‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 238 sur 542 · JAQUET — JEHIN · texte numérisé non relu

JAQUET — JEHIN

composition, ainsi qu'à la diffusion soit de ses propres œuvres, soit de celles qui lui sont sympathiques et se rattachent particulièrement à la jeune école française. Son talent, à la fois audacieux et sincère, se manifeste dans un mélange de poésie et d'humour, dont les Chansons romandes et Chez nous (nouvelles chansons romandes) surtout, fournissent, dans les petites formes, l'exemple le plus exquis. J. a donné successivement : La veillée (chœurs, soli et orchestre), et des fragments d'un drame lyrique en trois actes, Le violon maudit (1893); Janie (comédie lyrique, poème de Godet; Genève, 1893: trad. ail. par F. Vogt, Stuttgart, Francfort s/M., 1895); Poème alpestre (chœurs, soli et orchestre; Exposition de Genève, 1896; trad. angl. par E. Combe, Londres, 1897); enfin, Sancho Pança (comédie lyrique en quatre actes, poème d'Yve Plessis; sera représentée à Genève, 1897). Il a publié, en outre, chez Fritzsch (Leipzig), Hatzfeld (Stanley Lucas, Londres), Baudoux (Paris), et Henn (Genève) : des pièces pour piano, piano et violon, piano et violoncelle, des lieder (texte allemand) et des mélodies (une trentaine), puis, chez Eggimann (Genève) : des Exercices pratiques d intonation. J. rédige, depuis la fin de 1896, la Gazette musicale de la Suisse romande, à laquelle il avait fourni auparavant, comme à d'autres journaux el nvues, de nombreux articles de polémique artistique toujours mordante et spirituelle.

Jaquet, v. Buus.

Jarnowic (Giorxovighi), Giovanni-Mane, violoniste et compositeur, né à Palerme en 1745 (mais certainement d'origine polonaise), m. à St-Pétersbourg le 21 nov. 1804; élève de Lolli, se lit entendre, en 1770, dans un concert spirituel, et devint bientôt le héros du jour, tant comme virtuose que comme compositeur. Cependant, il dut quitter Paris, à la suite de querelles sur des questions d'honneur; il arriva en L779 à Berlin, partit de là, quatre ans plus lard, pour Vienne, Varsovie, St-Pétersbourg, Stockholm où il fut très fêté, mais fut écarté par Viotti, à Londres, en 1792. De 1796 à 1802, J. vécut sans situation à Hambourg, puis se rendit, en passant de nouveau par Berlin, à St- Pétersbourg. Ses œuvres sont d'allure agréable et facile, ce sont: seize concertos de violon (avec orchestre à cordes, 2 hautbois et 2 cors), dont quelques-uns passent pour être en réalité de Saint-George; six quatuors pour inslr. à archet; une quantité de duos pour violons et un cahier de sonates de violon avec basse.

Jean (Jolo) IV, roi de Portugal, né à Villa- V içosa le 19 mars 1604, monté sur le trône en L640, m. â Lisbonne Le 6 nov. 1656; a écril : Defensa de la m "sien moderna contra la errada opinion del obispo Cyrillo Franco (anonyme, L649), el Respuestas a las dudas que te puaieron a la missa « Panis quem dabo* de Palestrina (1654), ouvrages qui loua deux furenl traduits en italien. De plus, il a composé: douze motets (1657), Magnificat è quatre voix, Diœit dominas à huit xoix, Lau-

date dominum à huit voix, Crux fidelis à quatre voix, etc.

Jean Damascène (Johannes Damasgenus), de son vrai nom Jean Chrysorrhous, de Damas, né vers l'an 700 de l'ère chrétienne, m. au couvent de Saba, près Jérusalem, vers 760; premier dogmaticien de l'Eglise grecque, organisateur du chant ecclésiastique et réformateur de la notation byzantine, il fut canonisé par l'Eglise grecque, puis par l'Eglise romaine. Il n'existe jusqu'à ce jour aucune étude approfondie et détaillée du système de notation byzantin, de même que la liturgie byzantine est loin d'avoir été étudiée à fond. Citons cependant, parmi les contributions à la connaissance de l'une comme de l'autre, les ouvrages suivants : Cyriakos Philoxenos. As^xov rr,ç zXhyivtxviç iXKXs<7toc<rrixy]ç fxovirtxyiç (18(58).; W. Christ , Beilrâge zur kirchlichen Lïtteratur der Byzantiner (1870, tirage à part des comptes rendus des séances de l'Académie royale des sciences, de Bavière) ; M.-C. Paranikas, Beitrdge zur byzantinischen Litleratur (1870, id.); H. Riemann, Die M.ocçtv^xi der byzantinischen liturgischen Notation (1882, id.); Tzetzes, Die altgriechische Musik in der griecldschen Kirche (1874, dissertation); Gardthausen, Beitrdge zur griechischen Palàographie (1880 ; dans les comptes rendus des séances de la' Société royale des sciences, de Saxe [classe d'histoire et de philologie]). Cf. byzantine.

