L. Martinet
Professeur agrégé, Ancien chef de clinique de la Faculté de Paris , à l’Hôtel-Dieu.
afflux, (pafh.), s.m., du verbe affluer e, affluer. On désigne sous ce nom un concours de liquides ver£ une partie; il se dit de l’accumulation du sang et des autres humeurs vers un point primitivement irrité. L’afflux des liquides est un des syptômes de l’inflammation. J. B.
agacement, (path. ) s. m., du grec akazéin agacer. So r te d’irrit a lion par ti cubère qui es t intermé diair e entre la douleur et la titillation. On donne ce nom
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à certains phénomènes nerveux qui font supporter avec peine toutes les sensations extérieures : on dit vulgairement, dans ce cas, que l’on a les nerfs agacés.
Agacement des dents se dit de l’action de substances acerbes ou acides sur ces organes, qui rendent douloureuse l’action de mordre ou de mâcher L’on a conseillé , pour remédier à l’agacement des dents, de mâcher des tiges de pourpier, de frotter les dents et les gencives avec du marc de café , d’appliquer un linge chaud sur ces parties, enfin, et surtout lorsque l’agacement est occasioné par des acides, de frotter les dents avec du carbonate de chaux ; on peut , dans ce cas, frotter les dents avec une poudre faite avec du quinquina, du carbonate de chaux et un peu de sucre; on a aussi conseillé , dans le même but , de mâcher du fromage , qui agit par son principe alcalin et qui neutralise l’acide qui attaquait l’émail des dents. J. B.
agaric de chêne [chir. méd.) , s. m.,boletus igniarius, champignon dont on fait usage pour arrêter de légers écoulements sanguins. Pour le bien préparer, on enlève l’enveloppe extérieure, on coupe par tranches la substance intérieure, on la bat avec un maillet en la mouillant de temps en temps , puis à sec , jusqu’à ce qu’on l’ait rendue douce, moeUeuse et privée de toute callosité.
A l’époque où l’on crut avoir découvert l’agaric comme puissant moyen hémostatique , on s’en servit pour arrêter le sang à la suite d’opérations assez graves, tels que des amputations de membre; des hémorrhagies funestes répondirent à cet enthousiasme et l’agaric tomba dans l’oubli.
L’on sait aujourd’hui que l’agaric n’agit qu’en absorbant la partie la plus séreuse du sang, l’humidité de la plaie et en se collant aux tissus, mais il faut toujours ajouter une compression assez forte et quelque temps continuée.
Lorsque le sang coule en nappe , qu’il sort de vaisseaux très-peu volumineux, qu’une ligature ne pourrait saisir, ce qui a lieu dans le cas d’opérations pratiquées sur la peau seulement, ou sur des tissus spongieux tout à fait capillaires , ou encore par la morsure des sangsues , dans ces différentes circonstances, on a recours à l’usage de l’amadou, et voici la manière de s’en servir : il faut absterger et dessécher parfaitement la plaie , avec un linge fin ou une boulette de charpie , que l’on maintiendra fixée d’une main sur le point qui fournit le sang, jusqu’à ce que le morceau d’agaric tenu de l’autre main soit prêt à le remplacer; aussitôt des boulettes de charpie et des compresses épaisses seront appliquées sur l’agaric et assujéties par un bandage convenablement serré ; sans ces précautions minutieusement prises, le sang pénétrerait bientôt l’amadou , le détacherait des tissus et continuerait de couler.
l'agaric de mélèze, l'agaric blanc, bolelus purgans , se réduit facilement en poudre ; il contient une résine particulière, un extrait amer et une matière fongueuse. Cet agaric est très-dangereux, il agit comme purgatif et comme émétique; on l’a quelquefois employé contre les sueurs qui consomment les phthisiques. Caffe.
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âge ( physiol. ), s. m. On entend, par ce mot , les diverses périodes qui partagent tout le cours de la vie humaine. Ces périodes sont marquées, dans les deux sexes, par des changements d’organisation qui pour l’un et pour l’autre font varier la dimension des parties, les formes extérieures, les forces, les aptitudes , les actions. Tous ces changements se réduiraient en général à deux changements principaux.Lepremiercomprendraittoule cette suite d’évolutions que parcourt l’économie pour parvenir à son enlierdéveloppement : le second, toutes les séries des dégradations qui en caractérisent le déclin , et la ramènentaunéantd’oû elle était sortie; je parle ici de ce que l’homme a de matériel, c’est-à-dire, d’accessoire et de momentané; car’ ce qui est proprement lui, ce qui constitue sa personne, est un principe d’une tout autre nature , et sur lequel nous essaierons de proposer plus loin quelques vues.
Notre vie se partagerait donc en deux grandes périodes, ou deux âges: le premier, consistant dans un mouvement d’expansion graduel et soutenu qui, à partir de la naissance, se prolongerait jusqu’à la quarante-neuvième année, et composerait ainsi ce qu’on appelle la grande semaine de la vie ; le second, marqué par un mouvement de resserrement progressif, qui, à partir de ce dernier terme, se prolongerait jusqu’au terme final, où s’arrêtent et s'éteignenlle sentimentet le mouvement. Quelle durée embrasse cette seconde moitié de la vie humaine ? et quelle serait conséquemment la durée totale de cette vie? Question de statistique qui sera résolue à l’article Longévité.( Y. ce mot. ).
