‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 6 sur 298 · MP · texte numérisé non relu

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appelé l’impuissance anaphrodisie , et la stérilité agénésie. En un mot, dans l’impuissance ou anaphrodisie, il y a incapacité à la copulation ; dans la stérilité ou agénésie, incapacité à la fécondation.

De l'impuissance chez l'homme. — Le rôle de la femme étant presque passif dans l’acte vénérien, on conçoit que l’impuissance doit être beaucoup plus fréquente chez l’homme.

Parmi les imperfections de l’appareil génital qui peuvent empêcher la copulation chez l’homme, nous citerons surtout : 1° les causes qui empêchent l’intromission du pénis : ainsi, la brièveté ou la grosseur excessives, la direction vicieuse ou la bifurcation de cet organe; 2° les causes qui empêchent la sécrétion du liquide fécondant : ainsi l’absence ou l’altération des testicules ou des glandes séminales; 3° celles qui empêchent l’émission du sperme : lésions des conduits éjaculateurs, gonflement de la prostate, tumeurs siégeant dans l’urêtre, imperforation du gland, etc.; 4° enfin le défaut de faculté érectile du pénis.

Ces causes, dont nous avons seulement donné les principales variétés, ont rarement une valeur absolue; leur manière d’agir exigerait, pour être nettement appréciée , des développements que la nature de cet article ne pourrait comporter ; aussi nous nous contenterons de les citer sans les soumettre à la discussion. Quant au quatrième ordre de causes, c’est-à-dire au défaut de faculté érectile du pénis, il peut tenir, soit à ce que la partie du système nerveux qui préside à l’incitation vénérienne ne peut exercer son empire , soit à ce que cette stimulation nerveuse existant, l’appareil génital est incapable d’en ressentir l’influence; soit enfin à ces deux circonstances existant simultanément. Différentes lésions de l’encéphale, les progrès de l’âge, les excès ou les plaisirs prématurés, la continence, certaines impressions morales, l’ingestion de certaines substances, etc., etc., peuvent empêcher les désirs vénériens et cette incitation nerveuse nécessaire à l’ crédibilité du pénis.

Quoique la vieillesse amène le plus ordinairement une diminution notable dans les penchants amoureux, il est difficile de déterminer l’âge auquel ils cessent habituellement : Abraham avait cent soixante ans quand il engendra Isaac, et sa femme, Sara, enceinte à quatre-vingt-dix ans , sut captiver encore le roi Abimeleck; mais tout en n’acceptant qu’avec une grande réserve ces exemples exceptionnels, on sait que des vieillards conservent jusqu’à un âge très-avancé non-seulement les désirs vénériens, mais même la faculté génératrice.

Parmi les impressions morales , la crainte, la surprise, l’inquiétude, la jalousie, l’indifférence, une exaltation trop grande, en un mot toutes les passions de l’âme portées à l’excès peuvent causer une impuissance momentanée. Montaigne a donné d’excellents conseils aux maris qui ne peuvent le premier jour de leur hymen dominer leurs émotions : « Les mariés, dit-il, le temps estant tout leur, ne doivent s’y presser , ni taster leur entreprise s’ils ne sont prêts, et vault mieux faillir indécemment à estrenner la couche nuptiale pleine d’agitation et de fièvre, attendant une autr^ plus pri-

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vée et moins allarmée, que de tomber en une perpétuelle misère. »

On sait l’influence funeste qu’avait en pareille occasion sur les gens du peuple la menace des sorciers qui prétendaient nouer l'aiguillette....

Les veilles prolongées, les travaux opiniâtres, les méditations profondes et surtout les abstractions scientifiques, diminuent beaucoup la faculté génératrice et peuvent causer l’impuissance. Enfin, elle peut être déterminée par l’action sédative de certaines substances, la jusquiame, la ciguë, l’acide carbonique; le camphre était cité aussi en première ligne par l’école de Salerne ( camphoraper nares castrat odore mares) , mais ses propriétés anti-aphrodisiaques, comme celles de l’agnus-caslus, du nénuphar, des semences froides, etc., paraissent aujourd’hui bien problématiques.

L’excitation nerveuse peut, au contraire, exister pleine et entière, les désirs vénériens peuvent être poussés au plus haut degré, sans que l’érection du pénis s’effectue. Là encore, nous mettrons en première ligne certaines causes dont nous avons déjà plus haut apprécié les effets sur le système nerveux en général. Mais ici leur action ne s’exerce plus sur l’encéphale , elle détermine l’atonie du tissu érectile, la paralysie des muscles érecteurs ; elle est seulement locale et ne s’étend qu’aux organes génitaux; ainsi l’habitude de la masturbation, des jouissances excessives ou prématurées, etc. C’est à ces abus déplorables de l’enfance et de la jeunesse qu’il faut attribuer cette impuissance de l’âge mûr. En Asie, où les esclaves sont abandonnées si facilement aux jeunes gens riches, l’aphrodisie survient aussi de très-bonne heure, et, d’après M. Niebuhr, les mahométans sont souvent, avant leur trentième année, dans un épuisement complet. C’est pour éviter l’affaiblissement qui suit les mariages précoces que Lycurgue avait fixé à trente-sept ans, et Platon à trente, le mariage des hommes.

Quoique l’état de maladie diminue ordinairement ou suspende pour un temps la faculté vénérienne , cependant il est quelques affections qui semblent au contraire l’augmenter : ainsi, les sujets phthisiques (poitrinaires) sont le plus généralement portés avec fureur aux plaisirs de l’amour si désastreux pour eux.

Enfin , certaines circonstances, telles que l’état d’ivresse, le moment de la digestion et surtout le vin de Champagne, tout en déterminant vers l’encéphale une stimulation très-vive, produisent en même temps dans l’appareil génital une atonie et une impuissance remarquables.

De l'impuissance chez la femme. — L’absence du conduit vulvo-utérin , l’étroitesse excessive on ! l’ampleur trop considérable de ce conduit, le prolapsus du vagin ou de l’utérus, la présence de tumeurs oblitérantes, telles sont les principales circonstances qui peuvent déterminer l’impuissance chez la femme. Quant aux impressions morales et à différentes modifications de l’appareil sexuel déterminées par l’àge ou la maladie, ce sont bien là des circonstances défavorables , sans doute, mais comme elles ne s’opposent pas d’une manière absolue à l’acte vénérien, on doit les regarder plu-

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lôi comme des causes de stérilité que comme des causes d’impuissance.

Les indications curatives, dans les cas d’obstacle physique, ne pouvant être mises en œuvre que par l’homme de l’art, il serait inutile de les énumérer; quant à l’impuissance produite par le défaut de passion vénérienne, ou par l’asthénie des organes génitaux, il est souvent possible d’en triompher, et l’on appelle spermatopés ou aphrodisiaques, les moyens employés pour la combattre. La liqueur séminale ayant été regardée long-temps comme la cause de l’excitation vénérienne, on devait chercher les moyens d’en favoriser la sécrétion; ainsi, certains aliments, tels que les huîtres, la chair des poissons, les viandes blanches, etc., étaient regardés comme des spermatopés puissants ; mais on sait aujourd’hui, d’une part, que la sécrétion du sperme est l’effet et non la cause de l’excitation vénérienne, et de l’autre, que les prétendus spermatopés n’ont aucune des vertus spécifiques qu’on leur attribuait : quant aux aphrodisiaques, il est impossible de mettre en doute leur action spéciale sur l’appétit génital. Parmi les substances les plus actives, il faut surtout ranger les cantharides et le phosphore. On trouve dans les annales de la science des exemples nombreux de morts ou de maladies graves causées par les jouissances forcées qu’excitent ces médicaments; les pastilles vénitiennes, les diablotins , et tous ces philtres dangereux qu’on prépare en Italie et en Asie, renferment des cantharides ou du phosphore; les aphrodisiaques les plus vantés encore sont : la vanille, le safran, la menthe, l’ambre gris, le ginseng; le fameux bangi des Indiens et le malasc des Turcs sont composés avec les feuilles du cannabis indien mêlées à des plantes aromatiques.

On sait l’usage abusif que font les Orientaux de l’opium pour se procurer des rêves voluptueux ; aussi ce médicament fait-il la base de mille spécifiques contre l’impuissance. L’opium mêlé avec le musc et l’ambre gris constitue le fameux remède de magnanimité de Kœmpfer.

Un grand nombre de substances alimentaires sont aussi regardées dans le monde comme aphrodisiaques; ainsi les œufs, le chocolat, le salep, les truffes, les champignons, l’artichaut, le céleri, les fruits parfumés, elc; maison doit plutôt considérer ces substances comme des excitants généraux que comme aphrodisiaques.

Enfin, les onctions, les liniments, les vapeurs aromatiques, les topiques irritants, les vésicatoires aux lombes, le massage , l’urtication même et la flagellation, ont été employées pour réparer des ans l'irréparable outrage. L’électricité a été aussi mise en usage, et un médecin de Londres, le docteur Graham, fonda lui-même, en 1780, un établissement dans lequel étaient disposés des lits électriques destinés à combattre l’inertie des organes génitaux.

On peut certainement, quand l’impuissance lient à une froideur naturelle, à un affaiblissement momentané , ou à d’autres circonstances spéciales, dont le médecin seul peut êtrejuge, employer, toujours avec une extrême prudence, les excitants vénériens; mais toutes les fois que l’impuissance sera

due à des excès qui auront amené un épuisement général, et surtout aux progrès de l’âge, on ne recourra jamais sans le plus grand péril aux aphrodisiaques. Combien de vieillards ont trouvé la mort dans cette fatale déviation aux lois de l’organisme, et combien de jeunesgens perdent prématurément, et par une excitation factice, des facultés qui ne doivent être exercées qu’avec une certaine mesure et dans certaines conditions toutes spéciales de l’économie !

De l'impuissance sous le rapport médico-légal. — Chez les Romains, on attendait deux ans pour prononcer sur les cas d’impuissance; les décrétales contenaient des dispositions plus favorables aux maris ; ainsi le texte xv du livre iv de Frigidis et Malef., vous permettait de prendre une autre femme quand la vôtre était malade.

Il est à remarquer que dans les derniers siècles, c’est toujours aux théologiens qu’était dévolu le jugement des cas de cette nature ; ainsi l’archevêque de Tolède déclara impuissant le roi de Castille, Henri IV, qui était entouré de maîtresses et qui avait de sa femme une fille, héritière de son royaume; et le chapitre delà cathédrale de Lisbonne déclara impuissant Alphonse, roi de Portugal, sur la demande de sa femme, la princesse de Nemours, qui voulait épouser l’infant don Pèdre son beau-frère.

C’est, d’après le président Bouhier, au quatorzième siècle que les congrès furent institués en France. Cette épreuve, la plus ridicule, et, il faut le dire, la moins probante, donnait lieu tous les jours aux débats les plus scandaleux; enfin, en 1659, le marquis de Langeais ayant été , à la suite d’un congrès, déclaré impuissant, se maria malgré cet arrêt à Diane de Navailles, dont il eut sept enfants; sa première femme étant morte, le marquis se pourvut en requête à la grand’chambre, contre l’édit qui l’avait déclaré impuissant; la grand’ chambre sentant, dit Voltaire, le ridicule de tout ce procès et celui de son arrêt, confirma le nouveau mariage , le déclara très-puissant, et abolit pour toujours le congrès.

En Angleterre, le congrès n’avait pas lieu ; mais il était une foule de cas où l’on recourait à l’expertise des médecins pour juges la question d’impuissance. Ainsi, au rapport de Venette ( t. 2, p. 43 ), les deux médecins chargés par ordre du cardinal d’Angleterre et du comte de Warwick de visiter la Pucelle d’Orléans, déclarèrent que, d’après sa conformation, il était physiquement impossible qu’elle perdît jamais sa virginité.

De nos jours, quoique les médecins soient trèsrarement appelés comme experts en pareille matière, cependant dans une accusation de défloration ou de viol, dans une imputation ou un déni de paternité ou de maternité, ils peuvent avoir à résoudre la question d’impuissance, et c’est là un des problèmes les plus difficiles et les plus délicats de la médecine légale.

H. Landouzy,

Professeur à l’école préparatoire de médecine de Reims,

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inanition, (physiol.) s. f. (de inanis, vide), affaiblissement qui résulte du défaut de nourriture.

inappétence ( sémèiol .), s. f. (de in négatif, appetere, désirer), défaut d’appétit. (V. Anorexie.)

incandescence (physique ), s. f. ( inçandescere , brûler). On désigne sous ce nom l’état d’un corps solide rendu d’un blanc éclatant parla chaleur.

incarcération frhir.), s. f. ( incarceratio , emprisonnement), mot introduit en chirurgie par les Anglais et par Scarpa pour désigner le premier degré de l’étranglement herniaire. (V. Hernie .)

incinération (physique), s. f. (cinis, cineris, cendre), action par laquelle un corps est réduit en cendres.

incisif, ive ( anat adj. (de incidere, couper). On appelle dents incisives les quatre dents qui arment chaque mâchoire en avant. (V. Dents ) — Les conduits incisifs sont deux canaux creusés dans l’os maxillaire supérieur, qui, partant de la partie antérieure des fosses nasales vont se rejoindre au fond du trou palatin situé lui-même derrière les deux dents incisives moyennes ; de cette disposition il résulte un véritable Y . — En matière médicale , on désignait autrefois sous le nom d’incisifs une classe de médicaments que l’on croyait propres à atténuer, à rendre plus subtiles les humeurs épaissies et fixées sur un organe, tels étaient surtout les légers stimulants à l’aide desquels on combat les catarrhes chroniques. Cette expression est bannie de la science ainsi que la théorie qui l’avait enfantée. J. B.

incision ( chir .), s. f. [incidere, couper). On appelle incision toute solution de continuité faite méthodiquement dans les parties molles au moyen de l’instrument tranchant. (Y. Opération .)

incitabilité ( physiol .), s. f. (d eincitare, exciter). On appelle incitabilité ou excitabilité la disposition des organes à ressentir l’action des stimulants.

(V* Irritation .)

incontinence ( hyg .), s. f. (de in négation, et continentia , modératiçm, retenue) . Ce mot a deux acceptions fort différentes en morale et en pathologie. Dans le premier cas, on désigne ainsi le vice opposé à la chasteté; dans le second, l’impossibilité de retenir les urines et les matières fécales. L’incontinence d’urine devant être traitée aux mots Paralysie et Vessie, nous n’avons pas à en parler ici. Dans cet article, nous nous occuperons seulement de l’incontinence comme exprimant le défaut de modération dans les approches sexuelles , renvoyant au mot Onanisme tout ce qui se rapporte aux dangers qu’entraîne cet acte contre nature.

L’abus des plaisirs vénériens peut être envisagé sous plusieurs points du vue, d’abord dans l’état de santé, puis dans divers états pathologiques, tels que la grossesse et l’allaitement, et enfin dans les cas de maladie.

La première considération qui se présente est celle des âges. On sait combien l’union prématurée des sexes est nuisible à la santé non-seulement des

sujets eux-mêmes , mais encore des enfants qui en proviennent. Les voyageurs ont noté que, dans certaines contrées de l’Inde, par exemple, et dans quelques-unes des îles de la mer du Sud, oùlesfillesj du peuple s’adonnent de bonne heure au liberti-' nage, les enfants qui naissent de ces déréglements sont faibles et cacochymes. Ecoutons Forster le fils, l’un des savants qui accompagnèrent Cook dans son second voyage, à l’occasion des femmes deTaïtiqui venaient à bord faire commerce de leurs charmes avec les matelots : « Quelques-unes ne semblaient » pas avoir plus de neuf à dix ans, et on ne voyait » en elle aucun signe de puberté. Un libertinage si » prématuré doit avoir des suites funestes sur la » nation en général, et je fus frappé d’abord de la » petite stature de la classe inférieure du peuple, » à laquelle appartiennent toutes les prostituées. » Nous y avons remarqué peu d’individus au-des- » sus d’une taille moyenne. »

On voit également, chez nous, dans les grandes villes, où certaines classes se livrent à la corruption presque au sortir de l’enfance, toute cette génération chétive et comme avortée offrir les traits d’une caducité précoce.

