TOME II
dans les autres espèces d’inflammations du sein. On distingue cette inflammation sous-cutanée de l’érysipèle, en ce que le gonflement est réellement au-dessous delà peau, et que cette dernière ne présente pas de plaques rougeâtres se terminant par un bord festonné.
Le traitement aura pour but de combattre les diverses affections de la peau dont cette maladie n’est souvent qu’un symptôme. L’activité des moyens antiphlogistiques est en rapport avec la position de la femme , l’intensité de la maladie , avec l’âge et la vigueur de la malade. Une condition importante ici comme dans toutes les autres maladies du sein , c’est de relever mollement cet organe au moyen d’un bandage, pour ne pas l’abandonner à son propre poids. Il faut aussi engager la malade à se coucher du côté opposé, pour ne pas appeler le fluide vers le point affecté. Les voies digestives seront entretenues dans un grand état de liberté par l’usage des sels ou des résines purgatives,, et le médecin seul devra se prononcer sur l’opportunité des onctions mercurielles , d’un bandage compressif, qui exige pour cette région des soins minutieux , et qu’en outre beaucoup de malades ne peuvent tolérer. C’est encore au médecin à décider s’il y a lieu à l’application d’un large vésicatoire . toujours effrayant pour la femme , et malgré cela quelquefois très-efficace.
L’inflammation de l'aréole et du mamelon a lieu dans un tissu tellement serré , que sa marche est très-rapide, et que peu de jours suffisent pour l’amener à résolution ou pour être témoin de petits foyers purulents, multiples, de forme irrégulière , et qui amincissent très-rapidement la peau , dont, la rougeur est livide , en même temps que l’on ressent des douleurs sourdes et lancinantes. Cette variété d’inflammation est presque toujours causée par des exulcérations et des gerçures ; elle n’est commune que chez les nourrices ou les nouvelles accouchées. Des cataplasmes doivent être appliqués fréquemment, et si l’on est obligé de poser des sangsues , il faut restreindre leur morsure au pourtour de l’aréole , et ne pas les mettre sur le disque enflammé.
Inflammation sous-mammaire ou profonde du sein. — Elle reconnaît souvent pour cause une grave maladie de la poitrine, une pleurésie, épanchement de sang, de pus , des fractures de côtes, des caries ou des nécroses de ces os. Des violences extérieures portées sur le sein ou sur la poitrine peuvent aussi faire naître cette espèce de mammite qui se lie, comme on le voit, à désaffections graves, locales ou générales. Cette inflammation profonde du sein, qui repousse la glande en avant, donne à la mamelle un aspect lisse, hémisphérique : quand on comprime le sein d’avant en arrière, il cède comme s’il reposait, sur un corps spongieux ; la peau ne fournit aucune trace pathologique, le gonflement est considérable, la réaction générale est vive , la fièvre inflammatoire intense. La résolution est rare : quatre ou cinq jours suffisent pour que la suppuration soit établie, et il ne faut quelquefois que quarante-huit heures pour donner au sein le double et le triple de son volume ordinaire.
Les saignées générales sont ici nécessairement indiquées. Les applications de sangsues, d’onguent, de pommade et de tous autres topiques , sont très-
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peu efficaces en raison du siège profond de la maladie et de la rapidité de sa marehe. Les purgatifs minéraux tels que le calomel, les préparations antimoniales , ne sont utiles que dans le début, et ne servent à rien , la suppuration une fois formée ; c’est à l’instrument tranchant qu’il faut avoir recours.
Inflammation de la glande mammaire ellemême. — Elle peut survenir sous l’influence de violences extérieures , ou par causes internes , mais le plus souvent elle dépend du travail de la lactation. Les engorgements dus à la sécrétion laiteuse commencent ou par la glande elle-même , ou par l’intérieur des canaux.
L’engorgement des canaux galactophores a encore reçu le nom vulgaire de poil. Quelques auteurs anciens, entre autres Aristote, auraient, dit-on, regardé cette maladie comme provenant d’un poil avalé par la femme en buvant. Ils ajoutaient encore que sa persistance durait jusqu’à ce que ce corps étranger eût été chassé ou fût sorti, ou que l’enfant l’eût tiré en tétant.
Cette espèce d’engorgement qui se manifeste dans les derniers mois de la grossesse, chez les nouvelles accouchées et surtout chez les nourrices, n’est réellement que la rétention du lait, soit liquide, soit épaissi et concrété dans ses propres conduits, qu’il dilate au point qu’il en augmente le volume d’une manière notable, qu’il donne lieu à de vives douleurs , et constitue ainsi une véritable inflammation consécutive.
