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ainsi l’avidité des saDgsues. Cette précaution suffit, sans qu’il soit besoin d’onctions avec du lait ou même avec du sang d’animal, conseillées par quelques personnes. On est aussi dans l’usage de les affamer, c’est-à-dire de les tirer hors de l’eau quelques heures avant le moment de les employer, et de les rouler dans un linge sec et chaud . L’application se fait ordinairement au moyen d’un verre dans lequel on met les annélides en question, et que l’on renverse sur la partie où ils doivent s’attacher. Quelques personnes conseillent une pomme dans laquelle on fait une excavation où on place les sangsues ; celles - ci ne pouvant se fixer aux parois du fruit à cause de son acidité , s’attachent sur la peau qu’elles piquent très-promptement : ce moyen nous a très-souvent réussi. On vient de conseiller, dans le même but, un petit vase en fil de fer trèsfin ; c’est une espèce de toile métallique à laquelle ne peuvent s'attacher les sangsues ; elles sont obligées également de se fixer à la peau. M, Gerdy indique, dans son ouvrage sur les pansements, un moyen employé dans les hôpitaux , et qui est trèssimple ; c’est de se servir d’une petite compresse, au centre de laquelle on place les sangsues, que l’on maintient ensuite avec la main , en appuyant sur les bords du linge, afin qu’elles ne s’écartent pas et n’aillent pas mordre plus loin qu’il ne faut. Ce procédé a, de plus, l’avantage de s’adapter à la forme de toutes les régions. Ce moyen nous a toujours réussi. Quand on sedécide à mettre les sangsues au col de l’utérus, il faut se servir du spéculum. Pour les amygdales, ce serait un tube de verre ; mais ici nous préférons de beaucoup les scarifications avec le bistouri.

Les sangsues, une fois fixées, se gonflent avec plus ou moins de lenteur , et restent quelquefois si longtemps attachées, qu’on est obligé de leur faire lâcher prise en leur mettant sur le corps quelques grams de sel ou de tabac. L’écoulement sanguin est favorisé au moyen d’un bain tiède général ou local , de fumigations ou de lotions émollientes, et enfin, ordinairement, de cataplasmes de farine de graine de lin que l’on renouvelle à mesure qu’ils sont imbibés de sang. Les lotions et les bains ont cet avantage, qu’ils ne permeltent pas la coagulation du sang à la sortie de la morsure, et dès lors ils s’opposent à la prompte oblitération de celle-ci. Enfin, on obtient un écoulement de sang très-abondant en appliquant, si la déposition des parties le permet, des ventouses sur les petites plaies. (Gerdy, Traité des pansements , t. Il, p. 342.)

Lorsque le sang a coulé pendant un espace de temps en rapport avec l’effet que l’on veut produire, et dans tous les cas subordonné à l'âge, aux forces, etc., du malade , il s’agit d’arrêter le sang . Le plus ordinairement, cet écoulemeut s’arrête de lui-même ou à l’aide de quelques lotions fraîches. Mais, chez les personnes dont la peau est fine , délicate , et le système capillaire très-développé, les enfants, par exemple, on a souvent beaucoup de peine à fermer les petites ouvertures qui laissent couler le sang. Plusieurs moyens ont été proposés dans ce but. Ainsi, dès la plus haute antiquité, on a conseillé de couvrir les morsures de charpie, de toile d’araignée imbibée de vinaigre, d’éponge récente brûlée. (Antyllus dans Oribase, Collect. mëd., lib.vn, cap.xxi.) Aujour-