Du reste , en reprenant ces deux moitiés , il est visible qu’indépendamment des différences qui les distinguent l’une de l’autre , chacune d’elles présente encore des différences manifestes , qui permettent de les sous-diviser en périodes successives de grandeur inégale, et toutefois assez nettement limitées. Ainsi, la première comprendra l’enfance , la puberté , la jeunesse , l’âge viril ou l’âge mûr. La seconde comprendra le déclin , la vieillesse, la caducité, la décrépitude; et si à la mort , qui en est le terme inévitable , succèdent des phénomènes de décomposition , qui seraient plutôt du domaine de la chimie que de celui de la médecine, en revanche, en remontant au-delà delà naissance, on rencontre une période de composition qui se passe dans le sein de la mère, et forme pour le nouvel être un âge antérieur à tous les autres; mais comme tous les autres, cet âge a ses phases et ses évolutions ; il a ses passions , ses habitudes , ses accidents , ses maladies , ainsi que Chaussier l’a fait voir; et l’on ne peut douter que ces désordres primordiaux n’en préparent d’ultérieurs dans tout le reste dejl’existence. Quelque importante que soit cette matière, j’abandonne le soin de la traiter à des mains plus habiles et plus exercées (V. Ovologie, Fœtus, etc.), et je me renferme en ce moment dans la considération des âges, dans les rapports qu’ils ont entre eux, et dans les inductions pratiques qui pourront naître dans cette double source.
Pour désigner le premier âge de la vie , nous n’avons dans notre langue que le mot enfance, et
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d'après l’étymologie, ce mot n’indiquerait que l’époque de ce premier âge où l’homme ne parle pas encore. LesLatins n’entendaient par enfance que les sept premières années: les sept autres jusqu’à quatorze ans, appartenaient à une période qn’ils appelaient pueritia. On ne fait en français aucune différence entre in fans et puer :mais cette différence n’en est pas moins réelle, elà ce compte, l’enfance se partage naturellement en deux périodes égales, de sept ans chacunes; et l’étude des maladies propres à ces deux moitiés conduit encore, ainsi qu'on le verra bientôt, à de nouvelles sous-divisions.
On sait que l’acte qui met au monde un enfant le fait passer d’un milieu dans un autre. Ce passage est brusque, et ces milieux n’ont presque rien d’analogue; ni la consislance, ni la composition , ni la température , ni l’impression qu’ils portent sur la sensibilité du nouvel être ; ce qui va contre la prétendue loi des transitions insensibles. Quoi qu’il en soit, le nouveau milieu , l’air, par son action sur la peau et sur les nerfs de l’odorat, met en jeu le mécanisme de la respiration. La poitrine se dilate, les poumons s’ouvrent, l’air se précipite pour en développer les vésicules , et le premier échange se consomme entre ce fluide et le sang qui va circuler désormais. Telle est la première aspiration , après quoi la poitrine se resserre , les poumons se replient sur eux-mêmes , et l’air est chassé au dehors. Telle est la première expiration , à laquelle succède une aspiration nouvelle ; ainsi de suite pour tout le reste de la vie : car l’air étant pour la vie l’aliment par excellence , la respiration ayant une fois commencé, elle ne s’arrête plus qu’à la mort. Comment expliquer la spontanéité d’un tel acte , lequel est fondé sur la plus sublime physique? Il faut ici admirer et se taire, comme pour d’acte spontané de l’accouchement; comme pour l’acte spontané de la succion chez l’enfant qui vient de naître ; comme pour tous les actes de la vie, dont il est impossible de rapporter l’origine à aucune impulsion mécanique.
Du reste, ainsi dilatés par l’action de l’air, les poumons perdent leur couleur foncée et leur densité primitives. Vivifié par l'air , le sang qui les gorgeait se meut , et comme de nouvelles voies s’ouvrent devant lui, il abandonne quelques-unes de celles qu’il avait pratiquées jusque-là. Des veines, des artères qu’il parcourait s’oblitèrent et se changent en ligaments, au foie, entre l’artère pulmonaire et l’aorte, près de l’anneau ombilical, etc. L’ouverture qui faisait communiquer entre elles les deux oreillettes du cœur se ferme par degrés, et la cloison qui les sépare est complète. Des valvules , desglandes s’effacent, ou ne laissent après elles que de légers vestiges rie thymus, la glande thyroïde , les glandes surrénales , etc. Je ne parle point de l’ouraque , ni de la membrane pupillaire, ni de la descente plus ou moins tardive des deux testicules , ou d’un seul dans le scrotum , ni de la forme singulière qu’affecte le cæcum , etc. ; je dirai seulement que, tandis que l’air, par les alternatives d’entrée et de sortie, divise, dessèche, entraîne par le larynx et la bouche les mucosités visqueuses qui tapissaient les voies