Les transitions subites du chaud au froid , une trop grande abondance de lait , une rétention trop prolongée de ce liquide, en sont les causes ordinaires. On remarque cette maladie chez les nourrices qui exposent, sans précaution, leur sein à l’air pour donner à teter à leur enfant à des distances de temps peu éloignées; on le remarque encore chez les nouvelles accouchées dont la sécrétion du lait (montée du lait) s’effectue par de brusques saccades. Les boissons stimulantes , les écarts de régime, et quelques affections internes, disposent encore à cette maladie des conduits lactifères, dont la terminaison heureuse peut être préparée par les moyens suivants , en raison des circonstances. Ainsi on peut donner plus souvent à teter à l’enfant , on peut vider le sein par des succions artificielles , soit au moyen de la bouche d’une personne adulte, d’un jeune animal ou enfin d’une ventouse disposée à ces fins. Lady Byron m’a fait voir, ainsi qu’à M. le professeur Mojon , une ventouse ad hoc très-ingénieuse que cette femme du grand poète avait importée en France. A ces moyens il faut encore ajouter la précaution de recouvrir le sein avec des linges fins, souples, chauds ou ouatés. En suite d’insuccès par tous ces moyens , on est fondé à recourir à des topiques d'une efficacité assez généralement éprouvée ; tel serait celui qui se compose de
r). Eau de laurier-cerise 60 grammes.
Ether sulfurique 30 —
Extrait de belladone-: 2 —
On peut encore remplacer ce liniment par le composé suivant :
vf. Jaunes d’œufs ( deux ).
Ammoniaque liquide. ....... 2 grammes.
Camphre ) o
Ether sulfurique J*"*
Quatre ou cinq fois par jour, oa enduit doucement le sein avec l’une de ces préparations ; la fluidification du lait ne tarde pas à s’obtenir, et le dégorgement du sein en est la conséquence. Il est trèsimportant de bien distinguer une véritable inflammation du sein d’avec l’engorgement des vaisseaux lactés ; car, dans le premier cas , ces topiques seraient plus nuisibles qu’utiles , et il faudrait les remplacer par des cataplasmes renouvelés et laudanisés, sans préjudice de saignées et d’autres moyens actifs , tels que les purgatifs répétés et les tisanes rafraîchissantes et dépuratives.
Lorsque l’inflammation existe dans la glande mammaire elle-même, il faut suspendre la lactation, surtout dans l’intérêt de l’enfant, à moins que la nourrice n’ait qu’un sein compromis. Le mamelon du côté malade ne sera rendu à la succion que lorsque l’inflammation arrivera à son déclin , et encore on aura grand soin de ne pas la prolonger trop longtemps.
Abcès du sein. — Ils doivent être divisés en abcès superficiels , moyens et profonds ; iis sont incomparablement la terminaison la plus fréquente de toutes les inflammations dont nous venons de parler.
Les abcès superficiels situés dans l’aréole du mamelon sont de petits dépôts , ordinairement globuleux , multipliés, dépassant rarement le volume d’une noisette ou d’une noix; la peau qui les recouvre est très-tendue et bleuâtre. On constate facilement la fluctuation dans ces abcès tubéreux. Ils dépendent ordinairement d’irritations, de gerçures ou de crevasses du mamelon ou de l’aréole ; ils ne peuvent être prévenus que par le traitement opportun de ces maladies elles-mêmes , autrement ils se terminent presque toujours par l’ulcération des téguments. Les efforts seuls de la nature suffisent toujours pour la guérison de ces sortes d’abcès , mais c’est après avoir aminci , décollé et détruit la peau : il vaut doue mieux leur donner issue par l’instrument tranchant , aussitôt que la fluctuation est appréciable. Des cataplasmes émollients suffisent jusqu’à cette époque. Les abcès de l’aréole, ainsi que ceux qui se trouvent dans le tissu cellulograisseux , en un mot tous les abcès qui épargnent la glande elle-même, ne sont jamais un obstacle de nature à empêcher la nourrice de continuer l’allaitement , puisque l’organe chargé de sécréter le lait est étranger à la maladie.
