‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 272 sur 542 · LIPINSKI · texte numérisé non relu

LIPINSKI

Cervetto, lit d'abord partie de l'orchestre du théâtre de Brighton, puis succéda, eu 1794, à Sperati, à l'Opéra royal de Londres. Ses compositions pour violoncelle (quatre concertos, duos pour violon et violoncelle; duos pour deux violoncelles : soli ; thèmes variés ; trio pour instr. à archet), n'ont aucune valeur.

Lindner. 1. Friedrich, né à Liegnitz vers L540,m. à Nuremberg où il était devenu cantor de l'église St-Gilles : a publié deux livres de Cantïones sacrœ (1585, 1588), un volume de Messes à cinq voix (1591) et deux anthologies: Gemma musicalis (madrigaux, de quatre à un plus grand nombre de voix, d'auteurs italiens pour la plupart et de Lindner lui-même ; en trois parties, 1588, 1589, 1590) et Corollarium cantïonum sncrarum (motets, de cinq à huit voix et plus, de divers maîtres italiens et de L. lui-même, 1590). — 2. Adolf, corniste virtuose distingué, né à Lobenstein en 1808,m.à Leipzig le "20 avr. 1867 ; fut d'abord musicien de la Cour, puis musicien delà ville, à Géra, voyagea, de 1844 à 184(5, dans l'orchestre de Gungl et fit ensuite partie de l'orchestre du théâtre de Potsdam. En 1854, en tin, il entra dans l'orchestre du Gewandhaus, à Leipzig. — 3. Ernst-Otto- Timotheus, rédacteur de la « Gazette de Vos » de Berlin, pendant nombre d'années, né à Breslau en 1820, m. à Berlin le 7 août 1867,excellent connaisseur en matières musicales, en relations amicales avec Dehn, Stern et Rust, dirigea par intérim le « Bach-Verein » de Berlin. Il a écrit de nombreux articles sur la musique, soit dans son journal, soit dans la revue musicale « Echo », fait des conférences musicales dans diverses sociétés et publié : Meyerbeers « PropJœt » als Kunstioerk beurtheilt (1850) ; Die erste stehende deutsche Oper (1855, 2 vol.); Zur Tonkunst. Abhandlungen (1864); G-eschichte des deutschen Liedes im XV III. Jahrhundert (1871 ; posthume; publié par L. Erk). — 4. August, violoncelliste de mérite, né â Dessau le 29 oct. 1820, m. à Hanovre le 15 juin 1878 ; élève de K. Drechsler, fait partie depuis 1837 de l'orchestre de la Cour, à Hanovre, Il ;i publié un certain nombre de compositions pour son instrument. — Un autre violoncelliste de même nom, autrefois membre de l'orchestre du théâtre de Stuttgart, est mort à Heidelberg Le 9 août 1887,

Lindpaintner, Peter-Joseph von, chef d'orchestre el compositeur, né à Coblence le 9 déc. 1791, m. à Xoimenliorn, au bord du lac de Constance, pendanl un voyage de vacances, le 21 août L856; remplil les fonctions de directeur de musique au théâtre d'« [sarthor ». à Munich (1813-1819), puis celles de chef d'orchestre delà Cour, à Stuttgart. L. était l'un des meilleurs chefs d'orchestre de son temps et sut établir la renommée de l'orchestre de Stuttgart. En tanl que compositeur, il fut plus fécond qu'original : il a écrit : 21 opéras, plusieurs ballets et mélodrames, 6 Messes, un Stabat rnater, 2 oratorios, des cantates, des symphonies, des ouvertures {Faust), «les , certos, de la musique de chambre el une quantité de lieder.

Liniensystem (ail.), portée.

