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de boucherie et gibier, et en viandes blanches et viandes brunes. Les viandes de boucherie comprennent les viandes blanches, celles du veau, de l’agneau, du chevreau et les viandes brunes celles du bœuf et du mouton. Le gibier forme les viandes noires.
Chez le veau , comme chez tous les jeunes animaux, la gélatine est très-abondante, et la fibrine a’a point encore sa consistance nor male : aussi la chair offre t elle un aspect blanc et est-elle un peu mollasse; elle est de très- facile digestion, et toutà-fait appropriée aux estomacs fatigués ou peu énergiques. Sous ce rapport elle rend de grands services aux convalescents ; son bouillon est à-Iafois nourrissant , léger et rafraîchissant.
Le bœuf est l’animal dont la chair est le plus communément employée chez nous; elle est trèsnourrissante et d’une digestion facile pour tout estomac placé dans les conditions normales. Son bouillon est très-nourrissant, un peu excitant, et ne convient pas d'emblée aux convalescents; rôtie elle forme un des aliments les plus sains et les plus substantiels que l’on puisse choisir; bouillie elle se digère plus facilement, mais elle est moins nourrissante.
Le mouton est plus excitant, et au moins aussi nourrissant que le bœuf; il se rapproche du gibier : aussi est- il pour beaucoup de personnes plus difficile à digérer. Nous devons dire, cependant, que, pour beaucoup de personnes affectées de langueur d’estomac et d'affections névralgiques de cet organe, les viandes brunes rôties se digèrent quelquefois plus facilement que les viandes blanches. Dans les convalescences lorsque l’estomac commence à supporter les viandes brunes, on doit les donner, car elles sont très-promptement réparatrices. L 'agneau moins riche en principes nutritifs est aussi moins fatigant pour l’estomac ; mais il constitue une viande blanche et il est bien moins nourrissant que le mouton. On fait une trèsgrande consommation de moutons dans les pays méridionaux,
Un mot sur le mode de préparation de ces différentes viandes. Bouillies, elles ont perdu en grande partie leurs sucs nutritifs, ainsi que l’a judicieusement fait observer un gourmand célèbre , Brillat- Savarin. C’est alors dans le bouillon que résident les éléments réparateurs. Cependant quand l’ébullition n’a pas été trop longtemps prolongée , la chair est encore bonne à manger, nutritive, et fournit un chyle de bonne qualité.
Rôtie ou grillée, elle conserve' tous ses principes; mais il faut que sous le couteau elle offre une teine rouge ou rosée: elle est alors éminemment réparatrice. Que de personnes dont l’estomac affecté de névralgie méconnue avaient été débilitées par les antiphlogistiques, ont vu leurs forces se rétablir et la maladie disparaître comme par enchantement sous l’inlluence de la viande rôtie. Quant aux ragoûts , comme ils sont aujourd’hui moins fortement épicés qu’ils ne l’étaient autrefois, ils sont moins irritants et moins nuisibles. 11 ne faudrait cependant pas en faire sa nourriture habituelle.
En général les viandes blanches exigent un degré de cuisson beaucoup plus considérable que les viandes brunes.
La chair des animaux sauvages est en général très-brune ; il y a cependant des exceptions : ainsi le lapin a des muscles blancs; aussi est-il moins stimulant, plus léger que le lièvre, par exemple, dont la chair offre tout les caractères de celle du gibier. Le cerf, le chevreuil, etc., sont trèsnourrissants ; mais ils ne sauraient former la base de l’alimentation : l’estomac en serait bientôt fa-r tigué ; ces viandes bien que fortement réparatrices, sont trop excitantes pour qu’on en fasse un usage habituel.
Ôn peut placer à part la charcuterie. C’est qu’en effet la viande de porc offre un caractère particulier; la graisse est presque toute rejetée à l’extérieur de l’animal, sous la peau, ou se concentre dans certaines parties et les musclesontune consistance ferme et serrée. La digestion en est assez pénible : aussi serait-il mauvais d’en faire sa nourriture habituelle. Une chose digne de remarque, c’est que les grands législateurs religieux de l’Orient, Moïse et Mahomet, ont formellement proscrit dans leurs codes l’usage du porc; il paraît en effet peif convenable aux peuples des pays méridionaux.
Les oiseaux offrent aussi deux classes : les oiseaux domestiques parmi lesquels se rangent, le^ poules, l’oie, le canard, le coq-d’inde. Et les oiseaux sauvages, tels que les cailles, les perdrix, les faisans, les bécasses etc.
Les premiers, d’un usage plus ordinaire, sont aussi d’une plus facile digestion, les poules et les dindes particulièrement. Les seconds comme tout gibier, ont une chairplus brune et plus stimulante. Nous ne répélerons pas ici ce que nous avons dit plus haut sur les jeunes animaux et sur les qualités de leur viandes : il est évident que ces réflexions s’appliquent aux oiseaux comme aux mammifères.
Nous n’avons rien à ajouter ici à ce que nous avons déjà dit pour les poissons. (V. ce mot.) *
Parmi les autres classes, il est quelques animaux dont l’homme se nourrit accidentellement. Dans les reptiles’, nous citerons la tortue, qui donne un aliment très -substantiel , mais dont la digestion n’est pas toujours facile à cause de la graisse : la grenouille est un manger très-délicat, éminemment approprié aux estomacs débiles ou surexcités; on en fait un bouillon plus léger encore que celui du poulet. Les crustacés nous fournissent le homard, viande sucrée, compacte, dont beaucoup de personnes sont très-friandes et qui ne passe pas toujours très-bien ; l'écrevisse et la crevette sont beaucoup moins lourdes; on fait avec la première un bouillon excellent.
Nous ne parlerons pas ici des huîtres, moules, etc. : il en a été question au mot Mollusque.
J. P. Beaude.
17ISHAT303J ( physiq.)s.i.vibratio, d e vibrare, balancer. On appelle ainsi le mouvement alternalif des molécules d'un corps. De la vibration des corps, quand le nombre en dépasse quinze par seconde, résulte le son ; passé un certain nombre, que Savarta fixé à 48,000, les vibrations ne sont plus perceptibles pour l’oreille. — Les vibrations jouent aujourd’hui un grand rôle dans le physique, on leur attribue la production de la lumière et de la chaleur. (V. Lumière.) — On dit du
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pouls qu’il est vibrant, lorsque l’artère frappe le doigt avec force comme le ferait une corde d’instrumenten vibration. J. B.
vichy (Eaux minérales de) [thérap.) . Vichy est une petite ville du département de l’Ailier, située à 16 lieues de Moulins, 8 de Ganat, 1 de Cusset, et 86 de Paris. On la dit très ancienne, et l’on croit que son nom vient de Viens culidus. Des médailles trouvées dans des fouilles, des restes de poteries et de constructions romaines, attestent que Vichy a été un lieu fréquenté par les baigneurs pendant la période gallo-romaine, et que ses sources thermales, ainsi que les plus importantes que contenait la Gaule, ont été utilisées par le peuple conquérant, qui répandit sur presque tout le monde connu alors ses mœurs et ses usages.
Situé sur la rive droite de l’Ailier, Vichy paraît avoir eu, aux xve et xvie siècles, plus d’importance comme ville qu’il n’en a aujourd’hui. Ses sources n’ont jamais cessé d’être fréquentées. La situation de Vichy est agréable. La ville est placée dans un petit bassin entouré de hauteurs. Les environs sont pittoresques, et présentent plusieurs lieux que leur réputation ont faits des buts de promenade. L’établissement a été reconstruit : commencé en 1784, il n’a été terminé que depuis près de vingt ans; il est spacieux et bien aménagé ; il renferme soixante-douze cabinets de bains et quatre douches, et il est alimenté par la source du grand bain, qui produit 180,000 litres d’eau en vingtquatre heures. L’établissement de l’hôpital contient douze cabinets de bains et trois douches : il est alimenté par la source de l’hôpital, qui produit 50,000 litres en vingt-quatre heures. Sept sources existent à Vichy, et donnent une quantité d’eau assez considérable pour satisfaire à l’aftluence considérable de baigneurs qui chaque année viennent à l'établissement.