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respiratoires, les intestins sollicités par l’action du premier lait que l’enfant suce de sa mère , se délivrent du liquide appelé méconium , qui en remplit le canal; liquide d’un brun verdâtre, déposé dans cette cavité par les sucs même du fœtus, et teint par la première bile qu’ait sécrétée le foie ; car lorsque le foie manque , l’intérieur des intestins ne contient plus, au lieu de méconium , qu’une mucosité sans couleur. Je n’insiste sur ces détails que pour montrer l’origine de quelques-unes des maladies qui menacent l’enfant nouveau-né , telles que l’asphyxie (Y. ce mot); l’éclampsie, laquelle peut être produite par la rétention du méconium; les terreurs, les insomnies, les toux, les vomissements, les aphtes, les inflammations ombilicales, etc. Voyez sur ce point la courte statistique consignée par Hippocrate dans le vingtquatrième aphorisme de la troisième section. Enfin l’on comprend que si le séjour prolongé du méconium peut être dangereux, celui du liquide urinaire ne le serait pas moins. 11 importe donc que ce liquide soit excrété dès le premier jour. 11 est, à cet égard, des moyens que l’art possède et qui ne sont pas de mon sujet. Quant à la couche blanchâtre et tenace que laissent sur l'enfant les eaux, de l’amnios, c’estune sorte d’épiderme temporaire qu’il serait peut-être à propos de respecter. On a soin toutefois de l’enlever par des lotions faites avec des liqueurs tièdes : or , cette douce température est certainement la plus favorable à l’enfant; car , quoi qu’on ait dit sur l’effet tonique du froid , quoiqu’il existe dans le Nord des contrées où les femmes accouchent sur des lits de neige , d’où elles ne retirent leurs enfants que lorsqu’ils sont presque asphyxiés; quoiqu’on ait des exemples multipliés d’immersions subites, faites impunément d’un milieu très- chaud dans un milieu très-froid, cependant il faut toujours se souvenir que le fi oid est l’ennemi des nerfs ; qu’il blesse cruellement les êtres délicats et mobiles, qu’il les jette dans les convulsions, ou les y prépare pour l’avenir; que ces extrêmes ne sont supportables que pour des organisations naturellement vigoureuses ; et qu’avant d’oser les convertir en préceptes, il serait nécessaire avant tout d’établir par des chiffres quels en sont , dans la majorité des cas, les résultats définitifs. Si l’homme est devenu le maître de la terre , ce n’est point par sa force , c’est par sa souplesse ; et en agissant sur les organes, à l’époque où ils sont encore si tendres et si ductiles, gardez-vous d’ôter trop à la seconde pour donner trop à la première.
On voit, par ce qui précède, que l’organisation , ébauchée dans le sein de la mère , se continue après la naissance , pour ne s’achever qu’à une période ou à un âge beaucoup plus avancé. Non seulement de nouvelles fonctions s’établissent, la respiration , la digestion , les excrétions, l’exercice de cette portion de lasensibilité qui estaffectée aux sens extérieurs, le goût, la vue , l’odorat , l’ouïe et même le toucher qui a déjà reçu des impressions, mais encore des fonctions préexistantes, la circulation, la nutrition, quelques sécrétions, et’même la locomotion et la sensibilité prennent de nouveaux développements , se Iportent sur un plus
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grand nombre d’objets, se prêtent à un plus grand nombre d’actes ; et comme ces progrès sont presque simultanés, ou qu’ils semblent se susciter presqu’immédiatement les uns par les autres ; qu’il nous soit permis de nous restreindre, sur ce point, à quelques vues générales.
L’enfant vient au monde avec un ensemble d’organes rares, mous, flexibles, abreuvés de liquides; ou plutôt il ne serait, à vrai dire, qu’une masse organisée de liqueurs , lesquelles ont pris dans quelques systèmes, un commencement de consistance. Le système osseux qui sert lui-même d’étui aux grands centres nerveux , et de soutien à tout le reste, ce système participe encoredelamollesse du cartilage , qui en est la trame originelle. Les os plats sont encore cartilagineux sur leurs bords, comme on le voit aux fontanelles; les extrémités des os longs ne sont point soudées avec le corps, et forment ce qu’on appelle des épiphyses. La chair proprement dite , celle des muscles , est peu colorée ; le tissu cellulaire qui les environne paraît gonflé, et de là vient la forme arrondie de tous les membres ; cependant cette masse est animée , dilatée , soutenue par un cerveau proportionnellement très-volumineux , ou ce qui est la même chose, par une sensibilité très-expansive et très-mobile ; d’où l’on voit que , blessée par une impression pénible intérieure ou extérieure, etspécialement parcelle du froid, cette sensibilité ramenant vivement sur eux-mêmes les tissus qu’elle tenait épanouis , les liquides y sont emprisonnés, comprimés, j’ajoute altérés; car telle est l’instable composition des liquides animaux , que les moindres variations de température et de pression, ce qui est peut-être la même chose, en changent subitement les conditions intérieures, comme on peull’observer pour l’albumine. Tel est probablement leprincipe de certaines affections convulsives ou autres, et spécialement de cet endurcissement du tissu cellulaire si familier àla première enfance.
