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sente est de nettoyer les surfaces malades des enduits crustacés qui les recouvrent, afin de pouvoir appliquer directement sur elles les agents thérapeutiques que l’on se propose de mettre en usage. On arrive à ce résultat au moyen de cataplasmes de fécule de pommes de terre appliqués à nu, de lotions émollientes avec l’eau de son, de guimauve, de cerfeuil, etc.; ces moyens adoucissants sont encore employés quelque temps après la chute des croûtes, tant qu’il y a de l’irritation, Ce qui se reconnaît à la rougeur et au sentiment de chaleur prurigineuse dans la partie malade. Quand la phlegmasie est très -vive, très -intense, une application de sangsues ou de ventouses scarifiées pourra produire un dégorgement très-avantageux. Ces évacuations sanguines locales seront encore d’une grande utilité quand le tissu dermoïde présentera de l’hypérémie. L’orgasme inflammatoire une fois abattu, il faut passer aux médications résolutives, et l’on doit surtout donner la préférence aux préparations sulfureuses, surtout à celles dans lesquelles le soufre et l’iode sont associés. Pour éviter des redites inutiles, nous renverrons, pour le reste du traitement, au mot herpès; à l’occasion de l’herpès squameux , on trouvera tout ce que nous pourrions dire ici pour la mélitagre, le traitement de ces deux affections étant tout-à-fait le même. (Voyez aussi Mentagre.) E. Beaugrand,
Docteur en Médecine.
BS1XI.ITE ( Pharm .), s. m. On a donné ce nom aux préparations faites avec le miel (V. ce mot.)
bselon ( hyg .), s. m. cucumis melo , melopepo , L., famille des Cucurbitacées, J.
Ce fruit se présente sous des formes très- variées ; cependant il est le plus généralement sphéroïde, ovale, arrondi, quelquefois fortement déprimé à la base et ausommet, sillonnéde côtes; sa surface estréticulée ou lisse; son parenchyme est charnu, plus ou moins ferme, rouge orangé ou jaune, suivant les variétés; il renfermedes semences ovales, glabres, blanches,lisses et comme vernissées, adhérentes par leur base à une sorte de moelle ou parenchyme fibreux.
Quelques auteurs croient le melon originaire de l’Asie, d’autres le font venir de l’Afrique; ce qu’il y a de certain, c’est qu’aujourd’hui les meilleurs melons se trouvent en Barbarie; ils y surpassent les autres en beauté et en qualité ; après eux viennent ceux d’Espagne, de la Grèce, du Levant, de l’Italie , puis enfin des contrées méridionales de la France et notamment de la Provence.
Le melon était connu des Grecs et des Bomains, mais ces derniers le confondaient avec le concombre et d’autres cucurbitacées. Pline est le premier qu remarqua que ce qui distingue le melon des concombres, c’est qu’outre sa forme, sa couleur et son odeur, il abandonne son pédoncule lorsqu’il a atteint son maximum de maturité. La solution de Continuité qui se remarque autour de la queue est encore aujourd’hui le meilleur indice pour distinguer cette époque de la vie du melon. Le même auteur fait mention de l’ancien usage, qui consistait à faire macérer les semences de melon dans le lait pour rendre ce fruit plus doux. Cette pratique, abandonnée avec raison par les modernes, ne pouvait avoir d’autre effet que de faciliter le développement du germe. Quant au conseil de les faire 21*
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tremper dans le vin pour donner au fruit un goût vineux , ou dans l’huile de sésame pour l’obtenir sans graine, il ne mérite pas plus d’attention.
La maturité des melons, lorsque la saison et l’exposition sont favorables, s’effectue du trentième au quarantième jour, c’est-à-dire depuis le moment où le fruit noue jusqu’à celui où il est jrappé ou aoûté. On a proposé, pour hâter la maturité des melons, de répandre autour du fruit du charbon en poudre, auquel on attribue la propriété d’élever la température de l’air ambiant de quelques degrés.
Les melons de primeur n’ont jamais la suavité de ceux qui, semés plus tard (au commencement d’avril, par exemple), reçoivent l’influence bienfaisante du soleil d’été. L’usage consacré par les jardiniers de Louis XV, de servir à ce prince des melons le Jeudi-Saint, coûtait des sommes énormes sans compensation, car ces fruits devaient offrir bien peu de suavité, surtout pour des palais le plus souvent blasés.
Ce beau fruit dont la nature se montre si prodigue, mais qui doit en Europe une grande partie de ses avantages au soin que l’on donne à sa culture, est maintenant l’objet d’une grande consommation, dans les villes principalement. Il est nourrissant et rafraîchissant à la fois, tempère la soif et offre conséquemment une ressource alimentaire très-précieuse, surtout dans les climats chauds. Certaines personnes, celles surtout de tempérament froid et de constitution délicate, doivent toutefois en être Sobres. L’histoire fournit plusieurs exemples des accidents que son usage peut produire. L’empereur Claudius Albinus, le pape Paul II, moururent pour en avoir mangé immodérément. Comme la pêche il est froid; la grande quantité d’eau de végétation qu’il contient le rend indigeste : pour obvier à ces inconvénients, on doit, sinon l’associer au vin, comme on le fait pour ce dernier fruit, en boire au moins après l’avoir mangé. Cette boisson, en stimulant ou réchauffant l’estomac, est incontestablement l’antidote le plus puissant contre les excès que l’on peut faire du melon. On doit aussi ajouter au melon certains condiments, tels que le sel et le poivre qui favorisent plus sa digestion que le sucre que l’on y joint dans certains pays. Fourcroy et V auquelin , qui ont analysé le melon , ont signalé dans son suc fermenté ou chauffé, la présence d’un principe analogue à la manne, et qu’ils ont nommé mannite. Ce principe n’existant pas dans le suc frais, ils ont pensé qu’il résultait d’une réaction produite pendant la fermentation spontanée, et peut-être même d’une altération du sucre cristallisable pendant l'opération analytique.
La semence du melon fait partie des quatre semences froides; réduite en pâte et mêlée à l’eau, elle forme une émulsion tempérante et sédative dont l’usage en médecine est tombé en désuétude.
Les melons diffèrent par leur forme, leur couleur, leur odeur, leur saveur; ils sont tantôt grêleS et longs, tantôt ronds et complètement sphériques; d’autres sont très-déprimés à la base et au sommet. Ceux-ci ont la chair jaune, ceux-là verte ou blanche. Ils se distinguent encore par l’aspect de leur écorce, qui varie beaucoup ; elle est lisse ou brodée, unie ou sillonnée de côtes. Le volume des melons est aussi très-variable : il ne dépasse pas quel-
quefois celui d’une orange, et atteint, rarement il est vrai, celui d’un petit potiron.
Toutes les espèces et variétés semblent provenir des trois races principales suivantes : 1° le melon maraîcher ou galeux ; 2° le cantaloup ; 3° le melon de Malte. Couverchel,
De KAcadémie-cle Médecine et. de la Société de Pharmacie.
membrane ( membrana ), s. f. On désigne sous ce nom un tissu organique mince, tantôt enroulé en forme de tube, tantôt étalé en larges surfaces , et revêtant les principales parties du corps de l’homme, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Les membranes n’ont été bien étudiées qu’à partir de Bichat. Déjà, avant lui, Sauvage (1763) avait établi une distinction entre les phlegmasies qui attaquent les membranes et celles qui affectent les parenchymes; Pinel n’eut donc pas, comme on le croit généralement, la gloire d’avoir le premier fondé cette classification, mais il se l’appropria en quelque sorte par la manière dont il sut la développer, et surtout faire ressortir les différences qui existent non-seulement entre les inflammations des membranes et celles des autres organes, mais surtout entre les maladies des différentes sortes de membranes séreuses ou muqueuses. Partant de ces données, Bichat se livra à une étude attentive du côté anatomique de la question, et le Traité des membranes vit le jour. Dans cet article nous décrirons d’abord rapidement les différentes espèces de membranes, puis nous passerons en revue les diverses maladies auxquelles chacune de ces espèces est plus spécialement exposée.
On admet généralement trois ordres de membranes, les fibreuses , les séreuses e t les muqueuses : la peau est décrite à part. Ce sont les membranes simples; il en est d’autres compliquées, c’est-à-dire dans la composition desquelles entrent différents tissus : nous en dirons un mot en terminant.
1° Des membranes fibreuses (albugineuses de Chaussier). On les nomme ainsi paice que leur trame est composée de fibres bien apparentes qui se dirigent en différents sens. Ces fibres sont blanches avec un brillant argentin ; elles sont très-solides, très-résistantes, tantôt irrégulièrement disposées et se coupant dans toutes les directions, tantôt parallèles et situées dans le sens des mouvements de la partie où on les rencontre. Les membranes dont nous parlons sont entourées de tissu cellulaire qui pénètre dans les interstices des fibres et remplit leurs mailles; on y trouve aussi de la graisse. Quant aux vaisseaux sanguins, il est certaines portions fibreuses qui n’en reçoivent que très-peu. On n’y a pas suivi de nerfs.
Peu élastique à l’état frais, ce tissu l’est davantage quand il est sec; il ne se prête pas non plus à une extension brusque; de là l’éti auglement quand les parties qu’il enveloppe viennent à prendre un accroissement rapide, et les ruptures dans les cas de violence extérieure. Mais il cède assez facilement à une dilatation progressive. C’est ce que l’on voit surtout dans les hydropisies et la grossesse; alors les tuniques fibreuses situées dans l’épaisseur des parois de l’abdomen prennent une amplitude très-considérable, mais en même temps les membranes ainsi distendues s’amincissent et s’éraillent assez souvent; dans des cas plus rares elles augmentent d’épaisseur. Elles ne sont pas susceptibles d’une contrac-
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tion rapide, mais elles reviennent peu à peu sur elles-mêmes cj "and la puissance qui les tendait vient à disparaître. Dans l’état sain, le tissu fibreux se montre insensible aux irritants, mais les excitants mécaniques, les torsions, les tiraillements déterminent de la douleur; dans l’état morbide il devient souvent d’une extrême sensibilité; chimiquement* il est composé de gélatine.
Les membranes fibreuses servent à recouvrir et à protéger la plupart des organes de l’économie; l’enveloppe du cerveau et de la moelle épinière ( duremère ), celle de l’œil ( sclérotique ), celle du foie, des reins, de la rate et de la plupart des autres viscères* celledesos {'périoste) ,des muscles (a^oweVroses), etc. , sont constituées par elles, tantôt elles forment des sacs simples qui tapissent l’extérieur de l’organe, tantôt de leur face interne elles envoient des cloisons plus ou moins profondes qui le partagent en loges, en canaux ou en cellules, de forme et d’étendue variables : ces tuniques sont percées de trous pour le passage des vaisseaux et des nerfs qui se rendent à la partie enveloppée. Une circonstance assez remarquable, très-bien exposée par Bichat, c’est que presque toutes les parties du système fibreux communiquent les unes avec les autres; cela est surtout remarquable pour le périoste.
Peu marqué pendant les premiers temps de la vie intra-utérine, le système qui nous occupe ne devient bien apparent qu’après la naissance ; dans la vieillesse il est plus ferme, plus sec et prend une teinte jaunâtre : il n’est pas rare alors d’y rencontrer des concrétions ossiformes et calcaires.
2° Membranes séreuses. Elles constituent des sacs arrondis, simples ou rentrés sur eux-mêmes, généralement sans ouverture , et sécrétant par leur face interne un fluide particulier aqueux et ténu (sérosité), ou bien visqueux et gluant (synovie). De là une distinction importante pour l’étude, établie entre les membranes séreuses et les membranes synoviales.
Les séreuses proprement dites sont formées d’une toile extrêmement mince, surtout si l’on a égard à leur capacité, plus ou moins transparentes, blanchâtres, brillantes, moins toutefois que les membranes fibreuses auxquelles elles sont souvent accolées. Suivant beaucoup d’anatomistes, les séreuses ne seraient que du tissu cellulaire condensé, et, en effet, leur aspect est le même; comme celui-ci elles ne reçoivent ni vaisseaux sanguins, ni filets nerveux, leurs fonctions sont pareilles (exhaler et absorber de la sérosité, et protéger les organes); enfin le tissu cellulaire se transforme très-facilement en membranes pseudo-séreuses : c’est ce qui arrive, par exemple, autour des corps étrangers plongés et fixés au sein de nos tissus.
