‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 227 sur 298 · G VIN · texte numérisé non relu

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conservé un huitième au moins de «pineau blanc dans ses plants.

Du r le des vins dans la nutrition. — Je vais m’occuper d’abord à préciser avec soin le rôle de L'alcool, qui est le principe le plus important; puis j’arriverai à apprécier l’influence des principaux vins.

Les boissons alcooliques, prises en quantité modérée et convenablemeut étendues d’eau, sont immédiatement absorbées aussitôt leur introduction dans l’estomac, sans nécessiter aucun travail digestif; transportées dans le sang, elles sont rapidement brûlées en produisant de la chaleur et de la force. Parmi tous les aliments, aucun n’a un effet aussi prompt et aussi actif, mais aussi il n on est pas dont l’utilité soit plus passagère.

Les alcooliques, pris en quantité trop élevée, peuvent déterminer la mort dans un espace de temps très-court, et agir alors comme des poisons très-énergiques. Nous pouvons nous rendre compte avec précision du mode d’action de l’alcool ; introduit dans le torrent circulatoire, c’est sur lui que se porte immédiatement l’action comburante de l’oxigène, et les globules, étant privés de l’influence de ce principe vivificateur, ne prennent plus leur couleur vermeille : ils sont asphyxiés, et l’animal meurt comme si on l’avait plongé dans de l’air privé d’oxigène.

J’ai étudié à plusieurs reprises les modifications que l’usage immodéré des alcooliques fait éprouver à la sécrétion urinaire ; voici les résultats les plus saillants de cette étude.

L’usage immodéré des boissons alcooliques a pour effet d’augmenter la proportion d’acide urique et de diminuer la proportion d’urée rendue dans les vingt quatre heures. On peut expliquer ces résultats en disant: quand de l’alcool est introduit dans la circulation, l’action comburante de l’oxigène s’exerce d’abord sur lui, les matières albumineuses sont moins complètement modifiées par lui, d'où augmentation dans la quantité d’acide urique et diminution dans celle de l’urée.

En appliquant cette théorie, j’ai donné des conseils suivis d'heureux effets à des malades affectés de goutte ou de gravelle urique. Je conseille comme base de traitement un exercice journalier suffisant et la suppression ou au moins la diminution considérable des boissons alcooliques. Les médecins ajoutent pour l’ordinaire à ces prescriptions la diminution de l’alimentation azotée; quand le malade peut travailler et s’exercer, cette recommandation est inutile : les animaux carnivores ne sont jamais incommodés par l’accumulation de l’acide urique dans leur économie. Ce sont les boissons alcooliques qui déterminent le plus fréquemment dans l’espèce humaine cette accumulation. On m’objectera peut être un fait rapporté par M. Liebig, que la gravelle est inconnue dans certaines contrées rhénanes, et cela à cause de l’usage général d’un vin qui possède la vertu de la prévenir. Ce fait est confirmé par M. le comte Odart, qui rapporte que le vin produit par le cépage connu sous le nom d’olwer (Haut et Bas-Rhin), obcrlander (dans quelques autres vignobles de l’Allemagne) , a la réputation d’ètre favorable aux personnes attaquées de gravelle. Pline reconnaissait déjà cette propriété à un vin produit par un cépage particu-

culier. Mais je répondrai : ce n’est pas à l’alcool contenu dans ces vins, mais bien à des sels à base alcaline qu’ils renferment, que l’on peut rapporter cette utile influence. Toujours est-il que je me suis bien trouvé de défendre aux goutteux et aux graveleux l’usage de l’eau-de-vie et des liqueurs, et de ne leur permettre du vin qu’en quantité modérée et très-étendu d’eau.

Je n’ai traité jusqu’ici des alcooliques que sous le point de vue de leur action sur les appareils de la vie organique; leur influence sur le système nerveux et le cervelet en particulier n’est pas moins remarquable et généralement bien connu depuis les belles observations de M. Flourens. Je ne rappellerai pas les symptômes de l’ivresse, je ne ferai que mentionner les maladies qui sont sous la dépendance de l’excitation incessamment renouvelée de l’appareil nerveux par l’abus des alcooliques, ce delirium tremens qui résiste souvent avec tant d’opiniâtreté à tous nos agents thérapeutiques, ces convulsions et cette épilepsie alcoolique plus fatale encore et plus difficile à traiter. Disons-le bien, et ce fait a de l’importance, c’est plutôt l’abus de l’alcool étendu d’eau (eau-de-vie, kirsch, rhum) qui l détermine promptement ces accidents, que celui dû vin; nous indiquerons plus loin les causes de ces différences.

Sans produire des ébranlements nerveux aussi prompts et aussi funestes, l’abus des alcooliques peut avoir des effets qui ne sont pas moins désastreux. L’estomac , par ses pneumo-gastriques, est sous la dépendance immédiate de l’encéphale. Prend-on habituellement des substances qui agissent sur le système nerveux central comme l’opium, le hachisch , l’alccol , le suc gastrique n’est plus sécrété en quantité convenable; l’appétit diminue, la digestion est troublée, la nutrition n’est plus normale, l’individu dépérit, ses facultés intellectuelles comme ses fonctions physiques décroissent chaque jour en puissance, il s’abrutit et meurt. L’alcool en excès est moins promptement funeste à l’espèce humaine que l’opium et le hachisch ; car l’alcool est au moins encore un aliment, tandis que l’opium et le hachisch troublent le système nerveux et ne nourrissent pas.

Parmi les accidents qui sont la suite de l’abus des alcooliques, je dois mentionner ces dérangements dans l’appareil de la circulation qui sont peut-être sous la dépendance immédiate d’un vice de nutrition et de l’altération du sang qui en est la suite; le cœur devient malade, les urines albumineuses apparaissent, les reins se désorganisent, et 1 ivrogne incorrigible meurt hydropique. L’alcool étendu d’eau (eau-de-vie, rhum) n’est utile à l’homme que pris en quantité modérée et dans des circonstances particulières, pour animer les forces quand on doit immédiatement les utiliser, pour donner de la chaleur quand on doit être exposé à un grand froid; à part ces conditions, l’alcool étendu est beaucoup plus nuisible que profitable. 11 est plus dangereux dans les climats chauds que dans les contrées froides ; l’abus des liquides alcooliques | a fait plus de victimes dans notre Algérie que le | plomb des Arabes.

Sans contredit, un individu qui est accoutumé i à des libations alcooliques journalières copieuses I supporte plus d’alcool sans éprouver les symptômes

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de l’ivresse qu’un buveur novice. Sous ce rapport, l’alcool se place à côté de tous les agents perturbateurs du système nerveux; mais est-il donné en une seule fois en quantité suffisante pour déterminer l’asphyxie, comme toutes les substances qui agissent immédiatement sur les appareils de la vie de nutrition, il est rebelle à l’accoutumance, et on ne peut dépasser la dose qui peut causer l’asphyxie. Je ne crois guère possible l’accumulation de l’alcool dans l’économie, et à moins de modifications singulières dans les conditions de nutrition , je ne saurais attribuer à une imprégnation alcoolique ces combustions spontanées dont des auteurs dignes de foi nous ont transmis la relation.

Classification des vins. — Sans doute l’alcool joue dans les vins le rôle le plus important: mais les autres substances que ce liquide contient lui sont très-heureusement associées. On y remarque du bitartrate de potasse, des acides organiques, du tannin, une matière aromatique.

Les acides libres agissent comme tempérants; ils modèrent l’action de l’alcool en saturant partiellement l'alcali du sang; ils rendent la destruction de l’alcool plus lente et plus durable. Le vin agit moins rapidement que l’alcool étendu, mais son effet est plus modéré et plus continu. L’influence excitatrice sur le système nerveux, qui est toujours mauvaise lorsqu’elle sort des limites, est moins à craindre avec le vin qu’avec l’alcool étendu.

Sous le point de vue des différences dans leurs effets physiologiques, je distribue les vins en quatre groupes : 1° vins acides ; 2° vins alcooliques ; 3° vins sucrés; 4° vins mixtes ou parfaits. Je vais indiquer ces différences principales,

Vins acides- — 11 est des vins fournis par certains cépages, tels que les gouais et les gamays parisiens, qui contiennent ordinairement un grand excès de crème de tartre et d’acides libres. Ces vins ne conviennent pas pour l’usage ordinaire de la vie; ils peuvent avoir une action purgative ou tempérante exagérée, ils délabrent l’estomac et ne donnent pas de force. A l’article Gouais, je leur indique un usage intéressant; ils conviendraient beaucoup mieux pour l’Algérie que ces vins du Midi et que cette liqueur d’absinthe qu’on y consomme en si grande quantité.

Vins alcooliques. — Ils contiennent un grand excès d’alcool qui a souvent été ajouté après la fermentation; la crème de tartre et les acides organiques y sont en trop faible proportion; ils ont la plupart des inconvénients de l’alcool étendu d’eau.

Vins sucrés. — - Ils pèchent en général par le défaut d’acides libres et par l’excès d’alcool qui préserve le sucre en excès de la fermentation alcoolique.

Nos expériences sur les animaux nous ont montré que l’intervention du sucre en quantité un peu élevée retardait l’absorption de ces vins, qui séjournent alors plus longtemps dans l’appareil digestif et qui arrivent en proportion plus notable dans les intestins. Malgré l’utilité de cette cause retardatrice, ces vins possèdent la plupart des inconvénients des vins alcooliques.

Les vins mixtes ou parfaits sont remarquables par l’heureuse harmonie des principes qui les

composent;: L’alcool y existe en quantité moyenne de 10 p. c. ; les acides libres et la crème de tartre ne s’y trouvent qui’en proportion modérée pour donner à cette boisson une agréable acidité suffir santé pour ralentir après leur absorption la combustion trop vive de l'alcool , niais pas assez pour troubler la digestion. Le tannin et la matière colorante qu’ils renferment sont favorables à l'estomac; le principe aromatique qui s’y développe avec le temps flatte singulièrement le goût, et doit avoir une influence dés plus favorables sur la nutrition en facilitant la digestion des aliments réparateurs. Une des observations les plus intéressantes contenues dans le rapport qu’a fait M. Magendie à l’Académie des sciences, au nom de la commission dite delà gélatine, est celle qu’une proportion infiniment petite de la matière aromatique du bouillon suffisait pour compléter la nutrition à l’aide de certains aliments qui, donnés exclusivement, ne préservaient pas les animaux de l’inanition. Ces matières aromatiques qui flattent si agréablement notre palais, qu’on trouve dans le bouillon et dans les bons vins , ont pour effet de faciliter la sécrér tion d’un suc gastrique normal comme la vue d’un mets appétissant fait couler la salive dans la cavité buccale et sécréter aussi le liquide de l’estomac. C’est au moins ainsi que je m’explique leur utilité.

