‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 48 sur 298 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

car Dieu se charge de payer pour eux , disait le grand Boerhaave, et ces paroles, empreintes d’une ■onction religieuse, semblent émanées de la bouche de saint Vincent de Paul ou de Fénelon. Ce zèle de cœur, cette abnégation sublime, ne sont le partage que de quelques âmes privilégiées; mais sans pousser aussi loin le désintéressement et la charité , les médecins n’ignorent pas que les apparences de cupidité sont une tache à leur caractère. La pudeur de la profession ne souffre pas qu’on se fasse afficher comme guérisseur, alors même qu’on serait parfaitement capable de traiter les maladies, parce que l’affiche ne fait ostensiblement appel qu’à l’argent des malades. La rougeur monte au front du médecin délicat, lorsque l’ingratitude lui marchande ses services : sa caisse devrait être comme un tronc où l’on dépose secrètement une offrande.

Quelles ne doivent pas être la discrétion et la moralité de l’homme auquel sa profession donne un si libre accès dans l’intérieur des familles, pour y recevoir quelquefois les confidences les plus secrètes, ou pour s’y livrer aux investigations les plus délicates! Que d’abus, que de crimes, si le sentiment du devoir est trop faible pour contenir des révélations indiscrètes, ou pour opposer un frein aux passions !

La patience, l’indulgence, la bonté, doivent toujours accompagner le médecin auprès de ses malades. Il est si naturel à l’homme qui souffre d’être prolixe en parlant de ses maux, de s’affliger de leur persévérance et de se plaindre de l’insuccès des remèdes! Sans faire d’inutiles ou de dangereuses concessions aux caprices des malades , le médecin doit beaucoup pardonner à la douleur, à l’ennui, au découragement ; ils aigrissent le caractère.

La prudence, la réflexion, la tempérance, ont été regardées de tout temps comme indispensables au médecin. Comment pourrait-on ne pas s’alarmer de sa hardiesse , de sa légèreté , du désordre de son esprit, quand on songe qu’une question de vie ou de mort sera quelquefois tranchée par la décision qu’il va prendre? Enfin, dans les circonstances les plus ordinaires qui lui sont soumises, c’est de la santé qu’il s’agit, et les intérêts de ce genre sont toujours précieux.

Que n’aurions-nous pas à dire de la force d’âme du médecin, si nous le représentions au sein d’une épidémie meurtrière et contagieuse, bravant la mort à tous les instants, rassurant la foule alarmée par son dévouement et son courage !

Maintenant, quelles doivent être les apparences habituelles de l’homme que nous avons dit devoir être désintéressé, philanthrope, discret, moral, patient, indulgent, bienveillant, prudent, réfléchi, tempérant, courageux, et que nous doterions d’autres qualités encore, s’il fallait faire une énumération complète de toutes celles que comporte la profession? Eh! mon Dieu, ces apparences sont toutes naturelles à celui dont les dehors sont l’image du caractère. Quant au médecin qui affecte les qualités qu’il n’a pas , ou qui exagère l’expression de celles qu’il possède réellement, il se donne de l’hypocrisie ou du ridicule, voilà tout. Les adeptes éclairés de la médecine sont .reconnaissants envers Molière d’avoir purgé la profession d’une foule de travers d’esprit et de faux jugements qui lui nuisaient aux yeux des gens sensés. N’est-il donc pas pos- 20*

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sible d’avoir des mérites sans en affecter les apparences exagérées? Le médecin doit être dans le monde ce que sont les hommes de son âge , de son éducation, de son rang. Si les sentiments et les devoirs de sa profession sont gravés en lui , il n’aura point à se composer pour s’en montrer digne. Qu’il songe seulement que si la société le dispense d’un étalage ridicule des qualités qu’il doit posséder comme médecin, elle sera moins indulgente pour lui s’il laisse percer des défauts qui leur sont diamétralement opposés. Entre la gravité pédantesque et la frivolité , entre la tâciturnité et le bavardage, entre une galanterie trop empressée et la réserve glacée envers les femmes , entre la passion et l’éloignement des beaux-arts, etc., etc., il est un moyen terme que le médecin doit savoir saisir pour trouver dans la société approbation ou tolérance. 11 est bon, d’ailleurs, à quelques égards, qu’il ne se rappelle pas sa profession quand il est dans le monde , afin d’éviter plus sûrement le défaut des médecins industriels, qui se font d’un salon une sorte de chaire publique pour se mettre en scène et prôner leur habileté.