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d’hui, on emploie le plus souvent d’abord l’agaric, puis la poudre de gomme, de colophane, et enfin celles d’alun ou de sulfate de fer, dont on saupoudre les petites plaies. Quand ces moyens échouent, il faut, avant de recourir à la cautérisation avec le nitrate d’argent ou le stylet rougi , moyens toujours douloureux et suivis d’inflammation, il faut, dis-je, tenter plusieurs petits moyens proposés par divers auteurs : le plus simple est de pincer, entre le pouce et l’indicateur, la morsure saignante, ou bien, s’il y a un os situé peu profondément, comme aux apophyses mastoïdes , de poser le doigt sur l’ouverture et de maintenir une compression assez forte pendant sept à huit minutes. Dans certains cas, notamment chez les très-jeunes sujets, il faut quelquefois prolonger cette compression pendant un quart d’heure à vingt minutes. D’autres proposent de saisir les bords de l’ouverture entre les mors d’une pince à torsion, et de fermer celle ci au moyen du valet ; ce moyen est douloureux , mais il vaut mieux encore que la cautérisation . Autenrieth, cité par S. Cooper, roule entre les doigts de très-petites boulettes de charpie qu’il pousse dans la petite plaie. M. Vidal (de Cassis) emploie un procédé fort simple que nous avons vu plusieurs fois mettre à exécution avec avantage : il taille de petits cônes durs d’agaric, les place dans les morsures triangulaires, les recouvre de poudre styptique et place par-dessus un morceau plus grand d’agaric, qu’il maintient très-serré, soit avec la main, soit avec un bandage, si la disposition des parties le permet. D’autres ont proposé de passer une aiguille ou une épingle à travers les lèvres de la morsure, et de les serrer avec un fil disposé à peu près comme dans la suture entortillée. Un moyen qui m’a réussi très-souvent consiste à placer sur la piqûre plusieurs petits morceaux d’amadou, ou bien d’agaric des pharmacies, à les recouvrir d’un morceau plus large et à les maintenir en comprimant ; d’appliquer ensuite sur le tout une cuiller d’argent assez fortement chauffée pour qu’on ne puisse y endurer la main, et de la maintenir en place pendant cinq à six minutes, en comprimant l’amadou. Ce moyen détermine Information d’un petit caillot, en coagulant le sang par l’effet de la chaleur; il réussit presque constamment, à moins que le sang ne soit d’une telle fluidité , qu’il ne puisse se former de caillot, ce qui a lieu chez les anémiques, ou ceux qui ont subi de grandes pertes de sang.

Très-souvent, à la suite des morsures de sangsues, il survient des démangeaisons très-vives, d’autres fois un prurit désagréable; enfin, l’irritation peut être portée au point qu’il se forme de petits furoncles. Des onctions avec l’huile d’amandes douces, la pommade de concombre ou le beurre de cacao, des lotions émollientes de guimauve ou de son, ou légèrement astringentes (eau blanche), peuvent calmer ou même empêcher ces accidents. Les ulcérations qui se forment quelquefois au niveau des piqûres seront pansées avec le cérat ordinaire ou de Saturne. Les petits tubercules charnus qui succèdent parfois à ces mêmes piqûres seront réprimés avec la pierre infernale.

Il est des personnes auxquelles les sangsues causent une telle appréhension, que leur application détermine des accidents spasmodiques, des convulsions même ; dans ce cas, il faut s’abstenir de ce

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moyen, il ferait plus de mal que de bien : on aura recours à un autre mode d’évacuation sanguine. (V. Saignée , Ventouses.)

On a dit que des sangsues ayant été appliquées sur des sujets atteints de syphilis pouvaient donner lieu à des chancres vénériens ; on a cité des faits à l’appui. Certes, une telle communication est possible; cependant nous devons dire que les faits rapportés par les auteurs n’offrent pas toute l’exactitude désirable. Il est un autre accident qui a été signalé dès la plus haute antiquité, et dont on observe assez fréquemment des exemples dans les campagnes, mais surtout en Algérie : quand on boit sans précaution l’eau des étangs dans lesquels habitent des sangsues, on estexposé à avaler de cesannélides, qui, alors, s’attachent dans la gorge, dans l’œsophage et même dans l’estomac, et donnent lieu à de graves hémorrhagies. M.Guyon en a vu s’introduire dans les voies aériennnes, et il fallut pratiquer la trachéotomie. D’autres fois c’est dans le rectum que l’introduction a lieu. Si la sangsue est à portée des instruments, on l’extraira avec des pinces, mais avec précaution, pour ne pas l’arracher trop violemment; si elle est profondément située daus l’œsophage, on fera prendre de la décoction de tabac ou de la solution de sel marin et un vomitif. Si elle est dans le rectum , on administrera un lavement de tabac ou d’eau salée. J. -P. Beaude.

