‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 105 sur 298 · PEU · texte numérisé non relu

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rapport médical, que les perles les plus belles et les plus rares. J. B.

pernicieux (méd.), adj.; se dit des accès de certaines fièvres intermittentes : on dit une fièvre pernicieuse, pour désigner ces fièvres intermittentes qui sont souvent mortelles au deuxième ou troisième accès, lorsque l’on n’empêche pas le retour des accès par l’emploi des antipériodiques. (V. j bièvre intermittente.)

péroné (anat.), s. m. (fibula; du grec péroné, agrafe). C’est un oslonget grêle placé à la partie externe de la jambe; son nom a été emprunté à une espèce d’agrafe dont se servaient les anciens , le péroné imitant la portion la plus grêle de ces agrafes. Cet os est situé à la partie externe de la jambe, parallèlement au tibia, qui se trouve à la partie interne et avec lequel il est uni par des ligaments. La partie supérieure du péroné a reçu le nom de tête , la partie inférieure forme la malléole externe; il donne attache dans toute son étendue aux muscles de la jambe. Un ligament plat et mince, qui s’étend du péroné au tibia, augmente encore la surface des insertions musculaires; il a reçu lenomdeligament inter-osseux. Pour plus de détails et pour la fracture de cet os, voyez Jambe. J. B.

péroniers (anat.) , adj. et s. m. p. , qui a rapport au péroné. On donne ce nom à trois muscles de la jambe qui s’attachent supérieurement au péroné. (V. Jambe.)

L’artère péronière naît de l’artère poplitée, et se trouveplacée profondément à la partie externe et postérieure de la jambe; au-dessus de la malléole, elle se divise en deux branches, qui sont Y artère péronière postérieure , qui descend derrière l’articulation du péroné sur la face externe du calcanéum, et Y artère péronière antérieure , qui traverse la partie iuférieure du ligament inter-osseux pour se distribuer à la face dorsale du pied. La veine péronière suit le même trajet que les artères de ce nom.

persil (mat. mè-l .), s. m. (apium petroselinum). Cette plante, du genre Apium, de la famille des Ombellifères, croît dans tous les jardins et sert à toutes les préparations culinaires; aussi nous garderons-nous bien d’en donner ici une description superflue. On dit qu’elle est originaire de Sardaigne, et qu’elle croît spontanément en Provence. Dans nos climats, elle est bisaunuelle; elle est, dit-on, vivace à la Guyane. L’odeur de cette plante est très-forte , surtout lorsqu’on la froisse , et c’est à cette propriété qu’elle doit d’être employée comme condiment. Ses graines sont très-aromatiques, et l’on en retire une huile essentielle qui se concrète et que l’on dit carminative; elles font partie de ce que les anciens appelaient les quatre semences chaudes mineures. La racine de persil est diurétique et diaphonique ; dans quelques lieux onia mange bouillie comme le céleri ; elle est l’une des cinq racines apéritives.

Le persil joue un rôle important dans la médecine populaire.Ôn l’emploie écrasé ou haché, comme résolutif, sur les engorgements ou sur les contusions, et il est souvent d’un bon effet. On l’applique aussi sur les plaies, où il est loin de donner de bons résultats; car il irrite et enflamme leurs bords et nuit à leur réunion. Tissot dit que le persil est bon pour dissiper la douleur produite par les piqûres deseousins et des

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abeilles. Le suc de persil a été employé comme fébrifuge, au moment de l’accès, dans les fièvres intermittentes, et il paraît avoir produit de bons résultats. Nous n’avons pas besoin de dire que le persil ne peut être accusé de produire certaines maladies, telle que l’épilepsie ou des maux d’yeux; prise en trop grande quantité, cette plante peut être échauffante, mais ellene saurait produire les accidents que nous venons d’indiquer; elle n’est funeste que pour les perroquets, dont elle détermine promptement la mort, même lorsqu’elle a été prise en petite quantité. J’ai vu un perroquet mourir en peu d’heures pour avoir mangé un morceau de pomme de terre sur lequel étaient quelques petites parties de feuilles de persil. J. B.

perspiration ( phtjsiol. ), s. f. On donne ce nom à l’exhalation insensible qui a lieu à la surface de la peau ou de diverses membranes.

