‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 75 sur 316 · AM · texte numérisé non relu

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pituiteux, l’asthme humide, qu’il calme souvent, dans l’aménorrhée et la leucorrhée, où son efficacité est fréquemment en défaut; dans les empâtements des viscères abdominaux, les ulcérations internes, etc., contre lesquelles on l’a, bien à tort, préconisé. Son utilité serait plus réelle contre h-s spasmes de l’utérus, si nous n’avions dans les autres gommes-résines fétides , particulièrement dans l’assa-fœtida, des moyens beaucoup plus sûrs. Il n’en est pas de même de son usage à l’extérieur : c’est un topique qu’il ne faut pas dédaigner pour le traitement des tumeurs froides, indolentes, et qui ont besoin d’être médiocrement excitées.

En tout état de choses, et quel que soit le but qu’on se propose d’atteindre par l’emploi de cette substance , il la faudrait proscrire s’il existait de la chaleur, de la fièvre ou de la phlogose, car elle ne manquerait pas d’accroître l’irritation et d’augmenter le mal que l’on voulait guérir.

F. E. Plisson.

amnésie ( méd.), s. f. (du grec a privatif, et mnésis mémoire). On désigne sous ce nom la perte de la mémoire. Cette maladie, qui est le plus souvent un symptôme d’une autre affection , est produite par un assez grand nombre de causes , et présente une grande variété dans sa nature et dans son développement.

Les causes qui la produisent le plus ordinairement sont des congestions cérébrales, des attaques d’apoplexie, des ramollissements de la substance du cerveau , des tumeurs développées dans l'intérieur de cet organe ou dans l’épaisseur des membranes qui l’enveloppent. Des coups, des chutes sur la tête peuvent aussi produire la perte de la mémoire; on l’a vu être la suite d’affections morales tristes , de maladies graves , telles que le typhus, le choléra, et de certains empoisonnements par des substances narcotiques.

La perte de la mémoire peut être complète ou seulement partielle; elle peutne durer qu’un temps assez court ou être définitive. On a vu des exemples fort curieux de ces diverses physionomies de la maladie ; on cite des personnes qui , à la suite d’une des causes que nous avons indiquées, ont cessé de se rappeler une certaine nature de mots : les unes c’étaient les substantifs; les autres ne se rappelaient que quelques lettres de l’alphabet; d’autres oubliaient complètement la terminaison de certains mots ; ils les commençaient d’une manière régulière et les terminaient de la façon la plus bizarre ; on en a vu qui avaient complètement oublié les prénoms , et qui mettaient tous les verbes à l’infinitif ; chez certains malades la faculté d’écrire le mot était aussi complètement perdue que celle de la prononcer; d’autres au contraire écrivaient parfaitement le nom des objets qu’on leur désignait, mais ils ne pouvaient prononcer les mots qu’ils avaient eux- mêmes écrits, la faculté de trouver des sons pour les exprimer étant complètement suspendue.

Cette perte de la mémoire ne s’applique pas seulement au langage , elle a lieu également pour tontes les autres facultés; ainsi on a vu certains malades

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perdre la mémoire des dates, des nombres; on cite des musiciens qui , affectés d’amnésie , avaient perdu la faculté de reproduire une certaine nature de son; des peintres qui, dans leurs tableaux, ne pouvaient plus trouver certains tous de couleur, quoiqu’ils eussent sur leur palette toutes les nuances propres' à les former. Souvent cette perte de la mémoire s’applique aux formes des objets. Ainsi Thucydide dit que, pendant la peste d’Athènes, ceux qui avaient été affectés de la maladie ne reconnaissaient plus leurs parents et leurs amis; le même phénomène s’est reproduit, de 1812 à 1814, sur ceux de nos soldats qui avaient été affectés du typhus à Wilna et à Mayence. Cette perte de mémoire se manifeste souvent d’une manière bizarre; on \ oit le malade ne plus reconnaître les objets dont il a fait le plus continuel usage , tels que son chapeau et ses lunettes, lorsqu’il les a placés à côté d'objets analogues.

Relativement au temps, le malade perd quelquefois le souvenir des événements les plus récents, d’autres fois ce sont ceux d’une seule époque de sa vie , ou bien ses souvenirs ne remontent qu’à une date déterminée. On doit être étonné de cette grande variété que présente cette maladie d’une de nos facultés ; aussi les méde cins et les physiologistes ont-ils vu dans cette multitude d’altérations , la preuve de la multiplicité des mémoires; aujourd’hui on admet généralement que chaque sens et chaque faculté a sa mémoire spéciale; c’est au surplus ce qui sera développé lorsque l’on traitera ce mot.

Le traitement que l’on dirige contre cette affection varie suivant la nature de la cause que l’on suppose l’avoir produite , et c’est presque toujours au médecin à en faire l’application; la cause est presque toujours assez grave pour que la perte de la mémoire ne soit regardée que comme un symptôme secondaire, qui doit disparaître lorsque la maladie principale sera guérie. Parmi ces affections il en est beaucoup qui sont incurables , ce sont surtout celles qui ont été la suite de l’épilepsie , d’une lésion organique du cerveau , d’une attaque d’apoplexie, ou d’une fracture du crâne, lorsqu’elles ont résisté à un traitement assez long et bien dirigé. L’amnésie que l’on observe à la suite des maladies aiguës ou des affections nerveuses , disparaît assez facilement après la convalescence et lorsque la santé se consolide; il en est souvent de même de celles qui s’observent à la suite de l’abus des plaisirs de l’amour, ou des excès de la masturbation; cependant il peut arriver que cette maladie , dans ces derniers cas, laisse une grave altération dans l’intelligence. Celle qui se manifeste à la suite de l’aliénation mentale présente aussi des chances de guérison ; mais généralement ces chances sont toujours, toutes choses égales d’ailleurs, en raison de la jeunesse et de la force de l’individu quia été attaqué par la maladie.

Lorsque l’affection qui a causé la perte de la mémoire est guérie, on voit quelquefois cette dernière persister; alors on essaie par des procédés mnémotechniques de rappeler la faculté perdue , et l’on a vu des individus être obligés d’é-

tudier les premiers éléments d’une langue qu’ils parlaient depuis leur enfance , ou d’une science qu’ils avaient possédées à un degré éminent ; souvent ces moyens ont été couronnés de succès, et les malades, après de premiers et pénibles efforts, ont recouvré l’intégrité des connaissances qu’ils avaient avant leur affection.