D’un autre côté, un âge avancé est Souvent un obstacle aux jouissances vénériennes qu’on ne peut franchir sans de graves dangers, et l’on a cité plusieurs exemples de vieillards morts presque subitement pour avoir voulu renouveler les exploits de leur jeunesse.

Les anciens avaient parfaitement compris la question qui nous occupe actuellement; ils savaient très-bien distinguer l’abus de l’usage, et le plus élégant des auteurs latins qui aient écrit sur la médecine, Celse, avait ainsi résumé la doctrine hippocratique sur ce sujet : « Ce commerce, lors- » qu’il est rare, fortifie ; il abat, quand il est fré- » quent. Au reste, comme la fréquence ne se mesure » point ici par la seule répétition des actes, mais » qu’elle s’estime par le tempérament, l’âge et les » forces , il est bon de savoir sur cet article que le » commerce des femmes, lorsqu’il n’est suivi ni d’é- » puisement ni de douleur, n’est point nuisible au » corps. Le jour il peut être dangereux, la nuit il » est plus sûr, etc... » Ces préceptes sont, comme la vérité, de tous les pays et de tous les temps.

Quant aux conséquences funestes des passions désordonnées, on sait dans quel état d’abattement et de langueur jette la répélition multipliée de l’acte vénérien. Si l’on persiste, bientôt les sens s’affaiblissent, l’intelligence s’éteint, tout le corps tombe dans le marasme, et une véritable consomption fi • nit par conduire le malade au tombeau. C’est ainsi que périt l’auteur de XArt d'aimer, Gentil-Bernard, victime de la divinité dont il s’était fait le grand prêtre.

L’énergique et fougueux satirique du dix-huilième siècle nous a tracé un admirable tableau de l’état de dégradation auquel conduit une débauche effrénée. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ces quelques vers :

Suis les pas de nos grands : énervés de mollesse.

Ils se traînent à peine en leur vieille jeunesse,

Courbés avant le temps, consumés de langueur,

Enfants efféminés de pères sans vigueur ;

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Vous les voyez encor amoureux et volages Chercher, la bourse en main, de beautés en beautés,

La mort qui les atteint au sein des voluptés!

Mais c’est assez parler de l’incontinence considérée comme abus dans l’état de santé, nous allons voir que l’usage même modéré du coït peut, dans certaines circonstances spéciales, offrir de graves inconvénients.

L’acte vénérien pratiqué pendant le cours des règles, dit M. Deslandes, peut quelquefois le déranger, ajoutons qu’il détermine aussi assez souvent, chez l’homme, des inflammations, des écoulements; il est donc plus prudent de s’en abstenir pendant la durée de la menstruation.

On a beaucoup exagéré les dangers du coït pendant la grossesse : on a dit (Levret, Gardien, Dugès, etc.) qu’il était une cause fréquente d’avortement. On sait que les musulmans s’abstiennent de leurs femmes pendant tout le temps que dure la gestation; et parmi nous beaucoup de femmes grosses empruntent à des motifs religieux le droit de se soustraire aux embrassements de leurs maris : quoiqu’il en soit de ces dernières raisons, il est certain que les excès vénériens peuvent entraîner l’avortement, tandis que de l’avis presque unanime des médecins, un usage modéré est généralement exempt de périls ; il faudrait cependant en excepter le cas où la femme serait excessivement nerveuse et impressionnable.

Les nourrices doivent aussi s’abstenir autant que possible des approches conjugales. «On a vu, dit- » on, des enfants être affectés de convulsions, pour » avoir pris le sein aussitôt après que leur mère » venait de se livrer aux jouissances du coït » (Deslandes) ; aussi dans beaucoup de maisons, a-ton soin d’empêcher les nourrices de communiquer librement avec leurs maris.

L’état de maladie exige encore une réserve bien plus grande: ici une abstinence complète et absolue est de la plus indispensable rigueur. Yoici quelques exemples de ce que j’avance : Un écrivain du moyen-âge, Théodoric, je crois, raconte qu’un jeune homme, fils d’un cardinal, atteint d’une plaie de tête, mourut très-promptement pour s’être livré au coït. On lit dans F. de Hilden qu’un homme déjà convalescent d’une pleurésie s’étant approché de sa femme, fut repris d’une fièvre violente et j périt en quelques jours. Hoffman raconte qu’un goutteux, âgé de 50 ans, s’étant livré aux femmes, dans la convalescence d’une fausse pleurésie , éprouva une rechute des plus graves et dont on eut beaucoup de peine à le retirer. Il suffira de ces courtes observations, que je pourrais multiplier à l’infini, pour faire comprendre l’importance de la chasteté pendant le cours d’une affection grave; au reste, la nature semble avoir prévu les dangers que pouvait faire courir à l’homme la soif insatiable de voluptés, en le privant, dans les maladies, et des désirs érotiques, et du pouvoir de les satisfaire.

Remarquons, en terminant, qu’il est des hommes doués d’une organisation exceptionnelle , qui leur permet de répéter impunément un acte si énervant pour tous les autres : on a observé que c’étaient,

en général, des hommes d’une intelligence médiocre : un muletier à ce jeu vaut trois rois, a dit Lafontaine; on a aussi, par opposition, rapporté l’exemple du célèbre Newton, qui, dit-on, mourut vierge. La vérité est que les personnes qui exercent beaucoup leur intelligence, les savants surtout, sont peu adonnés aux femmes. Quand l’incontinence dégénère en maladie, elle prend un nom particulier (V. Satyriasis) et exige alors un traitement spécial. Be auge and.

IMC0MTOTSNCS ®>urine. (Y. au Supplém.)

in corporation ( pharm .), s. f. Expression pharmaceutique qui désigne l’action de faire entrer par mixtion un médicament dans un corps mou, tels que les graisses, le miel, les extraits, etc.

xncrassant (mat. mèd.), adj. ( crassus , gras, épais). Les anciens, dans leurs idées humorales, avaient donné le nom d’incrassants aux médicaments qu’ils supposaient capables d’épaissir les humeurs, tels que les mucilagineux, les amylacés. Us sont opposés aux atténuants et aux incisifs. Inusité.

incrustation (anat. patkol.) , s. f. (de in dans, crusta , croûte). Par analogie avec ce qui se passe dans certains phénomènes de chimie, on appelle incrustations des dépôts calcaires, osseux, cartilagineux, qui se forment dans les tissus ou à la surface de certains organes, aux orifices du cœur et dans les artères, par exemple.

incubation ( path .), s. f. (de in dans, cubare, être couché). C’est la période qui s’écoule entre l’action d’une cause morbifique et ses premiers effets. C’est, à proprement parler, le temps pendant lequel la maladie couve au-dedans de nous. Ce mot s’emploie surtout dans le cas de maladie contagieuse.

INCUBE ( physiol. ), s. f, (de in dans ou sur, cubare, être couché), expression synonyme de cauchemar. (V. Sommeil.)

ihcurable (path.), adj. Se dit d’une maladie pour laquelle on ne connaît aucun moyen de guérison,

inbex (anat.), s. m . (index, qui montre, qui dési gne). On appelle index ou indicateur le second doigi de la main, celui qui vient après le pouce. ÇV.Main.)

indication (pathol.), s. f .(indicare, montrer). On désigne sous le nom d’indication l’ensemble des circonstances d’après lesquelles le médecin décide que tel ou tel mode de traitement doit être employé. Lorsqu’un remède est réclamé par un symptôme, mais qu’en même temps il y a d’autres phénomènes qui seraient aggravés par ce même médicament, il y a ce qu’on nomme contre-indication. (V. Thérapeutique.)

indigeste (hyg.), adj. (indigestus, lourd, difforme.) On caractérise de l’épithète indigeste les alimens dont la force cbymifiante de l’estomac a peine à triompher.

indigestion (pathol.), s. f. (cruditas, indigestio). Trouble fonctionnel qui ne permet pas aux substances alimentaires de subir dans le tube digestif l’élaboration nécessaire à la formation régulière du chyle.

Il est peu d’affections qui soient aussi commu-

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nés que les indigestions, et qui pourtant aient été plus négligées des nosographes ; la raison en est fort simple, c’est qu’en réalité ces indispositions sont plutôt des causes ou des effets morbifiques que des maladies elles-mêmes; c’est que, considérées comme on le fait communément, elles olfrent un ensemble compliqué de phénomènes qui ne peuvent trouver de place dans un cadre nosologique rigoureux.

Les causes qui y donnent lieu sont on ne peut plus variées. Nous énumérerons les principales

d L’ine^eTplus fréquentes est, sans contredit la trop grande quantité des aliments consommés. Les gourmands, et les enfants qui le sont assez ordinairement (gourmands), y sont par cela meme fort sujets. Le gourmet, lui, est plus sensuel qu avide- ainsi quand il éprouve de mauvaises digestions o/est plutôt à raison des qualités souvent trop stimulantes des aliments qu’il a choisis qu’a leur abondance qu’il faut attribuer l’accident de non -digestion. Les véritables gastronomes ont flétri, dans tous les temps, ce vice honteux , et ont cherché à établir une ligne de démarcation bien tranchée entre leur goût plus raffiné, quoique peut être aussi blâmable, et l’abjecte gloutonnerie de leurs rivaux de table. C’est à ces derniers que s’appliquent évidemment ces vers de la Gastronomie :

Albinus engloutit dans une matinée De quoi rassasier vingt mortels affamés.

Phœgon fut dans ce genre un des plus renommés ,

Son estomac passa la mesure ordinaire :

Tel qu’un gouffre effrayant que nous cache la terre,

Il faisait disparaître en ces rares festins Un porc , un sanglier, un mouton et cent pains. »

Une autre cause bien efficace d’indigestion se trouve dans les qualités plus ou moins défectueuses de certains aliments. Lorsque cette circonstance se rencontre avec leur quantité trop considérable , il est bien rare que l’indigestion ne se présente pas sous un aspect beaucoup plus grave et avec un cortège d’accidents quelquefois formidables. C’est ainsi que les indigestions occasionnées par la charcuterie , par les salaisons, par les crudités, par des viandes dures ou très-épicées , par celles qui sont faisandées ou déjà altérées par un mouvement spontané de décomposition, par les corps gras, par les substances visqueuses, glaireuses, etc., peuvent compromettre sérieusement la vie du malade.

Nous indiquerons rapidement ceux de ces aliments dont on fait un plus fréquent usage et dont il est toujours bon de se méfier, si l’on veut éviter d’en être incommodé. De ce nombre sont :

Les aliments crus (les artichauts, dits à la poivrade, les cornichons, les raves et ies radis, et au reste toutes les racines, feuilles et autres parties des végétaux qui n’ont pas été soumises à la cochon; les fruits verts, etc).

Les aliments flatueux ou venteux (presque tous les légumes secs, tels que les haricots, les fèves, les lentilles, etc., les fécules à moitié cuites, les

pâtes épaisses, etc., auxquelles il faut ajouter la choucroute [sauer-krout des Allemands), le raisiné, les prunes crues, et en un mot toutes les substances susceptibles d’éprouver soit par ellesmêmes, soit par leur mode vicieux de préparation, un commencement de fermentation dans l’intérieur des voies digestives). Les provisions gâtées ou détériorées d’une manière quelconque sont encore dans la même catégorie.

Les aliments visqueux (le veau, l’agneau, le cochon de lait, le jeune lapin, la tortue, les grenouilles, les limaçons, etc., et toutes les parties trop gélatineuses des autres animaux, comme les pieds de mouton, de cochon, etc).

Les aliments durs ou coriaces (les aponévroses, tendons, ligaments, cartilages, etc., de la plupart des animaux).

Les aliments desséchés, fumés ou salés; méthode qu’on met en pratique dans presque tous les pays pour la conservation des viandes de porc, pour celle de beaucoup de poissons, etc.

Les aliments gras (le beurre, les huiles, la panne, les viandes conservées dans la graisse, les anguilles, lamproies, etc).

Les aliments forts, de haut goût , tels que le gibier à chair noire et odorante (le cerf, le chevreuil, le lièvre, le faisan, l’oie, le canard, etc.); on sait encore combien le sang cuit, ou boudin , et les cervelas sont lourds et de pénible digestion.

Nous terminerons cet aperçu des principaux aliments indigestes par l’indication des fruits des cucurbitacées ( melons , potirons , concombres, etc.), qui généralement causent de fréquents renvois, signes certains de la difficulté de leur digestion.

La nature des boissons est encore une cause puissante d’indigestion. Prises avec excès, les liqueurs fermentées manquent rarement de la déterminer; elles produisent l’ivresse, et l’ivresse s’accompagne presque toujours d’indigestion. Il y a même une multitude de personnes fort sobres et pour lesquelles un verre de vin pur, de bière forte ou de gros cidre, sont plus que suffisants pour l’occasionner, en surexcitant les tuniques de l’estomac au-delà des limites de leur activité normale. Le café, l’eau-de-vie et les liqueurs de table, même en très-petite quantité, donnent souvent lieu au même effet fâcheux, bien qu’on les qualifie communément de liqueurs digestives. Sans doute elles agissent de cette manière dans quelques circonstances , mais il faut reconnaître qu’il n’en est point ainsi , à beaucoup près, dans la grande majorité des cas : toutefois nous ferons remarquer que si l’on a cru, à tort, durant très-longtemps, que les mauvaises digestions dépendaient ordinairement de l’asthénie (faiblesse) de l’organe gastrique, on est peut-être tombé aujourd’hui dans une erreur opposée, en les attribuant presque toutes à l’hypersthénie (trop grande force) de ce viscère.

Dans les climats chauds, il y a un, grand nombre d’indigestions qui sont dues à l’impression subite d’une boisson très-froide ; et chez nous-mêmes , l’eau à la glace, les glaces, les sorbets, les vins frappés de glace ne nous fournissent-ils pas tous

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les jours des exemples de ce genre dans la belle saison.

Il ne saurait être question dans cet article , que la nature de cet ouvrage nous oblige de restreindre, des causes d’indigestions tirées de l’état de l’estomac, non plus que de celles dépendantes des maladies des autres organes, nous dirons seulement quelques mots de certaines circonstances qui peuvent précéder, accompagner ou suivre le repas, et qui, par leur influence, sont aptes à déranger le travail du conduit gastro-intestinal.

Tout le monde sait que si l’on se met à table immédiatement après une violente émotion, une frayeur, un accès de colère, une triste nouvelle ou un transport de joie, l’agitation qui en résulte est peu propre à favoriser l’accomplissement d’une bonne digestion. On' conçoit aisément que si ces fâcheuses dispositions ne viennent à se manifester que durant le repas ou peu de temps après, elles n’en troublent pas moins et peutêtre plus fortement encore, les fonctions de l’appareil digestif. Personne n’ignore pareillement que si l’on mange avec trop de précipitation, sans prendre la peine de mâcher, sans boire suffisamment , etc., l’élaboration subséquente des aliments qu’on a pris ainsi en est rendue beaucoup plus difficile. De là le dicton proverbial : morceau bien coqueté est à moitié digéré.

Enfin , la même imperfection digestive ne manque guère de se faire remarquer chez les sujets délicats, s’ils se livrent à l’étude sitôt après le repas, comme y sont fréquemment contraints les savants et les gens de lettres qui se trouvent pressés par quelques travaux qui ne peuvent souffrir de retard. Nous aurions sans doute encore à noter une infinité d’autres circonstances susceptibles d’entraver la digestion ; mais on sent bien qu’il ne nous est pas possible de les rapporter toutes; cependant qu’il nous soit permis de signaler encore à l’attention de nos lecteurs les graves inconvénients qu’il y a à prendre des bains froids, à une époque trop voisine de celle où l’on vient de prendre des aliments et avant que l’estomac ait eu le temps de s’en décharger en les poussant dans le tube intestinal. Il faut donc attendre que la digestion soit plus avancée, si l’on veut que l’ingestion de ces aliments ne soit pas suivie de quelques mauvais résultats.