Une fois les abcès situés dans les régions moyennes ou profondes du sein bien constatés, il faut éviter une perte de temps précieux en continuant mal à propos l’usage de liniments, de pommades, de cataplasmes de divers genres, etc., ou encore l’administration de remèdes internes ; le seul remède essentiel et efficace se réduit à ouvrir largement et convenablement le foyer du pus, qui se tarit trèsvite ; et, si le malade n’a point de vice constitutionnel , huit ou dix jours suffisent pour sa guérison , même lorsque la quantité de pus était considérable , et les cicatrices qui en résultent sont très peu apparentes.
Les abcès de la glande mammaire tantôt pren nent leur point de départ dans le parenchyme, tantôt dans les conduits galactophores; ils sont en général peu volumineux. Des rhéteurs et des moralistes exclusifs , par conséquent étrangers aux
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études de la médecine pratique , ont pu seuls avancer que les femmes qui ne nourrissaient pas étaient, beaucoup plus que les autres, sujettes à ces maladies. L’observation clinique prouve, au contraire, que la femme qui nourrit est exposée aux excitations et aux abcès du sein pendant une période de dix à quinze mois , tandis que la femme qui ne nourrit pas voit ses seins se tarir et rentrer dans le repos après dix à quinze jours.
Il est vrai que , pendant les derniers mois de l’allaitement , les abcès du sein sont très-rares.
Il est très-important de bien reconnaître ces sortes d’abcès siégeant dans la glande , parce que ce sont les seuls qu’il faut ouvrir tardivement , et par simple ponction; et que, d’autre part, l’allaitement doit être tout-à-fait suspendu, parce qu’il aurait pour effet funeste de provoquer de nouveau la formation du pus , et de le faire passer dans le corps du nourrisson , ainsi que l’ont mis hors de doute les expériences microscopiques.
Tumeurs des mamelles. Cette expression est générique pour indiquer plusieurs groupes de maladies siégeant dans ces organes. Quelques-unes d’entre elles ne sont qu’une simple augmentation de volume, d’autres sont constituées par des dégénérescences de tissus naturels , enfin il en est qui dépendent de nouveaux produits. Toutes ces tumeurs peuvent se classer entre celles qui sont bénignes et celles qui ne le sont pas.
Dans les Indes , en Amérique , en Angleterre , en Allemagne, mais rarement en France, on a trouvé des femmes dont les mamelles avaient pris une grosseur exagérée. Sir Astley Cooper rapporte au eélibat la cause principale d’hypertrophie des mamelles vers l’époque critique principalement ; on en a vu qui pesaient jusqu’à trente livres, et dont la circonférence mesurait 42 pouces. De trente à quarante ans , on observe fréquemment une augmentation de la gorge chez les femmes , sans qu’il y ait douleur ni trouble dans les principales fonctions de l’économie ; les règles seulement diminuent, et la voix devient rauque.
La liaison intime, la sympathie très-grande qui existe entre la matrice et les mamelles , doivent faire regarder le coït et surtout la fécondation , si elle est encore possible, comme le meilleur moyen de traitement. On devrait encore ajouter la prescription des préparations iodées , un régime végétal , et des boissons altérantes.
Les tumeurs bénignes développées dans les mamelles sont les seules qui puissent céder quelquefois, et rarement encore, à l’usage des émissions sanguines répétées , des topiques résolutifs variés. C’est contre des tumeurs de cette nature que la compression méthodique a été vantée avec raison par Yong et par M. Récamier. Ce sont encore ces mêmes tumeurs qui garantissent le succès des opérations chirurgicales. On les distingue des dégénérescences squirrheuses, bien autrement fatales , en tenant compte des antécédents fournis par le malade, de la bonne constitution , de l’état général bien conservé. On s’assure encore que , dans ces tumeurs bénignes , la masse est mobile dans tous les sens, avec absence de chaleur, de douleur et de rougeur.
Quant aux signes qui décèlent des tumeurs de mauvaise nature et les diverses formes cancéreuses, |
nous les avons traités au mot Cancer de ce Dictionnaire. Café.