J. P. Beaude.

amnios ( anat.), s. m. C’est une membrane qui sert d’enveloppe au fœtus lorsqu’il est encore contenu dans la matrice; cette membrane est la plus interne, elle contient un liquide que l’on a nommé eau de l’amnios et qui est sécrété par la membrane elle-même, qui participe de la nature des membranes séreuses ; cette membrane qui recouvre le placenta et la face interne du chorion, qui forme la première enveloppe de l’œuf humain , se prolonge sur le cordon ombilical et s’arrête à l’ombilic du fœtus où elle s’unit à la peau. (Voy. Fœtus, Ovologie.)

amorces fulminantes ( Ouvriers qui préparent les ). La fabrication des amorces fulminantes etdes poudres qui servent à les préparer expose à de très-grands dangers les personnes qui fabriquent ces poudres et ces amorces. Nous traiterons des moyens d’éviter ces dangers, dans l’article Pour ! dres fulminantes. F. et Ch.

amphithéâtre ( hyg .), s. m. Ce mol ne présente d’intérêt sous le rapport de l’hygiène et de la po- i lice médicale, que considéré comme lieu où l’on se livre à des préparations anatomiques ou à des ouvertures de corps. (Y. Dissection .)

ampoule ( path .), s. f. cloche, phlyctène. On donne ce nom à de petits amas de sérosités qui ont lieu àla surface de la peau , entre le derme et l’épiderme qu’elles soulèvent; le nom d’ampoule a été surtout réservé pour celles de ces petites tumeurs jt qui se manifestent à la paume des mains ou aux pieds. Leurs causes sont dues aux contusions sur ces parties, par suite de compressions fortes et long-temps continuées ou par des travaux pénibles » exécutés avec les mains en tenant un corps dur; la pression trop forte de la chaussure, ou une mar- ; che forcée déterminent aussi ces petits accidents ; souvent ils sont la suite d’une contusion forte et subite ; dans ce dernier cas , la couleur opaline que présente la sérosité est mêlée à une couleur vio- 1 lacée produite par le sang épanché. On guérit ces petites indispositions en perçant l’épiderme pour faire écouler le liquide et en enveloppant la main d’une liqueur résolutive, composée avec une partie d’extrait de Saturne sur cent à cent-vingt parties d’eau. Il est assez important de ne pas enlever l’épiderme qui protège la peau et qui empêche qu’elle ï ne soit irritée par l’air et par les corps extérieurs, ï jusqu’à ce qu’un nouvel épiderme soit sécrété. On prévient les ampoules des pieds, lorsque l’on a de longues marches à faire , en les enduisant d’un ) corps gras.

Pour les autres phlyctènes qui pourraient être observées, voyez Erysipèle, Pemphigus, Bulle, etc.

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amputation ( chir .), s. f., vient du verbe latin amputare, retrancher, enlever. En chirurgie on entend par là toute opération qui consiste à séparer pour toujours, au moyen de l’instrument tranchant, un organe ou une partie d’organe saillant du reste du corps. Aussi peut-on dire amputation du sein , de la mâchoire , de la langue , des amygdales, du col de l’utérus, des organes génitaux de l’homme, etc. C’est un titre cependant qu’on a généralement réservé pour l’ablation d’une portion plus ou moins étendue de toute l’épaisseur d’un membre.

Dernière ressource, moyen extrême de la chirurgie, l’amputation ne doit être pratiquée qu’en désespoir de cause. Déjà grave par elle-même , elle a encore comme conséquence nécessaire la mutilation du sujet. En présence des cas qui semblent la réclamer, l’homme de l’art ne doit point oublier que le but de la chirurgie est de conserver , non de détruire ; mais les malades ont besoin de savoir à leur tour , qu’il vaut mieux sacrifier une partie que de perdre le tout, et vivre avec trois membres , que de mourir avec quatre.

La fâcheuse nécessité d’amputer les parties malades a dû être sentie de tout temps. La première idée s’en perd d’ailleurs dans l’histoire la plus reculée. Il paraît qu’on ne s’y décidait autrefois que très-rarement. Connaissant mal la circulation du sang, les anciens ne savaient point se mettre en garde contre les hémorrhagies, et, comme l’amputation entraîne toujours la division de quelques vaisseaux importants, ils devaient être continuellement arrêtés par la crainte de la mort dès qu’il s’agissait de retrancher une partie vivante du corps. D’un autre côté, avant la découverte de la poudre à canon, les guerres des peuples, moins meurtrières de leur nature, devaient rendre l’amputation moins fréquemment nécessaire qu’elle ne l’est devenue depuis.

Les anciens avaient senti de bonne heure le besoin de diviser les tissus au-dessus des parties mortifiées; mais, toujours épouvantés par l’hémorrhagie , ils étaient parvenus à faire de l’amputation une opération si redoutable , que beaucoup d’entre eux préféraient abandonner le malade à une mort certaine. Les uns commençaient par lier les vaisseaux en traversant toute l’épaisseur du membre avec un fil , ou bien par étrangler le membre lui-même tout entier et l’asperger d’eau froide. L’opération étant terminée , ils brûlaient la surface du moignon avec un fer rouge. D’autres faisaient l’incision des parties molles avec un couteau rougi à blanc, et cautérisaient ensuite avec de l’huile bouillante. Mais à partir du seizième siècle, la pratique chirurgicale a complètement changé de face sur ce point, et, depuis lors, l’amputation des membres est devenue beaucoup moins dange- | reuse.

Les cas qui réclament V amputation méritent une attention toute particulière, et üs deviendront de moins en moins nombreux , à mesure que la médecine fera des progrès , que l’art de bien traiter les maladies se répandra davantage.

Pour justifier une amputation il ne suffit pas que le mal qui la réclame ne puisse guérir d’une autre

manière, il faut encore qu’on puisse l’enlever en totalité , et qu’il y ait des chances raisonnables de sauver la vie du sujet. Lorsque c’est pour une affection cancéreuse qu’on opère, il importe de s’assurer qu’il n’en existe aucun germe dans les viscères. Si donc les ganglions dégénérés se remarquent à la racine des membres, si la teinte de la peau , l’état de la respiration , des digestions , si le moindre symptôme indique que le mal ne soit pas borné à l’extérieur, l’amputation serait inutile , ne ferait que hâter le développement de lésions analogues à celle qu’on se propose d’enlever. Il en est de même chez les sujets affectés de pulmonie ou d’une lésion organique du cœur, du foie, de l’estomac, des organes génito-urinaires, d’un épuisement profond , d’ulcérations nombreuses et anciennes dans les intestins.

La prudence ne permetpoint d’aroputerun membre affecté de carie scrofuleuse ou syphilitique, si d’autres organes sont déjà le siège de gonflement, de douleurs , et des premiers symptômes de maladies semblables.

Pour ce qui est des scrofules , cependant , on a dès long-temps remarqué que l’ablation d’une partie importante du corps était souvent suivie d’un changement avantageux à la constitution du malade; que la faiblesse est souvent remplacée, après la guérison , par les apparences delà force et de la santé la plus florissante.C’est d’ailleurs un effet facile à comprendre : une suppuration abondante, des douleurs longues , une articulation désorganisée, forment une cause perpétuelle de maladie qui tend continuellement à détériorer les fonctions , et ne peut manquer d’entretenir dans l’économie un trouble assez considérable pour entraver les développements des ressources naturelles de l’organisme. Cette cause naturelle de souffrances et de dangers étant enlevée , il est tout simple que la santé se rétablisse ensuite.

