‹ Dictionnaire de morale jésuitiqueChapitre 29 sur 37 · Q2 PRÉVARICATIONS DE JUGES · texte numérisé non relu

Q2 PRÉVARICATIONS DE JUGES

Je réponds qu'il est tenu de restituer, s'il a reçu quelque chose pour rendre un jugement juste, et qu'il devait lorsqu'il reçoit un honoraire légitime , parce que le droit naturel dicte qu'on ne peut rendre à qui que ce soit ce qui lui est déjà dû par les règles de la justice; mais s'il a reçu de l'argent pour rendre un jugement injuste, il est probable qu'il peut conservercet argent. C'est le sentiment que tiennent et défendent 58 docteurs.

Un juge peul-il recevoir des présens ? .

Je réponds qu'il le peut par le droit naturel, pourvu qu'il n'y ait point de scandale ni de danger de se laisser corrompre ; mais comme il est rare qu'il n'y en ait point , c'est avec raison que l'Écriture- Sainte blâme en beaucoup d'endroits les juges qui reçoivent des présens; et le droit positif défend aux juges de recevoir des présens, excepté les présens de choses comestibles qui peuvent se consommer ca peu de jours. (Jean-Baptiste Tabema.)

PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE, ETC. g3

Les sénateurs seraient-ils obligés à restitution , pour avoir donné un suffrage injuste, lorsqu'il se serait trouvé sans eux un nombre suffisant de suffrages pour la même injustice ?

Je réponds : ils seraient tenus de restituer, s'ils donnaient leur avis de cette manière, étant les premiers à opiner, mais non pas s'ils opinaient des derniers. La raison est que dans le premier cas, ils sont censés influer d'une manière efficace dans le dommage qu'a causé leur avis injuste, et ils ne sont pas censés le faire dans le second cas. ( François-Xavier Fegeli. )

PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE, IGNORANCE INVIN- CIBLE, Conscience erronée, etc. La doctrine du péché philosophique, disent les écrivains de la société, est celle qui enseigne que l'action la plus criminelle en ellemême blesse la raison, mais n'offense point Dieu, et ne mérite point la damnation éternelle, si celui qui la commet ne

q4 péché philosophique, jbtc»

connaît point Dieu, ou ne pense point actuellement à lui, qu ne réfléchit pas qu'il l'offense. '

Je suis d'avis qu'il n'y a point de péché mortel dans le consentement de la volonté, à moins qu'il n'ait été précédé de quelque pensée et d'une considération expresse, qu'on nomme actuelle, de la malice morale, ou du danger decette malice, ou du moins d'un doute formel ou scrupule. Ainsi pour qu'un homme pêche mortellement, il doit faire attention , ou que l'action est mauvaise, ou qu'il y a danger de malice, ou avoir là -dessus quelque doute, et du moins un scrupule. Que si rien de tout cela n'a précédé l'ignorance , l'inadvertance ou l'oubli sont censés toutà-fait naturels et invincibles.

{Thomas Sanchez. )

Le péché n'est mortel, qu'autant qu'il est

PÉCÛK PHILOSOPHIQUE, ETC. 9$

contre la loi de Dieu. Or, pour que le consentement de la volonté soit contre la loi de Dieu , il faut un jugement de l'entendement pratique , par lequel ce à quoi la volonté consent soit proposé à l'entendement commp étant contraire à la loi de Dieu.

Si un homme, ayant l'esprit occupé de quelque idée pratique, s'y arrête avec délectation, mais sans réfléchir que c'est un objet qui lui est interdit, étant dans une disposition ferme de la volonté de s'y refuser autant qu'il lui serait possible, s'il en avait connu le mal ; il est entièrement excusé de péché, quand même il demeurerait livré un jour tout entier à cette délectation.... La raison en est, que tant que l'esprit ne porte point son attention sur la malice de l'objet de la volonté 5 lors même qu'il s'en occupe à raison de l'utile et du délectable, le

consentement de la volonté n p est point

péché ( parce qu'il en ignorait la maiice), à moins que l'inadvertance de l*esprit ne fût l'effet d'une négligence crasse, ou d'une affection dépravée au péché.

{Vaierius Reginaidus.)