perte ( path .), s. f. (Y. Matrice et Menstruation.)

perte b e. anche c (Y. Leucorrhée.)

pervenche (mat. méd.), s. f. (vinex). C’est un genre de plantes de la famille des Apocynées, J., pentandrie monogynie, L., qui croissent dans les bois et les haies, et qui sont cultivées dans les jardins comme plantes d’agrément. Deux espèces ont été principalement employées en médeciue, la petite et la grande pervenche, vinex minor et major. Toutes deux jouissent des mêmes propriétés, elles sont amères et astringentes, ce qu’elles doivent à une quantité assez considérable de tannin et d’acide gallique que contiennent leurs feuilles; aussi ont-ei les été employées quelquefois au tannage des cuirs. A petite dose elle est tonique et astringente, àdose plus élevée elle est sudorifique et purgative; et c’est à ces dernières propiiétés qu’elle doit d’être regardée comme anti laiteuse, en produisant une dérivation qui diminue la sécrétion du lait. On l’a employée aussi en infusion légère dans les maladies de poitrine, et madame de Sèvigné, dans ses lettres, la recommande à sa fille; cette autorité a sans doute plus contribué à son emploi que ses propriétés réelles.

Les feuilles confuses de cette plante ont été considérées comme un résolutif assez actif, appliquée.» sur les ecchymoses. La pervenche se prend en infusion et en décoction; la dose s’élève à huit et dix grammes par litre d’eau, mais elle peut être prise à dose moindre; elle agit d’une manière moins active prise en infusion que prise en décoction. Les vertus mystérieuses qu’à certaines époques on attribuait à la pervenche l’ont fait appeler violette des sorcières.

pesanteur (pulh.), s. f. On donne ce nom à la sensation de quelque chose de lourd dans le corps ou dans un organe particulier. Ou dit des pesanteurs d’estomac, pour exprimer la sensation d’un corps lourd dans cet organe; on dit des pesanteurs de tête, pour indiquer une douleur sourde et gravative dans cette partie. Lorsque l’on se meut avec peine, mais sans douleur marquée dans les membres, on dit que l’on éprouve une pesanteur générale : ce dernier état s’observe surtout pendant les digestions pénibles et laborieuses. J. B.

tes s aire (thérap.) , s. m. pessarium , en grec pessos. On donne ce nom à des instruments de

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diverses formes, qui sont destinés, étant introduits dans le vagin, à soutenir la matrice dans les prolapsus de cet organe. Les pessaires sont ordinairement faits avec un tissu de fil, de soie ou de laine , que l’on recouvre de plusieurs couches d’huile siccative, et que l’on polit ensuite : ce sont ces instruments que l’on a improprement désignés comme étant en gomme élastique. On en fait aussi en ivoire, en liège enduit de cire , en ivoire ramolli par les acides, en éponge, en ressorts métalliques enduits de caoutchouc; enfin, on en a préparé, dans ces derniers temps , tout en caoutchouc , en moulant ce deinier après qu’il a été ramolli ou bien en faisant des petites vessies pyriformes que l’on gonfle d’air.

La forme des pessaires varie presque autant que leur nature; il y eu a de circulaires et déprimés, percés a leur centre par une ouverture , et dits en gimblette ; certains de ces pessaires présentent une forme ovale: les pessaires en gimblette étaient les plus communs et les plus employés jusqu’à ces derniers temps. D’autres sont allongés, cylindroïdes, et dits en bondons ; il y en a de sphériques, et ceux-là sont principalement usités en Angleterre. Il en est qui présentent une espèce de cuvette soutenue par plusieurs tiges se réunissant en une seule qui fait saillie hors du vagin: ces pessaires sont dits en bilboquet. M. Delau a inventé des pessaires métalliques élastiques, formés par un ressort tourné eu hélice conique qui se développe dans l’intérieur du vagin ; ce ressort, qui est en fil métallique arrondi, est recouvert de caoutchouc pour qu’il ne puisse être altéré par les mucosités et les fluides sécrétés par ces parties. M. Jules Cloquet, pénétré des inconvénients graves que présentaient la plupart des pessaires, en a proposé une nouvelle espèce , calquée sur la forme du vagin, et qu’il nomme pessaires élythroines. Enfin on a proposé depuis peu de emps des pessaires en caoutchouc vulcanisé. Ce sont de petites vessies pyriformes que l’on introduit dans le vagin ; on les gonfle d’air et on les ferme par un robinet ; ces pessaires sont doux , élastiques et peuvent se changer facilement.