Linley, 1. Thomas (père), compositeur, né a Wells (Somerset) en 1732, m. à Londres le 19> nov. 1795; directeur artistique et co-propriétaire du théâtre « Drurylane », a écrit pour cette scène la musique d'un grand nombre de pièces : The duenna, Selima and Azor, The Camp,. Ihe carnaval of Venice, The gentle shepherd, Robinson Crusoe, Triumph of mirth, The spanish rivais, The strangers at home, Richard- Cœur-de-Lion, Love in tlie east. De plus, il a publié lui-même six élégies pour trois voix (sa meilleure œuvre, sans doute) et douze ballades, tandis que deux recueils de mélodies,, des cantates et des madrigaux ont paru aprèssa mort, en même temps que des compositions, de son fils. — Ses trois tilles, Eliza-Ann, Mary et Maria, se firent un certain renom, comme cantatrices. Son fils aîné — 2. Thomas, né à Bath, en 1756, m. à Grimsthorpe(Lincolnshire), dans un accident de bateau, le 7 août 1778; violoniste remarquable, fut élève de Boy ce puis,, à Florence, de Nardini. A son retour, il séjourna d'abord à Bath, puis fut engagé commeviolon-solo au théâtre «Drurylane ». L. a écrit la musique de la Tempête de Shakespeare, un anthem avec orchestre : Let God arise, une Ode on'the witches and fairies of Shakespeare, un oratorio : The song of'Moses, etc. — 3. George,, né en 1798, m. le 10 sept, 1865; auteur d'un certain nombre de mélodies, ballades, etc., a écrit aussi la musique de The Toy Maher, représenté en 1861 à Govent Garden.

Linnarz, Robert, né à Potsdam le 29 sept. 1851; élève de Haupt, à Berlin, devint en 1677 maître de musique au Séminaire de Bederkesa, et passa en 1888 à celui d'Alfeld s. L. Il a écrit une cantate de fête (Altdeutschland), des lieder,. des chœurs pour voix d'hommes, une méthode de violon, une d'orgue et un traité méthodique de l'enseignement du chant.

Lipinski, Karl - Joseph , célèbre violoniste virtuose, né à Badzin (Pologne) le 30 oct, ou le 4 nov. 1790, m. en son domaine d'Ourlow, près Lemberg, le 13 déc. 1861 ; ne reçut des leçons, de musique que de son père, un amateur éclairé, et fut pour le reste entièrement autodidacte. En 1810 déjà, il fut nommé concertmeister,, puis remplit, de 1812 à 1814, les fonctions de chef d'orchestre, au théâtre de Lemberg. Après avoir fait de nouvelles études, L. partit, en 1817, pour l'Italie, alin d'y entendre Paganini avec lequel il entra en relations intimes ; mais,, en 1819, les deux violonistes se rencontrèrent à Varsovie comme rivaux, et leur amitié cessa brusquement, L. parcourut l'Europe entière, en tournées de concerts de plus en plus triomphales, puis il accepta, en 1834, le poste de concertmeister de l'orchestre delà Gour, à Dresde, et le conserva jusqu'au moment où, en 1861, il fit valoir ses droits à la retraite. Son jeu était caractérisé par la puissance de la sonorité et l'habileté extraordinaire dans les passages en doubles cordes. L. a écrit : quatre concertos deviolon (le second en ré maj., op. 21, se joueencore en Allemagne, sous le nom de « concerto»

LTPSIUS

LISZT

militaire »), toute une série de caprices pour violon seul, des rondos, des polonaises, des variations, des fantaisies, un trio pour instr. à archet, etc. ; il a publié en outre un recueil de mélodies populaires de la Galicie, avec accompagnement de piano (1834; 2 vol.; 169 numéros). ^

Lipsius, Marie, écrivain musical dont les ouvrages très connus ont paru sous le pseudonyme La Mara, née à Leipzig le 30 déc. 1837, d'une famille de savants dont le nom est très répandu ; a publié Musikalische Studienkopfe (1873-1880, 5 vol.; plus, éditions); Gedanken berûhmter Musiker uber ihre Kunst (1877); Bas Bûhnenfestspiel in Bayreuth (1877); la traduction allemande du Chopin , de Liszt (1830); Musikerbriefe aus fiinf Jahrhunderten (1886, 2 vol.); Klassisches und Romantisches aus der Tonioelt (1892) ; enfin les lettres de Liszt (4 vol. dont trois ont paru, 1892-1894) et d'autres volumes qui sont, particulièrement sur les musiciens modernes, l'une des meilleures sources de renseignements. Ils sont tous écrits d'une manière spirituelle et attrayante.

Lira, lirone, v. Lyra2; L. tedesca, c.-à-d. orgue de Barbarie.

Lirou, Jean-Frangois-Espic de, né à Paris en 1740, m. dans la même ville en 1806; officier des mousquetaires du roi, amateur des plus zélés, auteur d'une marche de mousquetaires et de plusieurs libretti d'opéras, a publié en outre une Explication du système de l'harmonie (1785). Ce dernier ouvrage est une tentative originale de déduction des lois de la tonalité de la nature même des corps sonores et de la complexité des sons.

L'istesso tempo (ital.), le même mouvement (que le précédent).

