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rameaux de 4 ou 5 ans , sont roulées sur elles-mêmes, épaisses de quelques millimètres, lisses, grisâtres, un peu fendillées à l’extérieur, brunes en dedans, d’une saveur amère et astringente assez prononcée ; odeur nulle . Cette écorce renferme du tannin, de la gomme, une matière colorante, etc. . plus, un principe particulier auquel elle doit ses propriétés : c’est la salicine découverte par F ontana.

L’écorce, en raison de ses vertus toniques et astringentes, peut être employée dans les affections caractérisées par la débilité ; mais c’est surtout dans les fièvres intermittentes qu’on l’a préconisée à la dose de 4 à 8 grammes dans un véhicule, et répétée toutes les trois ou quatre heures pendant l’intervalle des accès ; cependant c’est plutôt à la salicine qu’il conviendrait alors d’avoir recours.

La salicine est un principe azoté, neutre, cristallisant enaiguilles fines, blanches, légèrement nacrées, d’une saveur amère et aromatique, soluble dans cinq fois son poids d’eau, et en toute proportion dans l’eau bouillante ; très-soluble dans l’alcool , insoluble dans l’éther. La salicine, donnée à la dose de 1 gramme et au-delà, peut triompher des fièvres intermittentes de divers types, et quelques auteurs la mettent presque sur la même ligne que le sulfate de quinine. Cependant elle est généralement peu employée, et l’immense majorité des médecins lui préfère le sulfate de quinine, qui agit à plus faible dose et d’une manière beaucoup plus certaine. J. B.

saut. (V. Locomotion.)

SAVEUR. (V. Goût.)

savobî ( pharm . et mat. méd.), s. m. ( sapo ). On croyait autrefois que les savons étaient les résultats d’une combinaison des corps gras avec les alcalis : mais il résulte des travaux de M. Chevreul que, quand les huiles ou les graisses sont traitées par les oxydes (ou bases saiifiables) , elles éprouvent, dans leurs éléments, une réaction qui les transforme en acides gras, tels que les acides margarique, stéarique, oléique, etc. Les acides, ainsi formés, s’unissent aux oxydes pour former des sels, qui constituent alors des margarates, des oléates, etc. Les savons sont donc de véritables sels mixtes, que l’on nomme stéarates ou olèostèarates . On donne le nom de savons acides aux combinaisons des huiles grasses avec les acides, et celui de savonnules, aux produits qui résultent de la combinaison des huiles essentielles avec les bases saiifiables. Nous ne parlerons ici que des principaux savons employés en médecine.

1° Savon acide d’Achard. Il provient de la réaction de l’acide sulfurique sur l’huile d’olive. Il est surtout employé pour l’usage externe, et en frictions dans les ophthalmies chroniques, la gale, la paralysie. Carminati l’a employé à l’intérieur dans des cas d’hydropisie, à la dose de 10 à 15 décigrammes.

2° Savon ammoniacal. Il existe en pharmacie un assez grand nombre de savons à base d’ammoniaque; les uns, préparés avec les huiles essentielles , sont regardés comme excitants diffusibles, et s’administrent à l’extérieur ou à l’intérieur. Les autres se préparent avec des corps gras et servent exclusivement pour l’usage externe comme résolutifs et fondants. Sous le nom de savon ammoniacal

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' camphré, on désigne le baume opodeldoch. (Y. Opodeldoch . )

3° Savon amygdalin. — Savon d'huile d'amandes douces , savon médicinal. Sous ces différents noms, on désigne un savon préparé avec l’huile d’amandes douces et la soude caustique. Ce savon est solide, blanc, opaque, et se dissout aisément dans l’eau pure et l’alcool affaibli; exposé à l’air, il finit par se dessécher, jaunir et prendre une odeur de rance.

Ce savon est assez usité; il est stimulant, facilite les digestions, donne quelquefois lieu à des évacuations alvines. Sil’on en continue l’usage pendant quelque temps, il détermine un état général analogue à celui du scorbut. On le donne comme fondant et diurétique à l’intérieur sous forme de pilules, à la dose de 3 à 6 ou 10 décigrammes, et même plus. Il fait souvent partie de liniments résolutifs.

4° Savon marbré. C’est le savon ordinaire, le savon des blanchisseuses. Il sert à composer des emplâtres fondants. Dusavonrâpé et mêlé avec de l’eau-de-vie sert très-souvent dans les entorses, les contusions, etc.