Jean le Coq, v. Gallus 2.

Jehan, v. Gallus 2.

Jehin, 1. Léon-Noel- Joseph, né à Spa le 17 juil. 1853, commença ses études musicales sous la direction de son père, directeur de l'Ecole de musique de Spa, puis entra en 1864 au Conservatoire de Liège, et, en 1865, à celui de Bruxelles où il travailla sous la direction de Léonard (violon), Michelot (piano), Bosselet. Kufferath et Gevaert (théorie et composition). Tout en faisant déjà partie, comme premier violon, de l'orchestre du Théâtre de la Monnaie (1870-1880), il suivit encore pendant deux ans le cours de perfectionnement organisé par Vieuxtemps. Il fut nommé, en 1881, professeur adjoint d'harmonie au Conservatoire royal de Bruxelles et chef d'orchestre du Théâtre d'Anvers, mais passa l'année suivante déjà au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et y remplit avec la plus grande distinction, de 1882 à 1888, les fonctions de second chef d'orchestre. Il dirigea en même temps les concerts du Vauxhall et ceux de l'Association des artistes musiciens. Enfin, il fut appelé à la direction de l'orchestre du Théâtre et des concerts de Monte-Carlo, tandis que, pendant les saisons d'été, il remplissait les mêmes fonctions d'abord à Royan, puis à Aix-les-Bains. Entre temps, il conduisit pendant deux saisons (1892), l'orchestre de Covent-Garden, à Londres. J. avait épousé, en 1891, Mllc Blanche Deschamps, cantatrice scénique remarquable, et qui fait partie du personnel de l'Opéra de Paris. En tant que compositeur, J. a fait preuve d'habi-

JELENSPERGER — JENSEN

leté et de bon goût, on a de lui : une Suite de ballet (quatre parties) et une Marche jubilaire pour orchestre, un Minuetto pour petit orchestre, une Elégie pour instr. à archet, une Romance pour violon et orchestre, et plusieurs mélodies pour chant et piano. — 2. François J.-Prume, né à Spa le 18 avr. 1839; également élève du Conservatoire de Bruxelles, est un violoniste de talent. 11 vécut, de 1875 à 1883, à Montréal (Canada), et depuis lors à Bruxelles.

Jelensperger, Daniel, né dans les environs de Mulhouse (Alsace), en 1797, m. dans la même localité le 31 mai 1831 ; arriva à Paris, en qualité de simple copiste pour l'impression musicale lithographique, étudia la théorie musicale sous la direction de Reicha, dont il devint répétiteur, puis professeur suppléant, au Conservatoire. En 1820, il accepta la direction d'une entreprise d'éditions, fondée par un certain nombre de professeurs du Conservatoire, pour la publication de leurs propres œuvres (Reicha, Dauprat et d'autres). C'est alors que J. écrivit le traité d'harmonie qui fut publié après sa mort : L'harmonie au commencement du dix-neuvième siècle et méthode pour l 'étudier (1830; éd. ail. par Hseser, 1833). Il publia en outre l'édition française de la «Méthode de piano » de J. Hummel, et de la « Méthode de chant choral», de Hœser.

Jelinek, Franz -Xaver, né à Caurins, en Bohême, le 3 déc. 1818, m. à Salzbourgle7févr. 1880; élève du Conservatoire de Prague, devint ■en 1841, professeur de hautbois et archiviste du « Mozarteum », à Salzbourg, où il fut nommé plus tard directeur du chœur du Dôme. J. a écrit de la musique vocale religieuse, des chœurs pour voix d'hommes, etc.