Lissmann, Heinrigh-Fritz, chanteur scénique remarquable (baryton), né à Berlin le 26 mai 1847, m. à Hambourg le 5 janv. 1894; élève de Hillmer et de J. Stockhausen, a chanté successivement, avec un succès toujours croissant, sur les scènes de Zurich, Lubeck, Leipzig(en même temps que Givra), Brème et Hambourg, où il avait succédé en 1883 à Gura, en qualité de premier baryton. Sa femme, Anna- Marie, née Gutzsgheraugh (dite Gutzschbacii), née à Dôbeln (Saxe) le 22 avr. 1850, est aussi cantatrice • elle a tenu avec distinction les parties de soprano au théâtre et au concert. Après avoir été engagée à Leipzig, avant son mariage, elle chanta jusqu'en 1892 sur les mêmes scènes que son mari (Leipzig, Brème, Hambourg).

Listemann, les frères L., deux violonistes de talent, remarquables surtout dans leur façon de jouer ensemble: 1. Bernhard-Friedrigh- Wilhelm, né à Schlotheim (Thuringe) le 25 mars 1839 et — 2. Ferdinand, né dans la même localité le 28 août 1841. Ils furent tous deux élèves du Conservatoire de Leipzig puis émigrèrent ensemble, en 1866, à New- York ; Bernhard y fut, de 1871 à 1874, concertmeister de l'orchestre Thomas, puis il fonda lui-même une autre société de concerts. Mais, en 1878, ils

quittèrent New- York pour se rendre à Boston, où Bernhard créa l'année suivante 1' « Orchestre philharmonique». De 1881 à 1885, Ferdinand fut concertmeister de l'orchestre symphonique de Boston puis, en 1883, il accepta le poste de premier professeur de violon, au Conservatoire de Chicago.

Liszt, Franz, pianiste génial qui, de son vivant, n'eut aucun rival, né à Raiding, près Œdenbourg (Hongrie) le 22 oct. 1811, m. à Bayreuth le 31 juil. 1886. Son père, intendant des domaines du prince Esterhazy, était fort doué pour la musique, il jouait du piano et de plusieurs instr. à archet et put favoriser par conséquent le développement des facultés musicales qui se révélèrent très tôt chez son fils. L. reçut les premières leçons de piano à l'âge de six ans et, trois ans plus tard, il prêtait déjà son concours dans un concert d'un jeune aveugle, le baron de Braun, à Œdenbourg ; le succès fut tel que le prince Esterhazy, désireux de l'entendre, fit venir le jeune garçon à Eisenstadt et que son père décida de donner un concert à ses risques et périls, à Pressbourg. Ce fut à la suite de ce deuxième concert que quelques magnats hongrois (Amadé, Apponyi, Szapary) s'unirent pour garantir au jeune musicien une pension annuelle de 600 florins, pendant six ans qu'il devait employer à compléter ses études artistiques. Le père de L. abandonna alors son poste de Raiding et, pour se vouer entièrement à l'éducation de leur fils, les parents allèrent se fixer d'abord à Vienne (1821) où L. eut Czerny, comme maître de piano, et Salieri, comme maître d'harmonie (Randhartinger était son collègue). Les progrès de l'enfant étaient inouïs, chacun connaît l'anecdote d ' après laquelle Beethoven se serait précipité sur l'estrade pour embrasser L., à la fin du concert d'adieux que celui-ci donna à Vienne, avant de se rendre à Paris. L. arriva en 1823 dans la capitale française, accompagné de son père qui, avec une conscience fort louable, désirait lui faire continuer ses études au Conservatoire; mais Chérubin], qui ne pouvait souffrir les enfants prodiges, refusa son admission, sous prétexte qu'il était étranger ! Désormais, ce furent les concerts en public qui servirent d'école de perfectionnement à L. : comme à Vienne du reste, il fut introduit à Paris, grâce à la protection des magnats hongrois, dans les hautes sphères de la société et bientôt «le petit Liszt » devint l'enfant gâté des salons les plus aristocratiques. L. n'eut plus aucun maître de piano, mais Paer et plus tard Reicha continuèrent à lui enseigner la composition. A la suite d'un concert dans lequel le public parisien, électrisé, avait fait une ovation au jeune virtuose , le père résolut d'aller aussi à Londres ; il partit aussitôt avec son fils, tandis que la mère rentrait à Vienne. Le premier voyage en Angleterre (1824) fut suivi d'un second, puis de deux tournées successives dans les départements français ; au cours de la seconde tournée, en 1827, L. eut le chagrin de perdre son père, à Boulogne-sur- Mer. La mère, douloureusement éprouvée, ar-