Des expériences faites dans ces derniers temps par MM. Brosson, anciens fermiers de Vichy, prouvent que l’on pourrait augmenter encore la quantité de ces eaux si l’on en éprouvait le besoin; car, en faisant pratiquer un trou de sonde dans une propriété qu’ils possédaient près de l’établissement des bains, ils ont obtenu un jet ascensionnel d’eau alcaline gazeuse, d’une température in férieure à celle de l’eau des sources maintenant utilisées. L’opinion de F. Brosson , qui fut un homme distingué par ses connaissances scientifiques, est que tout le bassin de Vichy présente à une certaine profondeur une nappe formée par l’eau thermale qui alimente les bains. L’analyse chimique de l’eau de la source forée par MM. Brosson a donné des résultats semblables à ceux obtenus sur lés sources de l’établissement : on y a trouvé les mêmes principes, avec des variations analogues à celles que présentent ces sources entre elles. Cependant elle ne fut point utilisée, et un ordre de l’administration supérieure enjoignit de la fermer, se fondant sur le préjudice qu’elle causait à l’une des sources de l’établissement, dontelle diminuait, disait-cn, la quantité.
Les eaux de Vichy sont, ainsi que nous l’avons dit, thermales et alcalines gazeuses; elles sont claires, limpides, onctueuses, d’une saveur un peu lexivielle. Le gaz acide carbonique qu’elles con-
tiennent est abondant, très-pur, et il vient crever en bulles à la surface des sources. La température varié environ de 44° à 19° centig. La quantité d’eau fournie par les sources est, suivant M. Lonchamps , de 260,000 litres en vingt- quatre heures.
Les sources de Vichy sont au nombre de sept, dont voici les noms : — Le Grand Puits carré ou Bassin des bains : sa température est 44°, 88; elle fournit, ainsi que nous l’avons déjà dit, l’eau des bains et des douches de l’établissement. — Le Puits Chomel ou Petit Puits carré : il est placé près de la source de la Grande Grille ; sa température est de 39°, 26 ; la quantité d’eau qu’il fournit est peu considérable, 2,000 litres; on ne l’emploie qu’en boisson. — La Grande Grille, ainsi nommée parce qu’elle est entourée d’une grille de fer : elle dégage une grande quantité de gaz acide carbonique; sa température est de 39°,18; elle fournit 17,000 litres d’eau en vingt-quatre heures; on l’emploie en boisson. — La Fontaine des Acacias ou Petit Boulet : elle est peu éloignée de la Grande Grille, et située sur la route de Cusset; elle est formée par deux bassins de forme ronde, qui reçoivent les eaux ; leur température est de 27°, 75. Source Lucas, voisine de la précédente; sa température est de 29°, 75. L’eau de ces deux sources est utilisée en boisson : elles ont un goût sulfureux assez marqué que ne présentent point les autres. — La source de l’Hôpital ou Gros Boulet est située sur la place Rosalie, en avant de l’hôpital : les eaux sont reçues dans un vaste bassin circulaire ; le dégagement de gaz est considérable, et une matière verte animalisée est constamment rejetée sur les bords de ce bassin; la température de l’eau est de 35", 25 ; elle est prise en boisson, et sert à alimenter, ainsi que nous l’avons déjà dit, les bains et les douches del’hôpital . — La Fontaine des Célestinp est située à l’extrémité opposée de la ville, à celle qu’occupe l’établissement, dans un petit pavillon placé au bas d’un roc : cette source dépendait autrefois du couvent dont elle a conservé le nom ; sa température est de 19°, 75. Elle est très- fréquentée par les buveurs, tant à cause de la plus grande quantité de bicarbonate de soude qu’elle contient, qu’à cause de sa température presque froide et du goût aigrelet et agréable que présentent ses eaux.
Les eaux des diverses sources de Vichy ont diminué de température, disent quelques auteurs; ils se fondent sur les observations de Lasserre, et sur celles dé Desbrets, qui les étudia en 1 777, vingtsept ans après, et qui les trouva moins chaudes que Lasserre. On prétend que depuis cette dernière époque leur chaleur a encore diminué : il serait important de faire des expériences positives à ce sujet. Depuis plus de vingt ans que M. Lonchamps a relevé d’une manière exacte la température des diverses sources, il est facile de voir si elles ont varié, ou bien si les différences indiquées par les anciens auteurs ne tiennent pas à l’imperfection des instruments qu’ils ont employés.
Ces eaux ont été analysées plusieurs fois par Raulin, Desbrets, Geoffroy, Berthier et Puvis, et enfin, plus récemment, par M. Lonchamps. Voici les analyses de ce dernier pour les principales sources, la quantité étant d’un litre d’eau :
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Substances
contenues dans les eaux.
Acide carbonique. . . .
Carbonate de soude . .
— de chaui . .
— de magnésie Chlorure de sodium . .
Sulfate de soude . . . .
Oiide de fer
Silice . . . .
Totaux. . .
Grande
grille.
Grand
bassin.
j Hôpital
Céles-
tins.
l'trps.
li’lres.
limes.
lill'-es
£rrnm.
trram .
gram.
srrm ,
Outre ces substances , les eaux de Vichy contiennent une malière végéto animale qui leur donne leur onctuosité; cette matière, qui est trèsabondante dans la source de l'hôpital qu’elle recouvre d’une écume verdâtre, a paru à Vauquelin présenter de l’analogie, quant à sa composition, avec l’albumine; il y a trouvé aussi des acétates de potasse et de chaux que M. Soubeiran croit formés par la décomposition de cette matière animalisée qui laisse écouler un liquide qui paraît rouge, vu par réflexion, et vert par tran mission. Par la calcination, cette matière a donné à Vauquelin un résidu formé de carbonate de chaux , d’alumine et d’oxide de fer.
M. Soubeiran, que nous avons déjà cité, dit que les eaux de Vichy, qui se conservent bien et se transportent facilement, sont loin d’avoir, dans ces cas, les caractères qu’elles présentent à la source; on n’y retrouve,dit-il, ni la température, ni le goût bitumineux qui ont sans doute l une et l’autre une grande influence tant sur les propriétés de l’eau que sui» la possibilité qu’ont les malades d’en supporter de grandes quantités. Berzelius , par l’analogie de ces eaux avec celles de Carlsbad , croit qu’elles doivent contenir du chlorure de calcium, du phosphate de chaux et du carbonate de strontiane. M. O. Henry, qui a fait l’analyse do l’eau de la source forée par MM. Brossonen 1823, a trouvé qu’elles contenaient outre les substances indiquées par M. Lonrhamps, du bicarbonate de lithine de strontiane, '■de fer, de manganèse, du chlorure de potassium et du silicate de soude et d aluminium; plus des traces de bromures, d iodures et de phosphate. L’eau de la source delà Grande Grille, dont il fit aussi l’analyse par ordre du gouvernement, lui a présenté, ou tre les substances qui avaient été trouvées par M. Lonchamps, toutes les substances nouvelles qu’il avait reconnues dans l’eau de la source de MM Bresson. Ces derniers trouvèrent également dans une petite commune des environs de Vichv, à Vesse , par suite d’un sondage, une source semblable à celles de Vichy. L’analyse fite par M. O. Henry, établit l’identité des principes de cette source avec ceux des sources des environs.