SANGUIFICATION (physiol.) , s. f . [sanguifi. catio, de sanguis, sang, et facere , faire), action de faire le sang ; synonyme d 'hématose. (Y. Respiration.)

sanguin (awaL et physiol.), adj . ( sanguineus ), quîarapportau sang. — Vaisseaux sanguins , se dit des artères et des veines , en un mot des vaisseaux qui charrient du sang rouge, par opposition aux vaisseaux lymphatiques — Tempérament sanguin, celui dans lequel domine l’appareil circulatoire. (V. Tempérament .) — Maladies sanguines, celles qui sont occasionnées par une surabondance du sang ou un trouble dans la circulation de celui-ci.

sanguinolent [pat h.), adj. ( sanguinolen tus), teint de sang; se dit des crachats, du pus, de la sérosité et des autres fluides de l’économie, lorsqu’ils contiennent une certaine quantité de sang.

sanie, s. f. Y. au Supplément.

sanieux ( path .), adj. (saniosus), qui présente les caractères de la sanie, de l’ichor : suppuration sanieuse.

sanitaires (Lois) (l). Sous le nom de lois ou mesures sanitaires, ou désigne l’ensembledes moyens adoptés par le Gouvernement pour s’opposer à l’introduction des maladies réputées contagieuses. Ces moyens sont : pour les provenances de la mer, les quarantaines ; pour les provenances de terre, les cordons sanitaires.

§ I. Des quarantaines. On appelle quarantaine

(1) Cet article, il sera facile de le voir, a été fait dans des idées opposées à celles qui ont guidé notre savant maître, l’auteur de l’article Peste. Ces doctrines, dont nous n’acceptons pas toute la responsabilité, ont trop fait de bruit dans le monde savant et politique pour que nous ne croyions pas devoir leur consacrer une place dans ce Dictionnaire. Depuis que cet article a été écrit, des faits ont démontré que les idées de contagion sont plus dans la vérité que les idées opposées. I. B.

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le séjour dans un lieu isolé où l’on renferme lea personnes atteintes de maladies regardées comme contagieuses, ou venant d’un pays où régnent ces maladies. Le mot quarantaine vient de ce que, dans l’antiquité, l’école pythagoricienne, et d’après elle Hippocrate, regardaient le nombre dequarante jours comme nécessaireà l’accomplissement de certaines choses. Ainsi, on pensait que quarante jours d’observation et de pratiques, dont nous allons parler, étaient nécessaires pour purifier les personnes ou les choses infectées.