Il existe un grand nombre de degrés et de variétés dans les phénomènes que présentent les indigestions, qui peuvent être simples ou compliquées, légères ou fortes, longues ou rapides, complètes ou incomplètes, habituelles ou accidentelles, avec ou sans évacuation notable, etc., être stomacales ou duodénales, ou bien avoir lieu dans le jéjunum, l'iléon, ou plus bas encore, car il n’est pas douteux que, dans l’état normal, le travail de la digestion ne se prolonge jusque dans le cæcum et le colon, et que ce ne soit que lorsque le bol alimentaire est parvenu au rectum, qu’il cesse entièrement de fournir du chyle. (V. le mot Digestion).

Notre intention ne peut pas être de donner ici une description spéciale et détaillée de chaque espèce et variété d’indigestion; il sera suffisant, sans doute, pour une affection d’ailleurs si commune et

si vulgaire, d'en retracer une esquisse générale, en prévenant, au reste, qu’un assez grand nombre de symptômes peuvent et même doivent manquer, suivant que l’indigestion est stomacale ou intestinale, forte ou faible, simple ou compliquée, etc.

Les indigestions ne se manifestent ordinaire mentquequelquesheuresaprès le repas. On éprouve d’abord un malaise général, un état d’anxiété, de plénitude et de pesanteur dans la région susombilicale (l’épigastre), accompagné de chaleur, d’ennui, de tristesse, etc. La langue se salit, le dégoût, qui s’était fait ressentir dès les premiers instants, augmente de plus en plus ; des eaux aigres viennent inonder la bouche, et les nausées se multiplient; des hoquets, souvent fort incommodes, se déclarent et durent plus ou moins long-temps. Il en est de même de la dyspnée ou gêne de la respiration. Cet état d’angoisse encore peu considérable se prolonge une heure ou deux, et quelquefois plus, puis les éructations ou rapports font place à de violents efforts de vomissement, qui ne tardent pas à être suivis de vomissements répétés, et plus ou moins copieux, selon la qualité et la quantité des aliments ingérés, ou bien encore selon le degré d’irritation qu’ils ont fait éprouver aux tuniques de l’estomac. Il arrive presque toujours aussi que les malades se plaignent d’une très-forte céphalalgie ou mal de tête; quelquefois leur visage se colore, d’autres fois il devient d’une pâleur effrayante. Chez quelques sujets, et particulièrement chez les femmes et les personnes nerveuses, on observe de légers mouvements spasmodiqnes ; des lipothymies et même des syncopes.

A ces symptômes, que nous désignerons volontiers sous le titre de supérieurs, puisqu’ils procèdent tous de la moitié supérieure du tube digestif, il faut ajouter ceux qui se développent dans l’autre moitié, et qu’on pourrait, pour cette raison, appeler inférieurs; tels sont les flatuosités, lesborborygmes et les coliques qu’occasionnent la formation et le déplacement des gaz intestinaux, dont la bruyante sortie par l’anus laisse exhaler des odeurs si fétides. Surviennent enfin des évacuations alvines, d’abord à demi-solides, puis liquides, et qui diffèrent par leur abondance, leur nombre et leur durée, d’après les diverses circonstances qui ont concouru à provoquer et à déterminer l’indigestion. Ces symptômes sont ordinairement les derniers des indigestions propremen t dites ; ils soulagent promptement les malades, du moins dans la plupart des cas , et achèvent de les rétablir, en enlevant la cause de leur indisposition et en leur permettant de s’abandonner à un repos durant lequel les fonctions qui avaient été accidentellement troublées rentrent peu à peu dans leur état normal.

Nous avons avancé qu’il pouvait y avoir de véritables indigestions sans vomissements ni déjections par bas; ce sont celles que quelques auteurs ont qualifié d’indigestions sèches. Elles ne se manifestent que dans certaines circonstances particulières, et résultent le plus communément, non pas de la surcharge de l’estomac par une trop grande quantité, non plus que parla mauvaise qualité des aliments, mais bien éclatent à la suite d’un repas ordinairej dont l’élaboration a été tout-à-coup et

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passagèrement troublée par l’impression (1 un froid vif, ou par l’explosion subite d’une grande douleur, d'un violent accès décoléré, d’un abattement profond, d’une joie excessive, ou de toute autre affection morale insolite et portée à un haut degré d’intensité.

Le traitement de l’indigestion est, en général, fort simple, et, partant, devenu populaire dans toutes les classes de la société. Le remède domestique auquel on a le plus souvent recours quand on se sent incommodé après avoir mangé n’est pas toujours le mieux approprié ; le thé, en effet , n’est vraiment utile que lorsque l’indigestion provient de l’insuffisance des forces gastriques, de la faiblesse de 1 estomac, du défaut d’incitation de ce viscère, ou du manque d’assaisonnement d’aliments trop peu stimulants par eux-mêmes, comme le sont, par exemple, les farineux et toutes les substances alimentaires peu sapides. Mais dans des conditions opposées l’excitation produite par le thé, loin de seconder le travail de la digestion, ajoute, au contraire, à l’irritation déjà trop grande dont l’estomac est le siège, et qui se propage, par l’intermédiaire du système nerveux, à la plupart des autres appareils organiques. Le bouillon de veau et le bouillon aux herbes lui sont le plus souvent préférables ; et dans les cas assez rares où il peutparaitre avantageux d’administreruneboisson légèrement tonique, n’avons-nous pas dans la véronique, le serpolet, lapetite sauge, la camomille, etc., des agents pharmacologiques presque aussi agréables, beaucoup moins coûteux et tout aussi efficaces?

En même temps qu’on donne des boissons aqueuses abondantes, qui ont pour premier effet de délayer les aliments non-digérés, il est à propos d’essayer de décider les vomissements, non-seulement par la fréquente ingestion de ces liquides délayants ettièdes, mais aussi par la titillation de la luette à l’aide des barbes d’une plume, ou par l’introduction des doigts jusqu'au fond de l’arrière-bouche; et, soit qu’on ait réussi à amener le vomissement des matières qui pesaient sur l’estomac, soit qu’on n’ait pu l’obtenir, et à fortiori ; dans ce dernier cas, l’emploi réitéré des lavements à l’eau de son, de graine de lin, à la racine de guimauve, ou tout simplement à l’eau pure, est bien certainement ce qui soulage le plus les malades, en débarrassant les intestins, et en atténuant, autant que possible, l’âcreté et les autres qualités malfaisantes, qu’y ont contractées les substances alimentaires, depuis le commencement de l’indigestion.

Tel est à peu près le traitement ordinaire et banal auquel les malades ont habituellement recours, et qu’on voit si fréquemment couronné d’un plein succès. Quant aux autres moyens que l’on peut opposer aux indigestions, l’intervention du médecin devient indispensable, à cause des inconvénients graves et du danger même qui pourraient résulter de l’administration intempestive d’agents doués d’une grande activité. C’est ainsi que, parmi les médicaments employés pour combattre ces indispositions, le tartrate de potasse et d’antimoine (émétique) est un de ceux qui méritent le plus peutêtre de fixer notre attention. Les circonstances dans

lesquelles on peut sans crainte le conseiller se déduisent de l’état de l’estomac et de celui des autres organes, ce que la science seule peut apprendre à reconnaître et à faire tourner au profil du malade, en permettant d’appliquer le remède le plus prompt et le plus efficace. Les détails dans lesquels il faudrait entrer à cet égard seraient beaucoup trop étendus; nous nous bornerons donc à prémunir les imprudents contre les périls que pourrait leur faire courir l’administration irréfléchie d’un médicament aussi énergique que l’est le sel en question, et engagerons les amateurs de la bonne chère à se garder avec soin de suivre trop fidèlement l’avis de M. Grimod delaReynière, leur chef, qui leur prescrit d’avoir toujours de l’émétique dans leur portefeuille, et d’en prendre pour recommencer un nouveau repas quand le premier leur a fait mal.

Quoique incomparablement moins actif, l’ipécacuanha mal administré n’est pas non plus sans danger, et ce que nous disons de l’emploi des vomitifs, s’applique également à celui des substances purgatives, dont il importe de n’user qu’avec beaucoup de réserve et seulement dans certaines circonstances bien arrêtées.

La saignée, aussi recommandée dans quelques cas compliqués de congestion cérébrale, ne pouvant se pratiquer sans le secours d’un homme de l’art, ce sera à lui à juger de son utilité ou de ses inconvénients, en examinant le sujet confié à ses soins. Bien qu’il soit rarement nécessaire de tirer du sang dans les indigestions, nous croyons devoir rappeler à la mémoire des praticiens la fin déplorable du docteur Gastaldé non moins connu par ses aimables qualités et par ses talents distingués en médecine, que par son funeste amour pour les plaisirs de la table, et qui, suivant l’expression des gastronomes, mourut au champ d’honneur, faute d’une saignée qui ne put être faite assez à temps pour le sauver : il venait de succomber à une indigestion avec hémorrhagie cérébrale.

Il eslencore d’autres moyens auxquels le médecin peut recourir, mais le plus communément, ceux que nous venons d’indiquer lui suffisent tout-àfait pour triompher de ces sortes d’affections. Et quant aux nombreuses infirmités qui peuvent être la conséquence des indigestions habituelles, il ne nous appartient pas d’en traiter ici, et renvoyons pour cela nos lecteurs aux articles qui concernent chacune d’elles en particulier.

F. E. Plisson.

Docteur eu Médecine.

indigo {chim.), s. m. C’est une matière colorante obtenue par la fermentation des feuilles de plusieurs espèces d’indigotiers ; elle n’est soluble que dans les acides sulfurique et nitrique. Elle tire son nom de l’Inde, patrie des plantes qui les fournissent. L’indigo est composé, suivant M. Chevreul, d’un principe colorant bleu qu’il a nommé indigotine, d’une résine rouge, d’une matière rouge verdâtre, de sous-carbonate de chaux, d’alumine, de silice, d’oxide de fer, etc. En Allemagne, le professeur Lenhossek, imité d’ailleurs par plusieurs de ses compatriotes, a proposé l’usage de l’indigo contre l’épilepsie. Il en a porté la dose progressivement

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à plusieurs gros par jour, en commençant par quelques grains. Voici la formule qui a été employée à l’hôpital de la Charité de Berlin. —

Poudre d’indigo de Guatimala

réduite en pâle avec quelques

gouttes d’eau, quinze grammes.

Poudre aromatique, deux grammes.

Sirop simple, trente-deux grammes,

pour faire un électuaire.

Ce remède est d’abord assez difficile à supporter ; ii provoque de la diarrhée, des vomissemens, cause de l’anoréxie, etc. Cependant on s’y habitue, et sauf la diarrhée, les autres phénomènes disparaissent.

Dans les premiers temps de l’administration de l’indigo, les accès étaient plus fréquens et quelquefois plus forts; mais au bout de quelques semaines ils diminuaient d’intensité, et finissaient par disparaître tout-à-fait. Tous les malades guéris étaient affectés d’épilepsie idiopathique. Sur vingtsix malades traités par cette méthode à l’hôpital de la Charité de Berlin, quatre hommes et cinq femmes furent guéris , trois hommes et huit femmes soulagés , quatre hommes et deux femmes n’éprouvèrent aucun soulagement. ( Journ . des Connaiss. méd., t. 3, pag. 122.)

indolent ( path .), adj.(m, négatif, dolens, douloureux). Un organe ou une formation anormale, telles qu’une tumeur ou un abcès, sont dits indolents quand ils ne font éprouver aucune douleur au malade.

induration (anat. pathol.), s. f. ( indurare , devenir dur). C’est une des terminaisons de l’inflammalion. (V. ce mot.)

infanticide (méd. lég .) , s. m. Le Code pénal , art. 300, qualifie infanticide le meurtre d’un enfant nouveau-né, et l’article 302 édicte la peine de mort contre ce crime. Le législateur, en définissant l’infanticideetenprononçantlapeinen’apas dilce que l’on devait entendre par enfant nouveau-né, c’està-dire jusqu’à quelle époque, après la naissance, cette qualification devait être appliquée à l’enfant , et cependant cette lacune paraissait être de la plus grande importance à remplir, car en ne posant pas de terme absolu , le législateur exposait le juge à se départir de l’esprit d’équité qui doit présider à l’application de la loi.

Des médecins légistes allemands ont proposé de ne considérer comme enfant nouveau-né que celui qui n’avait pas encore reçu les premiers soins de la mère et qui était encore sanguinolent ; d’autres médecins ont adopté l’opinion émise par M. Olivier d’Angers et adoptée par Marc de considérer l’enfant comme nouveau-né tant que le cordon ombilical était encore adhérent à l’ombilic. M. Froriep, de Berlin, tout en admettant que pour le jurisconsulte l’enfant n’est nouveau-né que lorsqu’il n’a pas encore reçu les soins de la mère, dit que celte qualité existe pour les médecins tant que l’ombilic n’est pas cicatrisé. On voit, par ces diverses opinions, qu’un enfant de même âge serait considéré comme nouveau-né en raison de circonstances va-

riables suivant les sujets , puisque la chute du cordon ombilical et la cicatrice de l’ombilic ne présentent pas de terme fixe et absolu sur tous les enfants.

Les médecins légistes se sont peut-être trop préoccupés de poser des limites fixes, puisées dans les phénomènes qui se passent chez l’enfant après sa naissance. La flétrissure et la chute du cordon ombilical, la coloration de la peau, la persistance du trou de botal et la grandeur de son ouverture, l’état de l’ombilic, présentent un ensemble de faits qui permettent au médecin d’apprécier d’une manière assez certaine le nombre de jours qui s’est écoulé depuis la naissance ; car si chacun de ces signes peut présenter isolément quelque différence entr’eux, leur ensemble permet d’établir une détermination aussi rigoureuse que toutes celles que l’on peut obtenir en médecine légale, et le médecin ne doit aux juges que cette déclaration, le reste est le fait de leur appréciation.

Si la loi eût posé les limites passées lesquelles l’enfant ne devait plus être considéré comme nouveau-né, qu'elle eût fixée trois jours, quatre jours, par exemple, il est certain que la question n’en eût pas été plus claire pour les juges, car comme le plus ordinairement, dans les cas d’infanticide, l’accouchement a été caché, il eût fallu recourir encore au médecin pour fixer l’âge du nouveau-né , et la question se serait alors agitée sur les limites du terme fixé par le législateur , et sur lequel le médecin n’aurait pas toujours pu prononcer d’une manière absolue. D’ailleurs , il est important de se pénétrer de l’intention du législateur; qu’at-il voulu, eu punissant plus rigoureusement l’infanticide que l’homicide, en édictant la peine de mort sans demander les circonstances agravantes qui la font prononcer dans l’homicide, telles que la préméditation, etc? Il a voulu donner une garantie plus forte à la faible créature dont la vie est toute dans les mains de la mère, qui n’existe point encorç pour la société , qui n’en reçoit pas les garanties , en même temps qu’il a voulu punir plus sévèrement l’énormité du sentiment coupable qui étouffe dans le cœur d’une mère le penchant le plus doux et le pius puissant de la nature.

Pour nous résumer , nous dirons que si le législateur n’a point fixé l’époque et les circonstances dans lesquelles l’enfant devrait être considéré comme nouveau-né, le médecin légiste n’a pas qualité pour remplir cette lacune laissée, avec intention sans doute, à l’appréciation du juge; il doit, ainsi qu’il le peut, dans les limites de la spience, fixer l’âge de l’enfant , le reste appartient au jury et aux magistrats.

Ce n’est pas seulement pour déterminer l’âge de l’enfant que le médecin peut être appelé à éclairer les juges; les questions soulevées par l’infanticide sont des plus nombreuses et des plus importantes, elles remplissent une large place dans la médecine légale. Ainsi, il s’agira de déterminer si l’enfant est né vivant et viable , si la mort a été naturelle ou violente, si elle est le résultat d’une maladie du fœtus, d’une monstruosité , du travail de V accouchement , ou des circonstances for-

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tîntes qui ont pu l’accompagner, ou bien des violences coupables exercées par la mère ou par des complices Si le cadavre de l’enlant a été abandonné , il faudra déterminer à quelle époque doit remonter la mort.