Il est bon de remarquer aussi que la faiblesse où se trouvent les malades ne contr’indique pas toujours l’opération. Ce n’est pas chez les sujets les plus forts , les mieux constitués que les amputations réussissent le mieux; un certain degré d’épuisement, déterminé par de longues douleurs, la diarrhée elle-même , quand aucune lésion interne ne l’entretient, sont, en général, plutôt une condition avantageuse que nuisible ; il semble, dans le premier cas, que l’organisme, jouissant de toute son intégrité , se révolte contre la mutilation dont il vient d’être l’objet; tandis que, dans le second, l’affection contre laquelle il avait épuisé ses ressources étant enlevée, il n’ait plus qu’à s’occuper de faire disparaître les désordres secondaires qu’il n'avait pu prévenir.

Les soins, soit physiques , soit moraux, qu’on doit prodiguer au malade , les préparations qu’il convient de lui faire subir avant une amputation, sont les mêmes que pour toute opération grave , que pour les opérations que réclament les anévrismes, par exemple, et ils varient selon une infinité de circonstances.

Tous les temps, toutes les saisons, toutes les heures du jour ou de la nuit peuvent être adoptés pour la pratique des amputations, ainsi que pour

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toutes les opérations d’urgence. Cependant on préfère généralement le matin , quand il est permis de temporiser, et cela, par la raison qu’il est plus facile de surveiller le malade pendant le reste de la journée, que si on l’avait opéré à l’entrée de la nuit.

Les instruments nécessaires pour pratiquer les amputations les plus compliquées sont un tourniquet, un garot, une pelote à manches ou autres objets propres à suspendre momentanément le cours du sang dans le membre; des couteaux de diverses longueurs, un bistouri droit, un bistouri convexe, une scie avec des lames de rechange, des pinces à disséquer , des ciseaux courbes ou droits, des tenailles incisives, des érignes, des aiguilles à suture , un ténaculum ; pour le pansement on a besoin de fils cirés simples, doubles, triples, quadruples, dont on forme des ligatures de longueur et de grosseur différente, des bandelettes agglutinatives , de la charpie brute , en boulette et en plumasseaux, des compresses longuettes, carrées, et d’autres formes encore; des bandes de toile et quelquefois de laine : il faut avoir en outre de l’agaric, des éponges, de l’eau tiède et de l’eau froide dans des vases différents , un peu devin, de vinaigre, d’eau de Cologne, une lumière , du feu dans un réchaud et quelques cautères, en supposant qu’il soit utile d’en faire usage.

Pendant longtemps on avait cherché à pratiquer les amputations sans causer de douleur , mais jusqu’à la découverte de l’emploi de l’éther et ensuite du chloroforme tous les moyens proposés étaient plus dangereux qu’utiles. Aujourd’hui elles peuvent être pratiquées sans douleur et sans que le malade ait rien à redouter de l’emploi des agents qui ont produit l’anesthésie. Le médicament le plus en usage est le chloroforme (Y. ce mot au Suppl.). Il est vrai qu’on l’a vu quelquefoisproduire l’asphyxie: cet effet, que l’on peut d’ailleurs prévenir, n’empêche pas les chirurgiens les plus prudents de l’employer.

Les aides doivent avoir un rôle distinct et bien déterminé d’avance : l’un est chargé de comprimer l’artère; on choisit en général pour cet objet le plus fort, le plus grand ou celui qui possède le plus de sang-froid et de connaissances ; un second embrasse le membre du côté de sa racine, pour relever les chairs ; le troisième soutient et embrasse la partie qu’on veut enlever; un quatrième est chargé de présenter les instruments à mesure qu’ils deviennent nécessaires: d’autres s’emparent des diverses parties du corps dont les mouvements pourraient nuire pendant l’opération.

Avant de porter le couteau sur les tissus vivants, il faut s’être mis en garde contre l 'hémorrhagie. Long-temps on a eu recours , pour atteindre ce but, à la compression circulaire du membre. Peu à peu le lien circulaire s’est perfectionné entre les mains des chirurgiens français. On commença d’abord par le séparer du trajet de l’artère, à l’aide d’une compresse plus ou moins volumineuse , puis on le transforma en véritable garot, au moyen d’un petit bâtonnet qui devait augmenter ou diminuer à volonté la compression du vaisseau pendant l’opéralion. Ce garot est encore en usage au-

jourd'hui; mais, pour empêcher la peau d’*tre pincée, et pour diminuer autant que possible la compression dans les points de la circonférence du membre qui ne correspondent pas à l’artère on applique au préalable, sur cette dernière, une compresse pliée en plusieurs doubles, une bande roulée, ou toute autre pelote solide, tandis qu’une plaque de corne, légèrement concave, est appliquée au-dessous de la partie du lien qui doit être tordu à l’opposite du membre.

Le tourniquet a rendu l’emploi du garot beaucoup plus rare. Une fois appliqué, on peut l’abandonner | à lui-même , tandis que le garot a besoin d’être surveillé ou maintenu jusqu’à la fin de l’opération.

Lorsqu’on ne peut disposer que d’un petit nombre d’aides, ou quand ces aides ne sont pas assez | instruits pour mériter la plus entière confiance, j dans les campagnes, par exemple, et quelques fois aux armées, lorsqu’une circonstance imprévue vient à nécessiter l’amputation d’un membre , le garot , pouvant être fabriqué sur-lechamp et partout, forme une ressource précieuse.

Le tourniquet , si on peut se le procurer, aura plus d’avantages encore; mais dans tout autre cas, c’est sur la main d’un aide qu’il faut compter ; seulement , lorsque l’artère se trouve située dans une excavation profonde , il est bon de se servir d’une sorte de cachet de bureau garni d’une pelote; de cette manière la douleur qu’on fait éprouver au malade est moins vive, la rétraction des muscles \ n’est aucunement gênée, l’opérateur agit librement , et peut s’approcher de la racine des membres , autant que la nature du mal l’exige.

Il y a deux manières générales de traiter les j plaies après l’amputation ; tantôt on en rapproche 'i les lèvres le plus exactement possible et on tâche !i de les maintenir dans le contact le plus parfait; tantôt au contraire, on les laisse écartées, on place entre elles des corps étrangers et différentes pièces de pansement. Dans le premier cas , on cherche à obtenir ce qu’on appelle la réunion im- '' médiate ou par par première intention; dans le second, on favorise la suppuration , e t la guérison, la cicatrisation ne s’obtient que médiatement , ou par seconde intention , par réunion médiate.

Le malade reporté dans son lit doit y être placé à l’aise ; un cerceau est chargé de soutenir le poids des couvertures , de les empêcher de porter sur le moignon, qui, d’autre part, repose mollement sur un coussin ou un drap plié en fanon.

On tient habituellement le moignon dans la demi-flexion, afin que les muscles en soient relâchés, et, selon quelques personnes, aussi pour diminuer la tendance des fluides à se porter vers la plaie.