Cet état de mollesse primitive est le résultat nécessaire des matériaux de composition que la mère transmet au fœtus pendant toute la durée de la grossesse , matériaux dont la nature n’est pas encore nettement dé terminée . Désormais , c’est un sang oxygéné, c’est un sang renouvelé, alimenté par l’absorption et la digestion , que les nutritions, que les sécrétions vont mettre en œuvre pour composer les solides, et préparer les liqueurs animales; et, quelqu’impénétrable que soit la nature des changements qui vont s’opérer, il est certain que toutes les parties de l’organisation prennent insensiblement plus de consistance et de fermeté; que la force d’expansion quilespénètreàl’intérieur les dilate, les ouvre de plus en plus aux molécules nutritives qui s’y déposent, et qu’enfin cette force augmente ainsileur volume danstouslessens;maisdans de telles proportions, que les formes devenant plus élégantes et plus décidées, n’en sont que mieux appropriées au rôle qui leur est départi. Ce mouvement soutenu qui déploie les organes du centre à la circonférence, serait trop précipité par un exo cès de chaleur , mais il serait trop contraint par le froid et par la compression ; et cette remarqusuffirapour faire comprendre avec quel discerne-
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ment il faut concilier, autour de l’enfantqui croît, deux choses nécessaires à cet accroissement; je veux dire une douce température, laquelle exige une extrême propreté; et la liberté dont les membres de l’enfant doivent jouir pour se mouvoir à leur aise.
D’un autre côté , les sucs digestifs, la salive, la bile , le suc pancréatique , ont encore très-peu d’énergie. Ils ne peuvent agir que sur des aliments d’une assimilation si facile, que pour être complète, elle ne demande qu’un faible travail. La nature a {pourvu à cette nécessité en donnant à la mère deux organes où se filtre le seul aliment que l’enfant puisse digérer dans les premières heures de sa vie. Cet aliment est le lait ; liquide d’abord , séreux et purgatif, pour provoquer l’évacuation du méconium; puis devenant consistant pour devenir nutritif. On a déterminé par l’analyse quelle est la composition du lait; mais il faut l’avouer , celte analyse est encore très-imparfaite. De tous les liquides animaux , le lait est peut-être le plus instable dans son intime composition. Il n’en est point qui contracte plus rapidement les qualités , même les plus fugaces, de l’aliment dont se nourrit la mère ; et s’il est vrai , comme l’attestent quelques observateurs dignes de foi, s’il est vrai que ce lait reçoit et transmet, jusqu’aux principes des qualités morales, on comprendra, d’une part, quelle est la faiblesse des investigations chimiques; de l’autre, quels soins délicats et minutieux exige l’allaitement (V. ce mot), et avec quel scrupule la mère, ou la femme qu’on lui substitue, et que je suppose digne de suppléer une mère, doit veiller sur tous les détails de son régime et de sa conduite. Que sera-ce si, faute de lait , on fait prendre à l’enfant une nourriture visqueuse, rebelle aux forces digestives, saburrale, stationnaire, qui par un séjour prolongé dans l’estomac et les intestins se détériorera de plus en plus, et où l’absorption puisera des éléments dangereux qu’elle versera dans la circulation ? De quelques ténèbres que soit enveloppée la première origine des maladies, peut-être est-il permis de croire qu’indépendamment des vices héréditaires, et des principes morbifiques qui s’insinuent chez les enfants par d’autres voies, par celle des poumons , par exemple, la plupart des affections vermineuses , cutanées, spasmodiques , éruptives qui les affligent , n’ont pas d’autres sources que celles que je viens d’indiquer.
Dans le sein de sa mère l’enfant dormait; il dort beaucoup encore après sa naissance; mais ce sommeil est souvent interrompu parla faim et par la douleur. Ces deux souffrances lui arrachent des cris , et ces cris, tout en fortifiant par l’exercice les agens de la respiration , font porter sur les intestins une pression brusque qui détermine quelquefois des hernies, sorte de déplacement qui peut être lié soit à la marche du testicule , soit à des aptitudes de famille. (Y .Hernies). Il importe donc d’accourir aux cris de l’enfant, pour le délivrer de ce qui le gêne et l’irrite : car, s’il est nécessaire de nous endurcir de bonne heure contre les maux physiques, il ne faut pas oublier qu’il est des organisations qu’une irritation répétée détériore pour toujours: déplorable condition de notre nature,
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d'avoir à redouter également et l’action et l’absence de la douleur.
Quelle sera la durée de l’allaitement > soit que l’enfant ne prenne que le lait de sa mère ou de sa nourrice; soit qu’on y associe ou qu’ony substitue le lait de vache , de chèvre , de brebis , etc., ou quelque préparation artificielle , telle que la décoction de blé, si vantée par Percy etc.?à quelle époque estil permis d’y joindre quelques aliments plus solides? Questions auxquelles on ne peut donner aucune réponse absolue , ou plutôt auxquelles la nature semble répondre elle-même par l’acte qui va développer de nouveaux organes; je veux parler de la dentition ( Y. ce mot ). C’est au septième , c’est au huitième mois, c’est quelquefois à la fin de la première année que les huit incisives percent en devant les deux mâchoires : plus tard, à des distances diverses , à cette même fois de la première année ou dans le courant de la seconde, sortent les canines et les seize dents appelées molaires. Les incisives , les canines et les quatre premières molaires tombentnaturellementdansla cinquième, sixième ou septième année, chassées de leurs alvéoles par d’autres germes qui croissent pour les remplacer; ces seconds germes manquent aux autres molaires. Cette chute et ce renouvellement se consomment quelquefois beaucoup plus tard ; et finalement le nombre primitif des dents s’élève de vingt-huit à trente-deux , par l’éruption de quatre autres dents, appelées de sagesse, lesquelles se montrent aux deux extrémités de chaque mâchoire , à une époque plus ou moins avancée de la vie, de quinze à vingt-huit ans et au- delà. Du reste, toutes ces périodes de dentition successives sont très -variables. J’ai vu un enfant venir au monde avec toutes ses dents; il était phthisique, et n’a vécu que peu d’années. La première dentition est quelquefois différée jusqu’à l’âge de douze ans, et l’apparition de la seconde jusqu’à la puberté. On a vu des incisives paraître à vingt et un ans et se renouveler à quatre-vingt-quatre ans : exemple manifeste cette fois de cette irrégularité qui frappe si souvent dans la marche des mouvements vitaux.