Il est encore une foule d’autres savons, mais qui rentrent tout-à-fait dans la pharmacie proprement dite. J. -P. Beaude.

saxïthage [bot. et mat. méd.), s. f. .[saxifraga), brise-pierre, famille des saxifragées, J., décandrie digynie, L. C’est une plante assez commune dans les bois de nos contrées . Au collet de sa racine sont réunis un assez grand nombre de peti ts tubercules rougeâtres, amers, et légèrement astringents. On les regardait autrefois comme souverains pour faire dissoudre la pierre ; d’où le nom de saxifrage. — Plante aujourd’hui inusitée. J. B.

SAXOKr-EBi-VAi.AXS (Eauminér. de). La source est située sur les bords du Rhône, entre Martigny et Sion . C’est une eau iodée employée avec avantage dans les scrofules.

scabieuse (bot. et mat. méd.), s. f. (scabiosa, de scabies, gale), famille des dipsacées, J.; tétrandrie monogynie, L. La scabieuse des champs ou des prés ( scabiosa arvensis ), et la scabieuse succise (scabiosa succisa), étaient autrefois très-usitées comme dépuratives, dans le traitement des maladies de la peau et surtout de la gale, d’où le nom de scabieuse; mais aujourd’hui ces plantes, réellement sans efficacité, ne sont plus employées que par quelques empiriques ignorants. J- B.

scabieux ( path .), adj. (de scabies, gale), qui a rapport à la gale.

scABÈisa£(cmfflL),adj. et s.,(skalènos, boiteux). Ce nom s’applique à deux muscles triangulaires de la partie latérale et postérieure du cou. Le premier muscle, scalène antérieur, s’étend des apophyses transverses des 3e, 4<>, 5e et 6e vertèbres cervicales, au milieu du bord interne et de la face supérieure de la première côte . — Le second, m..1 scalène postè~ rieur, s’attache supérieurement aux apophyses transverses des six dernières vertèbres cervicales, et en bas à la face supérieure des deux premières côtes. Chaussier avait réuni ces deux muscles sous le nom de costo-trachélien. J. B.

sgaï.ueî. ( chir .), s.m. (de scalper e, couper).! On appelle ainsi un instrument formé d’uue lame

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droite ou légèrement recourbée, tranchant des deux côtés ou d’un seul, fixée d'une manière immobile sur un manche, et qui sert aux dissections anatomiques.

scadïeœonée (mat.mèd.), s. f. [scamm onium). C’est une gomme-résine obtenue par incision de divers végétaux. On en connaît trois espèces :

Scammonèe d’ A lep . — Elle est fournie par le Convolvulus scammonia , familledes convolvulacées, J., pentandrie monogynie, L. C’est une plante grimpante, commune dans l’Asie Mineure, surtout aux environs d’Alep. La gomme-résine que l’on en retire est en morceaux assez volumineux, secs, spongieux, friables, à cassure terne et d’un gris noirâtre. Elle s’émulsionne facilement par l’eau ; sa saveur est âcre. Elle vient en pains ou en coquilles. Cette dernière variété est la plus estimée.

Scammonèe de Snnjrne. — Elle est produite par le periploca scammone, delà famille des apocy nées, J. , pentandrie monogynie, L. Elle est en fragments irréguliers, durs, pesants, très-poreux, très-friables, d’un brun terne et d’une saveur âcre et amère. Peu estimée.

Scammonèe de Montpellier. — Elle provient du cynanchum monspelianum ; elle est en galettes noires, dures et compactes ; elle n’est pas employée.

Suivant une analyse de M. Guibourt, la scammonée est composée , sur 100 parties , de : résine particulière, 75; extrait alcoolique, 6,25; extrait gommeux , 3,12; matière végétale insoluble, 7,25; matière terreuse , 8,38.

La scammonèe est un purgatif drastique trèsénergique, connu et employé depuis très-longtemps. C’était 1 cl sachmunia, le purgatif par excellence des Arabes. Elle est toujours employée , quoique plus rarement, mais presque jamais seule. Son action sur les intestins est très - irritante ; elle occasionne des coliques, et provoque une sécrétion biliaire abondante ; elle convient dans les cas où une forte révulsion sur le canal intestinal (supposé sain) est indiquée, par exemple dans les affections cérébrales, les hydropisies passives, les engorgements viscéraux , les coliques saturnines, etc. , etc. Du reste la scammonèe est moins constante dans ses effets que la résine de jalap. — On la donne le plus souvent en poudre, à la dose de 3 à 8 décigrammes , en pilules , ou dans une potion émulsionnée. La résine pure, étant plus active, se prend à la dose de 2 à 3 ou 5 décigrammes. La scammonèe entre dans plusieurs préparations composées, dans les pilules mercurielles, dans les pilules de Belioste, de Bontius, dans le purgatif des peintres, etc. On l’associe encore au jalap et au calomel. J. -P. Beaude.

