‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 72 sur 316 · ALB · texte numérisé non relu

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essai d’hisloire naturelle sur sa propre personne et sur sa sœur, qui était dans le même état que lui.

De tous les animaux, l’homme n’est pas le seul exposé à l’albinisme : une infinité d’autres offrent celte altération pendant toute leur vie, ou pendant une période plus ou moins longue de leur existence ; tels sont les chameaux, les furets, les chats, les souris, les moites, les lièvres,' les lapins, les écureuils, les singes, les cochons d’Inde, les taupes, les rhinocéros, lesbuffles,les éléphants, les corbeaux, les merles, les perdrix, les poules, les paons, les canards, les alouettes, les ortolans , etc. Dans toutes ces espèces d’animaux, l’albinisme est devenu, par la succession des produits, une seconde nature , et celte déviation organique , qui tient à la non-secrétion dupigmentum de la peau, de l’iris et de la choroïde, est transmissible par voie d’hérédité, comme tous les autres états organiques, et ne peut être modifiée ou détruite que parle croisement successif des races, ainsique l’ont démontré les belles expériences de Bacwel.

Les albinos sont donc congénitalement affectés d’une maladie incurable. Maintenant, peu importe que cette maladie soit, ou la lèpre blanche dont a parlé Moïse, leprosus quasi nix, ou une cachexie, suivant Blumenbach ; les malheureux qui sont atteints de l’albinisme n’ont rien à attendre des ressources de l’art de guérir, et le médecin doit se borner à exprimer le vœu qu’une philanthropie plus éclairée s’occupe de les affranchir de l’oppression qui pèse sur eux, et qui les rend l’objet de toutes les dérisions et de toutes les mortifications possibles de la part des hommes qui vivent avec eux.

Les albinos qu’on trouve, surtout vers le détroit de Panama, aux îles Moluques, aux bouches du Gange, à l’isthme de Darien, au Brésil, à Sumatra, à Bali, à Amboine, à Manille, à la Nouvelle Guinée, dans l’île des Amis et dans celle de la Société, ne sont pourtant pas rares en Europe ; et on en a vu en Danemarck , en Angleterre, en Irlande, en Suisse, en Italie, en Hongrie et en France.

Les hommes de notre époque ont pu en voir à Paris ; il en existe un parmi les idiots de Bicêlre , et Béclard en présenta deux en 1820, à la faculté de médecine.

A. Comte,

Professeur d'histoire naturelle au collège Charlemagne.

albcginé ( anat .), adj. de albus, blanc; nom donné par les anatomistes à une membrane blanche et fibreuse qui enveloppe l’œil et le testicule. La tunique albuginée de l’œil a reçu aussi le nom de sclérotique ; la tunique propre du testicule, ou dernière membrane qui enveloppe cet organe, est la tunique albuginée du testicule ; Chaussier a donné aussi le nom de fibres albuginées, aux fibres Dlanches des tendons, des ligaments et des aponévroses. On a nommé humeur albuginée, l’humeur aqueuse de l’œil. J. B.

aleugo ( chir .), s. m. de albus, blanc ; on désigne sous ce nom une tache blanche sur la cornée

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. transparente de l’œil et qui est produite par un épanchement d’un liquide opaque entre les lames de la cornée, ou par la cicatrice résultant de cet épanchement. Lorsque la tache existe à la partie superficielle de la cornée, on lui donne le nom de leucoma; ainsi, l’albugo diffère du leucoma en ce qu’il est plus profond et plus grave. Pour les causes qui peuvent produire ces accidents, et pour les moyens à employer .afin d’y remédier (Y. Taies).

albumine ( chim. et physiol. ) , s. f. , de albus , blanc. On nomme ainsi un principe qui existe dans les animaux, à l’état liquide ou concret; c’est lui qui constitue la plus grande partie du blanc d’œuf, qui est désigné en latin sous le nom d 'albumen , d’où l’albumine tire son nom. L’albumine existe dans presque tous les liquides animaux et végétaux , mais surtout dans le sang, le chyle, la synovie, la sérosité exhalée par les membranes séreuses. Dans certaines maladies, la sécrétion de l’albumine augmente, et cette humeur se coagule pour former des fausses membranes; c’est ce qui a lieu dans la pleurésie , la péritonite, le croup , etc.

L’albumine liquide est incolore , transparente, sans odeur, susceptible de mousser par l’agitation; enfin, on en saisit tous les caractères en examinant le blanc d’œuf, qui, comme nous l’avons dit, est de l’albumine presque pure. L’albumine se coagule par la chaleur, l’alcool et les acides phosphoriques et acétiques ; une fois coagulée, l’albumine ne peut se dissoudre de nouveau dans l’eau, tandis que l’albumine séchée à une douce température ne perd pas cette propriété. Le blanc d’œuf cuit offre tous les caractères do l’albumine coagulée. Cette substance jouit d’une propriété chimique qui la rend fort précieuse en médecine ; c’est que les sels de cuivre et de mercure forment avec elle un précipité insoluble , aussi l’emploiet-on avec avantage dans les empoisonnements par ces corps. L’albumine, en décomposant dans l’estomac les préparations de cuivre et de mercure qui ont servi à l’empoisonnement, en forme une substance nouvelle, qui est tout-à-fait sans action sur les membranes de l’estomac. Les poisons que peut décomposer l’albumine, et qui se rencontrent le plus fréquemment sont : le vert-de-gris, le vitriol bleu et le sublimé corrosif. Pour administrer ce contre-poison, on étend le blanc de plusieurs œufs de deux fois leur poids d’eau , on mélange par l’agitation et on administre par petites portions ; il faut continuer malgré le vomissement. Le contre-poison agit avec d’autant plus d’efficacité qu’il est ad ministré plus près de l’instant où le poison a été pris. J. P. Beaude.

alcali ou alkali. ( chim .), s. m. dérivé de kali, mol arabe employé pour désigner une plante marine , le salsola soda, qui fournit un des principaux alcalis, la soude. On distinguait autrefois trois espèces d’alcali, l’alcali végétal ou lapotasse; l’alcali minéral ou la soude; l’alcali volatil ou l’ammoniaque. Maintenant on donne le nom d’alcali à toute substance composée qui verdit le sirop de violettes,' rougit la couleur jaune de curcuma, ramène au

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bleu le papier de tournesol rougi par un acide, et | qui en se combinant avec les acides, forme des sels.

On distingue les alcalis en deux ordres ; les alcalis inorganiques et les alcalis organiques.

1<> Alcalis inorganiques. Les principaux sont la potasse, la soude , le baryte , la chaux , et l’ammoniaque. Les premiers sont composés d’un métal et d’oxygène, le dernier est formé d’azote et d’hydrogène.Les alcalis en solution concentrée, particulièrement les deux premiers et le dernier, constituent des poisons caustiques très énergiques; ils détruisent très-promptement les tissus organiques; ils sont employés comme caustiques ; ex. : la pierre à cautère et l’ammoniaque. Les contrepoisons des alcalis inorganiques sont les acides étendus , et aucun n’est plus convenable que l’eau vinaigrée.

2° Alcalis organiques ou alcalis végétaux, bases salifidbles organiques. Ils ont tous cela de commun, qu’outre le carbone, l’hydrogène et l’oxygène, ils renferment de l’azote; les principaux alcalis sont la morphine, la codéine, la strychnine ,1a brucine, la quinine , la cinchonine; et ce fut Sertuerner qui, en 1816, découvrit dans l’opium une matière ayant des propriétés alcalines. Cette découverte dirigea de ce côté l’attention des chimistes. Pelletier et Caventou découvrirent les principaux alcalis végétaux. Plusieurs alcalis végétaux cristallisent avec des formes déterminées; plusieurs sont fusibles, quelques-uns volatils. Ils sont ordinairement trèspeu solubles dans l’eau, mais beaucoup plus solubles dans l’alcool. Ils s’unissent aux acides pour former des sels. L’infusion de noix de galle précipite presque tous les alcalis végétaux. Tous les alcalis végétaux ont une saveur très-intense, souvent amère ; ils jouissent en général de propriétés médicales très- énergiques qui représentent les propriétés du végétal qui les a fournis. Plusieurs peuvent être considérés commelesplus violents poisons. On étudiera dans des articles spéciaux, les principaux alcalis végétaux. Bouchardat.

alcalin ( c7wm.),adj., se dit d’une substance qui contient un alcali non saturé par un acide. On dit un liquide alcalin, une humeur alcaline, pour indiquer que la propriété alcaline est celle qui domine. L B.