Relativement à la femme supposée la mère , il faudra constater si elle est accouchée , depuis quelle époque, si son état mental, au moment du crime, peut permettre de supposer quelle a agi avec discernement, si son état physique au moment de l'accouchement a pu l’empêcher de donner à son enfant les soins qu’il réclamait ; si elle a pu ignorer son état de grossesse, etc., on voit par cette série de question tout le développement dont est susceptible cette importante matière. Nous n’entrerons pas ici dans de longs développements qui exigeraient une portion de ce volume et nous ne ferons qu’indiquer les points principaux , renvoyant les personnes qui désirent avoir des détails plus circonstanciés aux traités de médecine légale de M. Orfilaetde M. Devergie , aux articles de M. Olivier d Angers dans les annales d'Hygiène et à celui de Marc dans le Dictionnaire de médecine en 25 vol.

Les médecins légistes ont divisé l’infanticide en infanticide par commission et infanticide par omission. Le premier est toujours le résultat d’une intention coupable, tandis qu’il n’en est pas toujours de même du second, la mère ayant pu se trouver dans une situation qui a momentanément paralysé ses facultés.

Quelleque soit la cause de l’infanticide , la première question à résoudre est celle de déterminer l’âge de l’enfant et de savoir s’il est à terme; ce résultat s’obtient par un ensemble de signes caractéristiques tels que le volume de l’enfant , son poids, la coloration de la peau, l’état des cheveux, des ongles, l’état de la membrane pupillaire, le développement plus ou moins parfait des organes. A terme ou à neuf mois, le fœtus a environ 42 à 48 centimètres (10 à 18 pouces) , il pèse en moyenne environ 3 kil. La moitié de la longueur du corps correspond à 7 lignes au-dessus de l’ombilic , la tête est garnie de cheveux de 2 à 3 centimètres de longueur, la peau est couverte d’un enduit sébacé blanchâtre, les membres supérieurs mesurés du creux de l’aisselle à l’extrémité des doigts sont plus longs que les membres intérieurs, la membrane pupillaire n'existe plus , les testicules ont dépassés l’anneau inguinal et sont quelquefois dans le scrotum. Le méconium occupe la fin des gros intestins. Tel est l’ensemble des principaux caractères que l’on observe chez le fœtus à terme; plus on remonte dans les époques antérieures delà gestation , plus on voit disparaîlre quelques-uns de ces signes. Ainsi, indépendamment de la longueur et du volume du fœtus qui est moindre , on trouve un développement plus incomplet des membres inférieurs , un état moins parfait de la peau , l’insertion de l’ombilic plus éloignée de la partie moyenne du corps, il y a absence des cheveux, développement incomplet des ongles etc. On peut voir pour les caractères des divers âges du fœtus le mot Ovologie.

La seconde circonstance dont devra s’enquérir le médecin légiste sera de déterminer si l’enfant a

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vécu ; le fœtus peut périr dans le sein de la mère avant l’accohchement et ce cas, qui arrive aux diverses époques de la grossesse, présente des phénomènes différents. Ainsi quelquefois, le fœtus est expulsé peu de temps après sa mort et, alors, il présente des traces de décompositions qui sont particulières et qui ne ressemblent nullement à la putréfaction qui alieu àl’air libre: lapeau est d’un blanc terne, d’un aspect bleuâtre sur certaines places, l’épiderme se décolle, et pour qui les a observés, ces phénomènes ne peuvent être confondus avec ceux de la putréfaction ordinaire. D’autres fois, le fœtus reste dans l’utérus, y subit des tranformations et n’est expulsé qu’à une époque indéterminée; mais dans ce cas, la masse plus ou moins informe qui est le résultat de l’accouchement ne présente aucun des caractères d’organisation et de viabilité d’un enfant à terme. Lorsque l’enfant bien conformé est mort dans le travail, sapoitrine est déprimée; la peau pâle présente une teinte bleuâtre s’il a succombé à des symptômes de congestion , et d’un blanc mat s’il a succombé à une hémorrhagie du placenta; le poumon est d’un rouge brun, dense , d’un aspect et d’une consistance analogue à celle du foie , il est refoulé dans la partie postérieure de la poitrine.

Lorsque, au contraire, l’enfanta vécu de la vie extérieure, de sa vie propre, c’est-à-dire s’il a respiré,la poitrine présente une voussure et une élévation plus considérable dues à l’élévation des côtes et au volume qu’a acquis le poumon, celui-ci devient rouge, léger et crépitant par l’action de la distention de ses cellules par l’air , et ces phénomènes, qui se passent dans les poumons, ont donné lieu à une expérience médico-légale qui joue un rôle de la plus haute importance dans les cas d’infanticide, nous voulons parler de la docimasie pulmonaire, qui consiste à plonger dans l’eau les poumons de l’enfant nouveau-né, afin de déterminer si l’air les a pénétrés , circonstance dans, laquelle ils surnagent au liquide.

La docimasie pulmonaire ou hydrostatique a été5 appliquée pour la première fois à la médecine légale par Scherger, médecin allemand, vers la fin du xvii siècle, elle est fondée sur un principe, c’est que les poumons du fœtus, qui ont été pénétrés par l’air, sont moins pesants qu’un semblable volume d'eau , et qu’ils doivent surnager au liquide, tandis que ceux qui n’ont pas servi à l’acte de la respiration , soit d’une manière complète ou incomplète, sont plus pesants que l’eau et se précipitent au fond du vase. Cette opération se praiique de divers façons : on enlève d’abord le cœur et les poumons; on lie les gros vaisseaux, et l’on plonge cette masse d’organes dans l’eau. Si le poids du cœur n’entraîne pas les poumons au fond du vase, on peut être certain que l’enfant a respiré ; mais comme la respiration a pu n’être que partielle , la portion des poumons qui y a pris part peut n’être pas assez considérable pour faire surnager toute la masse des organes,, alors on les sépare du cœur, et on les essaie isolément, puis on les plonge dans l’eau divisés en diverses parties ; enfin, on coupe les poumons par petites portions que l’on a soin de comprimer afin

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de chasser les gaz qui auraient pu se développer dans leur tissu par l’action de la fermentation, et toutes les portions qui ont été pénétrées par l’air surnagent, tandis que celles qui n’ont pas servi à la respiration tombent au fond du vase.

Plouquet a employé un autre procédé, qui consiste à déterminer, par le poids absolu des poumons, si l’enfant a ou n’a pas respiré ; il s’est basé sur ce que les poumons, par le fait de la respiration (v. ce mot), se pénètrent d’une quantité plus considérable de sang, et que leur poids chez le fœtus s’en accroît du double. Ainsi , le poids du poumon d’un enfant qui n’a pas respiré est au poids total du corps : : 1 : 70, tandis que chez celui qui a respiré il est : : 1 : 55. La docimasie a été pratiquée encore de diverses manières et par divers procédés; tel est celui de Bernt de Vienne ; mais les limites que nous sommes forcé de nous imposer nous empêchent d'entrer dans ces descriptions.

Après avoir déterminé si l’enfant a vécu, il faut encore déclarer qu’il est né viable; ainsi l’enfant pourra n’êlre pas viable parce qu’il ne sera pas à terme, ou parce qu’il présentera des vices de conformation, qui sont incompatibles avec l’exercice normal des fonctions de la vie; tel est l’absence ou le déplacement d'un des organes indispensables à la vie, 1 absence d’une portion des parois d’une des grandes cavités, (V. Monstruosité.) l’existence de maladies organiques, qui se seront développées dans le sein de la mère, les lésions graves qui ont pu avoir lieu pendant l’accouchement ou à son occasion. Il est certain que, dans ces cas, la cause de la mort du fœtus se trouvant naturellement expliquée par les causes ci-dessus indiquées , elle ne pourra être supposée causée par le crime. Cependant, quelques médecins légistes ont pensé que le meurtre d’un enfant non viable , d’un fœtus par exemple à quatre mois de grossesse, pourrait être considéré comme un infanticide. Sans examiner les raisons plus ou moins spécieuses sur lesquelles est basé ce raisonnement, nous dirons que le fœtus qui vient à quatre mois de terme n’est pas un enfant nouveau-né, mais un avorton ; que si la loi criminelle n’a pas déterminé les conditions de la viabilité, ce fait doit être soumis par les magistrats à l’appréciation du médecin, et pour qu’il y ait meurtre, il faut qu’il y ait condition de vie, car alors vous confondrez l’avortement avec l’infanticide, puisque le fait de la sortie prématurée du fruit de la conception entraîne sa mort, et cependant la loi a prononcé une peine bien différente pour ces deux cas. Au demeurant, l’appréciation de ces doctrines en médecine légale est un point de fait que la loi, dans l’impossibilité de prévoir tous les cas, a laissé sagement à l’interprétation des jurés et des magistrats.

Le fait de la surnatation des poumons, qui établit que l’enfant a respiré, n’est pas toujours une preuve qu’il soit né vivant. Ainsi on a vu dans des cas d’accouchement des enfants respirer avant leur complète sortie de l’utérus et du vagin; d’autres, pousser de faibles vagissements dans l’utérus même. Mais ces faits, excessivement rares et qui sont même encore un objet de doute pour beaucoup de médecins, ne peuvent avoir lieu qu’ après la rup-

ture des membranes de l’amnios, et, dans ces cas même, il resterait à déterminer quelles sont les circonstances de l’accouchement qui ont pu déterminer la mort de l’enfant. Ces causes peuvent être un travail long et pénible, pendant lequel l’enfant, soumis aux pressions déterminées par les efforts de la matrice et la résistance qu’offre l’étroitesse ou la rigidité des organes de la mère, a succombé aux compressions qui ont altéré le jeu de ses fonctions, et qui surtout ont dû entraver la circulation placentaire. Une hémorrhagie produite par l’implantation du placenta sur le col de l’utérus, par son décollement dans quelques points de sa circonférence, la perte de sang abondante qui, dans ces cas, compromet souvent les jours de la mère, détermine presque toujours la mort du fœtus. La compression du cordon ombilical, en interceptant la circulation du placenta au fœtus, détermine des conséquences aussi funestes; l’entoHillement du cordon autour du cou du fœtus peut déterminer la strangulation. lien est de même de la compression du coude l’enfant par le col de l’utérus, par la vulve, lorsque l’on ne se hâte pas de délivrer la mère, mais, dans tous ces cas, il sera toujours facile de distinguer les lésions qui ont été produites pendant l’accouchement de celles qui seront produites après , soit par des accidents, soit dans des intentions coupables.

La mort naturelle de l’enfant, avons-nous dit, peut avoir lieu aussi, après l’accouchement, par faiblesse de sa constitution, par les mucosités des eaux del’amnios qui auront pu s’amasser dans la trachée-artère et empêcher la respiration , par le séjour de l’enfant dans les eaux de l’amnios et le sang provenant de l’accouchement, parla congestion sanguine qui peut avoir lieu vers le cerveau, par la compression de la tête qui a eu lieu pendant l’accouchement, par des fractures du crâne déterminés soit par le fait de l’accouchement, soit par une chute de l’enfant sur un corps dur au moment de l’accouchement ; mais nous devons dire que cette cause, qui a donné lieu à des expériences contradictoires, doit être rare, car l’élasticité des os du crâne chez un fœtus est telle qu’ils peuvent être fortement comprimés sans se rompre, et les manœuvres auxquelles on se livre dans l’application du forceps en offrent de fréquents exemples. Enfin, le milieu dans lequel l’enfant peut se trouver placé accidentellement au moment de l’accouchement, des vices de la formation, et des maladies des organes de la respiration, sont des causes qui peuvent également déterminer sa mort.

On comprend que, lorsque l’on observe des traces de lésions sur un nouveau-né, il est important de déterminer si les lésions ont eu lieu pendant l’accouchement ou après l’accouchement, pendant la vie ou après la mort, car il se peut qu’une femme, qui aura caché sa grossesse, accouche d’un enfant mort, et que des lésions soient produites par suite du délaissement du cadavre de cet enfant, qui, si elles étaient supposées avoir été faites pendant la vie, aient pu constituer un crime. Mais, ici encore , le médecin légiste a les moyens de reconnaître des blessures faites dans une intention coupable , de celles qui sont le résultat du travail

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de l’accouchement, ou qui sont survenues après la mort. Les lésions produites sur un cadavre ne présentent aucun des caractères de celles qui ont lieu pendant la vie; les phénomènes produits par l’épanchement du sang, ou des divers liquides, ceux qui résultent de la rétaction des tissus , de l’inflammation quia lieu autour des lésions permettent d’établir une distinction qui empêchera de les confondre. Nous ne pouvons entrer ici dans les nombreux détails qu’exigeraient l’examen et la discussion de chacun des cas que l’on peut supposer se présenter dans la pratique, et nous renvoyons pour ces faits aux traités spéciaux que nous avons indiqué dans le commencement de cet article.

Il en est de même des signes qui peuvent servir à déterminer l’âge de l’enfant dans les premiers jours de la naissance; ainsi indépendamment de la sortie du méconium , de la flétrissure du cordon , de|sa chute, de la cicatrice de l’ombilic qui indique, ainsi que nous l’avons dit. diverses époques delà vie du nouveau-né, il y a des phénomènes intérieurs et qui tiennent à la nouvelle vie, auxquels est soumis l’enfant , qui sont des indications assez positives de son âge : tels sont l’oblitération des vaisseaux ombilicaux, du canal veineux, le rétrécissement etl’oblitéralion du trou de botal et du canal artériel. (V. Circulation .) L’exfoliation de l’épiderme qui a lieu du premier au dixième jour est encore un signe à joindre aux précédents, mais qui en raison de l’espace dans lequel se produit ce phénomène, présente moins de valeur que ceux-ci cependant, il est à considérer, dit Billard auteur de ces observations , que jamais celte exfoliation ne s’est fait remarquer chez un enfant mortné.

Après avoir examiné tout ce qui est relatif à l’enfant, il reste à parler de ce qui est propre à la mère dans l’infanticide. La première question à poser dans ce cas est de savoir si une femme a pu ignorer sa grossesse, et, par conséquent, si elle n’est point coupable d'avoir négligé la précaution que lui prescrivait son état pour la conservation de son fruit; cette question, qui, disent certains auteurs , ne pourrait être posée d’une manière bien sérieuse s’il s’agissait d’une femme ayant déjà été grosse, peut l’être cependant avec avantage s’il s’agissait d’une jeune fille d’une ignorance complette des choses du mariage; d’un autre côté, il se peut qu’une femme ou une fille ait été violée pendant une syncope, le sommeil produit par l’opium, ou pendant toute autre circonstance qui l’aient privée de sa connaissance : On conçoit que dans ce cas l’ignorance complette des causes de la grossesse ait pu éloigner toute idée de ce dernier état et faire croire à des maladies qui peuvent avoir quelque ressemblance avec la grossesse ; telles sont les pseudo-grossesses , les hydromélrites , les hydropisies, etc. J’ai observé moi-même une femme de quarante ans dont le ventre se développa jusqu’au neuvième mois, comme si elle avait eu une grossesse régulière; elle avait eu déjà un enfant il y avait vingt ans, elle croyait, disait-elle, sentir remuer faiblement le fœtus ; vers le neuvième mois, elle fut prise de douleurs de reins qui lui firent croire qu’elle allait accoucher, puis ces dou-

leurs cessèrent bientôt, revinrent quelques jours après, cessèrent de nouveau pour ne plus reparaître. Le ventre s’affaissa quelques mois après, et il fut plus d’un an à reprendre son volume ordinaire ; le col de l’utérus ne s’était pas effacé et le signe du balottement n’avait jamais été observé. Or, si pour une femme qui a déjà été mère , une peudo-grossesse peut simuler une grossesse véritable, doit-on en inférer que, dans certains cas , et surtout dans ceux que nous avons signalés, lorsque la femme pourra croire à l’absence de toutes causes efficaces de grossesse, elle ne se croit pas enceinte mais bien sous l’influence de quelques maladies spéciales?... Nous ne pensons pas que cette conséquence puisse être admise rigoureusement , car pour la femme qui a déjà été mère, il y aune foule de signes qui doivent lui révéler son état et dans le cas de doute , ne peut-elle pas recourir aux lumières d’un homme de l’art qui saurait l’instruire et l’éclairer. Au surplus, il est très-difficile de prononcer à l’avance sur un cas semblable , ces faits sont tout d’appréciation individuelle ; ainsi la moralité de la femme, son intelligence plus ou moins développée , ses mœurs , ses relations sont autant de motifs qui peuvent éclairer le médecin et les juges, et asseoir une conviction dans leur esprit.

