‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 267 sur 542 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

léon l'appela à la succession de Paësiello, comme maître de chapelle de la Cour, et lui donna d'un seul coup la plus haute situation musicale de tout Paris. Les Bardes furent alors représentés et fort goûtés par Napoléon luimême. Enfin, après la Restauration (1814), L. fut nommé chef d'orchestre de l'Opéra royal, compositeur de la chapelle de la Cour et, lors de la réouverture du Conservatoire, professeur d'une classe de composition ;une foule de distinctions de tous genres vinrent s'adjoindre au titre d'académicien qu'il portait déjà depuis 1813. Il faut ajouter encore, aux ouvrages dramatiques déjà mentionnés de L., des divertissements: L'inauguration du temple delà Victoire et Le Triomphe de Trajan (tous deux en collaboration avec Persuis, 1807), puis des opéras non représentés : Ti/rtee, Artaxerce et Alexandre à Babylone. On n'a gravé, sur le nombre respectable de ses Messes (33), oratorios, motets, etc., que : trois Messes solennelles ; des oratorios: Deborah, Rachel, Ruth et Noémi, lluth et Booz et un oratorio de Noël ; trois Te Deum; quelques motets; deux Passions en musique; un Stabat Mater et quelques pièces de circonstance (entre autres une Marche de couronnement pour Napoléon). L. a écrit en outre une Notice sur la mélopée, la rythmopée et les grands caractères de la musique ancienne (1793) et. une notice biographique sur Paësiello (1816). Plusieurs auteurs ont publié des études sur L. : Piaoul Piochette (1837), Stéphen delà Madeleine (1841), Octave Fouque {Les révolutionnaires de le musique, 1883).

Lettres de l'alphabet. Les 1. de l'alphabet servent fréquemment à désigner des sons. Il semble même que la notation alphabétique est le plus ancien des systèmes de notation; on la rencontre déjà chez les anciens Grecs (v. Grecque). La notation alphabétique grecque resta du reste en usage en Occident, pour le moins dans les traités des théoriciens, jusque dans le courant du xe s. ; cependant, la pratique musicaleadopta, à partir du vic s. environ, la notation neumatique(v. neume). C'est au xe s. seulement que nous voyons apparaître un nouveau système de notation alphabétique, composé des sept premières lettres de l'alphabet latin : ABCDEFG, correspondant aux: sept sons de l'échelle diatonique (rï. ecclésiastiques); mais il convient d'ajouter que la signification de ces lettres différait de celle que leur donne aujourd'hui la nomenclature allemande, puisqu'elles correspondaient à notre échelle ut ré mi (a sol la si. On continuai l'échelle à l'aigu par A, au grave par G. Cette notation alphabétique servait, d'après le témoignage d'écrivains des déhuis du moyen âge, pour les instruments à corde (psaltérium, rotta); elle fut en outre adoptée généralement pour la musique d'orgue qui lit alors son apparition. Mais les moines de l'Occident ne tardèrent pas à transposer la signification des let- ■ h adaptanl celles-ci à l'ancien système musical des Grecs (échelle mineure de deux oclaves). < !'esl à ce moment que la lettre A prit la signification qu'elle conserve de nos jours en-

core dans divers pays, soit la, autrement dit : les demi-tons qui, dans l'ancien système de notation alphabétique, se trouvaient de C à D et de G à A, passèrent, dans le nouveau système, de B à C et de E à F. Nous appellerons ce nouveau système « notation d'Odon », d'après le nom d'Odon de Clugny (m. en 942) qui en fut vraisemblablement le promoteur. Dans le courant du xe s. déjà, on commença à différencier les lettres destinées aux différentes octaves. Le système grec avait été enrichi d'un son au grave, notre sol[. que l'on désignait au moyen du gamma grec : T ; venait ensuite l'octave des lettres majuscules : A B C D E F G, puis celle des lettres, minuscules : a b c d e f g. Si l'on avait besoin de sons plus aigus encore, on avait recours soit aux lettres grecques (dans les ouvrages d'Odon : ocBxù), soit au redoublement des lettres minuscules : « h c d e " ^es mmuscules de la seconde octave sont aussi parfois remplacées parla suite de l'alphabet: HIKLMNOP; cette notation alphabétique, de A jusqu'à P (improprement appelée « notation boétienne», dunomdeBoéce),. revêt même tantôt l'ancienne signification (H — ut), tantôt la nouvelle (H — la). On peut du reste admettre d'une manière générale que l'ancienne notation alphabétique se maintint à côté de celle d'Odon, an moins jusque dans le courant du xiie s. Une fois l'origine de la double signification de la série des lettres oubliée, il semblait presque naturel d'assigner à celles-ci une troisième, une quatrième signification, suivant l'accord de l'instrument pour lequel on écrivait, et c'est justement ce qui se passa dans la pratique- L'arbitraire le plus absolu finit par régner dans les traités théoriques du xne et du xme s., en ce qui concerne l'usage des lettres comme signes d'élévation des sons, ainsi A prend parfois le sens de notre fa, etc. La notation alphabétique disparait ensuite pour un temps, en tant que notation musicale proprement dite, destinée à la. pratique. Du reste l'usage des lettres, pour la notation des mélodies vocales du moins, devint de plus en plus rare, à partir du jour où Guy d'Arezzo eut inventé ou organisé notre notation moderne, sur un système de lignes horizontales et parallèles (vers 1025) ; mais cette notation ellemême, ainsi que le trahissent encore les clefs^ n'est pas autre chose qu'une notation alphabétique abrégée et d'une lecture plus aisée. Il est probable cependant que les instrumentistes con-l tinuèrent à employer la notation alphabétique primitive; malheureusement les plus anciennes œuvres instrumentales notées, qui nous soient parvenues, ne sont pas antérieures à la fin du* XVe s. C'est à cette époque que surgit de nouveau la notation alphabétique, sous la forme bien connue de tablature d'orgue (v. tablature 2). Dès lors la signification des lettres est une et invariable, celle que leur donna Odon et avec laquelle elles passèrent dans le système de lignes de Guy d'Arezzo et devinrent la base de la notation proportionnelle (v. ce mot); par contre nous trouvons divers ordres de succession des lettres, au point de vue de la division de l'échelle

LEUGKARÏ — LEWY

en octaves. A côté de l'ancien ordre : I\ A-G, a-g, etc., apparaissent f-e, f-e, f-e, et plus rarement : G-F, g-f, etc.; enfin, au début du xvie s. déjà, nous voyons les commencements delà division en octaves actuellement en usage en Allemagne et ailleurs, à partir de G (—ut). Il est vrai que cette division n'apparait entièrement développée qu'au début du xvne s., chez Michel Prsetorius (1619),ce qui n'empêche nullement l'ancienne division d'octaves A-G, a-g, a-g (augmentée au grave par A-G) de se perpétuer aussi longtemps

que l'usage de la tablature elle-même, c.-à-d. jusque dans le courant du siècle dernier, et à côté d'un nouveau mode de division datant du xvic s. et plaçant le point de séparation des octaves entre B et H (Brotundum et quadra-

tUm ; Cf. ÉCHELLE FONDAMENTALE et ALTÉRA- TION 2) : A. B HGDEFGABhcdefgab

h c cTe, etc. V. au mot tablature 2 ce qui concerne les signes de durée et de silence, dans les tablatures. — Tandis que, comme notation proprement dite, l'alphabet est absolument tombé en désuétude, il s'est conservé en Allemagne, entre autres, dans la nomenclature musicale, sous la forme : G D E F G A H = ut ré mi fa sol la si. Cf. à ce sujet chacune des lettres et

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