LISZT

riva en toute hâte auprès de son fils, à Paris. Il s'agissait dès lors pour ce dernier d'assurer L'existence de sa mère et la sienne propre, car la pension annuelle venait de prendre fin; L. se voua à l'enseignement et, dès le début, fut très recherché comme professeur de piano, dans les meilleures familles. Sa réputation de pianiste était du reste solidement établie et, comme compositeur, il faisait déjà parler de lui; l'( Ipéra lui avait, en oct. 1825, fait l'honneur de monter un acte, Don Sancho, de sa composition. La révolution de juillet, qu'il salua avec enthousiasme, et le saint-simonisme, avec lequel il sympathisa quelque temps, eurent une intluence considérable sur le singulier développement de son individualité. Plusieurs fois L. manifesta le désir d'entrer dans les ordres, mais la conscience de sa vocation artistique se réveilla toujours et l'emporta définitivement. Le jeu de Paganini, qu'il entendit pour la première fois à Paris (1831), le plongea en extase et lui donna une vigoureuse impulsion pour le perfectionnement de la technique, à un point de vue nouveau (extension, sauts). La personnalité de Chopin, avec lequel il se lia intimement, contribua aussi, dans une tout autre direction, à son développement artistique. Mais ce fut, au retour d'Italie de Berlioz, l'exécution de Y « Episode de la vie d'un artiste » qui empoigna le plus profondément tout son être artistique, et donna une forme définie et lumineuse à ce qui n'avait été chez lui, jusqu'alors, que persuasion latente et tout intuitive : que la musique doit exprimer ou représenter quelque chose, que son but est de donner un corps à des idées poétiques; ainsi L. devint, avec Berlioz, le promoteur le plus en vue de l'idée de la musique descriptive. En outre L. s'empara avec ardeur des idées nouvelles de tonalité moderne et de son développement futur (suppression de l'ancienne conception du ton), idées que Fétis avait exprimées, en 1832, dans ses conférences musicales ; c'est cette conception nouvelle qui, en la délivrant des liens du ton (gamme), donne à l'harmonie de L. cette polymorphie qui est un des traits caractéristiques communs à toutes les œuvres de 1' « école néoallemande ». A mesure qu'il entrait dans une nouvelle phase artistique, L. se transformait ;m<si humainement parlant; l'enfant gâté des salons étail devenu un homme et le flirtage commençai à revêtirun caractère plus sérieux. Les rapports qu'il eut avec la comtesse d'A- GOULT (connue dans la littérature, sous le nom de Daniel Stern) firent sur lui une impression plus particulièrement durable,- la comtesse, qui avail abandonné son mari pour suivre L., vécul avec ce dernier (1835-1839) à Genève d'abord, puis à Nohant, clic/ George Sand, et en Italie (Milan. Venise, Borne). Ils eurent trois entants, donl l'une, Cosima., devint plus tard réponse de Richard Wagner. Mais à la fin de 1839, L. envoya chez sa mère, à Paris, la comtesse el -es enfants, tandis que Lui-même reprenait la vie errante de virtuose et parcourut l'Europe entière, toujours triomphant, jus-

