‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 52 sur 298 · AI EN · texte numérisé non relu

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quelque occupation , sans se montrer trop difficile, sur le choix , car tout ce qui peut les occuper et faire trêve au délire doit être considéré comme avantageux. Indépendamment des exercices physiques , des travaux mécaniques qui l’emportent sur les autres moyens , on peut conseiller les divers jeux, l’application aux beaux-arts, aux lettres , aux sciences. L’important , c’est d’obtenir des aliénés qu’ils se livrent avec assiduité et persévérance à quelque occupation d’utilité ou d’agrément, qui n’ait point de rapport avec la nature de leur délire. C’est ainsi qu’il ne faudrait pas laisser un mélancolique passer son temps à chanter des romances sentimentales 5 un monomane de renommée littéraire employer ses instants à composer des écrits qu’il croirait devoir le recommander à la postérité , etc. Ce seraient là, au contraire, de ces occupations qu’il faudrait empêcher adroitement, car elles ajouteraient au délire.

Occupons-nous maintenant de la conduite générale que Von doit tenir à l'égard d’un aliéné. Il ne doit avoir qu’un seul directeur, ou, s’il existe deux autorités égales , il est indispensable qu’elles ne soient jamais en désaccord en présence de lui. Ce précepte comme bien d’autres est commun à l’éducation des aliénés et des enfants. Que la bienveillance s’allie constamment à la fermeté ; que , dans une même situation , un directeur d’aliénés se retrouve toujours le même , bon , affectueux , expansif, dans les moments où l’aliéné n’est point fautif, tolérant pour une foule de divagations, d’actes désordonnés sans conséquence, qu’il doit feindre de ne pas voir , ferme et énergique sans emportement, lorsqu’il s’agit de réprimer un grand désordre et de graver une leçon.

Le médecin , ne voyant les aliénés que par intervalle , a besoin d’être secondé. Les personnes , parents, amis, serviteurs, chargées d’une surveillance continuelle, doivent suivre ponctuellement ses avis et avoir leur concours bien tracé. Leur manière d’agir exerce une grande influence sur la marche de l’aliénation mentale ; c’est assez dire combien il faut apporter d’attention à leur choix , s’assurer de leur zèle , de leur intelligence , de leur humanité. Du reste , dans aucun cas, des serviteurs ne doivent, de leur propre autorité , exercer aucune répression ; si elle est nécessaire , un chef ordonne et ils exécutent.

Il est des aliénés qui nécessitent une surveillance bien active , notamment ceux qui ont une tendance au suicide, au meurtre, au vol, etc. ; et puis, il n’y a pas à surveiller seulement des tendances , l’impulsion au mal est souvent chez eux spontanée, rapide, violente, et comme l’effet d’une tempête intérieure. Une hallucination , un accès soudain de fureur, peuvent rendre leur bras homicide, incendiaire , sans parler des innombrables accidents auxquels ils sont exposés eux-mêmes par suite de l’égarement de leur raison. Us peuvent se blesser , se tuer , s’empoisonner , commettre une foule d’imprudences qui les rendent malades et abrègent leur existence. C’est à la surveillance à prévenir tous ces malheurs.

Puisqu’on ne peut laisser un aliéné faire ses volontés, puisqu’il faut, au contraire, qu’il se montre docile à la règle tracée dans ses intérêts , le cas doit être nécessairement prévu où il fera résistance

et où l’on sera obligé de le contraindre. Nous abordons ici une partie bien difficile , bien délicate , celle du code pénal des malheureux insensés. Les moyens de répression à leur usage doivent avoir pour but : de les rendre dociles en les convainquant de leur faiblesse; de les amener à reconnaître leurs fautes par des retours sur eux-mêmes , ou de leur inspirer des craintes salutaires quand ils sont mal intentionnés ; enfin , de les empêcher de nuire. Malgré le désordre de leurs facultés mentales , qui ne permet pas de les assimiler aux autres hommes , les aliénés conservent le sceau primitif d’êtres intelligents et sensibles; conséquemment, des punitions toujours motivées par la parole et appliquées avec discernement, peuvent produire de bons résultats. D’autre part , sans avoir en vue aucune influence morale , la contrainte est nécessaire lorsqu’un aliéné est dangereux. Dans tous les cas, il est aujourd’hui de précepte de ne jamais maltraiter un aliéné, de se borner à la réclusion ou à la camisole de force, et de ne le priver de ses mouvements qu’autant que la sécurité le commande. La seule violence corporelle qu’ou se permette , comme punition , et les aliénés la redoutent beaucoup, c’est l’emploi de la douche, qui est très-rare dans mon service de la Salpêtrière et dans l’établissement de Vanves, que je dirige, conjointement avec le docteur Voisin, depuis plus de vingt années. C’est surtout au vénérable Pinel qu’on est redevable de la méthode plus humaine avec laquelle les insensés indociles , turbulents , agités, sont traités de nos jours. A la voix de ce généreux philanthrope , l’usage des cachots , des chaînes, des brutalités de tout genre a été aboli, et c’est un de ses titres impérissables à la reconnaissance de la postérité.

Après le traitement moral , qui s’adresse aux deux éléments de notre nature si intimement unis qu’aucun phénomène psychique ne peut être attribué exclusivement à l’un ou à l’autre, viennent les moyens qui agissent plus spécialement sur le corps , et dont l’ensemble constitue le traitement phijsique des aliénés. Nous plaçons au premier rang la gymnastique, l’exercice musculaire. Nous sommes persuadés que si l’on pouvait obtenir des aliénés un travail mécauique journalier qui finirait par durer plusieurs heures et en plein air, on obtiendrait de plus nombreuses guérisons. C’est l’action spontanée du cerveau , c’est l’exaltation des sentiments et des idées, qui sont l’écueil du traitement des maladies mentales ; or , rien n’est capable d’enchaîner l’activité du moral à l’égal des exercices physiques, persévérants, prolongés et même un peu rudes, comme l’agriculture, les arts mécaniques, la chasse, etc. La gymnastique réunit plusieurs avantages dans le traitement de la folie. D’abord , l’aliéné qui fait beaucoup travailler ses muscles pense moins et sent moins; ensuite , le travail imprime à ses idées une direction avantageuse ; enfin l’exercice le dispose au sommeil, qui est un bien précieux pour beaucoup d’insensés.

Jusqu’à ce jour on ne nous paraît pas avoi r été assez préoccupé du parti qu’on pourrait tirer de l’exercice dans les voyages , qui sont souvent utiles dans plusieurs variétés de la mélancolie, et qui conviennent surtout dans la convalescence des maladies mentales. Les voyages poursuivis longtemps à pied , ou à cheval , par étapes , dans les pays montueux par-

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ticulièrement , sont infiniment plus avantageux que lorsqu’on les fait dans des voitures qui transportent d’une ville à une autre. Les bons effets qu’on obtient de cette manière de voyager font plus que racheter les dérangements dont on n’aurait pas l’habitude, et ces dérangements mêmes sont un bienfait.

Les insomnies sont fort ordinaires dès le commencement de la folie ; on fait en sorte d’y remédier par l’exercice , les bains prolongés pris au moment du coucher , l’éloignement des causes d’excitation, telles que les émotions , la contention d’esprit , le café, les spiritueux. C’est principalement pendant les insomnies que beaucoup d’aliénés se livrent avec fureur à des pratiques d’onanisme funestes au rétablissement de leur raison, autant qu’à leur santé générale. Ce vice, fort commun parmi ces malades des deux sexes , mérite une surveillance spéciale.

Le régime alimentaire des aliénés, sauf des exceptions dont il est impossible de préciser ici l’espèce et le nombre , ne doit pas différer de ce qu’il est pour le commun des hommes. Il convient de les laisser satisfaire leur appétit avec tous les aliments de bonne nature. Il est bien prouvé qu’une diète intempestive augmente le désordre de leur esprit ; il suffit qu’ils soient sobres. La tempérance leur est encore plus nécessaire ; plusieurs d’entre eux sont enclins à l’abus de boissons alcooliques, et les excès de ce genre leur sont extrêmement nuisibles. Il est souvent utile de combattre chez eux la constipation par des lavements , des boissons douces , des aliments laxatifs , etc.

Il faut veiller à ce que les aliénés ne négligent point les soins de proprété , en les changeant convenablement de linge , de vêtements. Les bains tièdes , qui contribuent à atteindre ce but , ne bornent pas là leur efficacité : ils peuvent combattre le spasme , faciliter la transpiration , disposer au sommeil.

Les aliénés tombés en démence et les paralytiques réclament des soins particuliers , non plus avec l’espoir de les guérir (car, dans l’immense majorité des cas , ils ne ressaisiront pas l’existence morale) , mais en vue de les protéger contre les influences physiques qui pourraient précipiter la funeste issue de leurs maladies. Ces malheureux ne sont pas seulement privés d’intelligence, l’instinct même finit par leur faire défaut; l’appétit, la soif, les déjections, l’impression des températures, tous les besoins enfin cessent d’être sentis dans la mesure normale. S’ils n’étaient l’objet d’une grande sollicitude , ces aliénés pourraient mourir de faim ou d’indigestion, de chaud ou de froid; il est nécessaire de penser et de sentir pour eux. Les déments et les paralytiques sont souvent d’une saleté dégoûtante, et si l’on joint à cela qu’ils n’ont plus de pensées et de sentiments , on concevra tout ce qu’il faut de zèle , de charité, pour prodiguer à ces infortunés les soins et les égards que revendiquent en leur faveur les restes dégradés de la nature humaine. L’hygiène qui nous a occupé jusqu’à ce moment , forme la base principale, mais non la seule, du traitement de la folie. Suivant les tempéraments, suivant la diversité des causes prédisposantes et occasionnelles , selon la modification du cerveau et de ses membranes reconnue, selon les incidents, les complications des maladies mentales , un praticien exercé

trouve i’à- propos d’administrer des remèdes qui peuvent concourir puissamment à la guérison. Mais cette autre partie du traitement est trop exclusivement médicale pour pouvoir être convenablement exposée ici. Rappelons seulement qu’on a beaucoup abusé autrefois des vomitifs et des purgatifs, parmi lesquels l’ellébore obtenait la préférence ; qu’avant la réforme introduite par Pinel, la saignée était aussi une pratique vraiment abusive. Fort heureusement il n’existe pas de nos jours de système de thérapeutique qui pèse sur les aliénés de tout le poids de ses préventions , de ses erreurs et de ses dangers.

Il est plusieurs médications qui jouissent d’une faveur basée sur l’opportunité , et celles-là , souvent utiles , sont rarement dangereuses.

La convalescence des maladies mentales est une période bien digne de sollicitude. L’expérience atteste qu’au moment où il vient de ressaisir l’existence morale , l’aliéné est fort exposé à une rechute, si on ne l’entoure de précautions ; la prudence veut qu’à dater du jour où a cessé le délire, on attende deux ou trois mois avant de le laisser entrer dans le monde et reprendre la vie habituelle. En attendant, on lui ménage des entrevues de plus en plus rapprochées avec les personnes qu’il témoigne le désir de voir, en ayant soin de tracer à celles-ci la conduite qu’elles doivent scrupuleusement observer à l’égard du convalescent. Il importe ensuite de lui créer une occupation agréable , afin qu’il ne soit pas trop abandonné à ses réflexions. S’il témoigne quelque inquiétude sur son passé , sur son avenir , on atténue ses regrets, on rassure son amourpropre , on relève son courage. On éloigne de son esprit , et surtout dans la conversation , les sujets pénibles , les émotions désagréables. On s’attache à lui procurer une existence paisible, occupée, sans ennui et sans fatigue , agréablement diversifiée. Les voyages sont généralement un moyen excellent pour affermir une convalescence, alors même qu’elle n’est pas douteuse.

L’expérience des récidives et des causes qui les déterminent doit rendre le médecin bien circonspect pour attester le rétablissement et autoriser la rentrée du convalescent dans la société. « Une sensibilité extrême, et par conséquent une disposition prochaine aux rechutes , dit le sage Pinel , caractérisent en général les aliénés en convalescence, à moins que celle-ci ne soit bien confirmée. Une vive frayeur, un emportement de colère, un chagrin profond , la saison des chaleurs , quelque excès d’intempérance , ou même le passage brusque d’un état de détention et de contrainte à une liberté indépendante, peuvent produire en eux une commotion dont on ne serait pas susceptible en d’autres circonstances , et renouveler des accès de manie lorsque l’habitude n’en a pas été longtemps suspendue. C’est ainsi que des aliénés convalescents, réclamés trop tôt par leurs familles, retombent de nouveau et sont ramenés à plusieurs reprises dans les hospices. »

Que de fois , en pareille circonstance , avons-nous vu se vérifier la remarque de Pinel ! Que de fois avons-nous eu à lutter contre la vivacité des désirs exprimés par nos malades , à toutes les périodes de leur maladie, et contre l’assentiment des familles donné à ces demandes inconsidérées ! Mais aussi, que de regrets et quelquefois que de malheurs af-

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freux ont suivi de près une conduite honorable sans doute sous le rapport du sentiment , mais si contraire à la raison et aux leçons de l’expérience! Par contre , la même prédominance du sentiment sur la raison dans les familles, éloigne trop souvent toute sympathie , fait taire l’équité et développer de mauvaises passions dont les aliénés sont victimes. Il n’est pas rare , en effet, que leurs parents et leurs amis, résistant à l’évidence même, conservent une impression pénible des actes qui ont marqué l’incubation de la folie, ou même de l’indifférence, de la haine que leur témoignait l’aliéné , et reçoivent ensuite le convalescent avec crainte , défiance , avec froideur, avec amertume. Dans cette déplorable situation , les devoirs du médecin se multiplient, mais son âme chaleureuse s’élève au niveau d’une si noble et si sainte cause : ce n’est pas assez pour lui d’avoir rendu l’aliéné à lui-même, il faut que, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, il protège sa sensibilité , si facile à s’exalter , contre toutes les influences extérieures , et surtout qu’en triomphant d’injustes préventions, il tende à reconquérir en sa faveur l’affection de famille , toujours si douce, et notre refuge, notre place de sûreté dans l’infortune.

