MOZART
dans un cercle privé, et, le 7 déc. 1768, M. âgé de douze ans, dirigea pour la première fois une grande exécution, celle de sa Messe solennelle, pour l'inauguration de l'Eglise de l'Orphelinat. Un an après, le jeune garçon était nommé concertmeister archiépiscopal, ce qui ne l'empêcha point d'entreprendre (en déc. 1769), avec son père, un voyage en Italie. Celui-ci fut une vraie course triomphale pour le jeune maestro: les églises et les théâtres dans lesquels il donnait des concerts (cette fois Nannerl ne les avait pas accompagnés) regorgeaint d'auditeurs; des épreuves subies devant des maîtres tels que Sammartini à Milan, le P. Martini à Bologne et Vallotti à Padoue, se terminèrent tout à son honneur ; à Naples, il ravit la Cour, à Rome, il reçut du pape la croix de chevalier de l'Eperon d'or (raison pour laquelle il signa pendant quelque temps : « Cavalière M. »). Au retour, il fut nommé, après un examen à huis-clos passé à Bologne, membre de 1' « Accademia dei Filarmonici ». Pendant une halte à Milan, un opéra du jeune maître : Mitridate, re di Ponto, fut représenté pour la première fois (Noël 1770) et. donné vingt fois de suite,avec un succès énorme. Rentré à Salzbourg en mars 1771, M. écrivit l'oratorio : La Betulia liberata ; mais, en automne de cette même année, nous le trouvons, toujours accompagné de son père, de nouveau à Milan où une sérénade théâtrale de sa composition: Ascanio in Alba, fut représentée pour le mariage de l'archiduc Ferdinand avec la princesse Béatrice de Modène ; cette sérénade refoula complètement à l'arrière-plan l'opéra de circonstance, Ruggiero, de Hasse. Peu après mourut l'archevêque de Salzbourg, et le comte Hiéronyme von Colloredo qui lui succéda ne porta que peu d'intérêt à la musique, mais M. n'en écrivit pas moins, pour son installation, un opéra : Il sogno di Scipione (1772). La même année encore, à Noël, nous retrouvons M. à Milan, pour la représentation de son opéra: Lucio Silla. La période suivante de la vie de M. fut moins agitée ; le jeune maître composait assidûment des symphonies, des Messes, des concertos, la musique pour Kônig Thomas (1773) et delamusique de chambre. Mais il reçut la commande d'un opéra pour le carnaval de 1775, à Munich : La finta giardiniera qui reçut un brillant accueil; puis peu après suivit, à Salzbourg: // re pastore, pour les fêtes données en l'honneur de l'archiduc Maximilien. Malgré tous ces succès, M. n'avait toujours pas de poste suffisamment rémunérateur et son père songea à un nouveau voyage ; mais l'archevêque refusa le congé, et Wolfgang, âgé de vingt et un ans, se fit forcé de donner sa démission .'t de chercher au dehors une autre place Le cœur gros, le père dut laisser son lits partir pour l'inconnu, avec sa mère cette fois; leur itinéraire les conduisit à Munich où, après une longue attente, ils duivnl renoncer à toute entreprise, puis par Augsbourg, à Mannheim où M. devint amoureux de la cantatrice Aloysia Weber (plus tard M1"" Lange), à tel point que seules les menaces
de son père le décidèrent à continuer sa route. Ils arrivèrent enfin à Paris, où l'une des symphonies de M. fut exécutée dans un Concert spirituel. Mais une épreuve terrible attendait, le jeune compositeur: sa mère mourut à Paris,, le 3 juil. 1778. Profondément affligé, et sans avoir rien obtenu , M. rentra à Salzbourg,. y reprit sa place de concertmeister, puis,, en 1779, fut nommé organiste de la Cour. Il reçut de Munich une nouvelle commande et écrivit Idomeneo (1781) qui marque la transition entre ses œuvres de jeunesse et celles qui sont devenues classiques. Peu après, M. rompit ses relations intenables avec l'archevêque de Salzbourg et alla s'établir à Vienne ; mais là aussi il fallut du temps jusqu'à ce qu'il trouvât une place (en 1789, comme compositeur de la Chambre impériale, avec un traitement de 800 11.). Il avait du moins l'occasion de faire exécuter de grandes œuvres et en profita largement. Il écrivit en 1781, sur l'ordre de l'empereur, une opérette : Die Entfùhrung aus dem Sérail (ou Belmonte und Constanze) qui, malgré des intrigues continuelles, fut mise en scène par ordre spécial de l'empereur. Celte même année, M. épousait Konstanze Weber,. la sœur de la cantatrice qui avait été son premier amour. Malheureusement celle-ci ne sut en aucune façon diriger sa maison, en sorte que la famille se trouva éternellement dans des embarras pécuniaires. En 1785, M. donna l'un de ses chefs-d'œuvre: Die Hochzeit des Figaro (« Les noces de Figaro ») qui, grâce au mauvais vouloir des chanteurs italiens, faillit faire un fiasco à Vienne, mais eut par contre à Prague une excellente interprétation et un réel succès. Ce fait même décida M. à écrire son opéra suivant , Don Juan, pour Prague (1787); il ne le fit jouer à Vienne qu'en second lieu, et de nouveau sans succès. Il est attristant de voir combien M., adulé et choyé dans son enfance,, eut à lutter plus tard pour suffire aux nécessités de la vie quotidienne, combien ses œuvres, aujourd'hui vénérées partout, étaient placées à Vienne au-dessous de produits de second ordre oubliés depuis longtemps, de voir enfin les places convenablement rétribuées toujours refusées à celui qui les méritait le mieux. En 1789, M. entreprit, à l'instigation et en compagnie du prince Karl Lichnowski, un voyage à Berlin; il joua à la Cour de Dresde, à l'église de St-Thomas de Leipzig (Doles et Gôrner lui tiraient les registres) et enfin à Potsdam, devant Frédéric-Guillaume II qui lui offrit un poste de maître de chapelle, avec un traitement de | 3000 thalers. Mais l'amour profond que M. avait pour sa patrie autrichienne lui dicta uni refus formel, et il laissa échapper l'unique oc-j casion pour lui d'arriver à une situation aisée. La maigre preuve de reconnaissance de l'empereur consista dans la commande d'un nouvel opéra: Cosi fan tulte (1790). La dernière année de la vie du maître fut encore bien remplie, car elle vît paraître : La clemenza di Tilo {Titus) écrite pour Prague, à l'occasion du couronnement de Léopold II (6 sept, 1791); Dit