent, et y porter les remèdes convenables. Plus son instruction et son expérience seront étendues, mieux il sera le juste appréciateur des ressources de la nature. Il s’assurera si la femme est réellement en travail au moyen du doigt porté sur le col de la matrice, il distinguera la nature des douleurs qui sont vraies ou fausses, c’està-dire qui ont leur siège dans la matrice ou dans les organes voisins.
Souvent il existe des coliques intestinales nerveuses ou inflammatoires, que les femmes confondent avec les douleurs de l’accouchement ; des bains, le repos, quelques boissons ou lavements calmants suffisent pour faire disparaître ces symptômes illusoires d’un accouchement prochain, et qui n’a lieu souvent que plusieurs semaines après. L’accoucheur détermine, en outre, aussitôt qu’il le peut, la position qu’affecte le fœtus; éclairé par cette circonstance réunie aux autres , il en déduit son pronostic sur la durée probable du travail et sa facilité. Les éléments de ce problème à résoudre sont la constitution de la femme, l’état de ses forces, la grandeur et la forme particulière du bassin, l’état de l’orifice de la matrice qui est mou ou dur, mince
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ou épais, plus ou moins dilaté, celui de la poche des eaux qui est entière ou rompue, celui d’humidité ou de sécheresse des parties génitales, le volume présumé de l’enfant, sa position, l’intensité, la distance d es contractions utérines et leurs effets, enfin le mode et le nombre des accouchements précédents.
L’air respiré par la femme doit être pur et d’une température modérée, il ne doit contenir aucune odeur bonne ou mauvaise; dans ce dernier cas, il rendrait le malaise plus grand encore, et dans le premier il exciterait la sensibilité déjà exaltée. Une température trop élevée augmenterait l’agitation, la chaleur, la sueur, la congestion vers le cerveau, favoriserait les hémorrhagies, toutes dispositions qui existent déjà par le fait des contractions utérines. D’autre part, l’impression du froid peut avoir les suites les plus fâcheuses, lorsque la femme, après une douleur très-vive, tombe dans un affaiblissement qui la laisse sans défense contre les agents extérieurs, et c’est alors que surviennent ces engorgements connus sous le nom de laiteux, ces douleurs vagues articulaires attribuées au lait répandu. L’habillement de la femme devra l’exempter de toute gêne, et ne pas nuire à la liberté de la respiration et de ia circulation.
A moins que le travail soit très-lent, il ne faudra pas permettre de prendre de la nourriture ; et, dans le cas contraire, elle sera très-légère : un seul potage au bouillon. L’on devra consulter l’état de l’estomac et la disposition plus ou moins prononcée aux vomissements. Le choix des boissons est aussi très-essentiel; les boissons chaudes et sucrées déplaisent et n’apaisent pas la soif, le vin étendu d’eau s’aigrit et augmente la disposition aux vomissements ; le vin, les boissons alcooliques et la glace ont tous les inconvénients reprochés aux excès de température. L’eau, aromatisée par les fleurs de tilleul, les feuilles d’oranger, et quelque peu sucrée, donne en général la boisson la plus agréable. Je crois superflu d’insister pour la proscription du vin chaud bouilli avec la cannelle et le sucre, dont les femmes du peuple font un usage dans beaucoup de pays. Dans un cas de faiblesse chez la femme, quelques bouillons, consommés, un verre de vin d’Alicante, sont ce qu’il conviendrait le mieux d’employer.
Il faut surveiller les évacuations de la femme en travail; la constipation est une incommodité fréquente; il faut vider l’intestin par des lavements ordinaires. Si la vessie contenait des urines accumulées, la pression exercée contre elle par la tête de l’enfant ferait courir les plus grands risques, en même temps que les muscles du ventre n’agiraient plus sur la matrice; dans cette hypothèse, il est quelquefois indispensable de faire sonder la femme.
Les passions de l’âme exercent l’influence la plus manifeste sur le travail de l’accouchement, et disposent singulièrement à une foule d’accidents nerveux. Il ne faut entourer la femme que des personnes qui lui sont strictement indispensables, et surtout ne jamais tolérer la présence de personnes qui lui seraient désagréables. L’accoucheur, la garde, et une ou deux personnes suffisent. Un plus grand nombre contribue à vicier l’air; leurs discours, l’expression de leur physionomie, qui ré-
fléchit la tristesse, l’inquiétude qu’elles sentent véritablement, ou qu’elles feignent de ressentir pour preuve de leur amitié, toutes ces personnes ne sauraient être que nuisibles.
Dans un accouchement naturel et régulier, la situation de la femme, pendant le travail, ne peut avoir aucune influence sur le travail lui-même. Cette position varie suivant les usages des peuples.