Parmi les formes que nous venons d’indiquer, c’est au médecin à choisir quelles sont celles qui peuvent le mieux remplir le but qu’il se propose relativement à l’affection qu'il doit traiter ; généralement il évitera les pessaires d’un trop fort volume, de matière trop dure, qui , par leur contact, peuvent blesser le col de l’utérus, le rectum ou la vessie; il devra préférer les pessaires cylindroïques, qui s’accommodent le mieux à la forme du vagin ; ils devront être, autant que possible, en caoutchouc : ce corps, qui se ramollit et augmente de volume par la chaleur, présente de grands avantages ; en raison du peu de compression qu’il produit, il soutient suffisamment l’utérus , et il a la propriété d'être très peu altérable par les fluides de l’économie. Tous les pessaires doivent être percés à leur centre pour laisser écouler les règles et les matières sécrétées par l’utérus. Les femmes qui sont soumises à l’usage du pessaire doivent avoir de grands soins de propreté, faire souvent des injections dans la cavité vaginale ; les pessaires doivent être retirés tous les quinze jours ou trois semaines, pour être nettoyés et changés lorsqu’ils seront altérés ; il est même convenable d’en avoir plusieurs, afin de les rempla- 46*

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cer lorsqu’on le juge convenable. Cette altération facile des pessaires et des liquides qui peuvent les imprégner explique pourquoi on fait si peu d’usage des éponges et des pessaires de liège , qui peuvent se laisser facilement pénétrer, et dans lesquels les liquides sécrétés peuvent se décomposer.

Des pessaires ont souvent , par un séjour trop prolongé, donné lieu à des accidents graves. Quelquefois, ils ont déterminé un développement de végétations qui les enveloppaient, produit une sécrétion putride, qui ont fait croire à des affections cancéreuses du col de l’utérus ou du vagin. On cite l’exemple de pessaires en bilboquet qui ont percé, à la suite d’ulcération , le rectum et la vessie, et ont donné lieu à des fistules incurables de ces parties. Nous n’entrerons pas ici dans les détai s des procédés opératoires employés pour l’introduction des pessaires ; on ne doit se confier, pour cette opération , qu’à un médecin ou à une sage femme instruite; certaines personnes sont parvenues cependant à introduire leurs pessaires elles-mêmes ; mais elles ne doivent le faire qu’apres avoir été guidées par leur médecin. Pour les cas dans lesquels on doit faire usage des pessaires, V. Matrice (maladiesdela). J. -P. Beaude.

t peste ( méd .), s. f. (pestis). Le nom de peste est très-ancien. On le rencontre dans les prophètes, les poètes , les médecins , les philosophes , les historiens des temps les plus reculés. Ou le donnait, au sens physique, à toutes les maladies meurtrières ; au sens moral, à tous les mauvais sentiments : deux choses également funestes. Aujourd’hui , on désigne plus particulièrement , sous le nom de peste , une maladie dont le caractère est , on quelque façon, de n’en avoir aucun ; une maladie marquée par une multitude de symptômes, ou simultanés, ou successifs, indifférents, légers, graves, insidieux, terribles, mortels; une maladie née , selon toute apparence, en Orient , comme la lèpre, le choléra , la variole, et qui, à raison de cette origine, est appelée peste orientale. C’est uniquement de cette peste que nous parlerons dans cet article.

La première de toutes les grandes pestes est celle qui parut dans le monde sous Justinien, l’an 542 de notre ère, il y a précisément treize siècles. D’autres pestes avaient été vues. On en a eu la preuve dans des manuscrits découverts en 1831 : mais perdues en quelque sorte dans la foule des évènements ordinaires, ces rares pestes n’ont eu ni la même gravité, ni la même étendue , ni la même durée: aucune d’elles n’a laissé dans le souvenir des hommes des traces aussi profondes. A partir de cette époque, l’histoire de la peste est liée à celle de notre espece dans toute l’Europe, et dans une partie de l'Asie et de l’Afrique. Elle s’est répandue des centaines de fois, par les voies de la guerre et du commerce, du sud au nord, de l’est à l’ouest, sur la surface de notre continent ; et , dans ces invasions successives , à travers tant de peuples divers , et à des intervalles souvent très-rapprochés , peut-être n’en est-il pas une seule où la peste ait exactement suivi la même marche, et présenté la même physionomie. La prodigieuse instabilité de ses symptômes, l’a rendue presque toujours si différente d’elle-même, que les plus habiles