Faut-il peindre maintenant les difficultés, les lenteurs, les avantages si généralement bornés, les peines, les dégoûts, les découragements, et, d’autre part, les satisfactions de la carrière médicale? Ce sujet nous entraînerait bien loin. Disons seulement que si les médecins ont souvent le cœur attristé des maux de leurs semblables, des caprices de la fortune, de l’injustice de l’opinion, de l’ingratitude des clients, souvent aussi ils peuvent puiser dans les bons témoignages de leur conscience, dans les marques d’estime et d’affection des familles reconnaissantes, des dédommagements aux amertumes de leur profession.

Après ce peu de mots des qualités et des épreuves du médecin, parlons un instant de la médecine comme science.

L’intelligence humaine se perfectionne par degrés : on ne saurait passer tout à coup avec fruit de l’ignorance aux études les plus captieuses. Celui-Là donc qui veut étudier en médecine a besoin d’avoir l’esprit déjà cultivé; pour l’intelligence comme poulie moral, rien ne peut absolument suppléer à la négligence ou aux vices de l’éducation première. Du reste, l’Université a pris à cet égard ses mesures : il faut avoir fait ses preuves dans les lettres , dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, avant d'être admis aux études et aux examens tendant au doctorat, dans une faculté de médecine.

Ne pouvant traiter ce sujet avec l’étendue nécessaire, il nous en coûte vraiment d’aborder les études médicales, pour en donner une idée aux gens du monde. La science se trouvera rétrécie comme le cadre étroit dans lequel nous sommes obligés de la circonscrire; heureux si quelques linéaments d’une vaste charpente retracent à l’esprit ce que serait l’édifice achevé.

Disons d’abord qu’on ne sent pas assez généralement la différence qui existe entre les idées du domaine et du sens commun, et les notions scientifiques. Il suffit d’avoir l’esprit cultivé, d’avoir du goût et du jugement , pour raisonner plus ou moins bien sur un sujet d’art, de littérature, d’histoire, de morale, de philosophie, de politique, de législation, de religion, etc., parce que ce qu’on appelle les

découvertes, les règles, les lois, les principes sont ici subordonnés à la manière générale de penser ou de sentir. Ce n’est plus ainsi dans les sciences ; elles ne se composent pas de faits isolés, indépendants, qu’on puisse juger un à un, et d’après son propre fonds, sans les rapporter à des lois ou principes. Il est surtout, pour les sciences, une gradation obligée sa’ns laquelle on n’a jamais que des idées incomplètes ou fausses. Pour ne parler que de la médecine, point de physiologie sans anatomie, point de pathologie sans physiologie, point de thérapeutique sans pathologie. Conséquemment, quelle erreur et quelle présomption de vouloir raisonner sur une science dont on n’a jamais étudié les éléments! Et cependant il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui se figurent avoir des notions saines dans l’art de reconnaître et de traiter les maladies, parce qu’elles en ont entendu parler ou parce qu’elles ont lu quelques chapitres de pathologie ou de matière médicale. C’est une présomption dangereuse de laquelle on ne saurait trop les désabuser, car le mal pourrait être à côté de l’erreur.

Les études médicales proprement dites commencent par l’organisation de l’homme. A travers les dégoûts et les difficultés des travaux anatomiques, que de merveilles se dévoilent alors aux esprits curieux et réfléchis ! On a dit pourtant que l’anatomie conduisait au matérialisme , de la même manière sans doute qu’on pourrait voir un Sauvage se persuader, en trouvant une montre, que le hasard en a rassemblé les ressorts. Ainsi ne philosophait pas cependant l’un des plus grands anatomistes du dernier siècle, lorsque, après avoir terminé son célèbre ouvrage orné de planches, il s’écriait (Yésale) : Je viens d’achever le plus bel hymne à la Divinité.