Propriétés médicales.— Les eaux de Vichy sont employées spécialement dans les engorgements chroniques des organes abdominaux, dans les maladies de la vessie, dans les affections calculeuses, dans la goutte et les rhumatismes. Les anciens médecins disaient ces eaux fondantes et apéritives. Lassone.qui avait été à Vichy en 1750 et qui avait fait sur ces eaux de nombreuses observations, qu il
publia dans un Mémoire spécial , dit quYllegj réussissent dans les engorgements lymphatique? et abdominaux, pourvu qu’ils ne soient pas eje nature squirrheuse. Les eaux de la fontaine, ou, comme il dit, du rocher des Célestins, sont salutaires dans les maladies des reins et la, grave] jq, et a il vu pendant son séjour un malade rendrp une pierre grosse comme une olive. C’est sur.tout dans les affections calculeuses et dans la goutte que l’eau de Vichy a été le plus préconisée dans ces derniers temps ; son action , dans ces cas, tient à la présence du bicarbonate alcalin, qui existe en proportion notable dans l’eau de chacune des sources. Une polémique assez vive a été soulevée à cette occasion entre M. Charles Petit , médecin , inspecteur adjoint de Vi< hy, et M. Leroy d’Étioles. Ce dernier prétendait que, loin do dissoudre les calculs de la vessie, Peau de Vichy, dans beaucoup des cas, pouvait au contraire favoriser leur accroissement. Il citait, pour appuyer cette opinion, des cas dans lesquels il avait constaté, dans des calculs, la présence dû carbonate de chaux et de l’urate de soude, dont il attribuait la formation à l’action des eaux de Vichy Cependant il convenait que, quelquefois et lorsque les calculs ne sont pas volumineux , le? eaux alcalines peuvent être très-utiles, et il disajt en avoir lui-même prescrit l’emploi à des malades, surtout dans les cas de gravelle et de calculs commençants. M. Petit répondit en citant ses expériences faites à la source de la Grande Grille, sur l’eau minérale directement, et les observations recueillies sur des malades.
Les deux opinions , prises d’une manière absolue , ne sont ni l’une ni l’autre dans la vérité. Il est incontestable que les eaux de Vichy, comrpe toutes les eaux fortement alcalines, même prises loin delà source, peuvent, en rendant les urines alcalines, empêcher la formation de 1^ gravelle rouge surtout(V. Gravelle), qui est formée par de l’acide urique presque pur. Elles peuvent diminuer et favoriser l’expulsion des petits calcul?, surtout de ceux qui sont formés d’acide urique et de phosphate ammoniaco-magnésien; elles pcuvrnt également favoriser la disgrégation des autres en attaquant et dissolvant le mucus qui unit les diverses couches, ou ' quelquefois les granulations dont sont formés les calculs. Ainsi toutes les fois qu’un calcul n’est pas très-volumineux, qu’il ne donne pas lieu à des accidents qui annoncent l’inflammation des membranes de la vessie et un commencement d’altération dans leur texture, on peut essayer l’emploi des eaux alcalines à hautes doses lorsqu’on est à la source, etM. Petit les a ordonnées jusqu’à six et sept litres en vinqt-quafrp heures. Loin de la source , il serait imprudent d’essayer leur usage à une dose aussi élevée, car, ai: si que nous l’avons déjà dit, elles se digèrent avec moins de facilité.
D’ Arcet, et notre savant collaborateur M. Cheva,licr ont, chacun de leur côté, expérimenté l’actrp des eaux de Vichy sur l'économie animale. Ils ont constaté que l’alcalinité de l’urine se manifeste, soit que l'on prenne l’eau eu boisson, soit que l’on prenne des bains; lorsque l’on joint ces deux moyens, l’alcalinité est plus marquée et persiste plus longtemps. Deux verres d’eau de Vichy pris
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à. jeun, après le bain, suffisent, dit d’Arcet, pour rendre l’urine alcsdine, et elle ne redevient acide que ^ heures après. Lorsque l’on en prend une plus grande quantité, cinq verres par exemple, l’urine reste alcaline plus de 2i heures. La soude, qui est à l’état de bicarbonate dans l’eau, se retrouve seulement à l’état de carbonate simple dans l’urine; elle a perdu son excès d’acide carbonique, et cette modification favorise son action. La sueur devient également alcaline par l’action deces eaux minérales, mais d’une manière moins prompte que l’urine.
L’alcalinité de toutes les humeurs a été constatée par le fait de l’usage suivi des eaux de Vichy ; ainsi, tant que dure le traitement par les eaux, le malade se trouve dans de nouvelles conditions dont il est impossible de nier l’influence; de là les effets nombreux et si marqués qui ont suivi leur usage. La goutte (v. ce mot), cette affection si rebelle et. si douloureuse, a été puissament modifiée; on le comprend, lorsqu’on sait que les concrétions tophacées qui se déposent dans les articulations à la suite de cette maladie, sont formées par l’urate de soude, de potasse et de chaux. La soude, en se combinant à l’acide, se convertit en un sel soluble qui estexpulsé parles sécrétions; alors cessent de se former ces concrétions des petites articulations qui sont si douloureuses et qui paralysent leurs mouvements.
Ainsi que pour toutes les eaux minérales, l’action des eaux de Vichy se prolonge au-delà du temps pendant lequel on en fait usage, et c’est souvent deux ou (rois mois après avoir cessé le traitement, que l’on en constate le plus les bons effets, par la modification importante que leur action continue à porter dans l’économie animale.
Nous n’entrerons pas dans des détails plus étendus sur l’action des eaux de Vichy; nous pourrions indiquer ici les cas dans lesquels ces eaux si actives et si salutaires ont été employées contre les tumeurs abdominales, les engorgements de la rate à la suite des fièvres intermittentes, les engorgements chroniques de l’utérus, les tumeurs des ovaires, la chlorose, l’aménorrhée, les gastralgies, quelques maladies de la peau; propriété qu’elles partagent avec un grand nombre d’autres eaux.
Elles sont contre-indiquées toutes' les fois qu’il existe encore des symptômes d’acuité dans l’inflammation, ou des disposi lions à des congestions ou des excitations cérébrales; dans ces cas elles pourraient réveiller le molimen inflammatoire et donner lieu à des accidents graves. Il en est de même des affections du cœur et des gros vaisseaux. On comprend qu’en activant la circulation et en augmentant l’excitation générale, leseauxde Vichy, ainsi que toutes les eauxthermales, ne pourraient avoir dans ces cas que des résultats fâcheux.
La saison des eaux commence le 15 mai et finit le 15 septembre. Les médecins inspecteurs actuels de l’établissement sont M. Prunelle et M. Petit, adjoint. J. P. Beaude.
viole- comte ( Eaux minérales de) ( thérap .) C’est un bourg à 3 lieues d’issoire, département du Puy-de-Dôme, qui possèdedes eaux minérales acidulés, fournies par deux fontaines désignées sous les noms de Fontaine Sainte-Marguerite et de Fontaine du Tambour. Cette eau, d’après une analyse
faite par Duclos dans le siècle dernier parait contenir du carbonate de chaux et de fer, plus une forte proportion d’acide carbonique qui tient ees substances en dissolution. Ces eaux sont très-em* ployées par les habitants du voisinage. Elles sont fréquentées depuis le mois de juin jusqu’au mois de septembre. J. B.
vic-sür-cère (Eaux minérales de ; ( thérap.). Vic-sur-Cère, ou Vie en Carladès, est un chef-lien de canton de l’arrondissement d’Aurillac, département du Cantal, qui est traversé par la route deSt-Flour à Aurillac. La situation de ce bourg qui renferme 1,900 habitants, estdes plus agréables-; il y existe des sources minérales qui paraissent avoir été cbnnues des Romains, d’après les médailles des empereurs trouvées dans les fouilles. L’eau est froide, gazeuse, acidulé et ferrugineuse. Les sources sont au nombre de quatre et sont reçues dans des bassins en pierre, situés sous une voûte qui sert de promenade aux buveurs. Cette eau est limpide, fortement acidulé ; sa température est de 12°; on dit qu’elle exhale une odeur de chlore, lorsque les bassins ne contiennent qu’une petite quantité d’eau. D’Arect a reconnu que l’eau de Vie contient beaucoup d’acide carbonique libre, de bicarbonate de chaux, de fer, et de l’hydrochlorate de chaux ; M Beauchamps dit qu’elle contient aussi du sulfate de soude et de magnésie.