scaphoïde [anal.), s. et adj. ( scaphoïdes , de scaphè, barque, et eidos forme, apparence). On a nommé ainsi deux petits os, dont l’un entre dans la composition du tarse au pied, l’autre dans la composition du carpe à la main. Ce dernier est le premier de la première rangée du métacarpe. Il est court, un peu allongé, convexe d’un côté, concave de 1 autre. Il s’unit supérieurement au radius, inférieurement au trapèze et au trapézoïde, en dedans avec le semi-lunaire et le grand os. — Le scaphoïde du tarse est situé à la partie moyenne et interne de

cette région ; il est aplati, ovalaire, articulé en avant par trois facettes aux trois os cunéiformes, en arrière avec l’astragale. J. B.

scapulaire (anal.), s. m. ( scaputaris ). qui tient au scapulum ou omoplate ( Voy . ce dernier mot) . — Artères scapulaires, distinguées en supérieures, inférieures et postérieures. La première naît de l’artère sous-clavière , ou de la thyroïdienne inférieure ; la seconde naît de la partie inférieure de l’artère axillaire. L’artère scapulaire postérieure et la scapulaire transverse ont été décrites sous les noms de Cervicales postérieures et transverses. — Il existe une aponévrose scapulaire qui s’insère à l’épine de l’omoplate, et s’étend sur les muscles voisins, ainsi que sur le deltoïde. — On donne aussi le nom de scapulaire à un bandage qui est destiné à jouer le même rôle que les bretelles, et qui, passant par dessus les épaules, va se fixer en avant et en arrière à un bandage de corps, pour l’empêcher de descendre. J. B.

scapulium. (V. Omoplate.)

scarificateur (chir.), adj . (scarifie atorium, du grec scaripheueïn, inciser). On appelle scarificateur un instrument destiné, à pratiquer surja peau un certain nombre de petites incisions d’ un seul coup. 11 consiste ordinairement en une petite boîte de cuivre de forme cubique, dont une des faces est percée de 10, 12 ou 16 petites fentes, desquelles sortent à la fois autant de pointes de lancettes, quand on vient à presser un ressort. On eu comprend l’emploi : la boîte est appliquée sur la peau par sa face percée, dans le point où l’on veu-fr faire une scarification ; on fait jouer la détente, et, à l’instant même, les incisions sont pratiquées. J . B.

scarification (chir.), s. f. (scarificatio , même racine). On appelle scarifications, de petites incisions superficielles n’intéressant d'ordinaire que la surface de la peau, et destinées à favoriser l’écoulement du sang quand on applique des ventouses (Voy. ce mot). On les pratique soit avec la lancette, soit avec le bistouri, soit avec la lame d’un rasoir, ou bien avec le scarificateur. Quand on fait des piqûres multipliées avec une lancette pour dégorger le tissu cellulaire sous-cutané dans les cas d’œdème, par exemple, ou d’infiltration gazeuse, on les appelle mouchetures. J. B.

( méd .), s. f. (scarlatina). La scarlatine ou fièvre rouge est une éruption trèscontagieuse, qui doit son nom, comme la rougeole, à la couleur de la peau des malades. Bougeur écarlate générale, piquetée, ou en très-larges plaques, mal de gorge et fièvre plus ou moins forte: tels sont ses principaux caractères.

Les historiens des fièvres éruptives les font volontiers venir d’Asie, et ils fixent le moment où elles vinrent au monde; mais il en est de ces maladies comme des Turcs, dont l’extrait de naissance n’est jamais fort en règle : leur âge est un mystère, et il est plus que probable que leur origine se perd dans la nuit des temps. Si l’on s’en rapportait sur ce point aux premières traces scientifiques de la scarlatine, elle ne serait, au contraire, pas très -vieille,

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puisque l’ouvrage où, pour la première fois, elle est j distinguée nettement de la rougeole avec laquelle on la confondait, date seulement du seizième siècle ; en France, c’est un médecin de Poitiers, Jean Coyttar, qui , à ce qu’on croit , l’aurait décrite le premier en

Quoi qu’il en soit de l’exactitude de ces dates, eu de l’origne plus ancienne attribuée à la scarlatine par certains auteurs, qui ont prétendu en retrouver des indices chez les Juifs, ou chez les Grecs, dans lesœuvres deThucydide.Ja maladie a trois périodes: la première, dite d'invasion, comprend tous les phénomènes qui se manifestent avant l’éruption ; la seconde est caractérisée par l’éruption elle-même; à la troisième, nommée période de desquammation, on rapporte tout ce qui se passe entre la période précédente et le retour à la santé.