Les bons vins de ce groupe peuvent être considérés comme un aliment tout préparé qui peut offrir une ressource précieuse pour les malades menacés d’inanition, dont les fonctions digestives sont affaiblies, parce que les organes ne sécrètent plus ces liquides qui contiennent ces matières spéciales possédant la propriété admirable de favoriser la dissolution des aliments solides; c’est dans ce sens qu’on a pu dire avec une grande raison que le bon vin était le lait des vieillards.

Je vais maintenant aborder une question qui a de l’intérêt pour tous, et qui cependant est généralement bien mal appréciée aujourd’hui.

Parmi les vins mixtes, quel est celui que le consommateur doit préférer?

Je place en première ligne le vin produit par le pineau de Bourgogne récolté une année favorable, venu dans les terres caleaires et à une heureuse exposition. Aucun vin ne réunit mieux, cinq ans après sa récolte, toutes les qualités que j’ai énumérées. C’est en vieillissant que le bouquet se développe ; souvent avec lui apparaît une saveur légèrement amère que beaucoup de connaisseurs regardent comme défavorable pour le vin; mais quand cette amertume est peu développée , elle plaît aux personnes qui y sont habituées , et je regarde son effet comme salutaire.

Les vins de Bordeaux produits par les cabernels crus en sol calcaire et en bonne exposition ont aussi un caractère propre bien remarquable qui leur assigne un rang des plus distingués dans ta classe des vins mixtes; ils contiennent de l’alcoo et des acides en juste proportion, du tannin, du fer, une matière aromatique particulière, une substance organique que M. Fauré a nommée œnanlhine. Ils conviennent surtout aux malades, comme les glucosuriques, pour lesquels une quantité élevée de vin est indispensable pour les préserver de l’inanition. Nul vin ne peut remplacer pour eux les vieux vins de Bordeaux produits par les cabernels.

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Mélanges et commerce des vins. — Les consommateurs les plus éclairés achètent du vin en cercle en désignant la contrée viticole qu’ils désirent, et aussi quelquefois l’année qu’ils préfèrent : ainsi ils demandent du vin de Nuits, de Beaune ou de Mâcon, de telle ou telle récolte, sans se préoccuper de l’exposition et de la nature du cépage. Voici les inconvénients de cette manière de procéder: on paie sur les noms des prix de fantaisie des vins souvent très-médiocres, tandis qu’en précisant la nature du cépage, toutes choses étant égales d’ailleurs, on est beaucoup plus sûr d’obtenir un vin excellent pour un prix modéré.

Je vais vous donner un exemple pour mieux faire comprendre ma pensée : vous demandez du vin de Beaune ; si le propriétaire de ce pays est un vigneron, qui, infidèle aux vieilles traditions de la localité, a arraché son pineau pour le remplacer par du gamay, vous donnerez un prix élevé d’un vin médiocre. Si on vous présente du vin d'Avallon ou de Tonnerre, vous l’estimerez moins, d’après son nom, que le vin de Beaune; et, cependant, s’il provient de pineaux venus en bonne exposition et en bonne année, il sera infiniment préférable aux gamays beaunais. Je me résume en conseillant aux consommateurs riches et instruits de se préoccuper davantage du plant, de l’exposition et de l’année, que du pays de production.

Je viens de parler de vins en nature quine comportent aucune addition et aucun mélange, car ce serait beeucoup les déprécier que de les associer inconsidérément ou d’y introduire des substances étrangères; mais, il faut le reconnaître, c’est de beaucoup la plus faible quantité des vins consommés dans Paris. Je vais chercher dans ce qui va suivre à faire connaître les mélanges et les falsifications les plus ordinaires, à dire leurs inconvénients et à indiquer les moyens de les connaître. Commençons par les mélanges qui ne produisent que de bons effets, et qui, par conséquent , sont légitimes. Un vin a passé son temps, il tourne à l’amertume, il est trop dépouillé de ses matières colorantes et de son tartre; on le rajeunit en le mélangeant avec 1/10 ou 1/5 d’un vin plus nouveau ou plus corsé. Après trois ou quatre mois, un collage et soutirage, on a un produit meilleur que les deux composants. Un vin fourni par le cépage le cabernet n’a pas assez d’étoffe; on y ajoute 1/10 de vin produit par le cépage nommé c6t; on lui donne ainsi du Corps et on assure sa conservation. Un vin récolté dans une année défavorable contient un grand excès d’acide libre; il pèche par le défaut a’alcool et de matière colorante; on y ajoute 1/20, 1/15, 1/10 d’un vin à la fois alcoolique, sucré et très -coloré. On conserve en vase clos et dans une cave fraîche; on attend trois ou quatre mois pour laisser se terminer une nouvelle fermentation que le mélange développe souvent ; on colle, on soutire, et on a un produit plus salutaire et plus agréable que les deux vins intervenants. Un vin manque-t-il d’aromate, on y ajoute de l’esprit de framboise ou d’autres substances aromatiques dont l’habitude a consacré l’usage. Voilà des mélanges qui s’opèrent journellement dans les pays de production, et que, loin de blâmer, on doit éclairer et encourager, parce qu’ils tendent à perfectionner des produits naturels.

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J’arrive maintenant aux mélanges qui sont communément employés pour fabriquer le vin que consomme la masse des Parisiens; je les diviserai en deux séries : dans la première je rangerai les mélanges de vins naturels ; dans la seconde des mélanges de vins renforcés d’alcools et d’eau. J’es- "père exposer avec clarté les principes fondamentaux de la science de nos marchands de vin.

Parlons d’abord du mélange de vins de différents crus, susceptibles , comme on le dit dans le commercé, de se bonifier, de se compléter les uns par les autres.

Aux vins de gamay, faible et plats, au vin de cabernet, cru en plaine et en terre argileuse, qui manque également de feu, et que l’on désigne dans le commerce sous le nom de -petit bordeaux, on ajoute des vins blancs alcooliques pour donner au mélange de l’énergie, du vin rouge produit par le cépage côt, désigné dans le commerce sous les noms de vins de Cahot s ou vins du Cher, suivant la provenance, pour donner au produit du corps et un bon goût.

On y ajoute souvent encore des vins sucrés alcooliques du Languedoc, pourflatterle palais du Parisien. On décore ce nouveau vin d’un nom commercial modeste : ainsi , selon que le gamay ou le cabernet domine, c’est du petit bordeaux ou du maçon ordinaire ; et le consommateur qui veut toujours avoir du même vin , s’accommode à merveille de ce mélange, qui, quelle que soit l’année, est toujours semblable à lui-même, car le marchand intelligent sait, pour atteindre ce but, varier les proportions des vins qu’il emploie. Il est inutile de dire que les vins mélangés se troublent, qu’il est nécessaire de les coller et de les soutirer avant de les livrer à la consommation. Quand la quantité de vins de Languedoc est trop élevée, après quelques jours, le sucre en excès n’étant plus préservé par un excès d’alcool , une nouvelle fermentation se déclare, et heureux encore quand elle n’est qu’alcoolique.

Ce sont ces inconvénients qui ont conduit les marchands expérimentés à ne faire entrer dans leurs mélanges que des vins faits, qui ne contiennent pas de sucre en excès, tels que*les produits des gamays, des cabcrnets et des côts associés à des vins blancs; ils ne sont plus exposés aux plaintes justement méritées de ce défaut capital de nonconservation.

Tous ces mélanges, même les plus heureusement faits, sont bien loin d’égaler sous aucun rapport des vins de pineau ou de cabernet de bon sol et de bonne exposition , bien dépouillés et devenus stables par une conservation de quatre ou cinq ans et des soutirages exécutés à propos. Ces pratiques sont cependant indispensables pour aider à la consommation des vins inférieurs qu’on récolte en abondance.

Falsification des vins. — J’arrive maintenant à des mélanges que je réprouve, parce qu’en général ils sont hygiéniquement mauvais, et qu’ils tendent à détruire ce principe conservateur d’égalité devant la loi et devant la taxe.

On choisit, dit M. Lanquetin, des vins renforcés en alcool, ou bien on opère soi-même ce vinage et on le renouvelle au besoin plusieurs fois ; puis on fait entrer dans Paris ce vin surchargé d’alcool ej>

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ne payant que le droit imposé mr les vins naturels ; on l’étend d’eau dans une proportion quien réduit la force au degré du vin naturel, et on y associe leS vins que j’ai précédemment indiqués- S’ils sont bien dépouillés, non sucrés, bien collés et soutirés, on a un mélange qui se conserve, encore assez bien, et qui, hygiéniquement, peut n’être pas mauvais; mais, si les vins employés sont trop jeunes, si J comme cela est ordinaire, les vins sur- alcoolisés sont sucrés, le mélange fermente très-rapidement, il ne se conserve plus, et au moment de la consommation on a un vin acide, débilitant, d’une trèsmauvaise qualité.

C’est un grand mal que cette faculté laissée au commerce d’aviner les vins, avant leur introduction dans l’enceinte des villes, jusqu’à 26° d’alcool. C’est la principale cause de ces mélanges d’eau au vin commercial que je trouve mauvais ; parce qu’on ôte au vin mélangé ses chances de conservation , parce qu’on trompe et le fisc et le consommateur, et parce que cette fraude fait une concurrence déloyale et désastreuse aux vins naturels, aux producteurs et aux marchands de bonne foi.

J’ai cherché à reconnaître ces vins mélangés d’eau. J’avoue que le problème est d’une solution bien difficile : cependant j’ai été assez heureux pour le résoudre souvent avec bonheur. Voici d’après quels principes. Je compare par la dégustation l’échantillon soupçonné avec un échantillon type ; mais je n’ai besoin de dire que cette science tant prônée du dégustateur est loin d’être infaillible ; je détermine la proportion d’alcool contenue dans le vin ; je fixe exactement la proportion de résidu solide laissée par le vin examiné. J’attache de l’importance à ce caractère : les vins non sucrés, assez dépouillés pour être potables, laissent en général 22 gr. p. 1000 de résidu sec; les vins étendus d’eau, qui, lorsqu’ils sont faits avec intelligence pour être conservés, ne sont pas sucrés, ne m’ont laissé que 14 à 16 gramm. de résidu (cela se conçoit facilement, car l’eau en laisse de 0,1 à 0,5 p. mille). Je compare ce résidu avec celui d’un vin normal.

