‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 82 sur 298 · OING · texte numérisé non relu

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autres doigts en sont fort rarement le siège . Quelques médecins ont cru pouvoir ia rattacher, quant à son origine, à une affection syphilitique ; mais cette opinion n’est pas généralement adoptée. Quoi qu’il en soit, voici les symptômes qui la font distinguer : On observe d’abord une légère tuméfaction vers la racine de l’ongle , la peau devient rougeâtre , violacée ; la sensibilité s’y développe de plus en plus , des ulcérations se forment dans le point malade , et l’on voit alors suinter de ce point un liquide visqueux et fétide, quelquefois sanguinolent. En même temps , l’ongle s’altère profondément , il prend une couleur jaune ou verdâtre, se décolle, et finit par se détacher avec facilité. La surface qu’il laisse à découvert reste rouge , inégale , saignant au moindre attouchement ; elle produit une suppuration de mauvaise nature. Plus tard enfin , elle se couvre de lames cornées qui poussent dans une direction vicieuse et entretiennent l’inflammation : la sensibilité est alors extrême , l’extrémité de l’orteil ou du doigt malade se gonfle, et si l’onyxis occupe un orteil, la marche devient pénible ou même impossible. En un mot, dans les cas les plus graves, cette lésion peut constituer une maladie longue et douloureuse, et même entraîner la perte d’une partie du membre.

Les chirurgiens ont presque toujours, dans ces cas, tenté inutilement l’emploi des moyens topiques. Il faut donc que l’on soit prévenu des insuccès fréquents qui répondent à l’usage des antiphlogistiques locaux, des émollients , des mercuriaux , et savoir que le plus souvent on doit finir par avoir recours à l'emploi du bistouri.

Un des procédés usités a pour but d’enlever, au moyen d’une incision semi-circulaire , la portion de peau qui recouvre la matrice de l’ongle dans une largeur d’un centimètre environ ; de cette manière , on substitue à la maladie une plaie simple , qui guérit ordinairement dans l’espace de quinze jours. Par l’autre procédé, on fend l’ongle sur son milieu, et on enlève les deux moitiés sans trop de douleur. Cela étant fait , on cautérise trois ou quatre fois , et à quelques jours d’intervalle , avec le crayon de nitrate d’argent, la plaie qui résulte de cette opération.

3° Ongle rentré dans les chairs. — Cette variété envahit presque exclusivement le gros orteil. On a constaté qu’elle siégeait le plus souvent vers le côté interne de cet appendice ; parfois on la voit des deux côtés de l’ongle à la fois. Si nous remontons aux causes , nous trouvons qu’elle est presque toujours accompagnée d’une déviation de l’ongle, qui se rattache , soit comme cause , soit comme effet , à une inflammation lente de la matrice de celui-ci. Il est incontestable que l’oubli des soins nécessaires pour le bon état des ongles, qu’une taille vicieuse de ces appendices , que l’usage de chaussures mal faites , ont une grande influence sur le développement et l’entretien de cette infirmité.

Voici les principales particularités que présentent les diverses périodes qu’elle parcourt d’habitude. Douleur légère d’abord du côté malade , elle augmente par la marche ; puis , une ulcération de la peau apparaît dans le point comprimé par l’ongle ; enfin , des végétations fongueuses couvrent cette petite plaie. La douleur augmente, devient con-

tinuelle , la marche est impossible, le blessé ne peut même rester debout ; la maladie se propage à la base de l’ongle, et celui-ci devient alors mobile. Avec les fongosités arrive la suppuration , qui augmente ensuite de plus en plus. Si l’on n’a pas recours dès ce moment aux moyens chirurgicaux , la maladie pourra s’étendre au périoste, à la phalange, et occasionner des accidents sérieux.

Ce qui attesterait pour ainsi dire de l’importance de cette petite maladie, et surtout des difficultés que sa guérison présente le plus souvent, aux yeux de ceux qui pourraient être disposés à croire le contraire, ce serait, pensons-nous, le nombre des procédés que l’on a essayés pour lui trouver un remède. En effet, M. Velpeau en a compté près de cent. Nous allons tâcher d’en faire connaître la plus grande partie , et montrer le but que l’on se propose en les appliquant ; pour cela, rapprochonsles sous l’un des chefs suivants.