Une courbature générale très-forte, des nausées ou des vomissements, de la douleur dans les reins, une fièvre plus ou moins intenseet du mal de gorge, sont les ■phénomènes avant-coureurs de l’éruption. Quelquefois c’est le mal de gorge qui prédomine, et l’on pourrait croire que l’on n’aura affaire qu’à une esquinancie ordinaire.

Le plus souvent , vingt-quatre heures après ces premiers accidents, quelquefois douze heures seulement, et quelquefois ti ente-six , mais fort rarement davantage, V éruption se montre. Elle consiste en un nombre infini de petits points rouges qui reposent sur un fond rose et qui n’offrent pas de saillie visible ou sensible au toucher. Ce pointillé forme très-rapidement des plaques étendues, dont la réunion, également fort rapide, communique à la peau une couleur écarlate uniforme : la peau est en même temps brûlante, sèche, et parfois rude comme daus la chair de poule; elle est le siège d’une vive démangeaison et d’un léger gonflement beaucoup plus marqué aux mains, que le malade a de la peine à fermer.

La membrane muqueuse, qui tapisse la bouche et le canal digestif, a été appelée une peau interne; et, en effet, cette membrane semble participer à la maladie du tégument extérieur : comme lui, elle a une rougeur excessive; les amygdales sont trèsrouges et très-gonflées, et elles forment sous la mâchoire des tumeurs grossies par l’engorgement simultané des ganglions et du tissu cellulaire environnant. La langue a aussi une teinte rouge foncée toute particulière, qu’on n’observe guère que dans la scarlatine; elle est lisse comme si elle avait été enduite d’un vernis, et parfois la saillie de ses papilles la fait ressembler à une fraise.

L’éruption de la scarlatine est presque toujours compliquée de vésicules miliaires très-nombreuses, reconnaissables à leur saillie, siégeant surtout aux aisselles, au pli des bras et au cou. C’est au troisième ou quatrième jour que la rougeur de la peau est le plus marquée; elle est toujours plus vive à l’aine et au bas-ventre, et elle dure plus longtemps dans ces points ; elle est plus prononcée quand le malade crie et s’agite, ou le soir pendant le redoublement de la fièvre; cette coloration écarlate est alors assez foncée pour justifier la comparaison qu’on a faite du patient avec une écrevisse cuite.

Dans cette seconde période , la forte fièvre du commencement a continué; le corps est d’une chaleur extrême. Dance a cité un cas où cette chaleur

était si intense, qu’on la sentait à un pied du malade. L’auteur anglais James Currie, et, plus récemment, le docteur H. Roger ( Arch . gènér. deméd., 1844- 45), ont apprécié au thermomètre l’accroissement de température que donnent les formes graves de la maladie , et ils ont constaté que la chaleur animale pouvait alors s’élever d’au moins 5 degrés au-dessus de la moyenne normale, 37 degrés centigrades, augmentation considérable et une des plus fortes températures que l’on puisse observer.

Quand l’affection est un peu grave, la figure exprime la souffrance et l’inquiétude ; les yeux sont animés et brillants; il y a de l’agitation, du délire pendant la nuit et une insomnie que rien ne peut vaincre. L’angine suit son cours, et son aggravation constitue une complication quelquefois très fâcheuse; les amygdales gonflées , rétrécissant les voies supérieures de l’air, la respiration est gênée et bruyante.

Du quatrième au neuvième jour, la rougeur s’éteint graduellement , elle devient violacée ou un peu cuivrée, et le malade commence à faire peau neuve.

La desquammation, d’abord apparente au cou et à la face, devient bientôt générale; l’épiderme se détache, tantôt enfariné furfuracée, tantôt sous forme de petites écailles sèches et blanchâtres, tantôt enfin en squammes plus ou moins larges. Dans les régions où l’épiderme a le plus d’épaisseur, aux pieds et aux mains, il tombe en lamelles étendues, en lambeaux qui gardent la forme des parties, des doigts, de la paume des mains, de la plante des pieds , lambeaux que les malades s’arrachent euxmêmes, et qu’on a vu avoir jusqu’à dix-neuf centimètres de longueur sur huit de largeur. Cette chute de l’épiderme, qui laisse parfois une grande sensibilité dans la peau , dure huit à quinze jours, et, dans des cas exceptionnels, trente ou quarante; l’on observe alors plusieurs exfoliations successives. Vers la même époque, la fièvre a baissé, les amygdales ont diminué, et les plaques blanchâtres et molles qui les recouvraient ont disparu ; en un mot, la convalescence s’établit.