Je décolore avec le chlore un échantillon de vin normal et un échantillon devin soupçonné; j’ajoute dans les deux liqueurs un excès d’oxalate d’ammoniaque, et j’estime la quantité d’oxalate de chaux précipité. J’attache beaucoup de prix à ce caractère. En effet, les vins naturels potables qui sont conservés sans addition aucune au moins pendant deux ans sont dépouillés, par les dépôts et parles soutirages successifs, de la plus grande partie des sels calcaires qu’ils contenaient, qui se sont précipités à l’état de tartrate de chaux, et ils donnent un précipité très-faible, tandis que les vins allongés le sont ordinairement avec de l’eau de puits qui contient des sels calcaires. Ces vins nouvellement faits ne sont pas dépouillés de leurs sels de chaux introduits avec l’eau , et ils précipitent abondamment par l’oxalate d’ammoniaque. La réunion de ces essais m’a permis de porter un assez bon nombre de jugements exacts.

Les discussions inopportunes et les exagérations irréfléchies sur les falsifications des vins ont eu pour résultat de ranimer de fâcheux préjugés. On répète à l’envi que les marchands de vin en détail ne vendent que des vins fabriqués sans raisin, de l’eau alcoolisée et acidulée teinte avec du campê-

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che, et souvent associée avec des substances nuisibles. J’ai examiné à bien des reprises ces vins suspectés; je n’ai jamais rien rencontré de pareil. Le compaerce devins de Paris est fait par des négociants honnêtes, dont quelques-uns peuvent avoir des préjugés et de mauvaises habitudes, qui exploitent à leur profit de vicieuses dispositions légales, mais qui ne se rendent pas coupables de fraudes pareilles. S’il y a eu de très-rares exemples de vins ainsi composés, elles ont été opérées, comme Cassure un homme très-compétent, M. Lanquetin, non par le commerce en détail, mais par quelques rares fraudeurs qui n’écoulent qu’à grand’peine les produits de leur fabrication en les offrant à bas prix à de pauvres petits marchands peu experts.

Pour compléter cet article sur les falsifications des vins, il me reste à dire quelques mots de ces vins fabriqués par de très - rares fraudeurs qui n’écoulent qu’à grand’peine les produits de leur coupable industrie.

La plus criminelle de ces falsifications consiste dans l’addition de la litharge ou oxide de plomb, introduite dans le but démasquer l’acidité d’un vin tourné à l’aigre. Voici le meilleur moyen pour s’assurer qu’un vin a été frelaté avec un composé de plomb : On ajoute dans le vin blanc ou dans le vin rouge décoloré à l’aide du chlore, une dissolution de sulfure de calcium dans l’acide tartrique étendu d’eau. Cette dissolution précipite le plomb à l’état de sulfure noir, tandis que le fer qui peut se trouver naturellement dans le vin reste dissous dans l’acide chlorhydrique.

Voici le procédé qu’on emploie pour reconnaître les vins frauduleusement colorés :

On dissout d’abord une partie d’alun dans onze parties d’eau, et une partie de carbonate de potasse dans huit parties d’eau. On mêle le vin avec un volume égal de la dissolution d’alun qui rend sa couleur plus claire. Puis on y verse peu-à-peu de la dissolution alcaline, en ayant soin de ne pas précipiter la totalité de l’alumine. L’alumine se précipite alors avec le principe colorant du vin à l’état d’une laque dont la nuance varie avec la nature de la matière colorante, et qui prend, sous l’influence d’un excès de potasse, une autre teinte qui varie aussi en raison du principe colorant combiné avec l’alumine. Pour procéder à cet essai il faut faire une expérience comparative avec du vin rouge naturel, parce qu’il n’est pas possible d’établir des comparaisons exactes entre des couleurs qu’on retient seulement dans la mémoire. La comparaison se fait le mieux de onze à vingt-quatre heures après la précipitation. Le précipité que fournit le vin rouge non frelaté est d’un gris sale tirant visiblement sur le rouge, et la liqueur devient presque incolore à mesure que la précipitation de l’alumine s’effectue. Des portions du même vin, colorées par les matières suivantes, ont produit les réactions que voici : Le vin coloré par les pétales du coquelicot a donné un précipité gris bleuâtre. Le vin coloré par des baies de troëne a donné un précipité d’un violet brunâtre et une liqueur violette. Le vin coloré par les pétales de la passerose a offert la même réaction. Le vin coloré par les baies de myrtille a donné un précipité gris bleuâtre. Le vin coloré par les baies d’ièble a donné un précipité violet et une liqueur | de même couleur d’un gris bleuâtre par l’action P*

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'Vin

la potasse. Le vin coloré par les cerises \ fourni un précipité d’une belle couleur Violetl e. *Le mu coloré par le bois de Brésil a été précipité èn gris violâtre, et celui qui est coloré par le bois de Fcrnambouc a donné un précipité rose.

Bocchardat,

P rôf^seur agrégé à la.Façulté^e 1

de Paris,, pharmacien en chef de l'Hotel-Dicu.

VTWAïGB-is Ihyg. et pharm.), s. m. aéétüiïi. Ail mol Acétique tacide), nous avons traité du vinaigre qui n’est que de l’acide apétiqOe faible, ét àuçjuel sont mêlés les divers principes qui entrent daris Ta composition des liquides alcooliques qui, par une seconde fermentation dite acide, passent à l’état Vie vinaigre. Dans cet article, nous indiqUerôtisiés' principales sophistications que l’on fait subir au vinai-: gre, et nous parlerons des vinaigres composés ou médicamenteux.

Falsification do vinaigre — «Le Vinaigre, dit M. Guibourt dans un excellent mémoire publié dans le Journal de Pharmacie, et reproduit dans le Journal des Connaissances médicales' pratiques, en janvier 1847, devrait toujours être, ainsi que l’indique son nom, le résultat de l’acidification du vin ; mais de tout temps on en a fabriqué avec le cidre, le poiré et la bière dans lés contrées où ces boissons remplacent le vin, et, depuis quelques années, on en obtient de grandes quantités par la fermentation du glucose ou de matières sucrées quelconques, telles que les mélasses/fetc. » L’acide acétique retiré du bois sert aussi à rehausser l’acidité de toutes ces espèces de vinaigres. Deux moyens ont été proposés pour déterminer le degré de force des vinaigres, car le goût n’est souvent qu’un mode d’exploration trompeur. Ces deux moyens sont, l’un, la connaissance du degré de densité du liquide, et l’autre, sa saturation par un alcali.

Le premier moyen est sujet à erreur, bien qu’on en fasse usage comme indication ; car si le bon vinaigre doit avoir une densité déterminée, et que sa faiblesse indique sa mauvaise qualité, d’un autre côté, la fraude peut avec trop de facilité augmenter la densité de ces liquides pour que l’on doive s’en rapporter seulement à ce mode d’exploration. La saturation par un alcali est le moyen le plus exact. La soude caustique , le carbonate de chaux, le carbonate de potasse et celui de soude ont été proposés par divers chimistes comme agents d’essai pour les vinaigres. M. Guibourt préfère le carbonate de soude, qui avait été proposé par M. Chevallier, et il constate en centièmes de carbonate de soude la proportion d’acide acétique contenu dans le liquide.

Voici comme on opère : on fait dissoudre 50 gr. de carbonate de soude bien sec, et qui vient d’être chauffé au rouge, dans 500 gram. d'eau distillée: c’est la liqueur d’essai ; un centimètre cube de cette liqueur contient 5 décigram. de carbonate de soude sec. On met de cette dissolution dans un tube gradué contenant de 70 à 75 centimètres cubes, et dont chaque degré représente 10 centimètres cubes ou 50 centigram. de carbonate de soude; chacun de ces degrés est divisé en dix parties. On pèse •:0 gram. de vinaigre, et on en mesure 49 centimètres cubes d’une densité moyenne de 1018 à 1020 ;

on mét le Vihâfgre dans unqietif maints, et l’ony verse la liqiieur d’essai en agitant avec un tube de verre. Lorsque le vinaigre arrive près de son point de saturation, il prend une couleur de vin de Malaga ; on fait chauffer pour chasser l’acide carbonique, èt l’on sâture jusqu'à ce que le liquide ne rougisse plus le papier de todrncsol. Le bon vinaigre exige ijn peu plus de 6 degrés ou de 30 centimètres cubes de liqueur d’eêsai pour être saturé» ce qüi correspond à plus dc6centièrnes,ou à 3gram. de carbonate de soude sec. Chaque centième de carbonate de sdudé, tjui représente 50 cfântigram. de ce sel , correspond à 1,182 d’acide acétique monohydraté.

D’autrë’S chihiistes ont proposé de mêler la teinture de tournesol au vinaigre, et de s'arrêter lorsque, par l’addition de la liqueur alcaline, elle reprendrait sa coloration blëue. M. Bouchardat propose de mêler la teinture de toUrnèsol à de l’arrimortiaque licjuide et titré. On en mesure une certaine quantitë/fet l’on verse du vinaigre jusqu’à ce qne'la teiritüre de'tôürttësol passe au rouge; la quantité de vinaigre est eh raison inverse de sa richesse en acide acétique.

Lés substances que l'on mêle au vinaigre dans tin but de fraude ont pour résultat d’augmenter son acidité ou sa densité. Le vinaigre de bois, l’acide tartrique, l’acide sdlfurique, L'acide chlorhydrique et le sulfate de chaux sont celles dont on fait le plus souvent usage, et elles offrent plus ou moins de danger, suivant leur nature. Le vinaigre de bois ne présenterait d’autre inconvénient, s’il était bien pur, que de ne point offrir cet arôme que l’on recherche dans le vinaigre de vin; mais le plus souvent, et par l’effet des substances employées dans sa préparation, il contient de l’acide sulfurique, quelquefois même on en a trouvé qui contenait de l’acide arsénicjue: c’est ce qui a lieu lorsque l’acide éulfurique employé pour le préparer a été fait aveedes pyrites, qui toujours sont arsénifères.