1° Rétrécissement de l'ongle. — Par cette méthode, on cherche à remédier à la trop grande largeur de l’ongle, que l’on regarde comme le point de départ du mal. Dans ce but, on racle le milieu de l’ongle, de manière à le diviser en deux moitiés ,, que l’on pousse ensuite l’une contre l’autre du dehors au dedans. (Dionis.) — On peut aider ce retrait en perçant le bord libre de l’ongle de deux petits trous , par lesquels on passe un fil métallique que l’on tord par ses extrémités. (Faye. ) — On abat l’angle interne de l’ongle , en suivant une ligne qui va du milieu du bord libre au milieu du bord interne. (Guilmot.) — D’autres cernent la portion malade par une incision qui divise l’ongle de sa base à son bord libre , puis un petit morceau de potasse caustique, placé à la base du lambeau corné , achève sa séparation. (Gairal.)

2° Redressement de l’ongle. — On peut redresser l’ongle au moyen d’une lamelle de fer blanc , dont on introduit l’extrémité recourbée entre l’ongle et les chairs ; pendant ce temps , celles-ci sont déprimées par une bandelette enduite de cérat. (Desault.) — On a employé, de la même manière, une lame de plomb. ( Boyer- Richerand. ) — Enfin,: Budan , Vésigné , Labarraque, ont encore propos sé des instruments qui agissent d’une manière ana* logue.

3° Arrachement. — Par cette méthode , on opère ou sur la totalité de l’ongle, ou sur la portion incarnée. Les uns divisent l’ongle d’avant en arrière à l’aide de ciseaux pointus, et arrachent avec des pinces la portion du côté malade. (Dupuytren. ) — D’autres arrachent toujours les deux moitiés. (Velpeau.) On a joint à l’arrachement la cautérisation des chairs par le fer rouge (Larrey) , par la potasse caustique. (Rousse.)

4° Ablation des chairs. — On abat avec le bistouri toute l’épaisseur des chairs de l’orteil qui dépassait le bord de l’ongle , et l’on empêche , eu cautérisant la plaie, le retour d’une nouvelle saillie. (Les Arabes , A. Paré, Brachet, Jobert , Lisfranc.) — D’autres produisent cette perte.de substance par le moyen du feu. (Reynaud.) — D’autres, par la potasse caustique. ( Perroton , Besuchet. )

Tels sont les principaux moyens auxquels les chirurgiens ont recours; il va sans dire que les conditions particulières où se trouve le malade

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doivent décider du choix à faire dans les nombreux procédés que nous avons passés en revue.

1). Marchessaux ,

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ONGiÉE [phgsiol.), s. f., engourdissement douloureux accompagné de picotement et de fourmillement insupportable1, causé par le froid dans l’extrémité des doigts. Cette douleur est occasionnée par la stase du sang dans les vaisseaux capillaires , et par la distension de ces derniers. Aussi est-il important, lorsque l’on veut faire disparaître l’onglée, de ne pas approcher ses doigts du feu et de ne pas les plonger dans l’eau chaude ; il faut les frictionner légèrement avec de la neige; comme il a été recommandé de le faire dans la congélation. On peut aussi les tremper dans de l’eau plutôt froide que tiède, et attendre que laréaction se prononce. Toute autre pratique fait cesser la douleur moins promptement, et peut même donner lieu à quelques phlyctënes, si l’onglée a été fortement prononcée et a duré longtemps. Poussée à l’extrême , l’onglée peut amener la congélation. (Y. ce mot.) J. B. °

ONGVEKTTS (phàrm.),, s. m. p. Ce sont des mélanges de consistance molle et onctueuse, destinés , ainsi que l’indique leur nom, à oindre la peau dans certaines affections. Ils se composent de substances grasses et résineuses qu’il suffit ordinairement de faire fondre à une douce chaleur, et d’agiter ensuite jusqu’au refroidissement, pour opérer la préparation des onguents. On applique aussi vulgairement ce nom à quelques préparations solides telles que l 'onguent de la mère ,l’ onguent canet, etc! Mais ce sont de véritables emplâtres. ( Y. ce mot. ) D’autres, comme les onguents mercuriel , citrin , populeum, ne contenant pas de substances résineuses, sont considérés comme des pommades. Yoici les formules de quelques onguents les plus employés :

Onguent d’authæa. — Prenez huile de fenu grec 1 ,000 gram., cire jaune 250, poix-résine et térébenthine, de chaque 125. Faites fondre la cire et la résine dans l’huile de fenu grec, ajoutez en dernier lieu la térébenthine, et passez.

Onguent basilicum. — Prenez poix noire, colophane, cire jaune, de chaque 60 gram., huile d’olive 250. Faites liquéfier la poix et la colophane, ajoutez la cire, puis l’huile d’olive, et passez.