La scarlatine présente des variétés nombreuses : quelquefois l’éruption est partielle et bornée au cou, aux aines, au pli des bras, où elle forme des plaques rouges d’une étendue variable. D’autres fois, la couleur de la peau, au lieu d’être écarlate, est à peine rosée; dans quelques cas graves , elle a une teinte livide, violette, qu’on a comparée à celle de la robe d’un évêque.

Daus des épidémies de scarlatine, chez quelques individus qui ont été exposés à la contagion de cette maladie, on voit se développer un appareil fébrile intense , avec angine et autres phénomènes précurseurs de l’éruption : mais cette éruption , comme entermée au sein de l’économie, n’apparaît point au-dehors ; c’est ce qu’on a appelé des scarlatines sans scarlatine. JNous avons vu quelques faits de ce genre , dans des familles composées de plusieurs enfants, et leur réalité ne nous semble pas contestable ; mais le nombre en a été singulièrement exagéré, et il a dû arriver fort souvent qu’on croyait à l’absence de l’éruption, alors seulement que, trèslégère et très- fugace, elle échappait à une observation incomplète.

La scarlatine est dite angineuse , quand le mal G6*

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dégorgé est très-fort, avec formation de fausses membranes sur les amygdales, et parfois terminaison par gangrène; elle est maligne, quand elle se compose de délire, de prostration et autres phénomènes nerveux graves, ou du gonflementénorme, avec suppuration, des ganglions sous-maxillaires. Une autre complication dangereuse est l’hydropïsie générale qui se développe chez quelques scarlatineux pendant la convalescence ; très-souvent elle naît chez eux à la suite d’un refroidissement, et on l’a vue, entre autres exemples, commencer à la face chez un enfant qui, pendant une pluie d’hiver, voulant regarder à travers une fenêtrefermée, avait appliqué sa joue sur la vitre froide.

La scarlatine qui débute seulement par de la fièvre n’a rien, le premier jour, qui la distingue d’une inflammation ni d’une autre fièvre éruptive, et il faut le coup d’œil exercé d’un praticien habile, pour saisir et apprécier, dans leur ensemble , les simples nuances qui peuve.it alors indiquer telle de ces maladies à l’exclusion des autres. S’il y a dès le commencement mal à la gorge, il est fort difficile de décider quelle en est la nature. Si le malade est un peu âgé, s’il est sujet aux esquinancies, s’il a eu antérieurement la scarlatine, ou s’il ne s’y est pas exposé récemment, si une seule amygdale est rouge et grosse, si les ganglions sous-maxillaires ne sont pas gonflés, il s’agit d’une angine ordinaire, tandis que, avec des conditions inverses, on peut croire que l’angine est scarlatineuse. Une fois l’éruption parue, la scarlatine est facilement reconnaissable à la rougeur excessive et uniforme de la peau : ce caractère et l’angine concomitante la différencient de la rougeole, qui s’annonce par une toux spéciale et par de petites taches rondes, d’abord isolées et se réunissant ensuite en demicercles à bords déchiquetés. Dans certains cas, la rougeur de la figure et la teinte généralement rosée de la peau pendant les accès de fièvre, peuvent, surtout chez les enfants et les jeunes filles, en imposer pour une scarlatine commençante , mais c’est là une erreur d’un moment, qui se dissipeau moindre examen un peu attentif ; nous en dirons autant de celle que le professeur Joseph Franck signalait à ses élèves, et qui est relative à la teinte rougeâtre des mains et des bras chez les cuisinières et les blanchisseuses.

La scarlatine estune affection toujours sérieuse .* dans la majorité des cas, lorsquelle est régulière et sans complications, elle se termine après une durée d’une quinzaine de jours par la guérison ; mais fréquemment aussi elle se complique d’accidents nerveux, d’angine grave (gangréneuse dans certaines épidémies;; l’éruption se fait mal, elle disparaît brusquement ; la peau, au lieu d’avoir une teinte rouge franche, a une coloration livide, violette, ou elle est parsemée de points rouges qui ne sont autres que de petits épanchements de sang. Ces complications sont toujours dangereuses , souvent mortelles, et le malade succombe, tantôt par une suffocation rapide ou graduellement croissante, tantôt au milieu d’accidents nerveux.