Les séreuses, avons-nous dit, forment des sacs sans ouverture, mais, repliés sur eux-mêmes et refoulés par les organes qu’ils revêtent, comme s’il y avait deux sacs l’un dansl’autre. On les a assez ingénieusement comparés aux bonnets de coton, qui forment une grande poche fermée de toutes parts, et dont une moitié est rentrée en dedans de l’autre pour loger la tête. La face extérieure des membranes séreuses est donc en partie en rapport avec les parois des cavités qu’elles concourent à former, et en partie avec les organes qu’elles coiffent pour ainsi dire. La face interne, libre, est en rapport avec
elle-même et incessamment lubrifiée par une humeur ou plutôt par une vapeur séreuse qui facilite le glissement et les mouvements des organes dont elle forme la limite : c’est, en grande partie, la réalisation matérielle de la surface abstraite des géomètres
Ces membranes jouissent à un haut degré de l’élasticité et de l’extensibilité; aussi ne se laissent-^ elles pas déchirer par les distensions rapides, â moins que celles-ci ne soient très-violentes et trèsconsidérables. La laxité du tissu cellulaire qui les unit aux parties voisines leur permet des déplacements assez étendus ; c’est ce qui se voit souvent dans les hernies. La cause de la distension une fois enlevée, les séreuses reviennent promptement à leurs dimensions naturelles.
Les membranes synoviales tapissent les cavités articulaires; elles s’adàptent par conséquent à toutes les inégalités , saillies et anfractuosités qui existent au niveau de la jonction de deux surfaces osseuses. On rencontre assez souvent dans les capsules synoviales de petites masses spongieuses, rougeâtres, appelées mal à propos glandes de Havers, et qui ne sont, suivant Meekel, que du tissu cellulaire graisseux. La nature du fluide que contiennent ces poches ( synovie ) diffère beaucoup de la sérosité proprement dite; la synovie est un liquide visqueux, filant, analogue au blanc d’œuf, formé d’eau, d’une grande quantité d’albumine, de gélatine et de quelques sels.
Aux membranes synoviales se rapportent des sacs qui se rencontrent surtout dans les parties qui sont le siège de frottements considérables. On les désigne sous le nom assez impropre de bourses muqueuses; les unes se trouvent sur le trajet des tendons auxquels elles fournissent des enveloppes partielles, ou bien entre certains muscles larges; elles ont pour objet de faciliter le glissement, et leur intérieur est lubrifié par de la véritable synovie. Les autres, dites bourses muqueuses sous-cutanées, se rencontrent sous la peau , spécialement au niveau des saillies osseuses; constituées également par des poches synoviales sans ouvertures, elles ont pour objet d’adoucir les frottements. Une circonstance' assez remarquable, c’est qu elles se trouvent accidentellement là où des pressions assez fortes ont eu lieu pendant la vie, aux avant-bras, par exemple, chez certains ouvriers.
3° Membranes muqueuses ou villeuses. Les membranes muqueuses sont considérées par la plupart des anatomistes comme la portion rentrée de la grande membrane tégumentaire externe, la peau; aussi Meekel les décrit-il sous le nom de système cutané interne. Si nous considérons leur disposition, nous voyons qu’en effet elles se continuent sans interruption avec la peau au niveau de toutes les ouvertures naturelles, telles que la bouche, les yeux, les fosses nasales, l’anus et les organes génitaux; que, partant de là, elles tapissent tous les organes en rapport avec les corps extérieurs, tels que les voies digestives, l’appareil respiratoire, l’appareil génito-urinaire.
Si de là nous passons à la structure interne , nous ne trouvons pas moins d’analogie. On reconnaît aux membranes muqueuses plusieurs couches organiques : d’abord, en allant des parties profondes vers les plus superficielles, le derme ou chorion, qui en constitue la trame, mais qui n’est point ferme, so-
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lide et aréolaire comme celui de la peau; il est au contraire spongieux et mollasse. L’existence d’un corps papillaire et d’un corps muqueux, incontestable dans certaines portions des muqueuses, à la langue, par exemple, n’est nullement démontrée dans d’autres. L’épiderme des muqueuses se nomme épithélium; il se montre très-apparent et très -marqué aux orifices extérieurs où il se continue avec celui de la peau, de là on le voit s’enfoncer profondément, jusqu’à ce qu’il disparaisse en un point qu’il n’est pas toujours facile de déterminer. Là où cesse l’épithélium, on rencontre ordinairement, surtout dans les intestins, de petites saillies minces, déliées et visibles à l’œil nu, mais surtout au microscope, et que l’on a appelées villosités ; on les a comparées à des folioles de graminées ou à de petits fils : de là les villosités foliacées et les villosités filiformes . D’autres paraissent renflées à leur extrémité libre, mais ce n’est là qu’une disposition accidentelle. Ces villosités s’observent principalement chez l’homme et les carnivores depuis le pylore jusqu’au bord libre delà valvule iléo-cœcale, ainsi que les voies biliaires et les canaux hépathiques. Il ne faut pas les confondre avec les papilles qui n’ont pas la même organisation: celles des villosités sont toutes vasculaires, elles sont formées de deux ou trois arlérioles centrales accompagnées de veines qui viennent s’épanouir à la surface de ces petits organes qui servent à l’absorption des matières contenues dans les intestins et spécialement de celles de la digestion. Trèsabondantes dans les intestins grêles, ces villosités sont très-rares dans l’appareil génito-urinaire, et ne se montrent que dans les parties les plus reculées de ce système. Ce n’est pas tout ; la surface des membranes muqueuses est parsemée d’une multitude de petites dépressions plus ou moins profondes, dési gnées sous le nom de lacunes. Quant aux glandules ou follicules que d’après Brunner et Peyer, tous les anatomistes disaient avoir vus dans l’intestin, leur existence est aujourd’hui remise en question. (Pour plus de détails, voy. Bronches, Estomac , Intestins , Nez, OEil, OEsopkage, Poumon, Urèthre, Vagin, Vessie .)
Le fluide sécrété par les glandules que renferment les membranes muqueuses est désigné sous le nom de mucus. Il diffère suivant les différentes parties du système, mais ses propriétés essentielles sont partout les mêmes. Il est visqueux, filant, incolore, tout à fait semblable à du blanc d’œuf. C’est ce que les anciens appelaient le flegme ou la pituite, et ce qui, dans le vulgaire, est nommé glaires. Ce liquide ne se coagule ni par l’action du froid ni par celle de la chaleur. Les phlegmasies changent ses caractères : au début de ces affections, il est ténu, fluide, comme séreux; plus tard, lors de ce qu’on nommait autrefois la période de coction, il devient épais, dense, jaunâtre ou même tout à fait jaune.
La vascularité des membranes muqueuses est très-considérable, les veines paraissent surtout s’y répandre et s’y ramifier en grande abondance, de là la couleur rosée et même la rougeur assez vive qu’elles présentent normalement dans certaines parties, à la bouche, par exemple.
Peu extensibles, peu dilatables, les membranes muqueuses sont douées d’une exquise sensibilité , surtout dans certains points, aux lèvres, par exemple, à l’anus et aux organes génitaux.
Membranes (Maladies des). Nous serons néces* sairement très-bref à cet égard, car toutes les maladies dont chacune des membranes peut être le siège, setrouvent décrites souslenomquiles désigne.
Nous ferons remarquer que les membranes muqueuses, douées d’une vitalité si prononcée, sont peut-être le tissu de l’économie qui est le plus souvent affecté de maladie ; leur inflammation, quoique bien moins importante dans ses conséquences que ne l’avait pensé Broussais , constitue le groupe le plus commun des phlegmasies. Après les membranes muqueuses viennent les séreuses. Nous n’agiterons pas la question de savoir si l’inflammation siège réellement dans ces toiles si minces, si fines, si déliées, ou si, au contraire, comme cela est bien démontré pour l’arachnoïde, e.I;le ne résiderait pas dans le tissu qui les unit aux organes adjacents; nous ferons seulement remarquer que les phlegmasies des séreuses se distinguent par l’acuité des douleurs et une sécrétion de sérosité qui laisse souvent déposer une matière coagulable donnant elle-même naissance à une membrane organisable, nommée fausses membranes , d’où résultent les adhérences des deux feuillets adossés de la séreuse. Ces membranes sont assez fréquemment aussi le siège de granulations tuberculeuses, développées au-dessous d’elles , et qui déterminent des accidents spéciaux. On peut appliquer aux synoviales ce que nous venons de dire des séreuses.
Quant aux fibreuses, leur vitalité plus obscure les rend moins sujettes aux maladies que les organes dont nous venons de parler; elles sont cependant quelquefois le siège d’inflammations rhumatismales.
Membranes accidentelles. On appelle ainsi les tissus de formation nouvelle qui se produisent j dans certaines circonstances, et simulent les différentes variétés de membranes que nous venons d’étudier. C’est ainsi que le tissu cellulaire, condensé par le développement anormal d’une partie, ou par la présence d’un corps étranger, donnera naissance à une lame fibreuse; que de la sérosité épanchée s’entourera d’une poche àparois séreuses (V. ïùjstes ); qu’une membrane pseudo-muqueuse s’organisera dans les clapiers purulents (V. Abcès, Fistule). Le tissu de cicatrice est encore une membrane accidentelle.
Membranes (Fausses). On appelle ainsi les produits de la sécrétion des membranes muqueuses ou séreuses altérées par l’inflammation , et qui se déposent sous forme d’une couche assez épaisse, susceptible de s’organiser. (Y. Angine, Croup, Péritonite, Pleurésie .)
Membranes de l’œuf. (Y. OEuj humain.)
J. -B. Beaude.
membraneux ( anat .), adj. Qui est de la nature des membranes, qui ressemble à ces organes. (V. Membranes.)
membres [anat.), s. m. pl. Ce sont les prolongements mobiles qui sont à la partie supérieure et inférieure du tronc , et qui existent chez presque tous les animaux. Chez l’homme, les membres sont divisés en supérieurs et en inférieurs ; chez les quadrupèdes, en antérieurs et postérieurs. Le mode de station des animaux a présidé à la division que nous venons d’indiquer. Il existe une autre dis-
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tinction qui est commune à tous les vertébrés, c’est celle qui divise les membres en thoraciques , pour indiquer ceux qui s’attachent à la poitrine , et en abdominaux, pour désigner ceux qui sont en rapport avec la cavité abdominale. Chez l’homme, les membres sont quelquefois désignés sous le nom d’extrémités, que l’on divise en supérieures et en inférieures ; elles ont reçu ce nom parce que ce sont les points du corps qui sont les plus éloignés du centre. Les membres supérieurs ou thoraciques sont plus faibles que les inférieurs, ils sont plus éloignés de la ligne médiane, leurs mouvements sont plus étendus et plus divers, enfin ils sont aussi favorablement disposés qu’il est possible pour atteindre le but auquel ils sont destinés, celui de nous mettre en rapport avec les corps extérieurs.
Les membres inférieurs ou abdominaux sont plus puissants, plus rapprochés de la ligne médiane, leur implantation se fait sur une base plus étendue et plus puissante : là, la souplesse a été sacrifiée à la solidité et à la force. Aussi les mouvements sont-ifs moins variés, plus bornés; on voit qu’ils sont destinés à supporter tout le corps , à lui servir de base de sustentation. Le seul examen des membres et de leur structure suffirait pour renverser cette hypothèse avancée par quelques philosophes du dernier siècle , qui prétendaient que la station bipède n’était pas naturelle à l’homme : tout, au contraire, démontre que c’est la seule qui puisse lui convenir et pour laquelle il a été créé. Le peu de solidité des articulations des membres thoraciques à l’épaule , leur forme , le rapprochement des membres inférieurs de la ligne médiane, l’implantation et la force des muscles des cuisses et de la jambe, la forme du pied comparée à celle de la main, tout tend à démontrer cette vérité que l’observation de tous les peuples et de tous les individus humains a surabondamment prouvée, que l’homme est fait pour marcher sur deux pieds, et que l’éducation et la civilisation ne l’ont pas modifié à cet égard.
La longueur relative des membres n’est pas la même dans toutes les races d’hommes ; dans celle d’un ordre inférieur, la longueur disproportionnelle des membres suit le type de décroissement que l’on observe dans toute leur organisation. Ainsi, chez les Hottentots, les Mélaniens, les extrémités supérieures sont beaucoup plus longues, proportionnellement à leur stature, que dans les races plus élevées : chez les^ Mélaniens, les extrémités inférieures sont plus grêles, et les membres dans leur ensemble se rapprochent de ceux des singes des espèces supérieures, tels que les orangs et les pongos.
Les considérations physiologiques et d’anatomie comparée que la forme des membres et leurs fonctions pourraient déterminer sont très-nombreuses; quelques-unes ont été traitées au mot Locomotion , d’autres seront indiquées au mot Squelette . Aux mots Epaule , Bras, Avant-bras , Mains , Doigts , Bassin , Cuisse , Jambe , Pied , Orteil , on trouvera la description de leur organisation et de leurs maladies. j. -B. Beaude.
méninges ( anat .), s. f. pl. ( Meninx , du grec Menigx , membrane). Chaussier a donné le nom de méninges aux trois membranes qui enveloppent le cerveau, et qui sont la dure-mère, l’arach-
noïde et la pie-mère. L 'arachnoïde ayant été décrite à son mot propre , nous allons parler seulement de la première et de la dernière de ces membranes.