Les premières indications que l’on trouve sur l’usage de séquestrer des individus affectés de maladies dont on craint la transmission, se trouvent dans les livres sacrés ; nous en avons parlé au mot Lèpre. Ces mesures de précaution restèrent inconnues aux peuples païens et civilisés de l’antiquité; ce n’est que pendant les ténèbres du moyen âge, époque de barbarie et de superstition , que nous voyons paraître les lazarets. Le plus ancien est celui de Venise (1403), vient ensuite celui de Gênes (1467), puis de Marseille (1476) , qui , dès 1383 , avait établi des infirmeries; enfin , l’Espagne n’en posséda qu’en 1494, deux ans après la complète expulsion des Maures. Ce qu’il y a de curieux, et les chiffres sont là pour le prouver, c’est que les pestes devinrent peut-être encore plus fréquentes après la formation des lazarets. Les contagionistes l’ont noté sans s’en apercevoir, en relatant la série des épidémies qui ont frappé ces différentes localités ; ainsi, le docteur Frari, de Venise, contagioniste prononcé, a écrit sur ce sujet, d’après des pièces très-authentiques recueillies dans les archives bien conservées de Venise, et a constaté que, de 938 à 1403, ou pendant 305 ans, il y eut 1 1 épidémies de peste , dont 3 lui paraissent même douteuses; tandis que, de 1403 , époque de la création des lazarets, à 1630, ou pendant 227 ans seulement, il y eut 16 épidémies. Pour Gênes, les chiffres sont très-peu élevés; cela tient à l’excellente situation de la ville. Voyons Marseille. Bertrand, le célèbre contagioniste, a relevé les pestes qui , depuis J. C. jusqu’à 1720, ont sévi à Marseille ; il en compte 20 ainsi réparties: 6 avant le lazaret (en 1,476 ans!) et 14 après (en 244 ans!). Mais en voilà assez sur cet historique; nous en déduirons plus loin les conséquences pratiques. Ces mesures, adoptées par la plupart des peuples de l’Europe pour les provenances du Levant et des Antilles, constituèrent, jusqu’à nos jours, une sorte de pacte sanitaire conclu tacitement sans engagements réciproques. Aujourd’hui, convaincues de l’inutilité des mesures quarantenaires , et voyant leurs effets désastreux pour le commerce, l’ADgleterre et l’Autriche arrivèrent à rompre le pacte ; mais disons d’abord en quoi consistent ces mesures. Nous prendrons pour exemple Marseille, qui est le lieu où elles s’exécutent le mieux.

Quand un vaisseau part de l’un des ports des pays oùsévissenthabituellement des affections gra-J ves (peste, fièvre jaune), le résident de sa nation lui remet un papier renfermant l’indication de l'état sanitaire de ce même port; c’est la patente. Si une maladie, crue contagieuse, règne actuellement, la patente est dite brute ; s’il y a seulement quelques cas qui fassent craindre une épidémie, ou que celleci ait presque entièrement disparu, la patente est suspecte; enfin, si la santé publique est bonne, la

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patente délivrée alors est dite nette. C’est la nature de la patente qui détermine la durée de la quarantaine et la sévérité des précautions exigées avant le débarquement , tant à l’égard des voyageurs qu’à l’égard des marchandises.

Patente brute ■ Paquebots français, 19 jours de quarantaine après le débarquement des effets au lazaret; et les vaisseaux de guerre, 17 seulement. Les passagers font, dans les deux cas, 17 jours de quarantaine. Cette durée est réduite à 14 dans le cas où leurs effets ont été plombés ou bien quand ils font le spoglio. Pour les pèlerins!, 25 jours .

Patente suspecte. Les paquebots 15 jours, les vaisseaux de guerre 14. Les passagers font 14 jours de quarantaine et 12 avec plombage ou spoglio; les pèlerins 20 jours.

Patente nette. Paquebots, 12 jours après le débarquement, et les passagers 9 jours.

Quant aux marchandises) elles sont partagées en trois classes : les susceptibles, que l’on croit capa- j blés de garder caché le virus pestilentiel ; les dou - ; teuses et les non-susceptibles. Sur quoi repose j cette classification? Sur rien, absolument rien. I Ainsi, parmi les objets susceptibles de donner la J peste, je vois les chandelles et les bougies , et parmi j les non- susceptibles, le suif et la cire. On regarde j particulièrement comme susceptibles les laines, les j cotons et autres matières poreuses ; mais le sparte, i le jonc, les cordes goudronnées sont innocents. Il | faut redouter les étoffes feutrées , les cuirs secs i tannés, les basanes; mais on n’a rien à craindre des cuirs salés et mouillés. Quant aux objets douteux, j ce sont le corail brut, les dents d’éléphant, le tabac en balles, le café, le sucre, les cornes, etc. Le vermillon est douteux; mais les potasses et le salpêtre n’offrent aucun danger !... Nous le répétons, l’imagination , la fantaisie seules ont réglé tout cela . On a mis les liquides parmi les non-susceptibles ; pourquoi ? Parce que cela a passé par la | tête de messieurs de l’intendance sanitaire. Au total , les matières susceptibles sont soumises au maniement et aux sereines .

