‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 272 sur 298 · PHI · texte numérisé non relu

PHI

PRI

mes les plus ordinaires de la vie libre et honnête.

Or ce sont ces conditions que le régime des prisons doit éviter de rendre plus funestes, tout en conservant une sévérité juste et nécessaire.

Au point de vue du régime des prisons , comme sous tous les autres rapports , du reste , sous esquels on peut envisager ces établissements, il y a deux ordres de prisons à établir : les prisons préventives et les prisons de condamnation. Si la société et la justice étaient sûres que tonsles prévenus , tous les accusés se présenteront à l'épreuve du jugement, il ne serait pas besoin de prisons préventives. 11 n’y en a que parce que la société et la justice sont malheureusement trop certaines que la plupart des inculpés , c’est-à-dire tous ceux au moins qui se sentent coupables, feraient défaut au jour du jugement, si tout d’abord on ne s’était assuré de leur personne. Toutefois, comme leur culpabilité n’est jusque-là qu’une présomption ,1a société, dans l'emprisonnement qu’elle est forcée de leur faire subir, doit, autant que possible, les traiter comme des innocents. Elle devra donc, dans les prisons préventives, adoucir, autant que le permettront les ressources de son budget et les nécessités de la discipline, les sévérités du régime des prisons de condamnation, régime dont je vais parler.

Les diverses, les principales conditions de ce régime sont relatives aux aliments, aux vêtements, au coucher, au travail, à l’exercice, enfin à un certain supplément d’instruction scolaire et d’éducation morale.

alimentation. — Il serait à-la-fois dangereux et immoral que l’alimentation dans les prisons dépassât ce qui est nécessaire à l’entretien de la santé et pût jamais donner lieuàun état de bien-être, de satisfaction sensuelle, dont ne jouit pas l’immense majorité des citoyens delà classe libre et honnête. On atteindrait, je crois, le point qu’il faut atteindre, mais qu’on ne doit point dépasser, en donnant aux détenus, comme cela se pratique le plus généralement dans nos prisons, cinq fois sur sept des vivres maigres, par conséquent deux fois des vivres gras, en améliorant un peu le pain qui leur est donné, en en augmentant surtout la quantité, en la portant, par exemple, de 1 liv. 1/2 (750 grammes) à 2 liv. (1 kilogramme) à peu près. Cette allocation suffisante de pain rendrait pour certains détenus la privation absolue de vin moins dure, je veux dire moins débilitante; de plus, elle permettrait de faire disparaître des prisons la cantine ou les suppléments de vivres que peuvent se procurer les détenus avec l’argent laissé à leur disposition journalière.

vêtements. — Les détenus me semblent en général, et dans nos divers ordres des prisons, mal et inconsidérément vêtus. Au lieu de leur voir deux espèces de vêtements, un de toile pour l’été, l’autre de laine pour l'hiver, je voudrais ne leur en voir qu’un seul qui, indépendamment delà chemise, de la chaussure, etc., se composerait d’une veste, d’un pantalon et d’un gilet de gros drap. En été, on ne leur donnerait que le pantalon et la veste; en hiver, on y joindrait le gilet. Au moyen de ce vêtement, toujours le même, le détenu serait garanti contre ces variations, ces changements brusques de l’atmosphère qui ont lieu, non -seulement au renouvellement des saisons, mais qui se font sen'ir si

S FPL.

fréquemment dans la saison chaude, et qui, dans les maisons de détention, sont une source considérable de maladies.

COUCHER, TRAVAIL ET PROMENADE. — La question du coucher , du travail , de la promenade dans les prisons, n’est autre chose que la question même de la réforme de ces établissements, question qui, posée et discutée depuis bien des années, soumise, depuis bien des années aussi, à l’épreuve de la pratique, recevra sans doute trèsprochainement en France une solution législative.

Les détenus doivent-ils, comme par le passé, coucher et travailler en commun? Doivent-ils, suivant un certain système, qu’on appelle le système d’Auburn, coucher seul à seul en cellule?

Ni l’un ni l’autre.

Ils doivent, et je me borne à formuler cette proposition, fondée sur une conviction profonde et sur une connaissance des faits que je crois considérables, ils doivent coucher (1) et travailler seul à seul en cellule. C’est là, en quatre mots, le système qui, jusqu’ici, s’est appelé Philadelphien, et qui, dans l’avenir, pourra bien s’appeler Français.

Quand je dis que, dans ce système, le détenu qui couchera seul dans sa cellule y travaillera seul aussi, je ne veux pas dire qu’il y sera toujours seul : j’entends qu’il n’aura jamais aucune communication avec ses compagnons de captivité, lesquels peuvent avoir été en outre ses compagnons de désordre ou de crimes. 11 ne sera isolé que d’eux; mais il aura des commûnications nombreuses avec les membres de la société honnête, et particulièrement avec ceux qui forment le personnel de la prison, gardiens, contre-maîtres, agents des travaux, directeur , médecin , aumônier, instructeur moral , frères et sœurs de charité , sans compter les visites, soit prescrites, soit autorisées, soit facultatives, des membres des commissions de surveillance, de ceux des associations charitables, enfin de ses parents et de ses amis.

Toutes ces communications, toutes ces visites ne sont pas une pure prévision de la théorie ou une prescription encore inappliquée de la loi. Elles sont depuis longtemps un fait acquis à la pratique, et que chacun peut vérifier. Je ne dirai pas, bien qu’il en soit en effet ainsi, que ce fait s’accomplit tous les jours dans de nombreuses prisons, en Amérique, en Angleterre, en Suisse, car chacun ne peut pas se livrer à une vérification aussi lointaine; mais je dirai qu’avant toute loi formelle, et comme expérience bien utile, il y a maintenant en France vingt-cinq ou vingt-six prisons cellulaires dont plusieurs sont excellentes, dont quelques-unes sont situées aux portes de Paris ou à Paris même, et danslesquelles il est très-facile de contrôler tout ce que je viens d'avancer. Or, dans chacune de ces maisons, dans celles qui sont le mieux et le plus sévèrement ordonnées suivant le système cellulaire , chaque détenu a en moyenne une demi- heure à trois quarts d’heure de communications par jour, soit avec les divers employés de la prison, soit avec les diverses personnes qui ont avec cet établissement des rapports, soit nécessités,

(l) Un lit en fer ou un hamac, une paillasse, un traversin, une couverture en été, deux en hiver, deux draps ou un seul drap-sac, voilà ce dont doit sc composer le coucher d'un dcienu.

PRI

Page 1