Ces eaux qui ne se prennent qu’en boissons sont excitantes et toniques ainsi que toutes les eaux acidulés ferrugineuses; elles excitent l’appétit, favorisent la digestion, et servent de boissons habituelles aux habitants du voisinage; on les boit comme nous faisons usage de l’eau de seltz. On les emploie médicalement dans les gastralgies* les fièvres intermittentes chroniques , l’aménorrhée , les fleurs blanches , le catarrhe vésical: on boit ces eaux pendant dix jours. Ceette source a été fréquentées en 18i5 par environ six cents malades. Il y a un médecin inspecteur. J. B.
vidanges ( hyg. pub. ). (V. Vidangeurs.)
vibasîGEUrs (Maladie des), ( me'd . et hyg.). Nous traiterons dans cet article de tout ce qui est relatif aux vidanges, aux fosses d’aisances et à la désinfection des matières fécales. Les hommes qui se livrent à la vidange des fosses d’aisances, au curage des égouts, des puits et des puisards, sont souvent exposés à de redoutables accidents. Les plus graves sont les asphyxies, qui peuvent être produites par la nature des gaz qui se dégagent des matières organiques en décomposition dans ces cloaques Les gaz qui déterminent l’asphyxie avaient été désignés autrefois sous le nom de plomb, comme on désigne dans les mines les gaz asphyxiants sous le nom de grisou ; l’acide sulfhydrique [hydrogène sulfuré) , et le sulfhydrate d’ammoniaque sont les gaz qui produisent le plus souvent ces accidents, et le nom de plomb leur a été donné sans doute à cause des traces noirâtres et de couleur plombée qu’ils laissent sur la plupart des métaux et sur les peintures faites avec des sels métalliques. Dans les puisards où les matières en décomposition sont le plus souvent de nature végétale, les gaz produits sont l’hydrogène car-
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boné. quelquefois l’acide carbonique et l’azote. Aux mots Asphyxie, Méphitisme et Mines, nous avons parlé des accidents produits par ces gaz et des moyens d’y remédier.
Les maladies qui peuvent affecter les ouvriers vidangeurs sont, comme on le voit, communes aux ouvriers égoutiers, puisatiers, quelquefois aux maçons, enfin à tous ceux qui travaillent dans des cloaques où sont des matières organiques en décomposition. Pour se faire une idée de la nature des causes en action et de la façon dont elles peuvent agir, il est nécessaire d’indiquer la manière dont se faisait autrefois la vidange des fosses dans Paris, procédé qui est encore usité dans plusieurs villes. Plus loin, nous indiquons les moyens que l’on a employés pour assainir et perfectionner la vidange des fosses, ainsi que les moyen de désinfection mis aujourd’hui en usage.
Dans nos habitations, les latrines communiquent par des tuyaux de descente, qui ordinairement sont en fonte, avec une ou plusieurs fosses voûtées, construites en matériaux imperméables, et qui ainsi forment des citernes étanches et complètement fermées; à la partie supérieure de la voûte, est pratiquée une ouverture carrée, sur laquelle est scellée une dalle de pierre: c’est par là que se fait la vidange delà fosse lorsqu’elle est pleine.
Les fosses bien construites sont ordinairementen contre bas du sol des caves, de façon que, s’il se fait des infiltrations, elles ne puissent se répandre dans les caves et les infecter. A Paris, l’administration de la préfecture de police impose aux propriétaires des maisons des conditions de construction et d’entretien des fosses, qui déterminent la manière dont elles doivent être construites, le lieu qu’elles doivent occuper et la nature des matériaux à employer. Touîes les maisons nouvellement édifiées ont des fosses conformes aux prescriptions administratives; toutes les fosses mal construites doivent être rebâties selon les mêmes prescriptions. A cet effet un architecte de la Préfecture visite, après la vidange opérée, toutes les fosses de Paris, et il n’est permis de sceller la pierre qui doit clore la fosse qu’après cette visite, et sur l’autorisation qui en est donnée.
Lorsqu’une fosse est pleine on procède à sa vidange. Voici l’ancienne méthode : on lèse la pierre qui clôt la fosse, et pendant quelque temps en laisse les gaz se dégager; cette opération doit se faire avec précaution, si l’on en ouvre une ancienne et qui n’a pas été vidée depuis très -longtemps. Lorsque l’on suppose que l’on a jeté dans la fosse des matières susceptibles de produire des gaz délétères ou de favoriser leur développement, on prend des précautions; un brasier allumé est, dans ce cas, placé près de la fosse, de façon à biûler les gaz qui s’enflamment en sortant, et qui détonnent quelquefois avec force; on introduit ensuite le brasier dans la fosse, puis on crève une couche solide qui s’est formée à la partie supérieure des matières qui ont subi une fermentation; cette croûte se nomme le chapeau, le brasier brûle les gaz qui doivent se dégager. Cette dernière opération est souvent la plus dangereuse.
L’ouverture de la fosse n’ayant présenté aucun des accidents que nous venons de signaler, ou bien la fosse ayant été purifiée, ce que l’on juge par
la facilité avec laquelle la combustion s’entretient à la surface des matières ( pour cela on jette des papiers enflammés, l’on descend un brasier, ou une chandelle allumée), on procède à l’extraction des matières liquides, que l'on nomme vanne ou eaux vannes, ce que l’on fait au moyen d’un seau fixé à une cordequi passe sur une poulie. Les matières liquides extraites, on enlève les matières solides que l’on nomme heurte, boulceou botelé: ce dernier nom a été donné sans doute à cause des bottes que porte l’ouvrier qui fait ce travail ; pour cela un liommedescenddansla fosse, et charge les matières dans le seau. Quelquefois, lorsque les fosses ne sont pas imperméables et qu’elles laissent échapper la matière liquide, ce qui se rencontre encore quelquefois dans les anciennes constructions, il reste au fond de la fosse une matière durcie que l’onest obligé d’enlever avec des instruments tels que la bêche ou la pioche, c’estce que l’on nomme le grattin. Les matières extraites sont renfermées dans des vases de bois cerclés de fer, cylindriques, plus larges à leur base qu’à leur partie supérieure: c’est ce que l’on nomme les tinettes ; elles sont fermées par uncouvercle en bois, et scellées avecdu plâtre, puis portées dans un lieu de décharge qui, à Paris, est la voirie de Montfaucon.
Parmi les accidents qui peuvent résulter de ces opérations, le plus redoutable est certainement l’asphyxie; elle était autrefois même assez commune, et il ne se passait pas d’années sans que l’on eût, à Paris, à déplorer la perte de plusieurs des malheureux ouvriers qui se dévouaient à ce pénible métier. Souvent le dégagement du gaz délétère n’avait pas lieu au moment de l’ouverture de la fosse ni lorsque l’on crevait la couche solide formée au-dessus des matières. 11 se manifestait pendant le travail, et surtout lorsqu’un ouvrier descendait dans la fosse pour en extraire les matières à demi solides dont nous avons parlé. Les secours à donner dans ces cas, sont ceux que notre savant collaborateur Marc a indiqués au mot Asphyxie.
Les précautions préventives consistent, lorsqu’on a des soupçons, à attacher l’ouvrier à un cordage au moyen d’une ceinture munie d’un anneau à sa partie postérieure, de façon à le remonter facilement s’il éprouve un accident ; cette précaution se nomme un brûlage, et nous devons dire que les ouvriers s’y refusent ordinairement par un faux sentiment de courage, trouvant quelque vanité à braver le danger. Des crochets doivent être disposés pour enlever, par leur vêtements, les hommes asphyxiés , qui ne seraient pas pourvus du bridage, car il y a le plus grand danger de pénétrer dans la fosse; souvent on a vu jusqu’à cinq et six ouvriers succomber successivement, en voulant porter secours à l’un deux, qui venait d’être frappé par le gazdélétère. Les précautions, comme on le voit, ne sauraient être trop nombreuses, l’aérage de la fosse, la ventilation au moyen du brasier, sont les seuls moyens que l’on mettait autrefois en usage. Aujourd’hui on y a joint les moyens désinfectants, les neutralisants chimiques, qui agissent en se combinant avec les gaz délétères ou bien qui les décomposent.