alcaloïdes ( chim .), s. m. d e Alcali, et du grec eïdos, ressemblance; qui ressemble à l’alcali. On désigne sous ce nom les alcalis végétaux découverts depuis quelques années , tels que la quinine, la morphine, la strychnine. Comme on a contesté à ces principes le nom d’alcali, qu’on leur avait donné d’abord, on est convenu de les nommer alcaloïdes, afin de les distinguer des alcalis minéraux. Les alcaloïdes, ou alcalis organiques sont considérés par les chimistes comme les principes actifs des plantes dont en les extrait ; ils présentent de grands avantages en médecine, en ce sens qu’on peut administrer sous un plus petit volume des doses plus considérables de médicaments , puisque ces substances équivalent souvent à quarante ou soixante fois leur poids du médicament à l’état naturel; ces substances possèdent presque toutes les propriétés

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chimiques des alcalis, et forment des sels avec les acides; il est même à remarquer que c’est à l’état de sel qu’elles ont souvent le plus d’action, et cette action est toujours en raison de la solubilité plus ou moins grande du sel formé ; ainsi le sulfate de quinine a plus d’action que la quinine pure ; l’acétate et l’hydrochlorate de morphine ont plus d’énergie que la base qui sert à les former parce que ces sels sont très-solubles.

Depuis que la chimie est parvenue à isoler le principe actif de plusieurs végétaux , les recherches des chimistes se sont dirigées sur toutes les substances organiques , douées de quelque énergie , afin d’en extraire un alcaloïde. On a réussi pour quelques-unes; ainsi on a trouvé dans l’ipécacuanha un principe actif qui déterminait le vomissement, et on l’a nommé émétine ; il en a été de même pour plusieurs autres végétaux; mais à côté de ces découvertes réelles il y a eu beaucoup d’erreurs, et si chaque jour apporte, pour ainsi dire, la révélation d’une nouvelle substance active douée d’un nom nouveau, chaque jour aussi vient renverser quelques-unes de ces prétendues découvertes.

Nous n’examinerons point ici le mode de préparation et les propriétés chimiques des alcaloïdes ; ces connaissances spéciales sont du ressort de la chimie. (V. Alcali .) Quant au mode d’action de ces substances le plus ordinairement employées en médecine, voyez les mots Morphine, Quinine, Salicine , Strichnine , etc. J. P. Be aude.

alcohol, ou Alkool, alcool. Mot arabe qui signifie ce qui est très-subtil, très-divisé. L’alcool est un des produits de la décomposition du sucre , sous l’influence de la fermentation alcoolique. On obtient l’eau-de-vie et l’alcool par la distillation du vin et de plusieurs autres liqueurs fermentées. Les vins du Midi, riches en alcool, donnent les meilleures qualités d’eau-de-vie ; on les connaît sous le nom d’eau-de-vie de Cognac ou de Montpellier. On distille aussi le marc de raisin; mais quand on opère à feu nu , on obtient un produit chargé de goût d’empyreume :il vaut mieux distiller les vinasses que l’on obtient en épuisant le marc avec de l’eau. L’eau-de-vie qu’on obtient en faisant fermenter la mélasse brune après l’avoir étendue d’eau, reçoit le nom de taffia; le rhum est une espèce d’eau-de-vie plus forte, que l’on obtient par la fermentation de sirops provenant du raffinage du sucre. On appelle rack, une eau-de-vie préparée avec le riz etles fruits de l'areca cathecu. On appelle slevovitza, l’eau-de-vie obtenue en distillant le produit de la fermentation des prunes •, kirsch, j l’eau-de-vie qu’on obtient en distillant le produit , de la fermentation des cerises noires. Toutes les cé- * ■ réales peuvent s’employer pour fabriquer Veau-de- , vie de grains; le froment en fournit le plus, mais on emploie ordinairement le seigle et l’orge. A sept parties de grain broyé, on ajoute une partie de malt.On fabrique l’eau-de-vie de pomme de terre, en ajoutant un septième de malt aux pommes de ter- | res cuites et écrasées ; puis on y mélange de la levure en quantité convenable pour exciter une bonne fermentation. Chacune de ces eaux-de-vie

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a une saveur différente, qu elles doivent à la présence des huiles volatiles contenues dans les matériaux qui servent à leur préparation. L’appareil dont on se sert pour distiller les liqueurs fermentées et obtenir les différentes eaux-de-vie se nomme alambic.

Pour préparer l’alcool pur , il faut débarrasser l’eau-de-vie de l’eau et de l’huile essentielle qu’elle contient. Il est très -difficile de débarrasser complètement l’eau-de-vie de cette huile qui lui communique ordinairement une saveur désagréable. Voici le meilleur moyen: On la distille de nouveau, en mettant dans la cucurbitele quart du volume d’eau avec du charbon poreux et léger. On recueille séparément la première moitié du liquide ; la dernière moitié a besoin d’une nouvelle rectification.

Pour préparer l’alcool rectifié, on distille l’eaude-vie privée d’huile volatile, et on recueille séparément le premier tiers du liquide distillé, dont la densité doit être de 0,9; on distille ce nouveau tiers, et on obtient un produit de 0,833 de densité; c’est l’alcool rectifié. Pour obtenir l’alcool anhydre, on mêle l’alcool de 0,833 avec un poids égal au sien, de chlorure de calcium fondu et concassé, et on distille la dissolution limpide dans un appareil distillatoire convenable; on recueille la moitié du volume de l’alcool employé. Si l’on a bien exécuté l’opération en tous-ses points, l’alcool ainsi obtenu est anhydre, et sa densité est de 0,7917, à la température de 15 degrés.

Propriétés de l'alcool anhydre. C’est un liquide incolore très-fluide , d’une odeur particulière pénétrante; il bout à 78°, 41. L’alcool a beaucoup d’affinité pour l’eau ; si l’on mêle de l’alcool avec de l’eau à l’état liquide, il se dégage de la chaleur; il se produit une contraction qui augmente dans une proportion constante avec la quantité d’eau, jusqu’à ce que le mélange se trouve composé de 100 parties d’alcool en poids, et de 116,23 d’eau. Plusieurs procédés ont été indiqués pour déterminer la quantité d’alcool anhydre contenu dans les eaux-de-vie du commerce ; on emploie ordinairement dans le commerce un instrument connu sous le nom d’aréomètre ou pèse liqueur deCartier; il marque 10° dans l’eau distillée, 28» dans l’esprit de vin, contenant 78 pour cent d’alcool. Mais l’instrument le plus parfait pour arriver à cette détermination, c’est l’alcoomètre centésimal de M. Gay-Lussac. L’alcool pur est formé de six atomes d’hydrogène, de deux atomes de carbone et d’un atome d’oxygène.

Action de l'alcool sur l'économie animale. L’alcool anhydre appliqué sur la peau détermine une excitation assez vive des vaisseaux capillaires : il y a rougeur et chaleur. Si on laisse séjourner dans la bouche une certaine quantité d’alcool anhydre ; un sentiment d’ardeur se fait sentir dans tous les points de cette cavité ; on y éprouve une cuisson vive qui se change promptement en une sensation de brûlure ; cette première action paraît tenir à ce qu’il enlève avec beaucoup d’activité l’eau propre aux tissus vivants , et cette action peut quelquefois être assez vive pour éteindre la vie dans ces parties. Après l’effet orimilif, la sécré-

lion muqueuse est considérablement augmentée. Si l’alcool pur est introduit dans l’estomac à la dose de deux gros à une demi -once, cet organe devient immédiatement le siège d’une inflammation assez vive ; une sensation brûlante s’y fait sentir, une vive excitation se manifeste, qui se propage rapidement aux autres organes, et particulièrement au cerveau , ou plutôt au cervelet, suivant M. Flourens. Lorsque la quantité d’alcool ingérée est plus considérable, l’inflammation est plus vive et plus durable, l’excitation cérébrale est plus grave, le délire et une sorte de côma apoplectique se déclarent , et la mort peut même être la suite de l’abus de l’alcool pur, particulièrement chez les personnes qui n’ont pas l’habitude des liqueurs très-alcooliques. L’alcool étendu et convenablement mitigé, pris en trop grande quantité, cause une série de phénomènes fort remarquables, connus sous le nom d’ivresse. ( Y. ce mot. )

L’usage trop fréquent de l’alcool étendu, ou eau-de-vie, est presque toujours nuisible; il détermine et entretient un état de phlogose habituelle de l’estomac, source fréquente d’irritations chroniques et de lésions organiques des plus graves. (Y. Alcooliques.)