Une cuillerée ou deux de vin pur peuvent être utiles pour diminuer la torpeur ou l’abattement momentané, ordinairement produit par l’opération. Le reste du jour on donne par cuillerée une potion calmante, légèrement anti-spasmodique, de l’infusion de tilleul , de violette , de coquelicol, | édulcorée avec quelque sirop, pour tisane.

Excepté pour les sujets affaiblis par de longues j souffrances, la diète la plus sévère est de rigneur.

Il est tout au plus permis d’accorder quelques

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bouillons coupés , jusqu’à ce que ia réaction générale se soit opérée. Le régime des amputés est d’ailleurs le même que pour les maladies aiguës et toutes les opérations majeures. Lorsque le malade est robuste, sanguin, que l’opération a été pratiquée pour une lésion récente, qu’il ne s’est pas écoulé une grande quantité de sang, le refoulement des fluides étant à craindre, on a beaucoup parlé de l’importance d’en diminuer la masse pour prévenir les inflammations internes et les dangers de la réaction générale.

Le premier pansement ne doit avoir lieu, dans les cas ordinaires, qu’au bout de soixante-douze heures, de quatre jours même. Les malades le redoutent beaucoup en général. Autrefois il avait effectivement quelque chose de redoutable pour eux : aucunes précautions n’é taient prises pour prévenir les adhérences de la charpie ou des compresses avec le fond ou les bords de la solution de continuité, quoiqu’on eût recours à ce pansement le lendemain ou le second jour de l’opération, avant que la suppuration fût établie par conséquent; on comprend donc, qu’aujourd’hui encore, les gensdu monde en soient presque aussi effrayés que de l’amputation elle-même. Sous ce rapport, il faut le dire , les malades sont agréablement trompés; les linges ou les bandelettes enduits de cérat rendent toujours très-facile la séparation des autres pièces de l’appareil. Au bout de trois ou quatre jours, les humidités, le suintement naturel de la plaie , ont de leur côté détruit les adhérences qui auraient pu susciter quelques tiraillements, et le premier pansement ne doit pas entraîner plus de douleurs que les suivants.

Il est de règle de nettoyer le moignon , le troisième, le quatrième ou le cinquième jour , comme dans le cas précédent , et de renouveler ensuite chaque jour le pansement.

Les ligatures ne tombent ordinairement qu’à partir du huitième ou du dixième jour. Il serait dangereux de chercher à les faire tomber plus tôt. Mais aussi , dès qu’elles tardent davantage , il n’y a pas d’inconvénient à les tirer doucement , chaque fois qu'on renouvelle l’appareil.

Les accidents auxquels l’amputation des membres peut donner lieu sont graves et nombreux. Les uns surviennent au moment même de l’opération, et les autres plus ou moins longtemps après.

Hémorrhagies. Chez les sujets affaiblis, la perte du sang est de nature à faire naître immédiatement les dangers les plus inquiétants. Elle a quelquefois lieu avant qu’on ait pu lier les vaisseaux , soit parce que le tourniquet s’est relâché ou déplacé, soit parce que l’aide exécute mal la compression, soit aussi parce qu’on éprouve des difficultés inaccoutumées à saisir les artères. Du reste , il faut bien se garder de ranger parmi les hémorrhagies le suintement qui manque rarement d’imbiber, de tacher l’appareil, l’alèze et quelquefois même toute l’épaisseur des coussins dès le premier ouïe second jour. Quand même ce serait du sang pur, et non de la sérosité sanguinolente, on ne doit nullement s’en effrayer alors, à moins que le malade n’ait ressenti quelque affaiblissement. Règle générale , tarit que la force du

pouis se maintient , que la pâleur du visage n’augmente pas, les ablutions froides et le tourniquet suffisent, si on croit devoir tenter quelque chose.

Conicité du moignon. Suite presque inévitable de l’amputation autrefois, la conicité du moignon est devenue très-rare aujourd’hui. Quelle qu’en soit la cause, la saillie de l’os , après les amputations , est toujours un inconvénient fâcheux; quand elle est légère néanmoins et sans dénudation, quand elle est simple, il ne faut pas y toucher. La nature perfectionnera son ouvrage, finira par déplacer la cicatrice en ramenant la peau sur le sommet de l’os; s’il retrouve de l’embonpoint, le malade voit d’ailleurs assez souvent cette conicité disparaître en partie, et ne pas s’opposer à l’emploi des moyens qui ont pour but de suppléer au membre; lorsqu’elle est plus considérable , il n’y a que l’exfoliation naturelle ou la résection qui puisse en débarrasser l’amputé.

L’exfoliation, extrêmement lente à s’effectuer, puisqu’il lui faut trente, quarante, soixante jours, et quelquefois même jusqu’à trois ou quatre mois pour se compléter, ne doit être abandonnée à la nature que dans un petit nombre de cas ; le fer rouge , les caustiques, le nitrate de mercure , par exemple, ne la hâtent presqu’en aucune manière; il vaut mieux se contenter d’efforts légers , renouvelés à chaque instant sur l’escarre, aussitôt qu’elle devient mobile , à moins qu’on ne se décide à en faire la résection.

La résection est une opération simple , mais souvent dangereuse et même mortelle. Il faut la pratiquer assez haut pour ne pas être obligé d’y revenir, pour ne pas craindre une seconde conicité.

La pourriture d'hôpital, suite assez fréquente des amputations , est une des complications les plus fâcheuses qui puissent survenir; dès qu’elle s’est emparée du moignon, qu’elle envahit les téguments , les muscles à une certaine distance , que l’os se dénude , et que les topiques ou les caustiques ont été vainement essayés, l’amputation au dessus de l’articulation voisine, ou, si la chose n’est pas possible , simplement au-dessus des limites du mal, est une dernière ressource à lui opposer.

A la suite de la réunion primitive surtout , l’inflammation s’empare quelquefois du périoste qui suppure et se durcit. L’os alors se dénude et ne tarde pas à se nécroser.

Le gonflement inflammatoire du moignon se présente tantôt sous la forme d’un érysipèle , tantôt avec les caractères d’un phlegmon. Dans le premier cas , si la peau seule est affectée , les bandelettes emplastiques en sont souvent la cause ; soit parce qu’on les a trop serrées, soit parce qu’elles renferment une trop forte proportion de matières irritantes ; alors il suffit ordinairement de les enlever et d’envelopper, pendant quelques jours, la surface enflammée de cataplasmes émollients. Dans le second cas , l’accident est beaucoup plus grave et mérite la plus sérieuse attention. La phlegmasie se porte rapidement au loin; les muscles la peau sont bientôt disséqués par le pus ; les tissus sous-cutanés, les traînées cellulaires plus pro-

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fondes , vont quelquefois jusqu’à se mortifier , et ne tardent pas à se détacher par lambeaux; une fièvre ataxique ou adynamique survient et met le malade dans le plus imminent péril. La réunion après la suppuration est rarement suivie d’accidents pareils. Dès que ces symptômes s’annoncent, ils doivent être combattus avec énergie. On les calme quelquefois en mettant à nu toute la surface de la plaie , pour la panser à plat, ou bien en couvrant le moignon de sangsues, puis de cataplasmes ; mais quand ces moyens restent sans succès , ou quand il est trop tard pour en faire l’application , je ne connais rien de plus efficace que les incisions profondes et multipliées. En supposant que le mal redevienne local , après avoir fait naître de nombreux phénomènes généraux, il en résulte souvent une dénudation de l’os , des trajets fistuleux , une conicité du moignon qu’on ne peut guérir que par une seconde amputation.