Le premier moyen rationnel de désinfection a été employé par MM. Thénard et Dupuytren, il y a près
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4e quarante ans : c’est le chlore, alors désigné sous le nom d’acide muriatique oxigéné;les fumigations deGuyton-Morveau, avec le même corps, pour détruire les miasmes des prisons et des hôpitaux durent mettre sur la voie. Plus tard, en 1830, MM. Laurent et Filière avec M. Labarraque, employèrent le chlorure de chaux étendu d’eau, que l’on jeta dans la fosse. Dans ces deux procédés, le chlore se combine avec l’hydrogène qui fait la base du gaz délétère, et laisse en liberté les corps qu’il tient en combinaison, tels que le soufre et l’ammoniaque: par ce moyen on parvint à opérer la vi- -dange d’une fosse sans que même l’odeur se répandît à l’extérieur. L’emploi du chlorure de chaux est encore très-utile, employé dans les appartements des maisons où l’on vide les fosses, pour empêcher l’action de l’hydrogène sulfuré ■qui noircit les peintures, l’argenterie et les dorures; il suffit d’en délayer dans des assiettes que l’on remplit d’eau, et que l’on place, pendant la nuit, dans les diverses parties de l’appartement : 40 à 15 gram. par assiette sont une proportion suffisante. J’ai moi-même employé plusieurs fois -ce moyen, qui m’a toujours très- bien réussi; aucune odeur ne se faisait sentir; les portes et les fenêtres doivent être fermées avec soin.
Dans ces derniers temps on a employé d’autres -substances pour désinfecter les fosses : on a proposé le proto-sulfate et le pyrolignite de fer; ces substances dissoutes dans l’eau, quelquefois à l’état sec pour le proto-sulfate de fer, sont jetées dans les fosses au moinen t de la vidange, d’autres fois 24 heu res auparavant, afin que la combinaison puisse se faire plus complètement. Ces deux procédés ont l’avantage de détruire à la foisles émanations d’hydrogène sulfuré et d’ammoniaque, puisque l’oxide de forsecombineavecl’acide sulfhydrique, tandis que 1 ammoniaque se combine avec les acides devenus libres, qui formaient les sels de fer. Comme membre du conseil de salubrité, nous avons vu employer ces procédés qui ont donné des résultats satisfaisants.
On a employé aussi, pour désinfecter les fosses ■et les matières fécales récemment extraites, la poudre de charbon, le noir animal, la . tourbe carbonisée, les cendres de tourbes, la terre végétale calcinée au rouge; tous ces moyens réussissent assez bien. M. Siret, pharmacien à Meaux, a proposé il y a peu d'années une poudre formée avec le proto-sulfate de fer, le sulfate de zinc et ie charbon ; un kilogramme de celte poudre, délayé dans deuxkilog. d’eau, a suffi pour enlever l'odeur infecte que présentait une fosse, et un kilog. et demi, dont le prix est de 2 centimes, jeté chaque jour dans ces mêmes latrines, a empêché que l’infection se soit renouvelée. Le sulfate de fer etlepyro lignite de fer ont été employés aussi d’une manière suivie et périodique pour désinfecter les fosses; ces expériences ont été faites en grand, et aujourd’hui M. Coutoret, l’un des inventeurs, l’applique à un grand nombre de maisons.
M. Kraff, dans une fabrique de sels ammoniacaux, située près de Paris, employé le protoxide de fer hydraté comme moyen désinfectant. 11 décompose le proto-sulfate de fer par l’ammoniaque qu’il a séparé des eaux vannes au moyen de la chaux; il forme ainsi du sulfate d’ammoniaque,et le protoxide
de fer se précipite. Ce protoxide de fer est mêlé aux eaux vannes qui arrivent dans l’établissement, et il décompose l’acide sulfhydrique pour former du sulfure de fer. Ce sont ces eaux que l’on traite ensuite par la chaux pour en dégager, ainsi que nous venons de le dire, l’ammoniaque.
Cette possibilité de désinfecter les matières fécales immédiatement soit dans les fosses, soit à leur sortie, a fait proposer, par un grand nombre d’in dustriels, la suppression des voiries en désinfectant immédiatement, et convertissant en engrais, qui sont d’un prix assez élevé, les matières qui, par leur accumulation, sont aujourd’hui une cause d’infection pour les villes dans le voisinage desquelles elles sont situées : telle est la voirie de Montfaucon pour Paris. Plusieurs établissements préparent aujourd’hui hors Paris les engrais que nous venons d’indiquer; le fameux engrais Baronnet est préparé par ces procédés.
Indépendamment de ces moyens de désinfection on s’est occupé depuis un certain nombre d’années de perfectionner les modes de vidanges: ainsi celui que nous avons décrit n’est plus usité à Paris ; on ne l’emploie que dans les communes rurales, on dans quelque villes des départements. Aujourd’hui les eaux vannes s’enlèvent au moyen d’une pompe qui les conduit dans une large tonne pouvant contenir de deux à trois mètres cubes; des tuyaux munis d’ajustage à vis et en bronze font communiquer la tonne avec la fosse, et les ouvriers n’ont plus qu’à manœuvrer une pompe. Les gaz et l’air qui s’échappent de la tonne passent à travers un foyer de charbon incandescent qui brûle les gaz ; il n’y a plus de répandu dans l’air que les gaz qui s’échappent de la fosse et ceux qui se dégagent vers la fin de l’opération ; car une fois les matières liquides enlevées, il reste au fond de la fosse environ un cinquième de matières demi -solide ou en bouillie que l’on ne peut extraire qu’au moyen de seaux, et que l’on porte avec des hottes de bois dans les grandes tonnes. Cette partie de l’opération se nomme, ainsi que nous l’avons dit, le botelé; comme elle termine la vidange, elle n’a lieu qu’à une heure assez avancée de la nuit; mais tout le temps qu’elle dure les gaz se dégagent avec abondance et répandent une grande infection.
Nous avons vu expérimenter il y a deux ou trois ans, comme membre d’une commission du conseil de salubrité, un système qui consistait à opérer la vidange dans un bâti complètement fermé, C’était une machine formée par des augets en fer montés sur une double chaîne, comme les machines à draguer les rivières; deux hommes faisaient mou voir une manivelle extérieure qui imprimait un mouvement de rotation à la chaîne et faisait ainsi se déverser les augets dans une trémie terminée par un tuyau de cuir qui, au moyen d’une embouchure en bronze, se fixait sur l’ouverture des tonneaux , que l’on fermait aussitôt qu’ils étaient pleins. Le bâti en bois, couvert de toiles imperméables, disposé au-dessus de la foss*e-, enveloppait toutes les pièces de l’appareil, et ne laissait sortir que le tuyau de cuir. Les gaz qui pouvaient se dégager de la fosse devaient trouver des matières susceptibles de les décomposer. Les matières qui restaient dans la fosse, et dont la hauteur ne s’élevait qu’à un décimètre environ, étaient 87*
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désinfectées et extraites parles moyens ordinâirds. Ce procédé paraît assez satisfaisant, et les opérations auxquelles nous avons assisté, faites en plein jour, n’ont donné lieu à aucune mauvaise odeur pouvant incommoder.
Plus récemment encore, vers la fin de 1845, le conseil de salubrité a expérimenté à la maison royale de santé, rue du Faubourg-St-Denis, un nouveau système dit Vidange atmosphérique- M. Guérard, membre de la commission, a rendu compte de cette expérience dans le trente-cinquième volume des Annales d’hygiène, p. 77. Le procédé consiste à faire monterles matières des fosses d’aisances dans une tonne de fer dans laquelle on fait préalablement le vide. Des tuyaux en cuivre font communiquer cette tonne avec la fosse. Lorsque la fosse est convenablement disposée, il n’est pas nécessaire de l’ouvrir pour la vider; il suffit qu’un tuyau dont l’extrémité est garnie d’une espèce de pomme d’arrosoir percée de trous assez larges, plonge jusqu’au fond de la fosse; des ajustages de bronze réunissent ces tuyaux. La tonne est en forte tôle et a la forme d’une chaudière à vapeur; elle peut contenir deux mille litres; une pompe fixée à la partie supérieure de cette tonne fonctionne pendant l’opération pour extraire l’air des tuyaux et les gaz qui peuvent se dégager; ces gaz passent à travers un foyer incan descent qui les brûle. On opéra avec ce système en plein jour; les tonnes de vingt hectolitres étaient remplies en trois minutes, il ne fallut qu’une heure pour faire arriver dix voitures, les remplir et les faire sortir de l’établissement «Ainsi. ditM.Guérard, On enleva dans ce court intervalle vingt mètres cubes ou deux cents hectolitres de matière en plein jour, sans donner lieu au dégagement d’aucune mauvaise odeur » Le tube manométrique, appliqué sur les tonnes qui gardaient bien le vide, indiquait qu’il était fait à soixante-neuf et soixante-dix centimètres.