Usage de l'alcool. En médecine, on emploie l’alcool pur pour faire des frictions excitantes , qui conviennent dans une foule de circonstances. On l’emploie en lotions comme réfrigérant, pour prévenir le développement de l’inflammation, au début des brûlures et des entorses. On compose une boisson agréable, tonique, avec deux onces d’alcool pour un litre de limonade. Pendant l’été, de l’eau légèrement alcoolisée convient beaucoup mieux que l’eau pure aux personnes employées aux travaux de la campagne. La combustion de l’alcool est souvent mise à profit par la médecine , pour les bains de vapeur, les ventouses, etc.

L’alcool forme la base de deux classes de médicaments fort importants, les alcoolats et les teintures alcooliques. ( V. ces mots. )

Bouchardat.

alcoolats (pharm.), s. m. plur. Les pharmaciens désignent sous ce nom les composés préparés par la distillation et dans lesquels l’alcool sert de véhicule aux substances volatiles extraites des végétaux. Ces médicaments étaient autrefois désignés sous le nom d’eau spiri tueuse , d’esprit, de teinture. Lorsque la préparation se fait par simple macération, ou par dissolution , ce qui a lieu sans distillation, le produit reçoit le nom d ’alcoolé. Ces mots sont empruntés à une nouvelle nomenclature qui a été appliquée à la pharmacie.

alcooliques. ( Liqueurs ) ( hyg. ) Nous considérons ici les alcooliques comme boissons et comme médicaments. Nous signalerons le bien et le mal qu’ils peuvent produire, suivant l’usage ou l’abus qu’on en fait. A ne juger leurs effets qu’en masse , nul doute que les liqueurs spiritueuses n’aient été plus pernicieuses que favorables à l’humanité , et que celui qui apprit à les distiller ne soit devenu l’innocent auteur d’une foule de mi-

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sères. Mais cessons de poursuivre sans ménagement d’attrayants abus avec lesquels, faute de ne pouvoir les détruire, il faut nécessairement transiger. Pour condamner les alcooliques en dernier ressort, n’invoquons même pas la simple et sage nature, qui est en procès, pour tant d’autres choses, avec les artifices et les raffinements d’une civilisation avancée. Un fait bien constant, c’est que le goût des liqueurs fermentées et de l’alcool qui en constitue l’essence, est répandu sur toute la terre; et que, si l’alambic ou les appareils distillaloires venaient à se perdre, tous les peuples du globe se cotiseraient pour assurer une large récompense à qui les retrouverait. La séduction des boissons spiritueuses dérive de deux sortes d’impressions; les unes ont lieu immédiatement sur le sens du goût, lès autres proviennent de la modification, principalement nerveuse ou cérébrale, quiaccompagneleur absorption. C’estpar l’attrait, plutôt que par le besoin, qu’elles se sont imposées «à l’espèce humaine. Cependant, il est des cas où elles rendent d’incontestables services ; nous aurons soin de les signaler.

Les effets physiologiques des liqueurs nous font pressentir quel doit être leur usage en santé, et leur emploi dans les maladies; ils se résument d’ailleurs dans un état d’excitation communément agréable. Parvenus dans l’estomac, après avoir flatté l’odorat et le goût, les alcooliques développent dans ce viscère une sensation aimable de chaleur qui se communique bientôt aux autres organes. Le cœur redouble ses battements, la respiration s’accélère, la peau s’échauffe, le teint s’anime ; le cerveau, qui est l’aboutissant principal de cette enivrante stimulation, ne tarde pas à manifester plus d’aisance et de vivacité dans ses nobles fonctions d’instrument de l’âme ; les sentiments sont plus ardents, plus gais, plus expansifs; l'intelligence plus féconde et plus heureuse. Ce n’est certainement pas parce qu’on a seulement mangé, que la conversation est plus vive , plus variée, plus spirituelle au dessert, qu’elle ne l’était dans le salon, avant de se mettre à table. En même temps, un besoin d'agir, de se mouvoir, agite chaque convive qui ne s’est pas borné à boire de l’eau Toutefois.ee surcroît de sensibilité, d’in-

telligence, de mobilité, qui ajoute considérablement au sentiment ordinaire de l’existence, s’évapore comme l’aiguillon volatil qui l’a provoqué,

et souvent un affaissement lui succède Nous

ne décrirons pas plus longuement cet état physique et moral qui suit l’ingestion des liqueux's alcooliques, et que chacun est sensé connaître par expérience sur soi-même, ou par l’observation d’autrui. Mais nous devions clairement établir : 1° que les phénomènes de l’excitation naissent immédiatement des boissons spiritueuses ; 2° que cette stimulation est passagère et laisse fréquemment l’énergie vitale au-dessous du point où elle l’avait trouvée. Ces deux principes nous serviront de règle et de mesure pour apprécier l’usage des spiritueux.

11 est sage de ne recourir aux stimulants artificiels, que lorsque les naturels sont en défaut. Semblables au courant d’air rapide qui avive et con-

sume la matière ignée, les excitants font plus vivement sentir l’existence, et ils en abrègent la durée. Les boissons alcooliques ne sont point faites pour la jeunesse , les tempéraments sanguins , athlétiques, nerveux et bilieux. Moins ils en prennent, mieux ils s’en trouvent. Les tempéraments froids, à fibres humides et molles, pituiteux, lymphatiques , en retireront quelques bons effets , surtout eu combinant leur emploi avec les toniques; car ceux-ci fortifient les mouvements de l’organisation, tandis que les excitants ne font que

leur imprimer de la vitesse De ,1’avis même de

Platon, qui s’est montré si sévère envers l’enfance, la jeunesse et les hommes publics, en leur en interdisant l’usage, les alcooliques conviennent à la vieillesse. Ils sont moins malsains, si même ils ne sont salutaires, par les temps humides et froids. Leur stimulation sur le cerveau, facilite les travaux d’esprit. Ils rendent plus apte à faire une course

rapide La tyrannie de l’habitude entre pour

beaucoup dans l’usage des spiritueux. Qu’il soit lymphatique ou sanguin, celui qui a commis la faute d’habituer son estomac à ne digérer qu’avec l’aide des alcooliques, ne peut s’en passer désormais sans courir le risque d’une indigestion, à moins qu’il n’ait la précaution d’en diminuer insensiblement la dose journalière. C’est surtout après des repas copieux , qu’on est avide de ces auxiliaires digestifs, qu’un estomac bien élevé sait rendre inutiles. Sans doute l’art délicat du distillateur pouvait prospérer sans les raffinements de la cuisine ; mais en conspirant ensemble pour la sensualité et contre la santé des hommes, ils ont plus sûrement réussi.

Les liqueurs fortes ou sucrées, les teintures et les élixirs ont des propriétés identiques émanées de leur base commune, l’alcool , et des propriétés accessoires, particulières, attachées aux ingrédiens qui entrent dans leur composition. L’eaude-vie, le kirch, le rhum, passent pour être meilleurs ou moins malfaisants que les alcools sucrés et aromatiques. Cela provient peut-être de ce que ces dernières liqueurs sont plus séduisantes, et que leua1 principe spiritueux, atténué par le sucre, est quelquefois moins étendu d’eau. L’anisetle convient mieux aux personnes tourmentées de vents : le curaçao, les teintures édulcorées d’angélique, d’absinthe, sont plus toniques ; les élixirs de Garus, de moka, plus fortifiants ; celui d’aloès, tonique et laxatif; la genevrelte , plus diurétique, etc. , etc. Rarement, dans notre opinion peu favorable de leurs effets, nous avons occasion de prescrire des liqueurs de table ; de sorte qu’on voudra bien nous excuser si nous eu offrons un catalogue moins complet que le prospectus d'un liquoriste.

Rappelons maintenant les effets pernicieux des alcooliques. Leur action est diamétralement opposée à celle de l’eau. Celle-ci dissout la masse alimentaire, sans aiguillonner l’estomac; ceux-là ne font que stimuler ce viscère, car ils retardent d’ailleurs la dissolution chymeuse des aliments. Cependant ils passent pour digestifs ; et il est constant que, pour ceux qui en ont l’habitude, les digestions deviennent difficiles sans leur secours.