L’acide tartrique est mêlé au vinaigre pour en augmenter la densité et l’acidité; on le reconnaît en faisant évaporer le vinaigèe au quart de son volume, laissant déposer le bitartra te qui se forme naturellement. On ajoute ensuite du chlorure de potassium, et s’il se forme un nouveau précipité de crème de tartre, c’est que de l’acide tartrique a été ajouté au vinaigre. Du reste, cette sophistication est celle qui présente le moins de danger.

Les acides minéraux mêlés au vinaigre agissent fortement sur les dents et les agacent. On reconnaît Yacide sulfurique au moyen d’un procédé indiqué par M. Chevallier : on fait évaporer le vinaigre aux sept huitièmes; on traite la portion qui reste par cinq ou six fois son volume d’alcool, qui dissout l’acide sulfurique; on verse ensuite du chlorure do barium, et l’on obtient un précipité de sulfate de ba- . ryte. Comme dans ce procédé, M. Guibourt dit que . les sulfates qui existent dans le vinaigre, ou qui t y auraient été mêlés, peuvent, ayant été rendus acides, céder de l’acide sulfurique. Il propose de traiter directement le vinaigre par le nitrate de baryte; le précipité qui se forme abondamment, joint à l’action que l’acide sulfurique exerce sur l’émail des dents , sera toujours une indication suffisante pour reconnaître la présence de l’acide sulfurique. Dans le vinaigre de bonne qualité, le pré-

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cipité ne se forme que lentement, et n’est que très-léger : deux gouttes d’acide sulfurique sur 100 gram. de vinaigre ont été facilement reconnues par ce moyen.

Le sxüfate de chaux se trouve quelquefois mêlé •accidentellement au vinaigre dans certains procédés de fabrication; on, le récpnqaU' ^précipitant le vinaigre par je,; nitr^tp de baryte, qui forme un précipité blanc et?bpnd^nt, pf en traitant une antre portion par jL’Qxafôjl# jjijl

l rme un précipité d’oxalate de diaux également fane. Deux grammes de sulfate de chaux par litre de vinaigre donnent un précipité très-abondant.

L’acide chlrhydrique se reconnaît, soit en traitant directement le vinaigre par le nitrate d’argent, ■soit en distillant le vinaigre, et en traitant le produit de la distillation par le même réactif. Dans ces deux cas, il se forme un précipité qui est très-abondant, même pour deux gouttes d’acide chlorhydrique ajoutées à 100 gram. de vinaigre. Le vinaigre pur de vin ne précipite pas immédiatement par le i : itrate d’argent, seulement, après quelques instants, il se forme un léger nuage.

Voici, du reste, quèls sont les caractères du bon vinaigre de vin ■■ il est limpide, d’un jaune fauve et assez foncé, d’une densité de 1018 à 1020 (2 de^ grés 50 à 2 degrés 75 du pèse-y inaigre de Baumé); d a une saveur très-acide, mais dépourvue d’â- < reté, et ne rendant pas les dents rugueuses au toucher de la langue ; il se trouble un peu par le nitrate de baryte et l’oxalate d’ammoniaque, et très- faiblement par le nitrate d’argent; il sature G à 8 centièmes de son poids de carbonate de soude desséché; il prend, en se saturant, une couleur de vin de Malaga, et acquiert une légère odeur vineuse sans mélange d’odeur empyreumatique; il contient 2 gram. 5 de bi-tartrate de potasse par litre, et ne renferme ni matière gommeuse, ni dextrinc, ni glucose; il ne contient également aucune substance métallique qui puisse produire une couleur brune noirâtre par les sulfhydrates alcalins, ou rouge brique par le cyanure ferruro potassique. Tout vinaigre qui aurait des qualités opposées à .elles que nous venons d’indiquer doit être regardé t omme de qualité inférieure, ou comme suspect de .alsification.

Vinaigres composés. — Le vinaigre, ainsi que le vin, l’alcool, etc., est un excipient souvent emdoyé en médecine; comme il dissout les résines, :as gommes résines, les huiles volatiles, l’extractif, on peut faire avec le vinaigre un grand nombre de réparations. On emploie deux procédés pour préparer les vinaigres : la distillation ou la macération. Les vinaigres composés sont, ou comestibles, vu de toilette, ou médicamenteux ; les vinaigres omestibles sont ceux que l’on prépare avec les eurs de sureau, dit vinaigre surar, avec l’estragon,

, us cornichons; ces vinaigres servent pour la table; /autres se préparent avec les framboises, et servent comme boisson d’agrément. Les sirops de viaigre et de vinaigre framboisé sont aussi employés ans le même but; on s’en sert également en médecine pour préparer des espèces de limonades.

: es vinaigres de toilette, tels que ceux de lavande, i sat, de romarin, de sauge, des quatre-voleurs, <i millet, sont employés pour l’usage extérieur. Les v .-.aigres médicamenteux, tels que le vinaigre aro-

matique, de colchique, camphré, d’ellébore, de myrrhe, de pyrèthre, d’opium, de seille, etc., sont habituellement employés dans la matière médicale, et sont plus ou moins actifs en raison des substances qui entrent dans leur composition. Lorsque l’on prépare des vinaigres par macération ou par distillation, les substances végétales que l’on emploie doivent être sèches, afin dp ne pas affaiblir lé vinaigre ; ce dernier doit être pur, fort, limpide , e,t exempt de tout mauvais goût. Lorsque L’on fait des distillations, il est important de ne recueillir que les deux premiers tiers des produits, car ce qui passe vers la fin de l’opération a toujours contracté une odeur empyreumatique, qu’il est important d’éviter. Souvent, après quelque temps de préparation, les vinaigres se troublent parce qu’ils abandonnent une partie des principes qu’ils avaient en suspension ; dans ce cas.il faut les décanter, les filtrer, et ils peuvent se conserver de nouveau longtemps sans s’altérer.

En décrivant chacune des substances qui forment la base des vinaigres que nous avons indiqués, nous avons montré dans quelle proportion elles pouvaient entrer dans la composition des diverses préparations médicamenteuses ; ici nous allons donner la formule de quelques vinaigres composés des plus usités.

Vinaigre aromatique. — On fait macérer pendant vingt-quatre heures, dans un litre de bon vinaigre blanc, 125 gram. d’espèces vulnéraires; on passe, on filtre et on ajoute 32 gram, d’alcoolat vulnéraire. On l’emploie à la dose de deux cuillerées dans un verre d’eau : on le prescrit aussi pour combattre les démangeaisons.

Vinaigre antiseptique , dit des Quatre -Voleurs.

— On prend sommités sèches de grande absinthe, de petite absinthe, de romarin, de sauge, de menthe, de rue, de lavande, de chaque 64 gr. ; calamus, aromaticus, cannelle, girolle, muscade, ail, de chaque 8 gram. ; camphre, 16 grain. ; acide acétique. 64 gram. ; vinaigre très-fort, 4 kilogr. Faites macérer ces plantes pendant quinze jours, passez avec expression, ajoutez le camphre que vous avez fait dissoudre dans l’acide acétique, et, après quelques heures de contact, filtrez. Ce vinaigre est loin de posséder les propriétés merveilleuses dont on l'avait doué ; il est encore employé pour stimuler la membrane pituitaire dans les cas de syncopes et pour masquer les mauvaises odeurs.

Vinaigre de pyrèthre. — 11 se prépare avec racine de pyrèthre, 30 gram.; opium. 30 centigr. ; vinaigre, 375 gram. ; on fait macérer les racines de pyrèthre, on filtre, on ajoute l’opium et l’on conserve pour l’usage. Ce vinaigre est employé | pour calmer les douleurs de dents. On prépare aussi un vinaigre aromatique de pyrèthre, dans lequel n’entre point l’opium, et qui est employé par les femmes comme objet de toilette; on lui atribue la propriété de raffermir et de donner une force tonique particulière aux parties sur lesquelles il est appliqué.

Vinaigre d’ellébore. — On le prépare avec racine fraîche d’ellébore noir, 100 gram. ; alcool, 64 gram. ; vinaigre, 1 litre; ce vinaigre se prépare par la macération, pendant vingt-quatre heures, et il s’emploie dans tous les cas où l’on fait usage de l’ellébore. (V. ce mot.)

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Les vinaigres faits avec les plantes aromatiques, tels que ceux de lavande, de romarin, de sauge, les pétales de rose, d’œillet, se préparent en mettant de 100 à 125 gram. de ces plantes sèches en macération dans un litre de vinaigre, pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures ; on décante et l'on conserve pour l’usage. On peut aussi préparer ces vinaigres en employant les alcoolats des substances que nous venons d’indiquer, et les mêlant dans une proportion convenable au vinaigre. Au moment du mélange, il apparaît quelquefois unq teinte laiteuse produite par l’huile essentielle non dissoute ; mais elle disparaît au bout de quelques jours , et le vinaigre reprend sa transparenpe.

Vinaigre aromatique anglais. — Il se prépare en pulvérisant dans un mortier, à l’aide d’un peu d’acide acétique, 64 gram. de camphre; on l’introduit dans un flacon bouché à l’émeri ; on ajoute 625 gram. d’acide acétique très-concentré, 5 décigr. d’huile volatile de lavande, 2 gram. d’huile volatile de girofle, 1 gram. d’huile volatile de cannelle ; après quinze jours, on décante et l’on conserve pour l’usage. Ce vinaigre, que l’on renferme dans des flacons de cristal, et qui est destiné à être respiré; comme on le voit, est préparé avec V acide acétique pur , et doit être considéré comme un supplément à cet article.

J. P. Beaude.

vroi. (méd. le’g.\ s. m. On désigne ainsi l’acte de la copulation exécuté avec violence; c’est un crime puni par la loi des peines les plus sévères, et pour la constatation duquel la justice a toujours recours aux lumières des médecins. Il en est peu pour lesquels les hommes de l’art éprouvent souvent plus d’embarras et de difficultés, pour reconnaître la réalité du crime; tant les circonstances physiques et morales qui l’accompagnent peinent souvent induire en erreur.

La réforme apportée dans le code pénal en 1831 a distingué l’attentat à la pudeur avec violence du viol proprement dit , que l’ancienne législation confondait et punissait de la même peine. Voici les dispositions du code de 1831 :

Art. 331. Tout attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence sur la personne d’un enfant , de 1 un ou de l’autre sexe , âgé de moins de onze ans, sera puni de la réclusion.