Le vol peut être véniel par défaut de délibération; car quoique, comme l'enseigne Les s in s, il paraisse difficile que le vol puisse être véniel, faute d'une parfaite délibération ; cependant cela peut arriver quelquefois * car il se trouve des gens si enclins, et comme si déterminés à voler, par l'habitude qu'ils en ont prise, que ces personnes ont plutôt pris et emporté une chose qu'elles n'ont pensé et fait réflexion à ce qu'elles faisaient. La même chose peut arriver par la violence de la tentation , surtout lorsque la chose se fait avec uue précipitation qui ne laisse pas le temps de délibérer. {J ean de Dicastilte. )

Quoique celui.... qui, par une habitude invétérée, jure le faux par inadvertance, paraisse être obligé de confesser cette

habitude, cependant on l'en dispense communément. La raison pour laquelle il paraît y être obligé, c'est qu'alors.... quoique ce ne soit pas par soi-même un péché formellement de jurer le faux par inadvertance, c'est cependant un péché matériellement, puisqu'il y a encore un parjure, quoique commis par inadvertance.

[Thomas Tambourin.)

Où manque la connaissance de la malice, là manque aussi, par une suite nécessaire, le péché. {Georges de Rhodes.)

On démontre que Dieu existe, et Tordre admirable de l'univers le fait voir.

Cependant, comme cela n'est pas clair par soi-même et par l'énoncé des termes, par rapport à nous, il peut y avoir, du moins pendant un peudetemps, uneignorance invisible de cette vérité, surtout pour les personnes grossières et peu instruites. (Isaac dei Bruyn.)

Il n'y a point de péché mortel dans le consentement de la volonté, s'il n'est

précédé de quelque pensée et considération expresse de la malice morale, ou du danger, ou du moins de quelque doute exprès, ou scrupule.

Pour pêcher, il faut quelque considération ou attention, même actuelle, à In malicé morale. (Geo rgeiin.)

Les lois positives obligent autant que la conscience nous avertit qu'on doit obéir à ses lois.

La loi naturelle est le témoignage de la raison qui nous fait connaître qu'une chose est bonne ou mauvaise.

L'acte bon naturellement est celui qui paraît louable à la raisou.

Qui est celui qui dira que celui qui agit selon ce que sa conscience lui ordonne agit mal ?

La fin honnête n'est pas la seule digne de l'homme.

Pour qu'une fin soit digne de l'homme,

il suffit que la conscience ne nous la présente pas comme blâmable.

Il faut une attention actuelle à la malice ou au danger du péché , pour qu'il y ait péché mortel. (Mingrivai.)

II peut y avoir pendant un petit espace de temps une ignorance de Dieu, négative et invincible.

(Edmundus Simonnet. )

L'ignorance invincible, même du droit naturel, excus^totalement du péché, mais non celle qu'on peut vaincre. La raison et la foi enseignent l'une et l'autre vérité.

Celui qui agit. suivant une conscience qui est dans Terreur n'est point excusé de péché, si son ignorance est vincible et criminelle; mais il est excusé si son ignorance est invincible et involontaire, soit que ce soit une ignorance de fait ou du droit positif, ou même du droit naturel.

(j imites de Carn. )

Dans le for de la conscience, un débiteur est dispensé de restituer, s'il a fait

100 PROB AB ILISME .

quelque grand tort, sans qu'il y ait faute théologique de sa part, (Trachaia.)

Probibimsme (i). Un homme scrupuleux est en sûreté s'il choisit contre ses scrupules ce qu'il juge probable, quoiqu'il pense que l'autre opinion soit plus probable ; et le confesseur doit , contre sa propre opinion , se conformer à celle du pénitent, attendu qu'elle excuse celui-ci devant Dieu . ( Henri Henriqaez. )

Un infidèle, persuadé que sa secte est probable, quoique la seote opposée soit plus probable, serait tenu certainement à l'article de la mort d'embrasser la vraie foi qu'il juge plus probable. . . . Mais hors

(i) Le probabilisme est une doctrine suivant laquelle, dans le concours de deux opinions, dont l'une est plus probable et favorable à la loi , l'autre moins probable et favorable à la cupidité , il est permis de suivre celle-ci dans la pratique.

de ce cas il n'y est point tenu. . . . Ajoutez que les mystères de notre foi sont si sublimes, et les mœurs chrétiennes si contraires aux lois de la chair et du sang, qu'une plus grande probabilité quelconque n'est pas censée suffisante pour emporter V obligation de croire.

( Thomas Sanchez.) Une opinion est regardée comme probable, lorsqu'elle est appuyée sur une autorité grave, ou une raison d'un grand poids. ... On entend par autorité grave celle des docteurs, qui, dans leurs opinions sur la morale, ont souvent atteint le yrai , et s'en sont rarement écartés. Il ne nous est point défendu de faire ce que nous croyons de bonne foi probable et sûr, parce que le contraire paraît plus sûr et plus probable.