Après l’étude des organes vient celle de leurs fonctions, ou la physiologie proprement dite. Jusque-là l’organisation et ses actes ne sont envisagés que dans leur état régulier ou normal, et l’hygiène même, qui vient immédiatement à la suite, n’a d’autre but que de faire connaître les circonstances capables de favoriser ou de compromettre la santé. L’anatomie, la physiologie et l’hygiène conduisent à la pathologie. En effet, déjà l’élève a appris comment le corps est fait, comment il fonctionne, et sous quelles influences il montre dans ses fonctions le plus d’énergie, de force et de régularité. Si maintenant quelque cause vient à troubler la santé, nonseulement l’élève constatera l’état maladif, qui est généralement assez appréciable pour le vulgaire même; mais encore, par l’analyse du désordre des fonctions qui lui sont connues , il remontera aux lésions d’organes, il verra plus que le malade, il distinguera l’espèce de maladie. Et que de difficultés dans l’art du diagnostic, sans lequel la pratique n’est que le plus aveugle et le plus redoutable empirisme! La maladie reconnue, les circonstances extérieures et intérieures au malade étant appréciées, apparaissent tout aussitôt à l’esprit les moyens qu’on a employés en pareil cas, ou qui ont été expérimentés par d’autres. Tel est l’immense avantage du diagnostic, pour l’exactitude duquel l’anatomie et la physiologie sont presque toujours nécessaires, qu’avec lui seul on peut savoir quelle a été la pratique de tous les temps et des médecins les plus célèbres, dans le traitement des maladies

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dont l’espèce, la nature et le siège sont déterminés. (V. Diagnostics.)

Mais, connaître l’organisation de l’homme, les fonctions des organes sains, les conditions de salubrité , les causes de maladie , les maladies ellesmêmes et leur traitement, est-ce là toute la médecine? Oui, elle se trouve implicitement dans cet énoncé , les développements seuls seraient immenses. Abandonnons maintenant la pratique de l’art de guérir pour la philosophie médicale. Que de considérations sublimes sur les rapports du physique et du moral de l’homme ! considérations qui seront toujours vagues et superficielles , pour quiconque ne pourra pas étayer l’une par l’autre, la psychologie et la physiologie. Le philosophe quiobserve les manifestations morales et intellectuelles de l’homme, sans avoir approfondi les secrets de l’organisation, ne constate que des effets, et lorsqu’il veut ensuite généraliser ses observations , il lui arrive trop souvent de ne trouver qu’un fondement mobile, insaisissable, un être de raison qui varie suivant la manière propre de penser ou de sentir de chaque observateur. N’est-il pas étonnant que des Jmmmes d’un mérite aussi éminent que Locke , Helvétius , etc. , aient professé l’égalité des penchants, des facultés et des aptitudes, dans la foule si variée qui compose l’espèce humaine! Le médecin ne commettra pas de semblables erreurs ; sans nier l’existence d’un principe immortel, il ne s’égarera pas dans une métaphysique qui ne semble tenir aucun compte de l’influence de la matière sur l’esprit. Cette réciprocité d’action se Manifeste à chaque instant et dans les actes les plus vulgaires. Une émotion trouble l’organisme, les modifications primitives ou accidentelles de l’organisation influent sur les dispositions du moral. S’il suffit d’un aliment indigeste, d’une mauvaise nuit, etc., pour rendre l’humeur inégale, comme chacun l’a éprouvé, à plus forte raison la constitution physique primitive ou acquise, les maladies de long cours, graveront-elles une empreinte forte, permanente , sur le caractère des individus. Et les métaphysiciens voudraient qu’avec des corps différents, le moral fût le mêm« chez tous les hommes, que les imperfections de l’esprit ou du cœur n’eussent point d’autre origine que des vices d’éducation !

Mais si la médecine se bornait à rechercher les rapports du physique et du moral, elle resterait dans le domaine de la physiologie et de la philosophie théoriques ou spéculatives. Ces belles recherches ont aussi leur côté pratique, car si l’organisation modifie les mœurs et l’intelligence, l’hygiènect la thérapeutique modifient l’organisation. De ce principe découlent des considérations du plus haut intérêt, d’hygiène publique et particulière, touchant les climats, l’espèce d’alimentation, le genre de vie, les institutions , etc. Aussi Descartes , dont le génie embrassait tant de problèmes du premier ordre, a-t-il dit : « S’il est possible de perfectionner l’espèce humaine, c’est dans la médecine qu’il faut en chercher les moyens. » A. Lagasquie,

D. M. P., Directeur de PÉcole auxiliaire de Médecine,

Médecine (Enseignement de la). L’enseignement de la médecine se fait en France dans trois facultés et dans vingt et une écoles préparatoires, établies dans les principales villes. Les trois facultés sont

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placées dans les villes de Paris, Montpellier et Strasbourg. Les seuls grades que confèrent ces facultés sont le doctorat en médecine et en chirurgie. Le temps d’étude est d’au moins quatre années constatées par seize inscriptions prises au commencement de chaque trimestre, la première inscription ne pouvant être prise que danslepremieroule deuxième trimestre de l’année scolaire, c’est-à-dire en novembre et en janvier. Les candidats, pour obtenir le doctorat en médecine, doivent être reçus bacheliers ès-sciences, subir trois examens de fin d’année et cinq examens à la fin des études sur les diverses parties des sciences médicales, soutenir une thèse sur un sujet de leur choix , et diverses questions tirées au sort. De plus, les élèves doivent faire. pendant au moins un an , le service d’élève externe dans les hôpitaux; cette prescription ne peut que contribuer à leur bonne instruction, en les obligeant à pratiquer les pansements elles petites opérations de la chirurgie, et à suivre d’une manière plus régulière les études cliniques.