Nous devons maintenant l’explication de quelques mots que nous avons soulignés. Le plombage consiste dans l’apposition sur la malle d’un sceau de plomb au moment du départ ; l’intégrité de ce sceau prouve que la malle n’a pas été ouverte. D’aaprès les idées des contagionistes, les virus renfermés fermentent et prennent une nouvelle activité, au point que l’ouverture d’une malle peut renverser ! mort celui qui la fait. Eh ! bien, l’intendance sanitaire regarde cette précaution comme très -bonne et devant faire abréger le temps de la quarantaine. Pourquoi ?...

Le spoglio consiste à prendre un bain, après lequel on revêt des habits qu’on vous loue dans le lazaret, car tout cela se paye ; ce qui prouve l’importance qu’on attache à ces pratiques et explique l’obstination que l’on met à les maintenir.

Manier les marchandises, c’est les développer, les retourner, pour leur faire prendre l’air ; les sereincr , c’est les exposer à l’air.

Voilà pour les hommes et les choses à l’état ordinaire, et tout cela n’est que ridicule. Mais quand il se trouve à bord des pestiférés que l’on transporte au lazaret, l’inhumanité vient s’y mêler. Le pes-

tiféré esttransporté dans une chambre isolée, le plus près possible des barrières de fer où il doit se traîner, s’il le peut, pour se faire voir à 12 mètres de distance par les médecins chargés de constater la nature de l’affection dont il est atteint. Un individu revêtu d’un accoutrement de toile cirée vient lui porter, au bout d’une planche, les boissons dont il a besoin, puis l’abandonne à lui-même. S’il y aun bubon, on engage le malade à l’ouvrir lui-même, pendantqu’il lui resteassez de force pour le faire, etlorsqu’il est besoin du secours manuel de quelque chirurgien, on invite un élève en chirurgie à s’enfermer avec le malade. « Mais , dit le règlement de l’intendance, ce n est jamais qu’à la dernière extrémité qu’on en vient là (art. 614). » Les opérations sont faites avec des instruments à longue queue !... Et cela se passe en plein xixc siècle! Sont-ce là les exemples légués par les médecins attachés à l’expédition d’Egypte, et ceux pîusrécentsdenos confrères pratiquant en Egypte , pendant l’épidémie de 1 835 ? Dignes successeurs des Larrey, des Desgenettes , ils soignaient et consolaient les pestiférés, les touchaient de la main, s’asseyaient au besoin sur leur lit. Opposons enfin aux règlements barbares de l’intendance dite sanitaire de Marseille, le fait déjà ancien du dévouement des médecins restés ou envoyés à Marseille pendant l’affreuse épidémie de 1720.

Disons-le, cependant, une disposition votée pa^ la Chambre vient de diminuer considérablement les entraves apportées au commerce et aux relations internationales, en réduisant la durée des quarantaines, c’est-à-dire en faisant compter la durée du voyage. C’est qu’en effet les circonstances étaient urgentes : l’Angleterre, l’Autriche, violant le pacte sanitaire dont nous avons parlé en commençant, avaient en quelque sorte aboli les quarantaines. L’Angleterre avait déclaré que dans le cas de patente brute, la quarantaine serait de quatorze jours, le temps du voyage compris • or il faut quinze à seize jours pour aller d’Alexandrie à Scuthampion ; n’est-ce donc pas là une véritable abolition? L’Autriche avait fait de même pour Trieste.

On comprend facilement ce qui dut résulter d’un pareil état de choses. Les mesures sanitaires étant toujours rigoureusement observées à Marseille, la ligne française des paquebots se trouva abandonnée pour les lignes anglaise et autrichienne. Et, en effet, moyennant les quaranfaines , il fallait 35 jours pour venir d’Alexandrie à Paris par Marseille, et 19 jours par les paquebots anglais. I! en résultait chaque année une perte de plusieurs millions pour les entreprises des paquebots français. Aujourd’hui, grâce à la disposition nouvelle, l’équilibre est rétabli.