La dure-mère est une membrane fibreuse qui tapisse l’intérieur du crâne, et y forme des replis qui sont destinés à séparer et à maintenir les différentes portions du cerveau. Elle envoie un prolongement qui pénètre dans le canal vertébral et qui enveloppe la moelle épinière qu’il est destiné à protéger. Trois grands replis sont formés par la duremère : le premier est la grande faux du cerveau, qui sépare la cavité du crâne d’avant en arrière, suivant la ligne médiane, et qui s’étend depuis l’apophyse crista galli de la lame criblée de l’ethmoïde , jusqu’à la protubérance interne de l’occipital ; la partie supérieure de ce repli est convexe pour s’accommoder à la forme de la face interne du crâne à laquelle elle s’attache; la partie inférieure est droite et confondue en arrière avec la tente du cervelet dont nous allons parler. Ce repli a pour fonction de séparer les deux hémisphères du cerveau et d’empêcher qu’ils ne pèsent l’un sur l’autre.
La tente du cervelet est transversale; elle est située horizontalement à la partie postérieure du crâne ; elle s’attache à la protubérance interne de l’occipital et se prolonge sur les côtés et en avant; son bord postérieur est arrondi et son bord antérieur est droit et un peu concave : elle a pour objet de soutenir la partie postérieure des hémisphères cérébraux et d’empêcher qu’ils ne compriment le cervelet. La faux du cervelet, qui est le troisième de ces grands replis, estsituée au-dessous du précédent, sur lequel il s’insère à angle droit ; il s’attache postérieurement à la partie moyenne et inférieure de l’occipital; à son extrémité inférieure, il se bifurque en avant de la gouttière basilaire, avec les bords de laquelle il se confond : ce repli a pour fonction de séparer les deux lobes du cervelet. Il existe en avant de la base du crâne deux autres replis plus petits qui sont formés par les petites ailes du sphénoïde et les apophyses d’Ingrassias ; ils ont pour fonctions de maintenir les lobes antérieurs et les lobes moyens du cerveau. Ces divers replis, au point de leur insertion sur les os et dans leur intérieur, forment des canaux qui ont reçu le nom de sinus-, ils contiennent le sang veineux qui revient du cerveau vers le cœur, et ils se rendent tous dans la veine jugulaire interne.
Des deux surfaces de la dure-mère, l’une, qui est interne, est en rapport avec le cerveau, elle est lisse et recouverte par l’arachnoïde ; l’autre, qui est externe, est fortement adhérente aux os du crâne, ou bien appliquée sur elle-même dans ses replis. Cette membrane envoie des prolongements qui servent de gaines ou d’enveloppes fibreuses aux vaisseaux ou aux nerfs qui sortent du crâne ; ces prolongements se confondent avec le périoste des os. La dure-mère a pour fonctions de maintenir les diverses parties du cerveau, d’empêcher qu’elles ne se compriment dans les forts. ébranlements qui peuvent lui être communiqués; elle modère aussi l’expansion du cerveau déterminée par l’abord du sang. Lorsque le crâne est enlevé ou détruit dans quelques points, il est facile de juger de cet effet, et si la dure-mère vient à être ouverte, la substance du cerveau fait immédiatement hernie à travers cette ouverture.
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Le prolongement rachidien de la dure-mère , ou dure-mère spinale ou rachidienne, est cylindrique, un peu aplati d’avant en arrière, plus large supérieurement etinférieurementqu’à lapartiemoyenne. La cavité que forme ce conduit est plus large qu’il ne le faut pour contenir la moelle épinière; à l’extérieur il n’adhère point aux parois du canal rachidien ; il commence en haut au trou occipital, et se termine en bas au sacrum et au coccyx, où les fibres de ce conduit se partagent en faisceaux et s’attachent à ces deux os.
Les maladies de la dure-mère sont celles des membranes fibreuses; elle est rarement le siège d’inflammation; ce n’est, que dans les cas d’affections rhumatismales ou goutteuses que l’on voit cet organe se prendre souvent par métastase. Des tumeurs peuvent se développer dans l’épaisseur de cette membrane, et celles dites fongus de la dure-mère présentent le plus de danger; elles ont un mode particulier de développement. (Y. Fongus .)
La pie-mère est la troisième membrane du cerveau; elle est extrêmement mince, de nature celluleuse, et située sous l’arachnoïde; c’est la membrane propre du cerveau avec lequel elle est en contact immédiat. Cette membrane pénètre dans toutes les anfractuosités et dans les cavités du cerveau; elle se prolonge aussi sur la moelle épinière. Sa face interne est en contact avec le cerveau, la face externe est adhérente à l’arachnoïde dans les points où elle est en contact avec elle; mais elle l’abandonne pour pénétrer dans les replis et les cavités du cerveau. La ténuité de cette membrane est extrême, ses fonctions sont peu connues; elle participe à l’inflammation de l’arachnoïde, ce qui a fait donner par beaucoup d’auteurs le nom de méningite à l’inflammation de cette dernière membrane, expression qui maintenant paraît généralement adoptée. ( Y.Arach nitis , Ugdrocéphule aiguë.) J. -P. Beaude.
méningite (mecL), s. f. C’est l’inflammation des méninges. (V. Arachnitis, Hydrocéphale.)
klénin go-gastrite (: méd .), s. f. Nom donné par Pinel aux fièvres bilieuses. (.Y. Fièvre .)
ménobehagie ( path .), s. f., mrnorrhagia. On nomme ainsi l’écoulement très-abondant du sang dans le flux menstruel; c’est une sorte d’hémorrhagie delà matrice. (Y. ce mot et Menstruation.)
MENSTRUATION [physiol.) , s. f., du latin nienstruatio , même signification. I! y a suivant le climat, le tempérament et les habitudes, de grandes différences pour le moment d’apparition de l’écoulement sanguin utéro-vagiual auquel presque toutes les femmes sont sujettes, et qui coïncide avec les autres signes de la puberté traduits par les systèmes des glandes et des poils. Osiander a établi, par des calculs certains, que chez les femmes de l’Allemagne occidentale, les premières règles se montrent le plus communément pendant la quatorzième an- ! née, et en général, pour toute la zone tempérée, on peut dire que c’est de la treizième à la quinzième.
Il est connu que, dans les contrées les plus chaudes de l’Asie, les filles sont nubiles dès l’âge de neuf ans, et après vingt seulement dans les régions polaires. Voilà l’ordre qu’on peut appeler régulier, mais les exceptions sont nombreuses.
Souvent les règles apparaissent bien longtemps après l’âge ordinaire de la puberté, comme aussi on les voit devancer cette époque. 11 y a des femmes qui n’ont jamais eu cette évacuation, signe de la fécondité; Linné dit en avoir trouvé un grand nombre en Laponie, et qui, nonobstant, étaient devenues mères. L’exemple cité par Déventer est plus extraordinaire, c’est celui d’une femme qui n’aurait été réglée que pendant ses grossesses. On a parlé aussi de cas de menstruation survenue dès les premiers jours de la naissance; mais toutes les observations de ce genre paraissent se rapporter plutôt à des effets maladifs qu’à une fonction ordinaire et normale.
Quand la jeune fille devient nubile, toute l’organisation et le moral même est affecté par ce passage d’un âge à l’autre; cependant, c’est dans les fonctions et les organes de la génération que les plus grands changements se montrent; il y a sentiment de pesanteur, de tension dans le bas- ventre, de chaleur dans la muqueuse du vagin, où paraît un écoulement muqueux qui bientôt devient sanguinolent, et à la fin tout à fait sanguin ; en même temps les mamelles se durcissent, et la voix prend un accent plus prononcé. 11 n’est pas rare qu’il se joigne à cet état régulier quelques symptômes maladifs, comme des éruptions à la peau, de la roideur dans les muscles du cou, et de la céphalalgie; quelques femmes sont, pour toute la durée de leur vie, soumises, pendant leur époque, à ces indispositions, auxquelles Bordeu dit encore qu’il faut ajouter un léger mouvement fébrile, avec accélération et inégalité du pouls. La moyenne quantité de sang répandu serait, d’après Hippocrate, de dix-huit onces en Grèce. Dans nos pays elle est évidemment moindre : Haller l’estime de six à douze onces, et encore cette évaluation paraît exagérée. Un préjugé vulgaire, recueilli par Pline, répété depuis par les médecins arabes et la plupart des auteurs du moyen âge, attribue au sang menstruel des qualités nuisibles; on dit qu’il est vénéneux, et que ses exhalaisons mêmes produisent de mauvais effets. Mais la vérité est que ce sang n’a pas de qualité essentiellement différente du sang ordinaire ; seulement il contient en mélange une quanlité variable de mucus.
La périodicité mensuelle de ce phénomène, inexplicable dans ses causes premières, a été le sujet de nombreuses discussions : on s’est demandé si la généralité des femmes étaient réglées exactement douze fois par an ; ou bien si, par des anticipations constantes de deux ou trois jours, l’évacuation venait à coïncider avec le mois lunaire; or, les observations connues jusqu’à présent semblent confirmer la première de ces opinions : toutefois, il ne faut pas oublier qu’il s’agit seulement d’une proportion commune, car ici encore les exceptions sont fréquentes. Beaucoup de médecins prétendent que les règles paraissent indifféremment dans tous les temps du mois; d’autres assurent, au contraire, que la ! première semaine et les huit jours qui suivent la seconde quinzaine sont des époques spéciales.
Quand elle a été une fois bien établie, la menstruation se continue, sans autre interruption que pour les cas de grossesse et de lactation, jusqu’à l’âge de 45 à 50 ans ; toute suspension venant dans l’intervalle doit être regardée comme un symptôme maladif, et appeler, à ce titre, l’attention du méde-
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tin. On sait que la fin de cette évacuation, ou l’âge appelé critique, à cause des maladies graves qu’il amène trop souvent avec lui, est le plus ordinairement annoncé par des dérangements dans la fonction : les époques de menstruation deviennent irrégulières et s’éloignent ; il y a diminution progressive dans la quantité du sang écoulé; d’autres fois, au contraire, le flux sanguin augmente, au point de ressembler à une véritable perte. Il n’est pas rare que les menstrues, avant leur cessation complète, soient momentanément remplacées par un écoulement muqueux; alors aussi, presque toutes les femmes sont sujettes à un malaise général, auquel se joignent habituelle- ; ment des douleurs dans les lombes, des engourdissements dans les membres inférieurs , quelques bouffées de chaleur à la face, etc.
C’est une opinion générale qu’une fois l’âge critique passé, la constitution des femmes se raffermit : exposées dès lors à moins de maladies que les hommes, elles vivent plus longtemps qu’eux ; on dirait que l’activité, éteinte dans la matrice, se reporte sur les autres organes qui en acquièrent une vitalité plus grande.
Voilà les phénomènes principaux de la menstrua- ' tion ; il reste maintenant à examiner son mécanisme, ses causes et ses dérangements.
Les règles sont une véritable hémorrhagie, dont la manière de se former ne diffère pas des hémorrhagies ordinaires ; elles viennent, en grande partiedu moins, de l’intérieur de la matrice; la preuve en est que, lorsqu’ily a occlusion de cet organe, le sang accumulé dans sa cavité est à la fois le signe d’un vice de conformation, et la cause des grandes douleurs qui s’y font sentir. La muqueuse du vagin y contribue de son côté, et on ne peut même pas nier qu’elle ne se trouve quelquefois seule à produire l’évacuation sanguine ; mais ce sont la des circonstances tout exceptionnelles. L’observation, d’accord avec la théorie, prouve que la matrice doit être la source principale de l’écoulement ; car ses vaisseaux ont seuls assez d’élasticité pour se prêter aux dilatations et resserrements successifs, comme aussi, en cas de grossesse, c’est lanouvelle fonction établie dans sa cavité qui est seule cause d’une suspension temporaire; autrement la muqueuse du vagin, restée dans les mêmes conditions, devrait continuer à fournir les règles.
On a vu, par des autopsies faites en temps convenable, que, peu avant l’époque menstruelle, le corps de la matrice et son col se trouvaient grossis et tuméfiés; c’est un véritable état fluxionnaire, accompagné souvent aussi de symptômes extérieurs, tels que constriction générale, pâleur à la peau, agitation irrégulière du pouls et frisson.