Une question qui peut être également posée au médecin légiste est celle de déterminer si une femme a pu accoucher sans le savoir. Lafosse cite le cas d’une femme qui , dans un hôpital, sentant les douleurs de l’enfantement et pensant qu’elles pouvaient dépendre d’une cause différente, se leva pour aller à la selle etnefut désabusée que lorsque l’enfant fut à demi sorti ; ce fait pourrait justifier jusqu’âun certainpointlesfemmes dont les enfants ont été trouvés dans des fosses d’aisances, et qui, accusées d’infanticide, donnent pour explication de leur conduite, la supposition d’un accident produit par la sortie de l’enfant lorsqu’elles allaient à la garderobe ; mais on comprend au seul énoncé de semblables faits avec quelle circonspection ils doivent être examinés et admis par les médecins.

Les auteurs citent également plusieurs exemples d’accouchemens dans lesquels la mère n’a pas eu connaissance de son accouchement, par un état de maladie qui aura déterminé le coma, la syncope, l’asphyxie momentanée etc. On cite, dans les causes célèbres, l’exemple de la comtesse de St- Géran qui, plongée dans le sommeil par un narcotique , accoucha sans avoir la conscience de son état et se réveillant le lendemain baignée dans le sang et épuisée de fatigue, demanda son enfant qui lui avait été soustrait afin de le priver d’un riche héritage. L’imbécilité, l’idiotismesont encore des motifs qui peuvent laisser ignorer à la mère et son état et la nature de la fonction qu’elle accomplit ; mais ces faits rentrent dans l’appréciation de l’état moral de la mère au moment de l’accouchement.

L’état physique de la mère est également important à constater afin d’établir dans le cas d’un infanticide par omission si elle a pu porter des secours à son enfant; ainsi la syncope, l’épuise-

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ment par les douleurs de l’enfantement , une hémorrhagie utérine , la congestion cérébrale et les divers étals que déjà nous avons signalés, peuvent excuser une mère qui, faute de secours immédiats, aura laissé son enfant dans des circonstances qui ont déterminé sa mort.

L’état moral de la mère au moment du crime doit être encore l’objet de l’examen du médecin légiste; la malheureuse qui est accusée du crime a-t-elle joui de sa liberté d’esprit, l’exaltation causée par la fièvre, la douleur, la susceptibilité nerveuse particulière à cet état, n’ont-ils pas égaré sa raison. Ici, si le juge ne trouve pas un motif complet d’excuse, il trouvera sans doute l’occasion d’appliquer cette législation des circonstances atténuantes introduite déjà dans notre Code pour l’infanticide, lorsqu’elle n’existait encore pour aucun autre crime et que la justice éclairée par la science, avait, sauf de très-rares exceptions et que justifiait l’odieux du crime, presque toujours appliquée.

Lorsqu’une femme est accusée d’infanticide, l’un des devoirs du médecin commis par justice est de la visiter immédiatement et de constater si cette femme vient d’accoucher. Le médecin devra aussi constater l’étal de l’habitude général, l’état des seins , des parois de l'abdomen , visiter la vulve , le vagin, s’assurer de l’état du col de l’utérus, voir s’il n’existe pas dans ces parties des traces qui annoncent un accouchement récent. 11 devra également examiner s’il ne s’écoule pas de liquide de la vulve, si ce liquide n’a pas l’odeur et l’aspect des lochies; il devra visiter le lit, les malelats et le linge de l’accusée et constater s’ils ne sont pas ensanglantés, évitant de s’en laisser imposer par le sang des règles, ou celui qui pourrait provenir de toute autre cause, erreurs qui quelquefois ont fait soupçonner des innocentes.

Certains étals de l’utérus peuvent jusqu’à un certain point simuler quelques-uns des phénomènes qui se passent dans cet organe lors de l’ accouchement; ainsi les hydalides, les bydropisies, les moles peuvent en distendant l’utérus faire croire à une grossesse, par leur sortie; dilater le col de cet organe et donner lieu à un écoulement sanguinolant qui simule les lochies. Dans ces cas, la peau de l’abdomen aura été distendue, les seins par l’effet sympa'hiqueserontsouvent tuméfiés :Qu’àla suite de la sortie d’un corps qui distendait l’utérus un infanticide soit commis dans le voisinage , qu’un enfant soit exposé sur la voie publique ou peut-être mêmejelté dans les latrines de la maison habitée par la malade; on peut penser qu’elle sera la véhémence des soupçons, et combien le magistrat et le médecin devront se tenir en garde pour ne pas commettre une funeste erreur, les témoignages des personnes même qui auront assisté la malade seront suspects, accusés qu’ils seront peut-être de complicité. On comprend que dans des cas si graves, il faut au médecin des faits de la dernière évidence pour asseoir son jugement ; car souvent un verdict de non culpabilité n’est pas une réparation pour un innocent , et une pauvre femme peut laisser l’honneur là, où elle a sauvé sa vie.

Nous ne pouvons terminer cet article sans consigner ici une réflexion qui nous est suggérée par une mesure administrative qui a été prise dans quelques départements et qui a eu une influence funeste sur le crime d’infanticide, nous voulons parler de la suppression des tours dans les hospices d’enfans trouvés. Nous déclarons à l’avance que nous connaissons tous les motifs d’économie et de soi-disant morale qui ont servi de prétexte à la mesure, et que loin de les admettre nous les condamnons hautement. Nous demandons à nos philantropes s’ils veulent être plus moraux que St-Vincent-de-Paul, le fondateur de l’œuvre des enfants trouvés, qui l’établit dans le but de recevoir le huit des pauvres coupables qui accouchent dans le secret et que la honte souvent poussait au crime. Comme économie, nous vous dirons que, jouissant des avantages d’une civilisation plus avancée, vous devez en supporter les charges. En Chine, où la population surabonde et où les classes inférieures sont dans une misère affreuse qui ne leur permet pas de nourrir leurs enfans, la loi permet auxparens de les abandoner et même de disposer de leur vie. Ici, vous punissez avec les peines les plus sévères l’abandon et le délaissement ; voulez-vous remplacer d’une manière hypocrite une mesure que condamnent la morale et les lois en laissant la misère et la faim moissonner ces générations naissantes. Si des parents par excès de misère ou par immoralité, car il faut bien admettre l’existance de l’une de ces deux causes, se privent du plaisir des caresses de leurs enfants en les déposant dans le tour d’un hospice; vous ne faites que remplir un devoir en les nourrissant des aumônes publiques, puisque dans un cas ils fussent sans doute morts de misère par la privation des soins si nécessaires à l’enfance et nos tables de mortalité sont là pour en faire foi ; et dans l’autre cas , ces enfans élevés en présence des vices les plus honteux, recevant comme premier enseignement des leçons d’immoralité, auraient grandi pour augmenter ces classes dangereuses , fruits de notre civilisation et de notre industrie, qui vont sans cesse s’accroissant, dont le nombre vous effraie et qui, faute d’une bonne organisation et de bonnes lois compromettent si gravement aujourd’hui la tranquilité publique et l'état social-

Nous ne terminerons pas sans citer un fait , qui vient prouver quelle influence pouvait avoir sur le crime d’infanticide les mesures inhumaines dont nous venons de parler, et qui fut rapporté par la Gazette des tribunaux au commencement de 1830. Pour compléter l’effet que l’on attendait de la suppression des tours, on imposait en 1839 et 1840 aux femmes qui venaient faire leurs couches à la Maternité l’obligation de nourrir leurs enfants et elles n’étaient admises qu’à cette seule condition ; à leur sortie, on leur remettait leur enfant avec une petite somme destinée à subvenir à leurs besoins pendant quelques jours. Une pauvre fille, domestique de la commune de C..., près Paris, fit ses couches à la Maternité i à sa sortie, on lui remit son enfant, elle dit qu’elle ne pouvait ni le garder, ni le nourrir , qu’elle n’avait rien pour le faire élever, n’importe, il fallut l’emporter, ainsi le

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voulait la règle. Cette fille s’achemine vers son j •village avec son enfant ; là seulement elle connaissait du monde, là seulement elle pouvait espérer du secours; mais à peu de distance du village elle s’arrêta dans les vignes; osera-t-elle rentrer? elle avait caché sa grossesse; qui voudra la prendre comme domestique, chargée d'un enfant, convalescente, faible encore ? qui voudra s’intéresser à elle après sa faute? Sous l’influence de ces pensées funestes, sa tête s’exalte, se perd, la malheureuse creuse un trou dans la terre , et, vivant, y enfouit son enfant. Heureusement ! elle fut aperçue et l’enfant fut sauvé.... Nous le damandons, qui fut plus coupable ou de cette fille que l’on poussait au crime pour cacher sa honte , ou des hommes qui prenaient des mesures aussi dures et aussi inhumaines et qui rétrogradaient vers la barbarie en invoquant la philantropie et la morale.

J. P. Beatjde.

Médecin inspecteur des éiablissemens d’eaux minérales, membre du conseil de salubrité .

infection ( path . ), s. f. (inficere, corrompre). Mode de propagation des maladies par l’influence des miasmes délétères. (Y. Contagion .)

infernale (pierre) (pharm.), s. f. C’est le.synonyme vulgaire du nitrate d’argent fondu. (Y. Argent.)

infibulation ou FiBULATioN (/«/</.) , s. f. On appelle ainsi, (de fibula boucle, anneau) l’opération par laquelle, au moyen d’un anneau passé à. travers le prépuce chez l’homme et les grandes lèvres chez la femme, on s’oppose à l’acte vénérien. On a souvent confondu l’infibulation avec la castration; ces deux opérations n’ont cependant entre elles aucune analogie; par la castration on évite le développement de la puberté, et par conséquent du larinx; on maintient l’homme dans un état d’enfance et les muscles dans un état de relâchement et de mollesse, favorables à la conservation de la voix féminine ; par l’infibulation, au contraire , on force l’enfant à la continence sans arrêter son développement, et on donne à la voix plus de gravité; ainsi, quand autrefois en Italie on voulait dessoprani, ou des chanteurs capables de remplir des rôles de femme, on pratiquàit la castration ; voulait-on des basses-tailles, des histrions énergiques ou des gladiateurs, on avait recours à l’infibulation.

On emploie encore chez certains peuples, mais non plus pour conserver la voix, des moyens analogues: dans l’Inde, la Perse et l’Orient, par exemple, on pratique l'infibulation au moyen d’une suture faite au moyen d’un fil ciré, et ne laissant qu’une petite ouverture pour la sortie des urines ou des menstrues. A l’époque du mariage, on divise par un coup de bistouri les parties réunies par la suture. Les ceintures de force, les boucles de virginité employées dans les pays méridionaux, n’avaient pas d’autre but. Aujourd’hui encore, d’après Pallas, on conserve la virginité des belles Circassiennes au moyen d’un corset que le mari a seul le droit de découdre, la première nuit des noces , avec un poignard tranchant.

infiltration (anat. path.), s. f ( filtrare , faire couler par un filtre). On dit qu’il y a infiltration d’un tissu, quand celui-ci est imprégné d’un fluide répandu dans les aréoles de son tissu cellulaire. Les infiltrations peuvent être produites par divers fluides soit normaux (le sang, l’urine, etc.), épanchés hors de leurs canaux ou réservoirs habituels; soit anormaux (la sérosité, le pus), qui sont secrètes dans les tissus altérés ( voy. pour ces derniers œdème, phlegmon), ou introduits accidentellement, comme il arrive dans l’injection de l’hydrocèle. Nous dirons ici quelques mots des premières. Dans une plaie ou une contusion violente, le sang s’épanche hors de ses vaisseaux et se répand par infiltration de manière à constituer une ecchymose. (V. plaie contuse.) Que par une cause quelconque, la vessie ait été ouverte, le liquide qu’elle renferme se répandra dans le tissu cellulaire dupetitbassin et donnera lieu à une infiltration urineuse fort grave; car l’âcreté du liquide détermine souvent une phlegmasie gangreneuse des tissus qu’elle imprègne. Le danger des infiltrations dépend donc de la nature du liquide qui les forme. Ces deux exemples nous suffisent pour le bien constater.

On dit d’un organe imbibé et imprégné d’un liquide quelconque, qu’il est infiltré.

infirmité (path. ), s. f. [in négatif, firmum , solide, vigoureux), maladie devenue habituelle, et qui ne compromet pas immédiatement la vie du malade.

inflammation (i méd .) s. î.,inflammatio (du verbe infiarrmare, enflammer, mettre en feu). On dit qu’un organe est affecté d’inflammation, lorsqu’il présente un degré inaccoutumé de rougeur, de douleur, de chaleur avec ou sans tuméfaction appréciable , avec ou sans fièvre. Ce mot a pour synonymes phlegmasie et phlogose. (V. ces mots pour l’étymologie.)

I. Différences. L’inflammation présente de grandes et nombreusestdifférences, suivant qu’on l’envisage sous tel ou tel point de vue, et d’abo:d relativement à l’intensité et à la durée de ses symptômes; on la dit aigüe quand les phénomènes que nous avons énoncés pins haut sont bien marqués et qu’ils suivent une marche qui n’excède pas un mois ou cinq semaines. Si, au contraire, ils sont peu prononcés, que le mal se prolonge et semble en quelque sorte compenser parla durée ce qui lui manque du côté de la force , l’inflammation est dite chroj nique; il ne sera d’ailleurs question dans tout le cours de cet article que de l’inflammation aigüe.

Considérée relativement aux circonstances qui la produisent, l’inflammation est franche et légitime quand elle présente les caractères normaux que nous lui avons assignés; maligne, quand il s’y joint un caractère particulier et insolite de gravité, comme cela s’observe dans les épidémies ; et enfin, spécifique, quand elle présente pour particularité l’action d’une cause uniforme qui exige l’application d'un remède tout spécial ; telles sont les inflammations vénériennes. Relativement à son point de départ, l’inflammation est idiopathique, quand elle

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est survenue en quelque sorte d’elle-même et par une disposition de la partie où elle se montre; symptomatique , quand elle se produit à l’occasion d’une affection déjà développée dans un organe voisin, ou par le fait d’une violence extérieure; dans ce dernier cas, elle prend aussi le nom d etraiimatique. Enfin, quand elle survient dans une partie en même temps que diminue une affection générale ou locale grave, elle est dite critique. Tels sont certains phlegmons qui se montrent aux parotides ou sur les membres au déclin des fièvres de mauvais caractère.

Relativement à ses effets , l’inflammation peut être, d’après Hunter, 1° adhésive quand elle détermine une exsudation plastique qui, en se coagulant et en s’organisant, réunit deux parties séparées ou divisées (Y. Adhérence , Plaie); 2» suppurative , quand elle donne lieu à une sécrétion de pus (V. Suppuration ); 3° ulcéreuse, quand une résorption détruit et ronge en quelque sorte la partie qu’elle affecte (V. Ulcération); 4° gangréneuse , lorsque, par sa nature ou son intensité elle cause la mortification des tissus plilogosés (Y. Gangrène).

Considérée d’après le siège qu’elle occupe, l’inflammation offre des différences notables bien connues surtout depuis les travaux de Pinel et de Bichat. Affectant le tissu cellulaire, elle prend l’épitliète de phlcgmoneuse , de catarrhale pour les muqueuses, d’ érysipélateuse pour la peau et de rhumatismale pour les tissus fibreux ; celle de membranes séreuses n’a pas de désignation spéciale. (V. Phlegmon, Muqueuse, Erysipèle, Rhumatisme, Séreuse. )

Habituellement l’inflammation d’un organe est désignée parle nom français, latin ou grec de l’organe terminé par ite. Ainsi la phlogose des méninges s’appelle méningite, celle de l’estomac ( gaster ) gastrite, celle des reins [nephros] néphrite, etc.