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Lestomac a perdu peu à peu sa contractilité naturelle. Il n’est pas rare non plus de le trouver enflammé, ulcéré, désorganisé chez les buveurs , et principalement chez ceux qui prennent à jeun des liqueurs fortes. L’influence pernicieuse desliqueurs spiritueuses n’est ni moins fréquente ni moins sensible sur le cerveau et sur tout le système nerveux. Sans parler de l’ivresse , sorte d’empoisonnement qui mérite un article séparé ( V. Ivresse ) , nous citerons, parmi les accidents communs des alcooliques, les maux de tête, les congestions cérébrales, l’apoplexie, la paralysie, le tremblement nerveux, l'hébétude, l’abrutissement, la stupidité; l’hydropisie, le rhumatisme, la goutte, etc.

Envisageons enfin les spiritueux comme remèdes ou moyens curatifs ; c’est, sans contredit, le point de vue qui leur est le plus franchement favorable. Nous ne possédons pas de substances capables de ranimer les mouvements du cœur, de rappeler la chaleur et les sens, de dissiper un état accidentel d’abattement et de défaillance avec autant d’efficacité et de promptitude que les alcools et les éthers. De là, probablement, le surnom d’eau-de-vie, malgré les démentis fréquents qu’elle donne à son baptême populaire. Quoi qu’il en soit, il n’est point douteux que la matière médicale subirait une perte très-réelle si on en retranchait les alcools et les éthers. Ils sont extrêmement utiles dans les défaillances, les syncopes, certaines prostrations de forces sans inflammations bien marquées; dans les coliques spasmodiques, venteuses, non inflammatoires; dans divers autres spasmes, douleurs nerveuses, et mouvements convulsifs. Ils entrent presque toujours dans la composition des potions cordiales qui raniment les forces, activent la circulation, augmentent la chaleur, provoquent la transpiration et la plupart des sécrétions. L’alcool entre aussi dans quantité de préparations pour usage externe, contre les contusions, les brûlures légères, les éruptions superficielles, etc.

Les spiritueux, à dose un peu forte, sans néanmoins déterminer l’ivresse, étourdissent sur les peines, disposent à la gaîté; peut-on les proposer pour remèdes de l’âme? Pourquoi pas: seulement de la prudence, de la circonspection. Il faut observer soigneusement les effets produits pendant et après leur action, sous peine d’insister aveuglément sur un moyen qui pourrait avoir des conséquences graves. L’homme qui est en proie à des chagrins a le cerveau tourmenté, malade ou disposé à le devenir. Ces considérations doivent être présentes à l’ami ou au médecin qui veulent expérimenter les spiritueux contre les peines de l'âme. Mais, si sous cette influence étourdissante, hilarante, à laquelle on a soin d’ajouter des promenades assidues, des distractions de tout genre, l’état moral paraît s’améliorer, on insiste avec précaution sur une méthode curative qui n’a pas d’ordinaire l’inconvénient de rebuter et qui compte des succès comme tant d’autres, notamment contre l’hypochondrie et la mélancolie. Toutefois, le vin,dontil sera traité séparément, nous paraîtrait, en pareil cas, de beaucoup préférable aux simples alcooliques. A. Lagasquie.

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alcyon, ( nidsd ') (mat. méd. ). Il existe à la Cochinchine une espèce d’hirondelle de rivage ( hirundo esculenta) qui fait son nid avec des matières gélatineuses; ces hirondelles ont reçu le nom d’alcyons. Autrefois on croyait leurs nids faits avec du frai de poisson, et on leur supposait des qualités aphrodisiaques ; aujourd’hui l’on sait que c’est d’une plante marine , une algue, que cette hirondelle tire la substance qui forme son nid et qu’elle regorge après l’avoir avalée. Les nids d’alcyons sont un aliment gélatineux dont il se fait une grande consommation en Chine; cet aliment est de bonne nature , il est adoucissant et analeptique; on le recommande dans la convalescence de certaines maladies. La pêche de ces nids est un important objet de commerce dans les mers de la Cochinchine et de l’archipel indien ; plusieurs bâtiments y sont employés ; le prix de ces substances est assez élevé. Y. Algue. J. R.

alèse , s. f. petit drap que l’on ploie en plusieurs doubles et qui sert à garnir le lit pour le garantir de l’écoulement du pus, du sang, des lochies; autrefois on faisait les alèses d’un seul lé de toile , et l’on prétend que le nom en est dérivé. J. B.

alexitère , ( mat. méd.), adj. du grec alexô , je secours. Les anciens désignaient sous ce nom tous les remèdes en général ; plus tard ce nom fut appliqué plus spécialement aux antidotes contre les poisons. Il existait une eau alexitère, des trochisques alexitères. J. B.

algide, ( path .), adj. algidus, d oalgere, avoir froid; état qui se fait remarquer dans certaines fièvres intermittentes qui sont accompagnées d’un froid glacial pendant tout l’accès. Ces fièvres ont reçu le nom de fièvres algides, et sont une des espèces de fièvres intermittentes pernicieuses. Elles sont extrêmement graves et font souvent succomber le malade au deuxième ou troisième accès. ( Y. Fièvres pernicieuses ). J. B.

algalie , ( chir.), s. f. mot d’origine arabe , et qui sert à désigner une sonde creuse destinée à évacuer la vessie. (V. Sonde).

algues, ou Hydrophytes (bot.)s. f. plur. Les naturalistes désignent sous ce nomune classe très-nombreuse de végétaux qui tous habitent les eaux douces ou les eaux salées ; nous ne parlerons que de ces derniers, que Lamouroux désignait sous le nom de Thalassiophyles , et qui seuls présentent quelque intérêt comme aliment ou comme médicament. Ces plantes sont tantôt vertes et étendues en membranes à la surface des rochers ( ulvacées ) ; tantôt en lanières simples ou ramifiées et adhérentes au fond de la mer, au moyen de pédicules. Leur longueur est quelquefois très-considérable; ainsi le Chorda filum, si commun dans la mer du Nord, atteint souvent quarante pieds, et le Macro cystis pyrifera jusqu’à quinze cents pieds; elles flottent soutenues à la surface de l’eau par des vésicules remplies d’air, et forment dans certains parages ces prairies marines qui effrayèrent Christophe C olomb,et à travers lesquelles un bateau a de la peine à se frayer un passage. Ces végétaux ont tous une couleur violacée, que nous expliquerons tout à l’heure : ils rentrent dans la

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famille des fucacées, et sont vulgairement désignés sous les noms de varecs ou de goémons. Les anciens regardaient les algues comme les plus inutiles des plantes: projectâ vilior algd ; plus vile que l'algue que la mer rejette, dit un poète latin en parlant d’une chose sans valeur. Cependant, plusieurs espèces d’algues sont d’une grande utilité ; les varecs sont recueillis pour nourrir les bestiaux pendant l’hiver , dans beaucoup de contrées ; associés à d’autres substances, on les emploie comme engrais pour fumer les terres. Souvent ils contiennent de la fécule et du sucre, et il en est qui peuvent servir d’aliment; tels sont le Durvillea utilis, sur toute la côte occidentale de l’Amérique du sud; le Laminaria saccharina en Islande. C’est d’une algue, le Sphœrococcustenax, que les Chinois retirent le vernis admirable qui recouvre leur papier et leurs étoffes de soie; et c’est en se nourissant du Codium bursa , que l’hirondelle appelée Hirundo esculenta fabrique ces nids imprégnés de gélatine, qui sont tellement recherchés par le pewple industrieux que nous venons de citer , qu’ils font l’objet d’un commerce considérable. En médecine, une seule algue est usitée en nature, savoir le Gigcirtina helminthocorton, faussement appelée mousse de Corse, à cause de son apparence. C’est un vermifæge excellent que l’on emploie, :oit en poudre, soit en infusion, pour les enfans affectés de vers intestinaux. Le Fucus vesiculosus de nos côtes , contient de l’hydriodate de potasse, que l’on décompose pour obtenir l’iode ; ces deux substances, dont l’emploi est si général en médecine, comme fondantes, existent dans toutes les fucacées; mais surtout, suivant M. Ecklon, dans le Laminaria buccinalis du Cap de Bonne-Espérance , dont la tige creuse est quelquefois assez grosse pour qu’on puisse en fabriquer des cornemuses. L’iode se retrouve aussi dans les éponges, et c’est de là que vient la propriété que possèdent toutes ces substances de faire disparaître le goitre, et en général de diminuer le volume des organes glanduleux. La couleur violette des algues a de tout temps excité l’étonnement des botanistes; elle n’est pas, comme la couleur verte, le résultat de l’action de la lumière ; car on a observé que des algues retirées d’une profondeur de cinq ou six cents pieds de la mer étaient aussi colorées que celles qui poussaient sur le rivage. C’est qu’il est très-probable que celte couleur violette est un résultat de l’action de l’iode sur la fécule, par laquelle cette dernière prend une teinte bleue; explication ingénieuse due àM.Raspail,et qui fait voir pourquoi cette coloration violette est indépendante de l’action de la lumière et de l’air.