S’il en est ainsi, et que l’hémorrhagie menstruelle ressemble en tout aux hémorrhagies ordinaires qu’on nomme actives et par fluxion, il devient difficile de dire lesquels, des vaisseaux artériels ou des veines, y contribuent pour la plusgraude part, le sang s’échappe des capillaires par suintement à travers la surface interne de la membrane muqueuse. Les fonctions de la génération ont cela de particulier, qu’elles commencent à une époque avancée de la vie , et se terminent longtemps avant elle : ceci tient à la nature même des choses; l’observation montre que tous les corps de l’univers et leurs différa ntes parties s’harmonisent entre eux et s'organisant pour le but commun, mais il n’y a pas de
raison physiologique qui en donne l’explication. Quant à la menstruation, Aristote prétend que généralement il y a pour le type femelle une surabondance de sang qui, dans les ovipares, contribue à donner plus de développement aux animaux de ce sexe, tandis que, chez les vivipares non réglés, une telle surabondance trouverait, suivant lui, son emploi dans la production des poils : si donc la femme est réglée, c’est par la double raison que sa peau est lisse et sa situation verticale; et les femelles de quelques espèces de singes le sont aussi à cause de leur habitude de se tenir dans cette position. Lais- ! sant à Aristote la responsabilité de ses opinions, nous dirons que le sang menstruel, sans servir directement à la nutrition du fœtus, concourt sans doute à l’établissement de cette fonction nouvelle, puisqu’il cesse de couler pendant la grossesse, et se trouve ainsi toujours disposé à favoriser une activité organique accidentelle, et nécessairement momentanée.
Les règles sont sujettes à différents désordres qu’il est à propos de faire connaître ici. Ainsi, elles peuvent être peu abondantes, s’accompagner de coliques, de malaises, de douleurs de reins, etc., venir à des époques irrégulières, etc. Ces déviations sont connues sous le nom de dysménorrhée , et elles reconnaissent le plus souvent pour cause, soit une maladie de la matrice, soit une affection organique de l’un des viscères les plus importants de l’économie. D’autres fois enfin, cet état est en quelque sorte constitutionnel, et, à part cette incommodité, les femmes jouissent d’une excellente santé. Quand la dysménorrhée est symptomatique d’une maladie organique, c’est à la cause qu’il faut s’en prendre, et l’affection principale guérie, la régularité menstruelle reparaîtra d'elle-même. Quand la dysménorrhée est essentielle, la femme doit surtout s’astreindre à des soins hygiéniques, prendre, aux époques menstruelles, des bains de siège, faire de l’exercice à pied ou en voiture, etc.; quelquefois même, quand il y a des accidents de pléthore, avoir recours à des applications de sangsues à la vulve, pour compléter l’évacuation trop peu abondante. Chez les femmes faibles et débiles, au contraire, il faudra employer les toniques. (Y. Chlorose.)
Au lieu d’être peu abondantes, les règles peuvent être tout à fait supprimées; c’est ce qui constitue l’ aménorrhée. Cet état peut se présenter : 1° à l’époque de l’éruption ordinaire des menstrues, et cela dans plusieurs conditions différentes. Tantôt le sang ne s’écoule pas parce qu’il y a occlusion dé la matrice, du vagin ou de l’orifice de la vulve; c’est Y aménorrhée par rétention ou par défaut d'excrétion : le ventre se gonfle, il y a des douleurs dans le ventre, devenant plus intenses à chaque période d’un mois; cette particularité, jointe à l’âge du sujet qui est arrivé au moment où les règles devraient paraître, met le médecin sur la voie, et ici c’est une opération chirurgicale qui doit rétablir le cours du sang accumulé dans la matrice ou dans le vagin. D’autres fois, le sang n’est pas sécrété par l’utérus; c’est l 'aménorrhée par défaut de sécrétion : elle s’observe, soit que l’écoulement ait déjà paru et qu’il ait cessé de se faire, soit qu’il ne se montre pas du tout. Cet état anormal dépend quelquefois d’une constitution pléthorique, et aiors il y a des phénomènes de congestion sanguine. Mais, dans le plus grand nombre de cas, la cause est véri-
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tablement asthénique, et les accidents se rapprochent tout à fait de ceux de la chlorose.
Ainsi, lorsque les jeunes filles arrivent à l’âge de puberté, et que les règles ne peuvent pas s’établir, il est inévitable qu’il survienne quelques indispositions, dont les plus habituelles sont des maux de tête, avec bouffées de chaleur à la face, des douleurs dans les reins et les lombes; il y a de l’anxiété, de la difficulté à respirer, et le plus souvent des palpitations. On conseille alors avec avantage les exercices modérés, surtout la promenade à pied, les pédiluves et les bains de siège, l’application de sangsues en petit nombre à la partie interne et supérieure des cuisses, l’usage des préparations de fer et des infusions excitantes, comme celles d’armoise, de rue et de sabine. Au reste, ces indispositions peuvent, suivant les circonstances et les tempéraments, prendre des formes très-diverses; il importe de varier en conséquence les prescriptions.
2° D’autres fois, c’est pendant l’âge adulte que les règles viennent à se supprimer, et ici l’aménorrhée peut encore avoir lieu par défaut d’excrétion, lorsqu’une circonstance accidentelle est venue oblitérer les voies de la génération. Mais le plus communément il y a suppression proprement dite. Cette -suppression est souvent la suite d’imprudences commises par la femme, qui s’est refroidie ou bien a plongé les mains, les pieds dans de l’eau froide pendant l’époque menstruelle; une émotion morale trèsforte, une peine très- vive, une frayeur, etc., telles sont les causes les plus ordinaires. D’autres fois, l’aménorrhée est symptomatique d’une maladie soit de la matrice, soit de l’un des organes renfermés dans les grandes cavités.
La suppression des règles donne lieu à une foule d’accidents très-variés, souvent fort bizarres, et dont quelques-uns ont beaucoup d’analogie avec l’état de grossesse. Quant au traitement, il consiste à rétablir, si faire se peut, l’écoulement menstruel. Pour cela, aux époques ordinaires et pendant quelques jours, on ordonnera des bains de siège avec de l’armoise, on fera prendre des emménagogues, on fera des frictions stimulantes sur les lombes, on appliquera des cataplasmes sinapisés aux cuisses, etc., afin de rappeler le sang vers l’utérus. Une saignée du pied, des sangsues à la vulve pourront encore être d’une grande utilité chez les femmes qui éprouvent des accidents de pléthore. Si, au contraire, il y a de la faiblesse, de la pâleur, c’est, outre les moyens locaux que nous venons d’indiquer, au régime fortifiant, aux préparations ferrugineuses qu’il convient d’avoir recours.
L’écoulement menstruel est susceptible de se dévier : il n’est presque pas d’ouverture naturelle, il n’est presque pas de point des surfaces muqueuses ou de la peau, qui n’ait donné issue au sang qui aurait dû s’écouler par le vagin. En affectant une périodicité semblable à celle des menstrues, on leur a donné le nom d’hémorrhagies supplémentaires. Elles ont souvent pour siège une plaie, un ulcère. Ces hémorrhagies n’ont pas le même danger que les autres, lors même qu’elles sont fournies par un organe très-délicat, tel que le poumon. J’ai vu une femme non réglée cracher le sang chaque mois, pendant trois à quatre jours, et cela durant plus de huit ans, jusqu’à son époque critique, et sans autre incommodité. La suppression brusque
de ces sortes d’infirmités peut être suivie de symptômes alarmants. Le meilleur moyen que l’on puisse employer pour rétablir le cours normal de la menstruation, ou pour prévenir la congestion d’un viscère important, ne consiste pas dans des emménagogues plus ou moins âcres , excitants plus ou moins infidèles, mais il faut recourir à la saignée du pied, ordinairement très-efficace.
Beaucoup d’auteurs ne regardent pas le sang menstruel comme formé des mêmes éléments que le reste du sang : il est très-peu coagulable et par conséquent ne contiendrait pas de fibrine ; les taches qu’il laisse sur le linge sont plus faciles à enlever que d’autres taches de sang; il contient une plus grande quantité de cruor, de matière colorante pure, mais non fixée par la fibrine.
La couleur foncée de ce sang, et le peu d’affaiblissement que cause un écoulement considérable des règles, seraient encore, suivant Burdach, de nouveaux motifs pour le rapprocher du sang veineux.
Il est très-difficile d’affirmer que l’analyse est exacte, et ne porte que sur du sang menstruel ; il faut en effet tenir compte de la quantité trop considérable de sang que peut fournir la menstruation,, et qui serait alors le produit d’une hémorrhagie, et non plus du sang des règles. Il faut tenir compte de l’état d’irritation de l’utérus et du vagin à l’époque de la menstruation, ce qui modifie encore sa composition régulière. L’écoulement des règles est très-souvent accompagné de l’expulsion de fausses membranes de poches, en forme de membrane caduque. Les filles publiques, les femmes qui abusent du coït, sont très-sujettes au phénomène dont il s’agit, et c’est une des causes de la stérilité qui se montre fréquemment chez elles.
L’écoulement des règles est le signe, et, pour ainsi dire, la mesure de la santé; il en est aussi la source. En effet, la santé ne peut être notablement altérée sans que la menstruation n’éprouve quelque changement, et le trouble de cette fonction influe presque toujours sur l’exercice des autres. Toutefois, les maladies chroniques dont le siège est hors de la matrice n’amènent en général la suppression des règles que lorsqu’elles sont arrivées à leur dernière période. Mais cependant, avant cette époque, il y a eu diminution dans l’écoulement, irrégularité dans l’apparition, ou altération du sang.
L’époque de la première menstruation, de la nubilité, de la puberté en un mot, s’annonce par des phénomènes bien connus, et qui doivent engager les parents à prendre quelques précautions pour ménager alors le moral et le physique. S’il est rarement nécessaire, dans l’état de notre civilisation, d’instruire la jeune personne de ce qui doit lui arriver prochainement, il est toujours bon de le faire pour éviter d’une part l’effroi que l’apparition du sang a causé à quelques-unes, et que la honte les empêchait de confier même à des intimes ; d’autre part, pour éviter les tentatives dangereuses que la jeune fille pourrait faire, afin de supprimer un écoulement qu’elle prendrait pour une maladie. Il faut la soustraire aux passions débilitantes , qui suspendent l’effort hémorrhagique fait par la nature , et aux passions excitantes, qui pourraient l’accroître outre mesure. Il en est de même de tout excès dans les exercices du corps et dans le régime; il faut éviter les réfrigérants appliqués aux mains et surtout aux
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pieds. Les précautions à prendre relativement aux vêtements rentrent dans les règles générales de l’hygiène. Caffe.
S&E35JSTRUE ( chim .), s. m. En chimie et en pharmacie on donne ce nom à un dissolvant liquide, les anciens chimistes désignaient ainsi un dissolvant qui agit lentement à l’aide d’une douce chaleur.
mèsïstrües (physiol.), s. m. pl. On désigne ainsi l’écoulement mensuel du sang chez la femme. (V. Menstruation.)
ïttERTSUKATî©»! (path.), s. f. Mensuratio , de mensura, mesure. C’est un moyen d’exploration des viscères thoraciques qui consiste à mesurer comparativement le pourtour de chacun des cotés delà poitrine, au moyen d’un ruban étendu de la ligne mediane du sternum à la colonne vertébrale; lorsqu’il existe un épanchement dans un des côtés du thorax, ce côté présente ordinairement un développement plus considérable et dont l’augmentation permet de
suivrelesprogrèsdel’épanchement. Lorsque, au contraire un des poumons a cessé depuis quelque temps ses fonctions, le côté de la poitrine qui le contient est déprimé, et l’on peut par la mensuration, telle que nous l’avons indiquée, se rendre compte de l’importance de la dépression des parois du thorax, aassattAGRE {path.) s. f. Mot hybride formé du latin mentum , menton, et du grec agra, proie, capi ■ ire. On désigne ainsi une maladie de la peau caractérisée par des pustules ordinairement à base large etindurée,qui s’établissentpar éruptions successives sur le menton etles parties inférieures de la faceet des ioues. Cette affection est très-anciennement connue; Pline est le premier auteur qui l’ait décrite comme une maladie nouvelle importée de l’Asie, et susceptible de se propager par le contact. Nous verrons, à propos des causes, ce qu’il faut penser de cette dernière assertion. La mentagre semble affecter exclusivement les hommes, et elle atteint spécialement les sujets adultes entre 20 et 40 ans. On a cru remarquer que les personnes dont le système pileux est très-développé, qui portent une barbe noire, épaisse, touffue, étaient plus exposées à cette éruption. L’habitude de la boisson, les professions exposant le visage à une chaleur vive (cuisiniers, forgerons, etc.), mais surtout l’habitude de porter une longue barbe, en négligeant les soins de propreté, sont les causes ordinaires de la mentagre. Il est cependant des personnes qui, placées dans les conditions les plus favorables, sont atteintes de cette maladie, et expliquent par des modifications extérieures, l’action d’un rasoir malpropre, par exemple, l’origine de leur mal. Du reste, dans quelques recherches entreprises par nous sur l’étiologie de la mentagre, nousn’avons pas trouvé que les allégations des auteurs sur l’influence des agents irritants fût bien fondée. Suivant Pline, la mentagre serait contagieuse, et à Rome la maladie se serait propagée par les baisers que les chevaliers romains avaient coutume de se donner en se saluant. Jusqu’à ces derniers temps nos dermatologistes ne croyaient pas à la contagion de la mentagre; ce fait a été mis hors de doute depuis qu’il a été démontré que cette affection était due à un petit champignon de la grosseur de 4 à 5 huitième de mil. qui se loge dans les follicules de la racine des poils et des cheveux et qui a reçu le nom de tricophyton tonsuranse ; c’est
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ce parasite qui détermine Yheiper cèreiné , l'heiper tonsuranse et la mentagre. La teigne est causée par une variété de ce cryptogame. Introduit dans les follicules pileux, le tricophyton s’y multiplie, sort bientôt de ces follicules et détermine la rupture des poils. Bien que ce petit cryptogame s’introduise facilement en raison de sa ténuité dans les pores de la peau, il faut cependant qu’une disposition spéciale du sujet favorise son développement.