Falret ,

Membre de l’Académie de Médecine, médecin des aliènes à l'hospicc de la Vieillesse ( femmes ).

memthb (bot.), s. f. (mentha). C’est un genre de plantes de la famille des labiées, J., didynamie gymnospermie, L. Ce genre contient un assez grand uombre d’espèces , qui , presque toutes, sont naturelles à nos climats : celle qui est le plus employée est la menthe poivrée, mentha piperila; après viennent la menthe crépue , mentha crispa , et la menthe à feuilles rondes , mentha rotundifolia.

La menthe poivrée , menthe anglaise, est originaire d’Angleterre , mais elle est très-cultivée en France, et même dans les jardins, où, suivant quelques auteurs , elle perd de ses qualités. Ses tiges sont quadrilatères , couvertes de quelques poils , les feuilles sont opposées, ovales, lancéolées, aiguës et dentelées en scie. Les fleurs sont petites , violacées , et forment des verticilles dont l’ensemble compose des épis assez allongés au sommet des ramifications de la tige. Cette plante, dont l’odeur est bien connue, a une saveur poivrée et camphrée qui laisse dans la bouche une sensation de froid trèsmarquée. L’odeur , qui est très-forte , balsamique et expansive , ne diminue pas par la dessiccation de la plante ; elle est due à la présence d’une huile essentielle renfermée dans de petites glandes qui sont contenues dans l’épaisseur des feuilles , et que l’on distingue facilement en les examinant à contrejour.

La menthe poivrée est antispasmodique, tonique et fortement excitante ; elle doit ces propriétés à la présence de son huile essentielle, qui est très-volatile et fortement odorante. Cette huile s’extrait en grande quantité pour l’art du parfumeur et du confiseur ; celle qui vient d’Angleterre a le plus de réputation. On prépare avec l’essence de menthe des pastilles et des tablettes dont l’usage est quelquefois utile après le repas pour favoriser la digestion, chez les personnes dont l’estomac est lent et paresseux , on qui ont été affectées de gastralgie :

l’infusion de menthe , unie à la mélisse , peut être aussi employée dans le même but. L’eau distillée est employée en pharmacie dans les potions excitantes et toniques. L’alcoolat et l’eau de menthe alcoolisée s’emploient dans des circonstances semblables. Ou prépare aussi, avec ces substances, des liqueurs de table qui sont estimées.

Les autres espèces de menthe que nous avons indiquées sont aussi quelquefois employées; elles ne jouissent pas d’autres propriétés que la menthe poivrée ; elles sont moins actives , et cette dernière espèce est toujours préférée. Les frictions avec diverses espèces de menthe ont été employées dans le traitement de la gale, et, dit-on , avec succès.

J. -P. Beaude.

mekïck (anat.), s. m. (Y. Mâchoire.)

mentosimieh. ( anat. ) , adj. , qui a rapport au menton. Il existe à la partie externe et antérieure de l’os maxillaire inférieur, près de la symphyse du menton , un trou qui a reçu le nom de trou mentonnier , qui est la terminaison du canal dentaire inférieur ; il donne passage au nerf menionnier et à l’artère mentonnière , qui sont la terminaison des nerf et artère dentaires inférieurs, lesquels se ramifient dans les tissus qui recouvrent cette partie de la face. J. B.

mekîtqnïsièïie ( chir. ) , s. f. , nom donné à un bandage qui enveloppe le menton , et que l’on désigne aussi sous celui de fronde. (Y. ce mot. )

mémvanthe (bot.) , s. m. (V. Trèfle d’eau.)

méphitique (hyg.), adj. (mephilicus ; ce mot est dérivé d’un verbe syriaque qui signifie souffler , respirer). On donne le nom de méphitique à tous les gaz et à toutes les vapeurs qui exercent sur l’économie une action délétère.

méphitisme (hyg.) , s. m. (mephilismvs) . C’est l’altération de l’air par les gaz, les vapeurs ou les miasmes qui peuvent lui communiquer des propriétés malfaisantes. Faire l’histoire du méphitisme, ce serait passer de nouveau en revue tous les gaz et les vapeurs susceptibles de produire l’asphyxie, et examiner toutes les émanations miasmatiques capables de produire des désordres dans l’économie : les gaz et les vapeurs ont été traités chacun à leur mot spécial , et, quant aux miasmes , il en sera traité dans un article particulier.

Les causes les plus ordinaires du méphitisme dans nos maisons , dans les grands établissements et dans nos habitudes ordinaires , sont les fosses d’aisances, les matières animales et végétales en putréfaction , l’encombrement dans les habitations, les hôpitaux et les prisons, le défaut de ventilation et de renouvellement de l’air , l’ouverture des lieux souterrains qui ont été fermés et longtemps inhabités , l’acide carbonique produit par ia combustion et la fermentation , le dégagement de l’hydrogène carboné dans les mines , les vapeurs arsénicales , mercurielles , nitreuses , etc. , qui se dégagent dans certaines professions et qui constituent aussi de véritables empoisonnements. Comme on le voit par ce simple exposé , le méphitisme , qui peut être produit par un grand nombre de causes diverses, doit le plus souvent être déterminé

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seulement par quelques-unes ; ainsi les émanations des fosses d’aisances, des puits et des égouts, sont, pendant leur vidange , les causes les plus ordinaires des accidents qui se manifestent dans nos villes. Dans les campagnes , c’est le dégagement de l’acide cartonique dans les celliers où se trouvent des cuves devin en fermentation, et dans les endroits qui renferment la drèche , ou orge germée qui a servi à la fabrication de la bière. Cet orge , que l’on emploie ensuite pour la nourriture des bestiaux , a déterminé souvent des accidents.

La solution de chlorure de chaux, jetée dans les égouts, les puits et les fosses d’aisances , est un moyen de combattre avec avantage le méphitisme que les vidangeurs désignent sous le nom de plomb. Pour les trous à drèche , les celliers , etc. , la ventilation est le seul moyen à employer. (Voyez ce mot.) Ce n’est qu’avec précaution que l’on doit pénétrer dans les endroits où l’on suppose qu il s’est dégagé du gaz acide carbonique ; un moyen connu de presque tout le monde, et qui est encore celui qu’il est préférable d’employer , pour constater si l’air est notablement vicié, consiste à descendre une lanterne dans les puits et dans les fosses , ou à la présenter , avec une perche , à l’entrée des lieux dans lesquels on veut pénétrer , et où l’on suppose qu’il existe des causes de dangers ; si la flamme de la bougie continue à brûler avec intensité , c’est une preuve que l’on peut pénétrer avec confiance ; si, au contraire, elle pâlit, si elle diminue de vivacité , et surtout si elle s’éteint , ce fait indique la présence de gaz non respirables , et l’on doit employer immédiatement toutes les précautions que nous avons indiquées , et qui seront détaillées aux divers mots de ce Dictionnaire.

Beaucoup de personnes peuvent croire que l’on est toujours prévenu de l’action d’un gaz ou d’une vapeur méphitique, par l’odeur repoussante qu’ils exhalent ; c’est là une erreur qu’il est important de combattre, et qui a fait beaucoup de victimes ; plusieurs gaz délétères sont sans odeur : l’azote , l’hydrogène pur , l’hydrogène carboné, l’oxyde de carbone , l’acide carbonique , etc. ; mais plusieurs de ces gaz empruntent des odeurs aux corps auxquels ils sont le plus ordinairement mêlés ; ainsi , le gaz hydrogène carboné qui sert à l’éclairage , et qui provient de la distillation de la houille , ne doit son odeur si forte et si pénétrante qu’à une huile volatile dont il est heureusement presque impossible de le débarrasser. Cette odeur, qui est si désagréable , a pour résultat de faire apercevoir immédiatement les fuites de gaz qui peuvent s’opérer, et de rendre ainsi plus rares les explosions et les asphyxies , dont on a malheureusement encore trop d’exemples. L’acide carbonique cause un sentiment de picottement aux yeux et aux narines , qui avertit de sa présence les personnes qui ont été déjà exposées à son action.

Dans beaucoup de cas , on n’est prévenu de la présence d’un gaz délétère que par les accidents qu’il détermine; aussi ne doit-on pénétrer qu’avec précaution dans les lieux que l’on peut supposer infectés , tels que les fosses , les puits et les puisards qui n’ont pas été curés depuis longtemps, dans lesquels on peut supposer des causes particulières d’iiîfection, ou bien dans les caves et les souterrains fermés depuis de longues années.

Le méphitisme peut se manifester aussi par l’accumulation d’un certain nombre d’individus dans un lieu trop peu spacieux pour fournir à chacun la quantité d’air nécessaire à la respiration : dans ce cas, les accidents se développent avec une certaine rapidité. Percy rapporte l’histoire de trois cents prisonniers russes qui, après la bataille d’ Austerlitz, furent enfermés pendant la nuit dans une caverne, pour les préserver du froid : vers le milieu de la nuit, ces malheureux poussèrent des hurlements affreux; on enfonça la porte , et quarante prisonniers se précipitèrent dehors, jetant du sang et de l’écume par la bouche ; deux cent soixante étaient morts ou expirants. Au mois de juin, 17 56, à Calcutta, cent quarante-cinq prisonniers anglais furent enfermés dans une salle de vingt pieds carrés , qui n’avait d’air que par deux fenêtres grillées, et placées du même côté ; la chaleur étouffante était augmentée encore par l’accumulation des prisonniers : bientôt le besoin d’air se fit sentir , des accidents affreux se manifestèrent , et enfin, à six heures du matin, après que l’on eutété vingt minutes à ouvrir les portes encombrées de cadavres, vingt-trois seulement de ces malheureux sortirent vivants , et encore furent-ils pris de fièvres graves auxquelles ils faillirent succomber.

Les effets de l’encombrement sont encore augmentés par l’action de la chaleur, qui raréfie l’air; par celle des lumières, qui enlèvent une grande quantité d’oxygène à l’air, et lui restituent de l’acide carbonique. Qui n’a éprouvé, dans les assemblées nombreuses et surtout dans les salles de spectacle , les effets d’un air vicié; le malaise, l’oppression, le sentiment de défaillance produit par la gêne de la respiration? C’est surtout dans les parties supérieur res, et dans les loges fermées, que cet inconvénient se fait sentir ; aussi un boh système de ventilation doit-il faire la base des précautions hygiéniques appliquées à une salle de spectacle.

Les effets du méphitisme ont quelquefois été transmis à de nombreuses personnes et même à des populations éloignées de son foyer, par des individus qui avaient été soumis à son action ; il y avait alors une véritable émanation miasmatique qui déterminait des maladies graves et d’un caractère épidémique. C’est ainsi que les prisonniers des assises d’Oxford , en 1577 , communiquèrent aux juges et aux assistants une fièvre putride grave , qui se propagea par contagion , et fit mourir plus de trois cents personnes dans la ville. A la retraite de 1813, après la campagne de Saxe, quelques soldats communiquèrent le typhus à la garnison de Mayence , et la maladie fit d’affreux ravages dans la ville. [N. Miasmes, Asphyxie-, Ventilation, Typhus, etc.)

mes (hyg. eiihérap.),s.{. (mare). La mer couvre les deux tiers du globe; elle baigne le tour des îles et des continents, pénètre par des détroits dans l’intérieur de ceux-ci , où , sous le nom de mers médi terranées, elle forme d’immenses étendues d’eau qui divisent les contrées, et, par lanavigation, favorisent les communications des peuples. Les bords de la mer furent , dans tous les pays , les premiers lieux habités; l’homme y trouvait des ressources qui, aujourd’hui, servent encore seules à l’existence de beaucoup de peuplades. Sur ses bords se sont éle-

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vées les cités les plus florissantes par le commerce, et souvent les plus puissantes par la force des armes . Dans l’antiquité Tyr , Carthage , Alexandrie; dam les temps modernes Venise , Gênes, Amsterdam, Londres. Ces rapports de la mer avec les lieux habités par les hommes eurent une influence directe sur leur civilisation. Les contrées baignées par la mer , et d”un facile accès , furent partout celles dans lesquelles se développèrent les mœurs les plus policées , et où le goût des sciences et des arts se manifesta avec le plus de succès. Avec autant de moyens d’action sur l’existence de l’homme , on comprend que le voisinage de la mer, en même temps qu’il le modifiait comme société, a dû , sous le rapport de sa santé et de son organisation , l’influencer comme individu.

Les bords de la mer sont sains , surtout lorsque la plage est un peu élevée; ce voisinage peut présenter quelques dangers lorsque, au contraire , les plages sont plates, déprimées, ne laissant pas d’écoulement pour les eaux des hautes marées, ou permettant l’infiltration des eaux. Alors se forment des marais où se décomposent des produits végétaux et animaux, et, dans les saisons ou lesclimats chauds, ces lieux peuvent devenir les foyers de maladies épidémiques qui ravagent les populations, et souvent rendent des contrées complètement inhabitables.

Les habitants des bords de la mer sont généralement sains et vigoureux ; l’habitude de la navigation , l’air vif qu’ils respirent, le surcroît d’alimentation qu’ils tirent de la pêche, contribuent à donner à leur organisation une activité et une force que n’ont pas les paysans de l’intérieur des terres. Les ressources que présentent les bords de la mer sont si nombreuses et si efficaces, que l’on voit souvent les contrées les plus incultes , les îlots les plus arides, habités par des populations vigoureuses, qui trouvent dans la pêche et dans les échanges qu’elle leur procure , dans la navigation avec leurs barques , les conditions d’une existence saine et robuste.