Un confesseur peut absoudre un pénitent, qui, de deux opinions probables,

lOB PROBÀBILISME.

veut suivre celle que le confesseur lui-meune croit la moins probable , et ne veut pas se readre à la décision opposée et plus sûre de son confesseur.

( V alevins Reginaiéus.) Quoiqu'un docteur consulté par un ignorant, lui dise que l'opinion la plus corn-* mune est opposée à celle qu'il suit lui-même, et qu'il lui propose de suivre; cet ignorant pourra toujours suivre dans sa conduite l'opinion du docteur qu'il aura consulté. ( Gabriel Vasquez. )

Ce serait un fardeau insupportable pour lés consciences , et qui exposerait à Beaucoup de scrupules 9 si nous étions obligés de rechercher et de suivre les opinions les plus probables. C'est pourquoi des gens sa vans et des confesseurs prudent peuvent, en laissant à part leur propre opinion, qui est la plus probable, conduire les consciences des pénitens selon les opinions de ces pénitens, qu'ils jugent pr/bables, comme le prouvent fort bien et au long, San-

PR0BAB1LISME. lo3

cius, . . . • Vasquez v . . • Àzor, . • Salas. . . •

( É tienne Sannidez. ) * Assertion première. De deux opinions probables contradictoires , touchant une action humaine, savoir, si elle est permise ou non : chacun peut, dans la pratique ou dans Faction , suivre celle qu'il lui plaira davantage, quoiqu'en la suivant il la re-* garde spécula tivement comme moins probable.

Assertion seconde. De deux probabilités sur une question, il est permis de suivre même celle qui paraît moins sûre , c'est-à-dire, celle qui paraît moins éloignée de toute apparence de péché, que l'autre

qui lui est opposée,

Un docteur peut donner conseil à celui qui le consulte, non -seulement d'après son propre avis , mais également d'après l'avis opposé et probable d'autres personnes , si ce dernier avis se trouve plus favorable et plus agréable à celui qui le con-

UlQltIZCÛ Dy

104 PROBABILISMB.

suite , . . . . quoique le même docteur soit persuadé que certainement ce sentiment est spéculativement faux; en sorte qu'il ne pourrait pas lui - même le suivre dans la pratique.... Et de là suit qu'un homme docte peut donner à diverses personnes des conseils opposés selon les sentimens probables , opposés les uns aux autres, en observant néanmoins ià discrétion et la prudence. ( Paul Laymas. )

Les docteurs et les professeurs qui occupent des chaires, ne sont point obligés d'enseigner les sentimens qui leur paraissent les plus probables.

L'on n'est point obligé, dans les choses nécessaires au salut, de suivre la voie la plus sûre et la plus probable. C'est assez que vous en suiviez une qui soit sûre et probable.

Lorsque la probabilité de droit est fon-»

UlQltIZCÛ Dy

déç sur la liberté de fait, alors , de la probabilité de fait on conclut la probabilité de droit. Exemple :

Il est probable pour moi que le manteau que je possède est à moi ; je juge cependant qu'il est plus probable qu'il vous appartient; je ne suis pas obligé de Tous le rendre , mais je puis en sûreté le garder. De même au moment présent, il est pro* bable à un infidèle qu'il est dans la vraie religion; il ne paraît pas qu'on doive l'obliger de renoncer à son erreur. Quant à ce que , à l'article de la mort, il n'a plus le temps d'examiner la chose , cela ne fait point qu'il soit obligé de quitter une voie plus sûre; mais seulement d'examiner les choses avec plus de soin , lorsqu'il en aura la commodité.

( Ferdinand De Castro PaUw. )

Il est permis à un confesseur de suivre l'opinion probable du pénitent , et de négliger la sienne. Et cela est vrai, quand même l'opinion probable que suit le péni-

uigitizGO Dy

ÎOÔ PROBABILISME.

tent, tournerait au détriment d'autrui :

comme 9 par exemple, s'il s'agissait de ne pas restituer.

Il est permis de ne point suivre l'opinion la plus probable. ( Nicolas BaideL)

En vérité, quand je considère tant de divers senti mens sur les matières de morale ,. je pense que è'est uii heureux effet de la Providence, en ce que cette variété d'opinions nous aide à porter plus agréablement le joug du Seigneur. Donc la Providence a voulu qu'il y eût plusieurs voies à suivre dans les actions morales, et que 4a même action pût être bonne , soit qu'on agît suivant une opinion, soit qu'on suivît l'opinion contraire. : ^

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Il est permis et il ne l'est pas, de néffrrir en soi le dessein d'aller consulter divers docteurs, jusqu'à ce qu'on en trouve un qui nous réponde suivant nos désirs.