Doct. en méd. , anci-cn chef de clinique des hôpitaux.
mamelon (anat.) , s. m. Nom donné au tubercule conique et érectile qui est au centre de la mamelle. Y. ce mot.
mamelonné (anat.) , adj. Se dit des parties qui ont la forme de mamelons. Il existe dans la structure du rein une substance dite mamelonnée.
mamiixaire (anat.), adj. Qui ressemble à une mamelle. Il existe au cerveau , entre les bras de la moelle allongée , deux tubercules mamillaires. Y. Cerveau.
mammaire (anat.) , adj. et s. Se dit des parties qui ont rapport aux mamelles. 'Les glandes mammaires ont été décrites au mot Mamelle. Les artères mammaires sont au nombre de trois. La mammaire interne naît de la sous-clavière et descend derrière les parois de la poitrine ; elle donne les artères diaphragmatiques supérieures, se.divise en deux branches et se répand dans les parois du ventre , où elle s’anastomose avec les mammaires externes, qui sont au nombre de deux , l’une supérieure et l’autre inférieure. Ces deux artères naissent de l’artère axillaire , descendent sur les parois de la poitrine et vont se distribuer dans les mamelles, après avoir donné des rameaux aux muscles de la poitrine et à la peau qui les recouvre. Les veines mammaires suivent la même distribution que les artères de ce nom. J. B.
mammifères ( zool .) , s. m. p. (de mamme. , mamelle, et de ferre , porter). On donne ce nom, en zoologie, à une grande classe d’animaux dont l’homme forme la tête , et qui renferme les êtres les plus avancés et les plus parfaits dans l’échelle animale ; ils tirent leur nom de l’existence des organes qui servent à allaiter les petits. Tous les mammifères sont vertébrés , à sang chaud , et ont la cavité de la poitrine séparée de celle du ventre par une cloison charnue nommée le diaphragme. Ils nourrissent leurs petits avec le lait sécrété par les glandes mammaires de la femelle. Les mammifères se divisent en neuf ordres , qui sont les bimanes ( hommes) , les quadrumanes ( singes) , les carnassiers, les marsupiaux, les rongeurs, les édentés, les pachydermes , les ruminants et les cétacés. J. B.
MAMCENIX.X.XER (bot.) , s. m. ( hippomane manciniUa). On donne ce nom à un arbre de la famille des euphorbiacées, J., monœcie monadelphie de Linné , qui croit dans l’Amérique Équatoriale et l’Arabie ; il est surtout abondant aux Antilles et se plaît au bord de la mer ; son nom lui vient de la ressemblance de son fruit avec une petite pomme qui se dit en espagnol manciniUa. Cet arbre , qui est de moyenne grandeur, forme souvent des forêts à l’ombre desquelles on peut marcher plusieurs heures ; son feuillage est semblable à celui du poiriér, dont il a le port et l’aspect ; les fleurs sont placées sur des épis droits; elles sont petites, d’un pourpre foncé, et unisexuelles ; le fruit est charnu, laiteux, de la couleur et de la forme d’une pomme d’api ; il contient une noix ligneuse à sept loges monospermes .
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Tout le monde connaît les effets terribles attribués aumancenillier : il suffit, disent certains voyageurs, de s’endormir sous son ombrage ou de boire les gouttes de pluie qui ont coulé sur ses feuilles, pour être frappé de mort. Les poètes ont abusé de cet arbre vénéneux pour donner une couleur plus sombre à cette nature des tropiques, si riche dans son aspect, si mystérieuse et si farouche dans ses produits. Le mancenillier , lorsque l’on coupe ses rameaux, laisse couler, comme tous les euphorbiacés, un suc blanc, laiteux, âcre et brûlant, dans lequel les Sauvages trempent leurs flèches pour les empoisonner. Le fruit vert produit le même suc, mais lorsqu’il est mûr il présente l’aspect trompeur que nous avons indiqué; il exhale une odeur de citron qui parfume l’air, et si l’étranger, séduit par ces apparences et contraint par la chaleur du climat, prend de ces fruits pour se désaltérer, la saveur fade qu’ils présentent ne suffira pas pour l’avertir du danger ; il ne pourra le pressentir qu’à l’ardeur âcre et brûlante qui se manifestera ensuite. Le suc du mancenillier est plus actif encore que le fruit. Celui qui fut apporté en Europe, et qui servit aux expériences de MM. Orfila et Olivier (d’Angers), avait une odeur de feuilles d'absinthe et de tanaisie écrasées. Si on le respire longtemps, il cause des picotements à la figure ; son contact sur les mains , où l’épiderme a une certaine épaisseur , ne produit rien, tandis qu’il produit sur le visage un érysipèle à l’endroit touché. Une cuillerée à café de ce suc âcre et corrosif tue un chien en quatre à cinq heures, en déterminant une inflammation trèsvive de l’estomac ; un gros le fait périr en douze heures ; un demi-gros injecté dans les veines en fit mourir un autre en deux minutes.