Les Françaises accouchent sur un petit lit exprès appelé lit de misère , lit de travail ; elles sont couchées sur le dos. Les Anglaises sont couchées sur le bord de leur lit ordinaire, étendues sur le côté, les cuisses fléchies et les genoux écartés par un coussin. En Allemagne, elles accouchent sur des chaises plus ou moins modifiées. Autrefois on plaçait la femme sur les genoux du mari, ou de toute autre personne vigoureuse. Dans quelques provinces, les femmes accouchent debout, le corps penché en avant, et les coudes appuyés sur un corps solide.
Le lit de l’accouchée doit être assez peu élevé pour qu’elle puisse y monter commodément, et assez peu large pour qu’on puisse circuler tout autour. On se sert ordinairement d’un lit de sangle sur lequel on étend des matelas qu’on dispose diversement. En général, le plus superficiel est étendu dans toute sa longueur, et l’autre est plié en double.
On attache vers la partie inférieure du lit une barre solide, pour que lasfemme puisse arc-bouter ses pieds pendant les efforts auxquels elle se livre. Cette précaution, bonne, peut être remplacée par les mains d’aides qui, suivant le besoin, prêtent un point d’appui convenable aux pieds et aux genoux.
Le lit doit être suffisamment garni de linges pour j recevoir les liquides qui sortent de la vulve. La femme ne sera placée sur le lit que lorsque l’orifice I de l’utérus sera dilaté. Jusque-là il faudra laisser | la femme changer d’attitude a son gré, et lui per- j mettre de garder celle qui lui convient. L’expé- j rience de chacun lui a appris combien il est pénible ] de conserver la même position quand l’on souffre, et quelle sorte de soulagement l’on éprouve eu changeant de place. L’espoir seul, incessamment i déçu, de trouver une position meilleure, devrait ; autoriser ce changement de place.
Une fois que les douleurs expulsatrices sont arrivées, il faut que la malade se place sur son lit, que, pendant la douleur, elle y soit couchée sur j le dos, les épaules et la tête modérément élevés I par des coussins, les cuisses fléchies sur le bassin, i et les jambes sur les cuisses, les genoux rnédio- I erement écartés. L’élévation des épaules et de la 1 tête facilite la respiration. La disposition des mem- il bres inférieurs laisse la vulve à découvert pour la ij! libre sortie du foetus, et met les muscles dans le . relâchement.
Les accidents qui peuvent se présenter dans un accouchement laborieux, difficile, réclament tou- I jours l’intervention de l’homme de l’art, et les rè- I gles de la conduite qu’il doit tenir alors ne doivent 1 1 pas trouver place dans notre dictionnaire. Les soins IJ qui regardent le nouveau-né feront partie d’un ^ article spécial.
Je reviens donc aux soins à donner à la mère. 1 1 On doit la laisser sur le lit de misère sur lequel $
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elle vient d’accoucher, jusqu’à ce que la matrice se soit dégorgée. Tant que le sang coule liquide et comme par flots, on ne doit pas changer de lit; il y aurait danger à lui permettre de se tenir sur les pieds , et encore plus à la laisser marcher pour s’y rendre.
Avant de transporter la femme dans le lit qu’elle doit occuper pendant les couches, il est nécessaire de le bassiner pendant la saison rigoureuse. La sensation de froid imprimée sur toute la peau peut suffire pour suspendre les lochies et provoquer la fièvre puerpérale. Cependant si la femme avait éprouvé une hémorrhagie, on se dispenserait de chauffer le lit, qui doit toujours être garni d’alèzes ; on emploie communément un drap plié en quatre et fixé par des épingles vers ses quatre angles. Il faut aussi changer le linge de la femme, et enlever tout ce qui a été mouillé, soit par les sueurs, soit par les eaux et le sang qui se sont écoulés de la matrice. Il est utile de bassiner les parties génitales avec une décoction adoucissante et relâchante, comme l’eau de guimauve, d’orge, le lait dans lequel on fait bouillir une poignée de cerfeuil.
L’usage qui consiste à bassiner les parties génitales avec des décoctions astringentes ou spiritueuses, pour les resserrer et leur rendre leur fermeté antérieure , est des plus dangereux ; il en est de même des lotions aromatiques, des compresses de flanelle trempées dans du vin chaud, etc.; elles tendent à augmenter l’ engorgement et l’irritation qui existent déjà, et qu’il faut calmer par des émollients. Lorsque l’écoulement des vidanges a cessé, on peut permettre sans danger, mais sans utilité , seulement pour satisfaire l’imagination de la femme; on peut, dis-je, permettre d’appliquer, pendant quelques jours , des astringents sur les seins et le bas-ventre , l’eau de myrte , l’eau de forge, le vinaigre, dans lequel on fait bouillir des balaustes, etc.