Mais, dira-t-on peut-être, nous courons grand risque de voir la peste se déclarer dans nos ports et envahir la France ! Qu’on se rassure : grâce aux recherches modernes , et en particulier au travail d’une commission instituée par l’Académie de médecine, il est bien reconnu : 1° que la peste n’est paf* transmissible par les hardes ou marchandises ; et la preuve, c’est ce qui se passe en Orient, où les effets ayant appartenu à des pestiférés sont vendus et transportés dans différentes localités, sans jamais donner naissance à la maladie. C’est encore ce qui a eu lieu à Marseille même, où il est constaté qu8 jamais un seul des portefaix ayant travaillé au

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débarquement ou au maniement des marchandises infectées, n’a été attaqué de la peste.

2° Que rien ne prouve que la peste ait été communiquée d'un lieu infecté à un lieu sain. Ainsi , en Égypte, jamais la peste ne franchit la première cataracte; jamais elle ne vaàCosseïr, ni en Arabie, ni en Abyssinie, malgré des communications incessantes. Près de Constantinople il y a un village situé sur une montagne à 500 toises au-dessus du niveau de la mer ; dans les grandes épidémies on s’y réfugie, des pestiférés vont y mourir, et jamais ils ne donnent la peste. A Malte il y a un lieu appelé Safi (pur) pour la même raison. La peste ne pénètre jamais à Ispahan en Perse, et les villes les plus occidentales en sont attaquées de temps en temps, sans que les relations soient interrompues. La peste ne se développe donc que dans les localités où elle trouve des conditions spéciales de misère, de malpropreté , d’encombrement. C’est ce qui a été bien évident pour Londres, anciennement ravagé par la peste, sans qu’elle se répandît dans les autres villes: notez-le bien. Un incendie détruit, en 1 6G6 , toutes les rues sales, étroites, infectes; la ville est rebâtie dans de meilleures conditions, et la maladie disparaît. Pourquoi la peste, si fréquente dans les villes d’Europe pendant le moyen âge, est- elle si rare aujourd'hui? Cela tient, non pas aux lazarets , nous l’avons vu plus haut , d’après les dates , mais aux mesures de salubrité et à l’observation plus rigoureuse des lois de l’hygiène, qui sont l’essence de la civilisation.

Quelles seraient donc, suivant nous, lesvéritables mesures sanii aires à prendre contre les maladies dites contagieuses? Celles précisément que l’on prend contre le typhus : l’assainissement, l’aération des localités, la dispersion des malades.

§ II. Quantaux cordons sanitaires, ce sont des lignes de soldat s placées autour des pays où règne une maladie regardée comme pestilentielle. Or, concentrer ainsi les malades dans le foyer de l’épidémie, c’estassurément le meilleur moyen d’augmenter l’intensité de celle-ci. Au reste, ces cordons sanitaires ont souvent été utiles aux gouvernements comme mesures politiques. Ainsi, le cordon sanitaire établi par Louis XVIII sur la ligne des Pyrénées en 1821, pendant la fièvre jaune de Barcelone, ne fut que le prélude du rassemblement de l’armée qui devait envahir l’Espagne.

En résumé , les lazarets peuvent être encore conservés, moius pour leur utilité réelle que pour rassurer les populations contre les terreurs d’une importation de maladies pestilentielles. Mais la véritable base des quarantaines doit être, non la contagion , mais la durée de l’incubation de la peste. Or, de l’aveu même des contagionistes de bonne foi, cette durée est de huit jours au plus. Donc, quand un vaisseau a quitté un port infecté, et qu’au bout de huit jours , ou de dix si vous voulez , il ne s’est pas déclaré un seul cas de maladie , il n’y a plus de danger, le bâtiment peut être admis en libre pratique. Cela réduirait donc la durée de la quarantaine à dix jours, le voyage compris. Si la peste, comme il arrive quelquefois, se déclarait sur un vaisseau , eh bien ! alors , à son arrivée , l’intendance sanitaire se conduirait comme elle l’entendrait pour la durée de la quarantaine; mais à la condition de faire donner aux malades les soins

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