Ce qu’il importe de constater ici, c’est qu’à quelque époque qu’il se passe , ou qu’il se renouvelle, le travail de la dentition est plein de dangers. S’il a été funeste à un homme de quatre-vingtseize ans qui a succombé à l’issue violente de quatre dents nouvelles, à plus forte raison sera l il menaçant, lorsqu’il s’allume pour la première fois dans une organisation tendre et mal affermie contre la douleur. Il est en effet marqué , dit Hippocrate , ( Aph.,25 , sect. m, ) « par le prurit et l’ir- » ritationdes gencives, lesfièvres, les convulsions, » les diarrhées, surtout à la sortie des dents cani- » nés, et chez les enfants qui ont beaucoup d’em- » bonpoint, et une constipation habituelle. » Cet aphorisme , adopté par Celse , n’a été commenté par les plus grands médecins que parce qu’ils er. ont senti la justesse. Toutefois, il est quelquesuns de ces accidents qui semblent s’exclure, ou tenir lieu de l’autre. Les mouvements fébriles ne sauraient co-exister avec les mouvements convulsifs, comme l’ont dit Hippocrate et Morgagni; et
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ces derniers mouvements alternent avec la diarrhée. Aussi est-il de règle, pendant la dentition , de tenir le ventre des enfants dans une grande liberté; et comme cet effort de dentition se soutient quelquefois pendant très-long- temps, et qu’une des lois de notre nature est de tourner en habitude ses moindres actes, il s’ensuit que ces accidents se reproduisent de loin en loin, depuis le septième ou huitième mois jusqu’à la troisième et quatrième année. De là vient que pendant ce premier demiseptenaire, la vie de l’enfant est si chancelante et si incertaine. A l’égard de la pléthore dans les enfants, cet état rend, on le sait, la dentition plus difficile et plus périlleuse , et l’on sait aussi que le moyen le plus direct d’y remédier est de dégorger les vaisseaux du cerveau.
Après cette période si pleine d’écueils , la vie de l’enfant paraît plus assurée , et il marche avec plus d’énergie dans ses développements ultérieurs.Pour être conduits comme il convient , ces développements, soit physiques, soit intellectuels et moraux, demandent un art merveilleux, qui sache les proportionner, les approprier l’un à l’autre, et concilier ainsi pour l’avenir les deux qualités qui formen t le noble caractère de notre espèce ; je veux dire, l’intelligence et la force. Cet art est celui de l’éducation. Ici rien n’est indifférent, et s’il m’est interdit de toucher à celte partie de l’éducation qui se rapporte à la culture de l’esprit, je dois rappeler du moins que cette culture elle-même est subordonnée à celle des sens, et par une connexité nécessaire à la régularité de toutes les fonctions ; d’où l’on voit que l’éducation doit emprunter à chaque instant les secours de l’hygiène et de la médecine, et qu’à proprement parler ces trois moyens d’action sont inséparables, et se confondent dans un but commun, qui est le perfectionnement de l’homme. Une dernière vue que je dois proposer sur le premier âge de la vie, c’est qu’à cet âge la force nerveuse et la force digestive sont pour ainsi dire en sens inverse. La première est trèsénergique , et cette énergie est probablement en raison du volume prédominant de l’encéphale. Cet organe, plus mou d’ailleurs et plus perméable, ainsique toutes les parties qui l’environnent, doit doncrecevoirproportionnellementune plus grande quantité de sang artériel, contenir une plus grande quantité d’humeurs , s’ouvrir plus facilement aux congestions sanguines ou séreuses ; et comme il est en même temps plus accessible aux impressions, on conçoit que par la plus légère irritation prochaine ou éloignée , il peut devenir un grand centre de fluxions inflammatoires, et en ressentir ultérieurement toutes les suites, les adhérences, les épanchements , les compressions , etc. Or , si dans son état normal, c’est-à-dire, si dans la plénitude de sa force l’encéphale provoque, soutient, régularise tous les mouvements de l’économie, ceux de la respiration, de la circulation, de la nutrition, delà digestion, de la locomotion, etc.; si ces mouvements allument dans l’intérieur des organes une température qui les épanouit et les défend contre le froid; en revanche on conçoit que dans un état de gêne , et d’offense , l’encéphale ne produise plus ces mouvements qu’avec tumulte et confusion.