Les professeurs dans les facultés sont nommés par le ministère de l’instruction publique sur la présentation des facultés et du Conseil de l’instruction publique. Il existe une seconde classe de professeurs-qui, sous le titre de professeurs agrégés, remplacent les titulaires dans renseignement, lorsque ceux-ci sont empêchés, et qui participent aux examens des candidats avec les professeurs titulaires. Les places d’agrégés sont données au concours, mais elles ne sont que temporaires ; le temps d’exercice est de six années.

Les cours professés à la faculté de Paris sont au nombre de dix-neuf; ce sontles cours d’anatomie, d’anatomie pathologique, histologie, physiologie, chimie médicale, physique médicale, histoire naturelle médicale, pharmaciéet chimie organiques, hygiène, pathologie chirurgicale, pathologie médicale, pathologie générale, opérations et appareils, thérapeutique et matière médicale, médecine légale, accouchements et maladies des femmes en couche et des enfants, clinique médicale, clinique chirurgicale, clinique d’accouchements. Vingt-sept professeurs font ces divers cours, qui sont classés en semestre d’été et d’hiver. Plusieurs chaires sont remplies par deux professeurs qui se partagent l’enseignement ; les cliniques médicales et chirurgicales ont chacune quatre professeurs qui font leur cours toute l’année dans des hôpitaux différents. Les professeurs agrégés en exercice sont au nombre de vingt-trois.

Il existe, indépendamment des docteurs reçus par les facultés, un autre ordre de médecins qui sont obligés à des études moins longues et dont la réception est accompagnée de formes moins sévères : ce sont les officiers de santé, institués par la loi du 19 ventôse an xi. Les officiers de santé, autrefois reçus par des jurys médicaux, sont maintenant reçus par les facultés de médecine, ou par les écoles préparatoires, sous la présidence d’un professeur d’une des facultés de médecine. Ils ne peuvent exercer que dans les limites du département pour lequel ils ont été reçus. Le temps d’étude exigé d’eux est de trois ans dans une faculté et de trois ans et demi dans une école préparatoire ; le nombre des examens est de trois. Dans les localités où il existe des docteurs en médecine, les officiers de santé ne peuvent pratiquer les grandes opérations chirurgicales que sous

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la surveillance et l’inspection d’un docteur en médecine ou en chirurgie. Ils ne peuvent également (art. 27) exercer les fonctions de médecin et de chirurgien jurés appelés par les tribunaux , celles de chirurgien ou de médecin en chef des hôpitaux, ou être chargés par les autorités administratives des divers objets de salubrité publique.

Les sages-femmes, autrefois reçues par les jurys départementaux, sont maintenant reçues dans la même forme que les officiers de santé, en produisant un certificat constatant deux années d’études près d’un docteur ou dans un hôpital. Elles subissent un examen sur les accouchements et l’anatomie du bassin, et elles ne peuvent exercer que dans le département pour lequel elles ont été reçues. Il y a des sages-femmes qui sont reçues par les facultés et qui peuvent exercer dans toute l’étendue du royaume.

Les sages-femmes, dans le cas d’accouchement laborieux, ne peuvent employer les instruments sans appeler uu docteur en médecine ou en chirurgie (art. 33).

Les médecins reçus dans les écoles des pays étrangers, peuvent être admis par décret du Gouvernement à exercer en France; la loi n’exige aucun examen , aucune nouvelle preuve de capacité de leur part, quoiqu’il n’en soit pas toujours de même à l’étranger pour les médecins français. Ces concessions peuvent être révoquées également dans la même forme qu’elles ont été accordées. Dans plusieurs circonstances le ministre de l’instruction publique a fait une juste application de cette faculté dans des cas où des médecins étrangers avaient, à Paris, compromis l’honneur de la profession.