Ce n’est pas seulement sur le mode plus ou moins parfait de vidange que se sont portées les recherches; on a d’abord tâché d’améliorer et même de supprimer lesfossesd’aisances. En 1785, Goulet, architecte, dans une brochure in-8°de6>2 pages, intitulée Inconvénients des fosses d'aisances et thbyens de les supprimer, proposait de les remplacer par des fosses mobiles. 11 s’exprimait ainsi : « On a déjà I expérience que, pendant la durée de la vidange des fosses ou pendant leur reconstruction, on les remplace par un tonneau qu’on met sous la chute et que l’on renouvelle autant de fois qu’il en est besoin : à la vérité, ce moyen est très-désagréable; mais qu’au lieu d’un tonneau on établisse, sous la chute des sièges, un réservoir qui y soit joint hermétiquement et qu’il soit d’une matière impénétrable aux odeurs et invariable aux impressions de * la sécheresse et de l’humidité, qu’il soit assez grand ' pour y rester au moins quinze jours, et assez petit pour être transporté par deux hommes, que lorsqu’il sera plein il puisse être promptement et exactement bouché, qu’il puisse être déplacé facilement pour être remplacé par un autre pareil, et l’on reconnaîtra bientôt l’inutilité des fosses d’aisances. » Goulet proposeensuite en vase de cuivre étamé, pouvant contenir deux pieds cubes de matière ; terminé^ sa partie supérieure par une ouverture de trois pouces, s’ajustant avec un tuyau
de descente au moyen d’un mécanisme simple» qu’il indique et qui consiste à mouvoir le réservoir entre deux jumelles de bois, au moyen du plateau sous lequel est placée une vis qui sert à l’élever et à l’abaisser. Il est facile de voir dans cette description tout un système de fosses mobiles qui n’a été réalisé que quarante ans plus tard , et encore d’une manière moins satisfaisante que ne l’indique la description que nous venons de donner.
En 1786, Géraud, docteur-régent delà Faculté de médecine de Paris , proposait un système de fosses mobiles analogues à celles indiquées par Goulet; seulement il se contentait d'un tonneau, d’une tinette, ou toute autre capacité en métal ou en bois. Mérat, qui cite le passage de l’ouvrage de Géraud, intitulé Essais sur la suppression des fosses d’aisances (in-12. Paris 1786;, paraît avoir ignoré la brochure dont nous avons parlé, car il attribue à ce dernier une invention que d’autres, dit-il, sont depuis appropriée sans citer le nom de celui à qui ils la devaient.
Cette époque est remarquable par le grand nombre d’écrits et de systèmes qui furent proposés pour remédier aux inconvénients des fosses d’aisance; en 1778, Laborie, Cadet de Vaux et Parmentier publièrent leurs observations sur les fosses d’aisances. Hallé et Fourcroy, un peu plus tard, donnèrent leurs travaux. Un architecte nommé Géraud, proposa en 1786 de séparer les matières solides des matières liquides au moyen d 'mi filtre placé dans un tonneau. Gourlier, architecte à Versailles, frappé de l’idée que ces matières liquides étaient en très-grande quantité comparées aux matières solides, proposa de les séparer au moyen d’une cloison en maçonnerie, qui devait diviser la fosse et permettre le déversement des liquides.
Toutes ces idées d’améliorations furent en partie abandonnées pendant l’agitation politique qui succéda à cette époque; mais l'idée de séparer les matières liquides des matières solides dans les fosses donna lieu à divers systèmes indiqués dans un excellent rapport fait au conseil de salubrité, en î 835, par Parent Duchâtelet, au nom d’une com mission composée de MM. Labarraque et Chevallier, et inséré dans le 14me vol. des Annales d' H giène. Le dernier et le plus eomplct de ces systèmes a été réalisé par M. Huguin, en 1840: i! consiste dans l’emploi d’un vase en fer galvanisé, qui communique avec un tuyau de descente ,du même métal; le tuyau entre à baïonnette dans le vase ; ce dernier est muni d’un filtre cylindrique intérieur qui permet aux liquides de s’écouler et qui ne retient que les matières solides; cet appareil peut être disposé dans une cave ou même dans les anciennes fosses ; nous en avons vu un a'nsi disposé à l’hôpital Beaujon , lorsqu’avec D’Arcet et M. Labarraque nous avons examiné ce système au nom du conseil de salubrité. Un réservoir en métal ou en maçonnerie reçoit les liquides; un tuyau qui plonge dans le réservoir arrive jusque sur la voie publique, et au moyen d’une pompe on enlève ces liquides que l’on fait entrer dans des voitures d’un aspect extérieur qui n’a rien de désagréable; elles contiennent un réservoir métallique et des vases pour les matières solides, destinés à remplacer ceux qui sont remplis: ces vases sont solidement et hermétiquement fermés. Ce système
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qui supprime complètement les fosses d’aisainces, a l’avantage de ne laisser se répandre aucune odeur dans les appartements; on pourrait même, pour les matières solides, y ajou.ter les moyens désinfectants dont nous avons parlé, ou ceux proposés par MM. Salomon, Paye» et Burand.
Ces deux derniers ont eu aussi la pensée de désinfecter les matières au moment même ou elles tombent dans la fosse, et ils avaient proposé, il y a plus de douze ans , un siège muni d’une trémie qui enveloppait les matières de poudre désinfectante au moment de leur chute. Divers essais de désinfection des matières au moment de leur production ont été tentés, et ce système, qui serait très-avantageux puisqu’il ferait disparaître sous ce rapport toutes lescauses d’insalubrité dans les habitations, ne tardera pas, nous en sommes convaincu, à devenir général; il ne manque aux moyens qui ont été proposés, que de devenir d’une application facile, peu dispendieuse, mais surtout usuelle, et la soustrayant aux causes de négligence difficiles à prévenir pour des objets de cette nature.
Les nombreux perfectionnements apportés dans la construction des fosses et dans les divers modes de vidange que nous avons indiqués, ont rendu extrêmement rares les accidents d’asphyxie chez les vidangeurs ; M. Guérard, qui en 1844 a cité deux exemples d’asphyxie de ce genre, dit avec raison qu’ils sont aussi rares aujourd’hui qu’ils étaient fréquents autrefois : <x Depuis quatorze ans que je suis, dit-il, à l’hôpital Saint-Antoine, ce sont les deux seuls cas quej’aie vus. J’ai demandé àplusieurs confrères des hôpitaux, qui m’ont dit n’avoir pas eu encore occasion d’en observer. » Ce fut dans une fosse de la commune de Yincennes qu’eurent lieu ces deux accidents. Les moyens que M. Guérard mit en usage dans les circonstances dont nous parlons, furent des frictions fortes et générales avec de l’eau froide et vinaigrée (on était au 4 juillet), des aspersions de chlorure de chaux liquide autour du malade, lavement d’eau salée, sinapismes aux extrémités ; au moment de la réaction, envelopper les malades dans une couverture de laine. Tels furent les premiers soins administrés , ils étaient parfaitement entendus. Des deux malades, l’un qui avait séjourné dix minutes asphyxié dans la fosse, guérit; l’autre qui n’y était resté que fort peu de temps, puisqu’il y était descendu pour secourir son compagnon et qu’il en fut retiré le premier, mourut, bien qu’il fût d’une constitution plus forte et très -pléthorique, ce qui avait donné lieu à des symptômes pour lesquels on cru devoir faire une application de sangsues et une saignée. M. Guérard, comme tous les médecins qui ont soigné des asphyxiés dans les égouts et les fosses d’aisances, ne se loue pas de l’emploi de la saignée dans ces maladies, et nons partageons complètement son opinion.