Les sujets sont obligés, et ne le sont pas, de payer le tribut, suivant deux probabilités opposées.

Certainement ils sont excusés par la raison que , comme le prince impose justement le tribut, conformément à Popiriion qui assure avec probabilité que cela est juste ; de même le sujet peut justement refuser le tribut, en suivant Popinion qui affirme probablement que ce tribut est injuste. {Antoine Eseobar.)

Une opinion probable est celle qui est appuyée sur l'autorité d'un homme docte et pieux.

Les docteurs peuvent donner des conseils contre leur opinion, et suivant celle d'autrui. ( Simon de Lessan.) •

Entre des partie? plaidantes , quand les opinions sur le point de droit sont de part et d'autre probables, le juge peut, à son gré, faire perdre le procès à celle deè parties que bon lui semble.

uigitizGO Dy

Le juge peut abandonner le sentiment le plus probable pour suivre celui qui Test le inoins. (Poignant).

Est-U permis de suivre tantôt une opinion probable , tantôt une autre > sur la même matière? Il est probable , par exemple, que tel impôt a été mis injustement : il est aussi probable qu'il a été justement imposé. Puis-je aujourd'hui , moi , qui suis établi par le roi pour fait e

payer cet impôt, l'exiger? et demain,

et même aujourd'hui, puis-je, parce que je suis marchand , frauder ce droit en secret? »

Il est probable que l'on peut être dédommagé par de l'argent de la perte de sa réputation.. Il est probable aussi qu'on peut n'en être pas dédommagé. Puis-je donc aujourd'hui, moi, dont on a noirci la réputation, exiger de celui qui l'a noircie un dédommagement en argent ?.......

lit demain , aujourd'hui même , puis-je

moi-même , qui ai noirci la réputation d'un autre , refuser de le dédommager, par cette somme d'argent, de la perte de sa réputation que je lui aiôtée.... ?

Je réponds qu'on peut, dans ces deux cas et dans les cas semblables, faire, en sûreté de conscience, ce qu'on juge à propos , et qu'on n'est chargé d'aucun péché en faisant tantôt une chose, tantôt l'autre, selon son opinion.

{Thomas Tambourini.)

Un inférieur , qui croit probablement que son supérieur manque de juridiction, ne doit point lui obéir, quoique son supérieur soit en possession de son office......

parce que nulle loi n'empêche , dans le for de la conscience, l'inférieur de suivre son opinion probable contre le commandement de son supérieur.

Un coupable qui croit probablement que

le juge ne l'interroge pas légitimement,

HO ÇROBABILISME,

n'est point obligé de répoudre, qpoique le juge pense le contraire.

(Louis de ScUdère. )

Quoique une opinion soit fausse, chacu n peut , en sûreté de conscience , la suivre dans la pratique à cause de l'autorité de celui qui l'enseigne. (Tanuerus.)

En général, tant en matière de foi qu'en matière de mœurs , il est permis à tout homme de suivre toute opinion, directement la moins probable et la moins sûre, quoique l'on croie l'opinion contraire la plus probable et la plus sûre, et qu'elle le soit réellement. Mais ce que je dis ici se restreint à l'opinion dont la probabilité pratique est certaine pour celui qui agit.

[Antoine TeriUus.)

Il faut établir pour règle certaine que l'usage du temps présent décide de la probabilité des opinions, et cela, en tout genre de doctrine probable : l'usage, dis-je, du temps présent, que les sages n'improuyent point, gue l'église ne rejette point ,

uigitizGO Dy

PHOBAJBILISME. 1)1

mais qu'elle permet aux fidèles de suivre librement, car il ne faut point avoir égard à l'usage des temps passés, si celui du temps présent n'y est pas conforme, et ne vient pas à l'appui.

II y a deux espèces d'opinions probables, opinions certainement probables, et opinions probablement probables.

Un juge , dans la même cause , serait souvent obligé de changer d'avis si l'opinion opposée lui paraissait plus probable : j'en dis autant de l'avocat et du confesseur. (Honoré FabrL )

Il est certain que personne n'est obligé de suivre l'opinion la plus sûre, parce que souvent elle est la moins probable.