Art. 332. Quiconque aura commis le crime de viol sera puni des travaux forcés à temps. Si le crime a été commis sur la personne d’un enfant au-dessous de l’âge de quinze ans accomplis , le coupable subira le maximum de la peine des travaux forcés à temps. Quiconque aura commis un attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence contre des individus de l'un ou de l’autre sexe, sera puni de la réclusion. Si le crime a été commis sur la personne d’un entant au-dessous de quinze ans accomplis le coupable subira la peine des travaux forcés à temps.

Lorsqu’un homme de l’art aura été chargé de visiter une personne qui sera présumée avoir été l’objet d’une tentative de la nature de celles qui viennent d’être énoncées, il devra d’abord s’informer de l’état antérieur de la santé de la partie

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plaignante; examiner sa force, sa constitution , ses moyens de résistance à une attaque de vive force, enfin se faire narrer l’événement, afin de déterminer si la nature des lésions coïncident avec les plaintes qui sont faites à la justice. Si c’est une jeune fille non nubile, indépendamment d< s renseignements que nous venons d’indiquer, il aura soin d’examiner si dans les discours del’enfant il n’y a point de ces détails, de ces expressions, de ces mots qui sembleraient indiquer qui* les plaintes lui ont été ou suggérées dans l’intention coupable d’accuser un innocent, ou qu’elles ont été modifiées involontairement par des questions indiscrètes dont le résultat a été de donner en apparence au délit un caractère plus grave que celui qu’il a véritablement. Bien que le médecin ne soit pas le juge de toutes ces circonstances , et qu’elles doivent être en définitive appréciées par les magistrats et le jnry , elles n’en doivent pas moins servir à le guider dans ses récherches , à l’éclairer dans ses conclusions ; l’exemple de tous les médecins légistes , à prendre depuis Paul Zacchias jusqu’aux hommes les plus instruits de notre époque , est une autorité suffisante.

Après ces renseignements préalables , le médecin devra procéder à la visite des parties , objets des violences ; ici la plus grande circonspection et les précautions les plus minutieuses devront être apportées dans ces recherches ; car il pourrait quelquefois arriver que dans cette exploration, faite sans ménagement chez une jeune fille vierge, des lésions produites par les attouchements des experts fussent prises pour des faits résultant des sévices dont elle est supposée être la victime. On comprend aussi que le caractère des lésions locales peut varier suivant l’âge , le tempérament, l’état de santé ou de maladie de la personne violée. L’on doit même tenir compte de toutes ces circonstances pour le sujet qui est accusé du crime. On peut supposer qu’il est certains cas où la faiblesse de l’accusé comparée à la force de la prétendue victime , ne devra laisser aucun doute sur le consentement de cette dernière lors même que l’on aurait trouvé des traces récentes de défloration. La comparaison de l’ampleur et du volume respectif des parties est aussi très-important à constater, puisqu’il est telles circonstances dans lesquelles le viol n’aurait pu avoir lieu sans de graves désordres chez une fille non vierge, tandis qu’il en est d’autres où le viol aurait pu avoir lieu et être complètement consommé , sans que les désordres locaux fussent trop considérables. L’exiguïté ou le volume considérable du pénis peuvent concourir à constituer ces faits aussi bien que l’état de virginité ou de défloration, d’étroitesse ou d’amplitude de l’ouverture vaginale.

Lorsque le médecin est appelé à visiter une jeune fille vierge, victime d’un viol, ordinairement il trouve les parties sexuelles dans l’état suivant : les grandes lèvres sont contuses et tuméfiées, les nymphes excoriées, rouges et souvent déchirées , la membrane de l’hymen rompue et présentant encore les traces de déchirures, le raéal urinaire rouge et enflammé, le clitoris quelquefois écorché et participant à la tuméfaction générale, la fourchette écorchée et quelquefois détruite.

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Le col de l’utérus, quoi qu’en aient dit quelques auteurs, ne présente point ordinairement de modification dans son état; cependant on comprend qu’il peut exister telle circonstance où il participe ainsi que le vagin à la tuméfaction des parties externes ; ce fait pourra se faire remarquer surtout lorsque les efforts violents du ravisseur auront coïncidé avec un volume relativement considérable de l’organe ayant seitvi à la défloiiationl. Aces signes, on doit joindre iaussi oies tracés de< violences qui auront dè précéder l’accomplissèt ment du crime; ainsi ,,, des contusions à la partie interne des cuisses, sur les; bras, les jambes, la poitrine, et quelquefois le visage; ces traces devront être d’autant plus évidentes, que l’on pourra supposer, en comparant la force des deux individus , une lutte plus longue et soutenue avec avantage pendant un certain temps.

Souvent tous ces signes' de violence ne; se présentent pas à la fois , et nous avons indiqué les causes qui dans un eertain nombre de cas peuvent en faire manquer quelques-uns. Indépendamment de ces causes , il en est qui sont relatives aux personnes victimes du viol; ainsi la membrane hymen, dont la déchirure est considérée par quelques auteurs comme un signe évident de défloration , peut, dabs certaines circonstances, subsister , quoiqu’il y ait eu viol , d’autres fois ne point exister, et faire supposer à tort qu’il y a eu cohabitation antérieure , et conséquemment défloration, avant l'attentat objet de la plainte.

Les causes qui peuvent détruire la membrane hymen, avant qu’il y ait eu cohabitation, sont l’existence de fleurs blanches âcres et corrosives, des ulcérations sur cet organe, des exercices violents, un coup, une chute, l'exercice du cheval à califourchon , l’introduction d’un corps plus ou moins volumineux dans l’intérieur du vagin , et souvent dans un but de lascivité. Dans ces cas, le médecin pourra ne trouver d’autre vestige de l’hymen que les caroncules myrtiformes, sans que pour cela la personne visitée ait cessé d être vierge , dans le sens moral du mot. D’un autre côté, on a vu des femmes conserver l’hymen intact, quoiqu’elles aient subi nombre de fois les approches de l’honme. Le relâchement de cet organe, causé par l’humidité entretenu par des fleurs blanches ou par l’écoulement menstruel , a quelquefois pu permettre à cette membrane de céder «t de s’étendre sans se rompre , et la femme a pu présenter ce signe apparent de virginité, quoiqu’elle fût réellement déflorée. Marc a cité , le cas d’une jeune fille dé douze ans, qui entra à l’hôpital de la Pitié pour se faire traiter d’une affection syphilitique, et qui, après avoir cohabité pendant plusieurs mois avec un jeune garçon un peu plus âgé qu’elle , puis avec le père de” ce jeune homme , présenta , après un séjour de quelque temps dans l’hôpital, l’existence de la membrane hymen, qui n’avait point été remarquée d’abord , vu l’état d’affaiblissement et de relâchement dans lequel elle se trouvait. 11 arrive d’autres fois que la membrane hymen persiste par une raison tout opposée, c’est-à-dire par la rigidité et la résistance qu’elle présente aux efforts du coït; les auteurs citent plusieurs cas dans

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lesquels cette membrane présenta même assez de ténacité pour s'opposer aux efforts de l’accouchement.

On voit que les signes que l’on pourrait tirer de la présence ou de l’absence de l’hymen , dont plusieurs anatomistes ont même nié l’existence, sont fort équivoques , et que l’on ne peut, sur ce fait, établir l’état de virginité ou de défloration. 'Les auteurs , pénétrés de ces doutes, ont cherché -à joindre d’autres signes à celui qui manquait si 'souvent; l’état du cou , de la voix , des seins, a été présenté comble offrant des Caractères non équivoques; mais ces signes, signalés par les médecins anciens et même adoptés par quelques médecins modernes , sont loin d’avoir la valeur qu’ori a voulu leur attribuer ^ ils donnent encore moins de garantie que celui que nous venons d’indiquer. L’état des parties sexuelles, lorsque la cohabitation a été fréquente et qu’elle date depuis quelque temps, donne des indices plus certains. Ainsi les grandes lèvres sont moins rapprochées et plus ouvertes que chez la jeune fille non déflorée ; elles sont aussi plus affaissées et moins fermes , leur partie interne est moins vermeille; les caroncules sont moins saillantes, plus affaissées; la fourchette est plus relâchée , l’ouverture vaginale moins resserrée et souvent assez large. Cependant ces signes assez certains de l’introduction souvent répétée d’un corps dur dans les parties de la génération peuvent disparaître lorsque , chez de jeunes filles, une continence assez longue a succédé à une débauche anticipée , mais peu prolongée. Parmi les signes de la virginité que nous avons énoncés , il en est qui persistent avec l’âge; d’autres, au contraire, qui disparaissent. L’hymen est de tous ces signes celui qui souvent se conserve le plus longtemps , et quelquefois alors qu’aucun autre signe ne permettrait d'en soupçonner l’existence; l’on a vu de vieilles filles le conserver, même jusqu’à soixante ans.

Les signes que nous avons indiqués comme pouvant faire reconnaître une cohabitation violente et forcée varient, comme on peut le penser, suivant les âges et suivant les états. Ainsi les désordres qui seront nombreux et graves chez une jeune fille vierge et non pubère sont moins étendus chez une fille adulte, et à plus forte raison chez une femme vivant dans l’état de mariage ou ayant déjà eu des enfants. Cependant, dans ces derniers cas, les traces de violence n’en existent pas moins sur les parties sexuelles et surtout sur les parties environnantes ainsi que sur les membres dont le ravisseur aura du s’assurer, afin de pouvoir commettre son crime.

L’inflammation et l’écoulement purulent qui souvent, chez de très-jeunes filles, sont la suite du viol, ont quelquefois laissé croire qu’il y avait infection vénérienne, et ont concouru à aggraver la position du coupable. 11 est important de réformer ces erreurs de diagnostic, dont les conséquences peuvent être si graves ; car il est à remarquer que ces sortes d’écoulements, qui sont le résultat de l’attrition à laquelle les parties ont été soumises, cèdent avec facilité à un traitement aniphlogistique continué pendant peu de temps. D’autres fois, l’existence de semblables écoulements, déterminée par une affection catharrale, vermineuse ou

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par toute autre cause interne, a (ait supposer t|u’il y avait infection directe et tentative de viol. De là des accusations qui, d’abord soulevées légèrement, ont été ensuite poursuivies avec mensonge et, mauvaise foi.