L’habillement et la garniture des nouvelles accouchées doivent être subordonnés au climat, à la saison. L’habitante des villes doit être garantie avec plus de soin de l’impression de l’air extérieur que celle de la campagne, qui est forte et robuste, et qui est habituée aux vicissitudes de l’atmosphère. Une chemise courte et fendue par devant dans toute sa longueur offre la facilité de garnir la poitrine et l’abdomen , d’y appliquer des compresses , d’y pratiquer des frictions lorsqu’elles sont indiquées. Par-dessus cette chemise, on mettra une camisole à longues manches, faite d’une étoffe de coton, qui s’imprègne beaucoup moins des exhalaisons que les étoffes en laine. La tête doit être couverte à peu près comme dans l’état de santé.
L’usage de garnir les mamelles avec une serviette molette est une sage précaution qui favorise la sécrétion nouvelle. Un linge appelé chauffoir garnit la vulve, sans la boucher trop exactement ; dans les premiers temps on renouvelle ces linges toutes les demi-heures. L’accouchée est placée dans une position légèrement déclive ; elle doit tenir ses bras dans le lit, allonger ses bras et ses jambes, évitant qu’elles se touchent tout à fait. On couvre la femme selon la saison; une douce moiteur lui
est utile, tandis que toute sueur artificielle lui est nuisible. Il est imprudent de se couper les cheveux quelques jours avant d’accoucher, ou à la suite des couches ; il suffit d’avoir mis la tête dans un bon état de propreté.
Le bandage appliqué autour du ventre d’une nouvelle accouchée peut avoir de grands avantages, pourvu que l’on ne s’en serve que pour soutenir le ressort des muscles du ventre, et non pour faire disparaître les vergetures, qui sont indélébiles. Ce bandage sera médiocrement serré , il ne doit être que contentif, et il est contre-indiqué quand il y a quelques symptômes inflammatoires. Une ceinture élastique, comprimant plus légèrement, est de beaucoup préférable à tous les bandages.
On doit toujours proscrire le bandage des seins, puisque, sans aucun avantage, il est dangereux en ce qu’il écrase les seins, les déforme, provoque leur engorgement et gêne la respiration.
Dans l’été, tous les matins on renouvellera l’air de la chambre de l’accouchée, ayant soin de fermer les rideaux du lit, pour que le courant d’air ne porte pas directement sur elle. Il faut veiller à ce que la chambre de l’accouchée soit tenue très-proprement et sans odeur ; on enlèvera sur-le-champ les urines, les excréments, le linge sale.
Le degré de température le plus convenable pour une accouchée ou un malade est lorsque le thermomètre de Réaumur marque de 14 à 15 ou 16 degrés au-dessus de zéro.
Je signale ici une imprudence commandée par un préjugé religieux, et qui veut que la première sortie de l’accouchée soit pour aller à l’église ; ces lieux sont froids et humides ; la femme qui y reste immobile y contracte très -souvent des rhumatismes. Une religion mieux éclairée dicte au contraire que les premières sorties doivent se faire en plein air, par un beau jour, à l’heure la plus favorable de la journée. Les suites de couches sont d’autant moins dangereuses que le climat est plus chaud. Au rapport des voyageurs , il périt à peine une femme accouchée sur mille.
Il est extrêmement important que la femme goûte les douceurs du repos dans le moment de calme qui succède à des fatigues si fortes. On portera l’enfant dans une autre chambre, on interdira toute visite. Les Romains et les Athéniens avaient soin d’éloignèr toute espèce de bruit dans le moment des couches ; ils suspendaient une couronne aux portes des maisons où il y avait une femme en couches, pour avertir de respecter cet asile.
Dès que la femme est dans son lit, il faut lui permettre de dormir plusieurs heures. Pendant les premiers jours elle ne fera aucun exercice, mais elle doit se lever le lendemain de sa fièvre de lait, pendant une heure environ, pour que l’on fasse son lit ; il faut renouveler les draps et les aérer ; mais elle ne pourra marcher avec prudence avant le neuvième ou dixième jour, après l’accouchement le plus heureux.
On doit blâmer fortement l’habitude qui consiste à présenter à la malade des rôties au sucre, des liqueurs alcooliques , du café ou autres substances échauffantes. Tous ces aliments stimulants peuvent occasionner des pertes, des inflammations, exalter la sensibilité. On peut donner à la nouvelle accou-
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chée une tasse de bouillon gras, ou encore du vin vieux étendu de beaucoup d’eau.
Les aliments doivent être doux et faciles à digérer; il faut toutes les précautions de la convalescence ; le régime sera moins sévère pour la femme qui nourrit. C’est au médecin à régler le régime, le choix et la préparation des aliments ; c’est à lui d’éclairer la classe du peuple des campagnes principalement, qui, dans leurs repas de baptême, forcent l’accouchée à recevoir des visites nombreuses ; et si le repas a lieu dans sa chambre , l’inconvénient est encore plus grand, d’autant plus que cette réunion coïncide avec l’époque de la fièvre de lait.
La tisane de la femme peut être faite avec les décoctions d’orge, de chiendent, de réglisse; cette dernière racine effilée doit être traitée par simple infusion; les sirops de capillaire, de groseille, etc., étendus d’eau ordinaire , étancheront aussi la soif. Les boissons faites avec la canne de Provence n’ont aucune vertu et dégoûtent les femmes.