(Georges de Rhodes. )

UlQltIZCÛ Dy

112 PROBABILISMJE.

Le confesseur est obligé d'absoudre un pénitent bien disposé d'ailleurs , qui suit une opinion probable (comme, par exemple, qu'en certain sas il n'y a pas d'obligation de restituer) , contraire au senti* ment du confesseur , qui est plus probable : car, dans ce cas, le pénitent, suffisamment disposé, ayant fait sa confession, a droit à l'absolution.' $j •

Un homme savant peut , lorsqu'on le consulte, donnerxonseil selon toute opinion probable^ même contraire à la sienne, à moins qu'on ne lui demande ce qu'il pense lui-même. Lorsqu'on le consulte sur l'obligation de restituer, il pèche contre la justice, s'il répond absolument selon son sentiment qui est probable , à Celui qui le consulte, qu'il est obligé de restituer, si selon un autre sentiment qui est plus probable , ou même seulement

uigitizGO

PROBÀBIUSMEt 1 1 5

probable, il n'y est pas obligé, et qu'il ne le lui dise point {Jacques Platel.)

Il est spéculativement probable que ce n'est pas un péché mortel de ne pas réprimer des lïjouvemens charnels qui s'excitent contre notre intention; que ce n'en est pas un non plus, de ne pas détourner les yeux à l'aspect d'une femme , quand même cette vue occasionerait de mauvaises pensées. {Georges Gobât.)

Toute conscience. invinciblement erronée, pourvu qu'elle soit certainement prudente et fondée au moins sur une probabilité certaine de la rectitude de l'action, est moralement droite, et est par conséquent règle des mœurs.

Il est toujours permis , et en toute matière.... de suivre l'opinion la moins sûre et la moins probable dans la pratique, ^ans égard à une plus forte probabilité

uigitizGO

1 1-4 PROB AB ILI S M fi

spéculative attachée à l'opinion contraire, d'ailleurs plus sûre; et cela, toutes les fois, que l'opinion moins sûre et moins probable conserve certainement sa sûreté et sa probabilité pratique, quoique moindre.

La loi naturelle, qui oblige toujours au plus sûr ou au plus probable lorsqu'il est possible, cette loi, dis- je, est tout au plus douteuse et probable, mais elle n'est pas certaine, et elle est d'ailleurs en soi trèsdifficile à observer ; ainsi , elle met les hommes dans le cas de pécher mortellement toutes les fois qu'ils veulent agir dans une matière incertaine. Elle ne peut donc qu'être dangereuse.

Tout ce qui n'est point certainement illicite est certainement permis, attendu qu'on n'est point obligé d'obéir à une loi incertaine ou douteuse, et dont l'exis-

DIQIÏIZ60 D

tence est seulement plus probable; et tout ce qui est prudemment permis, quand même on le pourrait juger plus prudemment illicite , est certainement permis , puisque personne n'est obligé à agir de la façon la plus prudente.

(Charies- Antoine Casnedi)

Dans la pratique, prudemment etpro* bablemmt sont synonymes; donc celui qui porte un jugement probable sur la probabilité d'une opinion porte un jugement prudent : or, les actions qui sont dirigées par un jugement prudent sont licites; donc si Suarès disait qu'une opinion est probable , quoique Vasquez soutînt qu'elle ne Test pas, je n'oserais pas dire que cette opinion ne serait pas probable, et d'un usage licite. Celui qui reçoit un conseil n'a par-là qu'une opinion probablement probable; mais si une opinion probablement probable faisait naître quel*

Il6 PR0BABILI5ME.

que doute 9 une opinion certainement probable en occasionerait aussi.

{Jean Marin.) II peut arriver qu'un sentiment probable pour d'autres ne le soit point pour soi.

11 est permis d'agir selon un sentiment probable, quoiqu'on craigne que le sentiment opposé en lui-même ne soit vrai, et que celui qu'on a embrassé ne soit faux.

Il est permis de suivre l'opinion d'un autre, et une opinion moins probable, en agissant contre sa propre opinion, quoique celle-ci soit plus probable , et qu'on ne cesse point d'en être persuadé.

H est permis relativement au même objet de changer d'opinion , d'abandonner celle qu'on avait d'abord embrassée, et d'agir ensuite selon l'opinion opposée.

\ Un confesseur , ou une autre personne docte, peut répondre, contre son opinion, à ceux qui le consultent, en suivant l'opinion probable d'autres personnes, pourvu qu'elle ne soit point spécialement défendue.

Tout confesseur , ou propre ou délégué, peut suivre, ou au moins permettre l'opinion, probable d'un pénitent, quoique lui-même ait une opinion contraire, ou même qu'il croye fausse celle du pénitent, pourvu cependant qu'il sache que d'autres gens habiles la défendent comme probable.

M Orne dans l'administration des sacremens , il est permis de suivre des opinions moins probables, en laissant les plus probables..., parce que les ministres qui en agissent ainsi agissent encore prudemment; et tant qu'ils ne sont

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