Martins.

aliénation mentale , (path. ), mot adopté par Pinel, pour désigner tous les genres d’aberrations des facultés intellectuelles. ( V. Folie.)

Aliénation mentale , ( pol. méd.). On a beau-

coup écrit sur l’aliénation mentale, mais on s’est plus occupé des questions médico-légales de monomanie que de celles qui se présentent chaque jour dans le cours ordinaire de la vie, et qui intéressent plus particulièrement les familles. Nous

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voulons parler de la séquestration des aliénés , et des mesures auxquelles elle donne lieu.

! En droit , l’aliénation mentale ne peut être constatée que par un jugement ; c’est-à-dire qu’il faut un jugement pour priver l’individu, atteint de ! cette maladie , des droits civils et politiques , qu’il ne pourrait exercer sans danger pour lui et pour sa famille. C’est l’objet de l’article 489 du Code civil, j portant que le majeur qui est dans un état habituel d’imbécillité , de démence ou de fureur, doit être interdit, même lorsque cet état présente des intervalles lucides. L’article 490 ajoute, que tout parent est recevable à provoquer l’interdiction de son parent, et qu’il en est de même d’un époux à l’égard de l’autre époux. Dans le cas de fureur, si l’interdiction n’est provoquée ni par l’époux, ni par les parents, elle doit l’être par le procureur du roi, qui, s’il y a imbécillité ou démence, peut aussi la provoquer contre un individu qui n’a ni époux, ni épouse, ni parents connus.

Telles sont les principales dispositions de la loi, qui a voulu prendre sous sa tutelle les fous comme les mineurs , protéger leurs biens et leurs personnes. Nous ne parlons pas des cas de crimes ou de délits, pour lesquels l’article 64 du Code pénal a posé des exceptions pour les cas qui constituent la monomanie.

Ainsi, en ne consultant que le texte de la loi, et surtout l’article 1124 du Code civil , d’après lequel on n’est incapable de contracter qu’autant qu’on a été interdit , l’aliéné peut exercer tous ses droits civils et politiques tant que l’interdiction n’a pas été prononcée. Mais, et surtout lorsqu’il s’agit de donations entre vifs ou de testaments , les tribunaux peuvent toujours annuler ces actes, lorsqu’il est prouvé que le contractant ! n’avait pas sa raison quand ils ont été faits ; on | peut invoquer dans ces différentes circonstances J les articles 901 et 504 du Code civil.

I II résulte de ce qui précède, que l’ interdiction seule, d’après l’état actuel de notre législation, peut ! priver l’aliéné de l’exercice de ses droits. Il semble | donc qu’à plus forte raison la séquestration ne : peut être ordonnée qu’après cette formalité.

I Cependant il n’en est rien; chaque jour des alié- ] nés non interdits sont reçus dans des maisons de I fous. Bien plus, là où il n’existe pas de maisons de , santé ou d’hospices, l’autorité municipale cbar- ! gée , par la loi du 24 août 1790, d’empêcher les accidents que peuvent occasionner les fous, les ! furieux vaguant sur la voie publique , les fait renfermer dans une maison de détention, où ces malheureux restent pendant un temps plus ou moins long. Certes, il est à croire que l’autorité met en pareil cas toute la prudence, toute l’humanité désirables; mais la mesure n’en est pas , en elle- I même, moins dangereuse, moins digne de toute la sollicitude du gouvernement et des corps médicaux.

| Toutefois , des formalités utiles et bien enten - [ dues sont exigées dans un grand nombre de localités. Ainsi, dans le département de la Seine, les 1 maisons de santé où l’on reçoit des fous sont inspectées fréquemment par des médecins nommés

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ad hoc par le préfet de police; on n’est reçu à Charenton que sur la réquisition du maire du domicile du malade ; à Bicêtre et à la Salpêtrière, les aliénés y sont envoyés après avoir été examinés par le bureau central des hospices. En outre , tous les mois un relevé des admissions dans les établissements, soit publics, soit particuliers, est envoyé au procureur-général, qui peut ordonner une enquête, s’il a lieu de soupçonner quelque atteinte à la liberté individuelle.

Dans les autres parties de la France , ces formalités varient suivant chaque département; mais très-souvent elles manquent d’unité, etles magistrats qui ont à statuer, en ces différentes circonstances, n’ont aucune règle certaine, aucune ligne fixe , invariable; enfin, nous ne voyons pas que des mesures suffisantes soient prises contre l’erreur, l’intérêt, les suggestions des familles, et qu’il existe des garanties assez fortes, assez légales, sur la détention préventive des aliénés non interdits et sur la gestion de leurs biens.

Sans doute, en envisageant l’aliénation mentale comme une maladie ordinaire, on ne peut refuser aux familles le droit de faire entrer un aliéné dans une maison de santé pour l’y faire traiter; mais malheureusement, le caractère particulier à l’aliénation mentale fait que les maisons où sont reçus les fous ne ressemblent en rien aux autres maisons de santé : ce sont, il faut bien le reconnaître , de véritables lieux de séquestration , et il en doit être ainsi. Quels que soient les soins qu’on y prodigue aux malades , quelque effort que l’on fasse pour les entourer de tout ce qui peut flatter et récréer leur imagination, ces maisons n’en sont pas moins des espèces de prisons , où ceux qui y sont traités sont privés delà liberté, de l’administration de leur fortune; et, si l’on pense maintenant qu’on peut parvenir à y renfermer, par suite de spéculations criminelles, des individus jouissant de la plénitude de leur raison , on sera effrayé des conséquences que peut offrir le défaut de formalités légales et préliminaires à l’admission dans ces maisons.

On objectera que le caractère des médecins qui dirigent ces établissements est généralement propre à faire disparaître toutes les craintes que l’on pourrait concevoir à cet égard; nous répondrons que, lorsqu’il s’agit de principes, on ne peut raisonner sur des exceptions personnelles, et que si des motifs puissants, pris dans l’intérêt des familles, et même des malades, s’opposent à ce que l’interdiction soit prononcée avant la séquestration des aliénés , il est au moins à désirer qu’un réglement d’administration publique prescrive des formalités uniformes pour toute la France, et régularise les actes intermédiaires entre l’invasion de la folie et l’interdiction.

Ce réglement est des plus urgents; car il y a en France plus de quinze mille individus qui sont ainsi privés de leur liberté, de leurs droits civils et politiques, sans que leur état, tout-à-fait en dehors du droit commun, soit régulièrement établi. A Paris seulement il y a au moins deux cents maisons de santé, qui reçoivent plus de deux mille aliénés, et les jugements d'interdic-

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tion ne s’élèvent guère au-delà de trente par an.

La séquestration des aliénés est une question d’autant plus importante que les maladies mentales sont devenues, depuis quelques années , beaucoup plus fréquentes qu’autrefois.

Déjà les intéressants mémoires de MM. les doc teurs Esquirol et Ferrus ont posé les premières bases de réglements sur celte matière. Il appartenait à ces hommes qui ont tant fait pour les aliénés , de signaler à l’attention publique et à la sollicitude du gouvernement, toutes les mesures qui peuvent contribuer à l’amélioration du sort de ces malheureux, et prévenir en outre de nombreux abus. Ad. Trébuchet.

aliment, [hyg.) s. m. , de alere, alo, nourrir, ce qui nourrit. On appelle ainsi toute substance qui, introduite dans le corps vivant, s’assimile à la substance propre des organes, et renouvelle leur composition. Il ne faut point entendre cette définition d’une manière absolue ; car il est des aliments reconnus tels par l’expérience universelle et qui, dans un grand nombre de cas particuliers, échappent à l’action digestive et sont rejetés au dehors sous une forme plus ou moins semblable à leur forme primitive. Ils n’en restent pas moins des aliments, puisqu’ils contiennent en eux-mêmes des propriétés nutritives.