Telle que nous venons de la développer, l’organisation sur l’étude et l’exercice de la médecine présente encore de notables imperfections. Depuis longtemps on réclame contre l’abus que présentent deux ordres de médecins qui ont presque les mêmes droits, sans que la loi exige les mêmes études et les mêmes connaissances; on se plaint également de la déconsidération que le charlatanisme jette sur la profession sans qu’il soit possible, par les lois existantes , de mettre un terme à ses excès : espérons qu’une loi nouvelle sur l’exercice de la médecine, viendra enfin réprimer ces abus , donner à la profession toute la considération qu’elle mérite, et au public toute la sécurité qu’il est en droit d’attendre des hommes entre les mains desquels il met sa santé et son existence.

J. -P. Beaude.

Médecine légale, s. f. L’on entend sous cette désignation, suivant M. Orfila, l’enseiinble des connaissances médicales propres à éclairer diverses questions de droit et à diriger les législateurs dans la composition des lois. Cette définition, qui est l’une des plus exactes qui ait été donnée par les médecins légistes , explique parfaitement ce que l’on doit entendre par le mot médecine légale. Pendant longtemps on a confondu la police médicale avec cette dernière science , mais aujourd’hui on l’en sépare complètement , et l’on désigne sous le nom de police médicale les connaissances que la médecine prête à l’administration et au Gouvernement pour protéger la santé des citoyens. Ces connaissances sont principalement du ressort de l’hygiène publique. Quelques auteurs ont aussi donné à la médecine légale et à la police médicale le nom de médecine politique.

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Ces diverses désignations d’une seule et même science présentent peu d’intérêt, et nous n’avons cru devoir les indiquer que pour éviter ia confusion que ces synonymes pourraient faire naître dans l’esprit.

Nous n’entreprendrons pas ici de faire l’histoire de la médecine légale; cette science, dont on trouve des traces dans l’antiquité, ne s’est surtout développée que dans les temps modernes, et c’est à Zacchias, médecin du pape Innocent X, qui mourut en 1659, que l’on doit le premier traité sur cette matière. Ambroise Paré et ses disciples fournirent aussi leur contingent à cette science dont les médecins modernes ont étendu les limites. C’est en France et en Allemagne que les médecins se sont le plus occupés de ces travaux, et, parmi nous, M. Orfila a véritablement reculé les bornes de cette science par ses recherches sur les empoisonnements.

Nous ne présenterons pas ici un cadre de toutes les divisions de la médecine légale; chaque question a été l’objet d’un article séparé que l’on pourra consulter à sa place dans ce Dictionnaire. J. B.

Médecine ( Pharm.), s. f. On donne souvent ce nom à une potion purgative. (V. Purgatif , Potion.)

mébïam, ame (Anat.) , adj. Et s. f. ( medianus , de medium, milieu). Le nerf médian est un des principaux nerfs du bras; il provient du plexus brachial situé dans le creux de l’aisselle , et se rend aux doigts; il est produit par la première paire des nerfs dorsaux et par des branches des septième et huitième cervicales. Ce nerf suit le trajet de la face interne du bras, longe la partie interne du muscle biceps et accompagne l’artère brachiale jusqu’au pli du bras , où il s’enfonce entre les couches musculaires de l’avant-bras, et parvient dans la paume de la main ; il se divise en autant de rameaux qu’il y a de doigts.

Les veines médianes sont trois veines qui se font remarquer sous la peau au pli du bras ; elles sont distinguées en médiane commune , médiane céphalique et médiane basilique. Ces veines, qui s’observent à la partie interne du bras, naissent des veines de l’avant-bras, et se rendent à la vein^ axillaire; elles sont assez volumineuses et s’anastomosent les unes avec les autres : chez les personnes d’un médiocre embonpoint, elles sont très-apparentes sous la peau. C’est sur 1,’une de ces veines que l’on pratique la saignée ; on évite ordinairement de piquer la médiane céphalique lorsqu’elle est trop voisine de l’artère brachiale, et dans le point où elie croise sa direction. (Y .* Saignée et Bras.)

On donne le nom de ligne médiane à une ligne verticale que l’on suppose couper le corps en deux parties égales par le milieu; cette indication de ligne médiane est souvent employée dans les descriptions anatomiques. J. B.

keébiastim [anat.], s. m. C’est la cloison membraneuse formée dans le milieu de la poitrine par l’adossement des plèvres : cet adossement laisse en avant et en arrière deux cavités qui renferment des organes importants; elles ont recule nom de médiastin antérieur et postérieur. L’antérieur est le plus étendu, il renferme le tymus, le cœur et les gros vaisseaux. (V. Thorax , Plèvre.)

mébîcaIi, AiiE , adj., se dit des choses qui ont rapport à la médecine.