médecins ou l’ont méconnue , ou l’ont prise pour d’autres maladies ; et cette confusion les a jetés dans des controverses pleines d’animosité. Leurs fatales divisions ont mis plus d’une fois en défaut la vigilance et les soins protecteurs de l’autorité. Elles ont plus d’une fois soulevé les peuples, non contre ceux qui les trompaient , en se trompant eux mêmes , mais contre les hommes assez éclairés pour reconnaître le mal, et assez sincères pour le déclarer. Voilà ce qu’on a vu à Venise , en 1576 ; à Milan, en 1630; à Messine, en 1743; comme on l’a vu à Barcelone, et surtout à Tortose, en 1821 , pour une autre maladie.

Cetle extrême variété dans la nature, le nombre, le degré , l’association, la succession des symptômes , qui a mérité à la peste les épithètes d’incompréhensible et de scélérate , cette variété conduirait , ce me semble , à deux conclusions : la première que , qui n’aurait vu qu’une seule épidémie de peste, fut- elle aussi grande que celle dont Diemerbroëck a publié l’histoire, n’aurait peut-être de cette ma adie qu’une connaissance incomplète. La seconde, qu’il sera toujours très-difficile, comme le remarquent Ramazzini et Dehaën , de donner de la peste une définition rigoureuse. Peutêtre verra-t-on , dans le cours de cet article , à quoi tient cette difficulté. On me pardonnera, toutefois, d’emprunter ici la définition qu’Orrœus a consignée dans son ouvrage. Quelque affinité qu’ait la peste avec toutes les maladies , les plus dangereuses comme les plus bénignes, elle s’en distingue néanmoins par les caractères suivants :

1° Elle est éminemment contagieuse; 2° elle est pernicieuse au plus haut degré ; 3° elle est accompagnée de bubons , de charbons et d’exanthèmes divers, ou séparés, ou réunis.

Attachons-nous d’abord au premier de ces trois caractères, aujourd’hui si follement contesté, et le plus important à conuaîtrepour le salut des peuples. Etablissons , s’il se peut , la réalité de ce redoutable caractère ; et, du reste, comme l’étymologie fait dériver le mot contagion de celui de contact , et que la peste se communique , non-seulenaent par le toucher , mais encore par d'autres voies , qu’il me soit permis de substituer à une expression trop limitée , une expression plus générale et plus vraie, celle de transmission. La peste a donc, selon moi, la propriété de se transmettre ; et c’est , je le répète , cette propriété qu’il importe surtout de bien établir.

Commençons par reconnaître qu’en médecine principalement, les rapports réciproques de cause et d’elfet ne sont presque jamais susceptibles d’une démonstration directe, et qu’on n'en conçoit l’idée que par la constance que l’on remarque dans la succession des phénomènes : de telle sorte que deux phénomènes se présentant toujours l’un après l’autre , et dans un ordre invariable , le premier peut être considéré comme la cause du second, et le second comme l’effet du premier, sans que cet ordre de succession puisse éclairer d’ailleurs sur le pouvoir qu’a le premier de produire le second ; encore, telle est bétonnante diversité, je devrais dire l’étonnante instabilité des organisations, que cette constance n’est presque jamais absolue , qu’elle n’est que trop souvent démentie, et que de cett rupture dans l’ordre le plus habituel des.phéno-