Les passions vives de l’âme, telles que la peur, la joie, le chagrin, etc., sont les causes les plus fréquentes d’accidents. I! faut rigoureusement éviter les visites importunes des femmes que l’étiquette amène, ces félicitations mensongères qu’une mode absurde a établies parmi nous. Une coutume religieusement exécutée dans la ville de Harlem, pour éviter les révolutions qui pourraient survenir aux femmes dans l’état de couches, défend l’entrée de leur maison aux agents de justice et aux créanciers.
On cachera soigneusement à la mère les défauts que son enfant peut apporter en venant au monde. Lorsque l’enfant est mort, il faut différer autant que possible d’en instruire la mère, et lorsqu’on ne peut plus taire cette perte, la sensibilité inspire à l’accoucheur et à l’époux les ménagements et l’adresse dont ils doivent user pour affaiblir un semblable malheur. Si la femme est forcée de se séparer de son enfant, le moment du départ est toujours un sujet de pleurs ; on devra la distraire par la présence d’une amie.
Des rapports conjugaux ne peuvent s’établir pendant les six premières semaines ; celle qui use trop tôt de ses droits court les risques de voir les lochies continuer pendant deux mois, conséquence de l’excitation portée sur ces organes.
Les purgations conseillées par les accoucheurs pour prévenir ou guérir les maladies que l’on attribuait à Y humeur laiteuse sont plutôt faites pour produire des maladies; de tous les moyens vantés comme antilaiteux, il n’en est aucun qui soit spécifique. Il faut se contenter de maintenir la peau dans un état de souplesse qui favorise la transpiration insensible. Il est imprudent de purger pendant les évacuations des couches , à moins qu’il ne se présente d’indications particulières ; dans la plupart des cas, des lavements suffiront. Il est une autre sécrétion, suite de couches, qui s’opère vers les mamelles, au troisième ou quatrième jour après l’accouchement. Les détails de ce phénomène, qui au début constitue ce que l’on nomme la fièvre de lait, se trouvent au mot Allaitement. (Y. ce mot.) Caffe ,
Chef de clinique à l’Hôtel-Dieu de Paris,
ACCOUCHEMENTS ( pol . méd .), s. m. Nous ne parlerons des accouchements qu’en ce qui concerne les obligations qu’ils imposent aux médecins dans l’intérêt de la société. C’est le seul point de vue sous lequel la spécialité de notre sujet nous permette de les envisager. D’ailleurs , excepté les circonstances d’où résultent ces obligations et l’article 33 de la loi du 19 ventôse an xi sur l’exercice de la médecine, défendant aux sages-femmes d’employer les instruments dans les cas d’accouchements laborieux , sans appeler un docteur , un médecin ou un chirurgien accoucheur, la loi ne s’est pas occupée des accouchements. Les devoirs qu’ils créent pour ceux qui en sont chargés rentrent dans les grandes questions de responsabilité médicale, que nous traiterons plus tard.
Les médécins, les officiers de santé et les sagesfemmes qui ont fait un accouchement doivent déclarer la naissance de l’enfant à l’officier de l’état civil lorsque le père de l’enfant n’est pas présent. Cette déclaration doit être faite dans les trois jours de l’accouchement. (Art. 55 et 56 du Code civil.) Cette obligation est de rigueur, et la peine d’un emprisonnement de six jours à six mois et d’une amende de 16 à 300 francs, est prononcée contre son infraction par l’art. 346 du Code pénal.
Toutefois , il faut remarquer que , lorsque la femme accouche hors de son domicile, les médecins, chirurgiens, etc., qui l’ont assistée, ne sont pas tenus de faire la déclaration prescrite ci-dessus. Elle n’est alors imposée qu’à la personne chez laquelle a eu lieu l’accouchement.
Dans le cas prévu par l’article 56, si l’enfant est mort en naissant , ou n’est pas né viable , le médecin doit néanmoins en faire la déclaration à la mairie. L’ordre public exige que tout accouchement soit constaté d’une manière authentique, et qu’on n’en fasse pas disparaître les traces, en détruisant, par exemple, le fœtus, comme cela a lieu quelquefois Si, d’un autre côté, le médecin désire le conserver dans l’intérêt de la science, il doit en obtenir l’autorisation de l’autorité municipale.
Nous avons donné au développement de ces questions tout le soin qu’elles comportent dans notre livre sur la jurisprudence de la médecine et de la chirurgie. Quelques jugements prononcés depuis peu par les tribunaux sont venus corroborer notre opinion, qui s’appuyait d’ailleurs sur les termes du décret du 14 juillet 1806 ; et aujourd’hui il n’est pas douteux que les accoucheurs ne doivent déclarer, dans les cas prévus , les enfants qui ne sont pas même nés viables. S’il est utile de leur rappeler ce devoir, il est également important que les officiers de l’état civil ne le perdent pas de vue.
