LUTH
Eighard, harpiste et violoniste, né le 2 sept. 1854, vit à Breslau.
Luth (arabe, al Oud ; esp. Laud; ital. Liuto ; ail. haute ; angl. lute ; lat. [au xvie et xvne s.] testudo), instr. à cordes très ancien, dont les cordes étaient pincées comme celles des instruments dérivés du 1. et encore en usage de nos jours : la guitare, la mandoline, etc. On voit déjà le 1. sur les bas-reliefs de tombeaux égyptiens remontant à la plus haute antiquité ; le 1. devint plus tard l'instrument favori des Arabes (v. ce nom) par l'intermédiaire desquels il se répandit en Espagne et dans l'Italie méridionale, d'où il pénétra, auxive s. environ, dans tout le reste de l'Europe. Du xve au xvne s., cet instrument joua un très grand rôle et les transcriptions de compositions vocales pour le 1. remplissaient alors le même but, dans la vie musicale privée, que de nos jours les arrangements pour piano à deux et à quatre mains des œuvres orchestrales et vocales. Mais le 1. était en même temps un instrument d'orchestre très en vogue, jusqu'au moment où, dans le courant du xvne et du xvme s., il fut petit à petit refoulé par le violon, en pleine floraison, et le clavecin de plus en plus perfectionné (cf. orchestre). Ce qui distinguait le 1. de la guitare, c'était d'abord la forme toute différente de la caisse de résonnance : le 1. n'a pas d'éclisses, mais le dos en est voûté comme, actuellement, celui de la mandoline ; de plus il a un nombre de cordes de beaucoup supérieur à celui de la guitare : dix cordes accouplées et une corde isolée (la plus aiguë, pour la mélodie) sont tendues sur la touche, les autres (des cordes de basses [cinq en dernier lieu], employées seulement à vide) courent à côté de la touche, le long du manche. Ces « cordes de basses » ne furent adoptées du reste qu'à la fin du xvie s. Quant à l'accord du 1., il a notablement changé suivant l'époque et les diverses espèces de 1.; on accordait-le plus généralement au xvie s. en sol1 ut2 fa- la2 rë3 soi3 ou la1 résol2 si2 mi3 la3; aux xvne et xviii6 s. : la1 rê1 fa2 la2 rê3 fa3 et les cordes de basses en (sol1) fa1 mi1 rê1 ut1. La quinterne (chûerna, guitare) du xvie s. n'était pas autre chose qu'un petit 1., de forme identique au grand, mais tendu de huit cordes accouplées seulement ; au xvne s. déjà, la quinterne se transforma et sa caisse de résonnance devenant plane prit une apparence analogue à celle de la guitare. Les efforts que l'on fit pour augmenter l'étendue du 1. amenèrent d'abord l'introduction des cordes de basses qui étaient tendues directement du manche, recourbé en angle obtus à son extrémité supérieure, au cordier fixé sur la table de résonnance; mais pour développer une longueur de corde plus grande encore, on eut aussi recours à deux autres moyens : on adapta au 1. deux manches, le second, pour les cordes de basses, partant à peu près du milieu du premier sur lequel était fixé la touche (théorbe), ou bien on se contenta d'un seul manche mais on le recourba en arrière, au-dessus de la première rangée de chevilles, afin de pouvoir disposer sur
cette prolongation un second groupe de chevilles destinées aux cordes de basses (archiluth, basse de 1.), enfin on en arriva même à séparer les deux groupes de chevilles par un manche long de plusieurs pieds. La musique pour le 1. ou ses dérivés n'était pas notée 'au moyen de la notation habituelle (proportionnelle), mais au moyen d'un système spécial, alpiiabétique ou chiffré, et désignant non pas la hauteur du son mais le doigté nécesaire pour obtenir ce son, c'étaient les tablatures de luth. De plus, les tablatures française, italienne et allemande diffèrent totalement les unes des autres : les Italiens, auxquels nous sommes aussi redevables de la basse chiffrée, faisaient usage de chiffres, les Français et les Allemands de lettres. D'autre part les Italiens et les Français disposaient leurs doigtés par demi-tons sur une même corde, tandis que les Allemands les disposaient en travers dé la touche, sur toutes les cordes, autrement dit : les Italiens et les Français qui notaient sur un système de lignes représentant les cordes (la corde la plus aiguë était représentée chez les Italiens parla ligne inférieure d'un système de six lignes, chez les Français par la ligne supérieure d'un système de cinq lignes), désignaient au moyen de 0123456 78 9 XXX (ital.), resp. abcdefghikl (franc.) chaque corde à vide (0 resp. a) et les douze, resp. dix sons doigtés sur la même corde et à distance de demi-tons les uns des autres, ex., sur un 1. accordé en sol1 ut2 fa2 la2 rèz sol* ■
{ital.)
(franç.) — « — &-
les Allemands, par contre, numérotaient les cordes à vide de la façon suivante : 112 3 4 5 (= la1 ré2 sol2 si2 mi3 la3) puis doigtaient de la même façon, en travers de la touche, les cinq cordes supérieures, au moyen deabcdefgh
iklmnopqrstuvxyza9abcd etc.; on obtenait par conséqueut :
3 c II n s z c
2 b g m r y b etc.
la f 1 q x a ï
de telle sorte que la série chromatique ci-dessus était notée comme suit :
(2mc corde) g m r y b g m
(Les lettres et les chiffres superposés dési-