L’air de la mer est vif , excitant , et il contribue puissamment à la santé. Doit-il cette propriété aux particules salines que l’évaporation des eaux y a mêlées ? C’est ce que prétendent plusieurs auteurs. I! suffit, pour les personnes qui n’y sont point habituées , d’habiter pendant quelque temps les bords de la mer pour constater l’action produite par l’influence de son voisinage : la respiration se fait avec plus de facilité , elle est plus large , et son action produit un certain plaisir. Les fonctions s’exécutent avec plus d’énergie, la digestion est plus active, les mouvements des membres sont plus vifs, la tnarche et la fatigue se supportent avec plus de facilité Ce surcroît d’activité apporté dans toutes les fonctions par l’influence de l’air de la mer est avantageux dans beaucoup d’affections chroniques ; il convient surtout aux individus lymphatiques , aux jeunes filles pâles et chlorotiques, aux femmes nerveuses , aux individus fatigués par les travaux de cabinet ou par certains excès, aux personnes qui ont un dérangement des organes digestifs, des gastralgies et même des catarrhes chroniques. Cette action de l’air de la mer ajoute d’une manière marquée aux effets produits par les bains de mer , dont nous parlerons plus loin , et expliquent

pourquoi les bains, toujours si actifs lorsqu'ils sont pris sur les lieux , ont souvent si peu d’action lorsqu’ils sont pris avec de l’eau de mer transportée a de grandes distances ou préparée par les procédés chimiques.

Quelques navigateurs , parmi lesquels nous citerons Bougainville et La Pérouse, et des médecins, entre autres Huxham, avaient pensé que l’air de la mer était moins salubre que celui de la terre, et ils se fondaient sur le fait du scorbut qui se manifeste à la suite des longues navigations, et sur le bien-être que les malades ressentent lorsque, affectés de cette maladie, ils sont déposés à terre; mais cette opinion, qui a trouvé de nombreux contradicteurs, est loin d’être appuyée sur des faits bien observés ; car suivant Lind, qui a fait un traité sur le scorbut, ce n’est pas l’air de la mer qui , dans les longues navigations, développe cette maladie. Le défaut de vivres | frais , les équipages nombreux qui encombrent les | entre-ponts et vicient l’air, la fatigue occasionnée I par le mauvais état de la mer, l’action de l’humi- ! dité dans les vêtements , l’abattement moral , toutes ! ces causes , et chacune d’elles en particulier , suf- | fisent pour développer une affection scorbutique qui j peut même s'observer à terre lorsque des troupes se trouvent soumises à quelques-unes de ces inj fluences. Les voyages de Cook et de Forster ont montré que l’on pouvait échapper aux chances fâcheuses de cette maladie, lorsque l’on prenait toutes les précautions indiquées par la prudence.

Aujourd’hui que l’expérience des longues navigations et surtout le progrès des sciences ont permis d’analyser toutes les causes d’insalubrité à bord des vaisseaux , et d’y remédier d’une manière efficace, on est parvenu à rendre beaucoup plus rares les affections scorbutiques et les dyssenteries épidémiques qui se manifestaient dans les longues navigations. Ainsi dans les voyages de circumnavigation, dans ceux où les rejâches doivent être rares , et où les bâtiments doivent tenir longtemps ia mer, h s équipages sont composés d’hommes de choix. On préfère la qualité au nombre, afin d’éviter l’encombrement ; les vivres sont abondants , de bonne nature ; le vin et les liqueurs alcooliques sont donnés dans une sage proportion pour combattre l’action débilitante du régime et de l’humidité du vaisseau ; les entre -ponts sont aérés, ventilés ; la propreté la plus sévère est exigée des matelots; ils ont des vêtements de laine en quantité suffisante pour se garantir du froid , et les changer lorsqu’ils ont été mouillés par l’eau de la mer; une exacte discipline est maintenue à bord; on embarque le plus possible de vivres frais ; les conserves alimentaires , les tablettes de bouillon , qui aujourd’hui sont préparées avec tant d’art , servent à la table des officiers et sont données aux malades et aux convalescents.

L’eau, qui était autrefois enfermée dans des barriques de bois qui n’étaient pas toujours charbonnées et où elle s’altérait assez promptement, est aujourd’hui contenue dans des caisses de fer , ce qui permet d’en embarquer en plus grande quantité. Elle résiste ainsi à la décomposition et prend un goût ferrugineux qui annonce la présence de quelques sels de fer, ce qui lui donne une action tonique avantageuse , dans les circonstances où se trouvent les équipages après de longues traversées. Le biscuit,

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renfermé également dans des caisses en tôle de fer, se conserve sans aucune des altérations qui , autrefois, en rendaient l’usage souvent insalubre.

La pomme de terre a remplacé d’une manière très-utile une partie des légumes secs que l’on embarquait à bord des vaisseaux ; ce tubercule, qui se conserve longtemps pourvu de son eau de végétation , est devenu d’un éminent secours dans les longues traversées ; il est cultivé aujourd’hui par les naturels des îles de l’Océanie. Les navires baleiniers trouvent dans leurs relâches , à la Nouvelle-Zélande , des pommes de terre récoltées par les naturels, qui les enfouissent dans de larges silos , afin de les conserver comme objets d’échange , lorsque des vaisseaux relâchent sur leurs côtes. La pomme de terre, dans les voyages de long cours, est non-seulement un aliment sain et frais , mais c’est encore, dit un médecin qui a navigué avec les baleiniers , un remède efficace dans les affections scorbutiques ; elle peut remplacer les plantes crucifères, et principalement le cresson , que l’on a fait quelquefois pousser à bord, dans des caisses remplies de terre, ainsi que le fit le capitaine Parry dans son voyage au pôle nord. M. Rousselle de Vauxême, dans un mémoire publié dans les Annales d'hygiène , et donné par extraits dans le journal des Connaissances médicales , cite plusieurs exemples de scorbut épidémique arrêté sur des vaisseaux par l’usage de la pomme de terre mangée crue , comme on pourrait le faire des meilleurs fruits. Dans un cas où des légumes frais, et entre autres des patates, n’avaient pu conjurer la marche des symptômes ; ils furent complètement arrêtés par l’usage de la pomme de terre. Il conseille même d’appliquer la pomme de terre râpée sur les ulcères scorbutiques ; ce moyen, employé par quelques capitaines baleiniers, sur des hommes de leur équipage , a donné des résultats très-satisfaisants.

Aujourd’hui , grâces aux sages précautions hygiéniques prises à bord des bâtiments de guerre , et surtout à bord de ceux qui sont destinés aux lointaines expéditions , on ne voit plus ces affections scorbutiques épidémiques , qui ravageaient souvent tous les équipages d’une flotte ; ces affections graves ne s’observent que lorsque des circonstances impérieuses imposent des privations, dont les conséquences peuvent débiliter l’état physique des matelots. L’ennui, l’inactivité, le découragement, peuvent aussi contribuer au développement de cette maladie , que le défaut de précautions hygiéniques favorise constamment. Ce n’est plus qu’à bord des bâtiments baleiniers que l’on observe encore le scorbut. Ces bâtiments font souvent des pêches qui les retiennent quinze et dixhuit mois dans les mers du Sud ; ceux qui se livrent à la pêche du cachalot font souvent des campagnes de deux et trois ans , dans les mers intertropicales. 11 est à remarquer que cette affection se développe plus souvent dans les bâtiments étrangers que dans les bâtiments français. Mal gré ces longues navigations, on pourrait entretenir la santé des équipages , si l’on prenait des précautions convenables. M. Lesson, dans sa relation médicale du voyage de la corvette la Coquille , en 1822, 1823, 1824 et 1825, dit que, dans une navigation de trenteun mois et quatorze jours, il ne perdit pas un seul homme. Il ne se développa pas à bord d'affection

scorbutique; il y eut seulement quelques dyssenteries , maladies qu’il est difficile d’éviter dans les contrées tropicales , et qui , quelquefois , font de nombreuses victimes. Dans le voyage que fit le célèbre et trop infortuné Dumont-Durville , au pôle Sud, en 1837, 1838, 1839 et 1840 , après plus de trois années de navigation, il n’avait pas de scorbutiques à bord, mais la dyssenterie fit des ravages , et , à la suite d’une relâche au cap Horn , il perdit, quelques hommes , entre autres un jeune peintre de mérite , qui moururent des suites de cette affection qui s’était aggravée sous l’influence de l’affreux climat des régions du pôle austral.

Indépendamment des causes qui peuvent agir sur l’ensemble des équipages , il en est d’autres qui sont particulières aux fonctions que remplit chacun des individus qui les composent. Ainsi , dit M. Lesson, dans la relation dont nous avons déjà parié, les marins chargés du service de la cale sont fréquemment affectés de fièvres qui prennent quelquefois un fâcheux caractère , par la respiration des gaz fétides et des miasmes qui s’exhalent de cette partie du navire, qui contient une eau corrompue et mélangée de matières organiques en décomposition. Ils sont aussi exposés à recevoir des blessures par la chute des caillebottis, ou par les travaux de force qu’ils sont appelés à exécuter. Le calier de la Coquille eut besoin, pendant toute la durée de la campagne, de pansements et de soins. Les gabiers , toujours dans le gréement et sur les vergues, sont exposés aux chutes qui sont assez fréquentes, et ils paraissent disposés aux congestions cérébrales. Le coq, qui est le matelot chargé de faire la cuisine de l’équipage , est souvent atteint d’ophthalmie chronique, de dessèchement des conduits excréteurs de la salive ; dans les pays chauds , il a souvent le corps couvert d’une éruption de petits furoncles de la peau. Les employés des vivres, qui habitent dans des parties voisines des magasins, où l’air ne se renouvelle que difficilement, sont étiolés, et leurs maladies se ressentent de cette privation d’air.

Les moyens de remédier aux accidents qui peuvent se manifester chez ces différentes classes d’hommes de mer rentrent en partie dans les prescriptions d’hygiène navale que nous avons déjà indiquées, que nous allons résumer ici. Ainsi, la ventilation du vaisseau , soit au moyen de fourneaux , soit avec les manches à air ; la ventilation de la cale et l’extraction fréquente de l’eau qui y séjourne et s’y corrompt, son lavage peut être rendu facile par l’action des robinets qui y introduisent l’eau de la mer ; le grattage des planchers des entre-ponts et de l’intérieur du navire ; il faut éviter l’encombrement des équipages; l’activité doit toujours être entretenue parmi les hommes du bord , au moyen de travaux qui servent à l’assainissement et à la propreté du vaisseau, mais qui , cependant, leur laissent une certaine liberté qui leur permette de se livrer aux jeux et aux exercices qui entretiennent la gaîté et soutiennent le moral pendant les longues navigations. Les vêtements doivent être variés suivant les saisons et les latitudes ; ils doivent être chauds, épais, dans les régions froides , et assez abondants pour que les matelots puissent les changer lorsqu’ils sont mouillés par l’eau de la mer. Iis seront légers sous les tropiques ; mais il est à désirer

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qu’ils soient de laine , afin de remédier aux influences des nuits, qui sont souvent froides sous ces latitudes, et qui peuvent avoir des résultats funestes pour la santé des équipages.

Les vivres devront être de bonne qualité , des boissons fermentées devront être jointes à la ration des matelots dans une proportion convenable : trois quarts par jour sont suffisants dans les cas ordinaires. Dans lesclimats froids, on deva y ajouter des boissons alcooliques; dans les climats chauds, le café est préférable. L’eau et le biscuit devront être renfermés dans des caisses de forte tôle de fer; ce mode deœonservation préserve ces provisions de toute altération fâcheuse. Les salaisons, qui souvent ne peuvent être renouvelées aussi souvent qu’il serait désirable , devront cesser d’être distribuées toutes les fois qu’on pourra se procurer des vivres frais ; il serait même désirable que l’on pût les remplacer par les conserves d’après la méthode Appert. Nous avons vu des portions de bœuf, de quarante et cinquante kilogrammes, conservées dans des cylindres de fer-blanc, pendant plusieurs années, sans avoir subi d’altération : si l’on pouvait opérer cette substitution pour les nombreux équipages , ce serait un des services le plus signalés qui auraient été rendus à l’hygiène navale.

Les fumigations de chlore et d’acide nitreux, qui ont été recommandées par des auteurs, présentent souvent des inconvénients à côté des avantages qu’ils peuvent procurer. S’ils purifient l'air , ils y laissent des vapeurs qui ont , surtout les dernières , une action fâcheuse sur les organes de la respiration. On pourra les remplacer avec avantage par l’usage des chlorures de chaux oudesoude; mais ces moyens ne devront être employés que lorsque les soins de propreté se trouvent insuffisants. La présence de la cuisine dans l’entre-pont a souvent été un moyen d’assainissement pour les vaisseaux , et des navigateurs ont constaté que la fumée qui se dégageait , chaque matin , lorsque l’on allumait le feu , et qui remplissait le vaisseau , était un moyen de ventilation et de purification salutaire qui avaitempêché le développement du scorbut. On peut , surtout dans les temps humides , promener dès réchauds dans les diverses parties du vaisseau; ils auront le double avantage de sécher l’intérieur du bâtiment et d’en renouveler l’air.