Onguent de styrax. — Prenez huile de noix 375 gram., styrax liquide, résine élémi, cire jaune, dé chaque 250, colophane 500. Faites fondre la colophane, la cire et la résine élémi à une très-douce chaleur, ajoutez le styrax et l’huile de noix, et passez. II ne faut jamais négliger la précaution indiquée d’agiter doucement jusqu’au refroidissement; car, autrement, la résine tendant à se séparer de la masse par une sorte dè cristallisation, on aurait des onguents grumelés et peu homogènes. Yée.

oîîyxie ( chir .), s. m. C’est l'ongle entré dans les Chairs. (V. Ongle.)

opération- ( chir. J, s. f. ( operatio , de opus œuvre, ouvragé). En chirurgie, on donne le nom d’opération à toute application de la main sur le malade, soit seule, soit armée d’un instrument, dans un but thérapeutique. Les opérations, comme il est simple de le supposer, sont nombreuses, puisqu’elles varient suivant toutes les indications que doit rem-

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f plir le chirurgien. Toutes les opérations n’ont pas pour but de guérir une maladie ; il en est qui rie f sont destinées qu’a pal'lîer une affeétioh incurable ou qu’il Serait plus dangereux dë guérir; d’autres ont | pour but de prévenir les maladies, d’empêcher leur développement. Les opérations ne sont’ pas’ toutes sanglantes, il ne faut pas qu’il y ait division des tissus par l’instrument tranchant pour constituer une opération ; c!est l’acception qu’on donne le plus ordinairement à ce mot dans le monde, mais ce n’est pas ce qu’entendent les chirurgiens. La réduction d’une luxation, d’une fracture, d’une hernie, l’introduction d’une sonde dans ia vessie, sont des opérations souvent tout aussi difficiles à pratiquer que celles qui exigent le secours de l’instrument tranchant.

Lés anciens, qui aimaient à dogmatiser, avaient réuni les opérations dans plusieurs classes, où ils les avaient groupées suivant leürs analogies. Ceise avait fixé ces divisions à quatre, auxquelles il- avait donné les noms suivants : La diérèse, qui consiste à diviser les parties; la synthèse, qui consiste à les réunir ; Veûcërèsé, qui a pour but de retrancher quelque chose aux organes ou aux parties ; et la prothèse. qui a pour but d’ajouter ou de remplacer. Les chirurgiens modernes n’acceptent plus cette division, qui était encore suivie il y a peu d’années dans les écoles; la difficulté de réunir toutes les opérations dans ces quatre cadres, et l’inutilité de cette classification pour l’enseignement, l’ont fait abandonner.

Les opérations ont été aussi divisées en grandes et petites opérations : les premières sont tontes celles qui exigent le savoir et l’habileté d’un chirurgien instruit et expérimenté , celles enfin qui peuvent compromettre plus ou moins gravement le malade. Les petites opérations sont celles d’une moins grande portée, et qui sont journellement pratiquées dans les hôpitaux par les élèves ; telles sont la saignée, les applications de cautères et de vésicatoires, les extractions de dents, et les ouvertures de petits abcès superficiels. Ge n’est pas que ces opérations n’exigent une certaine habitude et quelques connaissances anatomiques, la première et les deux dernières surtout, (V. ces mots.) mais ce sont de ces connaissances qu’il est facile d’acquérir, et qui n’exigent pas une longue pratique. Cependant il suffit de signaler ces faits pour indiquer que l’on ne doit pas les confier légèrement à des individus étrangers aux connaissances médicales.

Dans une opération , le chirurgien a divers buts à remplir : d’abord il doit juger si l’opération est indiquée , c’est-à-dire s’il n’existe aucun autre moyen de guérir le malade, et ensuite si l’opération présente quelques chances de succès. Toutes causes qui tendraient, soit à rendre l’opération inutile, soit à rendre ses conséquences fatales, sont considérées comme des contre-indications. L’opération est-elle indiquée, il s’agit de déterminer le temps ou elle sera pratiquée. Car, s’il est des opérations qui doivent être pratiquées immédiatement, telles qué l’operation de la hernie, la ligature d’une artère à la suite de sa lésion , il en est un plus grand nombre d’autres que l’on- peut remettre ( l’opération delà cataracte , de la pierre, et certaines amputations). Les cbirurgiens du siècle dernier attachaient une grande Importance au choix des-sdièons. L’opéra- ly(i J 70