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médicaments ( therap .), s. m., médicamentum. On donne ce nom aux susbstances employées pour obtenir la guérison des maladies, ou procurer du soulagement aux malades; tous les moyens employés dans ce but ne sont pas nécessairement des médicaments. Ainsi, le régime, le repos, les bains, les frictions, etc., sont des moyens thérapeutiques qui, avec les médicaments, concourent au traitement des maladies. Les médicaments sont puisés dans l’un des trois règnes de la nature, leur histoire constitue la science de la pharmacologie ou de la matière médicale (Y. ce mot); leur récolte, leur préparation et leur conservation forment le domaine de la pharmacie. L’ensémble de tous les moyens qui concourent au traitement des, maladies constitue la thérapeutique.

Les médicaments ont été divisés sous le rapport de leur action, de leur nature, de leur préparation; chacune de ces divisions est employée par les médecins ou les pharmaciens, suivant la partie de la science dont on veut traiter. Les médecins préfèrent la classification qui les divise suivant leur propriété, et ils en ont formé diverses catégories dont voici les principales : antiphlogistiques , béchiques , diurétiques , purgatifs, résolutifs, toniques, antispasmodiques , narcotiques, styptiques , caustiques, antelmentiques , etc. ; cette nomenclature est très-étendue, et chacun de ces mots a été ou sera traité à sa place alphabétique.

Pour les pharmaciens, les médicaments sont officinaux ou magistraux , suivant qu’ils sont préparés à l’avance, ou immédiatement selon l’ordonnance des médecins; ils sont aussi simples ou composés , suivant qu’ils sont formés d’une seule substance, ou composés du mélange <Je plusieurs substances. MM. Henri et Guibourtont établi une classification nouvelle, basée sur la composition ou l’état physique des médicaments ; mais cette méthode, quoique très-ingénieuse, est presque inusitée.

Les médicaments étant ordinairement l’auxiliaire le plus puissant dans le traitement des maladies, on comprend qu’il est nécessaire que l’on soit certain de leur action ; pour cela il faut les prendre dans une bonne pharmacie, et ne point courir au bon marché, ainsi que le font beaucoup de personnes, qui pensent que l’on peut marchander un médicament comme on le fait pour tout objet dont on peut apprécier la valeur. Un bon médicament doit toujours demander dans sa préparation beaucoup de soin, et beaucoup de précaution dans le choix des substances; le pharmacien est souvent obligé de le renouveler, même lorsqu’il ne l’a pas vendu, car sa conservation est limitée. Toutes ces causes font qu’un médicament bien préparé doit être vendu à un prix plus élevé que celui qui l’est mal, et dont 1 action est souvent ou nulle ou dangereuse. A ces faits nous joindrons encore les sophistications et les omissions faites par la mauvaise foi et dans l’intention de se procurer un gain plus considérable : ces fraudes ont souvent compromis la santé et la vie des malades. Quoique les officines des pharmaciens soient visitées annuellement par les écoles de pharmacie et les jury médicaux, cependant tant de choses peuvent passer inaperçues, que les abus que nous venons de citer sont nombreux. A Paris même, dans une rue depuis longtemps célèbre par le nombre des commerçants en denrées exotiques, la pharmacie se

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fait à très-bon marché, au grand préjudice, sans doute, de la bonne préparation des médicaments^et de la santé des malades.

Quelques personnes, par esprit d’économie, gardent souvent des médicaments qui leur ont été prescrits , et qu’elles n’ont pas complètement employés, pour les prendre lorsqu’elles se croiront affectées des mêmes symptômes; nous ne saurions trop condamner cet usage, qui peut exposer aux plus graves inconvénients; car il est prouvé que presque tous les mélanges liquides s’altèrent et se décomposent assez promptement; les pilules, les poudres mêmes peuvent aussi s’altérer; les sirops fermentent facilement lorsqu’ils sont en vidange et que la température est un peu élevée. Indépendamment de l’inconvénient de prendre des médicaments altérés qui souvent peuvent être très-nuisibles, on court encore dans ce cas le danger de prendre des substances qui peuvent être contraires à l’effet qu’il faudrait produire pour amener du soulagement, puisque des symptômes analogues peuvent se manifester au début d’affections différentes. Il est d’ailleurs toujours indispensable de consulter le médecin avant de prendre des médicaments dont on ne peut pas calculer tous les effets.