Cette distinction, qui semble au premier coup d'œil purement grammaticale, est pourtant de la plus haute importance , car elle nous conduit immédiatement à une considération générale qui domine toutes les questions relatives à l’étude médicale et hygiénique des aliments, c’est-àdire, qu’il n’existe dans la nature aucun aliment qui, dans toutes les circonstances, chez tous les individus et dans toutes les conditions organiques d’un même individu, doive être nécessairement assimilé à sa substance. L’organisation propre à chacun, la différence des âges, l’état de santé ou de maladie, influent tellement sur l’exercice des fonctions digestives, qu’un aliment sain et nourrissant par lui-même devient accidentellement indigeste et même nuisible ; de là l’impossibilité d’établir une limite parfaitement déterminée entre les aliments, les médicaments et les poisons. Le lait, par exemple, présente toutes les qualités propres à l’alimentation; la nature le donne à l’enfant comme la nourriture par excellence ; et dans plusieurs cas où les autres aliments ne peuvent être digérés, il offre encore à l’homme malade ou convalescent une ressource des plus précieuses ; cependant , il n’est pas rare de rencontrer des hommes chez lesquels le lait agit constamment à la manière des purgatifs , et quelquefois même produit des symptômes véritables d’empoisonnement. D’une autre part , il est incontestable qu’un grand nombre de médicaments et de poisons contiennent dans leur substance des parties nutritives. Enfin, la quantité relative des aliments modifie encore, comme chacun sait, l’action qu’ils exercent sur l’économie animale. Toutefois, les exceptions que nous venons de rappeler, et qu’il importe de ne jamais oublier , ne changent rien aux caractères généraux qui distinguent entre eux

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les aliments, les médicaments et les poisons.

On admet ordinairement que tous les aliments appartiennent exclusivement au règne organique. Quelques auteui's ont contesté la vérité de cette proposition, et ont représenté que l’eau, le sel dé cuisine et diverses boissons sont empruntés au règne inorganique, et servent aussi à l’alimentation. Cette dernière opinion me paraît préférable à la première ; je dirai plus, elle est la seule raisonnable , si l’on veut examiner dans leur nature chimique les matériaux qui servent à la nutrition du corps. Qu’est-ce qu’une substance organique, sinon un composé de substances inorganiques? Qu’est-ce que l’albumine, la fibrine, la gélatine, l’osmazome , le gluten , etc. , sinon des combinaisons d’oxygène, d’hydrogène, de carbone et d’azote? Quel est l’aliment végétal ou animal qui ne contient tous ces éléments ou quelquesuns d’entre eux, seuls, ou à l’état de sels , d’acides, etc. ? Si l’on objecte que la propriété nutritive n’appartient, en réalité, à ces éléments qu’autant qu’ils sont associés entre eux, dans des proportions définies, sous la forme de principes immédiats, soit végétaux, soit animaux, n’est-il pas facile de répondre que la digestion des matières alimentaires ne s’opère que par le fait de leur dissociation, et que personne n’est en droit d’affirmer, par conséquent, comme on l’a fait dans la plupart des traités d’hygiène ou de physiologie, que les principes immédiats des végétaux et des animaux fournissent à l’assimilation des matériaux tout préparés et analogues déjà à la substance des 'organes ? Il me paraît beaucoup plus probable que tous les aliments, quels qu’ils soient, sont réduits par l’acte de la digestion àl'étatde substances simples et élémentaires, pour être ensuite reconstitués sous une forme nouvelle , dans le chyle d’abord, puis dans le sang , et enfin dans la trame la plus intime de chaque partie du corps. Ce qui nourrit, d’après cette manière de voir, ce n’est donc pas l’albumine, la fibrine, le gluten ou tel autre corps de même genre, ce sont les éléments constitutifs de ces mêmes corps ; de telle sorte que la nutrition par les aliments, commencée à la partie supérieure du tube digestif, continuée dans l’estomac, le duodénum, les vaisseaux sanguins et les poumons , terminée , en dernier fieu, dans le tissu même des organes, consiste en résumé, dans un double travail de décomposition et de recomposition. L’une et l’autre sont également indispensables à la vie en général, et à la nutrition en particulier. Il résulte de ces faits que la propriété nutritive des aliments ne tient pas à leur origine végétale ou animale, et qu’elle ne réside ni dans l’albumine, ni dans la fibrine, ni dans aucun autre des principes immédiats exclusivement cités comme nutritifs, mais dans les éléments inorganiques dont ceux-ci sont formés. Plus une substance est composée , plus elle est nutritive ; cela veut dire qu’elle est plus organisée ; car il n’existe au fond, selon moi, d’autre différence entre les corps organisés et les corps inorganiques , que celle de leur plus ou moins grande composition ; et les corps organisés contenant toujours un plus grand nombre de parties

assimilables , il s’ensuit que les substances qui contiennent en plus grande quantité de l’hydrogène , de l’oxygène , de l’azote, etc. , possèdent , par conséquent, à un plus haut degré la propriété nutritive.

Voilà, si je ne me trompe, dans quel point de vue il faut se placer, pour comprendre l’action immédiate des aliments sur l’organisme et pour étudier, dans chacun d’eux, les propriétés nutritives qu’ils, peuvent recéler dans leur substance. Dès-lors, il devient facile d'établir entre eux des distinctions, sinon définitives , du moinssuffisantes en raison de l’état actuel de nos connaissances chimiques et physiologiques. Ainsi, l’on pourra les diviser d’abord en deux grandes classes : 1» Ceux qui contiennent de l’azote; 2° ceux qui n’en contiennent pas.

Dans la première classe se rangeront principalement les aliments tirés du règne animal, auxquels s’ajouteront quelques substances végétales ; dans la seconde trouveront naturellement leur place la plupart des substances empruntées au règne végétal, et quelques-unes tirées des animaux. Déjà , comme on voit , la distinction des aliments végétaux ou animaux n’a plus de valeur sous ce rapport purement chimique.

Je vais faire connaître d’abord les substances non azotées, qu’on doit considérer principalement comme nutritives.

J’indiquerai, en premier lieu, le sucre et toutes ses espèces, telles qu’on les extrait des tiges, des racines et des fruits de différentes plantes, ainsi que du miel des abeilles, ou bien encore de l’amidon, lorsqu’on le convertit en sucre par des procédés chimiques. La mannite se rencontre dans le suc des carottes, de l’oignon, du céleri, de l’asperge, etc. Sa saveur est douce, et ne ressemble point à celle de la manne, qui en contient à la vérité une très-grande quantité, mais qui contient en même temps quelques principes étrangers, dont on la sépare facilement. L’asparagine existe surtout dans les asperges, mais on la trouve aussi dans la racine de la guimauve, dans celle de la consoude, et il est probable qu’on la trouvera dans beaucoup d’autres végétaux. La racine de réglisse renferme une matière extrêmement sucrée, et qu’on désigne sous le nom de sucre de réglisse, bien qu’elle ne ressemble à aucune autre matière connue. L'amidon ou fécule amylacée, qui fait la base de la nourriture des animaux et de l’homme, est répandu dans toutes les plantes, notamment dans la pomme de terre, dans toutes les céréales, dans les racines charnues, dans les tubercules. Le sagou n’est que de l’amidon, renfermé dans le centre du palmier ; la cassavc n’est aussi qu’une fécule amylacée, provenant de la racine du manioc. Le lichen, espèce d’amidon, en diffère sous quelques rapports. L’inuline, analogue aussi à l’amidon, et nutritive comme lui, est donnée non-seulement par la racine de l’aunée, mais aussi par l’angélique, les artichauts, etc. La gomme vient des racines de la mauve, de la guimauve , de l’oignon, de la graine de lin et autres parties des végétaux. Celle que l’on nomme particulièrement gomme arabique est recueillie sur un arbre de la

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famille des acacias, qui croît en Afrique. Le salep a été considéré longtemps , mais à tort, comme une espèce de fécule amylacée; il ressemble beaucoup plus aux matières gommeuses , et est fourni par une espèce d’orchis.

Parmi les substances non azotées, il faut encore classer les huiles et les matières grasses en général, c’est-à-dire celles qui, contenant avec des matières inflammables de l’hydrogène en excès, ne présentent jamais d’azote, bien qu’elles soient tirées des animaux plus souvent encore que des végétaux, etquelquefois même n’ont point d’oxygène dans leur substance. Le beurre de cacao, le beurre de muscade, ne sont que des huiles concrètes, c’est-à-dire des mélanges de stéarine et d’oléine, dans lesquels domine la stéarine , ce qui leur donne la consistance aui les distingue. Les Indiens se nourrissent, comme on sait, du lait de V arbre de la vache ; le suc de cet arbre est, en effet, une sorte de lait, et l’on en sépare une matière qui parait avoir la plus grande analogie avec la cire ordinaire. Le lait des animaux contient des substances azotées et des substances non azotées ; le sucre de lait n’a point d’azote; il ne fermente point comme le sucre ordinaire. La butyrine est une espèce d’huile, qui existe dans le beurre, mêlée de stéarine, d’oléine, de glycérine, etc.