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tion de la taille ou de la pierre ne se pratiquait qu’au printemps et a l’automne, afin de profiter de la température douce et lraiche de ces époques de l’année. Non-seulement le choix du temps est important comme température , mais il l’est encore plus pourdéterminer, relativementau malade, l'époque qu’il est convenable de préférer. Ainsi, il ne faut pas opérer trop tôt , c’est-à-dire lorsque la maladie présente encore quelques chances de guérir par des moyens moins violents; mais, d’un autre côté, il nefaut pas attendre que le maladesoit épuisé par son affection et qu’il soit dans une situation d’affaiblissement qui ne lui donne pas la force de supporter l’opération et ses suites. Un comprend tous les dangers d’une trop grande précipitation , comme ceux d’une temporisation trop prolongée.

Le choix du procédé opératoire est encore d’une assez haute importance, ainsi que celui du lieu dans lequel doit être pratiquée l’opération, si c’est uneamputation , une application de trépan , etc. Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit avec tant de talent sur ces divers sujets à l’article Amputation, par notre honorable et très-savant collaborateur, M. Velpeau. La plupart des considérations générales développées dans cet article peuvent s'appliquer à la pratique de toutes les opérations , et ce serait faire une répétition peu utile que de les reproduire ici d’une manière moins heureuse, et d’étendre cet article dont nous sommes obligé de limiter le cadre.

J. -P. Beatjde.

ofhiasis (path.), s. f. (du grec ophis, serpent, et isos, semblable).On adonné ce nom à une maladie des bulbes des poils et des cheveux, dans laquelle ces organes tombent par place, et qui donne au corps l’aspect tacheté que présente le corps d’un serpent. (V. Alopécie.)

ophthaimïe ( cliir .), s. f. Cette expression est aujourd’hui réservée pour indiquer les inflammations variées et spéciales de la face interne des paupières, de leur bord libre, ainsi que les inflammations de la muqueuse qui recouvre tout le globe oculaire. Autrefois on appelait, et beaucoup de médecins appellent encore aujourd’hui du nom d’ophthalmie , toute inflammation, d’une partie de l’œil, quels que soient sa situation et son usage ; ce n’est donc plus pour eux qu’une dénomination générale, que les progrès récents de l’ophthalmologie ont de plus en plus restreinte, en précisant beaucoup mieux le diagnostic des nombreuses maladies qui affligent l’organe de la vision. Cependant il existe encore une inflammation qui porte son action sur la totalité du globe oculaire et même sur le tissu adipeux qui matelasse le fond de l’orbite; c’est alors un véritable phlegmon de l’œil, une ophthalmie générale : les cas en sont très-peu fréquents ; sa terminaison est toujours très-grave, puisque la perte de la vue en est la conséquence, et la vie du malade peut en outre se trouver compromise.

Les causes qui sont susceptibles de produire cette inflammation totale del’œil sont des lésions traumatiques faites à 1 œil, dts fièvres éruptives aiguës, l’opération de la cataracte, quel que soit le procédé suivi ; mais il faut, il est vrai, des prédispositions dans cette dernière circonstance , puisque l’opération de la cataracte se pratique tous les jours, et que des conséquences aussi funestes sont très-rares.

Les douleurs éprouvées dans cette maladie sont une tension très-pénible, intolérable; l’œil augmente de volume, soit directement , soit indirectement, par le gonflement des autres tissus qui entourent le globe oculaire. La conjonctive est rouge, les paupières tuméfiées, et les pupilles le plus souvent contractées. La lumière est insupportable, des épanchements ne tardent pas à troubler les humeurs de l’œil, qui devient amaurotique et cesse alors de fuir la lumière. Les médecins anglais, qui ont donné plusieurs observations de cette maladie , ont vu la cornée se distendre et se rompre pour laisser une issue à la matière épanchée ; quelquefois une fièvre interne s’accompagne de délire , les enveloppes du cerveau s’affectent par continuité du tissu au travers des ouvertures du sommet de l’orbite, et la mort survient.

Le traitement doit être énergique dès le début ; des saignées seront répétées en rapport avec la force du sujet; on administrera à l’intérieur le tartre stibié à haute dose, on maintiendra en permanence des réfrigérents sur la région fronto-oculaire, on y pratiquera des frictions avec la pommade d’axoDge, de mercure et d’extrait de belladone. Enfin, si la première période est dépassée et n’a pu être vaincue, il faut évacuer l’œil par une incision à la cornée, comme dans l’opération de la cataracte par extraction. La sortie seule de l’humeur aqueuse produit une détente et une amélioration notable.