Les médicaments simples, tels que les fleurs, les feuilles, les tiges, les racines, les bois, Les substances minérales, peuvent être facilement conservés en les tenant dans des lieux secs et à l’abri du contact de l’air. Les fleurs aromatiques ont besoin d’être renfermées dans des boîtes ou des bocaux ; les grains et les fruits devront être renouvelés chaque année; il en sera de même des fleurs et des feuilles, lorsqu'on le pourra facilement. (V. pour les plantes indigènes les mots Récolte et Dissiccation.) J. -P. Beaüde.

mébioastre, s. m. ( 'medicaster ), se dit d’un médecin ignorant ou charlatan.

médication ( thérap .), s. f., medicatio. On désigne ainsi l’effet produit par un médicament ou un ensemble de médicaments après leur administration : on se sert aussi de ce mot pour désigner une méthode de traitement; ainsi on dit une médication tonique, antiphlogistique, pour indiquer que le traitement a été fait dans ces directions.

médicinal, (thérap.), adj. (medicinalis, qui sert de remède). Ainsi on dit des plantes médicinales, des substances médicinales, pour indiquer qu’elles sont employées en médecine.

médicinier (bot. et mat. méd .), s. m. C’est un genre de plantes de la famille des Euphorbiacées, désigné par les naturalistes sous le nom de jcitropha; plusieurs espèces de ce genre sont employées en médecine : la première et la plus connue est le manioc.

Le Médiciniek manioc, jatropha manihot, est un arbuste sarmenteux et grimpant, dont la racine est très-grosse, tubéreuse, charnue, blanche intérieurement, et remplie d’un suc blanc et laiteux très -abondant; ce suc, qui est très -âcre, est un poison on ne peut plus énergique. Les feuilles de cette plante sont alternes, pétiolées, divisées en plusieurs lobes d’un vert foncé à la partie supérieure. Les fleurs sont monoïques, disposées en grappes et de couleur verdâtre.

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Cet arbrisseau est originaire d’Afrique, et paraît aTOir été transporté en Amérique par les nègres; il^st cultivé clans l’Afrique, dans l'Inde et en Amérique, depuis le détroit de Magellan jusqu’aux Fiorides. La racine, qui pèse quelquefois jusqu’à trente livres, est la partie de la plante qui est le plus utile ;• elle contient à la fois un poison violent et une fécule alimentaire très-nourrissante. Cette racine se récolte lorsque le manioc a de six mois à deux ans, suivant les variétés; pour en extraire la fécule, on écrase ou on râpe cette racine, et on la soumet ensuite à des lavages abondants, afm d’en entraîner le suc vénéneux. La fécule que l’on retire par cette opération sert, après avoir été cuite légèrement, à faire des galettes ou pain de cassave , qui servent à la nourriture des nègres, dans les colonies. Deux onces de cet aliment sont suffisantes pour un repas, et une livre suffit à la nourriture d’un homme pendant vingt-quatre heures, quel que soit son appétit.

La fécule fine, blanche et légère qui se dépose, pendant le lavage, au fond du vase, a reçu le nom de moussaohe ; elle est aussi fine que l’arrow-root avec lequel on la confond quelquefois, et elle est plus légère. Elle peut être employée aux mêmes usages. Le tapioca est de la fécule de manioc séchée sur des plaques chaudes, ce qui lui donne l’aspect granulé qu’on lui voit dans le commerce. La fécule de manioc est un aliment bon, doux, nourrissant, qui convient parfaitement aux malades; cette substance, qui gonfle beaucoup à la cuisson, contient un principe nutritif très-abondant sous un petit volume.

Le suc de manioc est un poison tellement actif, qu’il suffit de quelques gouttes mises sur la langue d’un chien pour le tuer immédiatement. Un nègre empoisonneur à qui l’on fit prendre trente-cinq gouttes de ce suc mourut en six minutes; on dit, mais à tort, que c’est dans le suc du manioc que les Sauvages trempent leurs flèches pour les empoisonner. Ce poison, qui est stupéfiant, agit à la manière de l’acide prussique, sans cependant que l’analyse chimique y ait démontré la présence de cet agent. Le principe vénéneux du suc de manioc est si volatil, qu’il suffit qu’on ait exposé ce liquide à l’air libre pendant vingt-quatre ou trente-six heures, pour qu’il perde toute son activité. Les alcalis et le TShandiroba paraissent les antidotes les plus efficaces.