Phlébite. Souvent les veines elles-mêmes s’enflamment , soit seules , soit avec les parties environnantes. Ici comme partout ailleurs la phlébite est excessivement dangereuse. Les symptômes d’adynamie , de putridité , d’ataxie , qu’elle ne tarde pas à faire naître , sont presque toujours suivis de la mort; en sorte que c’est un des accidents les plus redoutables qui puissent se manifester après les amputations. Les dangers qu’elle entraîne , attribués jusqu’à ces derniers temps à la propagation de l’inflammation vers le cœur, dépendent d’une tout autre cause. Le mélange du pus avec le sang , son transport dans les organes , en donnent une explication beaucoup plus satisfaisante , ainsi que je croisl’avoir formellement exprimé, le premier, en 1824, 1825, 1826 et surtout en 1827. La résorption purulente est un autre accident dont les dangers sont exactement semblables.

Cystite. On est souvent obligé de sonder les opérés , principalement après l’amputation des membres abdominaux , et ceci tient quelquefois à l’inflammation de la vessie.

Après l’ablation d’un membre, le moignon , qui avait d’abord maigri, devient ensuite le siège d’une nutrition plus active, augmente de volume et finit, au bout d’un temps variable , par se mettre, sous ce rapport, sur la même ligne à peu près que le point correspondant de l’autre membre.

Les amputés prennent fréquemment d’ailleurs un embonpoint remarquable. Ils acquièrent un surcroît réel d’énergie dans les organes de la digestion , de la circulation, de la reproduction. Les fluides vivifiants, obligés de circuler dans un cercle plus étroit, augmentent l’activité de toutes les fonctions, de même que l’intensité d’une lumière devient de plus en plus vive à mesure qu’on resserre l’espace qu’elle éclaire. Ils tendent à revêtir les caractères du tempérament sanguin.

Les efforts salutaires delà nature, pour remédier au trop plein de l’économie , en pareil cas , se manifestent selon l’àge et le sexe, par des épistaxis, des hémorrhagies , des menstrues plus abondantes, la fréquence des selles, une transpiration et des sécrétions plus copieuses. Aussi est-il bon de saigner <aC temps en temps les sujets qui ont subi l’amputa-

tion d’un membre, ou de retrancher au moins le quart de leur nourriture pendant la première année, et qu’ils s’abstiennent des exercices violents.

Les précautions dont on entoure un amputé avant , pendant et après l’opération, sont d’ailleurs le meilleur moyen d’en prévenir les suites fâcheuses. Je vais donc les résumer ici en peu de mots.

Avant l’opération il faut avoir égard à l’âge , au sexe, au moral, à l’état général de la santé. Chez un enfant, les ménagements préalables n’ont pas besoin d’être portés aussi loin. Comme les amputations réussissent bien chez eux , comme les meilleures raisons possibles n’ont que peu de prise sur leui intelligence, on ne doit pas craindre d’employei la force pour les maintenir. A moins d’urgence od ne doit pas amputer les femmes aux approches des règles, ni pendant la grossesse. Leur sensibilité naturelle exige qu’on les encourage avec plus de soin encore que les hommes. Le tout est de les décider ; car il est à remarquer qu’une fois la détermination prise, elles supportent généralemenl avec une grande résolution l’opération la plus i grave et la plus douloureuse.

Un adulte qui jouit de sa raison ne doit jamais être amputé de force. Il faut qu’il y consente de son plein gré. Le premier rôle du chirurgien est de lui en montrer futilité , et non de la lui impo- , ser par violence. Aux malades calmes et résignés on peut dire le jour et l'heure de l’opération; il I vaut quelquefois mieux les prendre en quelque sorte à l’improviste , quand ils sont pusillanimes ou très-impressionables. On cache soigneusement, à ces derniers, tout ce que l’opération peut avoir j d’inquiétant. Il est permis de parler aux autres de la douleur, de quelques-uns des accidents qui pourraient survenir, s’ils ne se soumettaient pas strictement aux prescriptions qui vont leur être faites. Dans tous les cas le mieux est de les entre- |j tenir le moins possible de pareils objets. Aucune conversation relative à des malades qui auraient eu à se repentir d’opérations semblables ne doit être tenue près d’eux.

Si la maladie est ancienne et douloureuse , le régime ne sera que légèrement modifié la veille de l’opération. Dans le cas contraire, on diminue par degrés la quantité des aliments, de manière à ne donner que des potages les deux derniers jours.

Si le ventre était resserré , on administrerait un léger purgatif ou quelques lavements laxatifs. Les ‘ vésicatoires , les cautères de précaution ne sont utiles que lorsqu’il s’agit d’enlever une maladie très-ancienne , ou de tarir une longue suppuration; à moins qu’il n’y ait de la fièvre, la saignée est inutile , attendu que l’opération peut exposer le malade à perdre beaucoup de sang par elle-même.

Pendant l’opération il ne doit y avoir dans la chambre que des figures calmes. Les personnes susceptibles de se trouver mal , ou dont la mobilité des traits pourrait trahir les craintes en seront exclues, de même que toutes celles qui, par . imprudence, ou autrement, seraient de caractère * à tenir des propos inconsidérés , à chuchoter autour du lit de douleur. Il convient au surplus que , le lieu où se pratique l’opération soit bien aéré, bien éclairé et suffisamment large pour que l’air y

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circule librement. Une température d’environ quinze degrés est ce qu’il y a de mieux en pareil cas. Du reste , il ne faut pas que des courants d’air puissent tomber sur le malade, dont les yeux seront couverts en outre d’une pièce de linge flottant.

Le malade qu’on ampute doit exhaler librement ses plaintes et ne pas se contraindre. Il en est qu’on doit engager à crier, comme il en est d’autres dont il importe de modérer l’agitation. Je n’aime point ces malades qui mangent leurs douleurs pendant qu’on les ampute. Toute chose égale d’ailleurs, l’excès contraire est d’un moins mauvais augure.

Après l’opération, si le malade est très-affaibli, on peut lui donner une cuillerée de vin sucré ou d’eau rougie; l’eau-de-vie, le vinaigre , l’eau de Cologne ne lui seront mis sous le nez que s’il menace de se trouver mal. Alors il est bon de lui tenir la tête basse et d’attendre quelques minutes avant de le changer de lit.