Toutes les précautions qu’il peut être utile de prendre à bord des vaisseaux pourraient former la matière d’un important volume , et l’on comprend que le cadre de notre livre ne nous permet pas d’en traiter dans cet article ; ceux' de nos lecteurs qui désireraient de plus grands développements pourront consulter les voyages des différents navigateurs modernes : Bougainville , Cook et Forster , La Pérouse, Frécynet, Duperrey, Ross et Parry, Dumont-Dur ville. Ils pourront lire aussi les ouvrages des médecins dont quelques uns accompagnaient les navigateurs que nous venons de citer : Lind , Traité du scorbut; Poissonnier, Hygiène des gens de mer ; Péron , divers mémoires et Relation médicale du voyage de La Pérouse ; Keraudren , divers travaux et une Hygiène de l'homme de mer ; Lesson , Relation médicale du voyage de la Coquille; Forget, Hygiène navale , etc.

Eau de mer. — L’eau de mer, ainsi que chacun

le sait , est douée de propriétés particulières : elle est limpide, salée et un peu visqueuse; sa couleur varie suivant l’état du ciel qu’elle reflète, et suivant les fonds sur lesquels on l’observe. Lorsqu’elle est fortement agitée sur les bords , elle paraît boueuse, blanchâtre ou terreuse, suivant les matières qu’elle enlève aux fonds, à la plage , et auxquelles se mêlent les flots. La nuit, elle parait souvent phosphorescente ou comme enflammée dans de certaines étendues; on observe ce phénomène surtout dans les climats chauds, dans le sillage des navires, ou sur les flots violemment agités. Nous n’entrerons pas dans l’explication donnée par les naturalistes de ces divers phénomènes, notre but est de considérer ici Peau de mer sous le rapport seulement hygiénique et thérapeutique.

L’eau de mer, analysée dans diverses contrées du globe , n’a pas offert partout les mêmes proportions dans les principes qui entrent dans sa composition: dans certaines mers, les sels sont plus abondants que dans d’autres, et ces proportions sont surtout considérables pour les mers qui sont dans l’intérieur des terres , telles que la mer Morte , la mer Caspienne, la mer d’Aral. La mer Morte contient jusqu’au quart de son poids de substances salines et de bitume. L’abaissement du niveau de ces mers , déterminé par l’évaporation de leurs eaux non suffisamment renouvelées, peut, pour ce cas, expliquer un semblable résultat. La salure de la mer est moindre près de l’embouchure des grands fleuves, près des glaciers à l’époque de la fonte des glaces, près des plages après de fortes pluies.

La composition de l’eau de la mer, prise dans l’Océan Atlantique , à Bayonne , a donné à Bouillon-Lagrange et à Vogel , pour un litre d’eau : acide carbonique, 0 litre 23 ; chlorure de sodium , 26 grammes 64; chlorure de magnésie, 5,15 ; sulfate de magnésie, 6,46; sulfate de chaux, 0,20; plus, suivant quelques chimistes , des quantités indéterminées d’iode, de brome et de plusieurs autres sels de potasse, d’alumine et d’ammoniaque, que nous ne croyons pas devoir indiquer ici, à cause de leur minime proportion.

L’eau de la Méditerranée, analysée par les mêmesauteurs, a donné environ 2/l000es de plus pour les sels, et moitié moins d’acide carbonique. L’eau de la Manche a donné 36/1000es de résidu, 3 de moins que celle de l’Océan. Voici la proportion du résidu sec de l’eau puisée dans les trois mers : dans la Manche, à Dieppe et au Hâvre, 36/l000es; dans l’Océan, 39 ; dans la Méditerranée ,41.

L’eau de mer est désagréable au goût, elle est salée , amère et nauséabonde ; elle ne peut servir de boisson à l’homme : on dit cependant que quelques peuplades de l'Océanie la boivent impunément, mais ce fait est loin d’être constaté. On connaît la funeste expérience que fit Pierre-le-Grand sur les enfants des matelots de sa flotte , qu’il voulait habituer à boire de l’eau de mer; presque tous périrent. Quelques mammifères , le kangourou entre autres , boivent de l’eau de mer, mais il est constant qu’ils préfèrent l’eau douce lorsqu’ils peuvent en trouver.

La difficulté de conserver l’eau dans les grandes traversées, et surtout l’impossibilité de s’en procurer lorsqu’on est éloigné des points de relâche, a fait tenter un grand nombre d’essais pour rendre l’eau do

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mer douce et potable. La filtration,, la putréfaction, les réactions chimiques, ont été vainement essayées; la distillation est le seul moyen qui ait été suivi de succès ; la congélation produit les mêmes effets : elles séparent l’eau de mer des substances qui y sont en solution, et il suffit d’agiter l’eau afin d’y mêler de l’air pour la rendre potable. Le capitaine Parry ne but, pendant son séjour au pôle Nord, que de l’eau provenant de la fonte des glaciers , ou de la neige qui les recouvrait. La distillation se pratique difficilement à bord des navires ; beaucoup d’appareils ont été inventés pour cet objet, mais peu sont satisfaisants. Indépendamment du combustible considérable qui est nécessaire pour se procurer une certaine quantité d’eau , le roulis du vaisseau fait mêler dans les alambics l’eau non distillée avec celle qui l’est déjà. Cependant on embarque aujourd’hui un ou deux alambics à bord des vaisseaux qui doivent faire de longues navigations' et ils ont déjà rendu des services, surtout à terre, dans les relâches où l’on ne trouva point d’eau douce et où le combustible était abondant.il n’est pas impossible d’établir à bord des navires des appareils qui, utilisant le feu de la cuisine, pourraient produire une quantité d’eau distillée assez considérable : ce moyen a déjà été tenté et suivi d’un certain succès. Lorsque l’usage des bateaux à vapeur pour les grandes traversées sera plus répandu , on conçoit que la crainte de manquer d’eau douce deviendra tout-à-fait nulle , puisqu’il sera alors très-facile d’utiliser, par la condensation, la vapeur perdue. Aujourd’hui , et depuis l’usage des caisses en fer qui permettent de conserver l’eau plus facilement et d’en emmagasiner une bien plus grande quantité , on a bien moins senti la nécessité de rendre l’eau de mer potable , et cette question , en partie résolue , ne préoccupe plus que très-secondairement les navigateurs.

Effets thérapeutiques. — L’eau de mer peut être considérée comme une eau minérale saline fort active; à ce titre, elle est employée en bains chauds et froids , en douches et en boisson. Les bains froids s’administrent pendant l’été à la mer , et sur des plages de facile accès. Les bains de Dieppe , si vantés, présentent des inconvénients à cause des nombreux galets qui couvrent les bords de la mer tant qu’elle n’est pas tout à-fait basse, et qui exposent les baigneurs à des chutes ou à des blessures aux pieds et aux jambes; Boulogne, Calais, le Havre, sont dans des conditions plus favorables. Les bains s’administrent par immersion subite , par immersion prblongée, à la lame, ou par douches d’ondées. Les bains par immersion subite s’administrent aux personnes affaiblies, aux femmes nerveuses , chez lesquelles la réaction se ferait avec peine : on les plonge dans la mer en les introduisant horizontalement et la tête la première ; ces immersions sont répétées plusieurs fois lorsque l’on veut que l’effet du bain soit plus marqué, et lorsque l’état du malade l’exige. Dans le bain par immersion prolongée , le malade reste dans l’eau pendant un espace de dix, quinze, vingt ou vingt-cinq minutes ; il doit assez fréquemment plonger sa tête dans la mer ; rarement les bains doivent être prolongés au-delà du temps que nous avons indiqué , et jamais on ne devra rester dans le bain après que le frisson aura commencé à se faire sentir. Les bains à la lame sont de véritables douches; ils consistent à exposer à l’action des

vagues la partie sur laquelle on veut produire une action spéciale ; ils doivent être d’une durée un peu moindre que les bains ordinaires. Les bains d’ondées peuvent remplacer les bains par immersion subite ; ils consistent dans une aspersion qui s’administre au moyen d’un baquet plein d’eau placé à la partie supérieure d’une petite guérite dans laquelle on renferme le malade : on bascule le baquet , et l’eau , traversant un filtre, tombe en pluie sur toute la surface du corps.

L’immersion dans l’eau de mer présente une sensation de froid beaucoup moins désagréable, à températures égales , que celle qui a lieu dans l’eau douce; on explique ce fait par l’excitation que cause à toute la surface de la peau l’action des sels qu’elle contient : cette action se prolonge même lorsque l’on est sorti de l’eau , et elle favorise la réaction que l’on observe après le bain , et qui est plus vive pour les bains de mer que pour les autres bains froids. Cette réaction est souvent favorable, c’est un guide que le médecin doit toujours consulter. Estelle trop vive , il faut modérer la durée du bain et la calmer par quelques moyens appropriés : des bains de pieds d’eau de mer chaude sont employés à cet usage et présentent beaucoup d’avantages ; ils ont surtout pour effet d’empêcher les douleurs de tête qui peuvent être le résultat de la congestion produite par le bain. Dans certains établissements, ces pédiluves sont constamment employés , et l’on en retire d’heureux effets. Lorsque la réaction ne se manifeste pas ou se fait trop attendre, cette circonstance indique que les bains ne sauraient être favorables dans les conditions où ils sont administrés ; il. faut alors prendre des bains par simple immersion, ou même des bains de mer chauds , qui ont encore une action thérapeutique très-marquée, et qui peuvent préparer à l’usage des bains froids.

Un bain de mer trop prolongé peut souvent donner lieu à des accidents assez graves , et déterminer des congestions vers des organes importants , tels que la tête, les poumons, l’abdomen. J’ai vu une jeune dame, d’un tempérament sanguin, qui, à la suite d’un bain de mer d’une heure un quart , fut prise d’un rhumatisme aigu général qui la mit aux portes du tombeau , et qui ne guérit qu’après plus de trois mois de séjour au lit. Des douleurs rhumatismales se manifestent souvent par l’usage des bains de mer : lorsqu’elles apparaissent après les premiersbains et qu’elles sont légères, elles peuvent céder à l’effet des bains suivants, et ce n’est pas une raison de discontinuer leur emploi , seulement on doit les moins prolonger ; lorsqu’au contraire les douleurs viennent après un certain temps de l’usage des bains, on doit les cesser. Nous devons dire ici que nous avons vu des douleurs rhumatismales être l’un des accidents les plus ordinaires de l’usage des bains de mer ; souvent , tel individu qui a été en bonne santé prend des bains comme distraction et par agrément, revient avec une affection rhumatismale qui lui fait payer pendant l’automne et l’hiver les plaisirs de l’été : aussi est-il convenable de consulter un médecin lorsque l’on a l’intention de faire usage de ces bains pendant un certain temps.

Les bains de mer s’administrent dans un grand nombre d’affections souvent fort différentes par leur nature, mais c’est surtout dans les affections scrofuleuses qu’ils ont le plus de succès; ils cen-

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viennent également aux jeunes filles chlorotiques , aux femmes nerveuses , à celles qui ont des engorgements de l’utérus ou des prolapsus de cet organe, aux affections chroniques des organes digestifs, aux gastralgies, aux personnes épuisées par les travaux intellectuels ou par les chagrins. Certains médecins les ont vantés comme efficaces dans les rhumatismes chroniques et les névralgies : nous pouvons croire qu’il a pu se trouver quelques cas dans lesquels la réaction produite a pu faire cesser ces deux affections ; mais nous pensons que ces guérisons forment des exceptions, et que le plus souvent, dans ces cas, les bains de mer peuvent être plus nuisibles qu’utiles. On doit également se dispenser de prendre des bains de mer lorsque l’onadesphlegmasies aiguës, même légères, des organes du ventre et de la poitrine, lorsque l’on est affecté de catarrhe chronique, ou menacé de phthisie pulmonaire , lorsque l’on a des dartres humides à la peau ou des exanthèmes aigus.

Les büins de mer déterminent souvent des éruptions à la peau qui ont le caractère d’érythèmes; d’autres fois elles présentent la forme de l’urticaire ; ce sont des plaques rouges plus ou moins larges et plus ou moins élevées. J’ai vu de ces éruptions se manifester quinze jours après l’usage des bains de mer , et une fois persévérer pendant plus d’un mois et ne céder qu’àl’emploi des bains de sonet desbains gélatineux, joints aux boissons délayantes. Ces faits contredisent ce qu’ont avancé certains médecins, qui attribuent l’existence de ces éruptions à l’action de l’écume de la mer ou à la présence des méduses, ce .qui les engage à ne laisser baigner leurs malades qu’à la marée descendante.

L’eau de mer s’administre aussi en boisson ; c’est un purgatif très actif à la dose de deux ou trois verres ; certains individus en prennent même jusqu’à quatre : ce purgatif est très-usité par les pêcheurs , les marins et les habitants de certaines côtes. A la même dose, on l’emploie comme vermifuge; un seul verre suffit pour les enfants. A la dose d’un demi-verre à un verre chaque jour, cette eau est considérée comme fondante, et on l’emploie dans lès engorgements chroniques des organes du ventre. Pour certaines populations , l’eau de mer est une panacée universelle qui souvent produit de nombreux accidents , surtout lorsqu’on l’emploie dans certaines phlegmasies, et principalement celles des voies digestives.

La difficulté de la conservation de l’eau de mer a obligé les médecins qui veulent en faire usage, surtout en bains , à avoir recours à des préparations qui ne l’imitent qu’imparfaitement ; quelques-uns se contentent de prescrire des bains d’eau salée avec le sel gris de cuisine , sel marin,. de 16 à 32 grammes pour un litre d’eau. D’autres, pour avoir une imitation plus parfaite, emploient des préparations dans lesquelles entrent la plupart des sels que Ton trouve dans l’eau de mer. M. Soubiran a proposé la formule suivante , qui nous paraît celle que l’on doit préférer : Pour 100 litres d’eau , sel marin desséché, — 2 kil. 660 gramm. ; sulfate de soude cristallisé, — - 1 kil. 171 gramm. ; chlorure de calcium cristallisé, — 242 gramm. ; chlorure de magnésium cristallisé, — 985 gramm. On verse ces sels mélangés dans l’eau du bain , et il serait convenable , afin de rendre l’imitation encore plus

parfaite , d’ajouter pour les proportions indiquées ci-dessus, gélatine sèche 100 gramm., ou mieux encore, si l’on peut s’en procurer, poudre de varech sec et pulvérisé , — 500 gramm.