Le praticien qui soigne un malade atteint de scarlatine simple et en apparence bénigne, ne doit pas jeter imprudemment l’alarme, pour la possibilité d’un daDgerqui, selon toute probabilité, ne se montrera point; mais tant que la maladie n’est point en-

tièrement terminée, il ne sauraitêtre exempt de toute inquiétude, etil devra mettre de la réserve dans son jugement; car celte affection estune des plus perfides : telle scarlatine s’annonce le plus innocemment du monde, qui soudain change de face et devient excessivement grave. Dans des cas heureusement exceptionnels, il est arrivé à un médecin même expérimenté de se retirer le soir, avec l’espérance fondée d’une cure prochaine, et de laisser dormant d’un sommeil paisible un malade qui ne se réveillait plus ( consanguineus lethisopor). Ce malheur est arrivé à un des plus célèbres et des plus consommés praticiens de toute l’Europe, à Pierre Franck, qui, dans cette triste circonstance, ne fut coupable que d’avoir trop justement espéré ; le fait est trop curieux pour ne pas le citer ici.

« Dans l’année 1820, raconte Joseph Franck , la dernière, hélas ! que je passai à Vienne avec mon père, il arriva qu’il fut appelé en consultation pour un jeune homme de dix-sept ans, fils d’un marchand grec , et atteint de scarlatine. C’était le cinquième jour de la maladie, et elle paraissait des plus bénignes: tout semblait promettre une heureuse issue. Aussi mon père, prescrivant seulement le régime convenable, s’efforça de rendre la sécurité à la famille qui était tiès-inquiète. Mais on lui répondit avec incrédulité: Prenez garde, Monsieur, de n’être point induit en erreur, car, il y a peu de jours, le jeune frère du malade s’est trouvé toutà-fait dans la même position , et néanmoins il a succombé tout-à-coup. Le médecin ordinaire confirma le fait. Là-dessus nouvel examen du malade, avec même résultat : la scarlatine parut être légère, et non-seulement sans le moindre danger, mais même sans le moindre symptôme douteux. Les médecins convinrent de revenir le lendemain ; ils revinrent , mais pour être témoins de l’agonie et de la mort du jeune homme. »

Il peut y avoir place à un certain reste d'inquiétude jusque dans la convalescence la plus franche apparemment. Qu’une imprudence soit commise, qu’un refroidissement, même léger, surprenne le corps à l’époque où tombent les écailles scarlatineuses, et une hydropisie très-grave pourra survenir. Que cette hydropisie , par une préférence fatale et qui ne saurait être prévue , se fasse daDS la gorge (sous la membrane muqueuse du larynx) ou au cerveau , et la mort pourra enlever en quelques heures un individu qui semblait complètement rétabli.

Par une compensation qui, malheureusement aussi, est fort rare, la scarlatine peut avoir des résultats favorables sur la santé de ceux qu’elle a atteints. Nous l’avons vue, par exemple, chez des enfants, couper brusquement des coqueluches ou des danses de Saint-Guy, dont la guérison tardait beaucoup.

La scarlatine est produite par un principe contagieux, dont l’essence est inconnue , mais dont les effets ne sauraient être contestés, quoiqu’ils aient été l'évoqués en doute par quelques auteurs. Du reste, elle est moins fréquente que les autres fièvres éruptives, la rougeole et la petite-vérole. Dans des familles nombreuses, nous avons vu, beaucoup plus souvent que pour la rougeole, un seul enfant être atteint, et les autres être épargnés, bien qu’on n’eût pris aucune précaution d’isolement. On a

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aussi calculé que la scarlatine ne sévissait que sur un dixième de la population ; mais nous ne savons sur quelles bases cette évaluation repose.