qu'en 1849. Il avait du reste remporté en 1836 déjà, à Paris où il s'était rendu deux fois de Genève, une brillante victoire sur son rival le plus dangereux, Thalberg ; aucun pianiste dès lors ne put sérieusement prétendre à lui disputer le premier rang. C'est en 1839, en un bel élan de générosité, que L. écrivit au comité du monument de Beethoven, à Bonn, qu'il garantissait personnellement la somme considérable qui manquait encore pour l'exécution du monument projeté; sans lui, quelques dizaines d'années peut-être se seraient passées avant qu'une solution intervînt. A partir de 1847, à la suite de l'influence considérable qu'exerça sur lui, dès le début de leurs relations, la princesse Garolvne de Sayn-Wittgenstein. L. abandonna peu à peu la carrière de virtuose et accepta le poste de chef d'orchestre de la Cour, à Weimar, où il resta une douzaine d'années. Weimar devint un nouveau centre de vie intellectuelle et artistique, nombre de jeunes musiciens de grand talent y accoururent (Baff, Bùlow, Tausig, Cornélius, etc.) et créèrent une sorte de poste d'avant-garde de 1' « école néo-allemande ». Ce fut à Weimar que L. écrivit ses « poèmes symphoniques » qui, avec ses grandes symphonies («Dante», «Faust»), représentent le plus exactement son individualité créatrice. Cependant, la résistance que rencontrèrent dans certains milieux, ses tendances profondément réformatrices (cf. Cornélius) le lassèrent à la fin et le décidèrent à quitter subitement son poste. Il partit en 1861 pour Borne et y resta jusqu'au jour où, en 1870, il fut appelé à diriger le Festival Beethoven, à Weimar; il renoua les relations interrompues avec la Cour et y passa dès lors chaque année une partie de l'été. En 1865, il avait pris les ordres mineurs et était devenu abbé; il jouit même pendant les dernières années de sa vie des prérogatives d'une chanoinie, en sorte que le vœu qu'il avait formé dès sa jeunesse d'entrer dans le clergé, se trouvait en partie du moins réalisé. Dans cette période de sa vie, L. se voua, non pas exclusivement, mais tout particulièrement à la musique religieuse. Il passa les quinze dernières années de sa vie, tantôt ici tantôt là, sans domicile fixe, partout fêté et adulé, mais n'en continuant pas moins à lutter pour les plus nobles causes artistiques. On sait du reste avec quel désintéressement il prit dès le début (1850, « Lohengrin ») la défense de Wagner et avec quelle générosité il lui vint en aide matériellement, aussi bien que moralement. Les décorations et les honneurs de tous genres s'accumulèrent sur la personne de L. comme sur aucun autre musicien avant lui ; l'Université de Kœnigsberg lui conféra le titre de Dr phil. h. c, l'empereur d'Autriche l'anoblit en lui donnant l'ordre de la Croix de fer, plusieurs villes allemandes et autrichiennes le firent bourgeois d'honneur, le grand-duc I de Weimar le nomma chambellan, etc. A partir de 1875, il fut aussi président de 1' « Académie nationale hongroise de musique » qui venait d'être fondée à Budapest. Une foule d'élèves]

LISZT

enthousiastes et d'adorateurs suivaient le maître d'un lieu à l'autre, pendant toute sa vie.

Les œuvres principales de L. sont : 1. Les poèmes symphoniques (pour grand orchestre) : Ce qu'on entend sur la montagne ( V. Hugo) ; Tasso, lamento e trionfo ; Les Préhcdes ; Orpheus; Prometheus; Mazeppa ; Festklânge; Héroide funèbre ; Hungaria ; Hamlet ; Die Hunnenschlacht ; Die Idéale; Von der Wiege bis zum Grabe (1883, d'après un dessin de Mien, von Zichy); des symphonies avec chœurs: Dante (symphonie d'après la Divina commediu, du Dante, pour orchestre et voix de femmes); Eine Faustsymphonie (en trois tableaux caractéristiques : Faust, Gretchen, Mephistopheles, pour orchestre et voix d'hommes) ,• enfin d'autres pièces orchestrales : Episoden aus Lenaus « Faust» (Der nâchtliche Zug et deux Mephisto- Walzer) ; Kiinstlerfestzug (pour la fête Schiller, 1859); Gaudeamus igitur (avec chœur et soli) ; Festmarsch ; Festvorspiel ; Huldigungsmarsch ; Von Fels zum Meer et toute une série d'arrangements remarquables de marches de Schubert, du Divertissement à la Hongroise, etc., de la marche de Rakoczy, etc. 2. Musique de piano : deux concertos (mi bémol et la majeurs) ; Danse macabre, pour piano et orchestre ; Concerto pathétique (solo de concert) ; quinze Rhapsodies hongroises; Rhapsodie espagnole ( Jota aragonese) ; une sonate en si mineur; fantaisie et fugue sur B- A- C-H; transcription pour piano de six préludes et fugues d'orgue de J.-S. Bach ; variations sur un thème de la Messe en si mineur, de Bach ; deux ballades ; Berceuse; deux légendes; deux élégies (une pour piano, violon et violoncelle) ; Capriccio alla turca (sur des motifs des & Ruines d'Athènes », de Beethoven) ; L'idée fixe (motif de Berlioz); impromptu en fa dièse majeur; Consolations; Apparitions; Harmonies poétiques et religieuses ; Années de pèlerinage (26 morceaux) ; Liebestràume ( trois nocturnes ) ; Galop chromatique ; trois Caprices-valses ; un grand nombre de paraphrases, particulièrement sur des motifs d'opéra de Wagner, Meyerbeer, Verdi et autres; fantaisie de bravoure sur la Clochette de Paganini ; marche de Gircassiens, extraite de « Rouslan et Ludmilla, » de Glinka; marche nuptiale et ronde des Elfes, du «Songe d'une nuit d'été, » de Mendelssohn ; une foule de transcriptions pour piano seul de lieder de divers auteurs (environ 60 de Schubert); des réductions, pour piano à deux mains, d'œuvres de Beethoven (neuf symphonies), Berlioz («Symphonie fantastique », Marche des Pèlelerins d' « Harold », Danse des sylphes de la «Damnation de Faust, » « Les Francs-juges, » « Le roi Lear»), Wagner (ouverture de « Tannhàuser »), Saint-Saëns (« Danse macabre »), etc.; Etudes d'exécution transcendante; Trois grandes études de concert; Adirato (étude de perfectionnement), etc.; on pourrait ajouter à cette rubrique, outre la «Marche des Puritains» et divers arrangements pour deux pianos, des œuvres mélodramatiques ( Leonore de Bûrger, Helges Treue de Strachwitz, Trauriger