Dans les Antilles, l’empoisonnement avec le fruit et le suc du mancenillier est une arme dont se servent les noirs qui veulent se venger de leurs maîtres : le fruit sec est souvent mêlé au café ; le suc est quelquefois mêlé aux aliments. Un médecin qui avait pratiqué aux Antilles me cita le fait suivant, dans lequel ce poison fut mêlé à un médicament. Les nègres d’une habitation de la Guadeloupe qui entraient à l’infirmerie périssaient tous de gastro-entérite; aucun moyen ne pouvait arrêter les ravages de la maladie : l’autopsie de quelques cadavres fit voir qu’il existait une inflammation très-vive des gros intestins, et qu’elle s’arrêtait brusquement à la valvule iléo-cœcale. L’étrangeté et la similitude de cette affection si souvent répétée firent naître des soupçons, et bientôt on apprit que l’infirmière, qui était une négresse , empoisonnait tous ces malheureux en mêlant du suc de mancenillier aux lavements qu’elle était chargée de leur administrer. Les colons prétendent que ces empoisonnements ont souvent !ieu d’une manière lente, et que l’on a vu des individus, quelquefois des familles entières, ou même les nègres d’une habitation, périr de consomption à la suite des doses journalières et très-fractionnées du poison qui était mêlé à leurs aliments. Ces faits, sans doute exagérés par la terreur qu’inspirent ces empoisonnements , sont possibles , et plus d’une victime de l’esprit vindicatif des noirs a dû la mort au suc du mancenillier.
Le vomissement immédiat , lorsque l’on a mangé des fruits de cet arbre, et les boissons adoucissantes mucilagineuses, huileuses et délayantes, sont ce
qu’il convient d’employer; si le vomissement est prompt, les accidents peuvent être facilement conjurés. On cite un enfant qui, après avoir mangé dix à douze de ces fruits , fut guéri par un émétique qui lui débarrassa l’estomac de ce poison âcre et corrosif. L’eau de mer , l’huile et les semences du nandhiroba [feuillœa scandens , L.), sont des antidotes conseillés contre ce poison ; l’eau de mer paraît plus dangereuse qu’utile ; l’huile agit comme adoucissant ; mais le nandhiroba, avec lequel on prépare une émulsion , paraît être plus efficace. Certains animaux semblent ne point être affectés par ce poison : l’ara mange le fruit du mancenillier sans en être incommodé ; certains poissons mangent ceux de ces fruits qui tombent à la mer avec le même résultat , mais leur chair devient un véritable poison , et l’on dit que, pour se préserver de ce danger, les colons mettent dans l’intérieur du poisson qu’ils veulent servir sur leur table une cuiller d’argent lorsqu’ils le font cuire; elle noircit s’il a mangé le fruit empoisonné.
Quant aux émanations de la plante et a l’eau qui a coulé sur ses feuilles, il faut beaucoup rabattre des dangers qu’on a dit qu’elles présentaient; cependant de Tussac, qui fut directeur du jardin botanique d’Angers, et qui avait longtemps habité les Antilles, dit qu’il éprouva de l’incommodité et des ardeurs à la peau , après être resté longtemps sous son ombrage. J. -P. Beaude.
mandragore (V. Belladone).
manducation (; physiol .) , s. f. (de manducare , manger); c’est l’action de manger, et presque le synonyme de mastication (V. Digestion).
manganèse (chim.) , s. m. C’est un métal qui fut découvert en 1774 par Scheele : il est d’un blanc brillant , très-fragile , et ne fond qu’à la température de 160° du pyromètre de Wedgwood. Il est sans usage en médecine. Le peroxyde de manganèse, qui est noir, cristallisé en aiguilles ou en mamelons , est abondant dans certaines contrées de la France ; on s’en sert pour la préparation du chlore et des chlorures, dans l’art du verrier et dans la fabrication des émaux. On dit que, mêlé à l’eau dans la proportion de 3/500, il la préserve de toute altération. Il est du reste inusité en médecine, et sans action délétère. J. B.
manguier. Y. au Supplément.
maniaque ( méd .), s. m., se dit d’un individu qui est attaqué de manie , ou des choses qui ont rapport à la manie.
manie (méd.), s. f. C’est une des formes de la folie. Y. Mentales, [maladies].