Telles sont les principales différences que présente l’inflammation. Les détails du vocabulaire dans lesquels nous venons d’entrer étaient indispensables pour l’intelligence du langage médical ; nous allons actuellement esquisser à grands traits l’histoire de l’inflammation , qui est peut-être la lésion la plus fréquente dont nos organes puissent être affectés.

II. Causes. Elles sont prédisposantes ou efficientes. Les causes prédisposantes sont d’abord: Y âge; dans l’enfance, la jeunesse et l’âge adulte, on est plus disposé aux phlegmasies que dans la vieillesse; et ici nous relèverons une erreur consignée dans une foule d’ouvrages. On a dit en parlant du degré de fréquence des inflammations aux différentes époques de la vie, que les enfants étaient spécialement disposés aux phlegmasies cérébrales, tandis que les adultes l’étaient aux affections des poumons , et les vieillards à celles de l’appareil génitourinaire; si l’on voulait dire que dans l’enfance on observe plus d’inflammations de cerveau ou de ses membranes qu’à tout autre âge, cette proposition serait vraie, mais, prise dans un sens absolu, elle est fausse. L’immense majorité des phlegmasies que l’on a à traiter chez les enfants, consistent dans des affections du poumon : ce qui a fait croire à cette fréquence des inflammations du cerveau

ou plutôt de ses enveloppes ( méningite, fièvre cérébrale), c’est qu’à l’occasion de la moindre affection locale, il peut se développer un délire bruyant et loquace que l’on a regardé mal à propos comme une affection cérébrale. Quanlausexe, on a observé que chez les femmes c’était surtout le système lymphatique qui était sujet à s’enflammer. Les climats exercent ausside l’influence sur la production des inflammations; plus fréquentes dans le midi qu’au nord, elles attaquent plutôt, dans le premier cas, le cerveau et les intestins; dans le second, les membranes muqueuses du poumon et le système fibreux. Enfin, relativement au tempérament, c’est celui que l’on désigne sous le nom de sanguin ou pléthorique, qui prédispose le plus aux inflammations, ou, si l’on veut, à la diathèse inflammatoire.

Les causes efficientes sont, à part toute prédisposition individuelle et locale, toutes les circonstances qui peuvent irriter nos tissus. (V. Irritation.) Thomson les partage en trois groupes :

1° Causes physiques ou mécaniques. La compression, le frottement, les contusions, les blessures, la présence des corps étrangers ; 2° aux causes chimiques appartiennent l’action des acides, des alcalis, des rubéfiants, de la chaleur, etc.; 3» enfin, parmi les causes indirectes se rangent les suppressions de la transpiration par le froid, la disparition brusque d’une phlegmasie existant dans un organe et qui tend à se reproduire dans un autre (métastase), l’action de certaines substances, telles que les cantharides, qui enflamment l’apppareil génito-urinaire.

Mécanisme ou cause prochaine de V inflammation.

Les causes de l’inflammation tendent à produire un afflux de sang dans la partie irritée; c’est ce phénomène qu’il s’agit d’étudier, et d’abord nous poserons en principes, 1° que l inflammation réside dans les extrémités terminales des vaisseaux, dans ce qu’on nomme le système capillaire , et même, suivant M. Cruveilhier, dans les capillaires veineux exclusivement; 2» que leur diamètre est augmenté soudainement ou peu à peu; 3° que la force d’impulsion du sang artériel vers une partie enflammée est plus fort qu’ailleurs; 4° enfin que l’inflammation locale amène souvent un surcroît d’activité, une réaction du côté du cœur, ce qui constitue la fièvre. Quant à l’action des vaisseaux sanguins dans la . phlegmasie, est-elle accrue ou diminuée?Telle est la ques ion qui partage aujourd’hui les physiologistes. La première opinion est appuyée de l'autorité de Haller , de Fabre, de Cullen, de Hunter; Winterl, Callisen, Vacca, Lubbock, Wilson-Philipjet Thomson combattent pour la seconde et semblent réunir sa faveur à la puissance du raisonnement, la force non moins imposante de l’expérience et des faits. Du reste, de ces travaux il résulte que ces divers auteurs ont à la fois tort et raison; et que d’abord augmentée, l’action des vaisseaux est I secondairement affaiblie ; de là, la stase du sang qui constitue un des principaux phénomènes de la phlogose.

III. Symptômes de l'inflammation. Ces symptômes sont de trois sortes : locaux , généraux et propres à l’organe affecté.

1° Symptômes locaux. Ce sont les quatre

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grands phénomènes qui constituent l’inflammation La rougeur est le résultat du passage du sang dans les vaisseaux blancs, de la stase de ce liquide dans les capillaires sanguins dilatés et affaiblis. C’est, du reste, un symptôme constant : elle a lieu pour les inflammations internes et externes, et se borne à la partie affectée : elle croît à mesure que l’inflammation augmente et peut prendre une teinte violacée. La chaleur. Une partie phlogosée est le siège d’un sentiment de chaleur quelquefois brûlante que l’on sent bien à la main, mais qui est peu de chose en réalité, car le thermomètre n’accuse qu’une différence légère entre la température delà partie malade et celle des autres organes. La tuméfaction. Elle est le résultat nécessaire de l’afflux et de la stagnation du sang, mais elle est quelquefois, dans les membranes, par exemple , à peine appréciable, elle est en rapport avec la mollesse et la laxité du tissu phlogosé. Enfin, la douleur est le phénomène le plus important de l’inflammation, c’est souvent le seul qui permette de diagnostiquer les phlegmasies intérieures. Rien de variable comme les sensations de douleur accusées par les malades, sourdes, aigües, lancinantes, etelles sont surtout en rapport avec la sensibilité générale du sujet et la sensibilité spéciale à l’organe enflammé; ainsi les phlegmasies des séreuses, des synoviales sont beaucoup plus douloureuses que celles du tissus cellulaire et des membranes muqueuses, et ici nous ferons observer que telle partie qui paraît insensible dans l’état sain, cause de vives souffrances quand elle est phlogosée : tel est le système osseux. La douleur est d’ordinaire très vive dans les organes comprimés, lorsque, comme on le dit, il y a étranglement. (Y. Panaris , Phlegmon.)

2° Symptômes généraux. Ils consistent dans une réaction sur le système circulatoire, dont nous avons parlé, et qui constitue la fièvre : celle-ci se révèle par l’accélération du pouls et une augmentation de chaleur dans tout le corps ; la fièvre est généralement proportionnelle à l'intensité du mal et à l’importance de l’organe affecté. Dans plusieurs inflammations il arrive que le sang tiré de la veine se recouvre d’une matière d’un gris jaunâtre, de la consistance de blanc d’œuf cuit; c’est ce queles auteurs ont nommé la couenne inflammatoire : on F observe surtout dans la pleurésie et le rhumatisme.

3° Symptômes spéciaux . C’est le trouble que l’on observe dans la fonction de l’organe enflammé; ces détails appartiennent à l’histoire de chacune de ces maladies en particulier. Nous citerons seulement, pour nous faire comprendre, la difficulté d’avaler dans l’angine, la suffocation dans la pneumonie, les vomissements dans la gastrite, etc.

IY. Terminaisons. L’inflammation peut se terminer de plusieurs manières différentes. D’abord par délitescence, quand lamaladie disparaît toul-à-coup. Mais quelquefois la phlegmasie n’est que déplacée, elle se montre ailleurs, c’est ce qu’on nomme métastase. Ce transportes! à craindre quand il a lieu d’une partie extérieure vers un viscère important de l’organisme; il est favorable dans les cas contraires. La résolution est la disparition lente et

progressive de l’inflammation , lorsqu’elle a parcouru toutes ses périodes et suivi sa marche accoutumée; elle a lieu du cinquième au neuvième ou dixième jour dans les inflammations extérieures ; dans celles des viscères, elle se fait plus longtemps attendre. Fort souvent, il se forme un liquide d’une nature et d’un aspect particulier, connu sous le nom de pus; on dit alors que l’inflammation s’est terminée par suppuration (V. le mot Abcès pour les détails). D’autres fois , il s’épanche hors des vaisseaux une matière coaguable qui se concrète et change l’organe en une masse d’un tissu plus compact et plus ferme : il y a induration. La violence de l’inflammation peut être portée au point d’amener la gangrène ( V. ce mot ). Nous avons vu plus haut que l 'ulcération pouvait aussi être la suite d’une phlegmasie, etc....

Y. Diagnostic. Les symptômes que nous avons énoncés suffisent pour faire distinguer l’inflammation de la congestion ou hyperhémie,, dans laquelle il y a simple stase du sang dans une partie sans chaleur augmentée et sans douleur, comme il arrive lorsqu’il y a un obstacle au cours de la circulation veineuse.

VI. Le pronostic ne saurait être donné d’une manière générale; il repose nécessairement sur la série des éléments que nous avons examinés.

VII. Traitement. Dans un article de généralités, comme celui que nous traitons, nous ne pouvons pas entrer dans le détail des particularités du traitement, nous renvoyons à cet égard à l’histoire des inflammations de chaque organe en particulier, ou à chaque espèce d’inflammations (érysipèle, plegmon, rhumatisme, etc.). Nous ne poserons ici que les indications sommaires. Quand l’inflammation est aigüe, on insistera principalement sur la diète et l’usage des moyens anli-phlogistiques , c’est-à-dire anti-inflammatoires. Telles sont les saignées générales ou locales répétées suivant la force du sujet et la violence du mal; les boissons rafraîchissantes, limonade, eau de veau , de poulet, décoction de chiendant, de lin émulsionné, etc.; applications locales, émollientes (V. ce mot), réfrigérante, lorsque l’on ne craint pas de faire disparaître brusquement le mal, et que l’on n’a pas à redouter son transport vers un organe plus important que celui qu’il abandonne; on n’emploie guère les réfrigérans que dans les inflammations traumatiques, ou résultant de blessures et de désordres physiques. (V. Froid, Irrigations, Répercussifs.) Rare ment on fait usage des narcotiques qui, en stupéfiant les tissus» facilitent encore la stase du sang. Les vomitifs et les purgatifs, bons dans cerlaines circonstances comme moyen révulsif, ne conviennent pas dans les phlegmasies gastro-intestinales à cause de leurs propriétés excitantes et de l’ébranlement général qu’ils produisent.

Dans les inflammations dites chroniques, où il faut réveiller l’action engourdie des vaisseaux, les topiques résolutifs et stimulants, les révulsifs plus ou moins énergiques sont, au contraire , applicables.|(V. ces mots)

Reaügrand,

Docleur en médecine, ancien interne des Hôpitaui,

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inflammatoire (path.) , adj., qui appartient à l'inflammation. (Y. ce mol.)

infundibüliforme (anat. path.), s. m .(infundibulum, entonnoir) , disposition normale ou accidentelle d’un organe en forme d’entonnoir. Celte désignation s’emploie souvent en anatomie.

infusion ( phar .), s. f. d 'infundere, verser des-' sus. On donne ce nom à une opération qui consiste à verser un liquide bouillant quelconque, ordinairement de l’eau, sur un médicament solide pour en préparer une solution médicamenteuse; les racines, les feuilles et surtout les fleurs sont traitées par infusion pour en préparer des lotions et prinr cipalement des tisanes; le temps du séjour du liquide sur le médicament varie suivant la force que l’on veut donner à l’infusion ; cetle opération diffère essentiellement de la décoction et de la macération ( Y. ces mots.). Le produit de l’infusion a été nommé infusum ou infusé , mais dans le langage ordinaire et même en médecine, on lui conserve, quoiqu’à tort sans doute , le nom d 'infusion. (V. Tisanne .)

infusoires (zool.), s. m. p. On donne ce nom à de petits animaux microscopiques qui se développent dans les liquides aqueux, qui contiennent des substances animales ou végétales en suspension ou en dissolution. (V. Animalcules.)

ingesta (hyg.), s. ni. ( ingestus , introduit dans, ingéré). Ce mot est latin, et a été proposé par le professeur d’hygiène Hallé pour désigner toutes les substances introduites dans l’économie par les voies digestives.

ingrédient (mat.méd.), s. m. ( ingrediri , entrer), se dit de toute substance qui entre dans la préparation d’un médicament.

inguinal, ale (anat.), adj. (d eingues, aine), qui appartient à l’aine (V. ce mot et Hernie).

inhalation (physiol.), s. m. (de inhilare, aspirer en dedans), synonyme d’absorption. (Y. ce mot).

inhumation (poli, méd.), s. f. du latin inhumatio, même signification. Tous les peuples de la terre ont réglé par des cérémonies particulières les devoirs à rendre aux restes mortels de l’homme. La religion , chez presque tous, a mêlé ses mystères à ce dernier hommage rendu à nos dépouilles et ses dogmes ont influé sur les formes employées dans les funérailles et les sépultures. En Egypte , ce n’étaient pas seulement les restes humains qui recevaient les honneurs de l’inhumation, mais tout ce qui avait eu vie était embaumé et enfoui dans les immenses nécropolis qui, aujourd’hui, nous présentent, dans des lieux particuliers pour chaque espèce d’animaux, des amas considérables de momies de crocodilles, de serpens , de singes, d’ibis imprégnées de bitume asphaltique et enveloppées de bandelettes. Ainsi que l’a très-bien démontré notre savant collaborateur M. Pariset , cet

usage, prescrit par la religion, avait un but hygiénique, celui, dit-il, d’éloigner la peste de l’Egypte, en empêchant les alluvions du Nil de déterrer ces débris et de les abandonner à la putréfaction, si on les eût inhumés dans le sol. Les nécropolis, creusées dans les flancs des montagnes ou dans de vastes plaines placées au-dessus des inondations du fleuve, conservaient, sans danger, ces restes que la rareté du bois empêchait de faire dévorer par le bûcher, ainsi que cela se pratiqua plus tard chez les Grecs et chez d’autres nations de l'antiquité.