Symptômes. La mentagre débute constamment par une éruption de pustules qui se montrent, soit sur le menton, soit sur la lèvre supérieure, soit enfin sur les parties latérales de la face, mais toujours dans la moitié inférieure de cette région ; c’est à ce siège exclusif de prédilection que la maladie qui nous occupe a emprunté son nom. Voici ce qui se passe dans la plupart des cas. On voit d’abord apparaître dans l’un des points désignés une ou plusieurs pustules qui acquièrent leur parfait développement, leur maturité, si je puis dire, dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures. Ces pustules ont une base rouge et légèrement saillante audessus du reste de la peau, et se terminent en cône, dont le sommet renferme un pus blanc et crémeux. Au bout d’un temps variable, cinq à six jours par exemple, ou plus promptement, si le malade cède au besoin de se gratter, ces petites pustules s’ôuvrent et laissent échapper le pus qu’elles renfermaient. Ce pus, auquel s’ajoute le produit d’une nouvelle matière sécrétée par le fond de la pustule, se dessèche et forme une croûte jaunâtre assez mince, surtout à sa circonférence, et qui ne tarde pas à s’épaissir. En même temps de nouvelles pustules se forment autour des premières, et de leur réunion il résulte une plaque irrégulière, plus ou moins étendue; des plaques semblables se forment au voisinage, et, dans certains cas, ces agglomérations occupant toute la moitié inférieure du visage sont tellement rapprochées, qu’à une certaine distance l’intervalle qui les sépare s’efface, et que le malade semble avoir une barbe et des moustaches épaisses, et recouvertes d’un enduit limoneux verdâtre. Cet aspect tient à la forme et à l’épaisseur des croûtes dont nous avons parlé. A mesure que ces croûtes se détachent, de nouvelles pustules se forment au-dessous ; et par suite du travail phlegmasique qui amène leur production, le derme s’épaissit et offre un aspect tuberculeux, caractéristique de cette affection. Cette turgescence, cette induration du derme se propagent souvent au tissu cellulaire, et alors on voit les plaques malades saillantes au-dessus de la peau voisine, dures et résistantes au toucher ; ce relief n’a pas lieu insensiblement, il est en quelque sorte perpendiculaire, ce qui le rend bien plus manifeste.
La marche est ordinairement chronique ; mais, dans quelques cas rares, on a vu la mentagre revêtir une forme aiguë et guérir assez promptement. D’un autre côté, s’il est des cas dans lesquels la maladie est incurable, il faut convenir que, dans la grande majorité des cas, on parvient à la faire disparaître à l’aide d’un traitement approprié. Mais est-on à l’abri de la récidive ? Non, sans doute, et malheureusement les rechutes sont assez communes. Quant à la durée, elle est ordinairement de plusieurs mois, quelquefois de plusieurs années.
Traitement. Abattre l’inflammation quand elle
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est très-intense, favoriser ensuite la résolution des engorgements, telles sont les deux indications générales que présente le traitement de la mentagre ; on les remplit à l’aide des moyens suivants. Quand l'inflammation est très-vive, que l’individu est fort, pléthorique, on peut commencer par une saignée ou plutôt une application de sangsues derrière les angles de la mâchoire. Mais, le plus ordinairement, des lotions rafraîchissantes faites avec de l’eau de son vinaigrée ('une cuillerée de vinaigre dans un bol d’eau de son), la décoction de cerfeuil, de laitue, de petitlait, etc., l’application dé cataplasmes de fécule de pomme de terre, suffisent pour enlever la phlogose.
Les cataplasmes saupoudrés de fleur de soufre forment en quelque sorte le passage des émollients aux résolutifs; leur emploi est surtout indiqué dans les premiers temps, quand l’inflammation n’est pas très-forte, pour faire tomber les croûtes et préparer l’emploi des fondants. Parmi ces moyens, propres à faire disparaître les indurations de ja peau, nous citerons : 1° les lotions ioduro-sulfureuses, les lotions d’eau de Barèges artificielle ; l’eau de savon additionnée d’eau-de-vie de lavande ou d’alcoolat de mélisse, etc.; 2° les pommades d’iodure de soufre (4 gr. diodure pour 32 d’axonge), de calomel (même proportion) ; les douches de vapeur sont encore trèsàvantageuses pour amener au même résultat.
Letraitementie plus efficace, en raison de la cause aujourd’hui connue de cette affection, consiste dans l’extraction des poils, au moyen d’une pince épilatoire, et dans l’emploi des médicaments parasiticiâes, tels que les préparations soufrées, mercurielles, arsenicales, iodurées employées soit en lotions, soit en pommades, en cataplasmes, bains, etc.
Indépendamment des moyens locaux, il faut en même temps combattre la disposition générale. Ainsi, on fera boire une tisane amère, on fera prendre chaque soir une prise de 2 ou 4 grains de calomel, on purgera une ou deux fois par semaine avec l’eau de Sedlitz, ou tout autre léger purgatif, etc.
Enfin, le malade doit être astreint à de grands soins de propreté. Comme l’action du rasoir entretient l’irritation, la barbe doit être coupée le plus près possible de la peau avec des ciseaux courbes sur leur plat, opération que pratiquent avec une rare habileté certains barbiers juifs. Enfin, tous les excitants, vin pur, café, liqueurs, etc., seront sévèrement proscrits. E. Beaugrand.
mentales (maladies) ( méd .), s. f. p. Dans cet article, consacré à des notions générales sur la folie, nous ne perdrons pas de vue qu’il doit être inséré dans un dictionnaire de médecine usuelle. Sans négliger entièrement de satisfaire la curiosité scientifique sur un sujet non moins philosophique que médical, nous aurons soin d’être sobres de considérations qui réclament des intelligences exercées aux études médicales, et d’insister, au contraire, sur les choses les plus usuelles et les plus immédiatement applicables.
Mais avant d’aller plus loin, rappelons qu’à l’article Folie de ce Dictionnaire , nous avons essayé : 1° de montrer l’insuffisance des tentatives faites par les philosophes et par les médecins pour définir la raison et la folie ; 2° d’exposer les analogies et les différences que présentent ces deux états daüs quelques-uns de leurs aspects ; 3° d’établir un parallèle
des passions et de certains états psychologiques avec l’aliénation mentale ; 4° de faire connaître les principaux signes qui distinguent le délire aigu d’avec la folie, l’importance du diagnostic à cet égard, et les précautions à prendre dans certains cas pour éviter une erreur souvent très-préjudiciable ; 5° de constater l’existence du délire à l’aide de la comparaison de la folie avec le sens commun interprété par la philosophie, et de la confrontation de l’individu avec lui-même aux diverses périodes de son âge.
De ces considérations sur ces objets importants, principalement relatives au diagnostic différentiel des maladies mentales, passons à l’étude générale des diverses phases de ces maladies elles-mêmes, depuis leur origine la plus reculée jusqu’à leur terminaison.
Prenant les choses de loin, nous indiquerons d’abord les signes de la prédisposition à l’aliénation mentale, nous décrirons ensuite avec soin la période d’incubation, dont l’appréciation intéresse si vivement les familles et la société. Après Ravoir signalé les caractères de l’invasion de la folie, ses différentes espèces, et exposé les phénomènes de tout ordre qui leur sont communs, nous mentionnerons les maladies accidentelles, parmi lesquelles la paralysie occupe le premier rang. Viendront ensuite l’examen des causes prochaines, prédisposantes et occasionnelles de l’aliénation mentale, le pronostic et enfin le traitement physique et moral ; dans cette dernière partie, nous accorderons une étendue relativement grande à la question de l’isolement et aux règles de conduite les plus indispensables envers les aliénés isolés ou non.
Commençons par l’exposé des signes de la prédisposition.
Parmi ces signes, tout ce qui concerne le moral doit principalement attirer les regards scrutateurs du médecin ; il est en effet un grand nombre d’individus qui, prédisposés à l’aliénation, manifestent de bonne heure de graves et de fréquentes singularités morales : si vous les examinez de près, vous leur trouverez des caractères qui offrent entre eux les plus grandes oppositions, mais toujours hors de ligne, nullement en rapport avec leur âge et leur éducation. Les uns ont une sensibilité excessive, de vives impatiences pendant lesquelles ils sont hors d’eux-mêmes; les autres sont d’une froideur et d’une apathie extrêmes. Ceux-ci, très-gais, très-excentriques, recherchent toutes les joies du monde ; ceuxlà, réservés, sombres, mélancoliques, | vivent à l’écart, versent des larmes involontaires, remplacées quelquefois par de brusques saillies de gaieté qu’ils déplorent bientôt amèrement.
Chez d’autres, vous observez la vanité ou l’humiiité portées àu plus haüt degré, l’irrésolution ou la témérité des déterminations, la timidité ou la hardiesse, la crainte ou la forfanterie du danger, le besoin d’ordre dans les plus petits détails ou un désordre contre lequel échouent tous les conseils, des scrilpules plus ou moins nombreux ou de l’indifférence et même quelquefois un cynisme hideux, l’instabilité des sentiments, la facilité de caractère qui va jusqu’à l’abnégation de là personnalité, ou bien la fixité des sentiments, la fermeté dè volonté qui tend à la domination.
Enfin, les personnes chez lesquelles le sentiment n’est pas équilibré par la raison, qui joignent à une
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sensibilité vive, l’aptitude à s’arrêter longtemps aux mêmes impressions, à se laisser dominer, entraîner par elles 5 celles chez lesquelles les affections, les désirs et les répugnances dégénèrent fréquemment en passions, qui montrent une ardeur et un zèle démesurés pour tout ce qu’elles affectionnent et pour tout ce qu’elles entreprennent, passant rapidement de l’enthousiasme au découragement et du découragement à l’enthousiasme; ces personnes, toutes de sentiment, sont les plus exposées aux maladies mentales.
Viennent ensuite certaines manifestations dp l’intelligence, mais au second rang seulement; car l’aliénation mentale a bien plus souvent son origine dans les sentiments que dans les idées, dans la partie affective que dans la partie intellectuel^ de notre nature.
Aussi , nous bornerons-nous à dire ici que Je triste présage de l’aliénation mentale se tire moins du degré de l’intelligence, au-dessus et au-dessous de la moyenne, que d’un défaut d’harmonie entre les facultés intellectuelles, des singularités, des contrastes qu’elles présentent, analogues à ceux que nous avons signalés dans les qualités affectives.
L’observation prouve que des individus ainsi constitués, sous les rapports du moral et de l’intelligence, qui font le désespoir ou l’admiration de leurs parents et de leurs instituteurs, sans y être fatalement voués, sont plus prédisposés que d’autres à la folie; leur état réclame des soins plus empressés, pluséclairés, plus constants, et l’onnesaurait se défendre d’une légitime sollicitude, lorsqu’aux singularités de caractère, d’intelligence, se iointi'a notion menaçante d’hérédité de cette affection. Faisons remarquer néanmoins que, tout en cherchant à atténuer ces singularités, à empêcher leurs progrès, à les régler, on ne doit s’inquiéter sérieusement de leur préexistence que lorsque leur signification est corroborée par d’autres indices d’un dérangement cérébral imminent; dans quelques cas cependant, les signes de la prédisposition peuvent, à bon droit, figurer parmi les prodromes, puisqu’on ignore complètement la durée de l’incubation. Il est en effet très-difficile d’en préciser la date. Comment mesurer rigoureusement l’intervalle qui sépare la première attaque d’une cause morbide, du moment où la maladie est manifeste? Quelles difficultés lorsque la cause est ignorée ou qu’il y a concours de plusieurs causes ! Telle cause morale aurait été sans influence fâcheuse, s’il n’avait déjà existé une cause physique : de laquelle de ces deux causes datera l’incubation de la folie ?
Souvent, d’ailleurs, l’effet est pris pour la cause, et dès lors la période d’incubation est méconnue. Témoin un fait qui s’est présenté un grand nombre de fois dans ma pratique. Un négociant se lance dans des spéculations considérables et sa ruine est consommée ; on attribue sa folie au chagrin produit par ses revers, et l’on ne songe pas que déjà, depuis longtemps, il témoignait, aux yeux d’un observateur éclairé, du désordre de son esprit, par des changements d’habitudes, de caractère, etc., et, aux yeux de tous, par cela seul que de négociant circonspect il était devenu spéculateur téméraire.