11 est des cas dans lesquels il est nécessaire de procéder à l’autopsie dans le fait de viol, soit lorsque la femme a succombé immédiatement aux violences dont elle a ’été l’objet, soit, lorsque ce crime a été suivi d’un assassinat et qu’il est nécessaire de le constater, afin de mettre la justice sur les traces du coupable. Outre les signes que nous avons indiqués, l’état de l’utérus, plus ou moins plilogosé, l’état des trompes, une conception récente, peuvent éclairer le médecin. La présence de la liqueur séminale dans le conduit vaginal et dans l’utérus pourra aussi être constatée par l'examen microscopique et les réactifs chimiques. (V. Sperme .) 11 en serait de même des taches que présenterait le linge d’une jeune fille que l’on supposerait victime de violences érotiques,

Les viols peuvent être aussi commis par menaces, abus d’autorité, poisons stupéfiants, etc.; dans ces circonstances la violence a été toute morale, ou la femme violée a été mise dans l’impossibilité physique de faire aucune résistance. C’est surtout dans cette classe de viols qu’il est important de bien distinguer les cas dans lesquels il y a eu violence réelle de ceux dans lesquels le viol peut avoir étéconsenti.caril estdes cas dans lesquelsla haine, la cupidité peut faire supposer des viols qui n’ont point existé; il en est d’autres ou une femme abusée volontairement, puis abandonnée, cherche à se venger en voulant perdre l’homme qu’elle regarde comme la cause de son déshonneur, et, quoique l’homme soit coupable aux yeux de la morale, il ne l est certainement pas comme le veut la loi. Aussi faut-il, disent les auteurs, ne juger qu’avec la plus grande circonspection certaines traces de violence qui peuvent fort bien n’être que le commencement d’une résistance qui a bientôt cessé pour faire place à un volontaire abandon, et qui ainsi ne peuvent établir les caractères de violence qui constituent un viol réel. C’est dans ces circonstances qu’il est important d’apprécier l’état de moralité des plaignantes, qui plus que tous autres faits peut jeter de vives lumières sur ces questions. Le médecin, dans tous ces cas, devra toujours se pénétrer de la difficulté de consommer un viol lorsque les forces ne sont pas énormément disproportionnées, et lorsque le ravisseur n’a pas été aidé par quelques circonstances ou par des complices.

Il estdes attentats à la pudeur, qui peuvent être commis sur les personnes d’un autre sexe, que la loi punit avec une égale sévérité; le médecin pourra les constater par les déchirures qui existeront à la marge de l’anus, et l’inflammation dont ces parties devront être le siège. Ces sortes de crimes, qui heureusement sont rares, ont quelquefois été simulés par des personnes qui se livraient passivement à ces honteuses débauches, et qui, dans un but aussi vil que cupide, accusaient des individus riches d’avoir arraché avec violence ce qu’ils offraient volontairement. L’on doit à Cullerier une observation qui sert à reconnaître ces

hommes dépravés, c’est que chez eux l’anus a la forme d’un entonnoir et se rapproche par sa conformation des formes extérieurs de la vulve ; cette déformation s’explique facilement par l’introduction souvent répétée d’un corps dur, qui distend et relâche le sphincter de l’anus ; aussi chez ces §tir jets est-il facile de faire pénéirer le doigt dans, fe rectum. 11 arrive quelquefois qu’une infection syphilitique peut êtrela suite de. l’attentat dont nous venons de parler. Dans ces cas, des ulcérations, un écoulement purulent, des pustules muqueuses, des végétations, se font remarquer à la marge de l’anus; cependant, lorsqu’il y a infection générale par une autre voie, les deux derniers symptômes que nous venons d’indiquer peuvent se manifester sans qu’il soit permis de supposer une cause directe.

J. P. Beaudë.

violette ( mat.méd.),s.{.,viola . Famille des violariées, J. Syngénésie, monogamie, L. C’est une plante herbacée, vivace, qui croît abondamment et naturellement dans les bois, dans les prés et les haies de l’Europe. Tout le monde connaît le délicieux parfum qui décèle au loin sa présence'., Elle est très-cultivée dans les jardins, non pas seule- j ment à cause de son odeur, mais encore en raison de ses propriétés pharmaceutiques, qui en font l’objet d’un commerce assez considérable. Deux parties de cette plante sont usitées dans la matière médicale, les racines et les fleurs.

Les racines de la violette (rhizomes) sont blan- \ châtres, ou jaune pâle, cylindriques, ridées, de i la grosseur d’une plume à écrire. L’écorce par rait jouir de propriétés analogues à celle de l’ipécacuanha, et déjà, dans le siècle dernier, le célèbre Linnée l’avait proposée comme vomitive. Coste et : Willemet, par des expériences directes, démontrèrent qu’à la dose de 2 grammes, elle avait déterminé un vomissement et trois déjections alvines, et qu’à la dose de 4 grammes on arrivait jusqu’à six vomissements. L’analogie chimique est venue confirmer ces données de l’expérience. M. Boullay y a trouvé un principe particulier, la violine, qui ! présente des caractères semblables à ceux de l’émétine tirée de l’ipécacuanha. Ce chimiste propose j de nommer le nouveau produit émétine indigène. La violine est blanche, pulvérulente, d’une saveur âcre et amère, peu soluble dans l’eau, plus cependant que l’émétine. Elle tue un chien à la dose de 3 à 5 décigrammes ; à la même dose, chez l’homme, elle déiermine des vomissements et des selles. L’écorce de racine de violette ou son principe la violine | sont indiqués dans les mêmes cas que les autres I vomitifs. Dans la dyssenterie, elle donne les mêmes I succès que l’ipécacuanha. La racine s’administre en décoction à la dose de 8 à 12 grammes pour 180 gram. d’eau, et la poudre à la dose de 4 à 8 gram. J Nous avons vu plus haut à quelle dose la violine j pouvait être administrée.

Fleurs — Rien de mieux connu que la forme et l’odeur des fleurs de la violette; quand elles sont desséchées cette odeur se modifie sans cesser d’être agréable. On se sert autant que possible des fleurs i du printemps, que l’on fait séculier avec grand soin dans des étuves. Quand la violette est rare, on peut lui substituer sans inconvénient la pensée cultivée

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(viola tricolor), ou la viola ealcarata, très-commune dans les Basses-Alpes et dans le Jura.

E’infüsion de!fleurs de violettes est très-adoucissante et mucilagineuse. On l’dmploie dans les irritations des bronches, dans tes bronchites aiguës, la pneumonie, la pleurésie. Elle est aussi très-usitée dans les fièvres éruptives, telles que la variole, la rougeole, la scarlatine, tant pour combattre là toux ordinaire à ces affections, à la rougeole surtout, que pour faciliter l’éruption comme léger sudorifique. On en fait un sirop employé pour édulcorer les potions du les juleps béchiques,, et qui sert aussi comme réactif des alcalins qui font, av. c une grande facilité, passer la solution violette à une teinte verte très-marquée.

J. P. Beaudè.

VioiiiKTE (mat. mcd.), s. f. (T. Violette.)

vip2h,s (zooL), s. f. (F.. Serpent. )

vir,eux (path.), adj., v/mus, qui tient à un virus poison, qui est doué de propriétés nuisibles toxiques. — Substancevii euse, odeur virease,odenr nauséabonde qui semble annoncer les qualités malfaisantes du corps qui la présente.

Vinn (anat.physiol.),aiâ].,virilis, d evir, homme, qui appartient à l’homme. Membre viril. (F. Pénis.) Age viril (V. Age.)

viruleist ( path .), adj., qui a rapport au virus. (V. ce mot.)

virus (pathol.). s. m. Mot latin qui signifie poison, matière corrompue, et qui a été conservé dans le langage médical, mais avec une acception plus rigoureusement spécifiée. Le virus est un principe inconnu dans son essence, qui se développe dans certaines maladies, et qui, inoculé à un individu sain, transmet précisément cette même maladie. Ainsi , la salive d’un chien enragé inoculée à l’homme ou à certain animal donne la rage. Le pus d’un ulcère syphilitique donne la syphilis. Le Vaccin, la variole, la morve, ont aussi un virus. On voit la différence qui sépare le virus, produit morbide, du venin, produit normal sécrété par un organe spécial chez un animal parfaitement sain.

viscère ( anat .), s. m-,viscus (en grec splanchnon),devesci, se nourrir, parce que primitivement on donnait le nom de viscère aux entrailles, c’està-dire à l’appareil digestif. Aujourd’hui ce mot est pris dans une acception plus étendue, il désigne les organes logés dans les trois grandes cavités dites splanchniques ou viscérales; à savoir: le crâne qui contient le cerveau et le cervelet; le thorax qui renferme les poumons et le cœur; et enfin le ventre qui contient les intestins, le foie, la rate, les reins, e-tc. J. B.

viscosité (physiol.), s. f. , visciditàs, deviscus, glu. On appelle viscosité l’état glutineux ou collant que présentent certains corps.

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visioîi (physiol.) , s. f-, visio , ‘de videra, voir. C’est l’action devoir (V. plus bas). On appelle aussi visions de fausses perceptions de la vue, ou plutôt de l’imagination, qui nous représentent des objets qui n’existent pas. (V. Hallucinations.)

Vision (physiol.), s. f. On appelle vision l’acte complexe par lequel l’oèil reçoit l'impression de la lumière et la transmet atreerveau qui la perçoit. Nous renvoyons aux mots Météorologie et OEilpour les détails relatifs àux phénomènes physiques de.la lumière et à la structure de l’œil, détails dont la connaissance est indispensable pour comprendre lé mécanisme suivant lequel les rayons lumineux traversent l’œil, en s’y réfractant de différentes manières, et se peignent erifin sur la rétine.

On conçoit que dans un ouvrage comme celui-ci, nous né pouvons entrer dans l’examen approfondi ) dé Ce mécanisme; nous! nous bornerons donc à exposer les généralités qui se rapportent au phénomène de la vision, et les questions-que nous aurons à examiner suffiront et au-delà à défrayer cet 1 article.