Médicinier cuRc.is./flfropMramïs. Gros pignon d’Inde, ricin d’Amérique, noix des Barbades; c’est un arbrisseau aussi originaire d’Afrique. Ses fruits sont globuleux et de la grosseur d’une petite noix, ils s’ouvrent en deux valves qui contiennent chacune une semence blanche et charnue; ils sont désignés dans le commerce et dans les pharmacies sous les noms que nous venons d’indiquer. Les amandes fournissent par expression une huile fine, huile de ricin d’Amérique, qui est un purgatif beaucoup plus actif que. l’huile de ricin que l’on fabrique en Europe; cette huile est sans odeur, d’une saveur douceâtre, qui, après quelque temps, donne un sentiment d’ardeur âcre et brûlante dans la gorge, qui va en augmentant jusqu’à ce que le vomissement se produise , lequel arrive trois heures environ après l’avoir prise : dixhuit à vingt grains produisent ce résultat; il suffit d’une quantité moindre pour produire un effet purgatif. Dans l’Inde on l’emploie en friction dans la

gale, le rhumatisme, les dartres; elle est peu usitée en Europe. Cette huile purgative tient le milieu entre l’huile de croton tiglium, qui est si active, et l’huile de ricin de nos climats. J.-P. Beaude.

eîesîIïjs ( anat .), s. m. Nom donné au doigt du milieu. (Y. Doigts.)

MÉsvUAmE (anat.), adj. ( medullaris , de medulla, moelle), qui a rapport à la moelle. On donne le nom de canal médullaire à la cavité cylindrique qui existe dans tous les os longs et qui contient la moelle. La membrane qui tapisse ces cavités a reçu le nom de membrane médullaire, et les artères qui s’y rendent ont reçu le nom d’artères médullaires. (V. Os.) — La substance blanche du cerveau a aussi reçu le nom de substance médullaire. (Y. Cerveau.) Au rein, enfin, la substance tubuleuse a été nommée par quelques anatomistes, substance médullaire. (V. Rein.) J. B.

MÉGAÏ.ANTBROPOGÉBIÉSIE ( phljsiol. ), S. f. (du grec mégas , grand, anthropos , homme, et génésis, génération), l’art de procréer de grands hommes, des hommes d’esprit, de génie. Il est inutile de discuter une semblable proposition, qui n’est appuyée sur aucune connaissance physiologique, et qui a pris naissance dans l’esprit de quelques rêveurs, qui n’ont observé les phénomènes de la génération qu’avec le prisme trompeur de l’imagination. (V. Génération). J. B.

méisina (méd.), s. m. (du grec mêlas, noir), maladie noire. Les auteurs s’accordent assez généralement aujourd’hui pour désigner ainsi l’excrétion par l’anus du sang exhalé ou versé par une voie quelconque dans les intestins. De cette manière, on réunit sous un même titre tous les cas d’hémorrhagie intestinale, en exceptant toutefois celle du rectum , qui prend un nom particulier. (V. Hémorrhoïdes).

L’étude du Mélæna peut être partagée en trois sections, suivant que le sang provient d’une blessure de l’intestin (mélæna traumatique); qu’il a été sécrété dans l’intestin sans lésion organique appréciable (mélæna idiopathique ou essentiel), et enfin qu’il provient d’une affection organique de l’intestin, d’un organe voisin ou d’un état général grave de l’économie (mélæna symptomatique). Le mélæna traumatique devant être renvoyé à l’histoire des plaies de l’abdomen, nous ne parlerons ici que des deux derniers.

1° Le Mélæna essentiel est assez rare; on en cite cependant quelques exemples. Cette affection s’est montrée quelquefois chez des enfants ; d’ordinaire, eile affecte des personnes adultes, pléthoriques, chez lesquelles- une hémorrhagie habituelle a été supprimée; des femmes, par exemple, dont les règles ont été suspendues par une cause quelconque. D’ordinaire la maladie surprend les sujets au milieu delà plus parfaite santé, et débute, soit brusquement, soit par des douleurs sourdes, puis de plus en^lus intenses dans l’abdomen. Ces douleurs se rencontrent surtout vers l’ombilic quand l’hémorragie se fait dans l’intestin grêle, et vers les lombes, quand elle a lieu dans les gros intestins. A ces coliques quelquefois déchirantes, succèdent bientôt de la pâleur, des sueurs froides, des horripilations, la syncope même , indice assuré qu’une hémorrhagie

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