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mènes, résulte ce qu’on appelle des exceptions , lesquelles déconcertent l’esprit dans ses raisonnements, et l’art dans ses opérations. G’est ainsi qu’une fièvre intermittente résiste ordinairement à l’action des amers indigènes, et cède à l’action du quinquina. Mats aussi c’est quelquefois- l’inverse. Au nombre de ces fièvres , il en est de bénignes , que Cabanis a vues dans le bas-fond des vallées, et de pernicieuses qu’il a vues sur le sommet des collines. Ordinairement c’est le contraire : et pour rentrer dans la catégorie des maladies transmissibles , je citerai des exemples analogues. Une terme est isolée , tout y fleurit de santé ; un homme y arrive ; il vient d’un lieu où règne une maladie: cette maladie éclate dans la ferme , elle en attaque tous les habitants , elle en enlève le quart, la moitié, les deux tiers. De cette ferme, et par des intermédiaires semblables, la maladie se montre ailleurs dans les fermes voisines , dans les villages, etc. Ce fait se reproduit des centaines de fois. Qu’en conclure ? Qu’apparemment la maladie ne se propage dans les fermes que par les communications qu'elles ont entre elles : conclusion qui n’est que le fait lui-même , et dans laquelle je m’affermirai d’autant plus, si je découvre qu’entre les fermes il en est qui, n’ayant point de communications, n’ont point la maladie : nouveau fait dont je tire une conclusion nouvelle; c’est qu’apparemment le principe du mal n’est pas dans l’air , mais uniquement dans les personnes.

Ce que je viens de dire n’est point une fiction. Je ne rapporte que ce qu’on a vu des milliers de fois dans tous les pays du monde, pour la variole et le typhus; que ce que j’ai vu en Espagne pour la fièvre jaune ; que ce qu’on a vu en France et en Suède pour le choléra. L’axiome post hoc , ergo propter hoc, est donc plus vrai qu’on ne pense; et, lorsque la succession des phénomènes est constante, l’axiomeestiuattaquable. Un syphilitique ne de vient tel qu’après avoir reçu quelque peu d’un certain virus; il cesse de l’être en prenant du mercure. Est-ce le virus qui l’a rendu malade ? Est-ce le mercure qui l’a guéri? Je n’en sais rien; mais je sais qu’à l’intromission du virus, et à l’emploi du mercure, ont succédé, dans le premier cas, la maladie, dans le second cas, la guérison. Or, pour la pratique, cela me suffit. On parle d’expérience , c’est cette suite qui la constitue, la médecine n’en a point d’autre. Au lieu de reposer, comme la géométrie, sur des vérités démontrées , elle ne repose que sur des probabilités; et ces probabilités sont d’autant plus fortes, elles prennent d’autant plus un caractère de vérité, que les suites qui les autorisent sont plus constantes, et que le nombre en est plus considérable. N objectez pas les exceptions, on en rencontre partout; et si vous considérez la transmission des maladies, non comme un fait, mais comme une hypothèse, je dis que, dans toute autrehypothèse, les exceptions seront encore plus inexplicables. Une maladie, quelle qu’elle soit, dépend-elle d’une cause plus générale? d’un vice de l'air, par exemple? Comment comprendre que ce vice épargne personne? Cependant, tout le monde n’en est pas frappé. C’est qu’en effet cette cause, bien qu’elle atteigne tous les hommes, n’est pas la même pour tous les hommes : indifférente pour l’un , dangereuse et mortelle pour l’autre , elle sera pour un troisième

une source de forces nouvelles. Dans des épidémies meurtrières, à Rome, àGadix, on a vu des sujets , jusque-là faibles et délicats, prendre tout-àcoup plus de développement et d énergie. Rien ne prouve mieux l’extrême diversité de nos états intérieurs; je vois là un bienfait du Créateur, qui a voulu faire servir même le danger le plus grand à la perpétuité du genre humain. J’ajouterai que, dans de grandes épidémies , personne ne peut se flatter d’échapper au principe qui les fait naître et qui les entretient. S’il n ôte pas brusquement la vie, s’il n’est pas élaboré, détruit, expulsé par une réaction vitale , ce principe, une fois reçu dans l’économie , peut s’y maintenir une longue suite de jours à l’état latent ; et , dans ce dernier cas , de trois choses l’une : ou il se décomposera , comme nos parties se décomposent, et, dissipé comme elles par la voie des excrétions, il n’aura sur l’économie aucune action sensible ; ou bien il ne se décomposera qu’en partie, et ne provoquera tôt ou tard qu’un simulacre plus ou moins prononcé de maladie ; ou bien enfin , il conservera toute son intégrité , et finira , même après des années , par une explosion aussi violente qu’elle l’eut été dans l’origine. On trouvera des preuves de ce que j’avance sur ces différents points, dans l’histoire de la syphilis et de la rage, dans celle de la fièvre jaune, de la fièvre intermittente ordinaire, du choléra de l’Inde, de la suette anglaise et de la dysenterie , mais surtout dans l’histoire du bouton d Alep. Le germe de ce bouton, pris en Orient et transporté en Europe , à Marseille, à Paris , à Londres , ne s’y montrera qu’après un séjour, non-seulement de quelques mois, mais encore de quinze et de vingt années. C’est par une telle persistance que l’on peut comprendre comment des maladies étrangères à un pays s’y naturalisent, en faisant éclater de loin en loin des épidémies qui les renouvellent , comme l’a fait parmi nous la variole. Enfin , pour comble de singularité, il est des hommes tellement constitués, que leur rapprochement ou leur voisinage n’est pas sans danger pour les autres hommes. On l’a vu aux assises d’Oxford, à Otaïti , à Saint- Kilda ; comme on l’a vu sur des vaisseaux qui avaient' reçu imprudemment en pleine mer des passagers inconnus.