Une autre affection, beaucoup moins grave que l’asphyxie puisqu’elle ne compromet pas la vie, attaque assez souvent les ouvriers vidangeurs ; c’est la mine ou ophthalmie des vidangeurs et des égouttiers. Cette maladie est une inflammation de la conjonctive oculaire et palpébrale déterminée par l’ammoniaque ou plutôt par le sulfhydrate d’ammoniaque qui se dégage des matières fécales ou animales en putréfaction. 11 est peu de personnes
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qui en entrant dans un èàbinet d’aisances mal tenu n’aient senti une odeur infecte et piquante qui exerçait surtout son action sur les yeux et. les narines; cet effet est produit par l’ammoniaque qui se trouve toujours dans ce cas mêlé à l’hydrogène sulfuré.
Lorsque, dans une fosse d’aisances ou dans un égout, les ouvriers sont quelque temps soumis à l’action de ce gaz, ils ressentent des picotements dans les yeux, accompagné d’une cuisson qui peut devenir extrême en quelques minutes; quelquefois ils éprouvent un sentiment de fraîcheur dans les yeux qui annonce l’invasion de la maladie; mais ce symptôme n’est pas constant. Bientôt le globe de l’œil et les paupières deviennent rouges; il y a en même temps embarras dans le nez, enchifrenemeut; une douleur vive se manifeste vers le fond de l’orbite et se propage au-dessus des yeux. Quelquefois le malade cesse subitement de voir et cette cécité dure souvent deux ou trois jours. Les malades éprouvent quelquefois de telles douleurs qu’ils ne peuvent supporter même la lumière adoucie du jour; ils s’agitent dans leur lit, en poussant des cris arrachés par la douleur. Cet état continue jusqu’à ce que les larmes coulent, ce qui a lieu au bout d’un temps plus ou moins long, suivant le sujet, mais qui se manifeste ordinairement du deuxième au troisième jour. A dater de cet instant les douleurs cessent, la sécrétion des larmes et du mucus nasal devient abondante, et ce soulagement marche, d’une manière progressive. Ces sortes d’ophthalmies, qui sont le plus souvent de peu de durée, ont quelquefois un caractère plus sérieux, et Ramazzini a cité des exemples de cécité absolue observée chez des vidangeurs et qu’il croit être le résultat de ces affections.
Le traitement à diriger contre cette maladie consiste d’abord à se soustraire à l’action des causes aussitôt qu’elles viennent à agir : c’est ce que font les ouvriers vidangeurs aussitôt qu’ils sentent des douleurs aux yeux , déterminées par le picotement dont nous avons parlé; ils sortent de la fosse, se lavent les yeux avec de l’eau froide et se promènent un quart- d’heure ou une demiheure au grand air, pur et frais, en ayant soin d’éviter les lumières ; pendant ce temps les yeux pleurent, le nez coulé et ils sont promptement soulagés. Us renouvellent ces moyens autant de fois qu’ils se sentent pris des symptômes précurseurs de la mitte. Quelquefois la maladie ne s’anonce pas par des douleurs vives; après le sentiment de picotement succède le sentiment de fraîcheur dont nous avons parlé, ou bien la cessation de toute douleur; alors la maladie ne se développe que quelques heures après le travail . Mais dans tous les cas il est à remarquer qu’elle diminue aussitôt qu’a lieu l’écoulement des larmes et que cesse l’orgasme, comme si cette sécrétion et celle de la muqueuse oculaire entraînaient l’ammoniaque absorbé et retenu par l’irritation spasmodique qu’il détermine dans les vaisseaux de ces organes. Il est à remarquer que les larmes recueillies ont une odeur infecte très-marquée.
Les remèdes à employer sont fort simples : les vidangeurs se contentent, de se laver les yeux avec de l’eau fraîche ; quelquefois ils appliquent des feuilles de choux, toujours pour diminuer le
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sentiment d'ardeur et de douleur qu’ils ressen- i tent; ils ont soin de s’enfermer dans une chambre complètement obscure , afin d'éviter l’action irritante de la lumière. Rarement les ouvriers vidangeurs sont obligés de recourir aux soins du médecin pour cette affection, qui est presque toujours de peu de durée : c’est pour ainsi dire une intoxication passagère de l’œil. Mais on conçoit que si après les premiers jours, l’affection, par une cause quelconque, venait à se prolonger, il faudrait alors la traiter comme une ophthalmie ordinaire et varier le traitement suivant les indications présentées par la maladie.
J. -P. Beaude.
vidïen (nnaf.).adj — On appelle d’après Vidus- Vidius , célèbre anatomiste, trou vidien, le trou creusé à la base de l’apophyse ptérygoïde. (V. Sphénoïde.) — 11 y a aussi Yartcre et le nerf vidiens.
vis (physiol.), s. f. vita, en grec bios. C’est proprement le mode d’existence des corps organisés: aussi l’étude des lois de la vie a-t-elle été faite au mot Organisme.
vieillesse (physiol.), s. f. (V. Age.)
vif (physiol.), ad).,vh'idus. Cet adjectif s’applique au pouls quand il est fréquent et fort sans dureté.
vif-argent. (V. Mercure.)
vigne. (Y. Raisiné t Vin.)
VIGNE BLANCHE. — VlGNE -VlERGE. (V. Clématite.)
villeux ( anat .), adj., villosus, devillus, poil; qui a rapport aux villosités. Membrane villeuse , celle qui présente des villosités.
villosités (anat.), s. f., villosi tas, même racine que le mot précédent; ce sont de petites saillies qui s’observent sur les membranes muqueuses. (V. Membranes et Intestins.)
vin ( chim. hyg.), s. m. On donne le nom de vin au produit de la fermentation alcoolique des différentes variétés de raisins. Je vais dans cet article étudier la composition chimique des vins, énumérer les différentes conditions qui ont une importance réelle dans la production des diverses espèces de vins, indiquer le rôle des vins dans la nutrition, fonder sur des bases physiologiques leur classification ; puis je m’étendrai sur Tes falsifications qu’on leur fait subir, et sur les moyens de reconnaître et de prévenir ces falsifications.
Composition des vins. — Voici les principales substances qui entrent dans la composition des vins :
1° De l’alcool dont la proportion varie communément de 5 à 15 pour cent; 2° du tannin, les vins rouges en conliennent plus que les vins blancs; 3° une ou plusieurs matières colorantes ; 4° de l’acide malique ; 5“ de l’acide tartrique; 6° de l’acide œnanthique et de l’éther œnanthique; 7° du
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sucre liquide en proportion variable suivant la nature des vins ; 8° une substance particulière à laquelle M. Fauré à donné le nom d’œnanthène; principe qu’on n’a signalé que dans les vins des premiers crus de la Gironde : c’est lui qui leur donne l’onctuosité et le velouté ; 9° l’arôme ou bouquet qui n’a pu être isolé que de quelques vins rouges des premiers crus : ce parfum paraît être produit par une huile essentielle particulière qui ne se forme que sous certaines influences, et dont les éléments variables résident dans la pellicule du raisin ; 10° le bitartrate de potasse ; 11° le tartrate de chaux; 12° le tartrate d’alumine; 13° le tartrate de fer; 14° le sulfate de potasse-, 15° le chlorure de sodium; 16° le chlorure de potassium; 17° le phosphate de chaux et d’autres phosphates.
Conditions principales qui influent sur la qualité des vins. — Les conditions principales qui influent sur la qualité des vins sont : 1° la contrée de production; 2° la nature du terrain; 3° l’exposition; 4° le mode de culture ; 5° les procédés de vinification ; 6° l’année de la récolte, et par-dessus tout la nature du cépage. Je vais particulièrement insister sur ce dernier objet.
On est loin au premier abord de soupçonner l’importance de la question que je vais traiter. Généralement, les consommateurs de nos grandes villes pensent que les vins diffèrent surtout par les contrées qui les ont produits: ainsi on distingueparfaitement les vins de Bourgogne, de Bordeaux, de Suresne, etc.; et l’on tient peu de compte des cépages qui les ont fournis, qu’ils soient pineaux, verreaux, gouaisou gamays. Peu importe; ce sont des vins de Bourgogne ou d’une autre contrée qu’on demande ; cependant j’ai établi que le cépage a, pour le centre de la France, beaucoup plus d’importance que le climat.