Jenkins, John, né à Maidstone en 1592, m. à Kimberley (Norfolk) le 27 oct. 1678; virtuose sur le luth et la viole, musicien de la chambre des rois Charles I et Charles II, auteur d'un grand nombre de Fancies (fantaisies) et de liants (« folles idées », caprices) pour orgue, violes, etc. La plupart de ces œuvres sont conservées, en manuscrit, à Oxford; seuls, quelques rants ont paru dans les anthologies suivantes, de Playford : Courtly masking ayres (1862), Musictts handmaid (1678), Apollo's banquet (1690). Mais J. publia lui-même un certain nombre d'autres œuvres : Twelve Sonatas for violins and a base with a thorough basse for the organ or theorbo (1660 et 1664); Theophila (airs pour un poème de Benlowe, 1652); une élégie sur la mort de W. Lawes, imprimée à la fin des Choice psalmes de ce dernier (1648); deux rondels, dans Catch that catch can, de Hilton (1652); des mélodies, dans Select ayres and dialogues (1650) et The musical companion (1672), etc.

Jennekin, v. Jannequin.

Jensen, 1. Adolf, né à Kœnigsberg (Prusse) le 12 janv. 1837, m. à Baden-Baden le 23 janv. 1879. En majeure partie autodidacte, il ne fut que pendant deux ans élève d'Ehlert et de Marpurg, alors que son exquis talent de compositeur de lieder s'était déjà manifesté en par-

tie. En 1856, J. vécut en Russie, comme maître de musique, puis il accepta, l'année suivante, le poste de chef d'orchestre du théâtre de Posen; cependant, en 1858 déjà, il se rendit à Copenhague, auprès de Gade, pour lequel il avait de grandes sympathies artistiques, rentra au bout de deux ans à Kœnigsberg et y acquit rapidement une haute notoriété, tant comme compositeur que comme professeur. De 1866 à 1868, J. professa à l'Ecole supérieure de piano, fondée par C. Tausig, à Berlin, mais sa santé chancelante l'obligea à se retirer; il se rendit en premier à Dresde, puis en 1870 à Graz, et passa les dernières années de sa vie à Baden- Baden. Il succomba, à la fleur de l'âge, à la phtisie, qui, lentement, mais sûrement, avait accompli son œuvre. On doit considérer J., bien plus encore que Rob. Franz, comme l'héritier de Schumann, dans l'art de la composition du lied, d'où il ne faudrait cependant pas conclure à une servile imitation de la part de J. ; l'intensité du sentiment, la transfiguration du poème par la mélodie sont choses qui ne se peuvent contrefaire. Les nombreux recueils de lieder de J., du premier (op. 1) au dernier (op. 61), renferment un véritable trésor de sentiments poétiques et musicaux; la plupart d'entre eux ont paru sans autres titres que : 6 Lieder (op. 1), 7 Lieder (op. 11), etc. D'autres, par contre, forment des cycles ayant chacun un titre général : Dolorosa (d'après les « Larmes » de Chamisso, op. 30) ; Gaudeamus (12 poèmes de Scheffel, op. 40); deux recueils de 7 lieder chacun, extraits du Spanisches Liederbuch, de Geibel et de Heyse (op. 4 et 21) ; Romanzen und Balladen (poèmes de Hamerling, op. 41), etc. J. a aussi écrit quelques séries de chœurs (op. 28 et 29) ; deux chœurs pour voix mixtes, avec deux cors et harpe (ou piano, op. 10), etc.; enfin, un choix de lieder, en deux volumes, a paru sous le titre Jensen- Album. J. a aussi écrit pour piano, surtout de petites pièces lyriques qui lui assignent un rang élevé parmi les représentants de cette forme d'art, ce sont entre autres : Innere Stimmen (op. 2), Wanderbilder (op. 17), ldyllen (op. 43), Eroticon (op. 44), HocJizeïtsmusik (à quatre mains, op. 45), une sonate (op. 25), une suite allemande (op. 36), Romantische Studien (op. 8), des études (op. 32), des fantaisies, danses, romances, nocturnes, etc. Il a enfin publié : Jephthas Tochter, pour chœur, soli et orchestre, Der Gang der Jtinger nach Emmaus, pour orchestre, et laissé la partition manuscrite complète d'un opéra intitulé Turandot. Cf. A. Niggli, Adolf Jensen (1894). — 2. Gustav, né à Kœnigsberg (Prusse) le 25 déc. 1843, m. à Cologne le 26 nov. 1895; élève, à Berlin, de S. Dehn, F. Laub et J. Joachim, violoniste et compositeur, fut nommé, en 1872, professeur de contrepoint au Conservatoire de Cologne; a publié delà musique de chambre (suite, op. 3, pour piano et violon; trio, op. 4; sonate de violon, op. 7; quatuor pour instr. à archet, op. 11), des morceaux pour piano, des lieder, des chœurs, etc. Il a édité, en outre, des œuvres anciennes pour

JEU — JOAGHIM

le violon (Klassische Violiwmusik, chez Augem -r. à Londres), et laissé en manuscrit une édition allemande du traité de contrepoint de Chenil )ini (éditée par O. Klauwell, 1897).