Si, dans les maladies transmissibles que je viens de citer , les immunités sont plus apparentes que réelles , et si les objections qu’elles suggèrent contre la transmission n’ont que très-peu de valeur, elles en auront encore moiDS contre la plus transmissible des maladies, je veux dire contre la peste. Que la peste, une fois formée dans un lieu , soit,) comme le typhus des hôpitaux, semée, pour ainsi! dire, d’un point à un autre sur de grandes surfaces de terre, par les hommes et par les choses, c’est un* fait consacré par les autorités les plus respectables, ; et surtout par le bon sens des peuples , lequel est. ici la première des autorités.. J’ai parlé ailleurs de la grande peste de 542, décrite par Procope, et mentionnée par Agathias et par Evagrius. On sait que, partie de Peluse, elletraversa-la Méditerranée, pour se répandre dans toute l’Europe , depuis la mer Noire jusqu’à l’Océan : si cruelle pendant cinquante-deux années, qu’elle n’épargna aucune loca lifé, et qu’elle menaça de détruire tout le genre humain. Était-elle transmissible ? on l’a nié, on l’a

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soutenu : mais en faveur de ce dernier sentiment , je ne m’appuierai , avec Friend , que sur une considération : c’est qu’avant de paraître sur un point quelconque du continent, elle commençait toujours par se montrer dans un port de mer. Ses invasions étaient donc successives; autrement, elles auraient été simultanées. Or, c’est cette différence qui distinguera toujours les maladies transmissibles d'avec les ma adies simplement épidémiques. Dans celles-ci . les invasions sont plus simultanées que successives ; dans celles-là , elles sont plus successives que simultanées. J’ajoute qu’en un seul jour, à Constantinople, cette peste enleva jusqu’à dix mille habitants ; excès de mal qui ne se rencontre que dans les maladies transmissibles, et qui, selon la remarque de Freitag, a souvent pour cause la trompeuse douceur des symptômes, et la fausse idée que la maladie ne se transmet pas.