Si l’on voulait employer de l’eau de la mer en boisson , ce qui, au reste, se fait rarement loin des côtes , il serait plus convenable de la faire venir dans des bouteilles de verre ou de grès bien bouchées , et de renouveler fréquemment les provi sions. Si l’on voulait la préparer d’une manière factice, il faudrait alors se conformer rigoureusement à l’analyse.

Mer (Mal de ) (path.) , morbus marinus ; en grec nausia, de naus, vaisseau, dont on a fait nausée , qui signifie le malaise qui précède le vomissement.

Presque toutes les personnes qui se sont embarquées ont ressenti les effets plus ou moins marqués du mal de mer ; quelquefois ce n’est qu’un léger mal de cœur accompagné de douleurs de tête et d’étourdissements, d’autres fois ce sont des vomissements violents etpresqu’incessants qui dégénèrent parfois en convulsions. Il est presqu’impossible de déterminer à l’avance quels seront les individus chez lesquels le mal de mer sévira avec le plus de violence et ceux qui en seront épargnés ; mais on croit avoir remarqué que les femmes et les enfants y étaient moins sujets. On peut juger encore de la disposition d’une personne à contracter le mal de mer , par l’impression qu’elle ressent du mouvement de la voiture ou du jeu de l’escarpolette : il y a entre ce jeu de la balançoire et le mouvement de tangage d’un vaisseau une telle analogie , que l’on voit les effets du mal de mer se manifester lorsqu’il est prolongé trop longtemps.

Le mal de mer , dit M. Lesson , débute par un embarras dans la tête , qui s’accroît et dégénère souvent en hémicrânie ; l’extrémité du nez se refroidit ; l’estomac et Sa continuité du tube digestif éprouvent des mouvements fatigants de commotion spasmodique : cet état ne "fait que s’accroître , jusqu’à ce que les oscillations continuelles du navire forcent , en quelque sorte , à lancer par jets les matières contenues dans l’estomac ; souvent même, les vomissements sont suivis de seli les. Les douleurs ne cessent qù’après le vomissement;

; l’abattement le plus grand s’empare de l’individu , et le dégoût de la vie domine tellement la personne affectée, que, jetée au premier endroit venu du navire, elle devient indifférente pour tout ce qui l’entoure. C’est alors que le corps , et surtout le visage , ne tardent pas à manifester le désordre intérieur , par l’altération profonde des traits et l’espèce d’amaigrissement rapide que paraît subir le corps.

La durée de ces accidents est variable suivant les individus et suivant l’état de la mer. Quelques personnes ne ressentent que du malaise, de la douleur de tête et des nausées qui ne sont pas suivies de vomissement ; d’autres éprouvent tous les accidents qui viennent d’être indiqués plus haut , et quelquefois ils persévèrent d’une manière inquiétante. On cite l’exemple de marins qui n’ont jamais pu éviter le mal de mer par les gros temps , quoiqu’ils naviguassent depuis de longues années. Ordinairement , après un court voyage , après le premier gros temps ou après uu coup de cap , com-

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me disent les marins , on doit être amariné. Il est des personnes qui ne peuvent supporter le mal de mer , et que l’on est obligé de débarquer. Qui ne connaît ce dernier trait de la vie de Cicéron, qui, poursuivi par Popilius que Marc- Antoine avait envoyé pour lui couper la tête , s’étant retiré sur un vaisseau, aima mieux se faire débarquer à Gaëte et présenter sa tête au meurtrier, que de supporter plus longtemps les angoisses affreuses du mai de mer?

On a donné plusieurs explications des causes du mal de mer; peu sont satisfaisantes. M. Keraudren, dans son article Mal de mer du Dictionnaire des Sciences médicales , l’attribue aux mouvements et aux frottements des viscères abdominaux , déterminé par les mouvements du vaisseau , au tiraillement et à l’agacement qui doit en résulter pour les nerfs nombreux qui se rendent à l’estomac, au foie, aux intestins. Tout en acceptant cette explication, qui nous paraît l’une des plus vraies, nous pensons que d’autres causes peuvent y ajouter. Ainsi , il est admis que la vue des vagues et du sillage du navire provoque le vomissement ; on conseille même ce moyen aux personnes qui ne peuvent vomir et qui souffrent de l’anxiété produite par les nausées et le malaise épigastrique.

Les moyens que l’on emploie contre le mal de mer sont peu nombreux, et surtout peu efficaces. Il n’existe aucun médicament capable de le prévenir, et il ne peut se trouver que des charlatans éhontés capables d’annoncer et de vendre des pilules prétendues spécifiques contre le mal de mer. La compression du ventre et de l’épigastre , ainsi que la position horizontale, sont les choses qui peuvent prévenir, jusqu’à un certain point , les effets du mal de mer. M. Keraudren a même proposé une ceinture abdominale, dont M. Lesson a constaté les bons effets. Moi-même , dans une courte traversée que je fis de Boulogne à Londres, par un gros temps, je n’échappai aux suites du mal de mer, dont je sentis les prodromes presqu’en sortant du port , qu’en me couchant et en comprimant , avec mes deux poings, la région épigastrique ; cette compression me procura un soulagement immédiat.

Lorsque le mal de mer est déclaré, il faut administrer des boissons tièdes , une iüfusion de tilleul est préférable, afin de favoriser les vomissements et de les rendre moins douloureux . L’exposition au grand air, sur le pont , procure un certain soulagement ; il faut éviter de prendre des aliments solides , qui ' fatiguent l’estomac par leur présence, et qui, d’ailleurs, sont promptement rejetés. En résumé, position horizontale et compression de l’épigastre et de l’abdomen , pour prévenir les symptômes , exposition au grand air et boissons tièdes , lorsque le mal est déclaré , tels sont les seuls moyens à employer. Si la gravité des symptômes obligeait à recourir à d’autres traitements, ainsi que cela peut se présenter, ils ne peuvent être mis, en usage d’une manière utile que par un médecin qui devra agir suivant les indications du moment.

J. -P. Bjeaubs.

MERCURE ( chim . et mat. méd.}, s. m. ; îiydrargyrum , vif-argent. Le mercure est un métal qui se trouve à l’état natif sous la forme de globules, mais c’est surtout à l’état de combinaison qu’on le rencontre dans la nature. La combinaison la plus

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commune est le sulfure de mercure (cinabre). Il existe aussi combiné avec le chlore, allié à l’argent , etc.

Le mercure pur est liquide, brillant comme l’argentfondu, très-lourd en Je comparant à l’eau; il pèse treize fois et demi autant que ce liquide ; il entre en ébullition à la température de 360 degrés c. , et se réduit en vapeurs qui peuvent être condensées. Si , au lieu d’élever, on abaisse la température du mercure jusqu’à 39°5 au-dessous du zéro centigrade, on le solidifie. Si, dans cet état, il est placé sur la main, il fait éprouver la sensation d’un fer chaud, et s’il y est maintenu quelques instants , il se forme des ampoules semblables à celles qui se développent par l’action de l’eau bouillante. Il existe encore d’autres moyens d’obtenir la congélation du mercure , mais il serait superflu de les indiquer ici.

Le gaz oxygène et l’air font passer le mercure à l’état d’oxyde rouge, si ces gaz sont mis en contact avec lui à une température voisine du degré où il entre en ébulÜtion.

Le mercure est employé en frictions, sous forme d 'onguent mercuriel; pour cela, on le triture avec de l’axonge jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus de globules métalliques. Ges frictions sont tantôt ordonnées pour faire fondre des tumeurs ou des engorgements; tantôt elles le sont comme anti-vénériennes, ou pour tuer les parasites qui se logent dans les poils du pubis. On l’administre aussi en pilules, dans lesquelles i 1 est uni aux poudres d’aloès , de scammonée , de poivre noir , de rhubarbe et à du miel. Il n’existe pas de corps qui présente un aussi grand nombre de ses composés employés en médecine que le mercure ; tous jouissent d’une action très-énergique, et plusieurs sont même des poisons violents. Nous allons les examiner successivement.

Oxydes de mercure.-— Le mercure se combine en deux proportions avec l’oxygène, et donne naissance à deux oxydes qui se combinent facilement avec les acides. L e, protoxyde est noir et n’existe que dans les dissolutions salines ; aussitôt qu’on fait réagir la potasse sur celles-ci, on obtient un précipité noir qui , pendant longtemps , a été considéré comme un protoxyde, mais qui, d’après les expériences de M. Guibourt, serait un mélange de mercure métallique et de bioxyde de mercure.

Le bioxyde de mercure se présente sous différents états : à l’état d’hydrate , il est jaune serin ; à l’état sec, il est rouge orangé ; mais il est rouge brun quand il a été préparé dans l’enfer de Boyle ; on le nomme alors précipité perse. Si on le chauffe à la température du rouge naissant, il se décompose en oxygène et en mercure métallique ; il se dissout faiblement dans l’eau , qui alors a la propriété de noircir par l’acide sulfhydrique. On obtient cet oxyde en décomposant un sel de bioxyde de mercure par la potasse, si on veut l’avoir à l’état d’hydrate ; le procédé qui est employé pour l’obtenir sec consiste à chauffer presqu’au rouge, dans un têt à rôtir du nitrate de bioxyde de mercure, et lorsqu’il ne se dégage plus d’acide nitreux reconnaissable à son odeur et à sa couleur, on laisse refroidir le produit brun obtenu, qui, par le refroidissement, devient rouge orangé, et constitue ce qu’on appelle | dans le commerce le précipité rouge, ou oxyde rouge ! de mercure. Cet oxyde n’est employé en médecine | que comme escarrotique.

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Sels mercuriels. — Nous avons dit que les oxydes de mercure pouvaient se combiner avec les acides; nous croyons devoir, avant de parler des composés du mercure et des corps simples non métalliques, nous occuper des sels mercuriels.

Caractères généraux des sels par le protoxyde de mercure. — La dissolution de ces sels précipite en noir par la potasse, la soude et l’ammoniaque, en noir par l’acide sulfhydrique ( hydrogène sulfuré ) , en jaune verdâtre par l’iodure de potasse , et en blanc par le chlorure de sodium.

Proio-sulfate de mercure. — Il est pulvérulent, blanc, peu soluble dans l’eau, qui ne le décompose pas. Sa dissolution présente les caractères des proto-sels de mercure, et, comme tous les sulfates, il précipite en blanc par un sel soluble de baryte. Ce sel, qui n’est employé qu’à la préparation du calomélas, se prépare en chauffant le mercure avec de l’acide sulfurique étendu de son poids d’eau.

Proto-nitrate de mercure. — Ce sel se présente sous forme de cristaux prismatiques blancs , d’une saveur âcre, styptique, et décomposable par l’eau, qui le transforme en sous-nitrate blanc insoluble, et en nitrate acide qui reste en dissolution. Ce liquide a été nommé, dans les anciennes pharmacopées, eau mercurielle du duc d'Antin , ou du capucin. On obtient le proto-nitrate de mercure en faisant bouillir du mercure en excès, avec de l’acide nitrique étendu de quatre fois son poids d’eau. Ce sel entre dans la composition du sirop de Belet ; on l’emploie pour combattre les affections scrofuleuses et vénériennes ; le remède du capucin est employé comme caustique, contre les ulcérations vénériennes superficielles et rebelles , et pour détruire des verrues ; il sert à préparer le mercure soluble d’Hanheman , qui n’est autre chose que la poudre noire qui se précipite lorsqu’on traite le proto-nitrate de mercure par l'ammoniaque.

Caractères généraux des sels formés par le bioxyde de mercure. — Dissous dans l’eau, ces sels sont précipités, en jaune par la potasse, en blanc par l’ammoniaque, en noir par l’acide sulfhydrique, en rouge par l’iodure de potassium; ils ne précipitent pas par le chlorure de sodium.

Sulfate de bioxyde de mercure. — - Il est blanc , sous forme de masse, légèrement déliquescent, décomposable par l’eau en sulfate acide très-soluble, et en sous-sulfate presque insoluble, d’une couleur jaune qui se précipite; ce précipité est connu aussi sous le nom de turbith minéral.

Nitrate de bioxyde de mercure. — Il est solide , cristallisable s’il est acide, décomposable par l’eau, qui le transforme en sous-nitrate jaune et en nitrate acide qui reste en dissolution , et qu’on peut reconnaître à l’aide des réactifs qui servent à caractériser les sels de bioxyde de mercure. Si on le chauffe, il se décompose et donne de l’oxyde rouge de mercure. Ce sel s’obtient en traitant le mercure par de l’acide nitrique affaibli, mais en excès; il entre dans la composition de la pommade nitrique dont on se sert dans le traitement de la gale.

Combinaisons de mercure avec le soufre , l'iode et le chlore.

