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CUI

Le bruit auquel sont exposés ces ouvriers amène promptement la dureté de l’ouïe, leur donne l’habitude d’élever la voix , accentue fortement la prononciation', exagère les gestes dans la communication des idées, sans doute pour suppléer à l’insuffisance de la parole étouffée par le bruit; on observe ces derniers phénomènes aussi chez les vieux chaudronniers, mais à un moindre degré. Enfin chez ces ouvriers, la vieillesse est anticipée en ce sens que peu d’entre eux sont capables de se livrer encore au travail du troussieur à 60 ans, sans qu’on puisse cependant constater qu’il abrège la durée de la vie. C’est ici le cas de dire que l’apprenti poèlier serait certainement arrêté dans son développement, si avant 18 ans il employait la moitié de sa journée aux fonctions de troussieur, comme cela a lieu chez les ouvriers plus âgés.

Outre, dit M. Chevalier, les notions transmises par MM. Piédoye et Baudry, M. Noyon a aussi de son côté pris des renseignements près des ouvriers des trois catégories : de ces renseignements il résulte que les ouvriers chaudronniers , lorsqu’ils sont atteints de la colique de cuivre, en sont violemment affectés; que ces ouvriers travaillent jusqu’à 60 ans; qu’au moment où les renseignements furent pris, 7 sur 160 ouvriers avaient des difformités aux mains, résultant, selon lui, de l’ébranlement communiqué au manche du marteau. Que les ouvriers fondeurs sont plus exposés aux maladies que ne le sont les chaudronniers, qu’ils travaillent moins longtemps que les ouvriers chaudronniers ; que les ouvriers poâlicrs sont peu sujets aux coliques métalliques; que sur 78, il n’y en a pas deux par an qui soient atteints de cette maladie ; qu’ils vivent très-vieux, et travaillent jusqu’à 60 ans ; que sur les 78 ouvriers existant au moment de cette enquête, 30 avaient au moins cinquante ans.

La peau des ouvriers qui travaillent le cuivre ne diffère en rien de celle des autres personnes de la localité, c’est-à-dire, qu’elle est généralement blanche : si chez quelques-uns elle est différente, on doit l’attribuer à un défaut de propreté. M. Noyon fait la même observation par rapport à la couleur des cheveux.

Nous avions demandé à M. Noyon si des expériences chimiques avaient été faites sur les humeurs et les excrétions des ouvriers qui travaillent le cuivre à Villedieu; mais M. Piédoye nous a répondu que le défaut d’appareils et de réactifs n’avait pas permis de tenter des recherches de ce genre, recherches qui seraient asstfz curieuses si on- en juge par la découverte que fit Laugier en 1825, en trouvant du cuivredans les cheveux d’un fondeur en cuivre , qui avait été traité d’une amaurose à l’Hôtel-Dieu , en 1826 ( Journal de chimie medicale, t, h, 1826, p. 119).

Il est difficile, on le voit, de concilier les assertions de Ramazzini avec les faits rapportés par M. Chevallier: le premier fait un tableau effrayant des accidents causés par les émanations du cuivre; le second constate que ces ouvriers sont souvent plus forts et plus vigoureux, et que les maladies auxquels ils sont sujets sont principalement la colique métallique, et encore est-ce chez les fondeurs et les poêliers qu’elle se manifeste le plus souvent : elle est plus rare chez les chaudron-

niers. Il est évident, en lisant les observations de M Chevallier, qu’il y a eu exagération dans le tableau que Ramazzini trace des accidents produits parle cuivre ; entraîné par son imagination, l’auteur italien aura sans doute- imputé aux émanations du cuivre des accidents produits par beaucoup d’autifes causes , telles que l’intempérance, la débauche, la malpropreté, l’ivrognerie, qui malheureusement se font si souvent remarquer dans les classes laborieuses, pour lesquelles une sévère hygiène est indispensable afin de combattre les causes de maladies auxquelles elles sont si souvent soumises.

L’influence du climat ne suffit pas non plus pour rendre raison de ces différences, en supposant qu’une température atmosphérique élevée peut favoriser l’action délétère des émanations métalliques. Les ouvriers de Villedieu et ceux des atetiers de notre capitale se trouvent pendant l’été soumis à une température, qui souvent peut être comparée à celle du climat de l’Italie, et Ton n’a point constaté que pendant cette saison ils se trouvaient soumis à des accidents plus fréquents.

Ce qui paraît constaté, c’est que les émanations cuivreuses donnent quelquefois lieu à une colique métallique semblable à la colique de plomb, etque l’on traite par les mêmes moyens. Les soins de propreté, la tempérance, les boissons adoucissantes et surtout les eaux minérales sulfureuses prises à l’intérieur, sont les moyens préventifs les plus efficaces.

Dans les fonderies, il est nécessaire d’opérer la fusion du cuivre sous de larges hottes, convenablement disposées pour que la ventilation soit active ; on cite l’exemple d'un fondeur de laiton (cuivre jaune), qui chaque fois qu’il fondait était pris d’un léger accès de fièvre qui lui durait 24 heures. Est-ce à l’émanation du cuivre ou à celle du zinc, beaucoup plus volatil, qui s’échappaient du creuset, qu’il faut attribuer cet effet? Nous pensons que, pour répondre d’une manière certaine à cette question, il faudrait que ces expériences fussent répétées et que les observations fussent plus nombreuses; mais il demeure établi qu’une hotte, avec ua bon tirage, est une précaution qu’il est indispensable de prendre.

Il est une opération que l’on fait subir aux objets de cuivre qui ont été soumis à l’action du feu, qui n’est pas sans danger pour les ouvriers, c’est le dérochacje. Cette opération consiste à tremper dans un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique, étendu d’eau, les objets que l’on veut décaper, c’est-à-dire leur donner le brillant métallique, en enlevant la couche d’oxide formée à leur surface. Il se dégage pendant cette opération des vapeurs d’acide nitreux qui agissent d’une manière fâcheuse sur la respiration et les organes de la poitrine, lorsque les ouvriers restent soumis à leur action. Chez quelques fabricants cette opération se fait en plein air, afin que ces vapeurs plus disséminées agissent d’une manière moins énergique: ce moyen, comme il est facile de le comprendre, est loin d’être satisfaisant, car les vapeurs nitreuses répendues dans l’air peuvent encore incommoder d’une manière notable. Le procédé le plus avantageux pour faire le dérochage sans inconvénients consiste à pratiquer cette opé-

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