Monch de Lenau, etc.), trois duos pour piano et violon, etc. 3. Musique d'orgue : fantaisie et fugue sur le choral Ad nos, ad salutarem undam, du « Prophète » de Meyerbeer ; une fugue sur B-A-C-H; une Missa pro organo etc. ; des variations sur des thèmes de Bach; enfin de nombreuses transcriptions pour orgue et pour harmonium. 4. Musique vocale : Graner Festmesse ; Ungarische Kronungsmesse ( toutes deux pour chœurs, soli et orchestre ) ; deux Messes avec orgue (ut et la mineurs) ; psaumes xiii, xvni, xxiii, cxxxvii; Requiem pour voix d'hommes et orgue ; un grand nombre de petits morceaux de musique d'église (Pater noster, Ave Maria, Ave maris Stella, Ave verum, Tantum ergo, 0 salutaris); des oratorios : Christus, Stanislaus (inachevé), Die Légende von der heiligen Elisabeth ; des cantates : Die Glockendes Sirassburger Munsters, Die heilige Cœcilia, An die Kûnstler (voix d'hommes) ; d'autres cantates pour les centenaires de Beethoven, Herder, Gœthe; Jeanne d'Arc au bûcher, Die Macht der Musik; des chœurs pour YEntfesselter Prometheus, de Herder; plusieurs recueils de quatuors pour voix d'hommes ; une soixantaine de lieder pour chant et piano ; des mélodies avec texte français, etc., etc. Quels que soient les doutes que l'on puisse formuler à l'égard du degré de génie créateur dévolu à L., il est impossible de nier le cachet de haute originalité qu'il a su imprimer à la plupart de ses œuvres, grâce à sa culture remarquable, à ses connaissances très étendues delà littérature musicale et à son enthousiasme vibrant pour un idéal de progrès continu (négation de toute règle étroite, recherche de caractéristique). Il faut avouer aussi que, s'il a acquis de nouvelles ressources à la technique du piano, il se laisse trop fréquemment entraîner, dans ses œuvres de virtuosité, à de purs jeux de sonorité, dénués de sens musical. 5. Ecrits; De la fondation Gœthe à Weimar (1851) ; Lohengrin et Tannhàuser de Richard Wagner (1851, paru aussi en allemand) ; Frédéric Chopin (1852, 2me éd. 1879; trad. en ail. par La Mara, 1880) ; Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie (1861, réédité plus tard; éd. ail. [par P. Gornelius] et hongroise) ; A propos des nocturnes de Field (1859, publié aussi en ail.) ; Robert Franz (1872); Keine Zwischenaktsmusik mehr (1879). Les « œuvres complètes » (écrits) de L. ont été publiés par L. Ramann, en allemand (1880-1883, 6 vol.) ; sa correspondance, par La Mara (1892-1894; 3 vol., un quatrième paraîtra encore). Une foule d'esquisses biographiques et esthétiques ont paru sur L. soit en brochures, soit comme chapitres spéciaux d'ouvrages de plus grandes dimensions ; mais la seule biographie qui épuise le sujet, autant que faire se peut, est celle de L. Ramann, Franz L., als Kûnstler und Mensch (deux parties en 3 vol., I 1811-1840, II 1839, 1840-1847, III 1848-1886; 1880-1894). Il existe à Leipzig, depuis 1885, un « Liszt- Verein » dont le bat est de répandre les œuvres du maître et de ses disciples directs ou

Page 1