MANiiaUVE. (V. Manuluve.)
manipum (Pliarrn.) , s. m. Ce mot est usité pour synonyme de poignée ; comme il est peu exact d’employer ce moyen pour mesurer des substances médicamenteuses, on lui a donné dans le codex un équivalent en poids : ainsi une poignée d’orge a été évaluée à cent grammes ; une poignée de graine de lin à quarante-sept grammes ; une poignée de feuilles de mauve sèche à quarante-trois grammes. Ces bases peuvent servir pour
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déterminer approximativement le poids des substances analogues : dans tous les cas, cette manière de doser les substances médicamenteuses ne peut être employée que pour les végétaux peu actifs. J. B.
manioc (mat. méd.). (V. Médicinier .)
manne (mat. méd.), s. f. (manna, de manare, couler). La manne est une substance blanche, concrète, sucrée et douçâtre, qui coule par incision de plusieurs arbres du "genre fraxinus (frêne), et spécialement du fraxinus ornus, frêne à fleurs, du fraxinus rotundi folia, frêne à feuilles rondes, et du fraxinusexcelsior , frêne commun. C’est principalement en Italie et en Sicile quel’on récolte la manne; on pratique des incisions à l’écorce des arbres, un lit de feuilles est étendu autour du tronc, afin de recevoir le suc qui s’écoule de l’arbre ; ce suc s’écoule en plus grande abondance vers le milieu de la journée, mais ce n’estque le lendemain matin, et lorsque l’évaporation du jour et la fraîcheur de la nuit ont concrété ce liquide, qu’on le recueille.
La récolte de la manne commence en juillet et se prolonge dans certaines localités jusqu’à la fin de l’année. C’est au commencement de la récolte que l’on recueille la manne de qualité supérieure et que l’on a nommée manne en larmes ; elle est plus blanche, plus sèche, plus sucrée, et sous forme de larmes, ainsi que l’indique son nom ; elle est moins laxative que les autres espèces. Lorsqu’elle est récente, elle est mangée par les enfants comme du sucre ; en Calabre et en Sicile elle sert quelquefois au même usage que cet aliment relie jaunit en vieillissant, et acquiert des qualités purgatives plus marquées.
Pendant les mois de septembre et d’octobre, on recueille la seconde qualité de manne, dite manne en sorte. Elle est en morceaux d’un jaune blond, elle poisse les doigts, est d’une saveur douçâtre, nauséabonde, un peu aigre, moins sucrée que la manne en larmes ; elle se ramollit facilement à l’air. La manne en sorte est plus laxative que l’espèce précédente, et s’emploie principalement en lavements. M. Gauthier, pharmacien à Sorlins, a proposé de préparer avec cette manne en sorte la manne en larmes ; il la fait dissoudre dans l’eau à 60 degrés, il passe la solution, ajoute du charbon animal , agite le mélange, passe de nouveau, fait évaporer au bain-marie jusqu’à ce qu’une pellicule épaisse se forme à la surface; il coule ensuite dans un moule en fer-blanc qui présente des cannelures, et obtient ainsi des tuyaux de manne qui imitent parfaitement la manne en larmes, et qui peuvent la remplacer.
La troisième espèce de manne, la manne grasse, se récolte pendant les mois de novembre et décembre, elle est plus liquide, et se reçoit ordinairement dans de petites fosses pratiquées au pied de l’arbre ; aussi est-elle mêlée d’un grand nombre d’impuretés : elle forme une masse molle, visqueuse , s’attachant aux mains ; elle est d’un jaune brun mêlé de points blancs qui sont formés par des parties de manne plus pure; son odeur est nauséeuse, sa saveur est sucrée et desagréable. Comme l’espèce précédente elle ne s’emploie qu’en lavements.
L’analyse de la manne, faite par M. Thénard, a montré qu’elle était composée de mannile , de sucre véritable et cristal lisable, d’un principe extractif incristallisable, nauséabond , et qui, d’après ce chi-
miste, paraît être le véritable principe de la manne, car on l’a trouvé plus abondant dans les deux dernières espèces de manne que dans la manne en larmes , ce qui paraîtrait expliquer l’action laxative plus active de ces substances.