Jeu, 1. Terme dont on se sert pour désigner, dans lorgne, une série complète de tuyaux de même timbre et disposés sur un ou, dans les j. de mutation (v. ce mot) plusieurs rangs correspondant aux touches du clavier et du pédalier. Le j. est ajouté ou retranché de l'ensemble au moyen d'un registre (v. ce mot) que, par un simple bouton, l'organiste manie avec facilité. Les j. dont le nombre augmente continuellement, grâce aux inventions toujours plus raffinées des facteurs d'orgue, se laissent cependant ramener à deux grandes catégories déterminées par le mode de production du son:

(I. J. A BOUCHES, V. INSTR. A VENT et BOUCHE; b. 3. A ANCHES, V. INSTR. A VENT et ANCHE. LeS j. à

anches de l'orgue ne différent au fond que très peu les uns des autres, si l'on fait abstraction de quelques j. doux, à anches libres, tels que l'éoline, le physharmonica, etc. Selon l'épaisseur, la résistance de l'anche, la pression de l'air est plus ou moins forte et le son par conséquent plus ou moins puissant; de plus, le pavillon évasé à l'extrémité supérieure (en forme d'entonnoir) renforce la sonorité, tandis que le pavillon rétréci à l'extrémité supérieure (demi-bouché; conique)l'amoindrit. C'est ainsi que l'on peut obtenir un certain nombre de j. de caractères plus ou moins divers : trombone ('serpent, bombarde, tuba, ophicléide), trompette (clarino), basson (dutcian), hautbois, clarinette, chalumeau, cornet (Zink), cor de basset, cor, etc. On avait en outre, autrefois : « sordun », « Racket! », « Bârpfeife », « Bassanelli», et tous les j. dont le nom était combiné avec celui de « régale. » Cf. orgue et les noms des différents j. — 2. On se sert aussi du mot j. pour désigner l'ensemble des cordes tendues sur un instr. à cordes ou aussi l'assortiment de cordes nécessaire pour l'un quelconque de ces instruments; ainsi, un jeu de cordes complet, pour le violon, comprend une corde de sol-, une de re3, une de la3 et une de mi*. Le jeu de cordes d'un piano se compose d'un plus grand nombre, une vingtaine environ, de cordes de diverses grosseurs ; il est de toute importance de remplacer la corde qui a sauté par une autre d'égale grosseur, afin que la sonorité de l'instrument reste bien égale el homogène. — 3. C'est dans un sens analogue à celui qui précède, que l'on parle de jbu de timbres, c.-à-d. d'une série de lames d'acier, accordées et disposées sur un cadre en forme de lyre (v. ce mot, 3). Frappées au moyen d'un petil marteau de bois (ou d'une série de marteaux, lorsque le j. de timbres est pourvu d'un clavier), les lames ont une sonorité claire el métallique qui lit adopter le j. de timbres dans la plupart des musiques miïitai- 1 plu- tard, en vue de certains effets caractéristiques, dans l'orchestre de théâtre et de concert.

Joachim, Joseph, le violoniste classique actuellement sans rival, né à Kittsee, près Pres-