Il en est de même de plusieurs personnes auxquelles j’ai donné des soins, dont l'aliénation était
attribuée à des excès sexuels, à l’abus des spiritueux, tandis que ces excès étaient eux-mêmes des effets et des signes de cette affection.
Il est peu de maladies qui aient une incubation plus insidieuse et plus lente que l’aliénation mentale, comme en même temps il en est peu qu’on puisse traiter plus efficacement quand on est assez habile pour en démêler les signes avant-coureurs, et assez heureux pour pouvoir en éloigner les caurses. Les premiers développements de la folie sont donc un objet bien important à connaître, et nous ne saurions appeler trop fortement l'attention sur ce point.
Hors les cas d’une forte prédisposition et d’une cause occasionnelle violenté, rarement l’aliénation mentale fait une soudaine invasion, et dans ces circonstances exceptionnelles ou elle est comparable à l’éclat et à la rapidité d’un incendie, combien sont impuissants les moyens préventifs !
Le plus souvent, au contraire, la folie se développe graduellement, le germe en est lentement fécondé ; presque toujours le malade apprécie l’origine des désordres progressifs de son intelligence; il sait à quoi les rapporter et sent le besoin dé réaction : mais il peut ne pas en faire la confidence aux personnes qui l’entourent, il cherche même à cacher à tous les yeux l’état doqt il a conscience, et à §e dérober ainsi à toute observation et à tout moyen de traitement.
Quoi qu’il en soit, que la prédisposition qit été apparente ou occulte, que l’incubation ait été lente ou rapide, elle est manifeste aussitôt que l’action maladive d’une cause morale ou physique se révèle par l’apparition de phénomènes nouveaux. Cirr constance remarquable et sur laquelle il convient d’insister. Ainsi, l’individu simplement prédisposé offre des traits plus ou moins nombreux qui le différencient de la généralité des hommes ; mais s’i{ commence à ne plus ressembler à lui-même, s’il se fait remarquer par l’exagération des singularités personnelles, par des manifestations des sentiments ou de l’intelligence insolites, ou qui contrastent avec sa manière d’être habituelle, dès cet instant, à la prédisposition a succédé l’incubation qu’il importe tant de reconnaître de bpnne heure. ■ — Dans ce but, il est précieux d’être fixé sur la cause qui peut devenjr occasionnelle ou déterminante de la folie; i’éveiî est alors plutôt donné à l’observation, qui, par cela même, s’exerce d’une manière plus sûre, plus complète et plus fructueuse.
Que les symptômes d’aliénation mentale aient une date ancienne ou récente, il arrive donc une époque où , encore inaperçus du tout à fait apparents aux yeux d exercé, et ils ressortent surtout de la confrontation de l’individu avec lui-même et dé l’appréciation des motifs de ses actions. Dans presque tous les cas, durant l’incubation de la folie, le caractère subit des changements très-marqués , dont les saillies diverses et fortement prononcées dénotent presque à coup sûr si le délire consécutif sera général ou partiel, furieux ou tranquille, gai ou triste.
Lorsque le germe de la folie est ancien, il y a plutôt exagération qu’opposition dans les éléments consécutifs du caractère de l’individu; celui-ci n’est pas précisément le contraire de ce qu’il était, mais tout ce qu’il y avait, depuis longtemps, de
public, ils sont un observateur
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singulier en lui acquiert tout à coup une intensité plus grande. Ses emportements, sa suffisance, sa vanité, son orgueil, s’affranchissent du joug imposé par les convenances sociales ; l’activité des sentiments, des penchants, les dispositions érotiques, le zèle religieux, la misanthropie, la tristesse, le dégoût de l’existence, font des progrès alarmants.
D’autres fois, au lieu d’une exagération, c’est une véritable transformation qu’éprouve le caractère. La prodigalité succède à l’avarice, l’irréligion à la piété, l’obscénité à la pudeur, la débauche à la tempérance, l’indélicatesse à la probité, le mensonge à l’amour de la vérité, l’indifférence et même la haine aux affections les plus tendres et les mieux éprouvées. De là dérivent la négligence des devoirs de famille et de société, le désordre de conduite, le dérangement des affaires, des irritations, des violences qui, momentanément et quelquefois pour toujours, troublent l’harmonie des rapports avec les parents, les amis ; et cependant, s’offenser de tels changements, c’est en méconnaître la source; et en conserver du ressentiment après l’éclat de la folie, c’est injustice envers des infortunés si dignes d’indulgence et d’égards.
A ces exagérations, à ces contrastes, à ces oppositions de caractère correspondent des expressions de la physionomie qui sont comme des saillies de l’homme intérieur. Outre les colorations diverses et rapides du visage, on observe des mouvements convulsifs dans les lèvres, les joues, les ailes du nez, les sourcils et les paupières. Le regard surtout, par suite de l’irrégularité de l’innervation , de la contraction ou du relâchement des muscles de l’oeil, est fréquemment troublé, égaré, vague, d’une mobilité extraordinaire ou d’une fixité étonnante. En général, l’appareil locomoteur, dans cette période comme dans les périodes subséquentes, est plus ou moins fortement influencé; et parmi la variété de ses lésions quelquefois très-singulières, nous devons noter deux cas extrêmes, celui d’un besoin de mouvement continuel et celui d’une apathie, d’une immobilité, d’une torpeur qui résistent à toutes les sollicitations.
Tous les sens ou quelques-uns seulement ayant acquis un plus haut degré d’impressionnabilité, paraissent jouir d’une plénitude de vie inconnue jusqu’alors, et le malade, qui en a plus ou moins la conscience, en manifeste de la surprise, de la joie et de l’orgueil. Dans quelques circonstances, les sensations sont affaiblies, irrégulières, tantôt actives et tantôt comme suspendues; de là, pour le malade, une indifférence plus ou moins grande ou des craintes incessantes d’une grave affection et même d’une mort prochaine. Souvent le malade se plaint de céphalalgie, de sifflements, de tintements, de bourdonnements dans les oreilles, ou accuse des troubles analogues dans les autres sens.
L’insomnie devient de jour en jour plus prolongée, plus opiniâtre, et l’agitation qui, d’ordinaire, l’accompagne, entraîne les malades à abandonner leur lit pour se promener dans l’appartement, ou à sortir de nuit de leur maison pour errer dans les rues et dans les champs.
Dans cette période de l’aliénation, les fonctions assimilatrices sont généralement plus ou moins lésées. Le goût est altéré, la soif vive, l’appétit est irrégulier, capricieux, tantôt nul, tantôt vorace, et
la digestion, habituellement plus énergique, se lie quelquefois à d’autres désordres nerveux; la constipation est ordinaire et réagit sur le cerveau d’une manière fâcheuse.
La respiration, le plus souvent activée, est dans certains cas lente et suspicieuse.
La circulation offre aussi de notables changements dans la rapidité de son mouvement et dans son rhythme, et il n’est pas rare qu’alors on observe des accès de fièvre plus ou moins prononcés.
Lorsque l’éveil est donné sur l’incubation possible ou certaine de l’aliénation mentale, il convient d’adopter le plan de conduite le plus propre à augmenter sa conviction par l’observation de symptômes plus nombreux et plus caractéristiques. Le plus sûr moyen d’y parvenir, c’est d’agir envers les malades de manière à ce qu’ils ne puissent pas comprendre que vous avez quelque soupçon sur leur état mental. Agir autrement, c’est se fermer l’accès à leur confiance, les inviter à la dissimulation, à la contrainte, et parfois les pousser à l’irritation. Cette précaution prise, il ne faut rien négliger pour confirmer ou détruire les soupçons qu’on a conçus, et la meilleure marche à suivre, dans ces cas, est indiquée par l’expérience des habitudes des aliénés en général, et par la connaissance du caractère du malade que l’on veut examiner.
C’est pendant la nuit, c’est quand ils sont dans la solitude et qu’ils se croient à l’abri de tous les regards, que les individus menacés d’une atteinte prochaine de folie se livrent plus volontiers aux désordres naissants de leur intelligence ; c’est alors aussi qu’il convient de les observer à leur insu. Dans ces moments de pleine indépendance, le libre essor des sentiments comprimés, des discours insensés, des gestes bizarres, une mimique extraordinaire, ne laissent souvent aucun doute sur l’existence ou sur l’imminence de la folie; parfois il faut amener habilement la conversation sur certains sujets auxquels on suppose des rapports avec les idées ou les sentiments maladifs. Ces entretiens calculés agissent comme des pierres de touche pour mettre à découvert les préoccupations morbides. Enfin, il faut être habile à profiter de tous les incidents qui peuvent se présenter.
Quand on songe qu’à la période dont nous cherchons à apprécier les caractères, la folie ne s’est encore trahie par aucun acte frappant de délire, comment ne pas conclure que son diagnostic doit être extrêmement difficile et souvent incertain ? Il faut assurément beaucoup d’expérience, de pénétration, de sagacité, pour reconnaître les prodromes d’aliénation mentale, aux variations d’humeurs, au changement dans les affections, dansles goûts, dans les habitudes, dans les devoirs, aux expressions insolites de la physionomie, etc.; même après l’explosion de la folie, son diagnostic devient parfois embarrassant pour celui qui n’a pas été témoin des précédentes scènes de délire. Une grande expérience et beaucoup d’art sont nécessaires pour observer, pour interroger convenablement certains aliénés, faire jaillir leurs pensées intimes et les surprendre en quelque sorte en flagrant délit de folie : au lieu d’aiguiser lq, ruse d’un aliéné à éluder une autorité qui l’importune, montrez de la franchise, de l’abandon ; éloignez de son esprit toute idée de surveillance exercée sur lui, de curiosité de pénétrer ses pensées,
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et alors soyez sûr que ne vous voyant pas attentif à tout contrôler en lui, il sera sans défiance, se montrera tel qu’il est, et que vous pourrez l’étudier plus facilement et avec plus de succès.
Si, dans certains délires calmes et bornés, il faut tant d’expérience et de précautions pour découvrir la folie existante, à plus forte raison est-il difficile de la connaître dans l’incubation. Disons même que, jusqu’à l’explosion du délire, on n’a qu’une somme plus ou moins grande de probabilités sur l’imminence de ce grave accident ; et puis, d’ailleurs, un dérangement naissant et très-réel du cerveau, qui généralement aurait abouti à l’aliénation mentale, peut subir un point d’arrêt et rétrograder, comme cela arrive à tous les autres organes. De ce qu’alors la folie n’éclate pas, on aurait tort de conclure que les prodromes n’ont pas existé et que la maladie n’est pas imminente. Toutefois, il faut le dire, un très-haut degré de passion peut offrir la plupart des caractères que nous venons d’assigner à l’incubation de l’aliénation mentale, de sorte qu’il faut une grande habitude et beaucoup de discernement pour ne pas confondre ces deux états, qui diffèrent néanmoins sous bien des rapports, quoique l’un conduise souvent à l’autre. Sans lui accorder une valeur spécifique, voici, selon nous, le signe distinctif principal durant les prodromes de la folie, comme après son explosion : l’altération de l’entendement ne se borne pas à un seul objet, ainsi qu’on l’observe dans la passion ; caractère très-important sur lequel nous reviendrons dans un autre article, en examinant s’il existe réellement des monomanies, c’est-à-dire des maladies mentales bornées à un seul délire, à une seule série d’idées fausses. Il résulte de ce fait d’observation que, même avant l’invasion du délire, les actes insolites qu’on remarque s’expliquent mal avec l’existence reconnue ou par l’hypothèse d’une passion. Sous l’influence de celle-ci, il n’y a dans les facultés mentales qu’une exaltation, une concentration qui n’excluent pas leur exercice logique sur la généralité des autres objets, et déjà dans l’incubation de la folie, il se manifeste des désordres qu’on ne peut logiquement rattacher à la fixité d’une préoccupation. Quoique esclave en réalité, l’homme seulement passionné conserve au moins des apparences du libre arbitre, et puis ses actes sont conséquents avec sa passion; tandis que, dans l’incubation de la folie, l’idée ou plutôt le dérangement cérébral subjugue ostensiblement l’individu ; celui-ci obéit presque en automate. Le redoublement d’une passion se lie ordinairement à quelque cause extérieure ou apparente, l’exacerbation des prodromes de la folie n’en a pas besoin ; il survient des éclats de joie, de colère, des accès de tristesse, de consternation que rien n’a provoqués, et qui dépendent directement de quelque modification de l’économie cérébrale. Pour nous servir d’une expression reçue, mais, selon nous, peu exacte, dans la passion le moral excitait le cerveau, maintenant c’est la réaction du cerveau qui influence le moral; aussi n’y a-t-il plus la même suite dans les actes, dans les raisonnements, et les lésions des facultés mentales se manifestent sous plusieurs formes, ou tout au moins le malade montre une singulière aptitude à déraisonner sur plusieurs objets à la fois.