La mannite s’extrait de la manne en larmes, en dissol vant cette dernière par l’alcool bouil !ant,et laissant précipiter parle refroidissement. Deux dissolutions suffisent pour donner la mannite pure, qui est blanche, légère, poreuse, cristallisable en aiguilles, demitransparente, inodore, d’une saveur fraîche et sucrée, inaltérable à l’air et donnant en brûlant une odeur de caramel. Elle est soluble dans l’eau à toute température, et ne se dissout dans l’alcool qu’à l’aide de la chaleur; cette matière se rapproche beaucoup du sucre, mais elle n’est pas, comme ce dernier, susceptible de passer à la fermentation alcoolique. La mannite a été trouvée dans beaucoup de végétaux, dans le suc d’oignon, de betterave, de melon, de carotte, et surtout dans le céleri-rave, dont on l’a extraite dans ces derniers temps . M . Thénard pensait que toutes les propriétés purgatives de la manne étaient renfermées dans la matière incristallisable ; cependant des expériences faites avec la mannite, parM. Martin Solon, médecin de l’hôpital Beaujon , ont démontré que cette substance jouissait également de propriétés purgatives bien marquées. M. Bouillon-Lagrange pense, par opposition, que la mannite jouit seule des propriétés purgatives de la manne. Soubeiran indique son administration à la dose de 16 à 32 grammes (une demionce à une once).
La manne n’est employée, ainsi que nous l’avons déjà dit, que comme purgatif doux ; souvent elle est associée à d’autres substances, telles que la rhubarbe, le séné, les sels purgatifs. La dose pour la manne en larmes varie de 32 grammes à 96 (une once à trois) ; la première dose est celle que l’on donne d’ordinaire aux enfants : on l’administre en solution dans de l’eau ou du lait; la première manière doit être préférée, lorsqu’elle n’excite pas trop la répugnance des enfants. On peut masquer l’odeur nauséeuse de la manne en ajoutant à la solution une ou deux cuillerées à café de fleurs d’oranger ; c’est un purgatif doux , et qui rarement peut présenter des dangers. On prépare avec la manne des pastilles et un sirop qui sont regardés comme jouissant de propriétés pectorales.
— Voici la formule des tablettes de manne d’après M. Soubeiran :
Pr. Manne en larmes, deux onces.... 64 grammes.
Sucre , quatorze onces 440 —
Gomme adraganle , demi-gros 3 —
Eau de fleurs d’oranger , une once. . 33 —
On triture la manne avec le sucre, et l’on fait, au moyen du mucilage, des tablettes de 1 6 grains (environ un gramme) .
Les tablettes de manne de Manfredi, ou pastilles de Calabre , sont composées d’une manière analogue ; on y ajoute seulement de l’extrait d’opium en petite proportion, et quelques gouttes d’essence de citron et de bergamotte. La manne entre aussi comme base dans la composition de la marmelade de Tronchin et de Zanetti. (V. Marmelade.)
Manne de Bbtançon. — C’estune espèce de manne
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qui se trouve en été sur les feuilles du mélèze. Elle est formée de petits grains blancs, gluants et gros comme la coriandre; elle est légèrement purgative, et employée par les habitants des environs de Briançon comme remplaçant la manne; cependant elle purge moins que cette substance.
Beaucoup d’autres végétaux laissent couler des sucs blancs et concrets , qui sont analogues à la manne : tels sont Yalhagi , le cèdre , le saule, etc.; mais ces mannes ne sontpoint employées en Europe.
J. -P. Beaude.
mannite. (V. Manne.)
wanbiove ( thérap .), s. m. On donne ce nom au bain des mains, et quelquefois d’une portion de l’avant-bras; les manuluves sont chauds, tièdes ou froids, suivant l’effet que l’on veut produire. L’immersion est courte ou prolongée, selon que l’on veut déterminer une révulsion ou une accumulation de sang dans les parties soumises au bain. En vue des effets thérapeutiques que l’on veut obtenir, les manuluves sont irritants ou adoucissants, calmants et émollients. Les premiers s’administrent en ajoutant à l’eau des bains de la farine de moutarde, de l’acide hydrochlorique, de la potasse, des cendres de bois, du vinaigre, etc. Les autres se préparent avec les décoctions de graines de lin, de guimauve, de pavot, les feuilles de plantes émollientes ou narcotiques. Les manuluves peuvent être administrés pour la guérison de quelques maladies spéciales, soit dartreuses, syphilitiques, scrofuleuses et psoriques; la composition en est modifiée dans ces cas selon les effets que l’on veut produire. Pour les effets généraux produits par les manuluves, V. Bain. J. B.
MANES bei. Nom d’un emplâtre dans lequel entraient les gommes-résines de l’Orient; il était fondant et n’est plus employé.
MARAIS. (V. Miasme.)