Sulfure de mercure. — Le mercure peut se combiner avec le soufre en deux proportions, et former un proto- sulfure noir qui est sans usage, et un bi-

sulfure rouge ou cinabre ; c’est le seul dont nous nous occupons. Ce sulfure, qui existe à l'état natif, se présente dans le commerce sous la forme de masses violacées, qui, pulvérisées, donnent une poudre rouge connue sous le nom de vermillon. Il est volatil et cristallise en aiguilles. Chauffé avec le contact de l’air, il en absorbe l’oxygène; son soufre passe à l’état d’acide sulfureux , et le mercure est mis à nu. Mélangé avec de la chaux ou de la potasse, et soumis à l’action du calorique, il se décompose; le mercure métallique se volatilise. Le sulfure de mercure est employé en médecine sous forme de fumigations, dans les affections syphilitiques de la peau ; il entre dans la composition de la pâte arsinicale du frère Côme et dans la poudre de Rousselot, qui sont des caustiques très- énergiques.

lodures de mercure. — L’iode peut se combiner avec le mercure en trois proportions : le proloiodure est vert jaunâtre, le sesqui-iodure est jaune, et 1 e per-iodure , autrefois deuto-iodure , est d’un beau rouge. Ils sont employés en médecine comme anti syphilitiques , mais à des doses différentes. On les mélange aussi avec de l’axoDge pour en faire des pommades, dans la proportion de 32 grammes d’axonge pour 1 ou 2 grammes d’iodure. Le per-iodure doit s’employer à dose moins considérable, car il est beaucoup plus actif que les deux précédents , il est même caustique.

Chlorures de mercure. — Ils sont au nombre de deux, qui sont: le proto-chlorure de mercure, mercure doux, calomélas, panacée mercurielle, etc. ; il est solide, blanc lorsqu’il n’a pas été exposé à l’action de la lumière, pulvérulent, ou bien sous forme de masses convexes et lisses d’un côté; de l’autre présentant des cristaux plus ou moins longs; il est insipide et insoluble dans l’eau ; si on le triture avec de la potasse, il donne une poudre noir, et si on le chauffe dans une cornue avec de la potasse , ou mieux du carbonate de potasse desséché , on obtient du mercure métallique; chauffé seul, il se volatilise sans se décomposer. Pour obtenir ce proto-chlorure, on mêle du proto-sulfate de mercure et du sel marin , ou sel de cuisine, et on chauffe le mélange dans un matras placésur un bain de sable ; il se forme du sulfate de soude et du chlorure de mercure qui se volatilise et vient se condenser sur la partie supérieure de la panse du matras. Ce produit renferme presque toujours du bi-chlorure de mercure qui est très- vénéneux; aussi ne doit-on l’administrer qu’après l’avoir bien lavé et s’être assuré que l’eau de lavage ne se colore plus par l’acide sulfhydrique.

Le calomélas à la vapeur (dit anglais) se prépare à l’aide du même mélange, que l’on chauffe de manière à ce que la vapeur de proto-chlorure vienne se condenser avec de la vapeur d’eau dans un ballon à deux tubulures, par l’une desquelles arrive la vapeur de calomélas, et par l’autre la vapeur d’eau. Un ajutage en forme d’entonnoir dirige l’eau condensée , qui entraîne le calomélas dans un vase.

Le proto-chlorure de mercure est employé comme purgatif ; on l’administre chez les adultes à une dose qui varie de 5 à 20 grains (24 centigrammes à 1 1 décigrammes) , et chez les enfants de un demi grain à 2 grains ; il est employé avec succès comme anti syphilitique, en pilules, en pommades, ou bien en frictions sur la langue ou à l’intérieur des joues. Ces frictions sont surtout d’un grand avantage dans

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les indurations scrofuleuses ou vénériennes de la langue. Lorsqu’on administre le calomélas aux enfants , il convient de le suspendre dans du sirop de gomme ou de sucre.

Le deuto-chlorure de mercure (sublimé corrosif) . — Le plus ordinairement il se présente sous forme de masses convexes et lisses d’un côté, concaves et rugueuses de l’autre ; cette rugosité est due à une multitude de petits cristaux. Il peut aussi avoir la forme de cristaux qui ressemblent à des barbes de plumes 5 enfin il peut être pulvérisé et donner une poudre blanche : il a une saveur styptique et âcre, il se dissout très-bien dans l’eau, et sa dissolution offre tous les caractères des sels de bioxyde de mercure. De plus, mise en contact avec le nitrate d’argent, elle donne un précipité de chlorure d’argent. Le sublimé corrosif soumis à l’action du calorique se volatilise, sans se décomposer sous forme de vapeurs blanches, et si l’on reçoit ces vapeurs sur une lame de cuivre, celle-ci devient blanche , et si on la frotte elle devient brillante et argentine. Chauffé dans une cornue avec du carbonate de potasse ou de la potasse , il donne du mercure métallique qui distille et du chlorure de potassium fixe. Si on le triture avec une dissolution de potasse, il devient jaune ; c’est de l’oxyde jaune de mercure qui se forme.

Si on avait à reconnaître une dissolution de sublimé corrosif assez étendue pour qu’elle ne précipitât plus par les réactifs, on la traiterait par une petite quantité d’éther sulfurique, et, après avoir agité pendant quelque temps, on laisserait reposer; il se formerait bientôt deux couches, l’une aqueuse privée de sublimé, l’autre éthérée plus légère, qui serait chargée de ce corps. Après l’avoir séparée à l’aide d’un entonnoir, on la ferait évaporer, et il resterait dans la capsule des cristaux de sublimé corrosif, que l’on pourrait reconnaître à l’aide des réactifs; mais un procédé qui est préférable à celui-ci consiste à plonger une ou plusieurs lames de cuivre trèsminces dans la dissolution étendue. Au bout d’un certain temps elles se ternissent et deviennent d’un blanc grisâtre ; pour s’assurer que cette coloration est due à du mercure, on laisse sécher ces lames de cuivre, on les coupe en petits fragments , que l’on place dans un tube de verre fermé à une de ses extrémités , et après l’avoir effilé 8 la lampe par l’autre, on chauffe la partie où sont les fragments de cuivre. Bientôt le mercure se volatilise et vient se condenser dans la partie étroite du tube , sous forme de globules visibles à l’œil ou à la loupe.

Le deuto-chlorure de mercure est un médicament précieux contre la syphilis, mais il doit être employé avec précaution , car c’est un poison violent ; il entre dans la composition de la liqueur de Vanswieten , que l’on prépare en faisant dissoudre un gramme de sublimé corrosif dans 1,000 grammes d’eau. On administre encore le sublimé corrosif dans des tisanes sudorifiques, des sirops et d’autres véhicules ; la dose varie par jour depuis 2 centigrammes jusqu’à 5. Il forme , avec l’axonge , la pommade de Cirillo , que l’on prépare en incorporant dans 32 grammes d’axonge 4 grammes de sublimé. L’eau phagé dénique, que l’on prépare en décomposant une dissolution de sublimé corrosif par l’eau de chaux, est aussi employée, comme topique, sur les ulcérations vénériennes.

Nous avons dit que le sublimé corrosif était trèsvénéneux , et des accidents nombreux ont été le résultat de son administration à dose très-élevée; le meilleur antidote à donner dans un cas d’empoisonnement de ce genre est l’albumine (blanc d’œuf) délayé dans l’eau. Néanmoins il faut favoriser les vomissements, et soumettre le malade à un régime anti phlogistique convenable. M. Mialhe, pharmacien, a proposé tout récemment leproto-sulfure de fer hydraté à l’état de bouillie claire, comme un antidote du sublimé dans le cas d’empoisonnement ; ce corps tout à- fait inerte , mêlé au sublimé, donne lieu à la formation de proto-chlorure de fer et de bi-sulfure de mercure, qui sont également sans action sur l’économie. Le sublimé corrosif est aussi employé pour préserver les matières animales de la putréfaction. Pour obtenir ce résultat, on plonge les matières à conserver dans une dissolution concentrée de ce corps. Au bout de quelque temps on les retire de la dissolution, elles se dessèchent, deviennent dures et inaltérables à l’air.

O. Lesueur,

Professeur agrégé à la faculté; de Médecine, chef «1rs travaux chimiques.

asEKCURS ( Maladies causées par le ). (y. Doreurs.)

aaERCtmiAiiE [bot.), s. f., mercurialis annua , L. C’est une plante de la famille des euphorbiacées, J., diœcie dodécandrie, L. Elle est annuelle et se trouve abondamment dans les jardins et les lieux cultivés. Sa tige est dressée , rameuse , haute d’un pied environ ; les feuilles sont opposées , ovales , lancéolées , aiguës et dentées en scie ; les fleurs sont mâles ou femelles : dans les individus mâles elles forment des épis allongés pédonculés ; dans les individus femelles, les fleurs sont placées au nombre de deux ou trois à l’a'sselle des feuilles supérieures. Le fruit est une capsule hérissée , comprimée, à deux coques monospermes. Cette plante, qui est émolliente lorsqu’elle a été cuite dans l’eau , est regardée comme excitante lorsqu’elle est verte ; elle perd ses propriétés en séchant ; son extrait est purgatif, dit-on , à la dose de 2 gros. On prépare avec partie égale de suc non dépuré de mercuriale et le miel un médicament purgatif qui s’administre en lavement , à la dose d’une once à quatre , et qui a reçu le nom de miel mereurial. Cette plante, qui doit son nom à Mercure, à laquelle elle était consacrée , servait aux anciens d’aliment et de médicament ; elle était , dit-on , mangée comme nos épinards , car la cuisson , ainsi que le dessèchement , lui enlève ses propriétés purgatives ; aussi, lorsqu’on en fait usage comme médicament , est-il convenable de l’employer à l’état frais. Lorsque la mercuriale a bouilli, l’eau reste chargée de ses propriétés purgatives ; la plante cuite n’a plus qu’une action émolliente, et peut être employée en cataplasmes.il existe encore d’autres espèces de mercuriale qui ne sont point employées en médecine, et dont l’une est vénéneuse; c’est la mercurialis perennis. ^

msecubiaox ( pharm .), adj. Nom donné aux médicaments préparés avec le mercure. (Y. ce mot.)

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mère (Mal de) [méd.). (V. Hystérie.)

mésaraÏque (, mat .), s. f. C’est le nom d’une veine du mésentère. (V . Mésentérique.)

mésentère (anat.), s. m., mesenterium , du grec mèsos , milieu, et enter on, intestin. On donne ce nom à un repli formé dans l’abdomen par le péritoine , et qui sert à maintenir toute la masse des intestins grêles. (Y. Péritoine.)

MÉSENTÉRIQUE [anat.) , adj. et s. f. Se dit des organes qui ont rapport au mésentère. — Il existe deux artères mésentériques , l’une supérieure et l’autre inférieure. La première naît de la partie antérieure et droite de l’aorte , au-dessous du tronc cœliaque ; elle décrit dans le mésentère une grande courbure , convexe à gauche et en avant; elle finit vers la fin de l’iléon et s’anastomose avec une branche de la colique droite inférieure. La mésentérique inférieure naît à la partie inférieure , antérieure et gauche de l’aorte, un peu avant sa division en artères iliaques; parvenue près de l’anus, elle prend le nom d’artère hémorrhoïdale supérieure. — Les veines mésentériques sont aussi au nombre de deux : la supérieure ou mésaraïque , qui se réunit à la veine splénique et se rend dans la veine-porte en passant derrière le pancréas ; et l’inférieure , ou petite mésaraïque , qui s’ouvre dans la veine splénique. — Les nerfs sont les plexus mésentériques , divisés en supérieurs et inférieurs ; ils naissent du plexus solaire , leurs divisions accompagnent les artères mésentériques.

mésentértte [méd.) , s. f. On a donné ce nom à l’inflammation du mésentère. (V. Péritonite.)

B2SSOCÉPHAI.E ( anat .), s. m. Nom donné par Chaussier à la protubérance annulaire du cerveau. (V. ce mot.)

mésocoîLiON (anat.), s. m. Ce sont des replis formés par le péritoine, et qui servent à maintenir les diverses parties du gros intestin, nommé colon. (V. Péritoine.)

métacasïe [anat.) , s. m. C’est cette partie large de la main comprise entre les doigts et le poignet. (Y. Main.)

métacarpiens [anat.) , s. m. p. Nom donné aux cinq os qui forment le carpe. (V. Main.) — Il existe un ligament métacarpien , qui unit l’extrémité inférieure des quatre, osdu métacarpe. — L’artère métacarpienne ou dorsale du métacarpe est une branche fournie par la radiale ; elle se distribue aux téguments du dos de la main.

MÉTAaaoiïîss ( chim .), s. m. p. (V. Métaux.)

métastase ( path .) metastasis , s. f. On appelle métastase, en médecine, la transformation d’une maladie en une autre, le transport d’un produit morbide ou d’un fluide sécrétoire d’un organe sur un autre. Les faits pathologiques qu’on peut rapporter aux métastases sont nombreux et peuvent se ranger dans plusieurs catégories : tantôt il y a seulement déplacement de la maladie, sans qu’elle

change de nature : c’est ainsi que nous voyons la goutte et le rhumatisme abandonner une articulation pour une autre, ou même pour se porter sur la plèvre, le péricarde ou le cœur, ce qui constitue ce qu’on appelle dans le monde une goutte remontée ; une hémorrhagie être remplacée par un autre flux sanguin , une ophthalmie purulente succéder à la suppression d’un écoulement blénorrhagique. D’autres fois , il n’y a plus seulement changement de siège, mais encore changement dans la nature et la forme de la maladie ; comme il arrive dans les fièvres éruptives, alors qu’on voit l’éruption cutanée rentrer, et des pneumonies, des méningites graves se déclarer A côté de ces cas, il faut encore placer ces maladies internes qui succèdent à la répercussion d’une affection dartreuse, ces inflammations, ces lésions organiques mêmes qui se montrent à la suite de la suppression d’une hémorrhagie habituelle , et principalement du flux hémorrhoïdal.