Si on cultivait le pineau à Suresne ou à Argenteuil, on y recuillerait dans les années favorables, comme on l’a fait autrefois, des vins d’une qualité très-passable; et si on arrachait les pineaux des collines bourguignonnes pour les remplacer par des gamays ou des gouais, on aurait bientôt desvins qui pourraient rivaliser avec ceux d’Argenteuil.
En remarquant cette différence dans la qualité des produits des différents cépages, on a naturellement la pensée de remplacer ceux qui fournissent de mauvaise piquette par les plants qui donnent des vins d’une qualité éprouvée ; mais on est bien vite arrêté dans ces projets de réforme par les questions de quantité : il est, en effet, des cépages qui, toutes choses égales d’ailleurs, fourniront 15 hectolitres de vin par hectare, tandis que d’autres en donneront 150.
Ou comprend sans peine combien il importe d’avoir des données positives sur la valeur des divers cépages. On pourrait penser que les vignerons sont parfaitement éclairés sur la nature de leurs produits, et que des recherches scientifiques entreprises dans cette direction ne nous apprendront rien d’utile.
Je crois que c’est se défier injustement de la science : si les laboureurs ont suivi bien souvent les errements d’une routine obstinée, les vignerons sont encore plus stationnaires; ou s’ils entreprennent quelques essais , c’est habituellement
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sans suite, et ils Se pressent trop dë! coneWë dê faits particuliers, qui souvent n’ont pas dé Valeur parce qu’ils sont mal observés.
J’ai entrepris d’éclairer ce sujet par l’expérience.
L’appareil de polarisation de M. Biot m’a été d’un grand secours pour apprécier immédiatement la quantité de sucre contenue dans les sucs des raisins fournis sur lés diiférents cépages. J’ai pu ainsi déterminer avec précision et en très-peu de temps la quantité d’alcool que fournira après la fermentation un suc donné; voici le résultat général auquel je suis arrivé :
En examinant dans un tube de 500mes à une température de lSddgrés du suc d’un raisin dont on aura éliminé l’acide tartrique à l’aide dé l’acétate de plomb basique et qui aura été décoloré au noir animal, 2 degrés de l’appareil de M. Biôt correspondent très-approximativernent à 1 pour cent d’alcool.
J’ai étudié les produits des dix cépages le plus généralement cultivés dans le centre de la France. Voici les résultats principaux que j’ai obtenus.
Gornis blanc. Ce cépage bien cultivé fournit en moyenne 140 hectolitres de vin par hectares, contenant 7 hect 88 d’alcool; 112 kil. 4 d’acide tartrique et malique, et 15 kil. 300 de potasse.
Le gouais use rapidement la terre; il n’est productif qu’autant qu’on le fournit de terre neuve, d’engrais et de cendres; il donne plutôt une liqueur propre à faire de la limonade que du vin. Je lui ai assigné un usage limité mais très-avantageux ; étendu de trois fois son poids d’eau, c’est la Poison la plus salutaire que l’on puisse donner aux moissonneurs exposés à l’ardeur du soleil ; l’association des acides tartrique et malique avec un peu d’alcool est très-favorable aux travailleurs qui supportent une chaleur élevée.
Le gros gamay fournit en moyenne 160 hect. de vin à l’hectare. Cette quantité de vin contient 8 hect. 18 d’alcool, 67 kil. 2 d’acide tartrique et malique et 9 kil. 440 de potasse. Le gros gamay fournit dans les mauvaises années (semblable à celle où je l’ai d’abord étudié) un vin qui n’est pas potable, plus nuisible à l’estomac que profitable; ce cépage exige d’abondants engrais et après trente ans il faut l’arracher; mais comme il est très-productif, sa culture s’étend chaque année.
Le gros verreau fournit en moyenne 90 hectolitres de vin à l’hectare. Cette quantité de vin contenait, en 1845, 6 hect. 28 d’alcool, 90 kil. d’acide tartrique et malique et 5 kil. 130 de potasse. Pour maintenir cette production élevée, il faut ne pas laisser vieillir sa vigne plus de 40 ans, la fumer et la terrer très-abondamment. Plusieurs propriétaires qui ont voulu s’affranchir de ces dépenses ont vu décroître leurs récoltes, et ils ont ainsi dénaturé la qualité sans augmenter la quantité moyenne.
Le petit verreau donne des récoltes moins abondantes que le gros, mais elles sont plus sûres et la qualité est meilleure. On peut compter sur 60 hectolitres de vin à l’hectare pour une vigne plantée en petit verreau et bien soignée. Cette quantité de vin renfermait 4 hect. 92 d’alcool, 20 kil. d’acide tartrique et 3 kil. 916 dépotasse.
Le petit verreau convenablement provigné peut
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résister plus d’un siècle dans le même sol; en le> cultivant avec intelligence, en opérant la fermentàtiôh en vase clos, en l’associant surtout au côt ou auxerrois , on obtiendra un produit abondant d’une bonne qualité et qui servira un intérêt élevé.
Le côt ou auxerrois. Ce raisin a une riche couleur, un goût agréable ; si isolément il donne un vin moins estimé que celui du pineau, il a aussi des qualités qui lui sont spéciales; il relève la couleur et donne du corps aux vins obtenus avec des raisins plus faibles tels que les verreaux. Le côt produit en moyenne 60 hectolitres à l’hectare.
Le melon cultivé en bon sol et en bonne exposition est un cépage très-précieux payant un gros intérêt; il fournira du bon vin blanc en quantité satisfaisante; il est peu sujet à manquer; il peut résister plusieurs siècles sans avoir besoin d’être arraché. Dans des conditions favorables on peut espérer 80 hectolitres de vin à l’hectare, et la richesse alcoolique de 9, 1 p. c. : cela nous donne 7 hectolitres 28 d’alcool par hectare et seulement 24 kil. 800 d’acide tartrique et 3 kil. 92 de potasse. Le melon épuise peu la terre, on peut le provigner modérément; il est bon de terrer et de fumer convenablement.
Le pineau noir, ou plan noble, produit peu, mais il donne un vin excellent; il résiste plusieurs siècles sans avoir besoin d’être arraché. On peut fixer à 20 hectolitres la production d’un hectare de vigne plantée en pineau; cette quantité de vin m’adonné 2 hectolitres 12 d’alcool, 4 kil. 20 d’acide tartrique et malique, et 0 kil. 74 de potasse. Cette faible production nous montre que le pineau peut croître dans des terres légères et peu profondes, sur le flanc des montagnes, qu’il peut se passer d’engrais ; mais si on ne veut pas voir s’abaisser encore le chiffre de sa récolte, il faut le provigner souvent , le terrer abondamment. Ce cépage réussit encore le mieux sur le flanc des montagnes abruptes, et cette culture est le moyen le plus efficace d’empêcher et la dénudation des montagnes et les inondations dans les vallées. Dans les localités où les engrais sont communs, le gamay remplacera toujours le pineau. Dans les environs de Paris, depuis un siècle environ, le gamay a chassé les derniers pineaux; et lui-même est supplanté par les pommes de terre, qui donnent plus de produit.
Le pineau blanc a toutes les qualités du pineau noir, peut-être même à un degré plus remarquable; mais son produit moyen est encore plus faible. On peut compter à peine dans une vigne bien cultivée, sur 15 hectolitres de vin à l’hectare, 1 hect. 52 litres d’alcool, 3kH. 9 d’acide tartrique ou malique, et seulement 0 kil. 651 de potasse. La culture du pineau blanc est peu profitable ; elle le serait davantage si le consommateur savait apprécier et demander au producteur l’admirable vin blanc qu’il fournit.
Le pineau blanc est aussi peu exigeant que le pineau rouge; il résiste des siècles dans la même vigne ; il se contente de peu d’engrais, pourvu qu’il soit provigné et terré avec de la terre neuve. Le propriétaire jaloux de donner à ses vins rouges une qualité supérieure de feu et de légèreté.
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