La folie débute-t-elle plus souvent par le trouble
des sentiments que par celui de l’intelligence? Nous nous dispenserions d’aborder ici cette question, si nous ne devions l’examiner qu’au point de vue théorique; mais elle a un côté pratique qui réclame une sérieuse attention. L’observation la plus réitérée nous a convaincu que l’altération des sentiments pouvait parvenir jusqu’au degré du délire, sans que l’on reconnût l’existence de la folie. Sans doute on était fort étonné des changements qu’on remarquait dans le caractère, mais parce que le malade se taisait ou ne déraisonnait pas , on en concluait qu’il n’était pas fou ; et cependant, quoique ordinairement plus cachée, l’aberration des sentiments n’est pas moins caractéristique de l’aliénation mentale que les divagations du- langage. Il n’est pas plus normal de haïr, soudainement et sans motifs, une personne qu’on aimait, que de se proclamer roi quand on n’a pas cessé d’être dans une condition humble. Chacun, néanmoins, reconnaîtra ce dernier pour un fou, et l’on se bornera à dire de l’autre que son caractère est bien changé; cette erreur de diagnostic a souvent les conséquences les plus funestes pour le malade, sa famille et la société.
Une analyse suffisamment réitérée met hors de doute que la folie prend le plus souvent son initiative par l’altération des sentiments ; les qualités morales changent plutôt et plus constamment que les facultés intellectuelles. Avant de manifester des idées extravagantes, les individus qui couvent l’aliénation mentale ne sont plus les mêmes envers leur famille , envers leurs amis , envers les personnes de leur connaissance; et ce qui distingue leur état maladif d’une simple variation d’humeur et de caractère, c’est la gravité, la persévérance et surtout l’absence de motifs du changement dont on est frappé. Les uns deviennent d’une indifférence désespérante envers les personnes qu’ils affectionnaient le plus ; d’autres sont saisis d’une aversion prononcée ou d’une haine véhémente, ils repoussent les soins, les caresses, tout les importune, les irrite; s’ils exercent encore'quelque empire sur eux-mêmes, l’altération de leurs dispositions affectives n’est apparente que sur leur physionomie, impassible ou agitée, que par des retraites brusques de la société, par une prédilection inaccoutumée pour la solitude. Chez d’autres ce sont des accès fréquents d’emportement, de colère, qui peuvent aller jusqu’à des mauvais traitements envers des personnes inoffensives et qui leur étaient chères.
Eh bien! qui croirait que cette métamorphose soudaine, non motivée dans les sentiments, dans les habitudes, n’est presque jamais considérée comme un indice d’aliénation mentale, si le malade est encore capable de raisonner et n’émet point d’idées délirantes? Rien de plus vrai cependant; le délire des actions est très-fréquemment méconnu , tandis que le délire du langage est facilement jugé.
Nous n’avons encore rien dit de l’état du sens intime dans l’incubation de la folie; il fournit cependant des signes d’une grande valeur. Il est bien prouvé qu’on tombe rarement dans le délire sans avoir la conscience que la raison se perd, et qu’on obéira bientôt à des incitations presque irrésistibles. Dans cette situation, -les malades donnent souvent eux -mêmes l’avertissement des dangers qu’ils courent, et rendent ainsi les assistants plus attentifs. On les entend exprimer avec alarme et
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douleur la crainte de perdre la tête, ils sont tout étonnés des distractions, des oublis fréquents qu’ils remarquent en eux, des pensées bizarres ou affreuses qui, traversant leur esprit, les font rêver les yeux ouverts et les obsèdent. Ce qui les afflige surtout, c’est l’altération de leurs sentiments moraux et affectifs, et l’enchaînement de leur libre arbitre. Leurs affections, leurs goûts, leurs habitudes sont changés, sans qu’ils sachent pourquoi; et de plus, ils se sentent irrésistiblement entraînés à des actes qu’ils condamnent. Tels sont quelques-uns des avertissements qu’il n’est pas rare de voir donner par le sens intime, et manifestés paries malades dans l’incubation de la folie. Cependant, nous devons avertir que ces alarmes de la conscience , toujours dignes d’attention, ne sont pas des indices certains de l’imminence d’une maladie mentale.
Les apparences diverses des prodromes de la folie dénotent le plus souvent quel est le genre de délire auquel il faut s’attendre; celui-ci ne se manifeste ep quelque sorte que comme l’exagération de l’état qui préexistait. Lorsque le délire doit être: général ou partiel , avec excitation, comme dans la manie et l’aménomanie (ou monomanie gaie), les idées abondent avec exaltation , mais elles sont peu cohérentes, et le corps est agité comme l’esprit. Cet état, qui n’est pas encore de la folie confirmée, est le plus compromettant pour le malade, pour ses affaires, pour sa famille, pour la société. Le besoin incessant d’agir, et l’impossibilité de régulariser l’action, donnent naissance à une foule de désordres; c’est dans l’incubation de la manie et de l’aménomanie qu’on observe principalement des excès inaccoutumés de boisson , de femmes , de jeu , de débauche et des prodigalités de tous genres. Rien ne coûte alors pour satisfaire des envies, des caprices, et l’on voit parfois de ces malades dissiper en peu de temps leur fortune en dépenses frivoles, ou devenir victimes de friponneries. En outre, comme ils sont très-irritables, même au milieu de leur gaieté, ils ont des accès d’emportement dangereux. En un mot, de tels sujets représentent assez fidèlement le maniaque, moins son délire. Excepté les cas où une passion violente et connue en fournit l’expiication plausible, un observateur ne saurajt voir sans sollicitude des sujets, habituellement calmes et mesurés, parler avec une extrême volubilité, ayant les yeux brillants , la face colorée, les traits mobiles, gesticulant, s’agitant, précipitant leurs pas, comme s’ils étaient sous la stimulation du vin ou du café, alors même qu’ils raisonnent juste.
L’incubation des délires bornés, tristes ou mélancoliques, se révèle par des caractères tout différents : tandis qu’il y a chez le maniaque excès d’action, le mélancolique n’agit pas assez, il est absorbé par les réflexions de ses sentiments intérieurs; il parle peu, et se meut encore moins. Le sentiment, chez lui, paraît beaucoup plus altéré que i’intefligence. Généralement , durant les prodromes de leur maladie, les mélancoliques commettent beaucoup moins d’écarts que les maniaques, et leurs écarts sont plus appréciables par les omissions que par les actions. Cependant, dans des cas exceptionnels, les signes avant-coureurs de la folie indiquent mal quelle en sera l’espèce.
Passons maintenant à une période plus avancée.
L'invasion de la jolie , qui succède à l’incubation,
est marquée par l’apparition du délire; tout au moins elle date du moment où il est constaté. Le délire général est toujours reconnu dès son origine, tandis que le déjire partiel peut rester longtemps ignoré. Soit qu’ils conservent une conscience vague de leur égarement, soit qu’i|s se défient des personnes qui les approchent, les malades qui ne délireqt que partiellement opt parfois assez d’empire sur eux-mêmes pour comprimer les élaps de leur folie, Mais enfin le jour vient où elle éclate, qù elle fait invasion, où elle est reconnue. Les malades font ou disent des choses impossibles à expliquer, à comprendre, autrement que par la perte de ieur raison. C’est le cachet du délire , l’aliénation mentale est confirmée.
En exposant ailleurs les caractères distinctifs de la folie et des délires aigus (Y. Folie), nous avons vu que les personnes étrangères à la médecine étaient très-sujettes à les confondre ensemble. Ajoutons un trait pour rendre toute confusion impossible. A|ors meme que l’invasion de l’aliénation mentale est accompagnée de chaleur à la peau, de soif, d’anorexie, d’insomnie, de céphalalgie, d’animation du visage, elle se distingue des délires réellement fébriles, par ja validité physique que conserve l’aliéné. L’agitation organique qu’on peut observer en lui retrace plutôt celle qui se lierait à un exercice violent , à une émotion, que celle qui dépendrait d’une altération manifeste de l’organisme. Il serait plus facile de confondre un aliéné avec un individu dans l’ivresse ou dans le narcotisme, si la cause occasionnelle, connue et passagère dans son action, ne dissipait toute équivoque. D’ailleurs, la fièvre, dans l’invasion de l’aliénation mentale, n’est ni constante, ni de longue durée, et le délire suryft au mouvement fébrile, tandis qu’il cesserait en même temps, s’il n’en était qu’une conséquence,
Nous voici parvenus à la description de la folie déclarée. Sans faire défaut au but d’utilité qui nous guide, nous pouvons abréger beaucoup cette partie de notre travail ; elle n’a point, pour le public, une importance égale à celle des prodromes. Cependant, le diagnostic des délires partiels réclamera un soin tout particulier de notre part, quand nous traiterons spécialement de la mélancolie et de la monomanie. Pour donner, en peu de mots, au lecteur, une idée générale des maladies mentales, transportons-le dans une maison d’aliénés, dans ces heures du jour, heureusement de plus en plus rares, où ils errent à leur gré dans les cours, dans les jardins, flans les salles de réunion. En présence de cette population d’insensés, deux impressions dominantes frapperont bientôt le spectateur. D’abord, des désordres de langage, d’attitude, de gestes, de mouvements, et puis le contraste des malades entre eux. Les maniaques, qui animent la scène, fixeront les premiers l’attention : ils s’agitent continuellement; ils courent, ils sautent, ils gansent, ils vocifèrent, ils rient, ils blasphèment, ils s’irritent, ils menacent, ils brisent, ils déchirent; leurs discours sont incessants, et, si l’on est à portée de les entendre , on s’aperçoit bientôt que les idées se succèdent avec une rapidité et une incohérence qui est le prototype du délire. A côté de ces maniaques agités, turbulents ou furieux (car il en est de tranquilles), se distinguent les déments, parlant et se remuant encore beaucoup, mais sans
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apparence d’énergie morale et physique, la physionomie sans expression ou reflétant la stupidité, les discours n’exprimant pas même des idées incohérentes, mais plutôt une succession de paroles sans rapport et sans cohésion entre elles, comme s’ils récitaient des mots, réunis au hasard, d’une langue inconnue. Mêlés avec ces insensés dont la folie est si apparente, plusieurs malades contrasteront par une attitude calme et par la réserve de leur langage, au point que le spectateur demandera si ceux-là sont aliénés. Ce sont les mélancoliques et les monomanes, dont le délire concentré ou partiel met souvent en défaut le jugement du public. Il faut les approcher, les étudier, pour se convaincre qu’ils sont atteints d’aliénation mentale. Le médecin, exercé à ces sortes de diagnostics, se tromperait rarement sur les seules apparences, en les voyant dans un groupe d’aliénés. L’immobilité, la concentration, la physionomie inquiète et défiante du mélancolique, lui feraient bien vite reconnaître son état moral. De même, il ne troüverait pas normales, eu égard aux circonstances environnantes, ces figures rayonnantes de bonheur, de majesté, d’inspiration, ces poses ambitieuses, Aères, impératives, propres aux aménomanes, qui se croient possesseurs des biens de la terre ou de la puissance des dieux. Mais le spectateur, dominé par le tableau des désordres que présentent les maniaques et les dér ments, dont la mise n’est pas moins grotesque que les mouvements et les propos , pourrait s’imaginer, tout d’abord, que les mélancoliques et les monomanes sont des employés préposés à leur garde.
Pour ies apprécier, il faut faire parler ces malades qui conservent les apparences de la raison, et, si l’op parvient à provoquer la manifestation de leurs préoccupations maladives, on ne doute plus qu’ils ne soient à leur place dans un asile d’aliénés. Susceptibles de raisonner juste sur beaucoup de choses, quand on parvient à s’attirer leur confiance et à fixer leur attention , tous déraisonnent ou délirent sur certains objets. Celui-ci, obsédé de terreurs religieuses, vous dit que le Seigneur s’est fait entendre, ou lui a apparu pour le vouer aux flammes éternelles, qu’il est déjà le témoin et la victime des tortures de l’enfer; celui-là se dit trahi par tout le monde : parents, amis, étrangers, tout conspire contre lui, il peut en produire les preuves ; et là-dessus il vous récitera les contes les plus singuliers, des faits controuvés, impossibles. Ailleurs, c’est l’abandon réel ou imaginaire d’un amant, d’un époux, qui donne lieu aux narrations les plus extravagantes. Plus loin, c’est une mère qui, succombant sous le coup de la plus légitime douleur, croit voir, entendre un fils qu’elle n’a glus, et raconte à ce sujet mille choses incroyables. L’un déplore la perte de sa fortune, ses dignités, son honneur, s’appuyant de raisons imaginaires et dénuées de tout sens commun. Tel autre se croit transformé en animal, en végétal, en matière brute, etc. Plusieurs de ces délires mélancoliques commencent ou finissent par se compliquer d’un dégoût de la vie qui nécessite une surveillance trèsactive.