Enfin, dans certains cas, il semble qu’il y ait transport d’un fluide morbide ou physiologique, qui abandonne le point où il est sécrété pour se porter vers un autre organe : à cette catégorie appartiennent ces faits d’apoplexie, de catarrhe, succédant à la guérison d’un vieil ulcère ou d’un exutoire ; les maladies mentales, les péritonites, les apoplexies, les dartres qui surviennent chez la femme qui allaite, alors que le fluide lacté est en trop grande abondance et ne trouve pas un écoulement facile, ou lorsque la sécrétion en est troublée par une émotion morale vive et subite, maladies qui constituent les métastases laiteuses. Je dois placer i encore ici les abcès dits métastatiques, ou métasj tases purulentes, qui surviennent dans la phlébite, ou alors qu’il existe de grands foyers de suppuration, tels que ceux qui résultent d’une plaie proj fonde ou d’une amputation. Dans ces affections funestes qui enlèvent la plupart des opérés de nos hôpitaux, on voit, au milieu d’un grand trouble gé- ; néral, la suppuration des plaies se tarir, un état typhoïde adynamique ou ataxique terminer la maladie, et à l’autopsie on trouve les poumons, le foie, les reins et quelquefois tous les organes remplis de petits abcès, en même temps que plusieurs articulations sont distendues par un liquide purulent. Toutefois, il resteraitici une question à résoudre, c’est de savoir si ces cas sont véritablement des métastases, c’est-à-dire s’il y a bien certainement transport du j pus des plaies extérieures dans le sein des viscères, ou du lait des mamelles dans le cerveau ou te péri- 1 toine, et si les abcès intérieurs, les maladies dites i laiteuses, sont bien la suite de ce transport, ou bien ; si la suppression de la suppuration ou du lait n’est | pas plutôt consécutive au développement de la maladie interne ; c’est là une question importante qui n’est pas encore résolue et que je ne veux pas traiter ici : j’étais bien aise seulement de l’énoncer pour qu’on n’admît pas comme entièrement démontrée l’existence des métastases purulentes et laiteuses.

Les théories qu’on a émises pour expliquer les j métastases ont varié suivant les doctrines médicai les. Dans le temps oùflorissait l’humorisme, onsup- . j posait un déplacement d’humeurs qui amenait un i changement de siège ou de nature de la maladie; le ! système lymphatique et le système sanguin furent | tour à tour considérés comme les agents de ce trans-

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port. Cette explication fut, comme on le pense bien, combattue par les soïidistes, qui substituèrent au transport des humeurs le changement de place de l’irritation, qui, se fixant dans un autre point, y attirait la maladie, et causait ainsila métastase. Chacune de ces théories compte quelques faits en sa faveur, et d’autres qui lui sont contraires ; aussi, dans l’état actuel de la science, on ne peut adopter aucune d’elles exclusivement. Contentons-nous, pour le moment, de constater l’existence des métastases, le mécanisme de leur productioii nous étant encore inconnu.

Il est des métastases favorables, il en est de fâcheuses ; les premières se confondent avec les crises et doivent être respectées et favorisées par le médecin. Quant aux autres, on doit s’opposer à leurs effets funestes, en combattant énergiquement l’affection nouvelle qu’elles font naître, et en cherchant à faire revenir la maladie telle qu’elle existait primitivement. - Hardy,

Docteur en médecine et Médecin des hôpitaux de Paris.

BEÉTATAïtSE [anat.) , s. m. C’est cette partie moyenne du pied située entre le tarse ou talon et les orteils. (V. Pieds.)

MÉTATAR.SIEMS ( anat .), s. m.p. On donne ce nom aux cinq os qui forment le métatarse. (Y. Pieds.)

métaïhèse (path.), s. f., metathesis , du grec métatithémi, je change de place. Transport de la cause d’une maladie du lieu où elle existait dans un autre où elle est moins nuisible ; ce mot , qui est synonyme de métastase, est peu employé.

BEÉTAU32 (chirn.), s. m.p. Les métaux sont des j corps simples ; ils sont nombreux dans la nature : les uns se présentent dans leur état naturel , les autres ne se rencontrent qu’à l’état de combinaison. li en est quelques -uns qui ne peuvent être conservés à l’état simple lorsqu’ils ont été réduits , à moins qu’on ne les soustraie au contact de l’air et des corps qui peuvent leur céder de l’oxygène , substance avec laquelle presque tous les métaux ont une grande affinité. Cette affinité est si puissantepour quelques-uns , que l’on n’a pas encore pu décomposer leurs oxydes; ce n’est que par analogie qu’ils sont considérés comme métal, et depuis que l’on a décomposé des oxydes métalliques qui , pendant des siècles, avaient été considérés comme des terres et des alcalis. Les anciens connaissaient très-peu de métaux, l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, îe fer , le plomb, le mercure , ceux enfin qui se présentent souvent à l’état natif, ou dont les oxydes sont d’une facile réduction. Les travaux des alchimistes , à la recherche du grand-œuvre , amenèrent la découverte de quelques métaux; mais le plus grand nombre fut découvert par les chimistes modernes. Sur quarante-trois corps simples que l’on considère aujourd’hui comme des métaux , sept étaient connus de toute antiquité ; huit' ont été découverts du xve siècle à 1774, et la découverte des vingt-huit autres est le résultat des travaux des chimistes de l’école moderne , dont Lavoisier, Fourcroy, Scheele et Priestley furent les premiers fondateurs. Les métaux sont généralement caractérisés par leur

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éclat , qui sert même d’objet de comparaison , et qui est désigné sous le nom d’éclat métallique par leur dureté , leur sonoréité , leur malléabilité et leur ductilité. Mais tous les métaux ne jouissent pas de chacune de ces propriétés ; il en est dont l’éclat n’est pas plus vif que celui de certains corps non métalliques ; d’autres qui sont mous et même liquides; quelques autres sont très-cassants, et ne peuvent être travaillés au marteau et à la filière. Les seules propriétés qui sont communes à tous les métaux sont d’être conducteurs du calorique et de l’électricité. Tous , aussi , peuvent se mélanger entre eux par la fusion, et former des alliages; c’est même dans cet état qu’on les trouve dans la nature. Il résulte de ces faits qu’il est- difficile d’établir une ligne bien tranchée entre les corps simples métalliques, et ceux qui sont non métalliques. Aussi plusieurs chimistes font-ils passer des corps de la série des métaux dans celle des métalloïdes , suivant qu’ils croient leur trouver plus de ressemblance avec ces derniers. Voici la liste des métaux dans l’ordre de leur plus grande affinité avec l’oxygène :

Aluminium.

Zinc.

Cobalt.

Yitrium.

Cadmium.

Plomb.

Thorium.

, Étain.

Mercure.

Zirconium.

Tungstène.

Colombium.

Magnésium.

Molybdène.

Cérium.

Glucinium.

Chrême.

Lantane.

Baryum.

Vanadium.

Argent.

Strontium.

Titane.

Or.

Silicium.

Urane.

Platine.

Calcium.

Cuivre.

Osmium.

Lithium.

Tellure.

Palladium.

Potassium.

Arsénié.

Iridium.

Sodium.

Fer.

Manganèse.

Antimoine.

Bismuth.

Nickel.

Rhodium.

Afin de compléter la série des corps simples , mus allons donner la nomenclature des métalloïdes rangée dans le même ordre :

Oxygène. Soufre. Chlore.

Hydrogène. Sélénium. Brème.

Carbone. Bore. Iode.

Phosphore. Azote. Fluor.

Nous n’avons décrit dans ce Dictionnaire que ceux de ces corps qui sont employés en médecine, et l’on pourra consulter ces articles à chacun de ces mots en particulier. J. -P. Beaude.

MSI'ÉGÏUSATÏOKT et ïffiÉTÉOMSME ( path .), s. m. On donne ce nom à un développement de gaz dans la cavité des intestins qui distend le ventre et le rend sonore. La météorisation est un symptôme qui se développe souvent par les affections du canal intestinal et les fièvres graves : ce mot est presque synonyme de tympanite ; seulement , dans cette dernière affection , le dégagement des gaz est beaucoup plus marqué et le ventre plus distendu. (Voyez Tympanite.) J. B.

DEÊTÉomoiiOGXs , s. f. On donne ce nom à l’ensemble des phénomènes qui se passent dans l’atmosphère et à la surface de la terre , lesquels, pour une localité, constituent le climat. Une foule de causes agissent dans les phénomènes météorologiques : ainsi, la situation de la terre relativement au soleil, ce qui constitue les saisons ; la distance qui sépare un lieu du pôle ou de l’équateur ; la coniigu ration du sol , son élévation considérable ou son abaissement relativement au niveau de la mer ; le

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voisinage des montagnes, des forêts, de la mer, ou la situation d’une contrée au centre des continents ; toutes ces causes peuvent modifier d’une manière active l’état météorologique, et, conséquemment, le climat. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été décrit à l’article Climat.

La terre est entourée par un fluide gazeux qui est l’air. (Voyez ce mot,. La couche qu’il forme autour de notre globe a reçu le nom d’atmosphère. Suivant quelques auteurs , cette couche a près de quinze à seize lieues d’épaisseur , elle va constamment en se raréfiant à mesure que l’on s'élève , et cette raré’ faction de l’air est appréciable au moyen d’un instrument qui a reçu le nom de baromètre . C’est dans la région inférieure de cette épaisse couche d’air que se passent tous les phénomènes météorologiques, tels que les vents, les orages, la pluie, la rosée, la grêle, la neige, les brouillards. Un seul de ces phénomènes peut résider spécialement dans les régions supérieures de l’atmosphère, et il est jusqu’à ce jour inexpliqué : ce sont les aurores boréales , qui paraissent liées d’une manière si étroite à l’état électrique ou magnétique du globe , et qui existent d’une manière presque permanente dans les régions polaires.

La science possède divers instruments pour apprécier les variations des phénomènes météorologiques. Ainsi , le baromètre mesure le poids et le ressort de la colonne d’air ; le thermomètre sa température ; l’hygromètre la portion de vapeur d’eau ou d’humidité que contient l’atmosphère, proportion qui varie suivant la température ; l’eudiomètre la proportion des divers gaz qui entrent dans la composition de l’air; l’hyétomètre et l’anémomètre, la quantité de pluie tombée à la surface du sol et la direction des vents ; l’aiguille aimantée indique , par ses variations , l’état magnétique du globe, tandis que l’électroseope indique celui de l’atmosphère.

Environnée de tous ces moyens d’investigation et de contrôle, la science de la météorologie a fait plus de progrès, depuis cinquante ans, qu’elle n’en avait pu faire dans tous les siècles passés ; les découvertes des autres sciences lui sont venues en aide et l’ont tirée de l’ignorance et des mensonges de l’astrologie qui avait été son berceau. Aujourd’hui, bien qu’il reste beaucoup à faire et beaucoup à expliquer , on a , par une observation constante , établi des bases qui serviront de points de départ pour les travaux à venir, et qui même ont déjà rendu de grands services sous les rapports de la salubrité et des progrès agricoles.

Nous n’entreprendrons pas ici de décrire tous les phénomènes météorologiques : une semblable tâche nous entraînerait au-delà des limites qui nous sont imposées; quelques uns sont traités à leurs mots spéciaux dans le cours de ce Dictionnaire, ou avec les principaux articles auxquels ils se rattachent. Nous allons seulement parler de la lumière , cause de beaucoup de phénomènes météorologiques et qui a été renvoyée à cet article.

De la lu mièke . — La lumière a été longtemps considérée par les physiciens comme un fluide impondérable émanant des corps célestes ou de ceux qui sont e n combustion à la surface de la terre. Aujourd’hui on s’accorde à la regarder comme produite par lesondui.-iioos d’un fluide très-rare, impondérable, que l’on s'oppose exister dans toute la nature , remplir les

espaces planétaires et les intervalles qui sont entre les molécules des corps ; ce fluide a été nommé éther.

De même que le son n’est que le résultat des vibrations del’air , la lumière , d’après 1 opinion que nous venons de citer , ne serait que le résultat des vibrations de l’éther , et ces vibrations , ainsi que cela a lieu pour le son, ne peuvent être perçues par nos organes que lorsqu’elles sont d’une certaine étendue. Il existe, ainsi qu’on peut le voir par ce simple exposé , deux systèmes également admis et qui se partagent le monde savant sur la nature de la lumière : l’un, et c’est le plus ancien, est celui de l’émission; l’autre est celui des ondulations. Ce dernier système est plus simple , plus satisfaisant ; il explique d’ailleurs plusieurs phénomènes que le système de l'émission ne peut expliquer qu’avec des hypothèses forcées et peu rationnelles.

Les ondes , disent les physiciens , sont perpendiculaires à la direction des rayons , c’est-à-dire au sens dans lequel la lumière est émise ; on comprendra parfaitement cette condition , si l’on contemple les ondes formées à la surface d’une nappe d’eau tranquille par la chute d’un corps; le point de l’eau où tombe le corps , et qui devient le centre des ondes circulaires, représente le point lumineux : les lignes menées de ce centre et divergeant en tous sens, perpendiculairement aux ondes, figurent les rayons lumineux , et les mouvements d’élévation de l’eau au-dessus et au-dessous de son niveau, pour la production des ondes, simulent les mouvements de l’éther. Pour être perçues par nos yeux, il est nécessaire que les ondes se renferment dans une limite qui varie de 423 millionièmes de millimètre à 620 ; au-dessous et au-dessus de cette limite, elles ne peuvent se manifester pour nous à l’état de lumière , mais elles peuvent cependant se manifester à l'état de calorique ou bien avoir une action chimique encore très-marquée.

La différence dans la largeur des ondes donne naissance à sept rayons de diverses couleurs , de même que la différence dans les ondes sonores donne naissance aux sept notes de la gamme . Les sept couleurs primitives sont le rouge, l’ orangé, \e jaune, le vert, le bleu , Y indigo et le violet. Bien que ces | sept couleurs soient obtenues par la décomposition de la lumière blanche par le prisme, cependant on ne doit considérer que trois couleurs comme réellement primitives, le rouge , 1 e jaune et le bleu, puisque toutes les autres peuvent être formées par celles-ci , et l’ordre dans lequel elles sont placées montre évidemment que les teintes intermédiaires sont formées par le mélange des rayons des zones voisines.