L’ophtlialmie la plus fréquente dont on ait ordinairement à se plaindre est la conjonctivite aigvë franche , qui reconnaît des causes internes et externes : un vent froid chargé de poussière ou de sable, une lumière très-vive, directe ou réfléchie par des corps blancs, polis, la vue constante de la neige ou des sables des plaines méridionales, le contact avec l’œil de substances très-chaudes ou très-froides, ou irritantes par leur nature, des lésions traumatiques, piqûres, etc. ; la présence de corps étrangers, des ailes de mouches qui s’interposent entre les paupières et le globe oculaire, dans les replis formés par la muqueuse , des cils détachés ou retournés en dedans , ou encore développés dans la caroncule lacrymale, et formant brosse contre la muqueuse oculaire. J’ai publié dans le journal des Connaissances médicales pratiques , fondé par l’honorable rédacteur en chef de ce Dictionnaire, l’histoire d’une jeune femme allemande, qui, depuis plusieurs années, était atteinte d’uneophihalmie légère, mais incessante, et pour laquelle déjà elle avait réclamé les conseils d’un grand nombre de praticiens distingués de l’Europe. L’inspection attentive que je fis de l’œil de cette dame me fit reconnaître un poil de couleur blanche qui irritait constamment la muqueuse par sa situation anormale et tout-à-fait isolée dans le grand angle de l’œil ; j’en fis aussitôt l’extraction, et le déposai sur un papier noir pour mieux le faire reconnaître. La guérison suivit quelques jours après, et depuis , cette incommodité si pénible ne s’est jamais reproduite.

La lentille cristalline passée dans la chambre antérieure peut encore produire une kérato-conjonctivite ; ici la cause est trop manifeste pour être cherchée.

Les causes internes de l’ophthalmie sont, de leur côté, assez nombreuses ; telles que les suppressions brusques de la transpiration, d’une sécrétion habi-

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tuelle, d’une hémorrhagie par le nez ou par l’anus, la répercussion d’une dartre , d’une plaie, de vésicatoire, etc. Souvent aussi l’ophthalmie est sous la dépendance d’un vice scrofuleux ou syphilitique : ce sont là autant d’ophthalmies spéciales ; enfin, il n’est pas rare de voir des ophthalmies se propager épidémiquement et n’épargner ni les âges , ni les sexes, ni les tempéraments différents; un air froid et humide chargé de brouillards, et d’autres conditions météorologiques, en sont la cause.

Toutes les fois que l’ophthalmie ou conjonctivite est peu intense, que les autres tissus, à l’exception de la muqueuse , ne participent pas à la maladie, que le sujet est de bonne constitution et qu’il peut être traité méthodiquement , cette maladie reste alors sans conséquences ultérieures et se dissipe complètement.

Le traitement de l’ophthalmie légère et aiguë cède assez promptement à une demi-diète, à des boissons rafraîchissantes qu’il faut choisir de préférence parmi celles qui sont laxatives ; telles seraient la décoction de pulpe de casse ou de tamarin, ou encore cinq centigrammes de tartre stibié dans un litre de la décoction de racine de chiendent et de réglisse.

Quant au traitement local , il faut d’abord garantir l’œil de l’excitation d’une lumière vive, et s’assurer avant toute chose qu’aucun corps étranger ne s’est introduit entre le globe oculaire et les paupières. Cette certitude doit être acquise sans provoquer de douleurs ; il est nécessaire d’apporter beaucoup de ménagements, et de ne pas s’en laisser imposer par le dire et les sensations du malade, pendant longtemps poursuivi par l’idée de la présence du corps étranger, lorsque déjà ce corps étranger a disparu. Car il faut ici se rappeler que les vaisseaux qui alimentent la muqueuse, augmentés de volume par l’inflammation, font l’office de corps étrangers, en tant qu’ils en donnent la sensation au malade.

On ne craindra pas de bassiner très-fréquemment les yeux avec une décoction tiède de feuilles de laitue, de mauve , avec la décoction de capsule de pavot ; le lait tiède est également favorable. Il est bien entendu qu’il faudrait suppléer par une légère évacuation sanguine à une hémorrhagie habituelle, telle qu’une épistaxis, un flux hémorrhoïdal ou menstruel qui se seraient tout-à-coup supprimés et auraient donné lieu à l’ophthalmie.