D’un autre côté, l’action du poison scarlatineux semble être assez rapide : nous avons vu des enfants être atteints après avoir été deux jours seulement exposés à la contagion. Cette incubation a cependant, dans la majorité des cas, de trois à sept jours de durée. A quelle période la contagion estelle le plus à craindre, et jusqu’à quelle époque la maladie est- elle susceptible de communication? C’est ce qu’on ne sait pas d’une manière positive ; toutefois, le fait suivant, que nous avons observé, prouve que la propriété contagieuse n’est pas toujours éteinte après plus d’un mois : dans une famille où il y avait quatre enfants, l’un d’eux fut pris de scarlatine , et dès l’instant même isolé des autres ; au bout de trois semaines il prit sept à huit bains, puis il retourna auprès de ses frères, et bientôt après ceux-ci furent atteints à leur tour. Le virus scarlatineux conserverait sa puhsance beaucoup plus longtemps et pourrait être transporté à d’assez grandes distances, si l’observation d’Hildenbrand était parfaitement authentique : « Un habit noir que j’avais en visitant une malade attaquée de scarlatine , raconte-t-il, et que je portai de Vienne en Podolie, sans l’avoir mis depuis plus d’un an et demi, me communiqua, dès que je fus arrivé , cette maladie contagieuse , et je la répandis ensuite dans cette province où elle était jusqu’alors presque inconnue.» N’est-il pas plus probable que, dans ce cas, la scarlatine s est développée spontanément ou par une autre voie qui a échappé à Hildenbrand?

La scarlatine se montre dans toutes les saisons ; la comparaison des épidémies prouve néanmoins qu’elle débute plus souvent au printemps ou en été, plus rarement en automne, et presque jamais en hiver; on l’observe d’ailleurs sous tous les climats, sous le ciel brûlant du Brésil , où elle est très-commune parmi les nègres, comme dans les plus froides contrées. J. Frauk l’a vu continuer à Wilna par un froid de 25 à 30 degrés centigrades. Ce dernier, qui a pratiqué la médecine en Russie , en Allemagne et en Italie, nie qu’elle soit plus grave dans les pays septentrionaux.

L’influence épidémique est celle qui est la plus puissante de toutes pour le développement de la scarlatine : le germe funeste croit plus ou moins longtemps en silence , et tout d’un coup il se montre et sévit avec fureur; et non-seulement cette cause inconnue fait , à un temps donné , pour ainsi dire lever un grand nombre de scarlatines, mais encore elle imprime à chacune de ces épidémies un cachet particulier. On sait que parmi ces épidémies , les unes sont remarquables par leur grande bénignité, et les autres par leur gravité extrême. Tantôt presque tous les malades guérissent; tantôt, au contraire , autant reçoivent l’atteinte, presque autant meurent, comme on l’a vu au printemps de 1 846, à Louviers, où souvent tous les enfants de la même famille, pauvres fleurs éphémères, étaient moissonnés dans le même jour.

Le sexe n’a aucun privilège en fait de scarlatine, et hommes et femmes y sont également exposés. Aucun âge non plus n’en est exempt : l’enfant nouveau-né est atteint sur le sein maternel et suce la mort à ces sources mêmes de la vie; l’adolescent et

l’homme mûr sont emportés, l’un au milieu de ses espérances , et l’autre de ses projets accomplis ; et le vieillard, qui s’avançait à pas lents vers la tombe, y est précipité !

A la mère, dont l’enfant traverse cette maladie dangereuse , le médecin peut offrir une consolation, c’est qu’il est de règle qu’une première atteinte de scarlatine préserve d’une seconde. Les exemples de récidive sont excessivement rares : William n’en a pas observé un seul sur deux mille malades ; et, dans cette loterie fatale, bien peu sont forcés de prendre deux billets, comme un médecin allemand, le docteur Heyfclder, qui eut la scarlatine une première fois à cinq ans , et une seconde fois à trente-deux .

Traitement. — Si la scarlatine était et devait rester simple, très-simple serait la médication, et le rôle de l’art servit uniquement de surveiller la nature sans chercher à entraver mal à propos sa marche tranquille. Des boissons adoucissantes ou rafraîchissantes, modérément chaudes ou à la température de la chambre, si la saison le permet; le repos au lit et une diète absolue, suffisent au commencement, avant l’éruption et à son début. Une chaleur médiocre de 16 a 18 degrés cent, doit être entretenue autour du malade, qu’on aura soin seulement de préserver des courants d’air. Si l’angine est légère , on se contentera de gargarismes avec une décoction mucilagineuse (eau de guimauve et lait), ou un peu astringente (sirop de mûres, alun, etc.), et, chez les jeunes enfants, d'injecter doucement ces mêmes liquides au fond de la gorge. Tant que l'affection suit régulièrement son cours, ces petits moyens, auxquels on ajoute, s’il y a lieu, quelques lavements, suffisent à la cure. Cette médication très-simple est la meilleure, et c’est le cas de répéter l'aphorisme : Quod potest fleri per pauca, non debet fieri per multa.