Il est curieux de s’imaginer seulement par la pensée qu’elle est l’énorme quantité de momies enfouis dans le sol de l’Egypte; pour en donner une idée, nous citerons seulement ce fragment d’un mémoire sur les inhumations de notre collègue M. Guérardqui, en’cilant le mémoire de M. Pariset, dit : « Suivons un instant par la pensée M. Pariset dans la grotte de Samoûn , ce gigantesque musée où repose l’histoire naturelle de l’ancienne Egypte. Creusée dans la montagne par la seule main delà nature, elle se compose d’une suite de salles irrégulières, vastes, élevées, communiquant les unes avec les autres par d’étroits couloirs qu’on ne traverse qu’en rampant et formant, parmille détours, un labyrinthe immense, dont les limites n’ont pu être atteintes qu’après cinq heures de marche; là, sont empilées des momies de crocodiles, isolées pour les plus grands , réunis en paquets de cinquante pour ceux de taille moyenne; entremêlées de momies d’hommes qu’on a dorées, de larges bancs de résine où se trouvent entassées par millions de millions les petits crocodiles, dont les rachis desséchées se croisent en tous sens, et de grands amas de ces œufs de crocodilles encore si entiers. Tous ces animaux sont couvert d’unequantité surprenante de linge; soit imprudence, soit mauvaise intention, le feu a été mis à ces linges desséchés et résineux et il a brûlé sourdement pendant trois années. A l’aspect des tas de cendres que l’incendie a laissés, on croit que tout a été détruit; à l’aspect de ce qui reste, pn croit que rien n’a été entamé. »

« Sans entrer dans ces milliers de grottes sépulcrales dont sont criblés les flancs de la double chaîne lybique qui, des pyramides de Gizeh et du Mokattam , se prolonge jusque par-delà Philæ; sans aller jusqu’à Thèbes, où les serpents, les crocodiles, les singes dorment par milliers à côté des rois; jusqu’à Touneh-el-Gebel , aux pieds de la i chaîne lybique, où se trouve une ville souterraine ; àrueslarges, élevées, taillées au ciseau, bordées de niches pleines de singes et de chambres latérales que remplissent d’énormes pots de terre cuite, scellés avec du plâtre et cachant dasn leurs flancs des millions d’ibis et d’œuf d’ibis; sans parler de Béni Haçan, ou Champollion a vu des momies de chats plus ou moins magnifiques couvrant une surface de plusieurs milliers de toises, etsansnous arrêter , enfin , aux immenses dépôts de chiens, d’ours, de chacals, etc., etc.; montons avec M. Pariset sur le sommet de la grande pyramide et me-

Isurons des yeux la vaste plaine qui part du pied de ce monument et s’étend au nord, au couchant,

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au midi; écoutons l'Arabe qui dit en montrant de !a rr.ain cette immense étendue : « Tout cela est momie! » (Celte plaine âpres de 7 lieues dans tous les sens , c'est-à-dire une surface d’environ cinquante lieues carrées. Les momies y sont entassés par étages superposés dont les plus bas descendent quelquefois jusqu’à vingt-cinq mètres de profondeur.)Reconnaissons enfin qu’il est impossible de ne pas voir dans ces immenses catacombes la preuve de l’uni versais té de l’embaumement appliqué chez les anciens habitans de l’Egypte à tous les êtres du règne animal, depuis l’homme jusqu’aux moindres oiseaux, depuis le caïman jusqu’à la sauterelle. />

Nous n’entrerons pas ici. dans l’examen des divers modes d’inhumation pratiqués chez les différées peuples, mais qu’il nous suffise de dire que si le sentiment de respect pour nos propres dépouilles et les idées religieuses ont réglé les funérailles chez tous les peuples, les idées d’hygiène et de salubrité nécessaires et innées dans toutes les sociétés ont fait éloigner les lieux de sépulture des habitations des vivans. Ainsi, les nécropoles d’Egyple étaient dans les montagnes et non dans la vallée fertile du fleuve ; les tombeaux des Grecs et des Romains étaient hors des villes, et bordaient quelquefois les chemins publics. Les populations boudhiste, brahminique et m ah orné tan e de l’Orient inhu=ment leurs morts dans des jardins distant des hâbüations. Les peuplades de l’Afrique et de l’Amérique éloignent également les tombeaux de leurs cabanes ; lesMoraïs des insulaires de l’Océanie sont éloignés des villages, placés sous la garde de leur divinité et protégés par SeTabou sacré. Nos pères, les Gaulois ont souvent placé les tumuli près de leurs oppida, mais la masse de'jterre qui recouvrait les tombes devait empêcher les émanations de se produire; d’ailleurs, ces monumens de gazon que nous ont transmis les siècles passés étaient sains doute la sépulture de quelques guerriers célèbres et ne faisaient pas la règle ordinaire.

C’est sous l’influence des idées religieuses du moyen-âge etpar imitation de la sépulture dessaints martyrs, enfouis dans les cryptes, où les premiers chrétiens célébraient en secret leurs mystères, que s’établit chez nous l’usage d’ensevelir les morts dans les églises, et comme cette sépulture ne pouvait être que celle de quelques privilégiés, le commun des fidèles voulut reposer en terre sainte, à l’ombre du monument sanctifié par ses croyances, et protégé par le signe de sa rédemption. La situation des églises au milieu des villes, les'agglomérations d’habitations qui se créaient à l’entour, alors qu’elles étaient le centre de toute l’activité de îa cité, durent nécessairement rétrécir l’espace consacré aux inhumations; delà ces maladies’ contagieuses que l’on voit si fréquemment, pendant le moyen-âge, moissonner les populations, et qui, plus tard, excitèrent si puissamment les réclamations et les plaintes des hommes instruits, lorsque lés sciences osèrent enfin se dégager du cercle dgs idées religieuses et s’occuper du bien-être de l’homme.

Alberti fit imprimerie premier, en 1743, à Halle, une dissertation sur la nécessité de transporter les

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sépultures hors des villes. Haguenet, en 1748, faisait imprimer, à Montpellier, un mémoire sur les dangers des inhumations dans les églises. Maret, en 1773, publiait des lettres sur les cimetières de Dijon, sur l’infection de la cathédrale, et sur les dangers de ces inhumations. Vicq-d’Ayrz publia, en 1774 et 1778, des mémoires sur les cimetières de la ville de Versailles, et sur les dangers des sépultures dans les villes. Enfin, ces réclamations ne cessèrent pas jusqu’à 1789, époque vers laquelle eut lieu à Paris la suppression du cimetière des Innocents, et où Thouret fit ses rapports sur les exhumations de ce cimetière à îa société royale de médecine.

En 1796, on supprima les sépultures dans les églises, et la suppression des cimetières dans l’intérieur des villes ne fut définitivement établie que par le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804), qui régla également la police des inhumations et des sépultures. Ce décret renouvelle la défense d’inhumer dansles églises elles autres lieux où l’on se rassemble pour l’exercice des cultes. Il défend d’établir les cimetières dans l’enceinte des villes et des bourgs; il prescrit que ces derniers soient au moins à la distance de tren!e-six à quarante mètres de l’enceinte des villes ou bourgs; qu’ils soient clos par des murs d’au moins deux mètres d’élévation ; que l’on choisisse des terrains situés de préférence au nord; l’on pourra y faire des plantations , maïs sans gêner la circulation de l’air. Le décret du 7 mars 1808 défend d’élever aucune habitation ni de creuser des puits à une distance moindre de cent mètres des cimetières ; nous pensons que ces prescriptions sont trop rigoureuses; car, près de plusieurs des immenses cimetières de la ville dé Paris, il existe de nombreuses maisons qui ne sont pas à cette distance, etjaraais on n’areroarqué queles habitants aient été incommodés par leur voisinage. Il est vrai que ces cimetières sont placés sur des élévations, et que les fosses communes sont ordinairement situées dans les endroits les plus éloignés des habitations. Relativement aux puits creusés dans les cimetières ou dans leur voisinage, M. Guérard, dans son mémoire . cite ^exemple du puits du cimetière de l’Ouest, qui, bien que creusé au milieu des sépuiures , présente de l’eau douce, sans goût, sans odeur, bonne à boire et cuisant bien les légumes, quoique les eaux des puits voisins soient dures et calcaires. Barruel, dit-ii, attribua les bonnes qualités de cette eau aux sels ammoniacaux qui avaient remplacé les sels calcaires par le fait de la filtration de ces eaux dans les couches des terrains imprégnés de matières animales; l’analyse prouva qu’il avait deviné juste.

Les fosses doivent avoir une profondeur de un mètre et demi à deux mètres, quatre-vingts centimètres de largeur et être espacées, de trente- à quarante centimètres sur le côté, et de quarante à cinquante de la tête aux pieds. Dans les vilies populeuses, on est obligé d’inhumer dans des fosses communes; ce sont de larges tranchées ayant au moins la profondeur indiquée pour les fosses particulières, et les cercueils sont placés les uns â côté des auîres. Autrefois , les cercueils étaient souvent empilés à quatre , cinq et même jusqu’à

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huit de hauteur; ce! usage nuisible, et qui présentait de graves inconvéniens dans les cas d’exhumations juridiques, a été aboli.

Nous n’entrerons pas ici dans les considérations qui ont été indiquées au mot Exhumation , sur la nature des accidents qui peuvent se manifester par faction des émanations des fosses, ni sur les précautions à prendre pour s’en garantir, nous dirons seulement que tous les terrains ne détruisent pas aussi rapidement nos dépouilles mortelles; l’espace de trois ans indiqué par des auteurs, comme nécessaire pour qu’il ne reste plus que le squelette des cadavres et que l’on puisse consacrer le terrain à de nouvelles inhumations, n’est pas toujours suffisant. Ainsi, on a remarqué que les terrains argileux conservaient les corps assez longtemps ; les terrains sabloneux, malgré les opinions contraires, et notamment celles de Lémery, Geoffroy, Thouret , paraissent, quoique d’une nature opposée, jouir du même avantage. MM. Orfüa et Lesueur citent dans leur traité des exhumaSions juridiques l’exemple de deux corps exhumés dans le cimetière de Valenciennes, après plus de quinze ans, qui étaient d’une conservation incroyable ; les clous du cercueil n’étaient pas même oxydés ; l’on a reconnu que l’un des sujets avait succombé à une péripneumonie, et les piqûres de saignées qui existaient aux deux bras étaient belles et d’un rouge vif ainsi qu’un peu de sang qui s’en était épanché; le terrain du cimetière était sablonneux.

L’humus ou terre végétale parait être de tous les terrains celui qui favorise le plus la décomposition des corps; mais cette décomposition marchera d’autant plus vite que la fosse sera moins profonde et donnera par conséquent plus d’accès à l'air extérieur. Lorsque la terre a été déjà saturée de substances animales, ce qui s’observe- dans les anciens cimetières, la décomposition se trouve notamment retardée, et souvent les corps se momifient en éprouvant un état de saponification ; ce fait, qui s’observe aussi dans les terrains argileux, avait été signalé par Thouret, dans son rapport à l’académie. -L’ accumulation d’un grand nombre de cadavres dans une même fossé et sans qu’ils soient séparés par des portions suffisante de terre retarde aussi considérablement leur destruction. En 1840, aumois de juillet, le conseil de salubrité fut chargé de présider aux exhumations des victimes des journées de juillet 1830, dont les restes devaient être placés dans les caveaux de la colonne élevée sur !a place de la Bastille; l’on constataqu’au Champ de Mars, où plus de cent corps avaient été placés dans une fosse sur laquelle près de quinze mètres de terre de remblai avaient été accumulées, une grande partie des corps étaient entiers et dans un état de putréfaction complet. Au cimetière des Innocents, à la Salpétrière, où des fosses profondes avaient été creusées dans un terrain sabloneux, et où un grand nombre de cadavres avaient été inhumés,, on observa des faits analogues. Il n’en fut pas de même dans les autres sépultures où l’on trouva les corps décomposés. A l’hôpital Saint-Antoine, où je présidais aux exhumations, six corps qui avaient été enterrés à la profondeur d’un mètre dans le terrain sabloneux d’un ancien cimeiière del’abhaye

étaient complètement décomposés; il n’en restait plus que les squelettes, et le terrain qui les entourait avait pris le caractère de la terre végétale.

Les inhumations peuvent aussi avoir lieu dans des caveaux en maçonnerie, dans des monuments ; mais dans ces cas il faut que les caveaux soient bien construits et solidement fermés par une muraille; car, sans cetîe précaution, des émanations dangereuses pourraient se répandre au dehors. Les cercueils de plomb, dans lesquels on dépose les corps, ne sont pas toujours une garantie contre ces inconvénients ; on a vu que souvent la force d’expansion du gaz, produit par la putréfaction, peut faire rompre le cercueil; ce fait arriva à Marseille lorsque l’on amena le corps de Nourrit, mort si malheureusement à Naples. L’élévation de la température peut, en augmentant la force d’expansion des gaz, favoriser ce résultat, que ne peut même empêcher le soin avec lequel on aura joint et soudé le cercueil.

Lorsqu’il s’agira d’enfermer un corps dans un mausolée, ou de le transporter à de grandes distances, nous pensons que le meilleur moyen à employer consiste à le soumettre à la méthode d’embaumement proposée et employée par M. Gannal. Ce moyen n’est pas nouveau dans chacune de ses pariies , puisque depuis longtemps on employait les préparations alumineuses pour la conservation des pièces anatomiques, et que, d’un autre côté, la méthode d’injecter les cadavres avait été proposée pour les embaumements par le sublimé et les préparations arsénicaîes. C’est cependant celui qui paraît réunir aujourd’hui le plus d’avantages pour la bonne conservation des corps, par la simplicité et la rapidité de l’opération, et surtout par le peu de frais qu'elle entraîne; Ton doit savoir gré à son auteur d’avoir étudié et favorisé i’appîication d’une méthode aussi simple et qui présente de si notables avantages. Le liquide qu’emploie M. Gannal est de l’acétate d’alumine produit par la double décomposition du sulfale d’alumine et de l’acétate de plomb ; quelques lilres sont injectés par Tarière carotide qui est liée ensuite : une simple incision sur le côlé du col et une heure an plus sufGsent pour cette opération, qui autrefois exigeait huit à dix heures de travail, des mutilations nombreuses et des dépenses considérables ; la conservation des corps est si satisfaisante, que l’on peut se dispenser de les envelopper dans un cercueil de plomb soit pour leur transport, soit pour les conserver en dépôt. Un corps préparé, sous lesyeux de M. Serres, par M. Gannal est resté depuis le mois de juin 1836, jusqu’au mois de septembre suivant, exposé sur une table de l’amphithéâtre deshôpilaux sans éprouver de décomposition; il était desséché lorsqu’il fut enlevé. La même expérience fut faite à Montpellier sous les yéux de M. Dubreuiî, doyen de la faculté ; et, après plus de six semaines d’exposition à l’air pendant une saison chaude, le corps fut enlevé sans avoir présenté de traces d'altération. L’académie des sciences a récompensé M. Gannal en lui décernant le grand prix fondé par Monthyon pour ceux qui rendraient un art ou une profession moins ■insalubre.

Dans les temps d'épidémies et de contagions, les

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inhumations exigent d’une manière toute spèciale l’attention de l’administration : qui ne se rappelle le spectacle offert à Paris , lors des mauvais jours du choléra, par ces immenses chars chargés de cercueils, les corps mis jusque dans des fiacres pour être conduits aux cimetières , les cadavres abandonnés dans les maisons et privés de bières pendant plusieurs jours , les fosses insuffisantes dans les cimetières; ces désordres qui , heureusement, ne durèrent que quelques jours, parce que la maladie perdit de son intensité, attestent quelles peuvent être les conséquences fâcheuses de l’imprévoyance.

Les précautions sont d’autant plus importantes, qu’indépendamment de leur utilité comme moyen de salubrité, leur absence a une influence immense sur le moral des populations, en leur présentant, sous son côté le plus effrayant et le plus hideux, les ravages causés par les épidémies.

Ces précautions doivent encore être plus sévères et plus spéciales dans les maladies contagieuses ; là, il ne s’agit pas seulement d’ensevelir les morts avec le plus de décence possible et de tâcher de dérober au public le nombre des victimes, il faut encore empêcher que les dépouilles des morts ne soient une cause active de propagation de l’infection contagieuse, que les hommes qui se dévouent aux inhumations ne soient pas victimes de leur zèle, que la terre recouvre les cercueils d’une couche épaisse, de manière à éloigner le double danger que peuvent présenter les émanations provenant de la putréfaction des cadavres. Tous les moyens de conjurer les conséquences des fléaux dont l’histoire nous a transmis les terribles tableaux, seront exposés au mot Peste.