Lorsqu’une femme meurt enceinte ou pendant le travail de l’accouchement, et que la mort est bien constatée, il est essentiel, toutes les fois que cela est possible, que l’on pratique l’opération césarienne pour retirer l’enfant. Dans une foule de cas où cette opération a eu lieu, on n’a eu qu’à se féliciter de l’avoir faite, et depuis longtemps ce précepte est admis dans l’art des accouchements.
Nous terminerons en émettant un vœu que nous avons déjà bien des fois exprimé ; nous voudrions que l’accoucheur remît à la famille, pour être
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représenté à la mairie, un bulletin indiquant le sexe de l’enfant; ou, mieux encore, qu’un médecin nommé à cet effet par la ville fût chargé de constater les naissances , comme cela a lieu pour les décès. La déclaration serait faite ensuite à la mairie; mais on ne serait pas obligé d’y porter l’enfant ; on éviterait ainsi des inconvénients graves pour la santé des nouveau-nés, et, en second lieu , on préviendrait des erreurs qui sont encore assez communes , dans les déclarations du sexe.
Nous livrons ces observations à toute l’attention des médecins et des autorités municipales. ( Poulies crimes, suite de l’accouchement, Y. Infanticide, Avortement.) Ad. Tbéjbuchet.
accroissement ( phijsiol .), s. m. On entend par ce mot le développement et l’accroissement de volume; cet accroissement a lieu de plusieurs manières , suivant la nature des corps. Dans les corps bruts, il se fait par juxtaposition, c’est-à-dire par l’application de nouvelles couches sur les anciennes. Dans les corps vivants, l’accroissement a lieu par la nutrition , ou par l’élaboration dans le sein même de l’individu des matériaux susceptibles de lui être assimilés ; c’est ainsi que vivent et s’accroissent les animaux et les plantes. Dans ces deux dernières classes de corps, l’accroissement a lieu dans le premier âge de la vie, c’est-à-dire, à l’état embryonnaire , par un mode particulier qui n’existe que pendant peu de temps; ce mode est celui de V intussusception , ou de pénétration.
Dans les premiers jours de l’existence de l’embryon , il ne s’accroît que par l’agrégation des liquides qui entrent dans son intérieur, à travers les intervalles que laissent les molécules qui le composent : cet état dure jusqu’à ce que le système circulatoire soit organisé. Une fois que les vaisseaux exercent leurs fonctions, la nutrition du fœtus se fait comme elle doit avoir lieu pendant le reste de la vie. L’accroissement varie suivant les âges; il n’est pas toujours progressif, mais a lieu souvent d’une manière brusque. Ainsi, c’est du troisième au quatrième mois que le fœtus acquiert son plus grand développement. A la naissance, les nouvelles conditions dans lesquelles on trouve l’enfant influent aussi d’une manière notable sur son développement. L’accroissement est plus rapide dans les premières années , puis il est moins considérable ensuite; enfin, c’est vers l’époque de la puberté qu’il a lieu avec le plus de vigueur. L’accroissement en longueur ne dure ordinairement que jusqu'à l’âge de vingt à vingt-cinq ans, le terme varie suivant les individus, suivant les climats et même suivant les races humaines : passé cette époque , le corps acquiert encore du volume , mais c’est en force et en épaisseur.
Les organes varient aussi dans leur mode d’accroissement. Il en est qui prennent dès le commencement de la vie un volume considérable , ainsi le foie chez le fœtus ; il est d’autres organes qui disparaissent à certaine époque de la vie , ainsi le thymus , qui est assez gros avant la naissance , et qui disparaît progressivement chez l’enfant. D’autres organes semblent ne révéler leur existence
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que plus tard et lorsque seulement les individus paraissent aptes à remplir les fonctions auxquelles ils sont destinés; ainsi les mamelles ne se développent chez la jeune fille que lorsqu’elle commence à devenir pubère et qu’elle peut être appelée à remplir les fonctions de la maternité : il en est de même, chez les jeunes garçons, des organes génitaux qui augmentent de volume, et dont la vitalité s’accroît à l’époque de la puberté. On voit qu’il existe dans le grand ensemble des fonctions qui constituent la vie un ordre admirable, une liaison intime entre l’organe et la fonction , et une action réciproque de l’un sur l’autre ; ces belles lois qui non-seulement régissent l’existence des individus, mais encore celle des espèces, seront développées d’une manière complète au mot organisme.
L’accroissement en épaisseur chez l’homme cesse ordinairement dans nos climats vers l’âge de quarante ans; aussi les phrénologistes, et Gall spécialement, ont-ils remarqué que la tête augmentait de volume jusqu’à cette époque, et par conséquent le cerveau. Passé quarante ans, le volume plus considérable que peut acquérir un individu n’est dû qu’à la graisse qui vient se déposer dans le tissu cellulaire qui sépare les organes , et qui augmente les dimensions du corps sans accroître le volume des organes mêmes. (Y. les mots Age , Croissance , Organisme .)