Telles sont les principales substances qui appartiennent à la première classe, celle des aliments privés d’azote. Il est incontestable que toutes les substances que je viens d’indiquer sont nutritives; mais il est également démontré, surtout par les belles expériences de M. Magendie, qu’elles ne fournissent aux animaux , quand ils s’en nourrissent exclusivement, qu’une alimentation insuffisante et par suite nuisible. Nous verrons tout à l’heure jusqu’à quel point cette observation est vraie aussi pour toutes les autres substances employées seules et isolément.

Celles qui sont azotées sont empruntées au règne végétal et au règne animal.

Le gluten est la partie la plus essentielle à la nutrition que l’on ait rencontrée dans les végétaux ; c’est lui qui donne à toutes les céréales, et particulièrement au froment, la propriété nutritive qui n’existait qu’àun moindre degré dans l’amidon. Le pain, qui renferme de l’amidon et du gluten, est d’autant plus nourrissant qu’il renferme plus de gluten. (Y. Pain.) Dans l’orge, le seigle , les pois, il se trouve à un état particulier, qui diffère un peu du précédent. La qualité des farines est relative à la proportion de gluten qui s’y trouve; de là, la supériorité de certains blés sur certains autres. Le gluten des légumineuses a reçu le nom de lègumine. M. Braconnot l’a distingué du gluten ordinaire des céréales. L’albumine appartient aux végétaux et aux animaux ; elle est également utile à la nutrition ; le blanc des œufs n’est autre chose que de l’albumine. L’albumine végétale a été nommée gliadine.

Dans les parties molles ou solides des animaux, dans la chair musculaire, la peau , les cartilages et les os, se rencontre la gélatine , substance trèsnourrissante , quoique d’une saveur très -faible. Elle forme la base principale du bouillon; elle est

plus ou moins mêlée d’une autre substance dont je parlerai tout à l’heure, de Vosmazome. Elle est extraite des os, ou bien au moyen d’un acide qui la sépare de la partie terreuse, ou bien à l’aide de la vapeur.

On trouve la fibrine dans le chyle, le sang , et surtout dans la chair musculaire. La viande doit sa saveur de bouillon à une substance particulière contenue dans l’extrait aqueux de viande, et que M. Berzélius a appelée zomidine, laquelle est mêlée à diverses autres substances, dont les unes, solubles dans l’alcool , et les autres, solubles seulement dans l’eau, constituent le mélange que M. Thénard avait décrit sous la dénomination d 'osmazome. Ce mélange n’estplus considéré comme une substance à part. La matière caséeuse, ou caséum , se trouve dans le lait des animaux; de même que l’albumine et la fibrine , elle peut y exister sous deux états, celui de coagulation et celui de non-coagulation. Séchée à l’état de coagulation et plus ou moins mêlée avec du beurre, elle forme le fromage ; celui-ci présente différents caractères , selon que le lait a été plus ou moins écrémé et, par conséquent, dépouillé d’une grande partie de son beurre, selon aussi qu’il est conservé plus ou moins longtemps. M. Braconnot a donné le nom d ’aposépédine à une matière qui se forme pendant la putréfaction du fromage , et que le docteur Proust avait nommée oxyde caséique. Cette matière est sans odeur; sa saveur est faiblement amère, rappelle un peu celle de la viande rôtie, et croque sous la dent. Après que le fromage a été séparé du lait, il reste une liqueur jaune, qui est le petit lait, lequel donne le sucre de lait, dont nous avons déjà parlé.

Je termine ici l’exposition des diverses sortes de substances alimentaires.

J’ai dit plus haut que les substances non azotées n’offraient, quand on les emploie seules , qu’une nourriture insuffisante. On peut dire la même chose de presque toutes les substances azotées. Il est contraire à l’usage, ainsi qu’aux règles d’une bonne hygiène, de se nourrir d’une seule espèce d’aliments et, à plus forte raison, d’une seule espèce de substances alimentaires. M. Magendie a prouvé, par des expériences, élevées, pour la première fois, à la rigueur scientifique, que les aliments doivent être variés. De là, l’habitude universelle de mêler ensemble les divers aliments ; de là, la distinction indiquée par les auteurs, entre les aliments simples et les aliments composés. La nature nous offre d’elle-même des aliments composés , car elle nous fournit, non point de la gélatine, de l’albumine ou de la fibrine; non point de l’amidon, de la légumine ou du gluten, mais de la viande, des œufs, du froment, du lait, etc. Chacun de ces mélanges contient diverses sortes d’aliments; on peut donc dire que l’homme ne se nourrit en général, que d’aliments composés. L’art vient encore ici au se cours de la nature. Ainsi, lorsque l’on fait de la soupe, on combine ensemble de la viande, des légumes et du pain ; c’est-à-dire qu’on animalise les légumes et le pain au moyen d’une préparation particulière.Ce n’est pas tout, on mesure les effets nutritifs que l’on veut produire.

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en ajoutant plus ou moins de telle substance à telle autre ; en donnant, par exemple, de la gélatine dans des proportions graduées, pour en faire, soit le bouillon proprement dit, soit le consommé, soit la gelée. On choisit de préférence, selon les cas, la chair de bœuf, celle de volaille, celle de poisson, parce qu’elles ne contiennent point au même degré la propriété nutritive.

L’action des aliments sur la nutrition dépendant, commeje viens del’établir , du nombre et des proportions diverses des matériaux qu’ils contiennent, il s’ensuit qu’ils doivent varier selon les âges et les conditions différentes de chaque individu. Pour bien comprendre celte action des aliments , il faudrait faire une série innombrable d’expériences , dans lesquelles on tiendrait compte des circonstances propres à chaque homme. C’est dire d’avance qu’un tel travail est impossible dans l’état actuel de la science, et probablement le sera toujours. il n’est qu’un seul cas dans lequel on puisse faire des observations à peu près justes, c’est dans la première période de la vie de l’enfant, parce qu’alors l’aliment est unique, et que son action, par conséquent, est isolée encore de toute autre action semblable ou de même nature. Il est évident que le lait doit fournir à lui seul tous les matériaux nutritifs destinés à l’accroissement des organes et à l’entretien de la vie. Comment le système osseux, par exemple, dont la solidification continuelle est due â l’accumulation non interrompue du phosphate de chaux dans la gélatine des os, pourrait-il acquérir la force et la résistance qui le caractérisent, si le lait ne contenait point , dans sa matière caséeuse , une quantité considérable de phosphate calcaire? Pour arriver donc à une évaluation quelconque des résultats de l’alimentation , il faudrait commencer l’étude de ce phénomène par son véritable commencement; c’est-à-dire qu’il faudrait prendre l’enfant à sa naissance , observer les effets de l’aliment, et poursuivre cette observation pas à pas, jour par jour, minute par minute; il faudrait enfin calculer les variations qu’apportent et l’idiosyncrasie de chacun, et les circonstances environnantes, et mille autres détails qui changent à chaque instant les conditions de la vie humaine. On conçoit, je le répète, que ce travail est impossible jusqu'à nouvel ordre.

Et cependant, il faut, en attendant, que le monde vive ; pour qu’il vive , il faut qu’il se nourrisse , et se nourrisse convenablement. Quelles règles donc observera-t-on dans le choix des aliments? La science, nous le voyons, ne peut répondre à cette question que d’une manière générale et approximative; mais l’observation journalière que chacun exerce, et sur les autres, et sur soi-même, supplée ici, jusqu’à un certain point, àl’insuffisanee de la science. J’ai fait remarquer plus haut que la nature nous offre presque toujours les aliments sous une forme composée. Dans certains cas, il sera bon de conserver , et- dans d’autres cas , de détruire les combinaisons naturelles des matières alimentaires. Enfin, dans la plupart des circonstances, il sera indispensable d’associer ensemble des substances hétérogènes, afin de modifier, ou bien leur saveur,