bourg, le 28 juin 1831, fut un enfant prodige et. se lit entendre à l'âge de sept ans déjà avec son premier maître Szervaczinski, concertmeister au théâtre de Budapest. En 1838, il entra au Conservatoire de Vienne et travailla si bien,, sous la direction de Bôhm, qu'il put jouer en 1843 à Leipzig, dans un concert de Mme Viardol- Garcia d'abord, et, peu après (au mois de novembre de la même année), au « Gewandhaus »;. il y remporta, auprès d'un public difficile, les plus brillants succès. J. resta à Leipzig pendant les six années qui suivirent ses débuts ; l'époque Mendelssohn-Schumann brillait alors dans tout son éclat, et le jeune musicien se développa surtout sous l'influence de Mendelssohn. Il se fit entendre au « Gewandhaus », en 1844, dans le concerto de Maurer pour quatre violons ; ses partenaires étaient Bazzini, de passage à Leipzig, Ernst et David. Il est certain que les tendances artistiques distinguées du monde leipzicois d'alors eurent une influence décisive sur le jeune musicien, dont les idées, furent ainsi dirigées vers tout ce qu'il y a de plus élevé et de plus noble dans l'art. C'est de Leipzig que se répandit d'abord la renommée de virtuose de J. ; il entreprit quelques tournées de concerts, joua en 1844 déjà à Londres, sur la recommandation de Mendelssohn, y retourna en 1847, en 3849, et dès lors fréquemment, jusqu'au jtfur où, acceptant les brillantes propositions qu'on lui faisait, il s'engagea à y jouer chaque année. En 1849, il fut nommé concertmeister à Weimar, mais ses sympathies pour les tendances néo-allemandes personnifiées à cette époque déjà par Liszt, furent de courte durée; il échangea ce poste en 1854 contre celui de concertmeister et de virtuose de la chambre du roi, à Hanovre. Il épousa, en 1863, Amalie Weiss (de son vrai nom Schneeweiss, née à Marbourg, en Styrie, le 10 mai 1839), cantatrice douée d'une voix d'alto superbe, et qui, après avoir été engagée à liermannstadt, puis au théâtre de Kàrntnerthor à Vienne, faisait partie depuis 1862 du personnel de l'Opéra de Hanovre. Mme Joachim renonça au théâtre et se voua exclusivement au concert ; sa renommée de cantatrice de lieder est à peine inférieure à celle de violoniste de J. lui-même. On ne lui connaît point de rivale comme interprète de Schumann, Peu après les événements de 1866,, les époux s'établirent à Berlin, où J. prit en 1868 la direction de Y Académie royale de musique qui venait d'être fondée, et qui prit d'année en année une plus grande importance. L'organisation de l'établissement fut ensuite transformée et la direction confiée à tour de rôle à chacun des professeurs supérieurs; en 1895 seulement, par décret impérial, J. fut rétabli seul directeur de l'Académie royale de musique. Un groupe nombreux de violonistes s'était rapidement formé autour du maître ; la grande école de violon fut ainsi transférée,, après la mort de David, de Leipzig à Berlin. J. possède une technique des plus remarquables; tandis que l'éclat et le coloris du jeu de certains virtuoses, tels que Sarasate, captivent

JOBST BRANT — JOMMELLI

de prime abord même le musicien, le calme réfléchi,l'élévation classique des interprétations de J. s'imposent en fin de compte victorieusement. Il est un des maîtres de son art qui méprisent la recherche de l'effet, et pour lesquels les intentions du compositeur sont l'idéal le plus élevé; plus encore qu'il ne ravit et n'enthousiasme, il impressionne fortement et il instruit. Rien de plus instructif en effet que de comparer, dans les concertos de Beethoven et de Mendelssohn par exemple, l'interprétation de J. avec celle d'autres virtuoses en vogue. Le talent du maître se révèle avec la même intensité dans la musique de chambre que dans la musique de concert; les derniers quatuors de Beethoven, en particulier, n'ont peut-être jamais eu de meilleurs interprètes que J. et ses partenaires de Ahna (Kruse, puis Halir), Wirth et Haussmann, à Berlin. Depuis un certain nombre d'années, J. est l'hôte annuel de Londres pendant la season; il y joue soit dans les concerts du Palais de cristal, soit dans ceux de la Société philharmonique, soit encore dans les séances de musique de chambre du samedi ou du lundi. Gomme compositeur, il ne s'est fait connaître que par un très petit nombre d'œuvres, dont le style rappelle celui de Schumann : trois concertos pour violon (op. 3. en sol min. ; op. 11 à la hongroise; en sol maj., paru en 1890), des variations pour violon et orchestre, un Andantino et allegro (op. 1) pour violon et orchestre, six morceaux pour violon et piano (op. 2 et 5), un Nocturne pour violon et orchestres, des mélodies hébraïques (op. 9) et des variations sur un thème original pour alto et piano, plusieurs ouvertures (Hamlet, Demetrius, A la mémoire de Kleist, etc.), quelques marches et la Scène de Marfa (de Demetrius), pour alto solo et orchestre.

Jobst Brant, v. Brant.