Quand il est convenablement nettoyé onluipasse une chemise, après quoi on le place dans le lit du coucher. Pour cela une personne forte le prend, du côté sain , par dessous les épaules d’une main, et par dessous les jarrets de l’autre, de manière à ne lui imprimer aucune secousse, aucun ébranlement. Une alèze pliée en quatre et un coussin mollet garnissent le nouveau lit , vis à vis du moignon, et le malade doit être placé sur le dos, la tête modérément élevée.

Là on doit le laisser tranquille , éviter de le faire parler, et rester près de lui pour surveiller les suites de l’opération. Le moignon est quelquefois tourmenté de soubresauts, contre lesquels il faut se tenir en garde. Une bride en linge , fixée par ses extrémités aux bords du coussin ou du matelas , après avoir croisé la partie, suffit dans certains cas pour les arrêter ; autrement un aide ou la garde doit les modérer chaque fois en comprimant la racine du moignon avec une certaine force au moyen de la main. Une cuillerée de potion calmante ou anti-spasmodique sera donnée d’heure en heure, si le malade est agité ou ne s’endort pas. On ne lui offrira delà tisane qu’en petite quantité , pour apaiser sa soif, et non à titre de médicament. En général il est inutile de faire chauffer ses boissons.

L’appareil se teint naturellement en rouge au bout de quelques heures , ou du moins avant la fin du second jour. Les gens du monde auraient tort de s’en effrayer ; c’est l’effet d’un suintement presque inévitable. On ne s’en occuperait que s’il survenait trop vite et de manière à traverser bientôt et coussins et matelas. Alors l’hémorrhagie serait évidente et nécessiterait qu’on avertît sans retard le chirurgien. En attendant une compression assez forte devrait être exercée, vers la racine du membre , sur le trajet de l’artère. Les malades qu’on ampute pour des lésions anciennes, se trouvant ainsi débarrassés d’une cause perpétuelle de souffrance, sont généralement plus à leur aise le lendemain que la veille de l’opération. Le dévoiement, dont quelques-uns pouvaient être affectés , se suspend d’ordinaire pour trois , quatre 1

ou cinq jours. Il est rare qu’on soit obligé de les saigner. On peut leur accorder, dès le premier jour , un léger potage. Chez les autres , une saignée le soir, s’il y a de la fièvre , et une autre le lendemain,peuvent être fort utiles. A ceux-là on ne permet que des bouillons ou de très-faibles soup. s jusqu’au premier pansement.

Pour les garde-robes et les urines, il faut avoir un vase plat et un urinai qui puissent être glissés sous le malade sans le déplacer. Au bout de cinq à six jours, si tout va bien , on diminue un peu la sévérité du régime. On passe par degrés , des potages aux œufs à la coque, aux viandes blanches, aux poissons légers, et de là aux côtelettes, etc., à l’eau rougie , puis au vin pur.

Tant que les fils ne sont pas tombés, les mouvements du moignon sont à craindre. Après on aide le malade à se pencher, à se tourner tantôt dans un sens , tantôt dans un autre. Son linge doit être changé toutes les fois qu’il commence à se salir. Aussitôt que la plaie est en pleine voie de cicatrisation , il est bon de placer chaque jour l’amputé, une heure ou deux, sur un fauteuil à roulettes. On l’accoutume ainsi à pouvoir se lever et marcher sans inconvénient plus tôt que si on n’avait pas pris cette précaution.

Les premières fois que le malade sort de son lit il tend à se trouver mal. Cela n’a rien d’inquiétant, et dépend de la position verticale qu’il reprend aprèsl’avoirabandonnéeplusieurs semaines. Enfin quand la cicatrice est faite , il faut encore tenir le moignon enveloppé pendant quelque temps, et le prémunir contre l’action des corps extérieurs. II est temps alors de songer aux machines capables de remplacer en partie le membre perdu s’il en est susceptible.

J’oubliais de dire que beaucoup d’amputés croient , pendant longtemps, éprouver des douleurs dans la partie dont ils ont été privés par l’opération, et que ces douleurs, tout-à-fait nerveuses ou imaginaires, ne doivent les tourmenter en aucune façon. Velpeau,

Professeur à la faculté de médecine de Paris, Chirurgien de l'hôpital de la Charité.

amulette ( kist. de la méd.), s. m. ( Amuletwn . Pline). Ce mot est dérivé d ’amoliri, détourner de , éloigner , écarter. C’est ainsi qu’on appelait encore les amulettes : praebia (Festus Pompeius) , proebia (Varron), du verbe prohibera, défendre, préserver, garantir; et aussi proba, proebra, servatoria, amolimenta, bass. lat. Chez les Grecs, ils étaient connus sous les noms d 'apotropéa, d epbylactéria, d’ amyntéria , d ’alexitéria, d’ alexipharmaca, parce qu’ils croyaient que la vertu de ces remèdes les mettaient à l’abri, non-seulement des maladies provenant de causes naturelles, mais encore des charmes , des maléfices ou des enchantements que d’autres pouvaient leur donner. Ils les nommaient également périapta et périommata, d’un verbe grec qui signifie attacher autour de quelque chose, parce qu’en effet on les portait sur le corps, particulièrementsurlatête, au cou, aux bras , aux doigts , sur la poitrine , etc. C’était , comme on voit, des moyens propres à se garantir

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de toute espèce de maux, mala amoliri dicebantur.

L’origine des amulettes se perd dans la nuit des temps , et il n’est pas douteux que la ridicule et puérile confiance qu’ils inspirent n’ait saisi la pauvre humanité dès son antique berceau : et il devait en être ainsi , s’il est vrai , comme on l’a dit , que Vhomme soit tout de feu pour le mensonge et de glace pour la vérité. Si absurdes que soient ces vieilles croyances populaires , elles se sont perpétuées jusqu’à nous à travers les siècles , et passeront pour la plupart , selon toute apparence , d’âges en âges jusqu’à nos derniers descendants. Sans aucun doute , elles se modifieront , comme elles l’ont déjà fait; elles changeront d’objets et de formes ; mais qu’il est affligeant , qu’il est honteux même , pour la raison humaine , si fière et si humble tout à la fois , d’être contrainte de s’avouer que jamais peut-être ces déplorables erreurs ne cesseront d’infecter l’esprit crédule des nations ! Quoi qu’il en puisse être, les voyageurs ont trouvé ces funestes et imbéciles coutumes établies dans toutes les contrées du globe , chez les peuples les plus policés , comme parmi les plus abruties des tribus sauvages. Le musulman , en adoration devant l’anneau de Mahomet , se moque des grigris du pauvre nègre. Chez nous , des hommes instruits en beaucoup de choses, excepté en physique , se déclarent ouvertement les adeptes de Mesmer; et tels autres, qui plaisantent à bon droit du magnétisme animal , vantent avec conviction (nous le croyons du moins) les prodiges de l’homœopathie. Triste espèce que la nôtre! partout , et toujours, de misérables et avilissantes superstitions ! .partout, et toujours , des niais, des dupes, des jongleurs, des devins, bauquistes, charlatans !