Du reste, si l’origine de cette peste est connue , sa marche à travers les nations ne l’est qu’imparfaitement. Grégoire de Tours ne l’a point éclaircie. On ignore également quelle fut, en 825, la peste qui ravagea l’Allemagne et la France. Quant aux pestes qui ont si souvent affligé Venise, j’ose affirmer, sur la foi des historiens, et particulièrement sur la foi de leur fidèle interprète M. Daru , qu’elles ont toutes été puisées dans la même source , je veux dire en Orient , par les communications que rendent inévitables le commerce et la guerre. Ces déplorables calamités, venues ou de l’Egypte, ou de la Syrie , ou de la mer Noire , ou des îles de Candie , de Scio , etc., se sont renouvelées nombre de fois dans le cours de plus de six siècles. Elles ont coûté à la République, tantôt trente, quarante, tantôt soixante et cent mille habitants , et renversé pour un temps l’opulence de cette nouvelle Tyr, plus magnifique que l’ancienne, et la première qui ait donné au monde l’exemple des institutions sanitaires. J’ajoute que, pendant cette longue période, le mal, envahissant les Etats voisins , et, de proche en proche, les pays les plus éloignés , a dépeuplé à plusieurs reprises la Sicile, et Naples, et Rome, Florence, Pise, Parme, Gênes, en un mot tout le nord de l’Italie; puis, franchissant les Alpes, la Savoie, le Dauphiné , les confins de la Gaule et de 1 Espagne (car Barcelone entretenait un grand commerce avec le Levant) ; puis enfin la France, la Hongrie , 1 Allemagne, la Hollande, l'Angleterre, l’Ecosse, le Danemark, la Suède, et jusqu’à l’Islande, cette ultirna Thule des anciens. Par quels intermédiaires ces tristes propagations se sont-elles opérées? Les détails sur ce point seraient infinis : et dans cette foule d’histoires si malheureuses, j’en veux prendre une seule, qui fera comprendre, toutes les autres De 1539 à 1610, Félix Plater a vu sept fois la peste à Bâle. La seconde s’y maintint quatre années; la première, la cinquième, la sixième, trois années; les autres, deux années seulement Mais toutes avaient été imporiées a Bâle par des fugitifs qui , venant de lieux infectés, l’étaient eux-mêmes, et infectaient les hôtelleries où ils- étaient reçus. A cette époque, en effet, la peste régnait sur les bords du Rhin ; ce fut un tabellion qui , de retour d’un lieu où elle était, apporta la quatrième; il en mourut, aiusi que sa femme et quelques personnes de sa famihe. De celles-ci la maladie passa à d’autres, et

devint ainsi générale. Un fait que je ne dois pas négliger, c’est que la troisième de ces sept pestes fut la plus cruelle. Le père de Plater, que les deux premières avaient épargné, eut, avec la fièvre , un bubon et un charbon; sa mère eut sept bubons; leurs deux servantes, un serviteur et un enfant furent pris à leur tour. Aucun d’eux ne mourut ; mais ce singulier fait démontre du moins, avec beaucoup d’autres, que les organisations ou le principe de la peste n’ont pas toujours les mêmes degrés de, résistance ou d’énergie, et que les variations réciproques de ces deux termes peuvent se prêter à des milliers de combinaisons, les unes favorables, les autres contraires ; d’où l’on voit que. les immunités ne sont jamais absolues, et qu’après avoir survécu à vingt pestes, tel homme succombera dans la suivante , comme on l’a vu en dernier lieu dans la peste du Caire.

Dans ce court récit de Félix Plater, et dans ceux que je pourrais emprunter à Massaria, à Horstius, à Freitag, etc. , et à beaucoup d’autres écrivains plus modernes, Mead, Chenof, Schreiber, Lange, Muratori, Mertens, Samoïloxvitz, Orrœus, M. Desgenettes, M. Ségur Dupeyron, etc., on voit nettement qu’un homme qui a la peste la donne à un homme qui ne l’a point ; ou, si l’on veut, que rapproché d’un pestiféré, un homme sain devient pestiféré lui-méme ; mais par ces récits on apprendrait qu’un homme, en mourant de la peste, laisse dans les vêtements qu’il a portés la funes e propriété de la transmettre. Ces vêtements achetés, transportés d’un lieu dans un autre , comme ils le sont par les juifs de Pologne, puis vendus publiquement ou introduits en contrebande ; les effets d’un mort remis imprudemment à sa famille , etc., tels sont, en quelque sorte, les fils souvent imperceptibles de ces réseaux de peste dont de vastes contrées ont été couvertes. En 1348 , à Florence , des porcs se jouent avec les haillons d’un mendiant mort de peste; presque aussitôt ils tombent sans vie sous les yeux de Boccace. En 1511 , dit Fracastor, les Allemands et la peste occupaient la ville de Vérone; la pelisse d’un mort devint l’héritage de vingt-cinq Allemands qui tous périrent di la peste. On a vu à Constantinople le do iman d’u a pestiféré tuer ainsi l’un après l’autre cinq janissaires : pour arrêter le mal, on fit brûler le doliman Des linges, des matelas de pestiférés, oubliés depui un, et même depuis sept ans, et tirés de leur ca chette, ont rallumé la peste. En 1596, des dépouil les apportées de Flandre à Santander y apportèrent la peste, laquelle, dit Mercatus, pénétra jusqu’à Madrid , sous le masque d angines, d’engor gements glandulaires , etc. , comme on le vit a Vienne , en 1713. M. Desgenetles a raconté ei pleine académie que la cravate d’un soldat mortd ■ peste donna successivement une peste mortelle à dix soldats qui se l’étaient mise au cou. Un coffre renferme depuis quelques mois les effets d’une fa*mille enlevée par la peste; l’homme qui ouvre ce coffre est saisi de peste en quelques heures. Pareil événement a été vu il y a peu d’années dans un couvent de Saint Jean-d’ Acre , presque sous les yeux d’un illustre voyageur français, M. Michaud. Un prêtre catholique, né en Syrie , et docteur en médecine, l’excellent père Raphaël Cubié , me sra contait au Caire, qu’un jour de Pâques, à Dama,-