J. -B. Beaude.
ACÉPHAE.E ( anat . path .), s. m. (du grec a privatif, et àeképhalê, tête). On désigne ainsi les fœtus qui naissent privés de la tête ou seulement d’une partie de cet organe ; cette différence a fait diviser les acéphales en complets et incomplets.
Avant que l’anatomie pathologique eût expliqué la formation de ces monstruosités, on considérait les acéphales comme des êtres en dehors de l’humanité : de là ces fables de femmes accouchées d’enfants à tête de singe, de chien, de cochon, etc., suivant que la forme de la tète de l’acéphale rappelait plus ou moins celle d’un de ces animaux. Il est des acéphales qui non-seulement sont privés de la tête , mais encore du col et de la portion supérieure du tronc. Cependant on a remarqué que jamais les acéphales n’étaient privés de l’abdomen, ce qui s’explique, attendu que c’est la portion de l’embryon qui se développe la première. On conçoit que chez des êtres aussi incomplets, les fonctions nécessaires à l’existence ne puissent s’exécuter, aussi meurent-ils ordinairement peu d’heures après être sortis du sein de leur mère; plus souvent même, ils ne donnent aucun signe de vie au moment de leur naissance. Les acéphales sont ordinairement des jumeaux, des tri et des quadrijumeaux; rarement ils sont seuls.
Les auteurs ont donné divers motifs pour expliquer cette maladie du fœtus : Morgagni et Haller l’attribuaient à une hydropisie du cerveau qui détruisait sa substance, Gall et Spurzheim à une organisation primitivement défectueuse ; aujourd’hui les naturalistes l’attribuent à un arrêt de développement des organes.
On conçoit qu’il peut exister pour les fœtus d’animaux ce "que l’on voit souvent dans les graines
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des végétaux, où la même enveloppe contient des graines régulièrement développées et d’autres qui sont avortées. On doit à M. Geoffroy Saint-Hilaire des travaux qui ont jeté un grand jour sur les causes et les diverses natures de ces monstruosités.
ACÉPKAX.OCYSTE (zool.), s. f. (du gr. a privatif, de képhalé , tête, et de cystis , vessie ; vessie sans tête). Dans la nature, tout se touche, tout s’enchaîne; les êtres passent les uns aux autres par des transitions insensibles; depuis les derniers des animaux jusqu’à l'homme, on trouve tous Jes intermédiaires, et nulle part la chaîne n’est interrompue. Il y a plus : non-seulement les êtres d’une même classe forment ainsi des séries continues, mais il existe des passages d’un règne à l’autre. Les eaux de nos rivières et de nos étangs nourrissent des productions ambiguës, problématiques, que l’on ne peut rapporter ni au l’ègne animal , ni au règne végétal ; et le naturaliste embarrassé, placé sur la limite de ces deux règnes, les fait passer alternativement de l’un à l’autre , ou même en fait un règne intermédiaire. Il en est de même de la pathologie et de la zoologie ; il existe un point où le médecin et le naturaliste se rencontrent; le premier croit avoir sous les yeux l’effet d’une maladie, une dégénérescence de nos tissus, une altération pathologique ; le naturaliste, au contraire, croit trouver un être , un animal d’une structure infiniment simple et qui s’est développé dans le sein d’un autre animal plus parfait.
Ces considérations étaient nécessaires pour faire comprendre l’embarras où nous sommes de donner une définition du mot acéphalocyste. Suivant les uns, ce sont des vers vésiculaires ; suivant d’autres, des kystes, c’est-à-dire, des poches développées accidentellement et remplies de liquide. Quoi qu’il en soit de la nature de ces productions, nous allons les décrire telles qu’elles se présentent dans le corps humain, en laissant indécise et sans solution la grande question de leur animalité. Qui sait? peutêtre n’y a-t-il pas de limites bien tranchées entre un travail morbide et la création d’un être nouveau, peut-être (et ces idées ont été soutenues en Allemagne) toutes les modifications de nos tissus ne sontelles que des tendances organisatrices des efforts de la nature, pour former des êtres ou des organes nouveaux. Qui peut dire que l’art ne reconnaîtra pas plus tard que des altérations morbides ne sont que le résultat du travail des tissus pour s’élever à un état d’organisation plus parfait?