Phénomènes de la vision. — 1° Nos yeiur ouverts embrassent, un espace , plus ou moins étendu , suivant l’étendue de l’horizon, suivant, en effet, que nous portons nos regards sur une vaste plaine, ou sur les murailles d’un appartement étroit. Et cet espace, quel qu’il soit, que nous embrassons à-Ia-fois avec nos yeux immobiles, constitue ee que l’on nomme le champ de la vision. Chacun de nos yeux également immobiles en embrasse plus delà moitié, ainsi qu’on peut s’en assurer en les fermant <et en les rouvrant tour-à-tour. On reconnaît que chacun d’eux empiète sur la moitié de l’espace correspondant à l’œil opposé et vers une partie du champ de la vision de l’autre œil .

2° Nous vo,yonsles objets dans leur situation réelle.

; bien qu’ils fassent au fond de l’œil une image renversée; mais i! ne faut pas prendre pour cette image notre propre figure que nous voyons en regardant les yeux de nos semblables.

Lorsque nous portons nos regards sur un arbre, son image se peint renversée au fond de l’œil comme au fond d’une chambre obscure dont un volet est percé d’une ouverture étroite. Ce phénomène provient de ce qu’alorsle pied de l’arbre se trouve audessous de l’axe visuel qui traverse l’œil par son centre d’avant en arrière ; de ce que parmi les rayons de lumière qui partent du pied de l’arbre, dans tous les sens, ceux-là seuls qui peuvent entrer obliquement de bas en haut dans la pupille, pénètrent dans l’œil, et vont peindre le pied de l’arbre à la partie supérieure de cet organe ; de ce que le sommet de l’arbre se trouvant au-dessus de l’axe visuel parmi les rayons qu’il réfléchit, ceux-là seuls qui peuvent entrer obliquement de haut en bas par la pupille vont peindre le sommet de l’arbre à la partie inférieure de l’œil ; de ce que tous les points intermédiaires se peignent par le même mécanisme et dans l’ordre respectif où ils se trouvent, les uns en bas, les autres en haut, au fond de l’organe de la vue, c’est-à-dire d’autant moins haut et d’autant moins bas qu’ils sont plus rapprochés de l’axe visuel; de ce que l’image du point qui se trouve sur l’axe visuel va se peindre à l’extrémité de cet axe, jusqu’au fond de l’œil.

Mais alors, s’est-on dit, puisque les images sont

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renversées dans l’œil, les objets doivent nous paraître renversés, pourquoi n’en est-il pas ainsi? Les choses les plus simples sont toujours celles qu’on comprend le moins. 11 y a deux faits pour un, qui, chacun en particulier, préviennent cette erreur. Et d’abord, si nous regardons un arbre au milieu de la campagne, il se peint renversé au fond de notre œil, avons-nous dit; mais parla même raison que le pied va se peindre à la partie supérieure de l’œil , la terre, encore plus bas, va se peindre encore plus haut; par la même raison qu’il réfléchit son sommet à la partie inférieure de l’œil, il réfléchit plus bas encore la voûte du ciel qui est plus élevée. L’arbre n’a donc pas changé de rapport avec les objets qui l’environnent; il a toujours dans l’image de la nature tracée au fond de l’œil ses racines dans la terre et son sommet dans le ciel, et en le voyant dans cette situation nous le voyons tel qu’il est réellement.

Mais la meilleure explication adonner du phénomène en question, c’est de faire observer que nous voyons les objets dans la direction suivie par les faisceaux lumineux à leur entrée dansl’œil, comme si la rétine sentait cette direction; et que l’esprit place toujours les objets dans le prolongement direct des rayons à leur entrée dans l’œil. Ainsi nous jugeons le ciel au-dessus de nous, parce que nous le voyons au bout des rayons qui en apportent l’image dans nos yeux, et qui, relativement à notre œil, sont dirigés en haut. Nous jugeons la terre à nos pieds, parce que nous la voyons aussi au bout des rayons qui nous en apportent l’image et qui viennent de bas en haut. Nous voyons toutes les parties de notre corps de la même manière, 6ans déplacement et sans erreur.De même si les rayons lumineux émanés d’un corps ne parviennent à nous qu’après s’être déviés et réfractés, comme on le dit, nous voyons l’objet sur le prolongement de la ligne qui vient en dernier lieu aboutir à notre œil. C’est ainsi qu’au lever de l’aurore nous apercevons le soleil à l’horizon avant qu’il y soit réellement parvenu.

3° Nous voyons nettement la forme et la couleur des corps par la lumière qui arrive à notre œil, bien qu'elle s’y décompose. Cela tient à ce que dans son admirnbledisposition, de courbure, dedensité, etc., les différents milieux de l’œil corrigent les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité qui, dans les lunettes non achromatiques, font voir les objets avec une frange irisée. L’œil est un instrument achromatique, sans que l’on ait jamait démontré d’une manière mathématique les conditions qui le rendent tel.

4° Nous voyons différemment, suivant l’attention que notre esprit apporte à la sensation. — Lorsque nous voyons sans attention et que nous sommes préoccupés, nous voyons confusément les objets, et ils ne font pas d’impression nette, ou même ils n’en font pas du tout sur notre esprit. Aussi nous serions incapables d’en rendre un compte exact. Néanmoins, si, sans être attentifs, nous ne sommes pas distraits et préoccupés, nous apercevons avec quelque exactitude les objets qui nous environnent, leur grand ou leur petit nombre, leur direction, leur situation respective, leur étendue, leurs formes, leurs couleurs, et, quoique nous les voyions plus ou moins confusément, nous recevons de cette

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vue confmse des notions très-importantes dans la pratique de la vie.

Dans la vision attentive , l’œil se portant à la recherche des impressions lumineuses, exécute les mouvements à l’aide desquels il recueille en quelque sorte les sensations visuelles. Ces mouvements sont au nombre de quatre, élévation, abaissement, et transporta gauche ou à droite; ils ont pour objet de diriger l’axe antéro-postérieur des yeux perpendiculairement sur les objets , et c’est ce qui constitue le regarder.

Tantôt les yeux, volontairement dirigés vers les objets, les parcourent si rapidement que nous en prenons seulement une vue générale, une vue d’ensemble toujours un peu confuse; tantôt, au contraire , nous les regardons tour-à-tour, nous les regardons avec attention, et alors nous en prenons une vue distincte. Dans ce dernier cas, nous fixons particulièrement nos regards sur un point de ces objets , de manière que l’axe de chacun de nos yeux ou d’un seul touche directement sur ce point.

5° Nous regardons tantôt avec un seul œil, tantôt avec les deux yeux. D’après ce que nous avons dit en terminant le dernier paragraphe, on voit qu’il y a deux manière différentes de regarder. J’appelle regard convergent, ou par les deux yeux, celui dans lequel l’axe de chacun des yeux con- > verge au même point; et regard par un seul œil, ou regard parallèle, celui dans lequel l’axe d’un seul œil aboutit au point regardé , parce qu’alors l’axe de l’œil opposé est parallèle à l’axe du premier.

Quelques personnes ont nié la vision avec un seul œil ; elle se prouve d’abord par le parallélisme i des deux yeux dans l’action de regarder, un seul | œil ayant son axe dirigé vers l'objet, et ensuite par une expérience bien simple et qui consiste à glisser successivement une carte au-devant des deux yeux; quand on tombe sur celui qui regardait , l’objet disparaît tout-à-coup.

Ce phénomène de la vision par un seul œil ou par les deux yeux a lieu pour les objets éloignés > ou très-rapprochés. La vision par les deux yeux est plus claire et plus étendue; mais dans certain 1 cas la vision par un seul œil est plus sûre; par exemple on ne peut se servir que d’un seul œil pour aligner des jalons ou ajuster un coup de fusil.

6° Lorsque nous regardons un objet nous n’en regardons qu’un point à-la-fois. Ouvrez un livre ; et arrêtez-y vos yeux, vous reconnaîtrez bientôt qu’ils sont fixés sur un seul mot en particulier; que, dans ce mot , ils le sont plus particulièrement sur une lettre et même sur un point infiniment petit de cette lettre ; que c’est aussi ce point que ; vous voyez très-distinctement quand vous êtes attentif; qu’au contraire, vous voyez les autres lettres et les autres mots de moins en moins distinctement, à mesure qu’ils sont plus éloignés du point distinct; qu’il faut deux conditions pour voir distinctement : diriger les yelix sur un ou plusieurs points successivement et être attentif à ce qu’on voit. 11 y a donc, dans le regarder, vue distincte d’un point infiniment petit, et vue de plus en plus confuse de ce point à la circonférence.

11 y a donc une me distincte et une vue confuse. •

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— La première s’accomplit soit par un seul œil, soit par les deux; la seconde s’accomplit aussi des deux manières. Comme la saillie du nez borne beaucoup le champ de la vision de chacun des deux yeux en dedans, chacun de ces organes embrasse un espace plus étendu en dehors, et chacun d’eux y aperçoit exclusivement les objets placés de son • côté, tandis qu’en dedans ils les voient en commun, mais sous une perspective un peu différente.

Quelque imparfaite que la vue confuse puisse paraître comparativement à la vue distincte par l’inexactitude des no ions qu’elle fournit à l’intelligence, il s’en faut bien qu’elle lui soit inférieure en utilité, comme on pourrait le croire à la première pensée.

En effet, tandis que la vue distincte est si limitée qu’elle n’embrasse qu’un point infiniment petit et en quelque sorte mathématique, la vue confuse s’étend à tout le champ de la vision , et si elle ne distingue réellement rien parfaitement; même tout près du point de vue distinct , elle en voit assez et fournit des lumières assez vives à l’intelligence pour que celle-ci devine une multitude de choses qui lui sont déjà connues et familières. Ainsi quand vous regardez une lettre dans un mot, vous devinez aisément les deux lettres suivantes, souvent même le mot tout entier ; mais vous le devinez réellement et ne le distinguez pas. Ainsi, encore par la vue confuse , nous reconnaîtrons un objet voisin de celui que nous regardons; nous distinguerons facilement, en marchant et en lisant dans la rue, un homme d’un enfantou d’une femme, et nous éviterons deles heurter. Nous reconnaîtrons aussi d’autant mieux les objets ou les corps environnants, qu’ils sont plus brillants, plus gros, moins éloignés de nous et plus éloignés les uns des autres.

En résumé, tandis que la vue distincte ae nous fait connaître que successivement le nombre , la situation , l’étendue , la direction , la forme ou la figure des choses et leur couleur , la vue confuse nous fait connaître immédiatement , jusqu’à un certain degré d’exactitude, la plupart de ces caractères.