ou bien leur action sur les organes digestifs , ou bien leurs propriétés nutritives. C’est toujours en raison de cette triple influence que doit être réglé le mode d’alimentation propre à tout individu; et sous ce point de vue, la quantité absolue et la quanti té proportionnelle des aliments doivent être prL ses en considération , non moins que leurs qualités. Ainsi les aliments acides, tels que les fruits, etsurtoutles fruits verts, le vinaigre, le citron, etc., irritent l’estomac, et contiennent à peine quelques particules nutritives ; il faut donc s’abstenir d’en faire habituellement usage; mais ils peuvent être combinés en petite quantité avec d’autres aliments, et particulièrement avec les chairs fortement colorées des animaux, lesquelles ont une certaine tendance à la fermentation putride. De même , les chairs blanchâtres des jeunes animaux, les substances farineuses et légumineuses, ont besoin d’être relevées par des substances aromatiques. De tous les mélanges alimentaires, le plus fréquemment usité et le plus indispensable , c’est celui qui résulte de l’association des sels avec les divers aliments. Les sels le plus ordinairement employés sont: l’hydrochlorate de soude, le nitrate de potasse , etc., etc. Le véritable but de la préparation des aliments, c’est de faciliter l’action digestive, en excitant l’estomac et les intestins, et il importe, par conséquent, de n’exciter ces organes que dans une certaine mesure , et de veiller à ce qu’ils ne deviennent point le siège d’une irritation locale , qui réagirait bientôt sur l’économie tout entière. N’oublions jamais que les aliments les plus sains peuvent être assimilés, selon leur mode de préparation, soit aux médicaments, soitmême aux poisons. Combien donc l’état particulier de chaque individu, son âge, ses habitudes, ses appétits, les lieux qu’il habite , le climat sous lequel il vit, ne doivent-ils pas fixer l’attention dumédecin, etdéterminer le régime alimentaire qu’il convient de prescrire I Vouloir tracer des règles absolues en pareille matière, ce serait risquer d’induire gravement en erreur ceux qui s’en rapporteraient â des assertions nécessairement vagues et incertaines. Disons-le donc franchement, le monde n’en sait guère moins à cet égard que les savants , et l’assurance des convictions qu’on rencontre quelquefois chezles médecins en pareille matière, estpresque toujours en raison directe de l’ignorance de ceux qui en parlent. Chacun, dans son régime, doit se consulter soi-même, au lieu deconsulter les livres et les dictionnaires ; ce qui ne veut pas dire que chacun doit se conduire par soi-même ; mais les règles n’étant nullement invariables, une direction spéciale est nécessaire à chacun, pourvu qu’elle soit donnée en parfaite connaissance de cause, par un médecin attentif, instruit et intelligent.

Pour traiter plus complètement des aliments, de leur préparation et de leur usage , il faudrait beaucoup plus d’espace que n’en comporte la nature de cet ouvrage. Nous nous bornerons à ren- ' voyer les lecteurs à quelques autres articles. ( V. Condiments , Régime , etc. ) Deux surtout sont indispensables : dans l’un (y .Boissons) il sera traité des boissons, espèce particulière d’aliments tout-

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à-fait différente des aliments proprement dits; dans l’autre ( Y. Comestible ) on verra par quels procédés les aliments peuvent être altérés , et devenir plus ou moins nuisibles, et comment on peut reconnaître les aliments falsifiés. Enfin, un dernier article devra indiquer les moyens à l’aide desquels l’hygiène publique doit pourvoir, autant que le permet l’état actuel de la société, à l’alimentation de cette population toujours croissante, dont les besoins augmentent avec le nombre. Quels remèdes apporter au paupérisme ? sujet immense, quia tant occupé, depuis quelques années, les économistes et les hommes qui méditent sur l’état social. C’est à l’hygiène de résoudre une si grande difficulté ; aucune autre question, peutêtre, ne mérite à un tel degré notre attention et noire intérêt.

Hipp. Royer-Collard , professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris , chef d’e la division des sciences et des lettres au ministère de l'instruction publique.

alimentaire, ( phys .), adj. tout ce qui dépend des aliments. On a donné le nom de conduit alimentaire à la série d’organes creux qui reçoivent les aliments , et qui s’étend de la bouche à l’anus. Les aliments, après avoir été mâchés , et lorsqu’ils sont disposés en masse sur la base de la langue pour être avalés, ont reçu le nom de bol alimentaire. Pour désigner tous lies aliments contenus dans l’estomac pendant la digestion, on leur donne le nom de masse alimentaire. J. B.

aliptique , ( hyg. ), s. f. , du grec aléiphô , oindre ; partie de l’ancienne médecine qui traite des onctions comme moyen d’entretenir la santé. On sait que les anciens, comme moyen hygiénique, faisaient un grand usage d’onctions.

alisma. [bot.) s. m. genre de la famille naturelle des alismacées, créé par Yentenat, et qui joue parmi les monocotylédones, le rôle que les renonculacées occupent dans la division des dicotylédones. L’une des espèces de ce genre, le plantain d’eau [Alismaplantago), est très- commune dans les mares, les fossés humides de la France et de tout le nord de l’Europe. Les Kalmouks mangent les tubercules des racines qui renferment , suivant Neljubin, de la fécule, de la gomme et de l’albumine. Cette plante était totalement inusitée en médecine, lorsque le bruit se répandit en Europe, pendant l’année 1817, qu’en Russie elle était employée avec le plus grand succès contre la rage. Les papiers publics accueillirent cette nouvelle et la répandirent dans le monde entier; mais malgré le témoignage de Martius, de Burdach, de Moser, 1 humanité doit renoncer à l’espoir de posséder un remède contre la rage dans le plantain d’eau, qui s’est trouvé sans efficacité chaque fois que l’on a négligé les autres moyens réellement actifs, tels que là cautérisation, etc. Ms.

alkekexge, [bot.) s. m. nom d’origine arabe ; en français, coqueret, parce que le calice forme une coque au fruit. [Phy salis alkekengi.)

Cette plante, de la famille des solanées, vient dans les vignes et les lieux sablonneux de presque

toute la France; ses fruits sont des baies rouges; le calice qui les entoure est renflé comme une vessie; et devert qu’il était d’abord, finit lui-même par se colorer en rouge comme le fruit. En Allemagne et en Espagne , on le sert sur les tables, au dessert. Le suc de ces baies a été employé par les médecins comme diurétique et légèrement laxatif; la dose est d’une once. 11 entre dans le sirop de chicorée, celui d’allhæa, de Fernel,et sert aussi à colorer le beurre en jaune. Cette plante est remarquable en ce que son fruit n’est nullement dangereux , quoiqu’elle appartienne à une famille où ils sont souvent vénéneux , témoin ceux de la belladone , de la jusquiame , de la pomme épineuse. (Voyez Solanées au Supplém.) Ms.

alkermès, ( mat.,méd .), s. m. sorte d’électuaire dans lequel entrait un grand nombre de substances, et entre autres des graines de kermès, d’ou lui vient son nom. Cet électuaire ou confection est très-excitant, et n’est presque plus en usage.

allaitement, s. m. lactatus; mode d’alimentation propre àl’enfant pendant les premiers mois qui suivent sa naissance. Cette fonction est le complément de la maternité ; les mères valides qui refusent de la remplir exposent leur santé en même temps que celle de leurs enfans. Chez toutes les femmes les mamelles sécrètent un fluide destiné à nourrir leurs enfans ; quand il ne sert pas à ce but, il s’opère souvent un des principaux phénomènes pathologiques suivans : le lait peut continuer d’affluer dans les seins, s’y agglomérer, produire des cordes noueuses par la distention des vaisseaux , donner lieu à des abcès longs et douloureux; si la femme est prédisposée par son tempérament aux squirrhes, aux cancers, il peut persister à la suite de ces engorgements une petite tumeur dure qui deviendra le germe actif de ces maladies à l’époque de la cessation des règles. Dans le cas au contraire où le sang cesse d’aborder vers les mamelles par le défaut de stimulant naturel, la matière qui doit former le lait est obligée de refluer dans la masse générale , où elle produit souvent des affections chroniques dangereuses , connues autrefois sous le nom de lait répandu; cependant il est nécessaire de dire que le lait ne joue pas un rôle direct dans la production des maladies auxquelles sont sujettes les nouvelles accouchées, quoique ces mêmes maladies puissent être prévenues en partie par l’allaitement maternel. L’irritation que la succion produit vers les mamelles devient un préservatif de l’irritation qui aurait pu s’établir vers un autre organe. On est ainsi dispensé de recourir à l’emploi des purgatifs et des différents moyens qui ont été conseillés pour suppléer à l’action des mamelles et qui no sont jamais non plus d’une innocuité absolue.

La femme qui nourrit sera probablement exempte de la fièvre de lait , et si elle survient elle sera plus modérée.

Les femmes qui refusent d’allaiter leurs enfants sont plus exposées aux engorgements, aux ulcères, aux cancers delà matrice et principalement à des flueurs blanches intarissables. En effet, lorsque la

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