Jodler (ail. jodelri), c.-à-d. chanter d'une façon particulière aux montagnards des Alpes de la Suisse et du Tyrol, consistant en une sorte de vocalise sans paroles, et qui passe fréquemment, sans transition, de la voix de poitrine à la voix de tête. Le terme lui-même n'est sans doute pas autre chose qu'une onomatopée.

Jœcher, Christian-Gottlter, né à Leipzig, le 25 juil. 1694, professeur de philosophie et bibliothécaire dans sa ville natale, m. le 10 mai 1758; a publié un Allgemeines Gelehrtenlexikon (1750, 4 vol.; augmenté par Dunkel, 1755 à 1760; continué par Adelung, 1784 à 1787; réédité et continué par Rotermund, 1810 à 1822, 6 vol.), qui renferme aussi des biographies de musiciens. La dissertation doctorale de J. parut sous le titre de : Effecius musicae in hominem <1714).

Johannes Gotto, v. Gotton.

Johannes Damascerms, v. Jean Damasgène.

Johannes Gallus, v. Gallus.

Johannes de Garlandia, v. Garlande.

Johannes de Mûris, v. Mûris.

Jommelli (Jomelli), Nigola, l'un des compositeurs scéniques les plus importants de l'Ecole napolitaine, né. à Aversa, près Naples, le 10

sept. 1714, m. dans la même localité le 25 août 1874; reçut les premières leçons de musique du chanoine Mozzilo, à Aversa, devint, à l'âge de seize ans, élève de Durante, au Conservatoire « Sant' Onofrio », à Naples, mais passa au bout de peu de temps au Conservatoire « délia Pietà » où Léo et Feo eurent une heureuse influence sur le développement de son talent pour la composition. Ses premières œuvres, de petites pièces vocales et de la musique de ballet, n'eurent que peu de succès. Ce fut en 1737 seulement qu'il donna son premier essai de musique scénique : Uerrore amoroso, sous le nom d'un musicien de second ordre, Valentino ; le succès fut, cette fois-ci, excellent, et J. donna l'année suivante, et sous son nom, son premier opéra : Odoardo. Sa réputation grandit rapidement et se répandit, en sorte que nous trouvons le jeune auteur, en 1740, à Rome (Ricimero, Astianasse), et l'année suivante à Bologne (Ezio) ; il séjourna du reste assez longtemps dans cette dernière ville, et y fit de nouvelles études de contrepoint, sous la direction du Père Martini. La réussite de son opéra Merope, à Venise (1747), lui fit octroyer la place de directeur du Conservatoire « dell' Incurabili», dans cette ville: il écrivit alors plusieurs œuvres pour double-chœur. En 1749, J. fut appelé au poste de suppléant de Bencini, maître de chapelle de St-Pierre de Rome, et il conserva ce poste jusqu'au jour où il accepta, à la fin de 1753, celui de maître de chapelle de la Cour, à Stuttgart. Pendant les quinze années de son séjour dans cette ville, J. se familiarisa avec la musique allemande et apprit à traiter avec plus de soin l'harmonie et surtout l'orchestration de ses opéras. Mais si, d'une part, cette transformation le fit monter dans l'estime des Allemands, elle lui fit d'autre part un tort énorme aux yeux de ses compatriotes ; lorsqu'en 1769, peu après la dissolution de l'Opéra de Stuttgart (29 mars 1769), il rentra à Naples, il ne fut plus pour les Italiens qu'un étranger, incapable de reconquérir la gloire passée. Ses derniers ouvrages, les meilleurs peut-être : Armida (1770), Demofoonte (1770), et Ifigenia in Aulide (1773), ne firent aucune impression sur le public du théâtre « San Carlo ». J. s'était retiré avec sa famille dans l'endroit où il était né et vivait tantôt à Aversa même, tantôt dans les environs immédiats de Naples. L'insuccès de ses derniers ouvrages l'attrista profondément et ne tarda même pas à amener sa mort, survenue peu après qu'il eût achevé son Miserere, pour deux soprani et orchestre, devenu célèbre. On connaît de nom environ cinquantecinq opéras et divertissements de J. : mais la plupart de ceux qui étaient entreposés à Stuttgart, disparurent dans l'incendie de 1802. Il a écrit, en outre : une Passion, des oratorios (Isacco ; Betulia liber 'ata ,• Santa Elena al calvario; La nativita di Maria Vergine), plusieurs cantates, Messes, psaumes, graduels, répons et autres morceaux de musique d'église parmi lesquels un certain nombre pour double chœur : Bixit (huit voix), Miserere (huit voix),

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