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en temps de peste, une femme perd son mari; elle quitte ses- vêtements, les met bien pliés dans une1 caisse , et prend des vêtements de deuil. Au jour de Pâques de l’année suivante, elle quitte ses vêtements de deuil , et reprend ceux qu’elle avait quittés à pareil jour l’année précédente. La peste n’étuit plus dans la ville. Cependant cette femme eUt la peste ; fait d’où je conclus que ces vêtements tenus sous clef renfermaient le principe de la peste; que ce principe y avait été déposé par elle; que . pendant la peste, elle l’avait exhalé hors d’elle-même; qu'ainsi, elle était pesiiférée sans le savoir, et que, dans cette période de sa vie, elle aurait donné la peste sans l’avoir elle-même, au moins en apparence. Evagrius vit ainsi des hommes donner la peste sans l’avoir. D’autres l’ont vu comme lui , et pour la peste, et pour la variole, et pour la fièvre jaune. En 1829, à Larnaea , on me fit voir, dans la belle maison du consulat de Fiance, la chambre qu’avait occupée eu 1160 un homme qui venait d’Alep où régnait une peste violente. Cet homme avait toutes les apparences d une santé parfaite. Cependant on le pria de se tenir quelque temps dans cette chambre sans communiquer avec personne. Au bout de huit jours, sa saute ne s’étant point démentie, le maître de la maison, M Caliméri, crut que l’épreuve était suffisante. Il entre dans la chambre, s’entretient avec son hôte, et le met en pleine liberté. Le lendemain , M. CaMméri avait la peste. Il en mourut. Son fils, âgé de sept ans, fut pris lui-même, ainsique les onze personnes qui composaient sa famille. La clôture de cet étranger dans cette chambre fut peut-être ce qui reudit sa personne plus dangereuse; elle l’eût été moins en plein air. Entassez les uns sur les autres les effets que laissent les pestiférés, le venin qu’ils renferment prend une activité redoutable. Des effets de cette nature avaient été mis en dépôt dans un grenier; les soldats qui les gardaient s’y reposèrent, pour goûter un peu de sommeil : après quelques heures on les trouva morts.

Mais si la peste se communique par les malades et par les effets dont ils se sont servis, se communique-t-elle également par les marchandises? C’est un point contesté. Ceux qui contestent ne s’appuient que sur des faits négatifs. Je rappellerai seulement, d’après Lancisi, que c’est presque toujours par les ouvriers qui travaillent le lin, le coton, le chanvre envoyés d’Egypte, que la peste commence à Constantinople; qu’en 1663, des matelots et des passagers, partis en temps de peste de Smyrne et d’Alger sur des vaisseaux hollandais, arrivèrent à Amsterdam avec la maladie ; qu’elle y débarqua avec eux , pour se répandre dans toute la ville , et par suite jusqu’à Leyde , à La Haye , à Dordrecht, etc.; mais que l’année suivante, elle fut portée, selon Hodges, en Angleterre, par des balles de coton , et qu’elle fut l’origine de cette grande peste que Sydenham a décrite. En 1665 et 1666, elle y infecta onze comtés; sorte d’importation que Louis XIV redoutait pour la France, comme le prouve la lettre qu’il écrivit aux États-Généraux, afin de s’excuser de ne pas rétablir le commerce entre ces deux pays : « Il ne suffit pas, leur disait- <!, il, que le mal dont Dieu vous afflige ait diminué, t il faut qu’il cesse. Le malheur d’une seule étin- « celle (ce que personne ne voudrait répoudre qui

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