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Maintenant combinez dans votre esprit ces causes si variées de perturbation ave clés causes analogues, qui résultent des écarts de régime, de l’excès et de la mauvaise qualité de certains aliments, et par suite d’une digestion , d’une nutrition , d’une assimilation également imparfaites : joignez-y tant d’erreurs contre les lois de l’hygiène; erreurs que, soit éventualité, soit étourderie, on n’épargne pas toujours à l’enfant, ou que l’enfant ne sait pas s’épargner, et vous comprendrez comment au nombre des affections du premier âge, Hippocrate, Slahl, et les plus habiles observateurs ont fait entrer les douleurs, les ardeurs, les chaleurs de la tête, le suintement des oreilles, l’ophthalmie, les inflammations do la bouche et des tonsilles, l’asthme, les déviations des vertèbres ou la gibbosité, les oreillons, les écrouelles, la strangurie , le calcul , les lombrics , les ascarides, etc.; puis les fièvres de long cours, les hémorrhagies nasales, dernières maladies qui semblent marquer la transition de l’enfance à la puberté. Une remarque importante c’est que les longues fièvres à cet âge sont presque un gage de longévité. En second lieu, les hémorrhagies nasales, la salivation, les diarrhées , les éruptions à la peau , dont les familles s’effraient si facilement, tous ces actes spontanés d’une nature conservatrice sont comme autant de préservatifs contre les maladies convulsives, et spécialement contre l’épilepsie. Il faudrait donc, selon les occurrences, ou favoriser ces derniers accidents, ou ne les combattre que pour les modérer; et ce n’est jamais qu’avec une extrême réserve, avec beaucoup de lenteur et presque uniquement lorsque les pertes qu’ils entraînent minent la constitution générale, qu’il faudrait s’appliquer à les supprimer.
Il ne sera point ici question de quelques maladies qui, bien que propres à tous les âges, semblent néanmoins l’être plus encore à l’enfance; la rougeole, la variole, la scarlatine, etc., (Y. ces mots), ni du développement grad,uel de la taille , ni de la durée variable des maladies, etc., durée qui paraît en général se prolonger beaucoup plus que dans les autres âges, puisque, d’après l’autorité d’Hippocrate, elles persistent les unes quarante jours, les autres sept mois ; celles-ci sept ans, celles-là jusqu’à la puberté. Serait-ce que, partagée entre le long travail de l’accroissement et le travail nécessaire à la conduite des maladies , la nature dans l’enfant liant ces deux travaux l’un à l’autre, les soutient avec peine et achève lentement les guérisons? N’est-ce point par une raison semblable que la consolidation des fractures chez les femmes grosses est quelquefois si retardée ?
Nous voici à une nouvelle époque importante , à un nouvel âge, à la puberté, qui ouvre lajeunesse. Ici s’arrêtent ou peuvent s’arrêter les maladies de l’enfance , celles qui tiennent proprement aux conditions de l’économie dans le premier âge. La puberté, lajeunesse sont donc comme le terme critique de ces maladies primitives; c’est qu’en effet la constitution change. Un nouveau feu s’allume, les solides, les liquides prennent simultanément un nouveau tour de composition. Les premiers de-
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viennent plus compactes; les seconds plus plastiques; mais ces nouvelles conditions ouvrent ellesmêmes la porte à de nouvelles maladies , lesquelles auront de nouveaux théâtres; parce qu’originellement concentrées vers la tête, les forces vitales vont se concentrer sur la poitrine et le bassin, non pour y façonner, mais pour y faire prendre à des organes, déjà ébauchés, des développements qui les rendent complets, et les approprient de plus en plus aux fonctions qui leur sont réservées. Jusque-là les deux sexes, distingués seulement par des caractères, à la vérité, essentiels, mais locaux et bornés , étaient confondus par tous les autres. Des deux parts la taille s’élève, les membres prennent plus de volume : la poitrine, les poumons, le cœur, les vaisseaux, plus de capacité; le bassin plus d’ampleur, surtoutchezlafemme.Les formes extérieures achèvent de se dessiner. Mais du côté de l’homme , chez qui le tissu cellulaire est plus serré , et en apparence moins abondant , ces formes ont des reliefs , des saillies qui résultent du renflement des chairs contractées, et qui annoncent la vigueur de tout le système musculaire; tandis que du côté de la femme les tissus conservant toujours une partie de leur mollesse et de leur humidité primitives, les formes sont plus douces, plus arrondies, et sont un témoignage permanent de faiblesse originelle. Ces caractères opposés de faiblesse et de force se retrouvent partout: regard, physionomie, attitude , mouvement, parole, geste, action; ici, énergie, fermeté, audace, dureté, commandement; là, timidité, pudeur , hésitation , tendresse , pitié , soumission. Mais ce qui achève de distinguer les sexes, ce sont les modifications que subissent des deux parts les organes génitaux; puis, d’un côté, la formation complète des mamelles, et l’éruption des règles; et de l’autre , l’éruption de la barbe , et l’émission de la liqueur séminale ; j’ajoute les mutations qui se font remarquer dans la voix. Le larynx lié à la trachée participe comme elle à l’ampleur que prennent les poumons et la cavité qui les renferme. Ces parties marchent insensiblement vers le dernier terme de leur extension; et, tant que dure celte espèce de progrès, la voix chancelle incertaine , rauque , inégale ; ce n’est qu’après que l’organe a pris toutes ses dimensions que la voix devenue plus sonore et plus ferme prend ellemême le timbre presque invariable qu’elle gardera toute la vie. Je dois rappeler ici qu’entre les organes génitaux, les mamelles et l’organe de la voix, la nature a établi la sympathie la plus étroite et la plus rebelle à toute explication mécanique. Par quelle impulsion mécanique en effet les mamelles sont-elles engagées dans le travail de la génération? et par quel contre-coup la castration mutilet-elle le larynx, et tarit-elle la source d’où se nourrit la barbe?