Mais entrons un peu plus en matière , et examinons ceux des amulettes ou préservatifs qui ont été en plus grand renom. En général , ils consistaient, comme encore aujourd’hui, en des substances diverses, des simulacres, des images, des écrits, qui passaient pour posséder des propriétés merveilleuses, soit par la nature même des matières qui les composaient, soit par l’influence secrète des singulières cérémonies auxquelles on se livrait en les confectionnant. Les superstitions indiennes, égyptiennes, juives, grecques, latines, mahométanes, etc. dotèrent presque tous les corps de la nature de quelquesunes de ces vertus occultes, et en attribuèrent même aussi à de simples paroles , comme nous aurons bientôt occasion de le rapporter.

Parmi les substances naturelles qui servaient le plus habituellement d’amulettes , il faut d’abord citer la plante moly, dont parle Homère, et qui était très-célèbre contre les enchantements; la racine barath, avec laquelle les Hébreux chassaient le diable du corps des possédés; le gui de chêne des druides, qu’il fallait cueillir avec une faucille d’or, le mastic, le succin , les coraux, les pierres précieuses , certains fossiles , et nombre d’autres matières dans lesquelles des nations entières ne faisaient aucune difficulté de placer leurs plus chères espérances: aussi la très -longue liste de ces substances s’est- elle incessamment accrue

avec la suite des temps , et sans qu’on puisse assigner ni prévoir quel en sera le terme , tant la crainte des souffrances et les frayeurs de la mort ont de puissance pour égarer l'esprit pusillanime de l’universalité des hommes.

Or, telle est la faiblesse de l’intelligence commune , que bien souvent les plus étranges analogies , les rapports les plus insignifiants entre les différents êtres et l’homme , ont suffi à celui-ci pour lui faire découvrir les plus étonnantes propriétés là où il est clair qu’iî n’y en avait pas le moindre vestige, la plus petite apparence. Au lieu de chercher, par la voie de l’expérimentation et de l’observation attentive, la raison des choses qu’il désirait apprendre, il préféra inventer ce qu’il n’avait pas la patience d’étudier, et que cependant il souhaitait trouver. C’est ainsi, par exemple , que tous les corps rouges (le corail, la résine sang-dragon, la cire à cacheter, i le drap d’écarlate, le fil cramoisi, etc.) devinrent aptes à prévenir les hémorrhagies; les couleurs jaunes à dissiper l’excès de bile, et ainsi des autres. Il en faut dire autant des dents de loup, de chien, de renard, qui sont fort aiguës, ] et avec lesquelles on fait encore des colliers pour aider à la pousse des dents des jeunes enfants ; et de même aussi des bouchons de liège coupés que l’on suspend au cou des femelles de nos animaux domestiques , dans l’intention de faire passer leur lait, que le liège est censé absorber. Veut-on que nous mentionnions encore les os de pendu, de taupe , de crapaud, de carpe; la poudre de vipère, les sachets d’Arnoud , le sel de cuisine, le mercure renfermé dans une petite cassolette de fer, et tant d’autres misères qui ont joui et jouissent toujours, au moins dans certaines localités, d’une vogue soutenue et populaire ?

Mais que dis-je, populaire? que dis-je, dans certaines localités? A Paris, à Paris même, au centre de ce foyer de lumières et de civilisation , au sein d’un des plus savants corps de l’Europe, à l’Institut en un mot, un membre de cette illustre compagnie, M. A. D. , de l’Académie ou | classe des inscriptions et belles - lettres , frère d’un de nos plus célèbres auteurs dramatiques, et lui- même littérateur très- distingué , affirme s’être guéri d’hémorrhoïdes opiniâtres et exces- j sivement douloureuses , en portant cinq marrons d’Inde dans sa poche (V. le Dictionnaire des Sciences médicales, t. 20, p. 632-633). Boyle aussi a prétendu que la poudre de crâne humain, appliquée sur sa peau jusqu’à ce qu’elle fût échauffée, l’avait débarrassé d’un saignement de nez auquel il était fort sujet , et qui avait résisté à beaucoup d’autres remèdes. Vanhelmont et Zwelfer, hommes supérieurs aux connaissances de leur siècle en quelques points , croyaient également aux propriétés anti-pestilentielles des trochisques de crapaud Ce dernier avançait même que ces trochisques l’avaient préservé , lui , ses amis et ses domestiques, de cette redoutable maladie, et qu’ils avaient soulagé et même guéri de véritables I pestiférés.

Que peut- on opposer à de si graves témoignages en faveur des amulettes ? Rien autre chose

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que cette déplorable et humiliante considération , qu’il n’est pas rare de voir des hommes d’un mérite incontestable , du plus grand génie même, partager avec les dernières classes du peuple les préjugés les plus absurdes et les plus grossières erreurs! Mais poursuivons l’examen des autres sortes d’amulettes.

Les simulacres des anciens étaient de petites figures en métal , en bois , en ivoire , qu’on portait avec soi dans différentes vues. Les athlètes en avaient pour se rendre invincibles, et se préserver des charmes que leurs adversaires voudraient leur faire éprouver; c’est ce qui avait fait nommer les amulettes de cette espèce prœfiscini, de prœ et d efascinatio, c’est-à-dire qui va au-devant de la fascination , qui la prévient. Les femmes en mettaient à leur cou pour avoir des enfants mâles ; et, dans ce cas, nous ferons observer que ces figurines offraient l’expression naturelle du sexe pour lequel elles faisaient des vœux. On ne regardait pas cette pratique comme malhonnête, ni hardie, ni obscène; car c’était un usage accrédité; et les temples des dieux en étaient remplis, tout comme on fait actuellement , dans les pays catholiques , pour les ex-voto consacrés aux madones et aux saints, pour tous ces bras, ces jambes, ces yeux, ces nez, ces bouches, ces seins, etc. en plâtre ou en cire, quelapiétéetlareconnaissance des fidèles viennent y déposer, soit avant, soit après la réussite. Les vêtements et tous les objets de toilette des enfants voués au blanc ne sont pareillement, dans le fait, que de purs amulettes, qui ont du moins le mérite de témoigner en faveur, non de l’esprit éclairé, mais de la tendre sollicitude des mères de ces enfants. Il en est de même des images de saint Janvier à Naples, de saint Nicolas chez les Russes , des médailles à l’ange gardien, des bagues de Saint- Huhert, des effigies de la Vierge et des chapelets, que les chrétiens ont empruntés à l’islamisme.