7° Bien que chacun des yeux , regardant le même objet, dans le champ commun de la vision, en reçoive en apparence une image et une impression semblable, ou même identique, les deux images sont néanmoins souvent un peu différentes l’une de l’autre sous le rapport de la situation et de la forme de l'objet qu’elles représentent.

Ces différences viennent de ce que, les yeux étant un peu écartés l’un de l’autre , ils voient chacun de leur côté le même objet dans un alignement un peu différent avec les objets placés par derrière, et de ce qu’ils les voient sous une perspective ou par des côtés qui ne sont pas les mêmes pour l’un et l’autre de chacun d’eux.

8U Quoique chacun des deux yeux apercevant le même objet en reçoive une impression particulière, nous n’avons cependant la conscience que d’un objet , soit que nous le voyions d’une manière distincle, soit que nous l’apercevions d’une manière confuse, comme les objets placés latéralement à une certaine distance de la ligne visuelle. Ainsi l’esprit ne se trompe pas sur le nombre réel des objets qui frappent la vue. Cette discordance

T. II

entre le nombre des impressions ou des images reçues par les yeux et l’unité de l’objet perçu a toujours embarrassé les physiologistes et les physiciens. Or, en examinant le phénomène par la voie de l’analyse, rje veux dire par l’étude des éléments dont il se compose, nous y avons remarqué d’abord un fait de vision et un fait d’intelligence ; et comme l’impression, double chez nous, est multiple chetf les animaux qui ont les yeux multiples, tandis que la perception est toujours unique, nous avons dû penser que l’unité de la perception dépendait plus de l’intelligence que des yeux, Au total, v^j|i le résultat des recherches minutieuses que noïfslavons entreprises sur cettequestion. 11 y a deux causes pour lesquelles un objet est vu seul, quoiqu’il fasse deux impressions sur les yeux : 1° une cause négative qui n’est pas constante, l’identité ou du moins la grande analogie de forme, de grandeur, de couleur etc. que chacune des deux impressions d’un même objet fait sur chaque œil; 2° Une positive bien plus importante, l’attention, qui , ne pouvant s’appliquer à deux choses à la fois, ne peut apercevoir en même temps deux impressions semblables, venant d’un même objet, quoiqu’elle puisse se porter vaguement sur plusieurs choses différentes en même temps.

9° Visions des objets plus ou moins éclairés et à diverses distances. Nous voyons les objets d’autant plus nettement qu’ils sont plus éclairés. Ils nous paraissent en outre d’autant plus étendus et plus éloignés qu’ils sont plus obscurs. Nous les voyons d’ailleurs d’une dislance d’autant plus grande que leur lumière est plus vive.

Les distances modifient l’apparence des objets sous trois rapports différents : 1er la couleur des objets est d’autant plus distincte qu’ils sont plus rapprochés de la distance de la vue distincte qui est de 8 à 10 pouces (20 à 2S cent.). Les couleurs se voient d’ailleurs d’un point d’autant plus éloigné qu’elles sont plus éclatantes; cellës plus claires sont plus frappantes que les couleurs foncées,

2e Les objets nous paraissent d’autant plus petits, d’autant moins distincts, qu’ils sont plus éloignés, parce que les rayons qui émanent des points opposés de leurs contours visibles forment en arrivant à l’œil des angles visuels plus aigus, plus petits, et forment par suite, sur la rétine, des images plus aiguës et plus petites.

3e La netteté de la vision attentive est déterminée par la distance des objets à l’œil et par leur étendue ou leur volume. On a coutume de dire que c’est de 8 à 10 pouces que la vue est le plus distincte. Cela est vrai pour les objets déliés et petits; mais pour les objets d’une grande étendue, un vaste édifice, par exemple, il faut, au contraire, se placer à une certaine distance pour pouvoir l’examiner dans son ensemble. 11 est clair qu’ici nous ne tenons pas compte de certains désordres de la vue connus sous les noms de myopie et de presbytie. (V. ces mots.)

10e Vision des objets en mouvement. Bien que l’impression de la lumière semble très-fugitive, la vue des corps qui se meuvent avec une grande vitesse prouve que la sensation de la lumière persiste après la disparition de la lumière, quoique sa durée soit excessivement courte. Si, par exemple, on fait tourner rapidement un charbon incandes- 89*

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ceni, il dessine à nos yeux un cercle de feu; n’estil pas évident, dès lors, que si nous voyons la lumière du charbon dans tous les points où il a passé, quand, cependant il ne peut être que dans un seul point de l’étendue du cercle qu’il parcourt, c’est que l’impression faite sur l’œil parle passage du charbon enflammé n’est pas encore effacée quand il repasse par les mêmes points du cercle et renouvelle la sensation prête à s’éteindre. Une étoile qui (île, la foudre qui sillonne la nue, produisent en grand les mêmes apparences que le charbon de feu produit en petit.

11° Les sensations de la vue sont transmises au cerveau par les nerfs optiques. Les désordres apportés dans la vision, et son abolition même par les lésions de ces nerfs, démontrent surabondamment cette proposition.

12° Parallèle de la vue et du toucher. Certains auteurs d’une grande autorité, Lecat et Buffon entre autres, ont prétendu que la vision était un sens trompeur, et que le toucher, chargé de rectifier ses erreurs, était le premier, le roi des sens. Je ne saurais partager cette opinion, et je regarde, au contraire, la vue comme l’emportant de beaucoup sur tous les autres sens physiques, parce que la vision est la plus puissante et la plus féconde des sensations de ce genre. J’ai tracé ailleurs [Physiol. philosophique dessensat. et île l'intelligence. — Paris 1846, 1 vol. in-8) le parallèle détaillé de la vue avec les différents sens; je ne puis en reproduire ici que quelques traits détachés.

La vision est pour moi la plus remarquable de toutes les sensations, parce qu’elle est la plus féconde et la plus instructive pour l’entendement ; parce qu’il n’en est point qui procure plus de jouissance, point qui fournisse à la mémoire des impressions plus durables, point qui fournisse autant de matériaux à l’imagination, point qui agisse aussi souvent sur notre affectivité et remue si fréquemment les passions du cœur humain. Par la vision, en effet, nous apprenons à connaître le nombre des parties analogues ou diverses d’un ensemble; elle nous en fait découvrir la situation et nous en révèle jusqu’à un certain point l’étendue et la direction. En nous faisant connaître successivement la disposition des surfaces, des bords et des angles des objets, les prolongements qui en hérissent la circonférence, des cavités creusées dans leur sein, elle offre au jugement les éléments nécessaires pour apprécier la forme de ces objets ; c’est elle exclusivement qui sent les couleurs et leurs nuances légères et infinies; elle seule encore est capable d’apprécier avec quelque justesse les phénomènes visibles des corps, leurs mouvements, leur direction, leur vitesse.

Apercevant par la vue les parties d’un système, nous apercevons aussi les différentes parties de l’univers, les règnes divers de la nature; nous voyons la terre qui nous porte et les minéraux qu’elle recèle, les montagnes qui la hérissent, les vallées qui la sillonnent, les llcuves qui l’arrosent, les lacs et les mers qui la baignent et brillent à sa surface, les plantes qui la couvrent et la décorent; les animaux, qui, toujours remuant, toujours actifs, et rompant à tout moment le silence et le calme de la nature, lui donnent le mouvement et la vie. Qu’est-ce que les autres

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sens pourraient nous apprendre de toutes ces merveilles?

L’œd abandonne-t-il la terre , s’élance-t-il dans l’espace? il mesure la vaste étendue des cieui et embrasse à la fois des mondes innombrables.

Ainsi, tandis que l’ouïe, l’odorat ne peuvent sentir leurs excitants qu’à peu de distance de leur origine; tandis que le goût ne peut jouir des saveurs que lorsque les corps sapides baignent la surface de la bouche; tandis qu’enfin le toucher ne peut reconnaître les qualités des corps qu’autant qu’il s’y applique immédiatement et rampe, pour ainsi dire, à leur surface, la vue, s’élançant dans les plaines du ciel , les franchit d’un mouvement sans durée, y distingue les astres immobiles de ceux qui se promènent silencieux dans les déserts de l'infini , et en embrasse plus en un coup-d’œil que la main n’en pourrait toucher pendant l’éternité des siècles.

Des physiologistes réclament en faveur du sens de l’ouïe la prééminence que nous accordons à la vue. Suivant eux, par suite de cette prééminence de l’ouïe , les aveugles-nés surpassent beaucoup les sourds-muets, parce que les aveugles s’instruisent à tous les moments de leur vie par la conversation de leurs semblables, tandis que les sourds sont privés de cette source incessante d’instruction.

Il y a du vrai dans cette observation ; mais que de réflexions elle soulève ! D’abord tous les aveugles dont on parle ne sont point des aveugles-nés; ensuite les aveugles n’ont cultivé qu’un petit nombre de sciences et quelques arts. Si les aveugles ont, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, surpassé les sourds-muets, c’est seulement sous le rapport de l’instruction et dans certains arts ; mais ils leur sont tou;ours restés inférieurs dans la pratique des arts, des métiers et des actes les plus indispensables à la conservation de la vie, à la défense de soi-même; et maintenant que l’on a inventé des moyens de faire participer les sourdsmuets aux bienfaits de l’instruction , ils rivalisent de savoir et d’intelligence avec les aveugles, et les surpassent dans la pratique de tous les arts , à l’exception de la musique. S’il est vrai que les aveugles puissent s’instruire parla conversation de leurs semblables, les sourds-muets tirent les mêmes avantages de la conversation avec les gestes conventionnels et de la lecture de nos livres.

A voir le malheureux aveugle , agenouillé devant le dernier des passants, on le dirait avili aux yeux de sa propre conscience, témoignant de l’humiliation où ii se sent plongé, de l’obligation où il est de confesser aux plus faibles des hommes sa faiblesse plus grande encore, sa misère sans limites, et l’impossibilité où il est, malgré le secours de ses oreilles, de se passer des secours de ses semblables pour subsister, et des yeux d’un chien pour se conduire.

Le sourd-muet, au contraire, pouvant pratiquer presque tous nos arts, peut vivre du travail de ses mains et des ressources de son intelligence. Il peut élever sa famille, conserver noblement son indépendance personnifie, et, quelque misérable que vous le supposiez, il ne sera jamais avili dans sa dignité d’homme au point d’être obligé de s’abandonner à l’intelligence d’une bête pour éclairer sa

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