L’époque précise de la puberté varie selon les climats , selon les tempéraments, selon la qualité et la quantité de la nourriture , selon le genre et le degré de l’exercice ou du travail, etc., et le contraire. A cet égard , pour la France , les limites sont entre douze, quatorze, seize, et même dix-huit ans. C’est encore à cet âge qu’outre
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l'augmentation des parties dans tous les sens , la taille ou l’accroissement en hauteur est surtout manifeste. Il est des sujets qui grandissent brusquement de plusieurs pouces ; d’autres qui croissent d’une manière démesurée, soit par un jet spontané, soit par l’effet de quelques maladies; et ce n’est presque jamais sans dangerpourles formes extérieures.(V.I>mad'o)i),oupourlasantégénérale.
Du reste, ce grand effort de croissance qui conduit à la puberté s’achève quelquefois sans trouble; mais souvent aussi toute l’économie souffre. L’intelligence enchaînée est comme frappée de stupeur; une mélancolie vague s’empare de l’âme; l’âme soupire après un bien qu’elle ne connaît pas, et cette mélancolie vaporeuse va quelquefois jusqu’à l’aliénation. Des engourdissements douloureux sont ressentis dans les membres , dans les articulations ; des tumeurs de nature équivoque se montrent aux aines; tumeurs qui effraient, mais qui, livrées à elles-mêmes, ne sont pas persistantes. C’est ici qu’il faut recourir aux bains généraux ou locaux, aux frictions, à des aliments appropriés, à des enveloppes extérieures, ou à des vêtements qui défendent, comme il convient, contre les impressions du dehors, etc.; car ce sont là des accidents fugaces que pourrait aggraver une médecine trop inquiète et trop active. Je ne m’arrêterai point à ceux qui résultent d’une menstruation irrégulière , trop difficile , trop rare , trop abondante (V . Menstruation) , ou de l’usage prématuré illicite de certains organes ( V. Masturbation, etc.), ni à ces opérations cruelles de castration, d’infibulation, de suture, (V. ces mots) qu’une barbarie insensée pratique encore sur une grande partie du globe, etc. Je dirai seulement que par la puberté la nature ayant achevé son ouvrage, les rôles des deux sexes sont désormais tracés avec netteté par les organes principaux qui les caractérisent, et qui vont décider tout ensemble et de leurs actions et de leurs maladies.
Né pour le mouvement, par la solidité de ses organes, la chaleur et la rapidité de son sang, la vivacité de ses appétits, le feu de ses passions, l’homme, protecteur de sa famille, se livre au dehors à des exercices dont la violence accrue, ainsi que le danger, par l’ardeur et l’inégalité de la température, précipite l’action du cœur et des vaisseaux, et ouvre la porte aux hémorrhagies diverses , à l’épistaxis, à l’hémoptysie, et par suite à la phthisie des poumons : de là aussi les palpitations , les anévrismes , que je rencontrais à chaque pas dans le Liban; de là les fièvres aiguës , les inflammations des cavités supérieures; les phrénésies , les pleurésies vraies ou fausses; de là les affections rhumatismales locales , universelles; et même les maladies convulsives, les épilepsies , qui survivent à l’enfance, et franchissant la puberté, se continuent dans la jeunesse , aigries , irritées par les excès presque inséparables de cet âge. Tels sont les maux attachés à la vie trop active de celte époque, c’est-à-dire de seize ou dix-huit ans àvingt-huif , ou de vingt-un à trente-cinq; car ici j les termes sont trop variables pour être posés avec rigueur. Souvent, au lieu de celte vie de tumulte , certains sujets passionnés pour l’étude, ou con-
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traints pat ia nécessité, croupissent dans une vie sédentaire qui les plonge dans l'hypocondrie ; ou bien ils deviennent avant le temps hémorrhoïdaires; ou bien par des travaux intellectuels immodérés, ils allument dans leur cerveau les fièvres les plus dangereuses; ou bicu enfin dans ce même âge , et par des excès de tout genre , ils se détruisent au point d'anticiper sur les âges subséquents, et d’en emprunter des maladies étrangères, pour ainsi dire , au leur : l’impuissance sénile , une goutte vague , l’hépatite , etc. , dernières maladies qui sont aussi quelquefois le fruit d’un triste héritage.