Mais il n’en est plus de même dans les scarlatines graves et quand surviennent des complications : si, par exemple, les amygdales et le pharynx se couvrent de plaques blanchâtres pseudo-membraneuses, il faut les cautériser immédiatement, une ou deux fois par jour, avec du jus de citron ou plutôt avec une forte solution de nitrate d’argent; si l’angine devenait gangréneuse, les gargarismes que nous avons indiqués devraient être remplacés par des gargarismes avec une décoction de quinquina ou avec du chlorure de soude étendu d’eau, et la cautérisation serait faite avec l’acide chlorhydrique pur ou mélangé d’eau par moitié.

Lorsque les symptômes inflammatoires prédominent, et que la chaleur du corps est excessive, une saignée moyenne peut quelquefois avoir de grands avantages. Dans la scarlatine maligne, avec délire, il est rarement utile, à moins d’une réaction générale très-vive , de tirer du sang, et l’on s’en tiendra aux bains sous-tièdes ou presque frais et aux révulsifs (sinapismes et vésicatoires) sur les extrémités inférieures . Dans ces sortes de cas aussi, nous nous sommes servi avec succès de lotions d’eau fraîche, ou d’affusions froides. On sait que c’est Currie, auteur d’importantes recherches thermométriques dans les fièvres, qui a le premier proposé et mis en usage ce mode de traitement ; il prêcha d’exemple, car il l’employa sur ses propres enfants atteints de scarlatine grave : chez eux, la température s’élevait

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jusqu’à 42° cent.; on leur fit un grand nombre d’affusions tièdes ou froides, et l’aîné, âgé de cinq ans, en eut pour sa part q' atorze en trente-deux heures ; tous deux guérirent rapidement. La même méthode lui aurait réussi d’une façon merveilleuse sur 150 malades qu’il eut à soigner à Liverpool, de 1801 à 1804. Quoi qu’il en soit, il faut réserver, nous le répétons, cette médication énergique pour les cas très-graves, dans les épidémies meurtrières, et surtout chez les sujets où la fièvre, la sécheresse de I la peau et la chaleur générale sont considérables. ' Parfois, dès le début de l’éruption, il existe une faiblesse excessive ; l'efflorescence est pâle ou violacée, le pouls est à peine sensible , les nausées ou

les moyens les plus convenables. C’est dans les mêmes circonstances qu’on a vanté à bon droit l’administration du carbonate d’ammoniaque, continué tant que dure le danger.

Si l'impression d’un air froid avait fait diparaître l’éruption, un bain chaud, des sinapismes couvrant une grande étendue du corps, la flagellation avec des orties, en favoriseraient le retour. Si cetledispn rition prématurée tenait au développement de quelque inflammation, il faudrait, avant tout, traiter cette complication aussi énergiquement que dans les cas ordinaires, à moins de contre-indication dans la faiblesse générale du malade.

Quand la scarlatine a cessé naturellement, dans la convalescence franche, des frictions douces à la peau, et principalement les bains tièdes, aidés d’un régime simple, constituent la seule médication à mettre en usage; quelquefois un léger laxatif convient. C’est pendant cette période qu’il faut surtout prémunir les malades contre l’impression du froid et de l’humidité : les hydropisies dont nous avons parlé ne surviennent guère, sous l’influence de cette cause, avant deux ou trois semaines, passé l’éruption ; aussi , en hiver, quand la saison est froide et pluvieuse, ce ne sera pas être trop sévère que de permettre la sortie du convalescent au bout de six semaines seulement; dans les pays tempérés, et pendant les chaleurs de l’été , une rigueur pareille serait excessive; néanmoins, pour se mettre à l’abri de tout accident et de tout reproche , nous ne pensons pas qu’on doive fixer cette réclusion à moins de trois semaines , et encore l’heure de la première sortie devra-t-elle être choisie, et les précautions les plus minutieuses devront-elles être prescrites pour cette première épreuve. Que si, malgré tous ces soins, ou avant qu’on ait eu occasion de les ordonner, l’hydropisie venait à se manifester , on la combattrait par le traitement ordinaire (V. Anasarque , Hijdropisié), et principalement par les bains de vapeur.

Que dire maintenant des différents moyens proposés, surtout dans certaines épidémies meurtrières, pour préserver de la scarlatine les individus qui n’en avaient pas encore été atteints? Doit-on, comme on le faisait jadis pour la petite- vérole , inoculer la maladie, dans l’espoir que cette scarlatine, pour ainsi dire artificielle, aura plus de bénignité? Les expériences qui ont été faites à cet égard, ou n’ont pas réussi, ou ne nous semblent pas concluantes.il nous parait plus sûr, au lieu de prendre ainsi le

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