Mais, après avoir fait tout ce qu’il a jugé nécessaire de faire pour s’assurer personnellement la bienveillance et l’assistance des élus du Seigneur, l’homme a cru pouvoir mettre aussi sous leur puissante protection tout ce qui lui appartenait, et jusqu’aux animaux eux-mêmes. Dès lors, il chargea saint Martin, saint Georges et saint Éloi de la santé de ses chevaux; saint Luc et saint Joseph, de la prospérité du bétail à cornes; saint Antoine, des pourceaux; sainte Geneviève, des bêtes à laine; et tel ou tel autre, des ânes , des mulets , des oiseaux de basse-cour , des abeilles , etc. Enfin , on poussa le délire jusqu’à composer pour eux des prières dont les formules nous ont été conservées dans les Rituels du temps. Voici une de ces prières , pour garantir les faucons des serres et du bec des aigles qui en détruisaient beaucoup, à l’époque où les nobles châtelains se livraient, avec tant d’ardeur, à la chasse à 1 oiseau. Ces oraisons , par lesquelles on invoquait toute la hiérarchie céleste dans un but que la religion mieux entendue blâme et désavoue avec raison , étaient bariolées de croix , ainsi que cela s’est pratiqué durant tout le moyen-âge, non-seulement pour les prières , mais aussi pour

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les ordonnances des médecins, les plaidoyers des avocats, les actes des notaires ou tabellions, les livres des marchands , et généralement tous les écrits publics ou privés. Il y en avait en tête et entre chaque membre de phrase , comme on le voit ici :

f Adjuro vos, aquilarum genus f , per Deum verum f , per Deum vivum f , per Deum sanctum f , per beatam Virginem Mariam f , per novem ordines angelorum f , per sanctos prophetas f , per duodecim apostolos f , per sanctas virgines et viduas f, in quorum honorem et virtutem vobis prœcipio, ut fugiatis , exeatis et recedatis, et avïbus nostris ne noceatis. f In nomine Patris, etc.

C’est-à-dire :

Je tous conjure, ô race des aigles, par le Dieu vrai, le Dieu vivant, le Dieu saint, par la bienheureuse vierge Marie, par les neuf ordres des anges , par les saints prophètes , par les douze apôtres, par les vierges et les veuves saintes , et je vous ordonne, au nom de leur gloire et de leurs mérites, de fuir, de vous éloigner, de vous retirer, et de ne faire aucun mal à nos oiseaux. Au nom du Père, etc.

Un curé , homme de sens et d’instruction , mais qui était forcé de se prêter à la sotte crédulité de ses paroissiens qu’il ne pouvait désabuser , et qui voulaient absolument faire exorciser leurs bestiaux, leur récitait des vers d’Horace et de Virgile , plus harmonieux que ceux des hymnes et que la prose des psaumes. L’amulette produisait le même effet, et les confiants villageois se retiraient satisfaits et reconnaissants. Est-il besoin d’ajouter que, de nos jours, les hommes vraiment pieux de tous les pays civilisés repoussent d’un accord unanime ces profanations sacrilèges , qui, il le faut espérer, ne se renouvelleront plus?

Un ordre d’amulettes que les Orientaux désignent plus spécialement par le nom de talismans, et qui ne sont pas moins irrationnels, fantasques et superstitieux que les précédents, se compose d’images symboliques, d’emblèmes, de signes, de lettres , de caractères gravés , tantôt sur de petites plaques métalliques, tantôt sur des pierres dures , d’autres fois dessinés ou écrits sur du parchemin et autres matières convenables. Ces sortes d’amulettes représentent en général des figures d’animaux imaginaires, des espèces de monstres, des Chimères; ou bien des emblèmes célestes , des constellations , des signes du zodiaque ; ou bien encore des caractères d’écriture , isolés ou formant des mots , qui ont un sens ou qui n’en ont aucun; mais, par une bizarrerie qu’on ne sait trop comment expliquer , il est arrivé que les mots qui ont été le plus recherchés et estimés sont précisément ceux qui ne signifiaient rien , et qui, par conséquent, étaient incompréhensibles, comme , par exemple , le terme àbrasac , ou abrasax, ou abraxas, qui, au rapport de l’Égyptien Basilide, avait le pouvoir de chasser les mouches et les autres insectes d’un cercle au milieu duquel il était tracé.

Entre tous les mots ayant une signification connue et arrêtée , on a dû nécessairement en appeler souvent au nom même de la Divinité , que l’on n’a pas craint de souiller et de prostituer en

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l’inscrivant sur une multitude d’objets employés à un usage aussi reprochable qu’insensé. Chez les Israélites, c’était le nom de Jéhovah; chez les Grecs le tétragramme Théos (il n’y a que quatre lettres en grec 0s'oS), et Allah parmi les mahométans. Ces derniers, à l’instar des Juifs, qui portaient aux bras et sur le front de petites bandelettes de peau ou de parchemin sur lesquelles étaient écrits les commandements de Dieu ou des passages de la Bible , ont encore eu recours aux sentences et aux sura du Coran, qu’ils regardent comme d’infaillibles préservatifs contre toute espèce demaléfices et sortilèges. Ils lèvent les bras au ciel, les portent à leur tête , puis les croisent sur la poitrine, gesticulent, s’agitent, se démènent pour éloigner d’eux l’esprit malin, de la même manière que , dans nos petites villes , de vieilles femmes , incapables de comprendre la sainteté de la religion quelles croient professer, se signent et courent s’asperger d’eau bénite quand elles viennent à entendre une parole irrévérencieuse , un terme grossier ou quelque juron de la place publique.

Nous avons parlé, il n’y a qu’un instant, du mot abrasac, abrasaxou abraxas, mais le plus curieux amulette de ce genre est sans contredit abracadabra, auquel nous consacrerons un paragraphe particulier. Il devait être écrit sur autant de lignes qu’il a de lettres , et conséquemment répété autant de fois , mais avec la précaution de supprimer la dernière lettre de chaque ligne , afin que le tout formât une manière de triangle dont la base fût en haut , ainsi que le montre la figure cidessous.

ABRACADABRA ABRAC AD ABR ABRACADAB ABRACADA ABR A CAD ABR AC A ABRAC ABR A ABR AB A

Il fallait porter cette inscription pendue au cou avec un fil de lin. Serenus Samonicus, qui vivait dans le deuxième siècle, et qui était sectateur de l’hérétique Basilide, soutient que ce baroque amulette préservait et guérissait de la fièvre hémitritée (demi-tierce) et de plusieurs autres maladies. Il a laissé un ouvrage de médecine en vers hexamètres, comme on les faisait dans ce temps-là [De Medicinâ parvo pretio parabili), dans lequel il indique parfaitement la disposition et l’usage de ce barbare assemblage de caractères :

Inscrïbes chartæ quod dicitur Abracadabra,

Sœpius et subter répétés , sed detrahe summam,

Ut magis atque magis desint elemenla ftguris Singula quæ semper rapies et caetera, figes,

Donec in angustum redigatur littera conum ;

Sis lino nexis eollutn redimire memento :

Talia languenlis conducent vincula colto,

Lethalesque abigenl (miranda potenlia! ) morbos.

C’est-à-dire :

Écrivez sur du papier le mot Abracadabra. Retracez-le plusieurs fois au-dessous de lui-même, en supprimant toujours

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