Du reste, c’est dans les délires tristes, oppressifs, dont nous venons de citer quelques exemples, que les malades conservent plus d’aptitude à faire preuve de raison sur beaucoup de choses. Les délires partiels, gais, expansifs, auxquels Esquirol a spéciale-
ment donné le nom de monomanies, s’accompagnent de beaucoup moins de réserve, de circonspection pour le maintien, le langage et tous les actés extérieurs. L’excitation qui les domine les rapprdéhe de la manie, de sorte que la folie des monomaUës est plus facile à reconnaître que celle dès mélancoliques. Les premiers ont de la peine à contenir léS sentiments ambitieux qui les possèdent. Comblés dé ï-ichesses, d’honneurs, de puissance, magistrats, généraux, priHeeS, l’ois, prophètes, dieux, ils aiment à étaler l’autorité , la pompe et la majesté dé letifs grandeurs imaginaires.
Ghachn de ces objets devant nous occuper spécialement ailleurs, nous n’esSàyerons pas ici de tràcer le tableau de la manie, de la mohomahie, de la mélancolie et de là démence, et nobs nous bornerons à signaler brièvement leS Caractères géqgraux et ies principales formes des maladies mentales.
Sans parler de l’idiotisme congénial (aphrénie), caractérisé par l’oblitération native des facultés, on compte trois groupes principaux de maladies mentales, savoir : la manie, délire général prototype de la folle (holomanie) ; la inélûncolïe, délire partiel, triste ou gai (oligOffianie), qui permet SOU vêtit aux malades de composer convenablement leürS apparences, de coordonner régulièrement Un certain ordre d’idées, de porter des jugements Sains Sur tout ce qui ne Concerne pas leurs préoccupations maladives; enfin, la démétice, caractérisée par Un profond affaiblissement avec désordre des facultés mentales, et qui, selon nous, représente plutôt Une succession, une période avancée de la mànië et de la mélancolie, qü’une forme primitive et essentielle de la folie.
Le trouble deS fonctions nerveuses chez lés aliénés se manifeste par des phénomènes de quatre ordres qu’on observe tour à tour isolés Ou réunis sur le même malade ; savoir : trouble deS sentiments affectifs et moraux, trouble des facultés intellectuelles, trouble des sensations et dés perceptions (illusions et hallucinations), enfin troublé dâtts les mouvements.
Déjà altérées dans l’incUbation de la folie, les qualités affectives et morales sont fréquemment perverties chez les aliénés. Sur des motifs fantastiques, et souvent sans pouvoir produire aucun motif, ils témoignent une indifférence, une hainë, ou des affections tout Opposées à leurs sentiments antérieurs. On Voit les Caractères les plus bienveillants, les plus humains, devenir haineux et crüels. C’est alors qu’il convient de se prémunir avec soin contre les maniaques furieux qui, du reste, font le mal plus souvent par une spontanéité automatique que par préméditation. Il n’en est pas de même des mélancoliques; ceux-ci sont capables de mûrir dans l’ombre deS desseins de vengeance et de meurtre contre quiconque a excité leur haine et leur ressentiment. Dû moment qu’un fou est reconnu pour être méchant ; mal intentionné, il ne faut plus Se reposer sur les qualités qu’il avait avant sa maladie, et la prudence commande de le tenir en suspicion. Il en est qüi deviennent dissimulés, menteurs, voleurs, intempérants, obscènes, etc., chez lesquels, en un mot, la maladie a transformé en vices leS vertus dont ils étaient doués. Toutes ces perversions dans le caractère témoignent du délire des sentiments.
Que dirons-nous des facultés intellectuelles ? c%St
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de leur désordre que se tirent le plus communément les indices de la folie.
Le délire des idées est le plus facile à reconnaître. Incapable d’attention, de réflexion, de jugement, confondant ses souvenirs avec ses sensations, le maniaque vous parle de mille choses différentes en un instant ; vous reconnaissez bientôt en lui un homme qui ne sait ce qu’il est, ni où et avec qui il est, ni ce qu’il dit, ni ce qu’il veut. Sa tête ardente est l’image du chaos. Les facultés intellectuelles ne sont pas aussi troublées chez le mélancolique, puisqu’il peut suivre un raisonnement et juger sainement de beaucoup de choses ; ses sentiments sont plus malades que son intelligence. Toutefois, les chimères folles , les choses impossibles que son imagination cultive comme des réalités, attestent suffisamment combien cette faculté surtout est désordonnée. Nous avons le soin de noter la prédominance de lésion de l’imagination; mais nous sommes loin de penser que cette faculté intellectuelle ou toute autre puisse être exclusivement lésée dans le délire. Nous pensons, au contraire, que dans l’état normal comme dans l’état maladif, toutes les facultés intellectuelles de l’homme opèrent ensemble, et s’impliquent mutuellement.
Les illusions sensoriales, et principalement les hallucinations qu’on observe sur un grand nombre de fous, sont peut-être ce qu’il y a de plus frappant et de plus caractéristique dans l’aliénation mentale, lorsqu’elles ne sont pas rectifiées par le jugement. Il est des aliénés qui s’obstinent à prendre des étrangers pour des personnes de leur connaissance intime, à vénérer comme des princes et princesses les humbles serviteurs de la maison, etc. On ne peut lire sans attendrissement, dans Pinel, l’observation d’une tendre mère qui entoura, pendant longues années, de la plus touchante sollicitude, une jeune idiote aussi disgraciée au physique qu’au moral, et qu’elle prit toujours pour son fils unique, mort sous les drapeaux. Les hallucinations sont encore plus étonnantes et plus caractéristiques de la folie que les illusions sensoriales. On sait que dans cette situation, les malades croient voir, entendre, flairer, goûter, toucher des choses qui ne tombent nullement sous leurs sens. Ces perceptions, en l’absence des objets des sensations, dénotent un grand désordre dans les fonctions cérébrales. (V. Hallucinations.)
Quant au trouble des mouvements dont nous avons déjà parlé, et que nous avons toujours été étonné de ne voir étudié que dans un seul de ses modes et lorsque le désordre est extrême, il mérite cependant de fixer [l’attention d’une manière particulière, et, selon moi, il doit être l’objet d’un système complet d’observations, depuis les intonations diverses de la voix, le rire, le hoquet, le plus simple spasme à l’extérieur ou dans la profondeur de nos organes, jusqu’à la paralysie générale des aliénés.
Ainsi que la plupart des maladies de long cours, l’aliénation mentale augmente, décroît, et présente parfois de complètes intermittences ; ce ne sont plus alors de simples moments ou jours lucides, c’est un retour temporaire à la santé : l’accès se dissipe et revient comme ferait une attaque de goutte.
Enfin, une fois établie, la folie n’a que deux modes de terminaison : la guérison ou l’état chronique, qui mène à l’incurabilité. Nous relaterons à
l’article du pronostic les signes qui annoncent l’une ou l’autre de ces solutions.
La démence n’ayant pas été traitée à la place que lui assignait l’ordre alphabétique, et ne pouvant pas l’être ailleurs, va trouver ici sa place d’autant plus naturelle qu’elle est plutôt, avons-nous dit, une dégénération grave qu’une forme primitive de la folie. Conséquemment, exposer la terminaison de la folie par l’état chronique et par l’incurabilité, c’est décrire la démence.
Cette forme de vésanie ne se montre jamais dans l’état aigu de l’aliénation, tandis qu’elle est une succession ordinaire et presque constante de la manie et de la mélancolie qui ont duré longtemps et ne doivent point guérir. L’époque où la folie présente ce nouvel et grave aspect est très-variable et dépend de quelques circonstances que nous indiquerons ailleurs. Il n’est pas commun que les symptômes de la démence se manifestent avant la deuxième ou la troisième année d’existence de la folie , et souvent c’est beaucoup plus tard. A l’excitation générale et à la concentration des facultés mentales, succède leur affaiblissement, toujours accompagné de désordre. Les maniaques et les mélancoliques perdent peu à peu l’attention, la mémoire, l’imagination. L’intelligence devient paresseuse, la pensée lente, l’expression difficile et confuse ; bientôt ils balbutient plutôt qu’ils ne parlent, ils ont de la peine à lier quelques mots pour exprimer une idée, bien loin de pouvoir coordonner quelques idées entre elles. Vient enfin le moment où ces aliénés, assez souvent verbeux, ne comprennent même plus les mots dont ils se servent, ils parlent comme des perroquets. Alors la mémoire ne leur rappelle plus que des mots et quelques impressions fugitives, l’attention est nulle, l’imagination est éteinte.
La nullité des sentiments précède ou suit, le plus souvent, la ruine de l’intelligence. Les déments deviennent incapables d’aimer, de haïr, de désirer, de vouloir ; à peine s’ils conservent quelques appétits pour ce qui concerne les fonctions organiques de la digestion et delà génération. S’ils ne sont pas entièrement exempts de goûts, de caprices, ils montrent encore moins d’énergie et de persistance que des enfants. Eu même temps leur physionomie peint l’inanité de leur âme. Ce n’est plus l’expression de l’homme qui pense et qui sent, c’est celle de l’idiotisme, de la stupidité. Tels sont quelquesuns des traits de la folie passée à Pétat chronique et presque toujours incurable.
Après nous être occupé exclusivement de l’état mental des aliénés, jetons un coup d’œil sur leur I état physique.
Sans jouir d’une aussi bonne santé que le commun des hommes, généralement les aliénés ne paraissent pas avoir l’organisation malade. Leur embonpoint est ordinaire, quelquefois même augmente, ce qui, pour le faire observer en passant, est rarement de bon augure.
Toutes leurs fonctions physiques s’exécutent assez bien, et l’on serait porté à leur présager une longévité ordinaire, si l’expérience n’avait prouvé que leur existence était plus précaire et ordinairement beaucoup plus courte que celle de la généralité des hommes.
Parmi les maladies qui viennent terminer prématurément leur carrière, il en est que l’on peut
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considérer comme une conséquence directe ou naturelle de l’affection nerveuse qui les a d’abord privés de la raison. D’autres sont des accidents de leur existence. Qui ne prévoit en effet que, par le seul fait de leur délire, les aliénés sont plus exposés que les autres hommes à négliger d’utiles précautions, à commettre de dangereuses imprudences, d’où résultent pour eux des maladies qu’ils auraient pu éviter ? Ce n’est pas toujours impunément qu’un maniaque en fureur passe les nuits d’hiver couché tout nu sur une dalle ou dans la neige ; qu’un mélancolique oublie ou refuse de prendre les aliments; qu’un dément se gorge de nourriture, ayant perdu jusqu’à l’instinct pour régler son alimentation, etc., etc. Ces accidents nombreux, ces écarts dans leur hygiène, les exposent à un grand nombre de maladies fréquemment mortelles. Quant aux affections qui ont une liaison naturelle avec la folie, par la raison qu’elles ont le même siège, nous placerons en première ligne la paralysie générale des aliénés, puis les inflammations cérébrales et les apoplexies à divers degrés, enfin, la fièvre lente, nerveuse, tabes melancholica.
La paralysie générale des aliénés mérite d’autant plus d’attention, qu’elle est à la fois très-insidieuse et très-grave. Les premiers indices n’en sont ordinairement saisis que par les personnes prévenues et qui en connaissent la redoutable signification. C’est d’abord un léger embarras de la langue qui s’accroît progressivement. La prononciation de certains mots devient difficile, il survient une espèce de blésité, de bégaiement, de bredouillement, et en même temps l’observateur attentif constate des contractions spasmodiques de plusieurs muscles, surtout de ceux de la face. Les mouvements des jambes et des bras sont de moins en moins assurés, la démarche est vacillante, inégale, saccadée, puis elle s’embarrasse de plus en plus, et elle finit par être impossible. Les hommes sont beaucoup plus sujets que les femmes à ce terrible accident qu’on ne guérit presque jamais, et qui laisse à peine au malade deux ou trois années d’une existence des plus misérables.
Il serait peu convenable, sans doute, d’entrer ici dans de longs développements sur l 'anatomie pathologique des aliénés. Bornons-nous seulement à relever une erreur généralement accréditée et propagée par deux médecins illustres, Pinel et Esquirol, qui ont écrit et professé qu’on rencontrait à peine, aux ouvertures de corps de ces malades, des lésions ayant quelque signification, quelque valeur, pour expliquer l’existence du délire. A toutes les périodes, dans toutes les formes des maladies mentales, il est assez fréquent, au contraire, de trouver dans le cerveau et ses enveloppes de notables altérations. De ce que la folie existe quelquefois sans qu’elles soient apparentes, il ne s’ensuit pas qu’elles n’existent pas, et, au lieu d’en nier l’existence, on ferait bien mieux d’apprendre à juger des choses qui ne se voient pas, par celles qui se voient; comme aussi, lorsque les lésions sont manifestes, il ne s’ensuit pas qu’il y ait absence de rapport entre elles et le désordre de l’intelligence. Nous observons tous les jours des pertes d’appétit sans inflammation de la membrane muqueuse gastrique, ce qui n’établit pas, sans doute, que la gastrite ne rend pas compte de l’absence d’appétit.