On le voit: à quelques exceptions près, dans cette période de vingt années qui comprend la puberté et la jeunesse, les forces vitales semblent, comme nous l’avons dit, se concentrer plus sensiblement sur la poitrine, sur les poumons, sur le cœur, sur les vaisseaux artériels, et, par leurs aberrations et leurs excès, produire des maladies générales ou locales de nature inflammatoire : dénomination tirée de l’espèce de chaleur qui les accompagne, et peu significative sur tout le reste. Cet âge terminé, un autre âge succède, ou plutôt deux autres âges, où les forces semblent se diriger versles cavités inférieures, moins pour les fortifier en apparence, que pour les ouvrir aux maladies. Le premier de cet âge est l'âge viril, âge au début duquel l’homme, n’avant plus rien à acquérir, n’a plus. qu’à exercer et à perdre. Cet âge embrasse deux à trois septénaires, et s’étendainsi de trentecinq à quarante-neuf ou à cinquante-six ans; après quoi vient le second âge ou la vieillesse; car désormais je négligerai des sous-divisions qui deviennent inutiles, ou qui servent seulement à faire comprendre que le passage d’un âge à l’autre n’est jamais brusque, et que, la transition se faisant toujours par degrés insensibles, chaque âge, excepté les extrêmes, participe toujours, par son commencement et sa fin, aux affections de l’âge qui précède et de 1 âge qui suit. Combinez cette donnée avec les différences originelles d’organisation ou de tempérament, qui font que, toutes choses égales d'ailleurs, tel sujet prolonge indéfiniment sa jeunesse, à côté de tel autre qui vieillit avant le temps, et vous saisirez la raison de ces transpositions singulières qui donnent quelquefois au jeime homme la maladie du vieillard, et au vieillard la maladie du jeune homme; d’où vient cet axiome en médecine : que ce n’est- pas l’âge, mais la maladie, qu'il convient de traiter avant tout.
Je reprends, Après les pleurésies, les péripneumonies, les phrcuésics, lesléthargies, maladies de la jeunesse qui se prolongent plus ou moins dans l’âge mûr, viennent, suivant Hippocrate, (aph. 30, secl. ni) « les fièvres ardentes, les diarrhées chro- « niques, les choléra, les dyssenteries, les lienté- « ries, les liémorrlioides ; » j’y joindrai les néphrites ie calcul, l’hydropisie, des fièvres hectiques, les érysipèles, dos préludes de goulte aux genoux, aux pieds.
Enfin, pour dore celte triste nomenclature, «la » vieillesse amène iaph. 30, sect. in) les dyspnées, b les loux catarrhales, les slranguries, les dysu-
» ries, les douleurs articulaires, les néphrites, les «vertiges, les apoplexies, les cachexies, lesdé- » mangeaisons de tout le corps, les insomnies, » l’humidité du ventre, des yeux et du nez, les obs- » curcissemenls de la vue, les glaucomes, les du- » retés de l’ouïe. »
Il faut encore inscrire sur cette liste, et lesparalysies, qui succèdent comme un effet nécessaire aux apoplexies, et le catarrhe suffoquant, qui serait une apoplexie des poumons, et l’atrophie, ou le marasme général, et finalement la mort, laquelle est l’inévitable effet des altérations intérieures que le temps seul imprime à toutes les parties de notre économie; car si, dans le cours de l’âge mûr, les solides se relâchent, si le cœur perd de son énergie, silesliquides, musaveemoins de rapidité, tendent à la stagnation, si le système veineux devient prédominant, si le sang, moins oxygéné, retient une plus grande quantité de carboue et d’hydrogène, siles sucs adipeux surabondent, etc.; en revanche, dans la vieillesse consommée, toutes les parties se retirent, se resserrent, se durcissent; la peau, qui se retire et se flétrit; les cartilages, les membranes, les chairs, les viscères, qui prennent ainsi plus de sécheresse et des friabilité; par conséquent, les mouvements languissent, la circulation du sang et de la lymphe est plus lente et plus difficile ; la transpiration dimi nue, les sécrétions s’altèrent, la digestion est paresseuse et pénible, les sucs nourriciers sont pies rares, et la nutrition, les déposant en moindre quantité dans des tissus plus résistants, le feu de la vie s’éleint par degrés insensibles, et s’évanouit pour toujours. A quelle époque se consommera cette catastrophe qui clôt tout dans ce monde f On estime que la durée totale de la vie se régie sur celle que prend l’accroissement. A ce compte, l’existence de l’homme, comparée à celle des animaux, serait de quatre-vingt-dix à cent ans. On suppose dans ce calcul que les forces de la vie n’éprouvent aucune perturbation, et cette supposition n’est admissible que pour un assez petit nombre d’hommes. (Voyez Organisme.)
Je ne veux point terminer cet article sans revenir un moment en arrière. On a vu qu’à la puberté les deux sexes se séparent naturellement l'un de l’autre par les caractères qui leur sont propres. Tant que persiste le flux menstruel, cette séparation persiste elle-même ; elle ne cesse qu’avec ce flux, à l'âge du retour, c’est-à-dire, en général, à l’âge de quarante-cinq à cinquante ans, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard. A celte époque, les deux sexesse réunissent de nouveau pour subir àpeu près les mêmes vicissitudes et la même destinée. Seulement les femmes, ne perdant jamais leurs conditions primitives de mollesse et de flexibilité, il s’ensuit qu’elles arrivent plus lentement à ce dessèchement général, à ce marasme dont nous avons parlé, et qu’ainsi leur vieillesse dépasse de beaucoup en durée la vieillesse des hommes. Du reste, pendant celte longue période de trente ou de trenie-cinqans, c’est-à-dire depuis quinze ans jusqu’à quarante-cinq ou cinquante, la faiblesse et Iasensibililé des femmes, les accidents qui augmentent, dérangent, suppriment l'écoule-
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