Les cataplasmes de mie de pain , de pommes de reinette cuites , de fromage à la pie, etc., que l’on prodiguait il y a seulement quelques années, sont négligés, à bon droit, par les médecins ophtalmologistes. Tous ces cataplasmes ont pour inconvénient d’augmenter la tuméfaction du tissu cellulaire trèslâche des paupières , de retenir en contact avec le globe le produit des sécrétions rendues irritantes pendant la période inflammatoire. Cependant, il est des cas exceptionnels qui permettent avec utilité les cataplasmes émollients pendant très-peu de jours ; quatre ou cinq suffisent pour que la première période de l’inflammation soit franchie ; le malade se fent soulagé, l’ardeur, la cuisson disparaissent , le larmoiement n’est plus aussi abondant, et le malade supporte mieux la lumière. Le globe de l’œil, la face interne des paupières sont encore rouges, les vaisseaux sont dans un état d’atonie; c’est la seconde période , et les applications émollientes deviennent

nuisibles : il faut recourir aux légers excitants, aux astringents, composés, entre autres exemples, avec 40 à 50 centigrammes de sulfate de zinc, ou de sousacétate de plomb liquide, dans 150 à 200 grammes d’eau. On peut varier d’une foule de manières ces médicaments appelés collyres ; on les compose avec des eaux astringentes, telles que celles de roses de Provins , de méiilot , de plantain, de bluet; on y ajoute du sulfate de cuivre, du bol d’Arménie, et encore quelques gouttes d’alcool camphré. M. Velpeau a beaucoup préconisé l’azotate d’argent à la dose de 2 à 5 centigrammes, pour 32 grammes d’eau distillée.Tous ces liquides sont instilles entre les paupières, ou remplissent une œillère dans laquelle on baigne l’œii plusieurs fois par jour. Ce n’est encore que pendant cette seconde période de l’ophthalmie, et seulement lorsqu’elle se prolonge au-delà de la durée moyenne, c’est-à-dire lorsqu’elle conserve une forme stationnaire , que l’on peut recourir aux dérivatifs cutanés, tels que frictions derrière les oreilles avec la pommade végétale dite de Lausane, vésicatoires à la nuque, etc. Ces vésicatoires ne doivent pas être entretenus pendant longtemps, comme le veut le préjugé. Dès que le malade peut supporter la lumière, il faut lui eu laisser le bénéfice, c’est la meilleure manière d’émousser la sensibilité trop grande de l’œil.

Conjonctivite aphlheuse ou papuleuse. — Ce sont de petites vésicules ou saillies qui sont très-fréquentes sur la ligne de jonction de la cornée avec Ja sclérotique ; des vaisseaux en ramuscules serpentent autour de ce point, qu’il suffit de toucher trèslégèrement avec un crayon d’azotate d’argent pour en obtenir la guérison, qui serait autrement très-lente. Cette espèce appartient aux conjonctivites partielles qui peuvent se manifester sur tous les points, mais ordinairement sur les parties latérales de la muqueuse qui tapisse le globe de l’œil.

Ophthalmie blennorrhagique. — C’est une complication des plus graves des écoulements syphilitiques par les organes génitaux. Elle résulte souvent des doigts portés sur l’œil lorsqu’ils sont contaminés ; c’est l’inoculation directe. Un linge, une éponge qui auraient été imprégnés de la matière de l’écoulement uréthral ou vaginal, et qui serviraient à nettoyer la figure, transporteraient cette affreuse maladie, qui détermine une abondante suppuration de toute la muqueuse oculaire. J’ai vu en quelques jours, quatre ou cinq, la perforation de l’œil suivre cette suppuration, et amener une cécité absolue.

Une métastase par causes diverses déterminant la suppression brusque d’une blennorrhagie génitale , a été quelquefois remplacée par uue ophthalmie de cette nature.

Le traitement antiphlogistique est ici presque sans succès, ce n’est qu’un auxiliaire. 11 faut recourir au traitement chirurgical. Le 28 juillet 1835, je pus sauver une famille entière, du nom d’Armaro, qui fut conduite dans mon service à l'Hôtel-Dieu; je pratiquai l’excision de toutes les portions de muqueuse que je pus saisir, et je cautérisai fortement toutes les autres parties ; des irrigations continuelles empêchèrent le séjour de toute matière sécrétée. Sur quatre personnes , deux seulement furent borgnes : elles avaient réclamé des secours le quatrième jour de la maladie, alors que déjà un œil était perdu sans retour. Ce fait a été consigné dans le compte-

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