Les acéphalocystes ou hydatides se présentent sous la forme de vésicules sphériques ou ovoïdes, dont le volume varie depuis celui d’un grain de chènevis jusqu’à celui de la tête d’un enfant. Les parois de ces vessies sont minces et assez égales, excepté dans quelques circonstances que nous exposerons plus bas. Leur tissu est homogène, fragile, sans fibres, plus ou moins transparent dans les vessies d’un petit volume, presque toujours opaque dans celles qui sont grosses. Ordinairement incolore, il offre assez souvent une légère teinte grise verdâtre, et surtout d’un blanc laiteux. Les vessies les plus volumineuses ont quelquefois leurs parois jaunâtres et tachetées à l’extérieur de petits
points noirâtres. Cette teinte, de même que plusieurs autres couleurs accidentelles, que la membrane des acéphalocystes présente assez souvent, paraît évidemment due à la couleur du liquide dans lequel les vers ont vécu. La consistance de ce tissu est analogue et ordinairement égale à celle du blanc d’œuf durci. Quelquefois cependant cette consistance est un peu moindre, et alors on peut à peine soulever Pacéphalocyste avec les doigts sans la rompre. Soumises au microscope, ces parois ne présentent autre chose qu’un tissu homogène dans lequel on ne distingue aucun organe. Lorsque les acéphalocystes sont un peu volumineuses, et que leurs parois ont une certaine épaisseur, on peut facilement diviser ces parois en deux ou plusieurs lames, comme on le ferait d’un blanc d’œuf cuit.
La cavité des acéphalocystes est remplie par un liquide qui , le plus souvent , est parfaitement limpide, et a toutes les propriétés de l’eau pure. Quelquefois même cette eau contient un peu d’albumine, et même d’autres matières dont nous parlerons plus bas. Telle est la structure des acéphalocystes; à leur surface elles présentent souvent des corps oviformes, blancs, opaques, semblables à des blancs d’œuf cuit. Leur grosseur varie depuis celle d’un grain de millet jusqu’à celle d’un pois vert. Ces corps sont placés les uns contre les autres dans les parois de la vésicule, dont on aperçoit la demi-transparence dans les petits intervalles qu’ils laissent entre eux. Quelquefois il y en a deux ou plusieurs couches appliquées l’une sur l’autre. Dans ce cas, ceux qui sont situés le plus près de la face interne sont ordinairement les plus gros : et font une saillie assez considérable dans la cavité de la vessie ; on peut les détacher facilement j de ses parois, et l’on voit alors à la place qu’ils ont quittée une petite fosse hémisphérique et lisse ; les corps oviformes les plus petits sont parfaitement pleins; ceux qui sont les plus volumineux offrent dans leur centre une cavité très-petite, à la vérité, vu l’épaisseur de ces parois, mais la propor- , tion se rétablit à mesure que le corps oviforme se développe, car plus il est volumineux , plus sa cavité est grande relativement à l’épaisseur de ses parois. Cette observation conduisit Laënnec, à qui j nous empruntons tous ces détails, à penser que ces corps ne sont rien autre chose que des acéphalocystes naissantes. Il paraît certain que lorsqu’ils sont suffisamment développés, ces vers naissants se détachent des parois de leur mère, tombent ; dans sa cavité intérieure, et y prennent ensuite de l’accroissement.
Laënnec a rencontré plusieurs fois des acépha- | locystes qui en contenaient d’autres très-volumi- J neuses ; ces dernières en contenaient elles-mêmes b de nouvelles qui étaient aussi assez considérables. ; 11 est à présumer que lorsque les nouveaux vers | ont acquis un certain volume, ils finissent par faire I éclater leur mère en la distendant outre mesure, car presque toujours on trouve les plus grosses acépha- | locystes rompues.
Ce mode de reproduction , qui rappelle celui des f plantes, est aussi celui des hydres ou polypes, qui < se régénèrent ainsi par de petits boutons naissant I sur leurs parois , et qui , lorsque leur dévelop- I
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pement est parfait, se séparent de l’individu qui leur a donné naissance. Les acéphalocystes paraissent jouir d’un second mode de reproduction analogue au précédent , mais qui en diffère en ce que la nouvelle acéphalocyste se forme en dehors de l’ancienne , et non pas en dedans, comme dans le cas précédent. Ce sont des corps parfaitement transparents , formés par un tissu homogène semblable à celui du ver. Les uns sont allongés, les autres cuboïdes, d’autres très-aplatis ; quelques-uns sont unis de continuité de substance à ceux qui les environnent : leur grosseur varie beaucoup ; quelques-uns sont à peine visibles ; d’autres ont le volume d'un grain de chènevis; les plus petits sont absolument pleins; les plus gros se rapprochent plus ou moins de la forme arrondie ; ces derniers sont creux, car quand on les pique avec une aiguille, il en sort une gouttelette de liquide. Il est extrêmement probable que ces corps sont des acéphalocystes naissantes qui se détachent de la surface extérieure de leur mère, lorsqu’elles sont arrivées à un certain développement.