La lumière se propage avec une rapidité dont rien de ce qui s’offre d’ordinaire à nos yeux ne peut donner une idée ; sa vitesse est de soixante-dix mille lieues par seconde, et l’on a calculé qu’il lui faut, en moyenne , huit minutes treize secondes pour nous venir du soleil , ou seize minutes vingt-six secondes pour traverser le diamètre de l’orbite terrestre.

Lorsque la lumière frappe sur la surface d’un corps, une partie de ses rayons est absorbée , une autre est réfléchie , une troisième partie est dispersée. C’est par la lumière réfléchie que nous voyons les corps qui ne sont pas lumineux par eux-mêmes. Si toute la lumière est absorbée , les corps parais-

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sent noirs , et nous ne ies voyons que par opposition aux corps lumineux qui les environnent; si toute la lumière est réfléchie, les corps paraissent blancs ; si la réflexion de la lumière a lieu d’une manière régulière, c’est-à-dire sur une surface polie, Je corps est un miroir qui reproduit l’aspect , le fantôme des objets qui lui sont présentés. Si certaines parties de la lumière sont absorbées tandis que d’autres sont réfléchies , ces corps présentent une coloration qui est en raison de la nature des rayons réfléchis. De là toutes les nuances que peut présenter la coloration des corps par le fait du mélange de ces rayons. Dans l’état ordinaire , les choses ne se passent pas aussi rigoureusement ; ainsi les corps noirs réfléchissent toujours une portion de lumière qui permet de distinguer leur forme; les corps les mieux polis réfléchissent aussi irrégulièrement quelques parties de lumière qui permet de les apercevoir , car si toute la lumière était réfléchie, on ne pourrait distinguer le miroir.

La lumière se propage dans toutes les directions; lorsqu’elle se meut dans un milieu d’égale densité , elle se propage en ligne droite ; si elle passe dans un milieu de densité différente , elle se réfracte, c’està-dire que ses rayons se brisent et se rapprochent , ou s’éloignentde la perpendiculaire au point de contact, suivant !a nature des corps et leur pouvoir réfringent. C’est sur cette propriété que sont fondés les lunettes, les microscopes et tous les instruments d’optique qui ont pour objet d’amplifier ou de diminuer l’image des objets soumis à la vue. (V. Vision, Lunettes.)

Tous les rayons lumineux ne se réfractent pas avec la même intensité; cette intensité va croissant du rayon rouge au violet; de là naît une propriété qu’ont les corps réfringents de décomposer la lumière , c’est-à-dire d’en séparer les divers rayons : cette propriété est ce que l’on nomme ie pouvoir dispersif. La forme des corps , plus encore que leur nature, influe sur l’énergie de cette action; ainsi, la forme prismatique est celle qui , dans un même corps , favorise le plus la dispersion. Lorsque dans la chambre obscure on fait traverser , par un rayon de lumière solaire, un prisme de cristal , l’image de ce rayon qui se dessine sur la paroi opposée, au lieu d’être ronde, présente un ovale très-allongé produit par la disjonction des rayons de la lumière du soleil, etformece que l’on appelle le spectre solaire , dans lequel les sept couleurs primitives sont rangées par zônes, de la partie supérieure à l’inférieure, dans l’ordre que nous avons déjà indiqué : rouge , orangé , jaune , vert , bleu , indigo , violet. Les ondes qui forment les rayons rouges sont les pins longues , et elles vont en diminuant de longueur et d’intensité jusqu’au violet.

Les physiciens ont profité de cette propriété dispersive du prisme pour corriger l’imperfection des instruments d’optique. Toutes les personnes qui ont regardé à travers un prisme de verre ont vu les objets colorés à leurs contours par les couleurs de l’arc-en-ciel ; ce phénomène qui est, ainsi que nous menons de le dire, le résultat de la décomposition de ia lumière, se fait remarquer dans les verres des lunettes , qui peuvent être considérés comme un assemblage de véritables prismes; il est surtout plus énergique aux points les plus voisins de la circonférence : il a reçu le nom d’aberration de réfrangix. u.

bilité. Deux lentilles de substances différentes, l’une convexe ( crown glass), l’autre concave [flint glass), d’une courbure différente, mais calculée de manière à ce que leurs effets de dispersion se compensent , sans que les effets de réfraction soient détruits , corrige cette aberration , recompose les rayons et font voir les objets sans les liserés colorés dont nous avons parlé : c’est ce qui constitue 1 ’ochromatisme, dônt la découverte a fait faire un si grand progrès aux instruments à pouvoir amplifiant, tels que ies microscopes, les longues vues, etc. L’achromatisme, du reste , n’est jamais parfait; il n’a lieu que pour les couleurs les plus brillantes et dans certaine direction; en regardant obliquement les objets avec une de ces lunettes, on reproduit les bords colorés.

Il est un autre ordre de phénomènes qui, depuis quelques années, a joué un rôle très-important dans la théorie de la lumière, c’est la polarisation. Les partisans du système des ondes l'expliquent par le changement de direction du plan des vibrations qui ont lieu autour de l’axe des rayons lumineux ; cet effet produit un résultat qui permet de supposer que les vibrations ont lieu dans deux pians qui sont perpendiculaires entre eux : ainsi , un faisceau de lumière naturelle est toujours supposé composé de deux faisceaux de lumière polarisée. Si ce faisceau de lumière naturelle rencontre une plaque de verre sous une incidence de 35 degrés 25 secondes , ces deux faisceaux polarisés 'se disjoignent , l’un se réfléchit et l’autre se réfracte. Plusieurs cristaux naturels jouissent de la propriété de polariser la lumière ; quelques-uns même produisent ce phénomène sous toutes les incidences. Cette propriété des cristaux naturels a donné à M. Biot l’occasion de faire ses belles expériences sur la polarisation circulaire, qui lui permettent de juger de la nature de certains liquides organiques , suivant la direction que prennent les rayons polarisés. C’est encore à la polarisation qu’est due la double réfraction qui se produit avec les cristaux de spath d’Islande ou carbonate calcaire.

Plusieurs séries de phénomènes sont encore le résultat de la lumière ; ainsi , c’est à Y interférence des rayons que sont dues les couleurs irisées produites par les lames minces , les bulles de savon , la nacre, les couches de matières organiques qui se forment à la surface des eaux stagnantes. M. Chevreul a aussi appelé , dans ces derniers temps , l’attention des physiciens sur le phénomène des couleurs complémentaires ; c’est-à-dire que toutes les fois qu’un corps est éclairé par une des couieurs du spectre , son ombre paraît colorée des couleurs qui , avec la première , forment la couleur blanche. Ainsi, un corps coloré par la couleur bleue donne une ombre orange , mélange du rouge et du jaune, qui sont vraiment le complément des trois couleurs primitives , rouge , jaune et bleue , puisque toutes les autres nuances du spectre peuvent être produites par le mélange de ces trois couleurs. Un corps éclairé par la couleur verte donne pour coloration de son ombre , et comme complément , la couleur rouge , de même qu’un corps éclairé par la couleur jaune donnera une couleur violette comme complément. On explique de cette manière les effets choquants que produit la réunion de certaines couleurs. On peut supposer tout le parti

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avantageux que l’on peut retirer, pour la fabrication des étoffes, de ces connaissances, qui déjà, sans que l’on en connût les causes , avaient été indijquées par le goût aux artistes et aux personnes qui s’occupent d’objets de toilette et d’ameublement.

Nous ne parlerons pas ici des effets chimiques de la lumière sur les corps inorganiques ; ces effets sont nombreux; ils ont été étudiés d’une manière très-suivie dans ces derniers temps : c’est sur eux qu’est basée la photographie , dont le daguerréotype a été une si heureuse application.

Action de la lumière sur les plantes et les animaux.— La lumière a une action très-marquée sur les phénomènes que présentent les corps organisés ; c’est par son influence que les végétaux décomposent l’acide carbonique, absorbent le carbone et exhalent l’oxygène. C’est aussi à son action qu’est due la coloration verte des feuilles des végétaux. Tout le monde sait que des plantes soustraites au contact de la lumière ont une coloration d’un jaune pâle ; la plante est gorgée de liquide, elle est plus tendre , elle a une saveur moins prononcée. Ce phénomène, qui a reçu le nom d 'étiolement , est souvent appliqué aux plantes destinées à être servies sur nos tables , et surtout à celles qui sont destinées à faire les salades.

Les Heurs éprouvent aussi, sous l’influence de la lumière, des modifications marquées : les unes s’épanouissent aux premiers rayons du jour , les autres seulement lorsque le soleil est le plus élevé sur l’horizon , d’autres lorsqu’il décline vers le couchant ; enfin , il en est qui ne s’ouvrent que sous l’influence du crépuscule, et qui restent seulement épanouies la nuit. Cette faculté des fleurs de quelques plantes a permis à des botanistes de marquer toutes les heures de la journée par l’épanouissement de certaines fleurs , et ils ont donné à cet arrangement le nom d’horloge de Flore. 11 s’en faut de beaucoup que cette horloge soit bien réglée , car les variations atmosphériques , l’action des nuages qui cachent le soleil, peuvent modifier l’époque de l’épanouissement ou du resserrement des fleurs. De Candolle est parvenu à faire épanouir des fleurs sous l'action de la lumière artificielle. Avant lui, Hill, en 1753, dans une lettre adressée a Linné sur le sommeil des plantes , avait annoncé qu’il était parvenu , par des expériences sur la sensitive, l’abrus et le tamarin , à obtenir le sommeil de ces plantes pendant le jour, en les privant de lumière, et il signale l’action de cet agent comme la cause jusqu’alors ignorée d’un si singulier phénomène.

Les plantes affectent toutes de diriger leurs tiges vers la lumière. L’observation de ce qui se passe dans les serres fournit des preuves surabondantes de ce fait ; c’est même sur lui qu’est basé , dans l’aménagement des forêts , l’espace que doivent occuper les arbres entre eux, pour qu’ils puissent se développer d’une manière convenable, suivant leur âge et leur essence. A la suite d’expériences sur ce sujet, M. Payer a annoncé à l’académie des Sciences que, dans la lumière décomposée, cette attraction des tiges ne s’exercait que de la part des rayons bleus et violets, les autres étant à cet égard sans action.

La lumière est aussi indispensable aux animaux qu’aux végétaux; privés de son influence, ils souffrent et languissent. La privation de la lumière est, chez l’homme, une des causes qui prédisposent aux

scrofules; dans tous les cas, elle favorise le développement du tempérament lymphatique. A l’article Climat , Iloyer-Collard a fait voir l’action que la privation de la lumière exerce sur les animaux qui habitent les profondeurs du lac souterrain de Kirknitz, en Carniole.

L’influence de la lumière solaire contribue d’une manière avantageuse au développement de l’homme et des animaux. Dans les climats chauds on trouve l’homme plus agile, plus vif, plus spirituel et plus robuste aussi , lorsque la chaleur n’est pas extrême. Est-ce seulement à l'action de la lumière qu’il faut attribuer ces causes? Non, sans doute. L’action douce de la chaleur , la pureté de l’air et l’abondance des aliments y contribuent beaucoup. Mais c’est seulement à l’action de la lumière qu’est dû ce ton ferme de la peau, cete rigidité des muscles, cette sécheresse de l’organisation, dont la race arabe est le type , et qui s’allie si bien avec cette vie forte et aventureuse que mènent ces populations. Cette influence si marquée de la lumière sur le développement de l’organisation , est aussi admise par M. de Humboldt, qui n’hésite pas à dire, dans son Voyage aux régions équinoxiales , qu’il attribue à l’usage qu’ils ont d’aller nus et d’exposer ainsi toutes les parties de leur corps à l’action de la lumière, la vigueur et le peu de difformités qu’il observa dans les populations de l’Amérique intertropicale.

La couleur de la peau est aussi puissamment modifiée par l’action de la lumière ; c’est à cette cause qu’il faut attribuer la coloration qu’éprouve la peau des citadins qui vont habiter la campagne pendant l’été. Il ne suffit pas, pour produire cet effet, que la peau ait été frappée des rayons solaires; la lumière diffuse détermine cette couleur brune que les jeunes femmes qui se couvrent de voiles et d’ombrelles, pour éviter le soleil , attribuent à l’action de l’air vif des champs. Cependant, il ne faut pas croire que l’action de la lumière seule produise les différentes colorations de la peau que présentent les diverses races d’hommes ; ce sont des modifications de l’organisation sur lesquelles les circonstances environnantes ont peu d’action , car les races colorées ont été observées à toutes les latitudes du globe. (V. Races.) M. Guérard , à qui nous avons emprunté une partie des faits que nous avons rapportés dans cet article , dit dans son article Lumière , du Dictionnaire de médecine en 30 vol. , que ce qui prouve que c’est la lumière et non la chaleur qui donne à la peau cette coloration désignée sous le nom dehâle, c’est que les Groënlandais ont les cheveux et les yeux noirs, et la peau brune, quoique la température soit très-basse dans ces contrées ; mais ils sont soumis à l’action d’une lumière vive reflétée par la neige , et qui , en comptant les crépuscules , persiste pendant près de neuf mois de l’année. Tout en citant ce fait, nous ferons à son égard les réserves que nous indiquions plus haut relativement aux influences de l’organisation; car les nègres ne blanchissent pas plus dans nos climats, que les Européens ne noircissent sous les tropiques , et la coloration de la peau par l’action du soleil ne s’étend pas au-delà des parties qui sont soumises au contact de la lumière ; celles qui sont recouvertes par les vêtements conservent leur couleur primitive.

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