Marasme (path.), s. m. On appelle marasme ce dernier état de la maigreur dans lequel les parties molles extérieures au squelette étant presqu’entièrement atrophiées, la peau semble appliquée sur les parties osseuses. Le plus ordinairement le marasme est le symptôme d’une maladie ; quelquefois cependant, il existe sans qu'on puisse le rattacher à une affection dont il ne serait que la conséquence. Il peut même arriver que sans maladie déterminée, certains individus soient habituellement dans un état de maigreur excessive : ils conservent l’intégrité de leurs fonctions , mais sont remarquables par la lenteur de tous les phénomènes organiques. C’est ainsi qu’il y a peu d’années, on faisait voir à Paris, comme un objet de curiosité , un homme dit homme-squelette, présentant le dernier degré du marasme : cet individu n’était pas malade, et la mai greur était chez lui un état habituel. D autres fois, le marasme survient encore sans maladie , mais est la suite de causes débilitantes tres-actives ou trèsprolongées, 1 inanition, une nourriture insuffisante, les excès , et surtout les excès vénériens. On peut l’observer encore chez quelques femmes nourrices à la suite d’une lactation trop prolongée. Mais ces cas, dans lesquels le marasme est idiopathique, c’est-àdire primitif et constituant la seule ma'adie, sont très-exceptionnels. Le plus ordinairement, lorsqu'il existe, il est survenu secondairement comme phénomène dépendant d’une affection grave qui a amené une altération profonde dans la nutrition.
Rare dans les maladies aiguës, il se rencontre quelquefois cependant dans certaines fièvres typhoïde» à marche un peu lente et à forme adynamique bien prononcée ; on l’a observé aussi dans le choléra peu de jours même après l’invasion de cette affection. Ce sont les maladies chroniques qui produisent communément le marasme ; parmi elles, on citera particulièrement les maladies cancéreuses, surtout celles du tube digestif , le diabète , les maladies du foie avec ascite , dans lesquelles le marasme des parties supérieures du corps coïncide avec la tuméfaction du ventre et l’infiltration des extrémités inférieures, le carreau, et, plus particulièrement encore que toutes les autres , la phthisie pulmonaire, etc.
Quelle qu’en soit d’ailleurs la cause , le marasme survient peu à peu par gradations insensibles. Il donne alors à la personne chez laquelle il existe une apparence squelettique qui fait mal à voir : les yeux sont caves et largement ouverts, les tempes et les joues creuses , les apophyses zygomatiques et les pommettes très-saillantes , les angles de la mâchoire inférieure très-prononcés , le nez mince et allongé , et tous les muscles de la face se dessinent sous la peau amincie et appliquée sur le plan musculaire sans aucun intermédiaire graisseux. Au cou , le larynx forme une saillie considérable ; sur les côtés des muscles et au-dessus des clavicules , on voit des excavations profondes ; au tronc , les côtes se dessinent comme sur le squelette ; la partie antérieure de l’abdomen , appliquée sur la colonne vertébrale , est concave et fait ressortir les saillies de la partie inférieure du thorax et des rebords du bassin. Aux membres , les muscles semblent avoir disparu , la peau paraît appliquée sur les os, dont on distingue très-bien le relief ; et , par suite de cette disparition des parties molles, les articulations semblent d’un volume énorme et disproportionné ; cette émaciation générale n’existe pas seulement dans les parties extérieures du squelette, les organes intérieurs y participent encore , leurs parois sont plus minces , leur volume est diminué. Partout enfin a disparu le tissu adipeux qui entoure les organes et qui sépare les différents tissus qui entrent dans leur composition. De là , la réduction des parties molles à leur plus simple expression. Pour queiques physiologistes, cet état de maigreur ne peut s’expliquer par la seule disparition de la graisse , et on est tenté de croire qu’en même temps que ie tissu adipeux disparaît, les autres tissus subissent aussi une atrophie propre. Ce qu’il y a de certain , c’est que le sang diminue de quantité et surtout subit dans sa qualité une altération consistant dans la diminution proportionnelle des parties solides et l’augmentation des principes séreux.
Dans quelques circonstances rares , le marasme précède la manifestation des symptômes propres à la maladie; mais par lui seul , il est un signe trèspositii d’une altération profonde de l’économie qui ne va pas tarder à se déclarer. Lorsqu’on voit ainsi, sans cause appiéciable, survenir une maigreur extrême , on doit surtout craindre une phthisie pulmonaire. Le plus ordinairement, le marasme se manifeste pendaut le cours et à la fin des maladies . Les accidents qui paraissent le plus contribuer à le produire sont la fièvre, les sueurs et la diarrhée.
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