Nous n’avons point parlé dans cet article des inhumations précipitées et des moyens de les éviter. Ces accidents qui, autrefois, paraissent s’être présentés malheureusement trop souvent, seront traités au mot Mort apparente, et l’on verra quels sont les moyens dont dispose la science et l’administration afin d’empêcher que, dans certains cas, on ne puisse être enterré vivant. J. -P. Beaude,

Médecin, inspecteur des eaux minérales, membre du conseil de salubrité.

injection ( thércip .), s. f. (de injicere , jeter dedans), action de porter un médicament liquide, à l’aide d’une seringue, dans les cavités naturelles ou accidentelles du corps. On appelle aussi injection le liquide qui sert à cette opération. Les principaux conduits naturels par lesquels on peut pousser une injection sont : les conduits lacrymaux, par la méthode d’Anel, dans le' cas d’obstacle au cours des larmes; Turètre chez l’homme, dans les blennorrhagies et dans certaines affection de la vessie; le vagin chez les femmes , dans les maladies de l’utérus. Pour ces dernières, il faut avoir soin que le liquide ne soit pas trop chaud et que la seringue soit munie d’une canule en gomme élastique, afin de ne point irriter ou meurtrir les parois du conduit vulvo-ulérin. Les injections émollientes ou narcotiques doivent être conservées quelque temps pour produire leur effet. Bans cq but, la femme dévia se coucher sur le dos ; un oreiller sera placé sous le siège, afin que le bassin soit plus élevé que la poi-

trine, et que le liquide introduit dans le vagin ne s’écoule pas immédiatement. Une cuvette sera placée au-dessous delà vulve pour recevoir le liquide lorsque la malade, en se redressant, permettra à celui-ci de s’écouler au-dehors. La matière de l’injection doit séjourner ainsi pendant au moins un quart-d’heure. Quant aux injections par des conduits anormaux, tels que les fistules, etc., c’est au chirurgien qu’il appartient de savoir les diriger de manière à éviter les infiltrations. J. B.

innerv ation [physiol. ) , s. f. (in dans , nervus, nerf). On appelle ainsi l’influence exercée par le système nerveux sur les fonctions d’un organe. (Y. Nerfs, Physiologie).

innominé, ée ( anat .), adj. (de in négatif, nomen, nom, sans nom). On a appelé os innominé, l’os coxal ou de la hanche; artère innommée le tronc brachio-céphalique de Chaussier, qui se détache de la crosse de l’aorte et se divise au bout d’un court trajet en deux branches, lasous clavière et la carotide du côté droit.

inoculation (path.) s. f. ( inoculare , greffer). On appelle ainsi une opération qui consiste à introduire dans l’économie le principe matériel d’une affection contagieuse. (V. Contagion, Peste , Syphilis, Variole , Vaccin, Virus.}

On donne spécialement ce nom à une opération pratiquée autrefois avant la découverte de la vaccine et dans le but de préserver des accidents de la petite vérole. Elle consistait à inoculer le virus variolique; afin de déterminer une petite vérole bénigne au lieu des varioles confluentes qui se manifestaient surtout pendant les épidémies de cette maladie. L’inoculation, qui est originaire de l’Orient, fut introduite en Fiance sous Louis XY. Elle fut très en faveur pendant nn certain temps ; mais comme elle n’était pas toujours sans danger, elle trouva un assez grand nombre d’opposants et fut enfin complètement abandonnée lors de la décou- . verte de la vaccine. Ce motif nous dispense de décrire ici les divers procédés qui étaient employés pour pratiquer cette opération. J. B.

ietoe.gae'IÇSUE ( physiol .), adj. (de in négatif, organum , organe). On appelle ainsi l’ensemble des êtres qui ne sont point organisés, tels que les minéraux. IN quiétude ( path .). (V. Anxiété.) insaeivatiobi [physiol.], s. f. (de in dans, , saliva salive), acte physiologique dans lequel les glandes salivaires, excitées par la présence d’un aliment dans la bouche, versent plus abondamment les fluides qu’elles sécrètent et en imprègnent la substance alimentaire. (V. Digestion .)

insalubres (Professions) ( hyg .). (V. au nom de chaque profession.

insectes (hist. nat.palh.), s. m pl. insectum, de inseco,je divise. Autrefois on donnait ce nom à tous les animaux articulés qui renferment les pins petits êtres de la création, à tous ceux qui, dépourvus de squelette intérieur, offrent un corps divisé en un certain nombre de segmens ou d'articulations. Aujourd'hui, le mot insectes est réservé seulement à la troisième classe des articulés, dont voici les caractères : Tête distincte, munie d’una

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paire d'antennes; yeux composés, immobiles, accompagnés quelquefois d’yeux simples; bouche pourvue ordinairement de trois pièces opposées ; canal intestinal ayant des fonctions propres dans ses différentes parties, accompagné d’organes accessoires tels que les vaisseaux biliaires et quelquefois des glandes salivaires ; respiration par des trachées qui sont répandues dans toutes les parties du corps ; point de cœur, mais un vaisseau dorsal sans division à ses extrémités; système nerveux ganglionnaire ; corps divisé en segments flexibles, souvent munis de pattes, qui sont ordinairement au nombre de six. Latreille, dans le règne animal de Cuvier, a divisé les insectes en douze ordres. Les quatre premiers, qui sont les Myriapodes, les Thysanoures, les Parasites et les Suceurs, sont sans ailes ou aptères. Les huit autres ordres sont pourvus d’ailes plus ou moins nombreuses qui servent à leur classification; ce sont les Orthoptères,les Hémiptères, les Névroplères, les Hyménoptères, les Lépidoptères, les Rhipiptères et les Diptères; ce sont ces ordres qui renferment ces papillons et ces insectes si élégans et si brillans qui excitent chaque jour notre admiration. Mais ce n’est pas sous ce point de vue intéressant que nous devons examiner les insectes; c’est dans leur rapport avecla santé de l’homme, soit en l’altérant, soit en y apportant d’utiles modifications comme médicament.

Nous avons donné déjà, au mot Cantharides, l’histoire de ces insectes qui constituent un médicament si énergique , et nous y renvoyons les lecteurs; ainsi qu’au mot Abeille.

Les cochenilles sont des gallinsecies de l’ordre des Hémiptères, qui ont été autrefois employés en médecine; ce sont de petits insectes qui se développent sur lès branches et sur les feuilles de certains arbres. Le Coccus cacti L., qui estla cochenille proprement dite, est originaire du Mexique, il se trouve dans le commerce sous forme de petits grains d’un brun foncé, plats d’un côté et convexe de l'autre. II faut quarante deux à quarante-cinq mille de ces insectes pour faire un poids de cinq cents grammes . La cochenille se cultive au Mexique sur le nopal, Cactus coccinilifer , et sur d’autres cacti ers tels que le C. tuna, C. opuntia, e le. Plusieurs fois l'an, avant la ponte , on détache les insectes en grattant avec un couteau mousse les branches auxquelles ils sont collés; on les fait périr dans l’eau bouillanle et ensuite sécher au soleil. La cochenille était autrefois employé comme cordiale et a’exipharmaque; on en faisait usage dans les maladies des voies urinaires, contre la pierre; aujourd'hui, elle ne sert que comme principe colorant de quelques teintures et de quelques voudres dentifrices, elle est sans propriétés médiales et est utilisée dans le commerce pour la pré- > paralion de quelque laque cramoisie; c’est avec elle que l’on fait tes plus beaux carmins: elle est également employée dans l’art du teinturier.

Le kekmès animal, Coccus iUcis, estla cochenille du chêne vert, elle abonde dans le midi de l’Europe sur le Quercus coccifera; on la récolte en mai et juin. M. Lassaigne a reconnu dans ces insectes , outre la carminé, un principe chimique nouveau

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qu’il a nommé coccine; cette cochenille était autrefois employée en médecine comme astringent et dessiccatif dans le traitement des plaies; à l’intérieur on la donnait comme fortifiant , stimulant et aphrodisiaque. Elle entrait dans la confection de quelques médicamens dont la médecine moderne a fait justice, tels que la confection alkermès, ia confection d’hyacinthe , la poudre de perles rafraîchissante ; elle est encore employée dans la teinture, et c’est à celte cause qu’était attribuée la vertu que des préjugés populaires attachaient à la soie cramoisie, de prévenir les crampes et les avortemens.

Le coccus lacca (V. Laque, Gommelaque).

Parmi les Insectes parasites qui sont un des lourmensde l’humanité etqni, dans certaines conditions, sont de véritables fléaux, nous citerons d’abord:

Le pou, pediculus, dont trois variétés existent chez l'homme, le pou de la tête, le pou de corps et le pou du pubis. Le pou de la tête est cendré , les espaces où sont situés les "Stigmates sont bruns et noirâtres ; le pou de corps est d’un blanc sale, sans taches, avec les découpures de l’abdomen peu saillantes; les mâles de ces deux espèces ont à la partie postérieure de l’abdomen un petit organe conique, que l’on croit l’organe sexuel; le pou du pubis, qui a reçu un nom plus vulgaire, et que nous ne croyons pas devoir indiquer, a le corps arrondi et large, le corselet est confondu avec l’abdomen, les quatre pieds postérieurs sont très-forts et munis de crochets au moyen desquels il se fixe si intimement à la peau que c’est avec peine que l’on peut l’en arracher. Ces trois espèces déposent leurs œufs, que l’on connaît sous le nom de lentes sur les cheveux, les poils et les habits ; au bout de six jours les petits en sortent , ci angent de peau plusieurs fois pendant dix-huit jours, et ont après la faculté de se reproduirë. On a constaté qu’en six jours unJndividu peut pondre cinquante œufs et qu’il lui en reste encore dans le ventre : le calcul, en partant de ce fait, a démontré qu’en deux mois deux femelles pouvaient produire dix-huit mille petits. Les poux, comme on le sait, se transmettent par communication directe, et la malpropreté aide à leur développement. Oviédo prétend qu’à certaine latitude, sous les tropiques, les poux abandonnent les matelots, qui les reprennent au même point lorsqu’ils reviennent en Europe. Latreille, qui cite ce fait, dit également que les Hottentots et les Nègres imitent les singes et mangent les poux.

Les poux de corps paraissent se multiplier d’une manière effrayante dans certaines maladies. On les a vu sortir par myriades des incisions faites à des tumeurs placées sous la peau. Celle maladie est désignée ordinairement sous le nom de maladie pédiculaire, c’est une espèce de prurigo qui a reçu le nom de Phthiriase, qui lui a été donné par les anciens. (Y. ce mot.)

Les moyens que l’on emploie pour détruire les poux sont la propreté, les lotions, les bains. Poulies poux de tête, les poudres de staphisaigre, de coque du Levant, les semences d’ache, de persil, de céleri, de noix de galle, de racine de pyrètlire. Poulies poux de corps, les lotions avec la décoction de

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labac, de cévadille, des frictions avec une pommade soufrée. Les frictions avec des préparations mercurielles, et principalement l’onguent mercuriel simple , sont le moyen qui réussit le mieux contre les poux du pubis; il réussit également contre les deux autres espèces de poux, mais il est toujours convenable de mêler l’onguent mercuriel avec partie égale decérat simple, car je l’ai vu quelquefois déterminer, par sarancidilé, des érythèmes et même des eczémas sur les parties où on l’avait appliquée. On doit également se défier des pommades préparées avec l’oxide rouge de mercure ( précipité rouge), ou le deuto-chlorure ( sublimé corrosif ). Leur action peut déterminer de graves accidens ; il n’en est pas de même des préparations faites avec le protochlorure ( calomel ) ; elles sont aussi peu dangereuses que l’onguent mercuriel.

Quelques médecins ont en, on ne sait pour quel motif, la singulière idée d’employer les poux en médecine; ils en faisaient avaler à des jeunes filles chlorotiques ou à des ictériques ; d’autres introduisaient un pou dans le canal de l’urètre, dans le cas de rétention d’urine. Il n’est pas besoin de dire que ces moyens, aussi sales qu’absurdes, sont sans aucune efficacité.

La pcce, pulex. Il en existe deux espèces chez l’homme: la Puce commune, Pulex irritons , et la Chique, Pulex pénétrons. Cette dernière a été décrite au mot Chique. Le genre puce appartient à l’ordre des suceurs ; cesinsectes ont un corps brun, ovale, comprimé transversalement, recouvert d’une peau ferme, divisé en douze segmens dont sept appartiennent à l’abdomen ; la tête est plate, munie d’yeux et terminée par un bec articulé, armé de deux lames renfermant un suçoir, les pieds antérieurs sont très-courts et placés près de la tête; les pieds postérieurs sont très-longs, comme dans tous les -animaux sauteurs , et leur permettent d’exécuter des sauts très-vifs. Ces insectes sont ovipares et subissent plusieurs métamorphoses; ils se logent dans les vêlemens de l’homme et dans la fourrure des animaux domestiques. Ils introduisent leur suçoir dans la peau et se gorgent de sang ; les petites aréoles produites par ces piqûres, qui ne peuvent produire aucun accident, sont tellementconnues qu’il est inutile d’en donner ici la description. La propreté est le seul remède à opposer à l’accroissement de ces insectes, qui se multiplient par des larves, qui s’attachent aux vêtemens et se mêlent aux poussières des habitations. Le soin que l’on prend quelquefois de baigner les animaux domestiques pour les débarrasser de ces insectes est un moyen peu efficace, car on a remarqué que les puces résistent parfaitement à la submersion et paraissent n’éprouver aucun mauvais effet d’une immersion même prolongée.

La punaise des lits ( Cimex lectularius) appartient à l’ordre des hémiptères, section des héléroplères; elle fait partie de la famille des Hydrocorises , ou punaises d’eau. C’est un insecte de couleur brune, arrondi et très-plat ; il a les antennes brusquement terminées en forme de soie, la gaine des suçoirs composée de quatre articles, le labre prolongé au-delà de la tête et configuré en alêne. Il est aptère , c’est-à-dire sans ailes, quoique certains

auteurs disent en avoir observés qui en étaient pourvus. C’est principalement la nuit que ces in« sectes sortent de leurs retraites, qui sont les fentes des bois de lit, les papiers de tentures , les plis des rideaux, les gerçures des vieux murs. Les endroits où la peau présente le plus de finesse, tels que le cou, le visage, sont ceux qui sent le plus exposés aux piqûres des punaises ; ces piqûres sont douloureuses et souvent accompagnées de rubéfaction et même de larges ampoules.

Beaucoup de moyens ont été proposés pour détruire ces insectes, qui sont un véritable fléau, surtout dans les hôpitaux, les casernes, les prisons , etc. Les lits en fer ne. sont pas toujours un préservatif suffisant. J’ai entendu conter à un militaire l’histoire d’un quartier de cavalerie dont les chambres étaient infectées par les punaises ; on ne savait où se réfugiaient ces insectes, car les lits étaient en fer , mais en fer creux. On s’avisa de rompre un dos tubes qui servent à la construc'ion de ces lits, et il fut trouvé rempli de punaises; le feu en fit justice : on chauffa fortement tonies les parties qui composaient les lits et les chambres furent débarrassées de ces hôtes incommodes. Les moyens qui réussissent de préférenc? sont les lotions avec des liquides à odeur pénétranle, l’hui'e de térébenthine, l’alcool camphré versé dans les fissures du bois. Barruel conseillait l’eau bouillante, à laquelle il mêlait du savon noir; mais l’alcool fortement camphré, quoiqueplus dispendieux, est un moyen préférable lorsque l’on veut ménager les bois et les étoffes d’un appartement. Aujourd’hui on emploie, avec un succès complet contre tous ces insectes, et spécialement les punaises, la poudre de pijrèthre du Caucase , c’est l’insecticide le plus puissant.

Indépendamment de ces parasites, il en est'd’autres qui pénètrent dans les tissus : la chique, dont nous avons déjà parlé, détermine souvent des accidents sérieux dont il a été fait mention à ce mot.

L’oestre, OEstrus , de l’ordre des Diptères, famille des Athéricères , tribu des OEstrides , ressemble, à l'état parfait, à une grosse mouche velue , dont il en diffère que parce que ses organes masticatoires sontpresqu’à l'état rudimentaire ; ce qui fait présumer que, dans cet étal, cesinsectes ne prennent pas de nourriture et n’existent que pour la reproduction : aussi parvenus à l’état parfait, iis se rapprochent presqu’aussilôt pour s’accoupler, et bientôt après la femelle se met à la recherche des animaux sur lesquels elle doit déposer ses œufs.

II existe diverses espèces d’œstres qui déposent leurs œufs de différentes manières sur les animaux : l’œstre du cheval dépose ses œufs sur la peau de façon à ce qu’ils puissent (être introduits dans l’estomac par l’action de la langue; d'autres œstres déposent leurs œufs dans les fosses nasales et leurs larves se développent dans les sinus frontaux j c’est l’œstre qui affecte principalement les moutons.

L’œstre cutané introduit ses œufs dans la peau au moyen d’une tarière, qui est composée ds quatre tuyaux rentrant les uns dans les autres et armés de trois crochets à son extrémité. Une fois i’œuf déposé dans la peau, il y détermine de l’inflammation, et la suppuration qui en est' la suit*

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