On voit, par tous ces détails, que l’acéphalocyste est l’un des plus simples de tous les animaux. Quand il n’est pas dans son état de reproduction , il se présente sous l’aspect d’une simple vessie membraneuse de consistance d’albumine à demi concrète , et dans laquelle l’œil ne peut pas apercevoir, même à l’aide du microscope, aucun organe distiuct. C’est cette simplicité d’organisation qui a fait douter que les acéphalocystes fussent de véritables animaux ; on a dit que c’étaient de simples kystes, c’est-à-dire des membranes renfermant un liquide qu’elles ont sécrété par leur face interne. Ces kystes sont communs dans l’économie ; ils se développent souvent à la tête, dans les cheveux, au-devant des genoux ou dans d’autres parties du corps ; mais , ont objecté les partisans de l’anomalie des acéphalocystes, comment expliquer leur reproduction ? Elle s’explique , en supposant que le même agent morbide qui a favorisé le développement du premier kyste a déterminé la formation de nouvelles tumeurs qui se sont développées à l’intérieur ou à l’extérieur de la première. On ajoute que le mouvement est un des caractères principaux de l’animalité, et que les mouvements de ces vésicules n’ont été encore observés qu’une fois par M. Percy. L’argument le plus fort en faveur de l’animalité de ces productions, c’est leur analogie avec d’autres vers , les cijsticerques , autre genre d’hydatides dont la nature n’est pas douteuse. Aussi s’accorde-t-on à ranger les acéphalocystes parmi les vers intestinaux vésiculaires, ou entozoaires vésiculaires.
Les acéphalocystes habitent diverses parties du corps de l’homme et des autres grands animaux, et leur présence finit toujours par devenir la cause d accidents graves et souvent mortels. On les trouve principalement dans le foie, le poumon, les reins, la matrice, le cerveau, et enfin dans les muscles. Elles sont ordinairement réunies en grand nombre dans une même poche , dans un même kyste. On en trouve alors de toutes les grandeurs, depuis les plus volumineuses, qui, comme nous l’avons dit, sont ordinairement rompues, jusqu’aux plus petites. Ces vers nagent dans un liquide qui, quel-
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quefois est semblable à de l’eau pure, mais qui souvent aussi est jaunâtre, bourbeux, puriforme, plus ou moins épais. Il est rare qu’un kyste ne renferme qu’une seule acéphalocyste ; lorsque cela a lieu, le ver est ordinairement fort gros et en contient plusieurs autres dans la cavité intérieure.
Les kystes qui servent de demeure aux acéphalocystes, en se développant dans le corps de l’homme, troublent des fonctions plus ou moins importantes. Les effets fâcheux qu’ils produisent varient singulièrement non-seulement dans chaque organe, mais encore dans le même organe. En général, ces kystes paraissent agir sur les organes de l’homme à la manière des corps étrangers, c’està-dire en comprimant et en refoulant les parties au milieu desquelles ils se développent. Aussi leurs signes sont-ils extrêmement difficiles à distinguer de ceux de plusieurs autres affections , et notamment de ceux des tumeurs enkystées ordinaires, qui ne contiennent que de la sérosité ou qu’une matière albumineuse dont l’aspect varie.
Il arrive assez souvent que les kystes qui renferment ces vers se rompent, et s’ouvrent spontanément dans une des cavités du corps. C’est ainsi qu’on a vu des acéphalocystes du poumon être crachées par des malades, celles du foie être rendues par le vomissement ou les selles : on a même vu quelquefois ces dernières sorties par un abcès formé dans les parois abdominales. Les acéphalocystes situées dans la cavité de la matrice en sont expulsées par les contractions de ce viscère , c’està-dire par un mécanisme absolument semblable à celui de l’accouchement. La rupture de ces kystes a ordinairement des résultats très - heureux , et l’art a quelquefois imité les procédés de la nature en les incisant. Ces vers peuvent aussi périr spontanément, et alors le kyste se resserre, ses parois se soudent , et une cicatrice remplace la cavité qui existait auparavant. Il serait à désirer que l’art possédât un médicament qui , pris à l’intérieur ou administré en frictions , déterminât la mort des acéphalocystes, car les kystes qui les renferment ne sont pas toujours accessibles à l’instrument tranchant. On a proposé successivement le sel commun, l’huile empyreumatique , et le calomel ou mercure doux (protochlorure de mercure); mais l’expérience n’a pas encore décidé de la valeur de ces médicaments contre les vers vésiculaires. Martins.
acerbe {mat. méd .), adj. (du làt. acer). Se dit de la saveur que produisent certains végétaux amers et astringents; elle est ordinairement déterminée par la présence du tannin et de l’acide gallique. J. B.
ACÉTATE ( clùm .), s. m. (du lat. acetum, vinaigre). On désigne sous le nom d’acétate des sels qui sont formés par l’acide acétique et une base ; les acétates sont solubles dans l’eau et dans l’alcool, ils sont décomposés par le feu , à l’exception de l’acétate d’ammoniaque; l’acide sulfurique les décompose tous, et il se dégage de l’acide acétique, qui est très-reconnaissable à son odeur. Les acétates sont employés en médecine et dans les arts; les
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